Introduction
Les Khojas constituent un groupe indo-persan de musulmans chiites originaire d’Asie du Sud. Ils ont migré vers l’Afrique de l’Est aux XVIIIe et XIXe siècles, avant de se disperser par la suite en Europe ainsi qu’au sein des diasporas d’Amérique du Nord. L’influence des musulmans khojas en Afrique de l’Est s’est manifestée tant par leur dynamisme économique que par le maintien d’une identité religieuse et culturelle distincte. Le présent article vise à démontrer que l’identité religieuse khoja est continuellement négociée à travers la mémoire, le rituel, la mobilité et les interactions transnationales dans des contextes postcoloniaux. Son objectif principal est d’examiner la manière dont la diaspora khoja d’Afrique de l’Est a construit un sentiment de citoyenneté, de souveraineté et d’appartenance au-delà des frontières des États-nations grâce à diverses stratégies. Celles-ci comprennent le travail de mémoire, les pratiques rituelles, les mécanismes de résolution des conflits, les activités caritatives et d’assistance sociale, la culture imprimée, la numérisation, les pèlerinages ainsi qu’un leadership mondial actif qui lui a permis de perdurer en tant que communauté morale consensuelle dotée d’une identité religieuse distincte et inébranlable. Sur le plan méthodologique, cette étude adopte une perspective interactionniste symbolique afin d’analyser le dynamisme de l’héritage et de l’identité religieuse khojas à travers l’espace et le temps. Elle contribue à montrer que les Khojas, malgré leur population relativement réduite, ont su mobiliser leur identité religieuse et leur autorité morale pour devenir des chefs de file du monde des affaires et des pionniers régionaux en Afrique de l’Est et au-delà.
Contexte historique de la migration khoja, du colonialisme et de la diaspora
Le cas de la diaspora musulmane khoja d’Afrique de l’Est constitue une histoire de mobilité, de foi et de quête d’appartenance à travers des mondes en constante transformation. Originaires principalement du Gujarat, les familles khojas se sont établies le long de la côte swahilie ainsi qu’à l’intérieur des terres est-africaines à la fin du XIXe siècle. Elles furent attirées par les opportunités commerciales et soutenues par des liens de parenté et des attaches religieuses s’étendant à travers l’océan Indien (Loimeier, 2018 ; Nair, 2001). Les relations entre l’Afrique de l’Est et l’Asie du Sud se sont développées grâce aux échanges commerciaux et aux interactions interculturelles qui en ont découlé (Premawardhana, 2019). L’offensive coloniale en Afrique de l’Est au XIXe siècle n’épargna pas les Khojas, qui étaient déjà solidement implantés dans la région. Afin d’assurer leur survie, ils créèrent des institutions telles que les jamaats, les mosquées, les écoles et les organisations de bien-être social. Ces institutions les protégèrent contre la discrimination et la ségrégation coloniales. Elles devinrent ainsi des piliers fondamentaux de leur identité, de leur stabilité et de leur sentiment d’appartenance (Akhtar, 2017). Elles fonctionnaient comme des espaces de solidarité, de soutien mutuel, d’orientation morale et de prise de décision collective, aidant les membres de la communauté à faire face aux incertitudes de la vie coloniale.
Grâce à ces institutions, les musulmans khojas ont pu préserver la continuité religieuse, renforcer les liens communautaires et développer un sentiment collectif d’identité tout en s’adaptant aux réalités du colonialisme. Cependant, dans les décennies qui suivirent les indépendances, les politiques d’africanisation, les dynamiques politiques racialisées et l’incertitude économique fragilisèrent ces fondements, conduisant de nombreuses familles khojas à reconsidérer leur appartenance et leur lieu d’ancrage, et, dans certains cas, à migrer de nouveau vers l’Europe et l’Amérique du Nord (Akhtar, 2016). À titre d’exemple, la décision prise en 1971 par le gouvernement ougandais d’expulser tous les Asiatiques du pays sous la présidence du dictateur Idi Amin déclencha une nouvelle vague de migration diasporique khoja vers l’Europe, les États-Unis et le Canada.
L’expérience khoja constitue un exemple particulièrement révélateur d’une citoyenneté religieuse dynamique et structurée qui transcende les frontières et les époques (Akhtar, 2014 ; Spickard & Adogame, 2010). En Afrique de l’Est, l’héritage khoja a dû composer avec des identités religieuses locales concurrentes, avec l’expansion coloniale du XIXe siècle ainsi qu’avec les politiques politico-économiques de l’ère postcoloniale, qui représentaient à la fois une menace et un défi (Dickinson, 2012 ; Wortmann, 2025). L’identité religieuse khoja apparaît ainsi non comme un héritage figé, mais comme une pratique vivante et évolutive façonnée par la mémoire, les institutions et les expressions quotidiennes de la foi à travers les générations et les océans. La foi devient alors une ressource vivante grâce à laquelle les communautés s’adaptent, perdurent et se réinventent dans un monde postcolonial marqué par la mobilité et le changement (Platvoet, 1996 ; Premawardhana, 2019 ; Sachedina, 2023 ; Vertovec, 2004 ; Stans, 2016).
Approche méthodologique
Cette étude s’inscrit dans la tradition interprétative de l’interactionnisme symbolique, qui s’intéresse à la manière dont les individus créent, négocient et maintiennent le sens à travers les interactions quotidiennes et les expériences vécues. L’interactionnisme symbolique conçoit l’identité comme un processus continuellement façonné par la communication, les rituels, les symboles, les mémoires et les expériences partagées, et non comme une réalité fixe ou permanente (Carter & Fuller, 2015). Cette perspective est particulièrement pertinente pour l’étude des communautés religieuses diasporiques, dans la mesure où leur identité n’est jamais statique ; elle est sans cesse reconfigurée à travers différents contextes culturels, géographiques et historiques. Dans le cas de la diaspora khoja d’Afrique de l’Est, l’identité religieuse émerge ainsi à travers des interactions continues avec les histoires migratoires, les institutions communautaires, les relations transnationales et les réalités postcoloniales. Comme le souligne Jeon (2004), l’interactionnisme symbolique constitue une base importante pour la recherche qualitative, car il permet d’explorer la manière dont les individus interprètent et donnent sens à leurs expériences vécues au sein de mondes sociaux spécifiques.
Dans cette orientation interprétative, l’étude a adopté une conception ethnographique qualitative ainsi qu’une ethnographie numérique afin d’explorer la manière dont les membres de la diaspora khoja d’Afrique de l’Est construisent, négocient et maintiennent leur identité religieuse dans des contextes à la fois locaux et transnationaux. L’ethnographie est particulièrement appropriée, car elle permet au chercheur d’entrer dans les univers sociaux et religieux des participants et d’observer comment l’identité est vécue, incarnée et exprimée à travers les rituels, les pratiques communautaires, les mémoires et les interactions quotidiennes. Étant donné que la vie diasporique contemporaine se déploie à la fois dans des espaces physiques et numériques, l’étude a également intégré l’ethnographie numérique afin de saisir la manière dont la vie religieuse circule à travers les réseaux transnationaux en ligne. En combinant le travail ethnographique traditionnel et l’observation numérique, l’étude cherche à comprendre comment l’identité religieuse khoja est maintenue non seulement à travers les mosquées, les jamaats et les réunions familiales, mais aussi via les groupes WhatsApp, les majalis diffusés en direct, les sermons en ligne et d’autres pratiques numériques reliant des communautés dispersées à travers les océans.
En combinant ethnographie qualitative et ethnographie numérique dans un cadre interactionniste symbolique, cette recherche adopte une approche méthodologique holistique qui reflète les réalités contemporaines de la religion diasporique. Elle reconnaît que l’identité religieuse khoja se vit à travers des espaces multiples et interconnectés, notamment les mosquées, les foyers, les institutions communautaires, les réseaux migratoires et les plateformes numériques. Chacun de ces espaces constitue un contexte symbolique distinct à travers lequel la foi est interprétée, pratiquée et transmise. L’étude considère ainsi la diaspora khoja d’Afrique de l’Est non pas comme une communauté religieuse statique ancrée uniquement dans la tradition, mais comme une formation transnationale dynamique qui réinvente continuellement la foi, l’appartenance et l’identité dans un monde postcolonial marqué par la migration, la mémoire et l’interconnexion globale.
Le travail de terrain a été mené entre juin 2023 et mai 2024 à Nairobi, Mombasa et Kisumu, au Kenya. Il a été complété par des interactions virtuelles avec des communautés khoja de la diaspora établies au Royaume-Uni, au Canada et aux États-Unis. Ces sites ont été choisis parce qu’ils représentent des centres historiques et contemporains importants d’installation khoja, façonnés par les migrations de l’océan Indien (Mirza, 2014), la mobilité coloniale et la dispersion postcoloniale. J’ai effectué des observations participantes en assistant à des réunions de majalis, à des commémorations de Muharram, à des événements religieux et à des activités de bien-être communautaire, afin d’observer la manière dont les significations religieuses sont collectivement produites et transmises. Au cours de ces observations, des symboles tels que les vêtements noirs de deuil durant Muharram, les récitations dévotionnelles, les repas communautaires et les espaces sacrés sont apparus comme de puissants rappels de la mémoire, de l’appartenance et de la continuité. Ils ne constituaient pas de simples expressions rituelles ; ils permettaient aux participants de réaffirmer leurs liens avec l’Afrique de l’Est, l’Asie du Sud et l’histoire diasporique plus large des Khojas.
Des entretiens ont également été menés auprès de trente-cinq participants issus de divers milieux professionnels : responsables religieux, administrateurs de jamaats, coordinateurs de la jeunesse, hommes et femmes d’affaires, étudiants, ainsi que migrants entretenant des liens transnationaux. Les entretiens semi-directifs ont été particulièrement enrichissants, permettant de recueillir des récits personnels portant sur la migration, la mémoire, la vie religieuse, l’attachement communautaire et les défis rencontrés. Les participants ont décrit la manière dont l’identité religieuse est façonnée et négociée dans un contexte de mobilité, de pluralisme culturel et de réalité postcoloniale. La jeune génération a, quant à elle, souligné que l’identité est un processus d’adaptation et d’interprétation, influencé par l’éducation, les médias numériques et des environnements sociaux multiculturels. Ainsi, l’identité n’est pas simplement une tradition héritée et transmise mécaniquement d’une génération à l’autre.
Les interactions religieuses khoja en ligne ont constitué une composante majeure de l’ethnographie numérique de cette étude. Les activités en ligne telles que les groupes WhatsApp de jamaats, les diffusions en direct de majalis sur YouTube, les pages commémoratives sur Facebook et les conférences religieuses en ligne contribuent à maintenir la vie communautaire transnationale. Ces espaces numériques sont des lieux essentiels où l’appartenance religieuse s’exprime sans être limitée par les frontières géographiques. Dans ces espaces numériques, les émojis, les versets coraniques, les messages de deuil, les demandes de prières et diverses images commémoratives constituent des expressions symboliques de la piété, de la solidarité et de la mémoire collective. Ces espaces numériques apparaissent ainsi comme des espaces religieux secondaires influents, où se reproduit et se négocie l’identité diasporique. Cela montre que la technologie numérique a transformé l’expérience diasporique en assurant une connexion émotionnelle et religieuse malgré la distance physique. Des sources secondaires telles que des archives, des publications communautaires, des discours publics, des représentations médiatiques et des récits migratoires documentés ont également été mobilisées afin de comprendre l’expérience des communautés khoja en Afrique de l’Est et dans la diaspora élargie. Ces matériaux ont permis d’éclairer la manière dont les migrations coloniales, les politiques d’africanisation postcoloniales, la mobilité économique et les dynamiques migratoires globales ont façonné l’évolution de l’identité communautaire khoja au fil du temps. Ils ont également révélé la manière dont les communautés diasporiques racontent leurs propres histoires de déplacement, d’installation, d’adaptation et d’appartenance.
Les données collectées ont été analysées à l’aide d’un codage thématique guidé par des concepts clés de l’interactionnisme symbolique, tels que la présentation de soi (Ytreberg, 2024).), la prise de rôle (Mead, 1934), la mémoire collective et la définition de la situation (Ball, 1972). À travers la comparaison et l’interprétation, des thèmes récurrents ont émergé autour de l’appartenance transnationale, de la continuité religieuse, de la mémoire communautaire, du changement générationnel et de la religiosité numérique. L’analyse montre que l’identité religieuse au sein de la diaspora khoja d’Afrique de l’Est n’est pas statique, mais relationnelle, dynamique et contextuelle. Par exemple, un même rituel de Muharram peut simultanément incarner la dévotion spirituelle, l’héritage culturel, la mémoire diasporique et la solidarité communautaire, selon le contexte dans lequel il est pratiqué. Ces résultats confirment l’un des principes centraux de l’interactionnisme symbolique : le sens est continuellement produit et reconfiguré à travers l’interaction sociale.
Le processus de recherche a également intégré une dimension réflexive. En tant que chercheur situé dans un environnement multiculturel kenyan tout en demeurant extérieur à la communauté khoja, j’ai été conscient de ma position à la fois d’observateur et d’outsider. Cette prise de conscience a exigé une sensibilité constante aux questions d’interprétation, de confiance et de représentation tout au long du travail de terrain. La tenue de notes de terrain détaillées m’a permis non seulement de documenter les expériences et les pratiques des participants, mais aussi de réfléchir de manière critique à mes propres présupposés, réactions émotionnelles et compréhension progressive de la vie religieuse diasporique. Cet engagement réflexif a approfondi le processus interprétatif et renforcé l’empathie envers les expériences des participants en matière de migration, de négociation identitaire et d’appartenance communautaire.
Résultats et analyse
Foi, résilience et transformation
La vie religieuse khoja suscite un fort sentiment de mémoire et d’appartenance transnationale. Les observations de terrain et les entretiens réalisés révèlent que les rituels religieux khojas ne fonctionnent pas uniquement comme des actes de culte, mais également comme des pratiques de remémoration et d’appartenance. La foi khoja a ainsi constitué un vecteur de résilience et de transformation communautaire. Lors des commémorations de Muharram à Nairobi et à Mombasa, les participants associaient fréquemment les pratiques dévotionnelles aux histoires migratoires familiales et à la continuité communautaire. Les vêtements noirs de deuil, les récitations collectives et les repas partagés devenaient des rappels symboliques à la fois de l’engagement religieux et de l’identité diasporique. Cela est illustré par le témoignage d’un participant à Nairobi : « Lorsque nous nous réunissons pendant Muharram, il ne s’agit pas seulement de Karbala. Il s’agit aussi de se souvenir de qui nous sommes et d’où nous venons. » Ces propos montrent que les actes rituels ne constituent pas de simples traditions figées ; ils opèrent comme des pratiques sociales vivantes à travers lesquelles les communautés diasporiques réaffirment continuellement leur appartenance au-delà des générations et des distances géographiques. Ce constat rejoint l’approche interactionniste symbolique du sens, selon laquelle les symboles acquièrent leur signification à travers l’interaction sociale répétée. À travers les océans et les générations, les Khojas ont vécu leur foi et transmis leurs principes éthiques aux jeunes générations lors de rassemblements formels et informels (Akhtar, 2014). Ainsi, dans un monde postcolonial marqué par la migration, la racialisation et la précarité économique, la vie religieuse khoja montre comment la foi peut stabiliser une communauté sans la figer dans un espace immobile.
Les résultats montrent également que les participants décrivent souvent l’Afrique de l’Est non pas simplement comme un lieu de résidence temporaire, mais comme une patrie émotionnelle intimement liée aux origines sud-asiatiques. L’identité religieuse apparaît ainsi comme stratifiée et transnationale, façonnée simultanément par les expériences africaines, les héritages sud-asiatiques et les mobilités globales contemporaines. Une grande partie de cette résilience s’exprime à travers ce qu’Akhtar (2014) qualifie de citoyenneté religieuse. Pour les Khojas, le sentiment d’appartenance ne se limite pas aux passeports ou aux frontières nationales ; il se construit à travers la participation à des institutions religieuses qui éduquent les enfants, prennent soin des personnes âgées, résolvent les conflits et répondent aux situations de crise. Ce sentiment d’appartenance et cette conscience religieuse se matérialisent au sein d’institutions khojas telles que les jamaats, les mosquées et les conseils communautaires. Dans ces espaces sont organisées les prières, les activités de bien-être social et les rassemblements communautaires. Ces institutions jouent également un rôle de protection face aux incertitudes, aux ruptures et aux marginalisations (Hudson, 2003). Elles permettent ainsi aux communautés de se réorganiser et de préserver leur héritage culturel et religieux, renforçant le sens et la cohérence de la vie collective.
La résilience khoja comporte également une dimension genrée, inscrite dans les pratiques quotidiennes. Comme le souligne Khoja-Moolji (2023), les femmes soutiennent la vie communautaire à travers les prières partagées, la préparation des repas, la garde des enfants et des pratiques discrètes de soin mutuel. Il a été observé que les femmes khojas d’Afrique de l’Est jouent un rôle central dans la préservation de la mémoire en enseignant aux enfants les pratiques de prière et en organisant les commémorations, contribuant ainsi au maintien de l’harmonie sociale entre les générations. Cela permet de comprendre la résilience féminine comme une forme de travail relationnel qui contribue à la reproduction de la vie communautaire.
Les expériences historiques éclairent également la résilience khoja, souvent forgée dans des moments de choix douloureux. La discussion de Rajani (2025) sur la scission du XIXe siècle entre les orientations Aga Khan et Ayatollah rappelle que l’appartenance théologique ne relève jamais d’un simple débat abstrait. Elle est intimement liée aux inquiétudes relatives au leadership, à la survie et à l’avenir de la communauté sous domination coloniale. Les familles, les quartiers et les jamaats ont dû négocier des loyautés aux conséquences sociales importantes. Toutefois, ces moments n’ont pas simplement fragmenté la communauté ; ils révèlent plutôt une capacité à vivre avec le désaccord, à réorganiser les formes d’autorité et à avancer en s’appuyant sur la foi comme guide plutôt que comme un script rigide.
En Afrique de l’Est, l’adaptabilité khoja a été davantage façonnée par les rencontres quotidiennes avec les mondes sociaux africains. Des valeurs éthiques telles que la patience (sabr), la justice et la responsabilité collective s’accordaient avec des cadres moraux africains plus larges, qui privilégient la réconciliation plutôt que la pérennisation des conflits. Comme le suggère Karanja (2019), les approches religieuses de la transformation des conflits reposent souvent sur l’écoute, la médiation et la persuasion morale plutôt que sur la coercition. Au sein des communautés khojas, les différends étaient fréquemment réglés par des conseils et des anciens, qui mettaient l’accent sur la restauration des relations plutôt que sur l’attribution des fautes. Cet alignement éthique a permis aux Khojas de vivre en tant que minorité religieuse sans se retirer du tissu social environnant.
La transformation du mode de vie khoja s’est également manifestée à travers l’éducation formelle et les activités économiques. Ces dimensions éducatives et économiques sont étroitement liées à la vie religieuse et aux représentations morales de la communauté. Une grande partie de la philosophie éducative repose sur l’approche de l’Aga Khan, qui met l’accent sur le raisonnement éthique, le pluralisme et la responsabilité sociale (Khoja-Moolji, 2017). Grâce à l’éducation, les Khojas ont pu intégrer divers milieux professionnels et contribuer à l’essor des économies postcoloniales. De manière significative, ils ont également transposé leurs valeurs éthiques dans leurs environnements professionnels, favorisant des formes accrues de coopération et d’influence économique. Ainsi, les cadres moraux khojas fondés sur l’honnêteté, la charité et l’entraide ont contribué à leur réussite diasporique. Cette observation rejoint celle de Margaryan (2025) à propos des marchands arméniens, selon laquelle la réussite diasporique repose souvent sur la confiance et l’intégrité réputationnelle.
Par ailleurs, la résilience est également entretenue par la mémoire. Les récits familiaux de migration, du Gujarat vers l’Afrique de l’Est, puis vers l’Europe et l’Amérique du Nord, circulent comme des histoires partagées de déplacement et d’adaptation. Comme le souligne Derviş (2026), la foi fonctionne souvent comme un ancrage culturel permettant aux communautés de maintenir leur identité et leur cohérence dans des contextes de déplacement et de changement continu. Chez les Khojas, la mémoire ne romantise donc pas l’épreuve ; elle inscrit plutôt la souffrance dans un parcours moral plus large, qui valorise la persévérance sans nier la douleur.
Au niveau de l’apprentissage et de la formation de soi, la foi encourage une transformation intérieure parallèle à la responsabilité sociale. L’enseignement religieux, qu’il prenne la forme de sermons formels ou d’échanges informels, cultive la réflexivité, la conscience éthique et la capacité d’adaptation. Cette orientation rejoint les conceptions de la discipline spirituelle telles que le tasawwuf comme pratique éthique incarnée (Mannopov et al., 2025), où la résilience morale commence par la culture de soi. La vie religieuse khoja continue par ailleurs de s’enrichir à travers son expansion diasporique. De nouvelles formes institutionnelles émergent dans la diaspora tout en maintenant des liens avec le point de dispersion est-africain (Karim, 2021). La diaspora globale khoja a ainsi développé une forme d’identité dans laquelle les dimensions civiques, morales et religieuses des individus sont façonnées conjointement par la foi, la mobilité et un sentiment d’appartenance globale. Cela correspond à ce que certains chercheurs, tels que Basrai (2009), qualifient de « nouveaux citoyens ».
Ainsi, la diaspora khoja montre que la religion peut être un catalyseur de transformation. La résilience émerge à travers les institutions, la mémoire et les actes quotidiens de soin, de prise de décision éthique et d’adaptation. Dans cette perspective, la transformation ne signifie pas une perte religieuse ; elle reflète plutôt la capacité de la foi à circuler, à se plier sans se rompre et à rester signifiante à travers les océans et les générations dans un monde postcolonial.
Mémoire, héritage et pratiques rituelles
Les Khojas d’Afrique de l’Est ont exprimé leur citoyenneté religieuse à travers des jamaats dynamiques et d’autres institutions sociales. Cette étude montre que les jamaats fonctionnent bien au-delà de simples institutions religieuses. Les participants les décrivent comme des espaces d’orientation morale, de soutien social, de médiation des conflits et d’appartenance communautaire. Des entretiens menés auprès de responsables de jamaats à Kisumu et à Mombasa révèlent que ces institutions communautaires jouent toujours un rôle essentiel dans le maintien de la cohésion sociale dans un contexte de migration et de mondialisation. Comme l’a expliqué un participant : « Le jamaat est l’endroit où les gens se rendent en cas de décès, de conflit, de mariage ou de difficultés financières. La religion et la communauté ne peuvent être séparées. » Ces résultats confirment la notion de « citoyenneté religieuse » proposée par Akhtar (2014), selon laquelle l’appartenance se construit à travers la participation aux institutions communautaires plutôt que par la seule identité nationale. Les observations ethnographiques montrent également que les jamaats constituent des espaces symboliques où l’identité est performée à travers les rituels partagés, les processus de prise de décision et les interactions quotidiennes.
La mémoire khoja n’est pas uniquement conservée dans le passé ; elle est vécue, exprimée et actualisée dans le présent. La foi est remémorée à travers l’efficacité de la prière, la répétition des récits transmis par les aînés et les rythmes familiers des rassemblements rituels qui marquent les étapes de la vie. À travers les générations et les contextes géographiques variés, la mémoire et le rituel constituent le lien qui maintient une communauté dispersée, permettant à la foi de traverser les océans tout en restant ancrée dans les pratiques quotidiennes. Les traditions khojas ont été préservées tout en se transformant, reconfigurant continuellement leur héritage religieux en réponse aux migrations, aux ruptures coloniales et aux exigences de l’appartenance postcoloniale. Cela rappelle que le patrimoine est une réalité constamment construite et reconstruite par les acteurs sociaux (Rowlands & De Jong, 2016).
Il a été observé que la pratique de la mémoire collective est très répandue au sein des communautés khojas. Celle-ci se manifeste à travers des récits dévotionnels qui relient les communautés d’Afrique de l’Est à un espace khoja transnational plus vaste, réparti de part et d’autre des océans. Les récits de sainteté, les lieux sacrés et les liens ancestraux évoquent des expériences de caractère hiérophanique. Par exemple, le sanctuaire d’Afaq Khoja illustre la manière dont les espaces sacrés constituent des piliers émotionnels et spirituels de la foi et de l’identité khojas (Gilkison, 2013 ; Papas, 2017). Malgré la distance géographique, ces géographies sacrées façonnent la manière dont les musulmans khojas imaginent la filiation, l’autorité et la continuité intergénérationnelle. La mémoire est ainsi vécue dans la vie rituelle quotidienne. Les pratiques dévotionnelles telles que les ginans et les prières narratives (kahaṇi) ne sont pas seulement récitées, mais également ressenties à travers le rythme, la mélodie et la participation corporelle (Akhtar, 2014 ; Boivin, 2010). Qu’elles soient exécutées dans les jamaats ou dans l’intimité des foyers, ces pratiques créent des espaces émotionnels partagés qui inscrivent les participants dans un univers moral commun reliant la communauté à travers le temps et l’espace.
Comme le montre Catlin-Jairazbhoy (2004), le chant lui-même devient une forme d’appartenance, permettant à différentes générations et à des groupes linguistiques variés de participer à une expérience dévotionnelle commune. Les rencontres coloniales ont laissé des traces profondes dans la mémoire et la vie rituelle khoja. L’étude de Mawani sur l’affaire khoja de 1866 montre comment les tribunaux coloniaux ont contraint les communautés à définir leurs traditions en termes juridiques rigides, transformant des pratiques vécues en preuves et des rituels en marqueurs d’identité formelle (Mawani, 2017). Ces perturbations n’ont pas seulement affecté la tradition ; elles ont également suscité des réponses créatives, les communautés khojas réinterprétant leurs pratiques héritées pour répondre à de nouvelles réalités politiques et sociales (Boivin, 1998 ; Ranjan, 2017).
En Afrique de l’Est, la vie rituelle khoja a continué d’évoluer à travers des interactions quotidiennes avec les mondes culturels africains. Les valeurs esthétiques, la culture matérielle et les formes de dévotion témoignent d’interactions prolongées avec les traditions swahilies, massaï et d’autres traditions locales. L’hybridité de l’héritage diasporique khoja résulte ainsi d’une fusion entre les rencontres culturelles sud-asiatiques et africaines (Pandurang, 2018). L’identité religieuse et la citoyenneté khojas se définissent donc davantage par la mémoire, le soin et l’autorité morale que par un attachement territorial nationaliste strict (Akhtar, 2014). Ainsi, le rituel et la commémoration s’incarnent dans le son, le récit et la mobilité. À travers les océans et les générations, le passé n’est pas simplement rappelé ; il est transmis et réactualisé dans un monde postcolonial marqué par la mobilité, la pluralité et le changement. Dans une perspective interactionniste symbolique, ces institutions deviennent des espaces où les rôles et attentes collectifs sont continuellement négociés. Le leadership, l’autorité et la participation ne sont pas des structures héritées figées, mais des performances sociales continues façonnées par l’interaction.
Réseaux transnationaux et connectivité
Les musulmans khojas d’Afrique de l’Est s’inscrivent dans une communauté religieuse qui s’étend à travers les océans, reliant des familles, des mosquées et des jamaats en Tanzanie, au Kenya et en Ouganda à des proches et à des autorités religieuses situées en Asie du Sud, en Europe et en Amérique du Nord. Ces réseaux ne sont pas abstraits ; ils sont vécus, ressentis et pratiqués. Ils façonnent la manière dont les musulmans khojas se perçoivent eux-mêmes, leur permettant de maintenir une autorité morale et spirituelle, de partager des ressources et de préserver la cohésion communautaire à l’échelle transcontinentale (Akhtar, 2014, 2018). Dans ce contexte, l’appartenance implique également une responsabilité : celle de participer à une chaîne vivante de foi reliant les générations à travers le temps et l’espace. Historiquement, ces liens transnationaux se sont établis par le commerce, le pèlerinage et la circulation des savants religieux. Plus récemment, ils ont été consolidés par la religion numérique et ses multiples dynamiques transformationnelles.
En Amérique du Nord et au Canada, les Khojas de la diaspora maintiennent des liens similaires à travers les dons, l’apprentissage virtuel et le mentorat, créant ainsi des formes de solidarité qui transcendent la distance (Karim, 2021). Ces connexions diasporiques ont été intensifiées par les technologies numériques. L’usage des téléphones portables, la création de groupes sur les réseaux sociaux et le recours aux plateformes numériques permettent aux Khojas de participer à la vie communautaire malgré la distance géographique : écouter des récitations de ginans en ligne, consulter des responsables religieux sur des questions rituelles ou coordonner l’aide aux familles à travers les frontières (J. Khoja, 2020 ; K. Khoja, 2009 ; Khoja & Naseem, 2019). Ces interactions numériques rendent la communauté khoja mondiale plus interconnectée de manière tangible, d’une façon que les générations précédentes auraient difficilement pu imaginer.
L’ethnographie numérique révèle que l’identité religieuse se déploie de plus en plus dans les espaces en ligne. Les groupes WhatsApp des jamaats, les diffusions en direct de majalis sur YouTube et les forums de prière en ligne sont devenus centraux dans le maintien des liens communautaires à travers des géographies dispersées. Les participants décrivent fréquemment ces plateformes comme des extensions de l’espace religieux. Les jeunes, en particulier, soulignent que les conférences en ligne et les rituels diffusés en direct leur permettent de rester connectés à la vie religieuse tout en poursuivant leurs études ou leur travail à l’étranger. Un participant au Canada a déclaré : « Même lorsque je suis à des milliers de kilomètres, je me sens toujours présent pendant les majalis, car nous nous connectons en ligne comme une famille. » Ces résultats montrent que les technologies numériques transforment la pratique religieuse diasporique en réduisant la distance géographique et en permettant de nouvelles formes de participation communautaire. Les émojis, les messages de prière, les images de deuil et les interactions en direct deviennent des marqueurs symboliques de piété et d’appartenance.
L’analyse montre également que la religion numérique ne remplace pas la pratique religieuse physique ; elle l’étend et la reconfigure. La foi devient mobile, flexible et transnationale tout en restant ancrée dans la mémoire collective et la continuité rituelle. Les réseaux transnationaux peuvent également être compris à travers les expériences quotidiennes des Khojas. L’importance des liens familiaux, des relations de mentorat et des célébrations religieuses coordonnées relie les foyers à travers différents pays, renforçant ainsi le sentiment d’appartenance et l’identité collective (Asani, 2017). Dans ces espaces, l’autorité est autant vécue que reconnue : les aînés guident les plus jeunes, le savoir rituel se transmet, et l’appartenance globale se manifeste à travers des pratiques partagées. Par ailleurs, la transnationalité façonne les dynamiques de pouvoir, d’autorité et d’interprétation, car l’intégration dans un réseau global confère une légitimité, un accès au leadership et des cadres pour négocier la migration, la modernité et le changement social (Magout, 2019).
Ces réseaux constituent ainsi des espaces de créativité autant que de connexion, où les communautés adaptent des pratiques héritées à des réalités locales tout en participant à un univers moral et religieux transnational partagé. Cela montre que les réseaux transnationaux khojas ne sont pas de simples structures, mais des espaces de vie et des lignes de soutien essentielles à l’existence communautaire. Ils révèlent que la diaspora ne se réduit pas à un phénomène de déplacement ; elle est un processus continu de connexion, de mémoire et d’appartenance, dans lequel la religion, la mémoire et la communauté morale circulent aussi librement que les individus eux-mêmes. Aujourd’hui, la vie transnationale khoja est maintenue à la fois par des institutions formelles et par des pratiques quotidiennes. Des ONG confessionnelles, des écoles et des projets de bien-être en Tanzanie relient les communautés locales à des réseaux plus larges de l’islam chiite duodécimain (Leichtman, 2020 ; Weiss, 2020).
Mondialisation, modernité et négociation identitaire
La modernité n’est pas toujours comprise comme un concept abstrait au sein de la communauté khoja ; elle est plutôt vécue à travers des négociations quotidiennes, que ce soit à la jamaatkhana après les prières du soir, dans les discussions familiales autour de l’éducation des enfants, ou dans les débats sur la langue, l’habillement et les pratiques rituelles. Pour les musulmans khoja, la globalisation n’est pas une force abstraite ou lointaine, mais quelque chose de vécu et de ressenti dans la vie quotidienne, qui façonne la manière dont l’identité, l’appartenance et la responsabilité sont comprises. Comme le note Akhtar (2018), ces négociations s’étendent de plus en plus aux espaces numériques et transnationaux. Des groupes WhatsApp diffusent des sermons, des annonces communautaires et des débats à travers les continents, tandis que des jeunes suivent des cours religieux en ligne lorsqu’ils étudient ou travaillent à l’étranger. C’est ce que Magout (2019) appelle la « trans-nationalisation de multiples sécularités », un concept qui rend compte de la manière dont sensibilités religieuses et séculières coexistent dans ces espaces numériques. Cela est encore renforcé par les travaux de Rassol et Nakamura (2026) sur les musulmans canadiens. Les jeunes khojas se retrouvent souvent pris dans une triade entre foi, culture et citoyenneté, leurs choix de vie étant façonnés par le genre et les formes d’incorporation, eux-mêmes influencés par les tendances globales (Hendra et al., 2025 ; Iftikhar & Aamir, 2025), contribuant ainsi à la construction des identités des jeunes et des femmes.
À travers les générations, les préoccupations relatives à la continuité restent actives et fortement valorisées. Tandis que les aînés s’inquiètent de la perte de la langue et des savoirs rituels, les plus jeunes recherchent quant à eux de la pertinence et du sens. Cela est bien résumé par la question d’Erricker (2008) : « Dans cinquante ans, qui sera encore là ? ». Une question qui résonne profondément avec les expériences vécues des Khojas, car, comme le rappelle Asani (2011), l’adaptabilité a toujours été au cœur de leur histoire. Le passage des traditions satpanthi à des identités musulmanes formalisées témoigne d’une capacité de transformation sans rupture éthique à travers les générations, les espaces et le temps. Ainsi, la globalisation khoja n’est ni un récit d’érosion ni celui d’une intégration harmonieuse. Elle constitue un processus vécu de négociation, marqué par la mémoire, le mouvement et la réflexion morale. La foi à travers les océans n’est pas simplement transportée ; elle est sans cesse recréée — patiemment, de manière inégale et créative — dans les vies quotidiennes d’une diaspora qui continue de concilier héritage et changement dans un monde postcolonial.
Discussion
Les résultats montrent que l’identité religieuse khoja ne peut être adéquatement comprise à travers des modèles statiques fondés uniquement sur l’ethnicité ou la religion. Elle apparaît plutôt comme relationnelle, dynamique et continuellement reconstruite à travers les pratiques rituelles, les interactions communautaires, la mémoire et la connectivité numérique. Cette étude contribue aux débats plus larges sur la religion et la diaspora en mettant en évidence la manière dont les communautés religieuses postcoloniales maintiennent une continuité sans pour autant devenir culturellement figées. L’expérience khoja complexifie l’idée selon laquelle la mondialisation conduirait nécessairement à l’érosion des traditions religieuses. Au contraire, elle ouvre de nouveaux espaces d’adaptation religieuse, d’appartenance transnationale et de réinvention communautaire. L’étude contribue également à la littérature sur la religion postcoloniale en Afrique en montrant comment les communautés diasporiques négocient leur appartenance au sein de contextes africains multiculturels. L’identité khoja est ainsi façonnée non seulement par des origines sud-asiatiques, mais aussi par des interactions historiques prolongées avec les mondes sociaux africains, les héritages coloniaux et les transformations postcoloniales.
Dans une perspective interactionniste symbolique, cette étude montre que la religion fonctionne comme un processus continu de production de sens plutôt que comme une structure institutionnelle fixe. Les rituels, les interactions numériques, les commémorations et les institutions communautaires deviennent ainsi des espaces symboliques à travers lesquels l’identité est interprétée et reproduite. Plus largement, la diaspora khoja d’Afrique de l’Est illustre la manière dont la foi circule à travers les océans non pas comme un héritage statique, mais comme une pratique morale et sociale vivante, continuellement reconfigurée par la migration, la mémoire et l’interaction.
Conclusion
La diaspora khoja d’Afrique de l’Est révèle la manière dont la religion continue de produire du sens, de la continuité et de l’appartenance communautaire dans un monde postcolonial en transformation rapide. À travers les histoires de migration, les mutations numériques et les changements générationnels, la foi demeure centrale dans la manière dont les communautés interprètent le déplacement, préservent la mémoire et imaginent des futurs collectifs. Plutôt que de disparaître sous l’effet des dynamiques de mondialisation, l’identité religieuse khoja s’est adaptée de manière créative dans des espaces à la fois physiques et numériques. À travers les jamaats, les rituels, les réseaux familiaux et les connexions transnationales, les communautés diasporiques continuent de négocier le sens de l’appartenance à travers les océans et les générations. L’étude montre ainsi que la foi n’est pas simplement transmise de manière inchangée au-delà des frontières. Elle est au contraire sans cesse interprétée, mise en pratique et réinventée dans les réalités vécues de la migration, de la postcolonialité et de l’interconnexion globale. « La foi à travers les océans » est donc plus qu’une métaphore : elle renvoie à la réalité vécue d’une communauté qui continue de porter ses croyances, ses récits et ses engagements à travers les générations, tout en les transformant, sans perdre ce qui leur donne sens.