{"id":27119,"date":"2026-06-20T05:13:00","date_gmt":"2026-06-20T05:13:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/contemporary-artistic-resonances-of-bandung-in-senegal-continuities-and-discontinuities-of-a-reinterpreted-imaginary-in-contemporary-art-in-dakar\/"},"modified":"2026-07-02T12:46:58","modified_gmt":"2026-07-02T12:46:58","slug":"resonances-artistiques-contemporaines-de-bandung-au-senegal-continuites-et-discontinuites-dun-imaginaire-reinterprete-dans-lart-contemporain-a-dakar","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-14\/resonances-artistiques-contemporaines-de-bandung-au-senegal-continuites-et-discontinuites-dun-imaginaire-reinterprete-dans-lart-contemporain-a-dakar\/","title":{"rendered":"R\u00e9sonances artistiques contemporaines de Bandung au S\u00e9n\u00e9gal : continuit\u00e9s et discontinuit\u00e9s d\u2019un imaginaire r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9 dans l\u2019art contemporain \u00e0 Dakar"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">The afterlives of Bandung tell us more about political imagination and transnational identification than about attendance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Lee (2010)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bandung apr\u00e8s Bandung\u00a0: archives, m\u00e9moires et r\u00e9activations<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette recherche prend pour point de d\u00e9part la Conf\u00e9rence de Bandung, non pas envisag\u00e9e comme une rupture historique ou une charni\u00e8re entre deux mondes, mais comme une trace vive dont il importe de sonder les r\u00e9sonances. Ce qui nous int\u00e9resse n\u2019est pas tant l\u2019\u00e9v\u00e9nement clos que les mani\u00e8res dont il persiste, se d\u00e9place et se r\u00e9invente \u00e0 travers les gestes et les imaginaires des artistes aujourd\u2019hui. Bandung appara\u00eet ainsi moins comme un pass\u00e9 fig\u00e9 que comme une archive en mouvement, une m\u00e9moire active travaill\u00e9e par le pr\u00e9sent.Cette \u00e9tude distingue toutefois trois niveaux qu\u2019il importe de ne pas confondre&nbsp;: Bandung comme \u00e9v\u00e9nement historique, Bandung comme m\u00e9moire politique retravaill\u00e9e <em>a posteriori<\/em>, et Bandung comme ressource symbolique, critique et esth\u00e9tique r\u00e9activ\u00e9e dans des pratiques contemporaines. L\u2019enjeu n\u2019est donc pas d\u2019identifier une continuit\u00e9 chronologique entre 1955 et le pr\u00e9sent, mais d\u2019analyser les usages, d\u00e9placements et reconfigurations de cette r\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le contexte tendu d\u2019apr\u00e8s-guerre, marqu\u00e9 par l\u2019h\u00e9g\u00e9monie d\u2019une minorit\u00e9 de grandes puissances (cinq membres permanents du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019ONU) qui masquent \u00e0 peine la bipolarisation du monde sous la conduite des \u00c9tats-Unis et de l\u2019URSS, s\u2019op\u00e8re le processus le plus important et probablement le plus mal enseign\u00e9 du XX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle&nbsp;: la d\u00e9colonisation. La Conf\u00e9rence de Bandung se pose comme une tentative de redessiner la carte du monde hors des territoires circonscrits et surveill\u00e9s par les deux superpuissances. Elle incarne une rupture avec la logique duelle de la guerre froide, et une r\u00e9sistance \u00e0 la supr\u00e9matie raciale blanche, \u00e0 travers l\u2019affirmation d\u2019une souverainet\u00e9 politique, culturelle et \u00e9pist\u00e9mique des pays des Suds. L\u2019anti-imp\u00e9rialisme qui y est exprim\u00e9 se veut transversal, ouvert aux diff\u00e9rentes orientations id\u00e9ologiques, dans une volont\u00e9 de construction d\u2019un multilat\u00e9ralisme fond\u00e9 sur l\u2019\u00e9galit\u00e9 des nations, qui remet clairement en cause l\u2019ordre international h\u00e9rit\u00e9 de Yalta et le maintien de l\u2019ordre colonial. Elle propose un autre regard sur la modernit\u00e9 bas\u00e9 sur le respect des cultures, la souverainet\u00e9, le d\u00e9veloppement et le non-alignement, mettant en avant des mod\u00e8les alternatifs inspir\u00e9s du socialisme, du panarabisme, du panasiatisme et du panafricanisme. Les relectures r\u00e9centes de Bandung invitent toutefois \u00e0 ne pas r\u00e9duire ce moment \u00e0 une simple \u00e9tape diplomatique de la d\u00e9colonisation&nbsp;: elles y voient aussi un laboratoire normatif, affectif et politique depuis lequel les peuples anciennement colonis\u00e9s ont imagin\u00e9 d\u2019autres formes d\u2019ordre international, de solidarit\u00e9 et de constitution du monde (Getachew, 2019&nbsp;; Ph\u1ea1m &amp; Shilliam, 2016&nbsp;; Tan &amp; Acharya, 2008).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La gen\u00e8se de la rencontre se situe dans la Conf\u00e9rence de Colombo de 1954<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>, qui r\u00e9unit l\u2019Inde, Ceylan<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>, l\u2019Indon\u00e9sie, la Birmanie et le Pakistan. Le groupe constitu\u00e9 lors de cette r\u00e9union pr\u00e9figure, d\u2019une certaine mani\u00e8re, la conf\u00e9rence organis\u00e9e l\u2019ann\u00e9e suivante sur l\u2019\u00eele de Java, sous l\u2019impulsion du pr\u00e9sident et p\u00e8re fondateur de l\u2019Indon\u00e9sie moderne, Sukarno. Des dirigeants tels que Jawaharlal Nehru, Gamal Abdel Nasser, Zhou Enlai et Sukarno lui-m\u00eame y voient l\u2019occasion de donner forme \u00e0 une position alternative face \u00e0 la double menace du n\u00e9ocolonialisme occidental et des ing\u00e9rences concurrentes des deux superpuissances (Lee, 2010). Ce rappel permet de situer le moment Bandung comme un point de condensation historique \u00e0 partir duquel se sont ensuite \u00e9labor\u00e9s des r\u00e9cits, des affiliations et des r\u00e9appropriations politiques, intellectuelles et artistiques. La Conf\u00e9rence de Bandung marque ainsi l\u2019\u00e9mergence d\u2019un tiers-monde politique qui donne naissance \u00e0 ce qu\u2019on a appel\u00e9 le Mouvement des non-align\u00e9s, annonc\u00e9 par la d\u00e9claration de Brioni en 1956 et formalis\u00e9 \u00e0 Belgrade en 1961.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Conf\u00e9rence de Bandung initie une solidarit\u00e9 entre les pays d\u2019Afrique, d\u2019Asie et du Moyen-Orient, unis par l\u2019exp\u00e9rience commune du colonialisme. Ces pays avaient encore en m\u00e9moire la guerre (\u00ab&nbsp;mondiale&nbsp;\u00bb), au cours de laquelle les peuples des Suds ont \u00e9t\u00e9 exploit\u00e9s par des puissances qui pillaient leurs ressources et exploitaient leurs populations. En soutenant les luttes coloniales en cours (notamment en Alg\u00e9rie et en Afrique australe), la conf\u00e9rence fait \u00e9merger une forme desolidarit\u00e9 politiqueentre \u00c9tats du Sud<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> qui pr\u00e9figure de nouvelles formes de coop\u00e9ration Sud-Sud dans les domaines culturel, \u00e9ducatif et \u00e9conomique. Elle red\u00e9finit les relations internationales et, en ce sens, inaugure un nouveau paradigme qui va influer aussi bien sur&nbsp; la pens\u00e9e et les th\u00e9ories postcoloniales, que sur les pratiques artistiques et litt\u00e9raires (N\u00e9gritude, r\u00e9alisme socialiste africain, cin\u00e9ma militant, etc.).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est dans cette trame \u00e9tendue, entre histoire globale, r\u00e9sonances esth\u00e9tiques et luttes politiques, que s\u2019inscrit notre r\u00e9flexion. L\u2019analyse repose sur une approche qualitative croisant l\u2019histoire culturelle, les \u00e9tudes postcoloniales, l\u2019analyse des pratiques artistiques et curatoriales, ainsi qu\u2019une attention aux usages contemporains de l\u2019archive.Elle s\u2019appuie sur l\u2019\u00e9tude de textes historiques et critiques consacr\u00e9s \u00e0 Bandung, sur des documents d\u2019exposition, des r\u00e9cits de projets, des \u0153uvres, des dispositifs curatoriaux et des archives ou traces mat\u00e9rielles li\u00e9es \u00e0 des lieux ou institutions dont l\u2019histoire demeure travaill\u00e9e par les promesses inachev\u00e9es des ind\u00e9pendances. Sans pr\u00e9tendre constituer un panorama exhaustif de l\u2019art contemporain s\u00e9n\u00e9galais, les pratiques \u00e9tudi\u00e9es composent un corpus contextuel, s\u00e9lectionn\u00e9 pour sa capacit\u00e9 \u00e0 faire r\u00e9appara\u00eetre, sous des formes artistiques et curatoriales contemporaines, plusieurs enjeux h\u00e9rit\u00e9s de Bandung. Le collectif \u00ab&nbsp;\u00c9cole des Mutants&nbsp;\u00bb articule particuli\u00e8rement bien la recherche ancr\u00e9e, les archives, le dispositif d\u2019assembl\u00e9e, la lecture critique des ruines et la r\u00e9activation d\u2019imaginaires politiques issus des Suds. Il ne s\u2019agit donc pas de lire ces traces \u00e0 la seule lumi\u00e8re d\u2019une nostalgie postcoloniale ou de promesses inachev\u00e9es. Ce qui nous int\u00e9resse ici est la mani\u00e8re dont ces vestiges deviennent, dans certaines pratiques artistiques contemporaines, des surfaces d\u2019activation, des supports d\u2019enqu\u00eate, des op\u00e9rateurs critiques et des matrices de r\u00e9interpr\u00e9tation critique du pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bouillonnement d\u2019esprits<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019esprit de Bandung est sans aucun doute travers\u00e9 par des int\u00e9r\u00eats divergents au milieu d\u2019un monde divis\u00e9. Les dirigeants n\u2019\u00e9taient pas tous du m\u00eame avis sur les questions de politique internationale et n\u2019avaient pas la m\u00eame compr\u00e9hension de ce qu\u2019\u00e9tait l\u2019imp\u00e9rialisme. Des courants antagonistes \u00e9mergent par ailleurs dans les relations entre les dirigeants et les fonctionnaires indiens et indon\u00e9siens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">N\u00e9anmoins, ils se rencontrent sous une dimension \u00e9galitaire et universaliste commune&nbsp;: la d\u00e9nonciation de la colonisation, le combat contre le racisme (notamment l\u2019apartheid) et la d\u00e9fense des droits universels. La d\u00e9claration, bas\u00e9e sur les dix principes \u00e9nonc\u00e9s dans un communiqu\u00e9 adopt\u00e9 \u00e0 la fin de cette conf\u00e9rence, en atteste&nbsp;: il est question de promouvoir les droits humains et la Charte des Nations unies en les r\u00e9interpr\u00e9tant \u00e0 partir des exp\u00e9riences, des besoins et des r\u00e9alit\u00e9s politiques des pays des Suds.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Conf\u00e9rence de Bandung inspire une vision non align\u00e9e de la culture et de la pens\u00e9e politique, con\u00e7ue comme l\u2019affirmation d\u2019une voie propre des peuples des Suds. Cela est \u00e9galement incarn\u00e9 par le discours d\u2019ouverture de Sukarno (1955) \u00ab&nbsp;vivre et laisser vivre&nbsp;\u00bb. Sur le plan des principes, il y a \u00e9videmment celui de la coexistence pacifique (insistant sur des relations pacifiques entre les deux blocs)&nbsp;: les syst\u00e8mes \u00e9conomiques et politiques ne doivent pas entraver la coop\u00e9ration entre les pays en voie de d\u00e9veloppement ou nouvellement ind\u00e9pendants, lesquels doivent sortir de la logique d\u2019alignement sur l\u2019une ou l\u2019autre des superpuissances. Ce nouveau principe a eu une p\u00e9rennit\u00e9 internationale au-del\u00e0 de la conf\u00e9rence, on le retrouve dans beaucoup de dispositifs de coop\u00e9ration Sud-Sud jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Conf\u00e9rence de Bandung est aussi un \u00e9v\u00e9nement tr\u00e8s m\u00e9diatis\u00e9, rassemblant pr\u00e8s de quatre cents journalistes ainsi que des \u00e9missaires mandat\u00e9s par diverses puissances venus observer l\u2019aspiration des peuples \u00e0 d\u00e9fendre leur autod\u00e9termination. La port\u00e9e symbolique de la rencontre est rapidement soulign\u00e9e par plusieurs observateurs. L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor, qui y est envoy\u00e9 par le gouvernement fran\u00e7ais dont il est alors membre, y voit, r\u00e9trospectivement, un \u00ab&nbsp;coup de tonnerre de Bandoeng<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb, selon une formule rapport\u00e9e par Odette Guitard puis reprise dans plusieurs travaux sur les r\u00e9ceptions africaines de Bandung. Le journaliste et c\u00e9l\u00e8bre \u00e9crivain afro-am\u00e9ricain, Richard Wright en fera quant \u00e0 lui le titre et la mati\u00e8re de son ouvrage <em>The Color Curtain: A Report on the Bandung Conference<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans une contribution lors d\u2019une conf\u00e9rence \u00e0 P\u00e9kin, Mamadou Diouf nous invite \u00e0 reconsid\u00e9rer le moment \u00e0 l\u2019aune de la litt\u00e9rature anglophone. Il \u00e9nonce comme suit sa version de \u00ab&nbsp;l\u2019esprit de Bandung&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il s\u2019agit d\u2019abord de la rencontre de la race humaine, qui constitue les forces de l\u2019histoire mondiale en devenir&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;de nouvelles nations qui repr\u00e9sentaient la conscience raciale, religieuse et de classe&nbsp;\u00bb. C\u2019est en l\u2019occurrence \u00ab&nbsp;la premi\u00e8re conf\u00e9rence internationale des peuples de couleur dans l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb. Diouf rel\u00e8ve \u00e9galement des tentatives visant \u00e0 concilier des h\u00e9ritages culturels et des valeurs propres aux nations nouvellement ind\u00e9pendantes avec les moyens de la modernit\u00e9 (tout en s\u2019\u00e9mancipant des peurs attis\u00e9es par la rivalit\u00e9 Est-Ouest). Enfin, l\u2019esprit de Bandung consiste en la conviction de la possibilit\u00e9 d\u2019un d\u00e9veloppement rapide en appliquant la science moderne et l\u2019industrialisation (voir Wright, 1956).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Du rideau de couleur aux <em>afterlives <\/em>de Bandung<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans son livre <em>The Color Curtain: A Report on the Bandung Conference<\/em> (1956), l\u2019\u00e9crivain Richard Wright \u00e9tablit des liens entre la Conf\u00e9rence de Bandung et le mouvement naissant des droits civiques aux \u00c9tats-Unis (Wright, 2021). Il explore l\u2019id\u00e9e que le racisme, le colonialisme et l\u2019imp\u00e9rialisme forment un rideau de couleur (<em>color curtain<\/em>) entre le monde blanc et les peuples non-blancs. Convaincu de la port\u00e9e historique du moment, Wright assiste \u00e0 la conf\u00e9rence en tant qu\u2019observateur, \u00e0 la diff\u00e9rence d\u2019autres auteurs afro-am\u00e9ricains, comme Paul Robeson ou W.&nbsp;E.&nbsp;B.&nbsp;Du&nbsp;Bois. Sa pr\u00e9sence proc\u00e8de d\u2019une initiative personnelle, port\u00e9e par un engagement politique et intellectuel, qui le conduira \u00e9galement dans le Ghana de Nkrumah (Vitalis, 2013). Son r\u00e9cit offre un fil conducteur pour examiner cette p\u00e9riode qu\u2019il interpr\u00e8te comme un moment de bascule symbolique&nbsp;: celui o\u00f9 les peuples de couleur affirment leur capacit\u00e9 \u00e0 reprendre en main leur destin. S\u2019il n\u2019ignore pas les contradictions internes du mouvement des non-align\u00e9s, son propos d\u00e9fend surtout la cause afro-am\u00e9ricaine, par un appel \u00e0 la solidarit\u00e9 entre les peuples de couleur, engag\u00e9s dans une lutte commune contre les formes d\u2019exploitation imp\u00e9rialistes, capitalistes, occidentales et blanches. Il est \u00e0 noter que la Conf\u00e9rence afro-asiatique avait aussi mis en place un comit\u00e9 culturel \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un comit\u00e9 politique et \u00e9conomique. Adam Clayton Powell, d\u00e9put\u00e9 d\u00e9mocrate de Harlem \u00e0 la Chambre des repr\u00e9sentants et figure afro-am\u00e9ricaine du combat pour les droits civiques envoy\u00e9 par les \u00c9tats-Unis \u00e0 Bandung (U.S. House of Representatives: History, Art &amp; Archives, s. d.). Sa participation permet aux \u00c9tats-Unis de mettre en avant l\u2019image d\u2019un \u00e9lu noir si\u00e9geant au Congr\u00e8s, alors m\u00eame que la s\u00e9gr\u00e9gation et les discriminations raciales demeurent au c\u0153ur des critiques internationales adress\u00e9es au pays. Powell affirme que sa pr\u00e9sence \u00e0 la conf\u00e9rence constitue \u00ab&nbsp;une preuve vivante du fait qu\u2019il n\u2019y a pas de v\u00e9rit\u00e9 dans l\u2019accusation communiste selon laquelle le Noir est opprim\u00e9 en Am\u00e9rique&nbsp;\u00bb (Bostermann, 2001, p.&nbsp;96, cit\u00e9 par Perucci, 2009, p.&nbsp;40). Mais d\u2019apr\u00e8s Mamadou Diouf, c\u2019est le contraire qui s\u2019est produit. L\u2019envoi de Powell comme repr\u00e9sentant de l\u2019administration Eisenhower, tout en interdisant le voyage de Robeson et de W.&nbsp;E.&nbsp;B.&nbsp;Du&nbsp;Bois, ainsi que de nombreux autres Afro-Am\u00e9ricains dont les demandes de passeport ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9tendument \u00e9gar\u00e9es, a, de facto, r\u00e9fut\u00e9 sa propre affirmation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entre les blocs de l\u2019Ouest et de l\u2019Est, s\u2019installe un mouvement, \u00e0 la recherche d\u2019une troisi\u00e8me voie de d\u00e9veloppement. L\u2019approche de Christopher J. Lee dans son livre <em>Making a World After Empire: The Bandung Moment and Its Political Afterlives<\/em> (Lee, 2010) analyse Bandung comme un moment fondateur de l\u2019imaginaire politique du Tiers Monde et met l\u2019accent sur la dimension prospective et le potentiel mythique de cet \u00e9v\u00e9nement. La conf\u00e9rence de 1955 est, selon lui, le point de d\u00e9part d\u2019une proposition politique qui consacre un futur alternatif. En d\u2019autres termes, la port\u00e9e de la conf\u00e9rence afro-asiatique de Bandung ne r\u00e9side pas tant dans ses r\u00e9sultats diplomatiques imm\u00e9diats que dans l\u2019\u00e9lan symbolique et \u00e9pist\u00e9mologique qu\u2019elle a insuffl\u00e9 aux peuples anciennement colonis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle a en effet une signification qui d\u00e9passe largement la signature d\u2019accords ou la cr\u00e9ation d\u2019institutions \u00e0 court terme. Elle inaugure une nouvelle sc\u00e8ne mondiale o\u00f9 des nations longtemps tenues \u00e0 l\u2019\u00e9cart des grandes d\u00e9cisions internationales prennent la parole pour la premi\u00e8re fois en tant qu\u2019acteurs souverains, affirmant qu\u2019\u00ab&nbsp;une Asie nouvelle et une Afrique nouvelle sont n\u00e9es&nbsp;\u00bb (Tricontinental: Institute for Social Research, 2025). Son importance r\u00e9side d\u00e8s lors dans la charge symbolique que l\u2019\u00e9v\u00e9nement a progressivement acquise&nbsp;: celle d\u2019un moment de lib\u00e9ration, de solidarit\u00e9 et d\u2019ouverture, qui galvanise l\u2019espoir d\u2019une alternative au paradigme binaire de la guerre froide. Dans cette perspective, Bandung peut \u00eatre envisag\u00e9 comme une archive mouvante<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>, investie d\u2019une forte puissance narrative, politique et esth\u00e9tique<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>. L\u2019\u00e9v\u00e9nement de 1955 n\u2019est pas une s\u00e9quence diplomatique fig\u00e9e dans le pass\u00e9, il constitue une r\u00e9f\u00e9rence active dans les m\u00e9moires, les imaginaires et les pratiques militantes, intellectuelles, artistiques et culturelles. Au fil des d\u00e9cennies, des artistes, des intellectuels et des penseurs (notamment au sein de mouvements afro-asiatiques ou panafricains) ont invoqu\u00e9 \u00ab&nbsp;l\u2019esprit de Bandung&nbsp;\u00bb pour nourrir des projets de lib\u00e9ration collective ou de recomposition des alliances politiques. Il se manifeste par exemple dans les r\u00e9seaux culturels afro-asiatiques structur\u00e9s autour de l\u2019Afro-Asian Writers\u2019Association et de la revue <em>Lotus: Afro-Asian Writings<\/em>&nbsp;; dans l\u2019\u00e9largissement tricontinental des solidarit\u00e9s anti-imp\u00e9rialistes \u00e0 La Havane en 1966&nbsp;; ou encore dans des projets artistiques et curatoriaux contemporains qui reviennent sur les images, les spectres et les promesses inachev\u00e9es de Bandung. Ces r\u00e9appropriations successives (reprise, d\u00e9placement, r\u00e9interpr\u00e9tation) conf\u00e8rent l\u2019\u00e9v\u00e9nement une dimension performative qui continue de produire du sens, d\u2019orienter des imaginaires politiques et de servir de point d\u2019appui \u00e0 la formulation d\u2019identit\u00e9s collectives dans les mondes des Suds.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En adoptant une telle lecture, on s\u2019\u00e9loigne d\u2019une interpr\u00e9tation t\u00e9l\u00e9ologique de l\u2019histoire qui ferait de Bandung la cause directe d\u2019alignements politiques ult\u00e9rieurs. Pour Christopher Lee, la conf\u00e9rence n\u2019appara\u00eet pas comme un moment fondateur clos ou referm\u00e9 sur lui-m\u00eame, mais comme une condition de possibilit\u00e9&nbsp;: elle rend pensables de nouvelles formes de relations internationales. Loin d\u2019\u00eatre une cause imm\u00e9diate d\u2019alliances entre \u00c9tats r\u00e9cemment d\u00e9colonis\u00e9s, la conf\u00e9rence ouvre un espace d\u2019exp\u00e9rimentation symbolique et politique, un laboratoire pour la solidarit\u00e9 Sud-Sud, des modalit\u00e9s in\u00e9dites de subjectivation postcoloniale et pour une diplomatie alternative prenant appui sur les soci\u00e9t\u00e9s civiles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9v\u00e9nement agit ainsi comme un catalyseur d\u2019imaginaires&nbsp;: il rend envisageables des formes d\u2019organisation collective et d\u2019identification politique qui ne se concr\u00e9tiseront parfois que bien plus tard, sous d\u2019autres latitudes. Si l\u2019on suit Christopher Lee, la post\u00e9rit\u00e9 de Bandung (ce qu\u2019il nomme ses <em>afterlives<\/em>) en dit, au fond, bien plus sur les formes d\u2019imagination politique et les logiques d\u2019identification transnationale qu\u2019elle ne nous informe sur la conf\u00e9rence elle-m\u00eame (Lee, 2010). Les r\u00e9flexions de Felwine Sarr dans <em>Afrotopia<\/em>, qui invite \u00e0 penser l\u2019Afrique depuis sa capacit\u00e9 \u00e0 produire ses propres horizons de sens, ses propres formes de projection et ses propres futurs d\u00e9sirables (Sarr, 2016) vont \u00e9galement dans ce sens. De fa\u00e7on compl\u00e9mentaire, Adom Getachew rappelle que les projets anticoloniaux ne visaient pas seulement l\u2019ind\u00e9pendance nationale, mais une v\u00e9ritable reconfiguration de l\u2019ordre mondial (Getachew, 2019). Ces approches permettent de saisir la mani\u00e8re dont certaines aspirations \u00e0 la solidarit\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation et \u00e0 l\u2019identification transnationale ont pu circuler, se recomposer et se r\u00e9activer au-del\u00e0 du moment historique de 1955.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourtant, le d\u00e9bat historiographique autour de la pr\u00e9sence ou non de certaines figures embl\u00e9matiques va nous montrer<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>, plus loin, combien l\u2019\u00e9v\u00e9nement en lui-m\u00eame, les discours officiels ou la liste des participants, n\u2019\u00e9taient pas non plus des \u00e9l\u00e9ments secondaires, puisqu\u2019ils ont fait l\u2019objet d\u2019enjeux de m\u00e9moire et de repr\u00e9sentations contradictoires. Ces d\u00e9bats et appropriations participent d\u2019un processus de construction d\u2019un pass\u00e9 mobilisable, d\u2019un <em>usable past<\/em><a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>, activ\u00e9 par des artistes, intellectuels et militants afro-asiatiques et panafricains qui, au fil des d\u00e9cennies, ont raviv\u00e9 l\u2019h\u00e9ritage de Bandung, d\u00e9ployant sa puissance narrative, symbolique, affective et esth\u00e9tique dans les luttes contemporaines. La persistance de ces images, de ces r\u00e9cits et de cette m\u00e9moire affective de la solidarit\u00e9 transnationale t\u00e9moigne de la f\u00e9condit\u00e9 durable de Bandung. Elle se donne \u00e0 voir dans des pratiques artistiques et curatoriales telles que <em>Ruines et futurs<\/em> ou <em>A Tale of Asparagus<\/em> du collectif \u00ab \u00c9cole des Mutants \u00bb, dans les fictions mon\u00e9taires et administratives de Mansour Ciss Kanakassy, ou encore dans les montages archivistiques de Jihan El Tahri autour des solidarit\u00e9s afro-asiatiques. L\u2019\u00e9v\u00e9nement fonctionne comme un signifiant flottant de l\u2019histoire mondiale, dont le sens et la port\u00e9e ne sont jamais vraiment fix\u00e9 mais se transforment au gr\u00e9 des r\u00e9articulations politiques, m\u00e9morielles et esth\u00e9tiques distinctes selon des contextes, des luttes qui s\u2019en emparent ou s\u2019en r\u00e9clament (Hall, 1997&nbsp;; Laclau, 2005). Loin d\u2019en diluer la m\u00e9moire, ces d\u00e9placements successifs en montrent, au contraire, la force d\u2019activation&nbsp;: Bandung devient un pass\u00e9 disponible, partageable et r\u00e9appropriable, un <em>usable past<\/em> au service de pr\u00e9sents en qu\u00eate de reconnaissance, de liens et de recomposition collective. Il en r\u00e9sulte une conception non lin\u00e9aire de l\u2019histoire, dans laquelle le pass\u00e9 anticolonial ne demeure pas derri\u00e8re nous, mais continue d\u2019informer, de hanter et parfois d\u2019orienter les imaginaires politiques contemporains.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans l\u2019\u00e9cart entre fait historique, m\u00e9moire politique et r\u00e9appropriation contemporaine que se joue une part de la post\u00e9rit\u00e9 de Bandung. Il importe donc de distinguer l\u2019\u00e9v\u00e9nement documentable (ses discours, ses d\u00e9l\u00e9gations, ses archives) des usages m\u00e9moriels et id\u00e9ologiques qui en ont \u00e9t\u00e9 faits, puis des r\u00e9activations artistiques qui en d\u00e9placent aujourd\u2019hui les significations. Cette distinction permet d\u2019\u00e9viter de confondre la r\u00e9alit\u00e9 historique de la conf\u00e9rence avec les r\u00e9cits qui l\u2019ont progressivement transform\u00e9e en ressource symbolique, politique et esth\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019exemple de la pr\u00e9sence suppos\u00e9e de Kwame Nkrumah \u00e0 Bandung permet pr\u00e9cis\u00e9ment d\u2019\u00e9clairer cette tension entre mat\u00e9rialit\u00e9 documentaire et affiliation m\u00e9morielle et d\u2019interroger les m\u00e9canismes par lesquels certains \u00e9v\u00e9nements historiques sont, <em>a posteriori<\/em>, investis d\u2019une port\u00e9e symbolique qui exc\u00e8de parfois leur r\u00e9alit\u00e9 factuelle et ce que ces&nbsp;constructions r\u00e9v\u00e8lent. Cette association n\u2019est pas produite par les archives de la conf\u00e9rence elles-m\u00eames, mais par des r\u00e9cits post\u00e9rieurs (historiographiques, panafricanistes et militants) qui ont progressivement inscrit Nkrumah dans le \u00ab&nbsp;moment Bandung&nbsp;\u00bb en raison de sa proximit\u00e9 d\u2019id\u00e9es avec l\u2019anticolonialisme, le panafricanisme et le non-alignement. Dans <em>The Palgrave Handbook of African Colonial and Postcolonial History<\/em> (Shanguhyia &amp; Falola, 2018), cette appropriation symbolique est \u00e9voqu\u00e9e \u00e0 propos de dirigeants africains tels que Kwame Nkrumah ou S\u00e9kou Tour\u00e9, associ\u00e9s \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage de Bandung sans qu\u2019ils y aient physiquement particip\u00e9. Cela r\u00e9v\u00e8le la mani\u00e8re dont Bandung a \u00e9t\u00e9 progressivement r\u00e9inscrit dans une g\u00e9n\u00e9alogie panafricaine plus large. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette tension entre participation effective et affiliation m\u00e9morielle que Robert Vitalis entreprend de clarifier dans sa relecture historiographique de la conf\u00e9rence. En confrontant les r\u00e9cits post\u00e9rieurs aux actes de la conf\u00e9rence, aux listes officielles de participants et aux archives diplomatiques, il affirme que Nkrumah ne figurait pas parmi les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de 1955. Pour Vitalis (2013), cette erreur r\u00e9currente, dans la litt\u00e9rature acad\u00e9mique comme dans certains discours militants, t\u00e9moigne d\u2019une construction post\u00e9rieure non critique de Bandung, renforc\u00e9e par la volont\u00e9 de cr\u00e9er un \u00ab&nbsp;r\u00e9cit panafricain unifi\u00e9&nbsp;\u00bb qui tend \u00e0 homog\u00e9n\u00e9iser la pr\u00e9sence africaine et \u00e0 mythifier la conf\u00e9rence en sc\u00e8ne inaugurale d\u2019un panafricanisme d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9. Sa d\u00e9monstration distingue ainsi l\u2019\u00e9v\u00e9nement historique, dans sa mat\u00e9rialit\u00e9 documentaire, du mythe politique mobilisateur qui s\u2019est progressivement construit autour de lui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette distinction rejoint, tout en s\u2019en \u00e9cartant, les analyses de Christopher Lee sur les <em>afterlives<\/em> de Bandung et sur les usages africains de la m\u00e9moire post-Bandung, dans lesquels Nkrumah devient une figure embl\u00e9matique par association id\u00e9ologique plut\u00f4t que par participation directe. Vitalis analyse la conf\u00e9rence comme un \u00ab&nbsp;moment id\u00e9ologique global&nbsp;\u00bb, repris par des figures absentes physiquement, mais qui en prolongent ou en r\u00e9orientent la signification. L\u00e0 o\u00f9 Vitalis insiste sur la n\u00e9cessit\u00e9 de corriger les erreurs factuelles et de d\u00e9faire les reconstructions abusives, Lee invite \u00e0 comprendre ce que ces appropriations produisent dans les imaginaires politiques africains. Il refuse ainsi de r\u00e9duire Bandung \u00e0 une simple liste d\u2019invit\u00e9s et invite \u00e0 saisir l\u2019aspect performatif de l\u2019\u00e9v\u00e9nement&nbsp;: comment l\u2019\u00e9v\u00e9nement a \u00e9t\u00e9 re\u00e7u, d\u00e9plac\u00e9, mythifi\u00e9 et rendu disponible pour d\u2019autres r\u00e9cits de lib\u00e9ration. C\u2019est dans cet \u00e9cart entre fait historique et puissance m\u00e9morielle que se joue une part essentielle de la post\u00e9rit\u00e9 de Bandung.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Utopies en ruines\u00a0: du pass\u00e9 panafricain \u00e0 l\u2019extractivisme contemporain<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les pratiques analys\u00e9es plus loin, l\u2019h\u00e9ritage de Bandung est abord\u00e9 \u00e0 partir de lieux marqu\u00e9s par l\u2019abandon, l\u2019inach\u00e8vement ou la d\u00e9saffectation (William-Ponty, l\u2019Universit\u00e9 du Futur africain ou l\u2019Universit\u00e9 des Mutants) qui donnent une mat\u00e9rialit\u00e9 concr\u00e8te aux promesses postcoloniales rest\u00e9es en suspens. Ces ruines ne sont donc envisag\u00e9es comme de simples vestiges du pass\u00e9 mais comme des sites d\u2019activation, \u00e0 partir desquels se rejouent des conflits de m\u00e9moire, des usages contemporains de l\u2019archive et des formes situ\u00e9es de sp\u00e9culation politique sur les futurs inachev\u00e9s (De Boeck,&nbsp;2011&nbsp;;&nbsp;Sarr,&nbsp;2016&nbsp;; Stoler,&nbsp;2013). Penser Bandung comme une archive vivante suppose d\u00e8s lors de d\u00e9placer l\u2019analyse d\u2019un registre purement symbolique vers une compr\u00e9hension plus mat\u00e9rielle, politique et spatiale des traces. Chez Mbembe (2002), l\u2019archive n\u2019est pas seulement m\u00e9moire, elle est aussi s\u00e9dimentation de rapports de force, d\u00e9p\u00f4t de violences, organisation du visible et de l\u2019invisible. Une telle perspective permet de lire les ruines \u00e9voqu\u00e9es ici non comme de simples m\u00e9taphores du pass\u00e9, mais comme des formes concr\u00e8tes de survivance historique. Dans le prolongement de cette approche, le travail de Hal Foster<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a> permet de saisir comment certaines pratiques artistiques contemporaines travaillent l\u2019archive sans logique de conservation m\u00e9lancolique, comme montage, r\u00e9agencement et exp\u00e9rimentation critique (Foster, 2004). L\u2019int\u00e9r\u00eat de ces ruines tient ainsi moins \u00e0 ce qu\u2019elles conserveraient intact du pass\u00e9 qu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elles permettent de recomposer dans le pr\u00e9sent&nbsp;: l\u2019archive devient alors moins une relique qu\u2019un travail en cours.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le projet <em>Ruines et futurs<\/em>, d\u00e9velopp\u00e9 par le collectif \u00ab&nbsp;\u00c9cole des Mutants&nbsp;\u00bb et pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Ker Thiossane en 2019, confronte des initiatives s\u00e9n\u00e9galaises (ant\u00e9rieures aux ind\u00e9pendances) qui ont \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9es \u00e0 l\u2019abandon avec les ambitieux projets de la nation s\u00e9n\u00e9galaise post-ind\u00e9pendance qui sont pour la plupart rest\u00e9s inachev\u00e9s&nbsp;: les exp\u00e9riences \u00e9ducatives radicales de l\u2019Universit\u00e9 des Mutants (1978-2005), Mudra (1977-1982), l\u2019Universit\u00e9 du Futur africain (1992-2005). Cette mise en perspective revisite les promesses et les formes inabouties de r\u00eaves de futurs (De Boeck, 2011).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le collectif \u00ab&nbsp;\u00c9cole des Mutants&nbsp;\u00bb, compos\u00e9 initialement de St\u00e9phane Verlet-Bott\u00e9ro et Hamedine Kane est une plateforme artistique et de recherche, collaborative et transdisciplinaire, qui \u00e9volue, s\u2019enrichit et mute au gr\u00e9 des rencontres. Sa pratique est bas\u00e9e sur un travail de terrain, des recherches d\u2019archives, des assembl\u00e9es publiques, des expositions multim\u00e9dias (comprenant films, audio, etc.) pour interroger les formes de mutation radicale et la d\u00e9sob\u00e9issance esth\u00e9tique. Il emprunte son nom \u00e0 l\u2019\u00c9cole \u00e9ponyme, n\u00e9e \u00e0 Gor\u00e9e en 1977, comme une exp\u00e9rience p\u00e9dagogique horizontale, non-acad\u00e9mique et non-align\u00e9e. Le deuxi\u00e8me volet de leur recherche, pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 Ker Thiossane, lors du Partcours 8<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>, \u00e9tait \u00e9galement un moyen de questionner la place laiss\u00e9e aux citoyens dans la production du territoire. La restitution de leur r\u00e9sidence, sous la forme d\u2019une installation multidisciplinaire, fut en outre pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d\u2019une Assembl\u00e9e des futurs africains qui s\u2019est tenue \u00ab&nbsp;face aux ruines de l\u2019\u00e9cole William Ponty<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb, \u00e0 S\u00e9bikotane. Le choix de ce collectif ne pr\u00e9tend pas \u00e9puiser l\u2019ensemble des r\u00e9sonances contemporaines de Bandung au S\u00e9n\u00e9gal. Il constitue un observatoire privil\u00e9gi\u00e9, dans la mesure o\u00f9 il articule de fa\u00e7on particuli\u00e8rement explicite le travail d\u2019archive, la lecture critique des ruines, la sp\u00e9culation politique et la r\u00e9activation des imaginaires de solidarit\u00e9 Sud-Sud.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Incarn\u00e9 par l\u2019image hautement symbolique que constitue la tentative de recyclage des ruines de l\u2019Universit\u00e9 inachev\u00e9e du Futur africain (UFA), en un institut p\u00e9tro-gazier par l\u2019\u00c9tat s\u00e9n\u00e9galais<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>, le projet d\u00e9peint surtout la transition brutale d\u2019un r\u00eave d\u2019\u00e9ducation panafricaine en une r\u00e9alit\u00e9 extractiviste et devient l\u2019illustration de la mutation des id\u00e9aux politiques en int\u00e9r\u00eats n\u00e9olib\u00e9raux. Il rejoue en n\u00e9gatif l\u2019esprit de Bandung, qui pr\u00f4nait pourtant la souverainet\u00e9, l\u2019ind\u00e9pendance des nations des Suds et la coop\u00e9ration Sud-Sud, \u00e0 travers le glissement vers une \u00ab&nbsp;p\u00e9trocratie pr\u00e9datrice&nbsp;\u00bb (Kane et al., 2020), \u00e9chec partiel des promesses de Bandung, d\u00e9tourn\u00e9es par une realpolitik postcoloniale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des espaces et temporalit\u00e9s pluriels<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces lieux qui suivent ne sont pas \u00e9tudi\u00e9s comme de simples vestiges architecturaux, mais comme des espaces o\u00f9 se mat\u00e9rialisent, se d\u00e9placent ou s\u2019\u00e9puisent certaines promesses associ\u00e9es \u00e0 l\u2019imaginaire de Bandung&nbsp;: souverainet\u00e9 culturelle, formation d\u2019\u00e9lites africaines, circulation des savoirs et projection d\u2019un futur panafricain. Leur lecture permet ainsi de passer d\u2019une histoire diplomatique de Bandung \u00e0 ses survivances mat\u00e9rielles, institutionnelles et artistiques au S\u00e9n\u00e9gal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il y a les ruines de l\u2019\u00c9cole normale William-Ponty, lieu de formation d\u2019une \u00e9lite africaine \u00e9mergente au sein de l\u2019empire fran\u00e7ais, dont de nombreux futurs ministres, chefs d\u2019\u00c9tat ou de gouvernement, tels que F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny, Modibo Ke\u00efta, Hubert Maga, Mathias Sorgho, Hamani Diori, Mamadou Dia ou Abdoulaye Wade. Cr\u00e9\u00e9e initialement \u00e0 Saint-Louis, en 1903, sous l\u2019impulsion du g\u00e9n\u00e9ral Louis Faidherbe, l\u2019\u00c9cole William Ponty est transf\u00e9r\u00e9e sur l\u2019\u00eele de Gor\u00e9e en 1913, puis \u00e0 S\u00e9bikhotane en 1937 (Wade, 2008). L\u2019institution se perp\u00e9tue apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance, mais perd de sa sp\u00e9cificit\u00e9 avec les r\u00e9formes du syst\u00e8me \u00e9ducatif, puis la multiplication des \u00c9coles de formation d\u2019instituteurs (EFI). Vue comme un \u00e9tablissement \u00ab&nbsp;prestigieux&nbsp;\u00bb, une \u00ab&nbsp;p\u00e9pini\u00e8re&nbsp;\u00bb de futurs cadres par les uns, elle est d\u00e9cri\u00e9e par d\u2019autres comme un instrument id\u00e9ologique, \u00ab&nbsp;jouant le m\u00eame r\u00f4le que l\u2019arm\u00e9e coloniale&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9cole de la soumission, de la compromission, de l\u2019\u00e9quilibre \u00e0 tout prix&nbsp;\u00bb, voire \u00ab&nbsp;le cimeti\u00e8re de l\u2019intelligence africaine&nbsp;\u00bb (Sow, 2017). Au-del\u00e0 des diff\u00e9rentes appr\u00e9ciations, l\u2019\u00c9cole normale William-Ponty a assur\u00e9ment occup\u00e9 une place significative dans la vie culturelle et politique du XX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle en Afrique de l\u2019Ouest.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, on retrouve les vestiges de l\u2019Universit\u00e9 du Futur africain, situ\u00e9e non loin de la premi\u00e8re, dans la <em>smart city<\/em> de Diamniadio, o\u00f9 l\u2019urbanisation se fait \u00e0 marche forc\u00e9e, au rythme de \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9mergence&nbsp;\u00bb. Elle fait partie des nombreux projets de construction et chantiers ambitieux entrepris et avort\u00e9s sous la pr\u00e9sidence d\u2019Abdoulaye Wade. Lanc\u00e9 en 2005, son chantier est abandonn\u00e9 en cours de route et n\u2019accueillera jamais d\u2019\u00e9tudiants. Elle reste le t\u00e9moin muet des ambitions d\u00e9\u00e7ues d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration. Les b\u00e2timents de l\u2019UFA, aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019abandon et envahis par une v\u00e9g\u00e9tation qui a repris ses droits, forment des vestiges fantomatiques visibles \u00e0 S\u00e9bi Ponty, dans la p\u00e9riph\u00e9rie de Dakar. L\u2019expansion de ce nouveau p\u00f4le urbain s\u2019est faite au d\u00e9triment des habitants et de l\u2019environnement&nbsp;: la st\u00e9rilisation des terres agricoles les plus riches du S\u00e9n\u00e9gal, des destructions d\u2019habitations et des expulsions forc\u00e9es de r\u00e9sidents ont eu lieu pour lib\u00e9rer les terrains du projet et une for\u00eat de baobabs s\u00e9culaires a \u00e9t\u00e9 en grande partie ras\u00e9e afin de b\u00e2tir les nouvelles infrastructures du p\u00f4le de Diamniadio.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le choix g\u00e9ographique de S\u00e9bi Ponty, pour l\u2019implantation de l\u2019Universit\u00e9 du Futur africain (UFA), fait \u00e9cho \u00e0 celui op\u00e9r\u00e9 auparavant lors de la relocalisation de la fameuse \u00c9cole Ponty (alors transf\u00e9r\u00e9e de l\u2019\u00eele de Gor\u00e9e vers S\u00e9bikotane pour y disposer d\u2019un campus plus vaste). Il montre l\u2019ambition de l\u2019ancien pontin qu\u2019est Wade d\u2019inscrire symboliquement son universit\u00e9 des futurs, dans le prolongement de \u00ab&nbsp;la vision originelle d\u2019une \u00e9lite r\u00e9gionale gouvernante&nbsp;\u00bb (de Jong &amp; Quinn, 2014) et de faire rena\u00eetre le d\u00e9sir d\u2019un avenir africain prosp\u00e8re et autosuffisant (de Jong &amp; Quinn, 2014). Autrement dit, c\u2019\u00e9tait une fa\u00e7on pour lui de cultiver son propre r\u00eave panafricain, celui d\u2019un grand r\u00e9seau continental d\u2019institutions d\u2019enseignement sup\u00e9rieur d\u2019excellence (de Jong &amp; Quinn, 2014), appel\u00e9 \u00e0 pr\u00e9parer une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de cadres et de dirigeants capables de porter le d\u00e9veloppement \u00e9conomique de l\u2019Afrique et \u00e0 essaimer<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>. Inspir\u00e9 par son parcours et sa propre exp\u00e9rience estudiantine en tant qu\u2019h\u00e9ritier de Ponty, Wade consid\u00e9rait l\u2019UFA comme un mod\u00e8le \u00e0 reproduire. Mais ces ruines ne t\u00e9moignent pas seulement de l\u2019\u00e9chec d\u2019un grand projet modernisateur, elles portent la trace mat\u00e9rielle d\u2019un ordre politique qui a produit de l\u2019abandon, du d\u00e9placement et de la vuln\u00e9rabilit\u00e9. Dans une perspective proche de celle d\u2019Achille Mbembe, elles peuvent \u00eatre lues comme des s\u00e9dimentations de pouvoir, o\u00f9 la promesse d\u2019avenir se trouve indissociable d\u2019une distribution in\u00e9gale des vies, des terres et des possibilit\u00e9s d\u2019habiter. La ruine appara\u00eet alors comme l\u2019inscription spatiale d\u2019une violence politique et sociale durable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Inaugur\u00e9e \u00e0 Gor\u00e9e sur l\u2019initiative de L\u00e9opold\u202fS\u00e9dar\u202fSenghor et de Roger\u202fGaraudy, l\u2019Universit\u00e9 des Mutants constitue, en filigrane, un troisi\u00e8me lieu. N\u00e9e en 1977, cette institution exp\u00e9rimentale constitue l\u2019un des lieux o\u00f9 se prolonge, bien apr\u00e8s Bandung, l\u2019imaginaire d\u2019une p\u00e9dagogie non acad\u00e9mique, non align\u00e9e et intercontinentale. Son statut \u00e9tait celui d\u2019un \u00e9tablissement public \u00e0 caract\u00e8re administratif, plac\u00e9 sous la tutelle du minist\u00e8re s\u00e9n\u00e9galais de la Culture (Riffard, 2024). Elle ouvre officiellement ses portes le 6&nbsp;janvier 1979 pour deux cycles de trois mois chacun. Le nom \u00ab&nbsp;Mutants&nbsp;\u00bb est utilis\u00e9 m\u00e9taphoriquement pour d\u00e9signer \u00ab&nbsp;un homme ou un groupe d\u2019hommes, portant en lui le projet d\u2019un ordre \u00e9conomique, social et culturel nouveau&nbsp;\u00bb (Riffard, 2024), autrement dit, la mutation historique. Les objectifs principaux \u00e9taient d\u2019accompagner des responsables politiques, administratifs, intellectuels et culturels dans une r\u00e9flexion sur la culture comme moteur du d\u00e9veloppement, de promouvoir un d\u00e9veloppement endog\u00e8ne, respectueux des valeurs propres \u00e0 chaque soci\u00e9t\u00e9, et d\u2019engager un dialogue des civilisations plut\u00f4t qu\u2019un simple transfert culturel occidental. Le programme p\u00e9dagogique entendait interroger quelques grands rapports constitutifs de l\u2019exp\u00e9rience humaine&nbsp;: le rapport de l\u2019homme \u00e0 la nature, \u00e0 l\u2019autre et au sacr\u00e9. Pour cela, il s\u2019appuyait sur des traditions intellectuelles et culturelles diverses, notamment indiennes, africaines et islamiques. L\u2019universit\u00e9 organisait des sessions r\u00e9unissant des participants venus d\u2019Afrique, d\u2019Asie et d\u2019Am\u00e9rique latine, dans un esprit de solidarit\u00e9 Sud-Sud et de circulation de savoirs \u00ab&nbsp;non-align\u00e9s&nbsp;\u00bb, affranchis des cadres dominants de production acad\u00e9mique. Elle se pr\u00e9sentait ainsi comme un laboratoire d\u2019exp\u00e9rimentation p\u00e9dagogique, en marge des mod\u00e8les universitaires classiques, o\u00f9 l\u2019apprentissage \u00e9tait pens\u00e9 comme une transmission horizontale et comme un outil de transformation sociale. Cependant, d\u00e8s les ann\u00e9es&nbsp;1980, ses ambitions se sont progressivement \u00e9rod\u00e9es. Elle est officiellement dissoute en 2005 par la loi&nbsp;n\u00b0&nbsp;2005-08 du 22&nbsp;juillet. Le b\u00e2timent de l\u2019Universit\u00e9 des Mutants, \u00e0 Gor\u00e9e, est affect\u00e9 le 3&nbsp;juin 2014 au si\u00e8ge de la Fondation mondiale pour le M\u00e9morial et la Sauvegarde de Gor\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jusqu\u2019en novembre 2023, le b\u00e2timent a conserv\u00e9 des traces de son activit\u00e9 pass\u00e9e avec des livres et documents \u00e9pars sur les \u00e9tag\u00e8res m\u00e9talliques de la biblioth\u00e8que du premier \u00e9tage et parfois au sol, parmi lesquels plusieurs m\u00e9moires d\u2019\u00e9tudiants. Ces documents dispers\u00e9s donnent une mat\u00e9rialit\u00e9 concr\u00e8te \u00e0 l\u2019un des enjeux centraux de l\u2019article, \u00e0 savoir la mani\u00e8re dont des promesses post-Bandung (p\u00e9dagogie non align\u00e9e, circulation des savoirs, solidarit\u00e9 entre les Suds) survivent sous forme de traces fragiles, reprises par des pratiques artistiques contemporaines. L\u2019archive n\u2019appara\u00eet donc pas seulement comme un r\u00e9servoir de m\u00e9moire disponible pour le pr\u00e9sent. Elle peut aussi \u00eatre ce qui subsiste mat\u00e9riellement apr\u00e8s la d\u00e9saffectation, ce qui r\u00e9siste \u00e0 l\u2019effacement tout en portant les marques de l\u2019abandon. En ce sens, la ruine habit\u00e9e n\u2019est pas seulement m\u00e9taphorique&nbsp;: elle engage des objets, des surfaces, des d\u00e9p\u00f4ts, autrement dit une mat\u00e9rialit\u00e9 vuln\u00e9rable de la m\u00e9moire. Depuis un long moment, le site fait l\u2019objet de travaux de r\u00e9habilitation. Mais l\u2019institution est toujours invoqu\u00e9e pour ce qu\u2019elle repr\u00e9sente&nbsp;: non seulement pour son h\u00e9ritage historique, mais aussi comme une forme d\u2019\u00ab&nbsp;utopie concr\u00e8te&nbsp;\u00bb, susceptible de nourrir des projets contemporains de recherche, d\u2019art ou d\u2019activisme (Horton, 2024). En reprenant le nom, le collectif actuel ne se contente pas d\u2019en rappeler la m\u00e9moire&nbsp;: il en prolonge la charge symbolique et transforme cet h\u00e9ritage institutionnel en un espace critique vivant. Bandung y r\u00e9appara\u00eet comme une matrice de pens\u00e9e anti-imp\u00e9rialiste et un r\u00e9pertoire d\u2019exp\u00e9rimentations th\u00e9oriques, artistiques et politiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces lieux charg\u00e9s d\u2019histoire mat\u00e9rialisent un imaginaire de Bandung o\u00f9 se rejoue la tension entre d\u00e9labrement et espoir, entre la ruine et la promesse. Cet imaginaire n\u2019est pas n\u00e9cessairement explicitement revendiqu\u00e9 par leurs fondateurs ou leurs usagers. Ils permettent, dans le cadre de cette analyse, d\u2019observer comment certains motifs associ\u00e9s \u00e0 Bandung se mat\u00e9rialisent, se d\u00e9placent ou se d\u00e9font dans l\u2019espace.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ils cristallisent les contradictions d\u2019un projet panafricain et internationaliste&nbsp;: celui de voir rena\u00eetre des vestiges coloniaux \u00e0 partir des utopies postcoloniales rest\u00e9es en suspens. Ils rendent visibles les tensions entre promesse de modernit\u00e9, d\u2019\u00e9mancipation et de solidarit\u00e9, d\u2019une part, et infrastructures fragilis\u00e9es ou abandonn\u00e9es, d\u2019autre part. Leur \u00e9tat actuel ne renvoie donc pas seulement \u00e0 une d\u00e9gradation mat\u00e9rielle&nbsp;; il t\u00e9moigne aussi des \u00e9carts entre les ambitions modernisatrices de l\u2019apr\u00e8s-ind\u00e9pendance, les discontinuit\u00e9s institutionnelles et les r\u00e9appropriations critiques contemporaines. Pens\u00e9es \u00e0 l\u2019origine comme les supports possibles d\u2019un futur alternatif, ces infrastructures apparaissent aujourd\u2019hui comme des \u00ab&nbsp;ruines d\u2019utopies&nbsp;\u00bb, selon la formule de de Jong et Quinn (2014)&nbsp;: des vestiges inachev\u00e9s, mais encore capables de susciter de nouvelles lectures, de nouveaux usages et de nouvelles projections politiques. L\u2019ambition d\u2019un multilat\u00e9ralisme culturel des Suds, jadis port\u00e9e par ces projets, s\u2019y trouve tant\u00f4t d\u00e9laiss\u00e9e, tant\u00f4t r\u00e9appropri\u00e9e localement&nbsp;: dans les pratiques d\u2019un apiculteur install\u00e9 \u00e0 Ponty, ou dans les usages quotidiens des habitants de Gor\u00e9e, se rejouent discr\u00e8tement les restes d\u2019un r\u00eave collectif inachev\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De Bandung \u00e0 Gor\u00e9e\u00a0: cartographier les utopies mutantes et les diplomaties effac\u00e9es<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le collectif \u00ab&nbsp;\u00c9cole des Mutants&nbsp;\u00bb ne prolonge pas les h\u00e9ritages de Bandung par une filiation directe, mais par la r\u00e9activation de motifs politiques qui lui sont associ\u00e9s&nbsp;: solidarit\u00e9s afro-asiatiques, imaginaires tricontinentaux, non-alignement et critique des diplomaties postcoloniales. Par \u00ab&nbsp;solidarit\u00e9s afro-asiatiques&nbsp;\u00bb, il faut entendre ici les alliances politiques, culturelles et intellectuelles nou\u00e9es entre mouvements, \u00c9tats et acteurs d\u2019Afrique et d\u2019Asie dans le sillage des luttes anticoloniales, plut\u00f4t qu\u2019une appartenance homog\u00e8ne \u00e0 une entit\u00e9 asiatique ou africaine. La participation du collectif \u00e0 la Biennale de Taipei (2020) ne consiste pas en un simple retour de Bandung en \u00ab&nbsp;Asie&nbsp;\u00bb, elle r\u00e9active un fil m\u00e9moriel plus situ\u00e9, li\u00e9 aux relations diplomatiques entre Ta\u00efwan et certains \u00c9tats africains, notamment le S\u00e9n\u00e9gal, dont l\u2019Universit\u00e9 du Futur africain fut l\u2019un des points de cristallisation \u00e0 travers son financement en 2005.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un des points de d\u00e9part majeurs de cette enqu\u00eate m\u00e9morielle repose sur la relation m\u00e9connue entre Ta\u00efwan et le S\u00e9n\u00e9gal, notamment \u00e0 travers le financement initial de l\u2019Universit\u00e9 du Futur africain (UFA) par la diplomatie ta\u00efwanaise. Cette relation, aujourd\u2019hui rompue, s\u2019est traduite par une s\u00e9rie de collaborations concr\u00e8tes, parfois inattendues, comme l\u2019introduction de la culture d\u2019asperges dans les Niayes au d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;2000. Port\u00e9 par la Taiwan Agricultural Technical Mission, ce projet agricole visait \u00e0 d\u00e9velopper une fili\u00e8re d\u2019exportation destin\u00e9e aux march\u00e9s europ\u00e9ens. Il fut m\u00eame mis en avant lors de la visite du pr\u00e9sident Chen Shui-bian \u00e0 Sangalkam en 2002, en pr\u00e9sence d\u2019Abdoulaye Wade. C\u2019est cette histoire marginale que le collectif \u00ab \u00c9cole des Mutants \u00bb explore dans la recherche intitul\u00e9e <em>A Tale of Asparagus <\/em>avec Mo (2020). La recherche documente une tentative de diplomatie agricole, r\u00e9v\u00e9latrice des entrelacs postcoloniaux entre technologie, \u00e9cologie, d\u00e9veloppement et g\u00e9opolitique des Suds.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 travers une installation composite m\u00ealant archives, batiks et r\u00e9cits visuels, le collectif tisse un r\u00e9seau de correspondances entre Bandung, Gor\u00e9e et Keelung, pour faire appara\u00eetre des \u00e9chos et des circulations longtemps rest\u00e9s \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan. L\u2019exposition devient ainsi un espace d\u2019enqu\u00eate autant qu\u2019un lieu de r\u00e9invention. Une telle d\u00e9marche peut \u00eatre \u00e9clair\u00e9e par la r\u00e9flexion de Hal Foster sur l\u2019archive dans l\u2019art contemporain, dans la mesure o\u00f9 elle ne consiste pas \u00e0 restaurer un pass\u00e9 intact, ni \u00e0 combler toutes les lacunes du r\u00e9cit historique mais \u00e0 mettre en relation des fragments h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes et dispers\u00e9s, des traces incompl\u00e8tes et des mat\u00e9rialit\u00e9s disjointes. L\u2019archive devient montage en rendant physiquement pr\u00e9sentes des connexions incertaines et produit de nouvelles intelligibilit\u00e9s en transformant des restes \u00e9pars en dispositif critique. Le geste artistique ne se borne donc pas \u00e0 illustrer une m\u00e9moire, mais il la met \u00e0 l\u2019\u00e9preuve, la d\u00e9place et l\u2019exp\u00e9rimente comme un travail en cours.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans cette perspective, l\u2019analyse propos\u00e9e par Shimazu (2014) \u00e9claire avec acuit\u00e9 les dimensions performatives de Bandung&nbsp;: elle lit la conf\u00e9rence comme une mise en sc\u00e8ne diplomatique, o\u00f9 la sc\u00e9nographie du pouvoir, les symboles de la souverainet\u00e9 retrouv\u00e9e et les dispositifs protocolaires ont produit un spectacle politique charg\u00e9 d\u2019ambigu\u00eft\u00e9s. Elle parle de \u00ab&nbsp;diplomatie comme th\u00e9\u00e2tre&nbsp;\u00bb (<em>diplomacy as theatre<\/em>), soulignant combien Bandung fut aussi un espace d\u2019illusions collectives, d\u2019espoirs surinvestis et de futurs diff\u00e9r\u00e9s, dont les effets r\u00e9sonnent dans l\u2019histoire postcoloniale des grands projets de coop\u00e9ration Sud-Sud. Le collectif \u00ab&nbsp;\u00c9cole des Mutants&nbsp;\u00bb s\u2019inscrit dans cette filiation critique, en reprenant les restes de ces dramaturgies internationales pour en faire le mat\u00e9riau d\u2019une sp\u00e9culation esth\u00e9tique et politique sur les utopies inachev\u00e9es. Ce d\u00e9placement de l\u2019analyse historique vers une relecture curatoriale des promesses manqu\u00e9es permet de penser Bandung comme une sc\u00e8ne reconfigurable, o\u00f9 se rejouent les tensions entre mythe et m\u00e9moire, strat\u00e9gie et d\u00e9sir de transformation.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 travers les ruines, les archives et les r\u00e9cits qu\u2019il assemble, le projet se fait <em>cartographie des mutations<\/em>&nbsp;: il recompose un atlas de mondes effac\u00e9s, de diplomaties interrompues et de formes de vie en r\u00e9sistance. Dans le prolongement de Bruno Latour (Face \u00e0 Ga\u00efa, 2015), ces \u00ab&nbsp;mondes d\u00e9multipli\u00e9s&nbsp;\u00bb incarnent la persistance d\u2019utopies fragmentaires qui refusent la cl\u00f4ture du temps lin\u00e9aire et la g\u00e9ographie du pouvoir. Le geste des Mutants interroge ainsi la possibilit\u00e9 d\u2019un devenir collectif, en relation avec la pens\u00e9e glissantienne de la cr\u00e9olisation et du Tout-Monde (Po\u00e9tique de la Relation,&nbsp;1990&nbsp;;&nbsp;Trait\u00e9 du Tout-Monde,&nbsp;1997), o\u00f9 l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne devient principe d\u2019invention.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce tissage d\u2019archives, de fictions et de traces mat\u00e9rielles, les ruines ne signalent plus seulement une fin. Elles deviennent des seuils, des points d\u2019appui, des op\u00e9rateurs de recomposition, des lieux \u00e0 partir desquels les imaginaires des Suds trouvent une nouvelle respiration. Non pas comme un objet de nostalgie, mais comme une orientation vers ce qui reste \u00e0 inventer. La conf\u00e9rence de 1955 devient une fiction g\u00e9opolitique f\u00e9conde, capable de soutenir des narrations situ\u00e9es, po\u00e9tiques et insubordonn\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De m\u00eame, le collectif \u00ab&nbsp;\u00c9cole des Mutants&nbsp;\u00bb mobilise la puissance sp\u00e9culative des r\u00e9cits (ceux d\u2019Octavia Butler, de Patrick Chamoiseau ou d\u2019Edward Sa\u00efd) pour penser un monde post-Bandung, o\u00f9 les r\u00eaves inachev\u00e9s deviennent le support d\u2019une diplomatie du possible imagin\u00e9e. Bandung n\u2019y appara\u00eet plus comme une relique, mais comme une ruine habit\u00e9e qui parle, qui respire, et qui s\u2019anime au rythme des alliances invisibles qu\u2019elle inspire. Le collectif ne se contente pas de d\u00e9plorer la chute des utopies, elle en reprend les fragments, les d\u00e9place et les remet en circulation. Elle prolonge ainsi l\u2019esprit de Bandung comme principe critique, esth\u00e9tique et relationnel, toujours en mouvement, documentant les formes oubli\u00e9es de l\u2019universel postcolonial et les m\u00e9tamorphoses de sa promesse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans cette r\u00e9sonance, le collectif devient lui-m\u00eame un autre espace, un laboratoire d\u2019archives et de r\u00e9invention possible du politique, comme r\u00e9pertoire critique&nbsp;; un levier pour produire des contre-r\u00e9cits, relier les p\u00e9riph\u00e9ries post-guerre froide et ressaisir les fils d\u00e9li\u00e9s des solidarit\u00e9s afro-asiatiques, dans un geste \u00e0 la fois arch\u00e9ologique et prospectif. Si la pratique du collectif \u00ab&nbsp;\u00c9cole des Mutants&nbsp;\u00bb occupe ici une place centrale en raison de la densit\u00e9 r\u00e9flexive de ses dispositifs, elle n\u2019est pas la seule \u00e0 r\u00e9investir, depuis Dakar ou depuis des trajectoires li\u00e9es au continent, les h\u00e9ritages de Bandung. D\u2019autres pratiques contemporaines en prolongent ou en d\u00e9placent certains motifs, qu\u2019il s\u2019agisse de la souverainet\u00e9 symbolique, de l\u2019archive mat\u00e9rielle, des circulations Sud-Sud ou de la m\u00e9moire des utopies d\u00e9coloniales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019autres pratiques contemporaines prolongent \u00e9galement certains motifs associ\u00e9s \u00e0 Bandung, notamment la souverainet\u00e9 symbolique, la critique des h\u00e9ritages coloniaux et la recomposition d\u2019imaginaires panafricains. Le travail de Mansour Ciss Kanakassy, principalement son \u0153uvre <em>Laboratoire de D\u00e9berlinisation <\/em>(cr\u00e9\u00e9 en 2001 \u00e0 Berlin) prolonge aussi une r\u00e9flexion panafricaine sur la souverainet\u00e9 \u00e9conomique et culturelle, en transformant l\u2019art en outil de diplomatie symbolique. Les projets de Mansour Ciss Kanakassy, tels que <em>L\u2019Afro<\/em>, <em>Global Pass<\/em> ou <em>Les Timbres<\/em>, proc\u00e8dent d\u2019un d\u00e9tournement critique des codes mon\u00e9taires, administratifs et politiques h\u00e9rit\u00e9s de la colonisation. En les d\u00e9pla\u00e7ant dans le champ de l\u2019art, l\u2019artiste ouvre un espace d\u2019imagination o\u00f9 peuvent se reformuler des d\u00e9sirs d\u2019unit\u00e9, de souverainet\u00e9 et de r\u00e9sistance. Sa pratique, attentive aux potentialit\u00e9s des technologies contemporaines, fait de la cr\u00e9ation un instrument d\u2019\u00e9mancipation collective, mais aussi d\u2019\u00e9ducation civique, qui appelle la jeunesse africaine \u00e0 prendre part \u00e0 la d\u00e9finition de son propre avenir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De son c\u00f4t\u00e9, Jihan El Tahri prolonge cette r\u00e9flexion sur les g\u00e9n\u00e9alogies politiques des Suds global avec <em>Threading Solidarity<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la Biennale de Ljubljana en 2023, o\u00f9 elle retrace une arch\u00e9ologie sensible des solidarit\u00e9s afro-asiatiques issues de Bandung. Par un assemblage d\u2019archives, de textiles, de vid\u00e9os et de photographies fragment\u00e9es, elle exhume les r\u00e9cits effac\u00e9s de la conf\u00e9rence de 1955 et de la tricontinentale, d\u00e9voilant les amiti\u00e9s, les gestes et les utopies qui ont fond\u00e9 le non-alignement. En croisant les fils du coton entre l\u2019Inde et l\u2019\u00c9gypte, en r\u00e9inscrivant la mat\u00e9rialit\u00e9 du tissu comme archive politique, elle construit une <em>contre-histoire<\/em> po\u00e9tique et critique des ind\u00e9pendances. Selon Jihan El Tahri, l\u2019h\u00e9ritage de Bandung a \u00e9t\u00e9 en partie r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 ou marginalis\u00e9 par les logiques n\u00e9olib\u00e9rales des ann\u00e9es&nbsp;1980-90, mais d\u2019apr\u00e8s l\u2019artiste, la solidarit\u00e9 s\u2019est poursuivie \u00e0 travers les ann\u00e9es selon la logique des cercles concentriques dont parle Nasser dans son discours d\u2019investiture&nbsp;: panafricanisme, panarabisme et panislamisme<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\"><sup>[15]<\/sup><\/a>. L\u00e0 o\u00f9 Ciss met en sc\u00e8ne la monnaie et la mobilit\u00e9 comme instruments de souverainet\u00e9, El Tahri recompose la m\u00e9moire des solidarit\u00e9s et des fragilit\u00e9s du r\u00eave postcolonial. Ensemble, leurs \u0153uvres prolongent Bandung comme un mythe vivant, un espace esth\u00e9tique, critique et relationnel.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Continuit\u00e9s et discontinuit\u00e9s sur le continent et au S\u00e9n\u00e9gal<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les continuit\u00e9s de Bandung s\u2019expriment dans un tissu dense de r\u00e9sonances symboliques et politiques, \u00e0 la fois sur le continent africain et au S\u00e9n\u00e9gal. Mais elles ne doivent pas masquer plusieurs discontinuit\u00e9s majeures. L\u2019actualisation de Bandung ne s\u2019op\u00e8re ni sous la forme d\u2019une transmission lin\u00e9aire ni dans le cadre d\u2019un projet politique inchang\u00e9. \u00c0 l\u2019horizon de la promotion collective de la d\u00e9colonisation par les \u00c9tats nouvellement ind\u00e9pendants ont succ\u00e9d\u00e9 des r\u00e9activations souvent fragmentaires, port\u00e9es par des artistes, des collectifs, des commissaires et des espaces culturels pris dans d\u2019autres rapports de force. Le d\u00e9placement est donc double&nbsp;: d\u2019un imaginaire g\u00e9opolitique de solidarit\u00e9 entre \u00c9tats vers des formes situ\u00e9es de coop\u00e9ration culturelle, et d\u2019un horizon de souverainet\u00e9 vers des pratiques critiques confront\u00e9es \u00e0 la n\u00e9olib\u00e9ralisation, \u00e0 l\u2019extractivisme et aux asym\u00e9tries persistantes de la mondialisation artistique. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans cet \u00e9cart entre continuit\u00e9 symbolique et discontinuit\u00e9 historique que se loge l\u2019actualit\u00e9 de Bandung.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019\u00e9chelle du continent, la conf\u00e9rence de 1955 marque la reconnaissance internationale du \u00ab&nbsp;droit des peuples et des nations \u00e0 disposer d\u2019eux-m\u00eames&nbsp;\u00bb (Communiqu\u00e9 final de la conf\u00e9rence afro-asiatique de Bandoeng, 1955). Elle entra\u00eene la d\u00e9fense d\u2019une Afrique unie et libre et contribue \u00e0 la l\u00e9gitimation des luttes anticoloniales africaines, en renfor\u00e7ant le soutien international \u00e0 des mouvements de lib\u00e9ration africains, de l\u2019Alg\u00e9rie au Kenya, de l\u2019Afrique australe au Ghana. Ses principes de souverainet\u00e9, de coop\u00e9ration et de non-ing\u00e9rence nourrissent le panafricanisme politique incarn\u00e9 par des figures comme Kwame Nkrumah, Modibo Ke\u00efta, Ahmed Ben Bella ou Patrice Lumumba, et inspirent la cr\u00e9ation de l\u2019Organisation de l\u2019unit\u00e9 africaine (OUA) en 1963. Bandung sert de r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la Conf\u00e9rence des peuples africains d\u2019Accra<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\"><sup>[16]<\/sup><\/a> en 1958, qui en constitue une traduction presque directe, tandis que les alliances afro-asiatiques inaugurent un cycle in\u00e9dit de formes de coop\u00e9rations politiques, militaires, culturelles et \u00e9ducatives entre \u00c9tats<a href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\"><sup>[17]<\/sup><\/a>, mouvements de lib\u00e9ration et institutions issues de la d\u00e9colonisation. Bandung rend ainsi pensables des circulations et des solidarit\u00e9s transnationales qui seront ensuite reprises, d\u00e9plac\u00e9es ou reformul\u00e9es dans des contextes historiques diff\u00e9rents.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aussi, cet h\u00e9ritage est-il loin d\u2019\u00eatre seulement politique, il est aussi esth\u00e9tique, intellectuel et culturel. Bandung inspire un imaginaire o\u00f9 le cin\u00e9ma militant, la litt\u00e9rature engag\u00e9e et les institutions culturelles panafricaines deviennent les vecteurs d\u2019une modernit\u00e9 alternative. Frantz Fanon, dans <em>Les Damn\u00e9s de la Terre<\/em> (1961), appelle \u00e0 d\u00e9passer la solidarit\u00e9 symbolique pour construire un projet r\u00e9volutionnaire fond\u00e9 sur la politisation des peuples colonis\u00e9s. Nkrumah en prolonge certains principes dans <em>Africa Must Unite<\/em> (1963) et <em>Neo-Colonialism<\/em> (1965), en reprend les principes pour promouvoir l\u2019unit\u00e9 africaine et le non-alignement. Chez Senghor, la r\u00e9f\u00e9rence se retrouve dans sa pens\u00e9e du dialogue des cultures et de la Civilisation de l\u2019Universel, o\u00f9 l\u2019on retrouve une conception proche d\u2019un humanisme africain ouvert \u00e0 la pluralit\u00e9 des civilisations (Senghor, 1961, 1977, 1993). Am\u00edlcar Cabral, dans <em>Unity and Struggle<\/em> (1979), insiste quant \u00e0 lui sur le r\u00f4le de la culture dans les luttes de lib\u00e9ration. Samir Amin, \u00e9conomiste et penseur du syst\u00e8me-monde, y fait souvent r\u00e9f\u00e9rence dans <em>Le D\u00e9veloppement in\u00e9gal<\/em> (1973) dans lequel il inscrit les ind\u00e9pendances dans une critique plus large de la d\u00e9pendance et de l\u2019ordre \u00e9conomique mondial. Enfin, les r\u00e9flexions contemporaines d\u2019Achille Mbembe et de Souleymane Bachir Diagne prolongent autrement ces questions, en pensant les conditions d\u2019un universel d\u00e9centr\u00e9, pluriel et traduit (Diagne, 2022, 2024&nbsp;; Mbembe, 2010).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bandung comme r\u00e9pertoire critique\u00a0: survivances, recompositions et futurs inachev\u00e9s.<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si le S\u00e9n\u00e9gal, encore sous domination fran\u00e7aise en 1955, ne participa pas directement \u00e0 la Conf\u00e9rence de Bandung, l\u2019\u00e9v\u00e9nement n\u2019en constitua pas moins une r\u00e9f\u00e9rence importante pour les trajectoires politiques, intellectuelles et culturelles qui accompagn\u00e8rent la marche vers l\u2019ind\u00e9pendance. Dans le contexte s\u00e9n\u00e9galais, cet imaginaire contribua \u00e0 renforcer les aspirations ind\u00e9pendantistes, \u00e0 nourrir une conscience panafricaine et tiers-mondiste au sein des \u00e9lites s\u00e9n\u00e9galaises (de Lamine Gu\u00e8ye \u00e0 L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor) et \u00e0 inspirer une jeunesse militante anim\u00e9e par l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9mancipation collective. Apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance, le S\u00e9n\u00e9gal opta pour une position de non-alignement mesur\u00e9, moins radicale que celle d\u2019autres \u00c9tats africains. Sa participation \u00e0 plusieurs rencontres des pays non-align\u00e9s, dont celle de Belgrade en 1961 ainsi que le d\u00e9veloppement de relations privil\u00e9gi\u00e9es avec l\u2019Inde, la Chine, l\u2019\u00c9gypte ou Cuba, dans le cadre de la coop\u00e9ration culturelle et \u00e9ducative des Suds, t\u00e9moignent de cette volont\u00e9 de s\u2019inscrire dans des circulations politiques et symboliques d\u00e9passant le seul cadre franco-africain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Port\u00e9 \u00e0 la fois par les id\u00e9aux de Bandung, par la n\u00e9gritude et par une politique volontariste de diplomatie culturelle, le projet senghorien fit de Dakar un foyer majeur de projection artistique et intellectuelle depuis l\u2019Afrique. Le <em>Premier Festival mondial des Arts n\u00e8gres<\/em> de 1966 en constitue l\u2019un des moments les plus lisible pour affirmer un humanisme africain fond\u00e9 sur le dialogue des civilisations, tout en inscrivant cette ambition dans une politique d\u2019\u00c9tat fortement centralis\u00e9e. Dakar, devenue \u00ab&nbsp;ville-monde artistique&nbsp;\u00bb et les institutions qui structurent sa sc\u00e8ne artistique (l\u2019Ifan, l\u2019\u00c9cole nationale des Arts, le Mus\u00e9e dynamique puis, plus tard, Dak\u2019Art) participent \u00e0 la consolidation de savoirs, de formations et de circulations artistiques depuis Dakar. Mais l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me artistique est aussi travers\u00e9 par des tensions entre&nbsp;: h\u00e9ritages coloniaux et affirmation d\u2019une autonomie culturelle, diplomatie nationale et exp\u00e9rimentations artistiques, reconnaissance institutionnelle et pratiques critiques ou ind\u00e9pendantes. C\u2019est dans ces \u00e9carts, plus que dans une continuit\u00e9 lisse, que l\u2019on pourrait lire la place de Dakar comme un espace propice pour des r\u00e9\u00e9laborations d\u2019imaginaires post-Bandung.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bandung incarne un cosmopolitisme d\u00e9centr\u00e9 qui peut \u00eatre rapproch\u00e9 d\u2019une mondialit\u00e9 au sens glissantien du terme, pas homog\u00e9n\u00e9isante, mais une pens\u00e9e de la Relation, attentive aux circulations, aux opacit\u00e9s et aux rencontres entre histoires situ\u00e9es (Glissant, 1990, 1997). Dans la cr\u00e9ation contemporaine s\u00e9n\u00e9galaise, cette orientation se manifeste non seulement par l\u2019appartenance d\u2019espaces dakarois \u00e0 des r\u00e9seaux transnationaux, mais aussi par des pratiques concr\u00e8tes de recherche, de traduction, de r\u00e9sidence, de contre-archive et de collaboration curatoriale qui d\u00e9placent les cadres euro-nord-am\u00e9ricains de l\u00e9gitimation. Depuis 2013, Ker Thiossane et RAW Material Company ont montr\u00e9 une attention particuli\u00e8re aux alliances hors des circuits euro-nord-am\u00e9ricains en rejoignant, par exemple, le r\u00e9seau Arts Collaboratory avec lequel les r\u00e9flexions et recherches se sont commun\u00e9ment aliment\u00e9es. La Galerie OH a \u00e9galement fait partie d\u2019une plateforme en ligne con\u00e7ue par Liza Essers (le r\u00e9seau South South), propri\u00e9taire de la galerie Goodman, en r\u00e9ponse \u00e0 la pand\u00e9mie mondiale de Covid-19. Des initiatives comme celles-ci ont privil\u00e9gi\u00e9 des formes de coop\u00e9ration fond\u00e9es sur l\u2019\u00e9change de m\u00e9thodes, la production collective de savoirs et l\u2019attention aux contextes locaux plut\u00f4t que sur la simple circulation internationale des artistes. L\u2019h\u00e9ritage de Bandung ne se manifeste pas dans une continuit\u00e9 institutionnelle directe, mais comme une mani\u00e8re de penser des alliances situ\u00e9es entre les Suds, o\u00f9 la relation importe autant que la repr\u00e9sentation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En tant que jalon dans la critique du colonialisme \u00e9pist\u00e9mique, Bandung laisse \u00e9galement un ancrage dans les \u00e9pist\u00e9mologies d\u00e9coloniales. Les artistes s\u2019inscrivent dans ce que Mamadou Diouf<a href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\"><sup>[18]<\/sup><\/a> appelle une \u00ab&nbsp;vernacularisation&nbsp;\u00bb qui englobe les tentatives de revalorisation des savoirs locaux, du r\u00e9cit oral, des m\u00e9moires marginales, des pratiques endog\u00e8nes. C\u2019est le cas de la d\u00e9marche curatoriale de plusieurs espaces, tels que RAW Material Company, le Mus\u00e9e Th\u00e9odore Monod de l\u2019Ifan, le fond ASM ou des initiatives spontan\u00e9es qui convoquent les archives ou les m\u00e9moires personnelles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette histoire ne peut \u00eatre lue comme un r\u00e9cit lin\u00e9aire ou homog\u00e8ne. Les relectures historiographiques et th\u00e9oriques contemporaines de Robert Vitalis, Christopher Lee ou Adom Getachew, rappellent que la conf\u00e9rence fut un \u00e9v\u00e9nement travers\u00e9 par des tensions et des contradictions&nbsp;: \u00e0 la fois moment diplomatique autant que construction mythologique, symbole d\u2019\u00e9mancipation autant que projet inachev\u00e9. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans les zones d\u2019ombres et les interstices de son legs, que se joue aujourd\u2019hui sa r\u00e9activation critique. Au S\u00e9n\u00e9gal, des initiatives comme le collectif \u00ab&nbsp;\u00c9cole des Mutants&nbsp;\u00bb ne se sont pas content\u00e9es de comm\u00e9morer Bandung&nbsp;; elles ont transform\u00e9 ces vestiges en espace d\u2019enqu\u00eate, d\u2019assembl\u00e9e et de sp\u00e9culation collective. Loin d\u2019en faire un mythe glorieux, elles l\u2019ont abord\u00e9 comme une boussole esth\u00e9tique et politique, comme une diplomatie du possible, un r\u00e9pertoire critique pour penser l\u2019agenc\u00e9it\u00e9 partag\u00e9e dans un monde fractur\u00e9. Bandung appara\u00eet alors comme une ruine habit\u00e9e&nbsp;: non seulement par la trace d\u2019un espoir partiellement d\u00e9\u00e7u et mais aussi par la s\u00e9dimentation de promesses, d\u2019abandons et de rapports de force dont les artistes r\u00e9activent les dimensions mat\u00e9rielles, affectives et politiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Loin d\u2019une lecture t\u00e9l\u00e9ologique, cette recherche invite d\u00e8s lors \u00e0 consid\u00e9rer Bandung ni comme une relique historique, ni comme un simple objet de comm\u00e9moration, mais comme un principe encore actif d\u2019\u00e9nonciation politique et po\u00e9tique, persistant sous des formes mouvantes. \u00c0 l\u2019instar d\u2019autres \u00e9v\u00e9nements fondateurs r\u00e9guli\u00e8rement r\u00e9activ\u00e9s dans les imaginaires anticoloniaux et diasporiques telle la R\u00e9volution ha\u00eftienne de 1804, relue comme rupture historique, matrice de libert\u00e9 noire et horizon inachev\u00e9 d\u2019\u00e9mancipation (Dubois, 2004&nbsp;; James, 1938&nbsp;; Trouillot, 1995), Bandung est valoris\u00e9 par les usages successifs dont il fait l\u2019objet. Dans les pratiques contemporaines s\u00e9n\u00e9galaises, ou d\u00e9velopp\u00e9es depuis Dakar, Bandung ne revient donc pas sous la forme d\u2019une r\u00e9f\u00e9rence fig\u00e9e. Les artistes contemporains ne se contentent pas de l\u2019\u00e9voquer. Ils la reprennent, la travaillent, l\u2019interpr\u00e8tent, la d\u00e9placent, parfois m\u00eame la contredisent. En ce sens, ils en prolongent moins l\u2019h\u00e9ritage lin\u00e9aire qu\u2019ils n\u2019en \u00e9prouvent les puissances latentes, en rouvrant des archives enfouies, en r\u00e9imaginant les cartographies du monde et en formulant des solidarit\u00e9s alternatives qui \u00e9chappent aux cadres g\u00e9opolitiques dominants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bandung ne d\u00e9signe plus seulement un \u00e9v\u00e9nement de l\u2019histoire diplomatique afro-asiatique. Elle est devenue un r\u00e9pertoire critique et esth\u00e9tique, une fiction g\u00e9opolitique fertile pour penser, depuis les Suds, la pluralit\u00e9 des mondes inachev\u00e9s et encore \u00e0 composer. Son actualit\u00e9 r\u00e9side dans cette capacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer des gestes de recomposition face \u00e0 l\u2019\u00e9chec des promesses postcoloniales, dans cette tension f\u00e9conde entre utopie inachev\u00e9e et r\u00e9activation situ\u00e9e. Loin d\u2019avoir disparu, l\u2019imaginaire de Bandung continue d\u2019informer des formes d\u2019agenc\u00e9it\u00e9 collective qui se cherchent, se trament et se r\u00e9inventent au pr\u00e9sent.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":27140,"template":"","meta":[],"series-categories":[1955],"cat-articles":[1015],"keywords":[2025,1964,2020,2026,2019,1017,2018],"ppma_author":[2017],"class_list":["post-27119","series-issues","type-series-issues","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","series-categories-numero-14","cat-articles-analyses-critiques","keywords-archive-vivante","keywords-bandung","keywords-ecole-des-mutants","keywords-ecole-des-mutants-2","keywords-living-archive","keywords-panafricanisme","keywords-postcolonial-utopias","author-delphine-buysse"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.9 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>R\u00e9sonances artistiques contemporaines de Bandung au S\u00e9n\u00e9gal : continuit\u00e9s et discontinuit\u00e9s d\u2019un imaginaire r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9 dans l\u2019art contemporain \u00e0 Dakar | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"Comment la Conf\u00e9rence de Bandung (1955) continue de r\u00e9sonner dans l&#039;art s\u00e9n\u00e9galais contemporain, de l&#039;\u00c9cole des Mutants aux archives vivantes de Dakar.\" \/>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-14\/resonances-artistiques-contemporaines-de-bandung-au-senegal-continuites-et-discontinuites-dun-imaginaire-reinterprete-dans-lart-contemporain-a-dakar\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"R\u00e9sonances artistiques contemporaines de Bandung au S\u00e9n\u00e9gal : continuit\u00e9s et discontinuit\u00e9s d\u2019un imaginaire r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9 dans l\u2019art contemporain \u00e0 Dakar | Global Africa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Comment la Conf\u00e9rence de Bandung (1955) continue de r\u00e9sonner dans l&#039;art s\u00e9n\u00e9galais contemporain, de l&#039;\u00c9cole des Mutants aux archives vivantes de Dakar.\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-14\/resonances-artistiques-contemporaines-de-bandung-au-senegal-continuites-et-discontinuites-dun-imaginaire-reinterprete-dans-lart-contemporain-a-dakar\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Global Africa\" \/>\n<meta property=\"article:publisher\" content=\"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2026-07-02T12:46:58+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Photo-7-064A3892_1-Grande.jpeg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"1280\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"853\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"37 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/issues\\\/numero-14\\\/resonances-artistiques-contemporaines-de-bandung-au-senegal-continuites-et-discontinuites-dun-imaginaire-reinterprete-dans-lart-contemporain-a-dakar\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/issues\\\/numero-14\\\/resonances-artistiques-contemporaines-de-bandung-au-senegal-continuites-et-discontinuites-dun-imaginaire-reinterprete-dans-lart-contemporain-a-dakar\\\/\",\"name\":\"R\u00e9sonances artistiques contemporaines de Bandung au S\u00e9n\u00e9gal : continuit\u00e9s et discontinuit\u00e9s d\u2019un imaginaire r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9 dans l\u2019art contemporain \u00e0 Dakar | Global Africa\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/issues\\\/numero-14\\\/resonances-artistiques-contemporaines-de-bandung-au-senegal-continuites-et-discontinuites-dun-imaginaire-reinterprete-dans-lart-contemporain-a-dakar\\\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/issues\\\/numero-14\\\/resonances-artistiques-contemporaines-de-bandung-au-senegal-continuites-et-discontinuites-dun-imaginaire-reinterprete-dans-lart-contemporain-a-dakar\\\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2026\\\/06\\\/Photo-7-064A3892_1-Grande.jpeg\",\"datePublished\":\"2026-06-20T05:13:00+00:00\",\"dateModified\":\"2026-07-02T12:46:58+00:00\",\"description\":\"Comment la Conf\u00e9rence de Bandung (1955) continue de r\u00e9sonner dans l'art s\u00e9n\u00e9galais contemporain, de l'\u00c9cole des Mutants aux archives vivantes de Dakar.\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/issues\\\/numero-14\\\/resonances-artistiques-contemporaines-de-bandung-au-senegal-continuites-et-discontinuites-dun-imaginaire-reinterprete-dans-lart-contemporain-a-dakar\\\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/issues\\\/numero-14\\\/resonances-artistiques-contemporaines-de-bandung-au-senegal-continuites-et-discontinuites-dun-imaginaire-reinterprete-dans-lart-contemporain-a-dakar\\\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/issues\\\/numero-14\\\/resonances-artistiques-contemporaines-de-bandung-au-senegal-continuites-et-discontinuites-dun-imaginaire-reinterprete-dans-lart-contemporain-a-dakar\\\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2026\\\/06\\\/Photo-7-064A3892_1-Grande.jpeg\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2026\\\/06\\\/Photo-7-064A3892_1-Grande.jpeg\",\"width\":1280,\"height\":853},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/issues\\\/numero-14\\\/resonances-artistiques-contemporaines-de-bandung-au-senegal-continuites-et-discontinuites-dun-imaginaire-reinterprete-dans-lart-contemporain-a-dakar\\\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Home\",\"item\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Series issues\",\"item\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/series-issues\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":3,\"name\":\"R\u00e9sonances artistiques contemporaines de Bandung au S\u00e9n\u00e9gal : continuit\u00e9s et discontinuit\u00e9s d\u2019un imaginaire r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9 dans l\u2019art contemporain \u00e0 Dakar\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/#website\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/\",\"name\":\"Global Africa\",\"description\":\"Pan-African Scientific Journal\",\"publisher\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/#organization\"},\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Organization\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/#organization\",\"name\":\"Global Africa\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/\",\"logo\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/#\\\/schema\\\/logo\\\/image\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2024\\\/12\\\/Globalafrica.png\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2024\\\/12\\\/Globalafrica.png\",\"width\":1680,\"height\":750,\"caption\":\"Global Africa\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/#\\\/schema\\\/logo\\\/image\\\/\"},\"sameAs\":[\"https:\\\/\\\/www.facebook.com\\\/globalafricasciences\"]}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"R\u00e9sonances artistiques contemporaines de Bandung au S\u00e9n\u00e9gal : continuit\u00e9s et discontinuit\u00e9s d\u2019un imaginaire r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9 dans l\u2019art contemporain \u00e0 Dakar | Global Africa","description":"Comment la Conf\u00e9rence de Bandung (1955) continue de r\u00e9sonner dans l'art s\u00e9n\u00e9galais contemporain, de l'\u00c9cole des Mutants aux archives vivantes de Dakar.","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-14\/resonances-artistiques-contemporaines-de-bandung-au-senegal-continuites-et-discontinuites-dun-imaginaire-reinterprete-dans-lart-contemporain-a-dakar\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"R\u00e9sonances artistiques contemporaines de Bandung au S\u00e9n\u00e9gal : continuit\u00e9s et discontinuit\u00e9s d\u2019un imaginaire r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9 dans l\u2019art contemporain \u00e0 Dakar | Global Africa","og_description":"Comment la Conf\u00e9rence de Bandung (1955) continue de r\u00e9sonner dans l'art s\u00e9n\u00e9galais contemporain, de l'\u00c9cole des Mutants aux archives vivantes de Dakar.","og_url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-14\/resonances-artistiques-contemporaines-de-bandung-au-senegal-continuites-et-discontinuites-dun-imaginaire-reinterprete-dans-lart-contemporain-a-dakar\/","og_site_name":"Global Africa","article_publisher":"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences","article_modified_time":"2026-07-02T12:46:58+00:00","og_image":[{"width":1280,"height":853,"url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Photo-7-064A3892_1-Grande.jpeg","type":"image\/jpeg"}],"twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"37 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-14\/resonances-artistiques-contemporaines-de-bandung-au-senegal-continuites-et-discontinuites-dun-imaginaire-reinterprete-dans-lart-contemporain-a-dakar\/","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-14\/resonances-artistiques-contemporaines-de-bandung-au-senegal-continuites-et-discontinuites-dun-imaginaire-reinterprete-dans-lart-contemporain-a-dakar\/","name":"R\u00e9sonances artistiques contemporaines de Bandung au S\u00e9n\u00e9gal : continuit\u00e9s et discontinuit\u00e9s d\u2019un imaginaire r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9 dans l\u2019art contemporain \u00e0 Dakar | Global Africa","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-14\/resonances-artistiques-contemporaines-de-bandung-au-senegal-continuites-et-discontinuites-dun-imaginaire-reinterprete-dans-lart-contemporain-a-dakar\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-14\/resonances-artistiques-contemporaines-de-bandung-au-senegal-continuites-et-discontinuites-dun-imaginaire-reinterprete-dans-lart-contemporain-a-dakar\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Photo-7-064A3892_1-Grande.jpeg","datePublished":"2026-06-20T05:13:00+00:00","dateModified":"2026-07-02T12:46:58+00:00","description":"Comment la Conf\u00e9rence de Bandung (1955) continue de r\u00e9sonner dans l'art s\u00e9n\u00e9galais contemporain, de l'\u00c9cole des Mutants aux archives vivantes de Dakar.","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-14\/resonances-artistiques-contemporaines-de-bandung-au-senegal-continuites-et-discontinuites-dun-imaginaire-reinterprete-dans-lart-contemporain-a-dakar\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-14\/resonances-artistiques-contemporaines-de-bandung-au-senegal-continuites-et-discontinuites-dun-imaginaire-reinterprete-dans-lart-contemporain-a-dakar\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-14\/resonances-artistiques-contemporaines-de-bandung-au-senegal-continuites-et-discontinuites-dun-imaginaire-reinterprete-dans-lart-contemporain-a-dakar\/#primaryimage","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Photo-7-064A3892_1-Grande.jpeg","contentUrl":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Photo-7-064A3892_1-Grande.jpeg","width":1280,"height":853},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-14\/resonances-artistiques-contemporaines-de-bandung-au-senegal-continuites-et-discontinuites-dun-imaginaire-reinterprete-dans-lart-contemporain-a-dakar\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Home","item":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Series issues","item":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/series-issues\/"},{"@type":"ListItem","position":3,"name":"R\u00e9sonances artistiques contemporaines de Bandung au S\u00e9n\u00e9gal : continuit\u00e9s et discontinuit\u00e9s d\u2019un imaginaire r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9 dans l\u2019art contemporain \u00e0 Dakar"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/#website","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/","name":"Global Africa","description":"Pan-African Scientific Journal","publisher":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/#organization"},"potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Organization","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/#organization","name":"Global Africa","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/","logo":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/#\/schema\/logo\/image\/","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Globalafrica.png","contentUrl":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Globalafrica.png","width":1680,"height":750,"caption":"Global Africa"},"image":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/#\/schema\/logo\/image\/"},"sameAs":["https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences"]}]}},"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series-issues\/27119","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series-issues"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/series-issues"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/27140"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=27119"}],"wp:term":[{"taxonomy":"series-categories","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series-categories?post=27119"},{"taxonomy":"cat-articles","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/cat-articles?post=27119"},{"taxonomy":"keywords","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/keywords?post=27119"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=27119"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}