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EDITORIAL

« Mâchoires, parlez maintenant avant que vos têtes ne deviennent des crânes ! »

Global Africa

Le comité de rédaction est dirigé par Mame-Penda Ba, professeure en sciences politiques à l'Université Gaston Berger et directrice du LASPAD.

redaction@globalafricapress.org

numéro :

Théoriser le présent et le futur :
Afrique, production de savoirs et enjeux globaux

Theorizing for the Present and the Future: Africa, Knowledge Creation, and Global Challenges

Makisio ya Sasa na Siku zijazo:
Afrika, Uundaji wa Maarifa na Changamoto za Ulimwengu

التنظيّر للحاضر وللمستقبل: أفريّقيّا، إنتاج المعارف والقضايّا العالميّّة

GAJ numéro 02 première.jpg.jpg

Publié le :

20-déc-23

ISSN : 

3020-0458

04.2023

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Plan de l'article

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L’Association des études africaines d’Afrique (ASAA) a fait une déclaration sur la guerre actuelle en Palestine. Celle-ci appelle à la solution des deux États, au respect du droit international, à une commission Vérité et Réconciliation « étayée par les principes de « Teranga, Ubuntu, Ujamaa et Kizuna », à la libération de tou·te·s les civil·e·s détenu·e·s illégalement, ainsi qu’à la fin de cette guerre par la médiation et le dialogue, la reconnaissance de la dignité et du droit à l’existence de chacun·e, et le respect absolu et inconditionnel de l’humanité et des droits humains de tous.
L’ASAA est membre fondateur du consortium de Global Africa. En publiant l’intégralité de sa déclaration, nous faisons nôtres, dans cet éditorial, ses préoccupations et appels. Notre position d’intellectuel·le·s impliqué·e·s du Sud et du Nord, mais aussi la conception du monde qui nous inspire, nous interdisent de rester indifférent·e·s ou silencieux·ses devant le cours dramatique des événements en Palestine et en particulier dans la bande de Gaza, du fait de la guerre dévastatrice enclenchée par le gouvernement israélien en réaction à l’attaque meurtrière perpétrée par le Hamas. Dans la tradition africaine, la parole juste est le propre et la responsabilité des vivants. D’où l’injonction bantu : « Mâchoires, parlez maintenant avant que vos têtes ne deviennent des crânes ! ».
L’humanité a en effet acquis suffisamment d’expérience pour savoir sans l’ombre d’un doute que devant la tyrannie, le silence ou l’indifférence équivaut à la mort. La parole opportune est l’intervention première qui permet d’ébranler les forteresses de l’injustice et de la domination.
Ce qui se joue depuis des décennies dans cette région du monde, y compris dans l’acmé de ces dernières semaines, ne peut que résonner pour Global Africa, et en particulier pour ce quatrième numéro dont le thème est « Théoriser le présent et le futur : Afrique, production des savoirs et enjeux globaux. » En effet, dans la tragédie du Proche-Orient se mettent en scène, aujourd’hui pour le pire, des figures de l’autre incapables de penser l’échelle du temps et l’inscription globale de ces drames localisés sur quelques milliers de kilomètres carrés.
Or dans le registre intellectuel, analytique et comparatif qui guide les chercheuses et les chercheurs ayant contribué à ce numéro, tout comme la revue dans ses fondations mêmes, il s’agit constamment de mettre en perspectives, de désenclaver les réflexions et donc les passions. Ce travail de dépassement de la pensée, de démultiplication des référentiels est indispensable pour comprendre le monde aujourd’hui et, dans ce monde et non pas hors de celui-ci, ce qui se donne à comprendre dans cette région du monde. Toutes choses étant égales par ailleurs, c’est ce que propose ce numéro, qui interroge la pluralité des modernités, des mondes, et ceci – comme se l’est donné pour objectif Global Africa – depuis l’Afrique et ses expériences historiquement déterminées, elles aussi, par des drames, des rejets et des intolérances.

 
Déclaration et appel à l’action de l’Association des études africaines d’Afrique sur la guerre en Palestine et les atteintes à la liberté académique

Mercredi 22 novembre 2023

1. L’Association des études africaines d’Afrique (ASAA) est une organisation réunissant des chercheurs, praticiens et activistes du continent africain et de sa diaspora. Nous sommes une association résolument engagée dans la défense de la dignité et du caractère sacré de la vie, en particulier celle des personnes noires en Afrique, de la diaspora africaine et des Africains du monde entier. Nous sommes unis par l’expérience commune, brutale, persistante de la violence structurelle et du racisme. Notre mission est de promouvoir les contributions spécifiques de l’Afrique et de contribuer à l’avancement des connaissances sur les peuples et les cultures d’Afrique et de la diaspora africaine.

2. L’ASAA a été fondée à Accra, au Ghana, en 2013. Il s’agit d’un rassemblement global de chercheurs en études africaines, mené à partir de l’Afrique et centré sur l’Afrique. L’ASAA est ancrée dans l’éthique panafricaine de nombreux mouvements formés à la veille des indépendances, après plusieurs décennies de brutalité résultant de l’annexion des territoires africains décidée lors de la conférence de Berlin de 1884-1885 et de la consolidation des régimes coloniaux qui ont émergé à la fin de la Première Guerre mondiale.

3. Nous sommes très préoccupés par l’escalade de la violence en Palestine et par la brutalité qui l’accompagne, causant des souffrances inouïes dont des populations vulnérables sont victimes ainsi que des atteintes graves à des services essentiels, aux infrastructures et à toutes les formes de vie.

4. Nous inscrivons la crise actuelle dans l’histoire longue et complexe de la déshumanisation fondée sur l’esclavage, la colonisation, l’Holocauste, l’Apartheid, le terrorisme global – étatique et non étatique –, les génocides, le nettoyage ethnique et les pertes de vies humaines qui résultent du non-accès à la mobilité transfrontalière. En tant que communauté, nous comprenons et avons documenté la violence de la colonisation, les crimes violents qui permettent sa persistance, les effets destructeurs de la lutte contre les puissances coloniales et l’impact durable et dévastateur sur les peuples annexés. Nous appelons donc la communauté internationale à reconnaître la colonisation comme un crime contre l’humanité.

5. Nous condamnons fermement l’ensemble des actes de violence qui ont entraîné la perte de vies humaines et la destruction de biens et de services publics, et qui ont engendré une crise humanitaire qui ne cesse de s’aggraver.

6. Nous appelons toutes les parties à : a) respecter pleinement le droit international humanitaire ; b) établir des corridors humanitaires ; c) s’engager sans délai dans un processus de cessez-le-feu ; d) libérer tous les otages civils ; e) œuvrer immédiatement en faveur d’une solution négociée des deux États, conformément aux résolutions des Nations unies.

7. Nous appelons la communauté internationale à : a) respecter le droit international ; b) soutenir le principe des deux États et le processus de paix qui l’accompagne ; c) mettre en place une commission Vérité et Réconciliation fondée sur les principes de Teranga, Ubuntu, Ujamaa et Kizuna ; d) par l’intermédiaire des Nations unies et de la Cour internationale de justice, mener une enquête rigoureuse sur le conflit et créer un tribunal spécial chargé de poursuivre les crimes contre l’humanité, y compris ceux commis avec la complicité de la communauté internationale ; e) créer et doter un Fonds mondial de reconstruction pour la Palestine (FMRP).

8. Nous condamnons avec force les atteintes à la liberté académique dans le monde. Nous observons que les gouvernements, les universités et d’autres organismes censurent actuellement la parole et contrôlent la pensée sur la crise en Palestine. Nous sommes solidaires de nos collègues à travers le monde qui sont confrontés à des atteintes à la liberté académique en raison de leurs réflexions sur la crise actuelle en Palestine. Nous appelons les universités du monde entier à réaffirmer leur engagement en faveur de la liberté académique, à résister aux pressions d’exercer une censure et à mettre en place des mesures de soutien aux étudiants et universitaires persécutés. Nous exhortons également les étudiants et les universitaires à exercer les privilèges de la liberté académique avec responsabilité.

9. La crise actuelle en Palestine souligne les dangers de l’ethno-nationalisme, de l’intolérance, de toutes les formes de discrimination et des nombreux conflits violents oubliés qui continuent d’exposer des populations vulnérables à travers le monde. Nous demandons à la communauté internationale de faire preuve de volonté et de détermination pour mettre un terme à ces souffrances.



Notes

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Bibliographie

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Pour citer l'article :

APA

Global Africa. (2023). « Mâchoires, parlez maintenant avant que vos têtes ne deviennent des crânes ! ». Global Africa, 4, pp. 6-9. https://doi.org/10.57832/q2yg-sn63


MLA

Global Africa. « "Mâchoires, parlez maintenant avant que vos têtes ne deviennent des crânes !" ». Global Africa, no. 4, 2023, p. 6-9. doi.org/10.57832/q2yg-sn63


DOI

https://doi.org/10.57832/q2yg-sn63


© 2023 by author(s). This work is openly licensed via CC BY-NC 4.0

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