Analyses critiques
30 Juin 2025
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V.-Y., puissions-nous t’honorer non seulement par notre chagrin, mais aussi par notre réflexion
Numéro 10 – Analyses critiques This post is also available in: English Français (French) TÉLÉCHARGER EN PDF 10.2025Savoirs protecteurs,savoir protéger Publié le : 20 juin 2025 ISSN: 3020-0458 TÉLÉCHARGER LE NUMÉRO PDF Abstract Résumé Muhtasari ملخص /// /// /// /// Le 31 mai 2025 marquait le 40e jour du décès du philosophe, essayiste, poète et romancier Valentin-Yves Mudimbe, figure fondatrice des études africaines. Professeur Toussaint Kafarhire, S.J., rédacteur de Global Africa, a coorganisé avec Professeur Zubairu Wai un webinaire pour célébrer la pensée, les luttes et l’humanité d’un homme exceptionnel. Nous avons voulu restituer quelques moments forts de cet hommage. Zubairu Wai Nous avons choisi cette date parce qu’en Afrique, du moins en Sierra Leone d’où je suis originaire, j’ai d’ailleurs confirmé cela avec le Révérend Professeur Toussaint Kafarhire, S.J., et il en est de même au Congo : lorsqu’une personne décède, le 40e jour est important parce qu’il marque l’étape finale des rites funéraires. Ensuite, une commémoration a lieu chaque année. Nous avons donc pensé que cette date serait appropriée pour nous souvenir du professeur Mudimbe. Avant de passer la parole au professeur Toussaint Kafarhire, je voudrais dire une chose : le professeur Mudimbe avait une relation très compliquée avec l’Église. Comme il l’a lui-même reconnu dans certains de ses écrits, cette relation n’a jamais été rompue. Il a essayé, et il nous a même dit que le fait d’être agnostique était une sorte de posture intellectuelle et publique. Ceux d’entre nous qui ont eu l’occasion de lui rendre visite dans sa maison de Caroline du Nord, savent qu’il commençait ses journées en écoutant de la musique grégorienne. Il avait une chapelle et une salle de méditation dans sa maison. De plus, je me souviens que pour son 60e anniversaire, le pape Jean-Paul lui avait envoyé, j’ai oublié le nom, une sorte de prière et de bénédiction. Ce geste montre que même si cette relation était compliquée, il s’agissait toujours d’une (vraie) relation, et nous devons l’honorer. C’est pourquoi nous avons souhaité commencer cette réunion par une prière, avant de passer aux différentes interventions que nous avons prévues. Ensuite, nous donnerons la parole à tous ceux et toutes celles qui souhaitent parler de leur relation ou de l’impact du professeur Mudimbe sur leur vie, etc. Il ne s’agit donc pas ici d’un cadre académique, où des communications scientifiques seront présentées, mais plutôt d’un moment de réflexion, de souvenir, d’hommage à quelqu’un qui nous a profondément touchés de multiples façons. Maintenant, professeur Toussaint, je vous cède la parole. Toussaint Kafarhire Merci beaucoup, Zuba ! Merci infiniment parce que, comme vous venez de le dire, nous sommes réunis ici parce que nous formons une communauté, qui s’est construite à travers le monde, à travers l’histoire, et à travers le professeur Mudimbe. Nous l’avons tous connu d’une manière ou d’une autre, de près ou de loin, à travers ses écrits ou personnellement. Et c’est tout à fait juste de pouvoir lui rendre cet hommage et de reconnaître que c’était une âme profondément en quête de Dieu. Je m’exprime en français, parce que je crois que nous sommes une communauté internationale, et il est important que ceux qui viennent de pays non anglophones sentent eux aussi que cet espace leur appartient, qu’il est fait pour nous tous. Peut-être que certains parleront en portugais, d’autres en espagnol, parce que Mudimbe était un homme universel, un homme du monde. Je voudrais juste profiter de ce petit moment d’introduction pour faire une courte prière, que je vais subdiviser en quatre parties. Tout d’abord, je lirai un court passage de l’Écriture. Ensuite, je lirai un petit poème de Khalil Gibran. Ensuite, je prononcerai une brève exhortation qui sera suivie d’une prière. Comme je viens de le dire, Mudimbe était un homme universel. Zuba nous a rappelé qu’il avait des relations plutôt difficiles avec l’Église, avec sa foi. J’ai eu le privilège de l’entendre raconter l’histoire de son entrée et de sa sortie au monastère. J’ai également raconté à Zuba qu’un jour, Mudimbe était venu me rendre visite à Chicago. À un moment donné, je devais partir pour remplir des obligations liées à mes fonctions sacerdotales. L’aumônerie universitaire avait des étudiants catholiques pour lesquels je devais célébrer la messe ce jour-là. Mudimbe me dit : « Je viens avec toi. » J’étais surpris. Il le remarqua et s’empressa de me rassurer : « Non, non ! Je ne vais pas me mêler de ce qui ne me regarde pas. Je ne vous dérangerai pas, mon Père. Je vais m’asseoir au fond de l’église. Je lirai mon bréviaire et vous continuerez votre service d’autel. » Et c’est exactement ce qu’il a fait. Ce que nous faisons aujourd’hui, nous le faisons en tant que croyants, chrétiens, catholiques, en tant que musulmans, bouddhistes, mais en tant qu’Africains, c’est-à-dire avec cette foi ancestrale que nous portons et qui nous amène à croire fermement que la mort ne met pas fin à la vie. Et que Mudimbe, d’une manière ou d’une autre, continuera à vivre avec nous, à nous inspirer et à nous pousser à aller de l’avant. Ainsi, pour ceux qui sont catholiques comme moi, et selon les traditions représentées dans cette salle virtuelle, je voudrais commencer ce moment au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen. Lecture de l’Évangile selon saint Jean. Nous lisons le chapitre 14, versets 1-4. Il est écrit : Que votre cœur ne se trouble pas. Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi.Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures.S’il n’en était pas ainsi, vous aurais-je dit que je vais vous préparer une place ?Et si je vais vous préparer une place, je reviendrai et je vous prendrai avec moi,afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi.Et du lieu où je vais, vous en savez le chemin. (L’Évangile, la bonne nouvelle du Seigneur). Loué sois-tu, Seigneur Jésus. J’ai dit que la deuxième partie consisterait à attirer votre attention sur un court poème de Khalil Gibran. En y