{"id":27101,"date":"2026-06-20T06:14:00","date_gmt":"2026-06-20T06:14:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/faith-across-oceans-the-east-african-khoja-diaspora-and-religious-identity-in-a-postcolonial-world\/"},"modified":"2026-07-02T12:45:55","modified_gmt":"2026-07-02T12:45:55","slug":"la-foi-a-travers-les-oceans-la-diaspora-khoja-dafrique-de-lest-et-lidentite-religieuse-dans-un-monde-postcolonial","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-14\/la-foi-a-travers-les-oceans-la-diaspora-khoja-dafrique-de-lest-et-lidentite-religieuse-dans-un-monde-postcolonial\/","title":{"rendered":"La foi \u00e0 travers les oc\u00e9ans : la diaspora khoja d\u2019Afrique de l\u2019Est et l\u2019identit\u00e9 religieuse dans un monde postcolonial"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les Khojas constituent un groupe indo-persan de musulmans chiites originaire d\u2019Asie du Sud. Ils ont migr\u00e9 vers l\u2019Afrique de l\u2019Est aux XVIII<sup>e<\/sup><sup> <\/sup>et XIX<sup>e<\/sup><sup>&nbsp;<\/sup>si\u00e8cles, avant de se disperser par la suite en Europe ainsi qu\u2019au sein des diasporas d\u2019Am\u00e9rique du Nord. L\u2019influence des musulmans khojas en Afrique de l\u2019Est s\u2019est manifest\u00e9e tant par leur dynamisme \u00e9conomique que par le maintien d\u2019une identit\u00e9 religieuse et culturelle distincte. Le pr\u00e9sent article vise \u00e0 d\u00e9montrer que l\u2019identit\u00e9 religieuse khoja est continuellement n\u00e9goci\u00e9e \u00e0 travers la m\u00e9moire, le rituel, la mobilit\u00e9 et les interactions transnationales dans des contextes postcoloniaux. Son objectif principal est d\u2019examiner la mani\u00e8re dont la diaspora khoja d\u2019Afrique de l\u2019Est a construit un sentiment de citoyennet\u00e9, de souverainet\u00e9 et d\u2019appartenance au-del\u00e0 des fronti\u00e8res des \u00c9tats-nations gr\u00e2ce \u00e0 diverses strat\u00e9gies. Celles-ci comprennent le travail de m\u00e9moire, les pratiques rituelles, les m\u00e9canismes de r\u00e9solution des conflits, les activit\u00e9s caritatives et d\u2019assistance sociale, la culture imprim\u00e9e, la num\u00e9risation, les p\u00e8lerinages ainsi qu\u2019un leadership mondial actif qui lui a permis de perdurer en tant que communaut\u00e9 morale consensuelle dot\u00e9e d\u2019une identit\u00e9 religieuse distincte et in\u00e9branlable. Sur le plan m\u00e9thodologique, cette \u00e9tude adopte une perspective interactionniste symbolique afin d\u2019analyser le dynamisme de l\u2019h\u00e9ritage et de l\u2019identit\u00e9 religieuse khojas \u00e0 travers l\u2019espace et le temps. Elle contribue \u00e0 montrer que les Khojas, malgr\u00e9 leur population relativement r\u00e9duite, ont su mobiliser leur identit\u00e9 religieuse et leur autorit\u00e9 morale pour devenir des chefs de file du monde des affaires et des pionniers r\u00e9gionaux en Afrique de l\u2019Est et au-del\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Contexte historique de la migration khoja, du colonialisme et de la diaspora<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le cas de la diaspora musulmane khoja d\u2019Afrique de l\u2019Est constitue une histoire de mobilit\u00e9, de foi et de qu\u00eate d\u2019appartenance \u00e0 travers des mondes en constante transformation. Originaires principalement du Gujarat, les familles khojas se sont \u00e9tablies le long de la c\u00f4te swahilie ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des terres est-africaines \u00e0 la fin du XIX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle. Elles furent attir\u00e9es par les opportunit\u00e9s commerciales et soutenues par des liens de parent\u00e9 et des attaches religieuses s\u2019\u00e9tendant \u00e0 travers l\u2019oc\u00e9an Indien (Loimeier, 2018&nbsp;; Nair, 2001). Les relations entre l\u2019Afrique de l\u2019Est et l\u2019Asie du Sud se sont d\u00e9velopp\u00e9es gr\u00e2ce aux \u00e9changes commerciaux et aux interactions interculturelles qui en ont d\u00e9coul\u00e9 (Premawardhana, 2019). L\u2019offensive coloniale en Afrique de l\u2019Est au XIX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle n\u2019\u00e9pargna pas les Khojas, qui \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 solidement implant\u00e9s dans la r\u00e9gion. Afin d\u2019assurer leur survie, ils cr\u00e9\u00e8rent des institutions telles que les <em>jamaats<\/em>, les mosqu\u00e9es, les \u00e9coles et les organisations de bien-\u00eatre social. Ces institutions les prot\u00e9g\u00e8rent contre la discrimination et la s\u00e9gr\u00e9gation coloniales. Elles devinrent ainsi des piliers fondamentaux de leur identit\u00e9, de leur stabilit\u00e9 et de leur sentiment d\u2019appartenance (Akhtar, 2017). Elles fonctionnaient comme des espaces de solidarit\u00e9, de soutien mutuel, d\u2019orientation morale et de prise de d\u00e9cision collective, aidant les membres de la communaut\u00e9 \u00e0 faire face aux incertitudes de la vie coloniale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gr\u00e2ce \u00e0 ces institutions, les musulmans khojas ont pu pr\u00e9server la continuit\u00e9 religieuse, renforcer les liens communautaires et d\u00e9velopper un sentiment collectif d\u2019identit\u00e9 tout en s\u2019adaptant aux r\u00e9alit\u00e9s du colonialisme. Cependant, dans les d\u00e9cennies qui suivirent les ind\u00e9pendances, les politiques d\u2019africanisation, les dynamiques politiques racialis\u00e9es et l\u2019incertitude \u00e9conomique fragilis\u00e8rent ces fondements, conduisant de nombreuses familles khojas \u00e0 reconsid\u00e9rer leur appartenance et leur lieu d\u2019ancrage, et, dans certains cas, \u00e0 migrer de nouveau vers l\u2019Europe et l\u2019Am\u00e9rique du Nord (Akhtar, 2016). \u00c0 titre d\u2019exemple, la d\u00e9cision prise en 1971 par le gouvernement ougandais d\u2019expulser tous les Asiatiques du pays sous la pr\u00e9sidence du dictateur Idi Amin d\u00e9clencha une nouvelle vague de migration diasporique khoja vers l\u2019Europe, les \u00c9tats-Unis et le Canada.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019exp\u00e9rience khoja constitue un exemple particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9lateur d\u2019une citoyennet\u00e9 religieuse dynamique et structur\u00e9e qui transcende les fronti\u00e8res et les \u00e9poques (Akhtar, 2014&nbsp;; Spickard &amp; Adogame, 2010). En Afrique de l\u2019Est, l\u2019h\u00e9ritage khoja a d\u00fb composer avec des identit\u00e9s religieuses locales concurrentes, avec l\u2019expansion coloniale du XIX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle ainsi qu\u2019avec les politiques politico-\u00e9conomiques de l\u2019\u00e8re postcoloniale, qui repr\u00e9sentaient \u00e0 la fois une menace et un d\u00e9fi (Dickinson, 2012&nbsp;; Wortmann, 2025). L\u2019identit\u00e9 religieuse khoja appara\u00eet ainsi non comme un h\u00e9ritage fig\u00e9, mais comme une pratique vivante et \u00e9volutive fa\u00e7onn\u00e9e par la m\u00e9moire, les institutions et les expressions quotidiennes de la foi \u00e0 travers les g\u00e9n\u00e9rations et les oc\u00e9ans. La foi devient alors une ressource vivante gr\u00e2ce \u00e0 laquelle les communaut\u00e9s s\u2019adaptent, perdurent et se r\u00e9inventent dans un monde postcolonial marqu\u00e9 par la mobilit\u00e9 et le changement (Platvoet, 1996&nbsp;; Premawardhana, 2019&nbsp;; Sachedina, 2023&nbsp;; Vertovec, 2004&nbsp;; Stans, 2016).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Approche m\u00e9thodologique<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette \u00e9tude s\u2019inscrit dans la tradition interpr\u00e9tative de l\u2019interactionnisme symbolique, qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la mani\u00e8re dont les individus cr\u00e9ent, n\u00e9gocient et maintiennent le sens \u00e0 travers les interactions quotidiennes et les exp\u00e9riences v\u00e9cues. L\u2019interactionnisme symbolique con\u00e7oit l\u2019identit\u00e9 comme un processus continuellement fa\u00e7onn\u00e9 par la communication, les rituels, les symboles, les m\u00e9moires et les exp\u00e9riences partag\u00e9es, et non comme une r\u00e9alit\u00e9 fixe ou permanente (Carter &amp; Fuller, 2015). Cette perspective est particuli\u00e8rement pertinente pour l\u2019\u00e9tude des communaut\u00e9s religieuses diasporiques, dans la mesure o\u00f9 leur identit\u00e9 n\u2019est jamais statique&nbsp;; elle est sans cesse reconfigur\u00e9e \u00e0 travers diff\u00e9rents contextes culturels, g\u00e9ographiques et historiques. Dans le cas de la diaspora khoja d\u2019Afrique de l\u2019Est, l\u2019identit\u00e9 religieuse \u00e9merge ainsi \u00e0 travers des interactions continues avec les histoires migratoires, les institutions communautaires, les relations transnationales et les r\u00e9alit\u00e9s postcoloniales. Comme le souligne Jeon (2004), l\u2019interactionnisme symbolique constitue une base importante pour la recherche qualitative, car il permet d\u2019explorer la mani\u00e8re dont les individus interpr\u00e8tent et donnent sens \u00e0 leurs exp\u00e9riences v\u00e9cues au sein de mondes sociaux sp\u00e9cifiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans cette orientation interpr\u00e9tative, l\u2019\u00e9tude a adopt\u00e9 une conception ethnographique qualitative ainsi qu\u2019une ethnographie num\u00e9rique afin d\u2019explorer la mani\u00e8re dont les membres de la diaspora khoja d\u2019Afrique de l\u2019Est construisent, n\u00e9gocient et maintiennent leur identit\u00e9 religieuse dans des contextes \u00e0 la fois locaux et transnationaux. L\u2019ethnographie est particuli\u00e8rement appropri\u00e9e, car elle permet au chercheur d\u2019entrer dans les univers sociaux et religieux des participants et d\u2019observer comment l\u2019identit\u00e9 est v\u00e9cue, incarn\u00e9e et exprim\u00e9e \u00e0 travers les rituels, les pratiques communautaires, les m\u00e9moires et les interactions quotidiennes. \u00c9tant donn\u00e9 que la vie diasporique contemporaine se d\u00e9ploie \u00e0 la fois dans des espaces physiques et num\u00e9riques, l\u2019\u00e9tude a \u00e9galement int\u00e9gr\u00e9 l\u2019ethnographie num\u00e9rique afin de saisir la mani\u00e8re dont la vie religieuse circule \u00e0 travers les r\u00e9seaux transnationaux en ligne. En combinant le travail ethnographique traditionnel et l\u2019observation num\u00e9rique, l\u2019\u00e9tude cherche \u00e0 comprendre comment l\u2019identit\u00e9 religieuse khoja est maintenue non seulement \u00e0 travers les mosqu\u00e9es, les <em>jamaats<\/em> et les r\u00e9unions familiales, mais aussi via les groupes WhatsApp, les <em>majalis<\/em> diffus\u00e9s en direct, les sermons en ligne et d\u2019autres pratiques num\u00e9riques reliant des communaut\u00e9s dispers\u00e9es \u00e0 travers les oc\u00e9ans.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En combinant ethnographie qualitative et ethnographie num\u00e9rique dans un cadre interactionniste symbolique, cette recherche adopte une approche m\u00e9thodologique holistique qui refl\u00e8te les r\u00e9alit\u00e9s contemporaines de la religion diasporique. Elle reconna\u00eet que l\u2019identit\u00e9 religieuse khoja se vit \u00e0 travers des espaces multiples et interconnect\u00e9s, notamment les mosqu\u00e9es, les foyers, les institutions communautaires, les r\u00e9seaux migratoires et les plateformes num\u00e9riques. Chacun de ces espaces constitue un contexte symbolique distinct \u00e0 travers lequel la foi est interpr\u00e9t\u00e9e, pratiqu\u00e9e et transmise. L\u2019\u00e9tude consid\u00e8re ainsi la diaspora khoja d\u2019Afrique de l\u2019Est non pas comme une communaut\u00e9 religieuse statique ancr\u00e9e uniquement dans la tradition, mais comme une formation transnationale dynamique qui r\u00e9invente continuellement la foi, l\u2019appartenance et l\u2019identit\u00e9 dans un monde postcolonial marqu\u00e9 par la migration, la m\u00e9moire et l\u2019interconnexion globale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le travail de terrain a \u00e9t\u00e9 men\u00e9 entre juin 2023 et mai 2024 \u00e0 Nairobi, Mombasa et Kisumu, au Kenya. Il a \u00e9t\u00e9 compl\u00e9t\u00e9 par des interactions virtuelles avec des communaut\u00e9s khoja de la diaspora \u00e9tablies au Royaume-Uni, au Canada et aux \u00c9tats-Unis. Ces sites ont \u00e9t\u00e9 choisis parce qu\u2019ils repr\u00e9sentent des centres historiques et contemporains importants d\u2019installation khoja, fa\u00e7onn\u00e9s par les migrations de l\u2019oc\u00e9an Indien (Mirza, 2014), la mobilit\u00e9 coloniale et la dispersion postcoloniale. J\u2019ai effectu\u00e9 des observations participantes en assistant \u00e0 des r\u00e9unions de <em>majalis<\/em>, \u00e0 des comm\u00e9morations de Muharram, \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements religieux et \u00e0 des activit\u00e9s de bien-\u00eatre communautaire, afin d\u2019observer la mani\u00e8re dont les significations religieuses sont collectivement produites et transmises. Au cours de ces observations, des symboles tels que les v\u00eatements noirs de deuil durant Muharram, les r\u00e9citations d\u00e9votionnelles, les repas communautaires et les espaces sacr\u00e9s sont apparus comme de puissants rappels de la m\u00e9moire, de l\u2019appartenance et de la continuit\u00e9. Ils ne constituaient pas de simples expressions rituelles&nbsp;; ils permettaient aux participants de r\u00e9affirmer leurs liens avec l\u2019Afrique de l\u2019Est, l\u2019Asie du Sud et l\u2019histoire diasporique plus large des Khojas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des entretiens ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 men\u00e9s aupr\u00e8s de trente-cinq participants issus de divers milieux professionnels&nbsp;: responsables religieux, administrateurs de <em>jamaats<\/em>, coordinateurs de la jeunesse, hommes et femmes d\u2019affaires, \u00e9tudiants, ainsi que migrants entretenant des liens transnationaux. Les entretiens semi-directifs ont \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement enrichissants, permettant de recueillir des r\u00e9cits personnels portant sur la migration, la m\u00e9moire, la vie religieuse, l\u2019attachement communautaire et les d\u00e9fis rencontr\u00e9s. Les participants ont d\u00e9crit la mani\u00e8re dont l\u2019identit\u00e9 religieuse est fa\u00e7onn\u00e9e et n\u00e9goci\u00e9e dans un contexte de mobilit\u00e9, de pluralisme culturel et de r\u00e9alit\u00e9 postcoloniale. La jeune g\u00e9n\u00e9ration a, quant \u00e0 elle, soulign\u00e9 que l\u2019identit\u00e9 est un processus d\u2019adaptation et d\u2019interpr\u00e9tation, influenc\u00e9 par l\u2019\u00e9ducation, les m\u00e9dias num\u00e9riques et des environnements sociaux multiculturels. Ainsi, l\u2019identit\u00e9 n\u2019est pas simplement une tradition h\u00e9rit\u00e9e et transmise m\u00e9caniquement d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les interactions religieuses khoja en ligne ont constitu\u00e9 une composante majeure de l\u2019ethnographie num\u00e9rique de cette \u00e9tude. Les activit\u00e9s en ligne telles que les groupes WhatsApp de <em>jamaats<\/em>, les diffusions en direct de <em>majalis<\/em> sur YouTube, les pages comm\u00e9moratives sur Facebook et les conf\u00e9rences religieuses en ligne contribuent \u00e0 maintenir la vie communautaire transnationale. Ces espaces num\u00e9riques sont des lieux essentiels o\u00f9 l\u2019appartenance religieuse s\u2019exprime sans \u00eatre limit\u00e9e par les fronti\u00e8res g\u00e9ographiques. Dans ces espaces num\u00e9riques, les \u00e9mojis, les versets coraniques, les messages de deuil, les demandes de pri\u00e8res et diverses images comm\u00e9moratives constituent des expressions symboliques de la pi\u00e9t\u00e9, de la solidarit\u00e9 et de la m\u00e9moire collective. Ces espaces num\u00e9riques apparaissent ainsi comme des espaces religieux secondaires influents, o\u00f9 se reproduit et se n\u00e9gocie l\u2019identit\u00e9 diasporique. Cela montre que la technologie num\u00e9rique a transform\u00e9 l\u2019exp\u00e9rience diasporique en assurant une connexion \u00e9motionnelle et religieuse malgr\u00e9 la distance physique. Des sources secondaires telles que des archives, des publications communautaires, des discours publics, des repr\u00e9sentations m\u00e9diatiques et des r\u00e9cits migratoires document\u00e9s ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9es afin de comprendre l\u2019exp\u00e9rience des communaut\u00e9s khoja en Afrique de l\u2019Est et dans la diaspora \u00e9largie. Ces mat\u00e9riaux ont permis d\u2019\u00e9clairer la mani\u00e8re dont les migrations coloniales, les politiques d\u2019africanisation postcoloniales, la mobilit\u00e9 \u00e9conomique et les dynamiques migratoires globales ont fa\u00e7onn\u00e9 l\u2019\u00e9volution de l\u2019identit\u00e9 communautaire khoja au fil du temps. Ils ont \u00e9galement r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la mani\u00e8re dont les communaut\u00e9s diasporiques racontent leurs propres histoires de d\u00e9placement, d\u2019installation, d\u2019adaptation et d\u2019appartenance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les donn\u00e9es collect\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 analys\u00e9es \u00e0 l\u2019aide d\u2019un codage th\u00e9matique guid\u00e9 par des concepts cl\u00e9s de l\u2019interactionnisme symbolique, tels que la pr\u00e9sentation de soi (Ytreberg, 2024).), la prise de r\u00f4le (Mead, 1934), la m\u00e9moire collective et la d\u00e9finition de la situation (Ball, 1972). \u00c0 travers la comparaison et l\u2019interpr\u00e9tation, des th\u00e8mes r\u00e9currents ont \u00e9merg\u00e9 autour de l\u2019appartenance transnationale, de la continuit\u00e9 religieuse, de la m\u00e9moire communautaire, du changement g\u00e9n\u00e9rationnel et de la religiosit\u00e9 num\u00e9rique. L\u2019analyse montre que l\u2019identit\u00e9 religieuse au sein de la diaspora khoja d\u2019Afrique de l\u2019Est n\u2019est pas statique, mais relationnelle, dynamique et contextuelle. Par exemple, un m\u00eame rituel de Muharram peut simultan\u00e9ment incarner la d\u00e9votion spirituelle, l\u2019h\u00e9ritage culturel, la m\u00e9moire diasporique et la solidarit\u00e9 communautaire, selon le contexte dans lequel il est pratiqu\u00e9. Ces r\u00e9sultats confirment l\u2019un des principes centraux de l\u2019interactionnisme symbolique&nbsp;: le sens est continuellement produit et reconfigur\u00e9 \u00e0 travers l\u2019interaction sociale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le processus de recherche a \u00e9galement int\u00e9gr\u00e9 une dimension r\u00e9flexive. En tant que chercheur situ\u00e9 dans un environnement multiculturel kenyan tout en demeurant ext\u00e9rieur \u00e0 la communaut\u00e9 khoja, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 conscient de ma position \u00e0 la fois d\u2019observateur et d\u2019outsider. Cette prise de conscience a exig\u00e9 une sensibilit\u00e9 constante aux questions d\u2019interpr\u00e9tation, de confiance et de repr\u00e9sentation tout au long du travail de terrain. La tenue de notes de terrain d\u00e9taill\u00e9es m\u2019a permis non seulement de documenter les exp\u00e9riences et les pratiques des participants, mais aussi de r\u00e9fl\u00e9chir de mani\u00e8re critique \u00e0 mes propres pr\u00e9suppos\u00e9s, r\u00e9actions \u00e9motionnelles et compr\u00e9hension progressive de la vie religieuse diasporique. Cet engagement r\u00e9flexif a approfondi le processus interpr\u00e9tatif et renforc\u00e9 l\u2019empathie envers les exp\u00e9riences des participants en mati\u00e8re de migration, de n\u00e9gociation identitaire et d\u2019appartenance communautaire.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9sultats et analyse<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Foi, r\u00e9silience et transformation<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La vie religieuse khoja suscite un fort sentiment de m\u00e9moire et d\u2019appartenance transnationale. Les observations de terrain et les entretiens r\u00e9alis\u00e9s r\u00e9v\u00e8lent que les rituels religieux khojas ne fonctionnent pas uniquement comme des actes de culte, mais \u00e9galement comme des pratiques de rem\u00e9moration et d\u2019appartenance. La foi khoja a ainsi constitu\u00e9 un vecteur de r\u00e9silience et de transformation communautaire. Lors des comm\u00e9morations de Muharram \u00e0 Nairobi et \u00e0 Mombasa, les participants associaient fr\u00e9quemment les pratiques d\u00e9votionnelles aux histoires migratoires familiales et \u00e0 la continuit\u00e9 communautaire. Les v\u00eatements noirs de deuil, les r\u00e9citations collectives et les repas partag\u00e9s devenaient des rappels symboliques \u00e0 la fois de l\u2019engagement religieux et de l\u2019identit\u00e9 diasporique. Cela est illustr\u00e9 par le t\u00e9moignage d\u2019un participant \u00e0 Nairobi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Lorsque nous nous r\u00e9unissons pendant Muharram, il ne s\u2019agit pas seulement de Karbala. Il s\u2019agit aussi de se souvenir de qui nous sommes et d\u2019o\u00f9 nous venons.&nbsp;\u00bb Ces propos montrent que les actes rituels ne constituent pas de simples traditions fig\u00e9es&nbsp;; ils op\u00e8rent comme des pratiques sociales vivantes \u00e0 travers lesquelles les communaut\u00e9s diasporiques r\u00e9affirment continuellement leur appartenance au-del\u00e0 des g\u00e9n\u00e9rations et des distances g\u00e9ographiques. Ce constat rejoint l\u2019approche interactionniste symbolique du sens, selon laquelle les symboles acqui\u00e8rent leur signification \u00e0 travers l\u2019interaction sociale r\u00e9p\u00e9t\u00e9e. \u00c0 travers les oc\u00e9ans et les g\u00e9n\u00e9rations, les Khojas ont v\u00e9cu leur foi et transmis leurs principes \u00e9thiques aux jeunes g\u00e9n\u00e9rations lors de rassemblements formels et informels (Akhtar, 2014). Ainsi, dans un monde postcolonial marqu\u00e9 par la migration, la racialisation et la pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9conomique, la vie religieuse khoja montre comment la foi peut stabiliser une communaut\u00e9 sans la figer dans un espace immobile.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les r\u00e9sultats montrent \u00e9galement que les participants d\u00e9crivent souvent l\u2019Afrique de l\u2019Est non pas simplement comme un lieu de r\u00e9sidence temporaire, mais comme une patrie \u00e9motionnelle intimement li\u00e9e aux origines sud-asiatiques. L\u2019identit\u00e9 religieuse appara\u00eet ainsi comme stratifi\u00e9e et transnationale, fa\u00e7onn\u00e9e simultan\u00e9ment par les exp\u00e9riences africaines, les h\u00e9ritages sud-asiatiques et les mobilit\u00e9s globales contemporaines. Une grande partie de cette r\u00e9silience s\u2019exprime \u00e0 travers ce qu\u2019Akhtar (2014) qualifie de citoyennet\u00e9 religieuse. Pour les Khojas, le sentiment d\u2019appartenance ne se limite pas aux passeports ou aux fronti\u00e8res nationales&nbsp;; il se construit \u00e0 travers la participation \u00e0 des institutions religieuses qui \u00e9duquent les enfants, prennent soin des personnes \u00e2g\u00e9es, r\u00e9solvent les conflits et r\u00e9pondent aux situations de crise. Ce sentiment d\u2019appartenance et cette conscience religieuse se mat\u00e9rialisent au sein d\u2019institutions khojas telles que les <em>jamaats<\/em>, les mosqu\u00e9es et les conseils communautaires. Dans ces espaces sont organis\u00e9es les pri\u00e8res, les activit\u00e9s de bien-\u00eatre social et les rassemblements communautaires. Ces institutions jouent \u00e9galement un r\u00f4le de protection face aux incertitudes, aux ruptures et aux marginalisations (Hudson, 2003). Elles permettent ainsi aux communaut\u00e9s de se r\u00e9organiser et de pr\u00e9server leur h\u00e9ritage culturel et religieux, renfor\u00e7ant le sens et la coh\u00e9rence de la vie collective.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La r\u00e9silience khoja comporte \u00e9galement une dimension genr\u00e9e, inscrite dans les pratiques quotidiennes. Comme le souligne Khoja-Moolji (2023), les femmes soutiennent la vie communautaire \u00e0 travers les pri\u00e8res partag\u00e9es, la pr\u00e9paration des repas, la garde des enfants et des pratiques discr\u00e8tes de soin mutuel. Il a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 que les femmes khojas d\u2019Afrique de l\u2019Est jouent un r\u00f4le central dans la pr\u00e9servation de la m\u00e9moire en enseignant aux enfants les pratiques de pri\u00e8re et en organisant les comm\u00e9morations, contribuant ainsi au maintien de l\u2019harmonie sociale entre les g\u00e9n\u00e9rations. Cela permet de comprendre la r\u00e9silience f\u00e9minine comme une forme de travail relationnel qui contribue \u00e0 la reproduction de la vie communautaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les exp\u00e9riences historiques \u00e9clairent \u00e9galement la r\u00e9silience khoja, souvent forg\u00e9e dans des moments de choix douloureux. La discussion de Rajani (2025) sur la scission du XIX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle entre les orientations Aga Khan et <em>Ayatollah<\/em> rappelle que l\u2019appartenance th\u00e9ologique ne rel\u00e8ve jamais d\u2019un simple d\u00e9bat abstrait. Elle est intimement li\u00e9e aux inqui\u00e9tudes relatives au leadership, \u00e0 la survie et \u00e0 l\u2019avenir de la communaut\u00e9 sous domination coloniale. Les familles, les quartiers et les <em>jamaats<\/em> ont d\u00fb n\u00e9gocier des loyaut\u00e9s aux cons\u00e9quences sociales importantes. Toutefois, ces moments n\u2019ont pas simplement fragment\u00e9 la communaut\u00e9&nbsp;; ils r\u00e9v\u00e8lent plut\u00f4t une capacit\u00e9 \u00e0 vivre avec le d\u00e9saccord, \u00e0 r\u00e9organiser les formes d\u2019autorit\u00e9 et \u00e0 avancer en s\u2019appuyant sur la foi comme guide plut\u00f4t que comme un script rigide.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En Afrique de l\u2019Est, l\u2019adaptabilit\u00e9 khoja a \u00e9t\u00e9 davantage fa\u00e7onn\u00e9e par les rencontres quotidiennes avec les mondes sociaux africains. Des valeurs \u00e9thiques telles que la patience (<em>sabr<\/em>), la justice et la responsabilit\u00e9 collective s\u2019accordaient avec des cadres moraux africains plus larges, qui privil\u00e9gient la r\u00e9conciliation plut\u00f4t que la p\u00e9rennisation des conflits. Comme le sugg\u00e8re Karanja (2019), les approches religieuses de la transformation des conflits reposent souvent sur l\u2019\u00e9coute, la m\u00e9diation et la persuasion morale plut\u00f4t que sur la coercition. Au sein des communaut\u00e9s khojas, les diff\u00e9rends \u00e9taient fr\u00e9quemment r\u00e9gl\u00e9s par des conseils et des anciens, qui mettaient l\u2019accent sur la restauration des relations plut\u00f4t que sur l\u2019attribution des fautes. Cet alignement \u00e9thique a permis aux Khojas de vivre en tant que minorit\u00e9 religieuse sans se retirer du tissu social environnant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La transformation du mode de vie khoja s\u2019est \u00e9galement manifest\u00e9e \u00e0 travers l\u2019\u00e9ducation formelle et les activit\u00e9s \u00e9conomiques. Ces dimensions \u00e9ducatives et \u00e9conomiques sont \u00e9troitement li\u00e9es \u00e0 la vie religieuse et aux repr\u00e9sentations morales de la communaut\u00e9. Une grande partie de la philosophie \u00e9ducative repose sur l\u2019approche de l\u2019Aga Khan, qui met l\u2019accent sur le raisonnement \u00e9thique, le pluralisme et la responsabilit\u00e9 sociale (Khoja-Moolji, 2017). Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, les Khojas ont pu int\u00e9grer divers milieux professionnels et contribuer \u00e0 l\u2019essor des \u00e9conomies postcoloniales. De mani\u00e8re significative, ils ont \u00e9galement transpos\u00e9 leurs valeurs \u00e9thiques dans leurs environnements professionnels, favorisant des formes accrues de coop\u00e9ration et d\u2019influence \u00e9conomique. Ainsi, les cadres moraux khojas fond\u00e9s sur l\u2019honn\u00eatet\u00e9, la charit\u00e9 et l\u2019entraide ont contribu\u00e9 \u00e0 leur r\u00e9ussite diasporique. Cette observation rejoint celle de Margaryan (2025) \u00e0 propos des marchands arm\u00e9niens, selon laquelle la r\u00e9ussite diasporique repose souvent sur la confiance et l\u2019int\u00e9grit\u00e9 r\u00e9putationnelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par ailleurs, la r\u00e9silience est \u00e9galement entretenue par la m\u00e9moire. Les r\u00e9cits familiaux de migration, du Gujarat vers l\u2019Afrique de l\u2019Est, puis vers l\u2019Europe et l\u2019Am\u00e9rique du Nord, circulent comme des histoires partag\u00e9es de d\u00e9placement et d\u2019adaptation. Comme le souligne Dervi\u015f (2026), la foi fonctionne souvent comme un ancrage culturel permettant aux communaut\u00e9s de maintenir leur identit\u00e9 et leur coh\u00e9rence dans des contextes de d\u00e9placement et de changement continu. Chez les Khojas, la m\u00e9moire ne romantise donc pas l\u2019\u00e9preuve&nbsp;; elle inscrit plut\u00f4t la souffrance dans un parcours moral plus large, qui valorise la pers\u00e9v\u00e9rance sans nier la douleur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au niveau de l\u2019apprentissage et de la formation de soi, la foi encourage une transformation int\u00e9rieure parall\u00e8le \u00e0 la responsabilit\u00e9 sociale. L\u2019enseignement religieux, qu\u2019il prenne la forme de sermons formels ou d\u2019\u00e9changes informels, cultive la r\u00e9flexivit\u00e9, la conscience \u00e9thique et la capacit\u00e9 d\u2019adaptation. Cette orientation rejoint les conceptions de la discipline spirituelle telles que le <em>tasawwuf<\/em> comme pratique \u00e9thique incarn\u00e9e (Mannopov et al., 2025), o\u00f9 la r\u00e9silience morale commence par la culture de soi. La vie religieuse khoja continue par ailleurs de s\u2019enrichir \u00e0 travers son expansion diasporique. De nouvelles formes institutionnelles \u00e9mergent dans la diaspora tout en maintenant des liens avec le point de dispersion est-africain (Karim, 2021). La diaspora globale khoja a ainsi d\u00e9velopp\u00e9 une forme d\u2019identit\u00e9 dans laquelle les dimensions civiques, morales et religieuses des individus sont fa\u00e7onn\u00e9es conjointement par la foi, la mobilit\u00e9 et un sentiment d\u2019appartenance globale. Cela correspond \u00e0 ce que certains chercheurs, tels que Basrai (2009), qualifient de \u00ab&nbsp;nouveaux citoyens&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, la diaspora khoja montre que la religion peut \u00eatre un catalyseur de transformation. La r\u00e9silience \u00e9merge \u00e0 travers les institutions, la m\u00e9moire et les actes quotidiens de soin, de prise de d\u00e9cision \u00e9thique et d\u2019adaptation. Dans cette perspective, la transformation ne signifie pas une perte religieuse&nbsp;; elle refl\u00e8te plut\u00f4t la capacit\u00e9 de la foi \u00e0 circuler, \u00e0 se plier sans se rompre et \u00e0 rester signifiante \u00e0 travers les oc\u00e9ans et les g\u00e9n\u00e9rations dans un monde postcolonial.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>M\u00e9moire, h\u00e9ritage et pratiques rituelles<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les Khojas d\u2019Afrique de l\u2019Est ont exprim\u00e9 leur citoyennet\u00e9 religieuse \u00e0 travers des <em>jamaats<\/em> dynamiques et d\u2019autres institutions sociales. Cette \u00e9tude montre que les <em>jamaats<\/em> fonctionnent bien au-del\u00e0 de simples institutions religieuses. Les participants les d\u00e9crivent comme des espaces d\u2019orientation morale, de soutien social, de m\u00e9diation des conflits et d\u2019appartenance communautaire. Des entretiens men\u00e9s aupr\u00e8s de responsables de <em>jamaats<\/em> \u00e0 Kisumu et \u00e0 Mombasa r\u00e9v\u00e8lent que ces institutions communautaires jouent toujours un r\u00f4le essentiel dans le maintien de la coh\u00e9sion sociale dans un contexte de migration et de mondialisation. Comme l\u2019a expliqu\u00e9 un participant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le <em>jamaat<\/em> est l\u2019endroit o\u00f9 les gens se rendent en cas de d\u00e9c\u00e8s, de conflit, de mariage ou de difficult\u00e9s financi\u00e8res. La religion et la communaut\u00e9 ne peuvent \u00eatre s\u00e9par\u00e9es.&nbsp;\u00bb Ces r\u00e9sultats confirment la notion de \u00ab&nbsp;citoyennet\u00e9 religieuse&nbsp;\u00bb propos\u00e9e par Akhtar (2014), selon laquelle l\u2019appartenance se construit \u00e0 travers la participation aux institutions communautaires plut\u00f4t que par la seule identit\u00e9 nationale. Les observations ethnographiques montrent \u00e9galement que les <em>jamaats<\/em> constituent des espaces symboliques o\u00f9 l\u2019identit\u00e9 est perform\u00e9e \u00e0 travers les rituels partag\u00e9s, les processus de prise de d\u00e9cision et les interactions quotidiennes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La m\u00e9moire khoja n\u2019est pas uniquement conserv\u00e9e dans le pass\u00e9&nbsp;; elle est v\u00e9cue, exprim\u00e9e et actualis\u00e9e dans le pr\u00e9sent. La foi est rem\u00e9mor\u00e9e \u00e0 travers l\u2019efficacit\u00e9 de la pri\u00e8re, la r\u00e9p\u00e9tition des r\u00e9cits transmis par les a\u00een\u00e9s et les rythmes familiers des rassemblements rituels qui marquent les \u00e9tapes de la vie. \u00c0 travers les g\u00e9n\u00e9rations et les contextes g\u00e9ographiques vari\u00e9s, la m\u00e9moire et le rituel constituent le lien qui maintient une communaut\u00e9 dispers\u00e9e, permettant \u00e0 la foi de traverser les oc\u00e9ans tout en restant ancr\u00e9e dans les pratiques quotidiennes. Les traditions khojas ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9serv\u00e9es tout en se transformant, reconfigurant continuellement leur h\u00e9ritage religieux en r\u00e9ponse aux migrations, aux ruptures coloniales et aux exigences de l\u2019appartenance postcoloniale. Cela rappelle que le patrimoine est une r\u00e9alit\u00e9 constamment construite et reconstruite par les acteurs sociaux (Rowlands &amp; De Jong, 2016).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 que la pratique de la m\u00e9moire collective est tr\u00e8s r\u00e9pandue au sein des communaut\u00e9s khojas. Celle-ci se manifeste \u00e0 travers des r\u00e9cits d\u00e9votionnels qui relient les communaut\u00e9s d\u2019Afrique de l\u2019Est \u00e0 un espace khoja transnational plus vaste, r\u00e9parti de part et d\u2019autre des oc\u00e9ans. Les r\u00e9cits de saintet\u00e9, les lieux sacr\u00e9s et les liens ancestraux \u00e9voquent des exp\u00e9riences de caract\u00e8re hi\u00e9rophanique. Par exemple, le sanctuaire d\u2019Afaq Khoja illustre la mani\u00e8re dont les espaces sacr\u00e9s constituent des piliers \u00e9motionnels et spirituels de la foi et de l\u2019identit\u00e9 khojas (Gilkison, 2013&nbsp;; Papas, 2017). Malgr\u00e9 la distance g\u00e9ographique, ces g\u00e9ographies sacr\u00e9es fa\u00e7onnent la mani\u00e8re dont les musulmans khojas imaginent la filiation, l\u2019autorit\u00e9 et la continuit\u00e9 interg\u00e9n\u00e9rationnelle. La m\u00e9moire est ainsi v\u00e9cue dans la vie rituelle quotidienne. Les pratiques d\u00e9votionnelles telles que les <em>ginans<\/em> et les pri\u00e8res narratives (<em>kaha\u1e47i<\/em>) ne sont pas seulement r\u00e9cit\u00e9es, mais \u00e9galement ressenties \u00e0 travers le rythme, la m\u00e9lodie et la participation corporelle (Akhtar, 2014&nbsp;; Boivin, 2010). Qu\u2019elles soient ex\u00e9cut\u00e9es dans les <em>jamaats<\/em> ou dans l\u2019intimit\u00e9 des foyers, ces pratiques cr\u00e9ent des espaces \u00e9motionnels partag\u00e9s qui inscrivent les participants dans un univers moral commun reliant la communaut\u00e9 \u00e0 travers le temps et l\u2019espace.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme le montre Catlin-Jairazbhoy (2004), le chant lui-m\u00eame devient une forme d\u2019appartenance, permettant \u00e0 diff\u00e9rentes g\u00e9n\u00e9rations et \u00e0 des groupes linguistiques vari\u00e9s de participer \u00e0 une exp\u00e9rience d\u00e9votionnelle commune. Les rencontres coloniales ont laiss\u00e9 des traces profondes dans la m\u00e9moire et la vie rituelle khoja. L\u2019\u00e9tude de Mawani sur l\u2019affaire khoja de 1866 montre comment les tribunaux coloniaux ont contraint les communaut\u00e9s \u00e0 d\u00e9finir leurs traditions en termes juridiques rigides, transformant des pratiques v\u00e9cues en preuves et des rituels en marqueurs d\u2019identit\u00e9 formelle (Mawani, 2017). Ces perturbations n\u2019ont pas seulement affect\u00e9 la tradition&nbsp;; elles ont \u00e9galement suscit\u00e9 des r\u00e9ponses cr\u00e9atives, les communaut\u00e9s khojas r\u00e9interpr\u00e9tant leurs pratiques h\u00e9rit\u00e9es pour r\u00e9pondre \u00e0 de nouvelles r\u00e9alit\u00e9s politiques et sociales (Boivin, 1998&nbsp;; Ranjan, 2017).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En Afrique de l\u2019Est, la vie rituelle khoja a continu\u00e9 d\u2019\u00e9voluer \u00e0 travers des interactions quotidiennes avec les mondes culturels africains. Les valeurs esth\u00e9tiques, la culture mat\u00e9rielle et les formes de d\u00e9votion t\u00e9moignent d\u2019interactions prolong\u00e9es avec les traditions swahilies, massa\u00ef et d\u2019autres traditions locales. L\u2019hybridit\u00e9 de l\u2019h\u00e9ritage diasporique khoja r\u00e9sulte ainsi d\u2019une fusion entre les rencontres culturelles sud-asiatiques et africaines (Pandurang, 2018). L\u2019identit\u00e9 religieuse et la citoyennet\u00e9 khojas se d\u00e9finissent donc davantage par la m\u00e9moire, le soin et l\u2019autorit\u00e9 morale que par un attachement territorial nationaliste strict (Akhtar, 2014). Ainsi, le rituel et la comm\u00e9moration s\u2019incarnent dans le son, le r\u00e9cit et la mobilit\u00e9. \u00c0 travers les oc\u00e9ans et les g\u00e9n\u00e9rations, le pass\u00e9 n\u2019est pas simplement rappel\u00e9&nbsp;; il est transmis et r\u00e9actualis\u00e9 dans un monde postcolonial marqu\u00e9 par la mobilit\u00e9, la pluralit\u00e9 et le changement. Dans une perspective interactionniste symbolique, ces institutions deviennent des espaces o\u00f9 les r\u00f4les et attentes collectifs sont continuellement n\u00e9goci\u00e9s. Le leadership, l\u2019autorit\u00e9 et la participation ne sont pas des structures h\u00e9rit\u00e9es fig\u00e9es, mais des performances sociales continues fa\u00e7onn\u00e9es par l\u2019interaction.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>R\u00e9seaux transnationaux et connectivit\u00e9<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les musulmans khojas d\u2019Afrique de l\u2019Est s\u2019inscrivent dans une communaut\u00e9 religieuse qui s\u2019\u00e9tend \u00e0 travers les oc\u00e9ans, reliant des familles, des mosqu\u00e9es et des <em>jamaats<\/em> en Tanzanie, au Kenya et en Ouganda \u00e0 des proches et \u00e0 des autorit\u00e9s religieuses situ\u00e9es en Asie du Sud, en Europe et en Am\u00e9rique du Nord. Ces r\u00e9seaux ne sont pas abstraits&nbsp;; ils sont v\u00e9cus, ressentis et pratiqu\u00e9s. Ils fa\u00e7onnent la mani\u00e8re dont les musulmans khojas se per\u00e7oivent eux-m\u00eames, leur permettant de maintenir une autorit\u00e9 morale et spirituelle, de partager des ressources et de pr\u00e9server la coh\u00e9sion communautaire \u00e0 l\u2019\u00e9chelle transcontinentale (Akhtar, 2014, 2018). Dans ce contexte, l\u2019appartenance implique \u00e9galement une responsabilit\u00e9&nbsp;: celle de participer \u00e0 une cha\u00eene vivante de foi reliant les g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 travers le temps et l\u2019espace. Historiquement, ces liens transnationaux se sont \u00e9tablis par le commerce, le p\u00e8lerinage et la circulation des savants religieux. Plus r\u00e9cemment, ils ont \u00e9t\u00e9 consolid\u00e9s par la religion num\u00e9rique et ses multiples dynamiques transformationnelles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En Am\u00e9rique du Nord et au Canada, les Khojas de la diaspora maintiennent des liens similaires \u00e0 travers les dons, l\u2019apprentissage virtuel et le mentorat, cr\u00e9ant ainsi des formes de solidarit\u00e9 qui transcendent la distance (Karim, 2021). Ces connexions diasporiques ont \u00e9t\u00e9 intensifi\u00e9es par les technologies num\u00e9riques. L\u2019usage des t\u00e9l\u00e9phones portables, la cr\u00e9ation de groupes sur les r\u00e9seaux sociaux et le recours aux plateformes num\u00e9riques permettent aux Khojas de participer \u00e0 la vie communautaire malgr\u00e9 la distance g\u00e9ographique&nbsp;: \u00e9couter des r\u00e9citations de <em>ginans<\/em> en ligne, consulter des responsables religieux sur des questions rituelles ou coordonner l\u2019aide aux familles \u00e0 travers les fronti\u00e8res (J.&nbsp;Khoja, 2020&nbsp;; K.&nbsp;Khoja, 2009&nbsp;; Khoja &amp; Naseem, 2019). Ces interactions num\u00e9riques rendent la communaut\u00e9 khoja mondiale plus interconnect\u00e9e de mani\u00e8re tangible, d\u2019une fa\u00e7on que les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes auraient difficilement pu imaginer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019ethnographie num\u00e9rique r\u00e9v\u00e8le que l\u2019identit\u00e9 religieuse se d\u00e9ploie de plus en plus dans les espaces en ligne. Les groupes WhatsApp des <em>jamaats<\/em>, les diffusions en direct de <em>majalis<\/em> sur YouTube et les forums de pri\u00e8re en ligne sont devenus centraux dans le maintien des liens communautaires \u00e0 travers des g\u00e9ographies dispers\u00e9es. Les participants d\u00e9crivent fr\u00e9quemment ces plateformes comme des extensions de l\u2019espace religieux. Les jeunes, en particulier, soulignent que les conf\u00e9rences en ligne et les rituels diffus\u00e9s en direct leur permettent de rester connect\u00e9s \u00e0 la vie religieuse tout en poursuivant leurs \u00e9tudes ou leur travail \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Un participant au Canada a d\u00e9clar\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;M\u00eame lorsque je suis \u00e0 des milliers de kilom\u00e8tres, je me sens toujours pr\u00e9sent pendant les <em>majalis<\/em>, car nous nous connectons en ligne comme une famille.&nbsp;\u00bb Ces r\u00e9sultats montrent que les technologies num\u00e9riques transforment la pratique religieuse diasporique en r\u00e9duisant la distance g\u00e9ographique et en permettant de nouvelles formes de participation communautaire. Les \u00e9mojis, les messages de pri\u00e8re, les images de deuil et les interactions en direct deviennent des marqueurs symboliques de pi\u00e9t\u00e9 et d\u2019appartenance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019analyse montre \u00e9galement que la religion num\u00e9rique ne remplace pas la pratique religieuse physique&nbsp;; elle l\u2019\u00e9tend et la reconfigure. La foi devient mobile, flexible et transnationale tout en restant ancr\u00e9e dans la m\u00e9moire collective et la continuit\u00e9 rituelle. Les r\u00e9seaux transnationaux peuvent \u00e9galement \u00eatre compris \u00e0 travers les exp\u00e9riences quotidiennes des Khojas. L\u2019importance des liens familiaux, des relations de mentorat et des c\u00e9l\u00e9brations religieuses coordonn\u00e9es relie les foyers \u00e0 travers diff\u00e9rents pays, renfor\u00e7ant ainsi le sentiment d\u2019appartenance et l\u2019identit\u00e9 collective (Asani, 2017). Dans ces espaces, l\u2019autorit\u00e9 est autant v\u00e9cue que reconnue&nbsp;: les a\u00een\u00e9s guident les plus jeunes, le savoir rituel se transmet, et l\u2019appartenance globale se manifeste \u00e0 travers des pratiques partag\u00e9es. Par ailleurs, la transnationalit\u00e9 fa\u00e7onne les dynamiques de pouvoir, d\u2019autorit\u00e9 et d\u2019interpr\u00e9tation, car l\u2019int\u00e9gration dans un r\u00e9seau global conf\u00e8re une l\u00e9gitimit\u00e9, un acc\u00e8s au leadership et des cadres pour n\u00e9gocier la migration, la modernit\u00e9 et le changement social (Magout, 2019).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces r\u00e9seaux constituent ainsi des espaces de cr\u00e9ativit\u00e9 autant que de connexion, o\u00f9 les communaut\u00e9s adaptent des pratiques h\u00e9rit\u00e9es \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s locales tout en participant \u00e0 un univers moral et religieux transnational partag\u00e9. Cela montre que les r\u00e9seaux transnationaux khojas ne sont pas de simples structures, mais des espaces de vie et des lignes de soutien essentielles \u00e0 l\u2019existence communautaire. Ils r\u00e9v\u00e8lent que la diaspora ne se r\u00e9duit pas \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne de d\u00e9placement&nbsp;; elle est un processus continu de connexion, de m\u00e9moire et d\u2019appartenance, dans lequel la religion, la m\u00e9moire et la communaut\u00e9 morale circulent aussi librement que les individus eux-m\u00eames. Aujourd\u2019hui, la vie transnationale khoja est maintenue \u00e0 la fois par des institutions formelles et par des pratiques quotidiennes. Des ONG confessionnelles, des \u00e9coles et des projets de bien-\u00eatre en Tanzanie relient les communaut\u00e9s locales \u00e0 des r\u00e9seaux plus larges de l\u2019islam chiite duod\u00e9cimain (Leichtman, 2020&nbsp;; Weiss, 2020).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Mondialisation, modernit\u00e9 et n\u00e9gociation identitaire<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La modernit\u00e9 n\u2019est pas toujours comprise comme un concept abstrait au sein de la communaut\u00e9 khoja&nbsp;; elle est plut\u00f4t v\u00e9cue \u00e0 travers des n\u00e9gociations quotidiennes, que ce soit \u00e0 la <em>jamaatkhana<\/em> apr\u00e8s les pri\u00e8res du soir, dans les discussions familiales autour de l\u2019\u00e9ducation des enfants, ou dans les d\u00e9bats sur la langue, l\u2019habillement et les pratiques rituelles. Pour les musulmans khoja, la globalisation n\u2019est pas une force abstraite ou lointaine, mais quelque chose de v\u00e9cu et de ressenti dans la vie quotidienne, qui fa\u00e7onne la mani\u00e8re dont l\u2019identit\u00e9, l\u2019appartenance et la responsabilit\u00e9 sont comprises. Comme le note Akhtar (2018), ces n\u00e9gociations s\u2019\u00e9tendent de plus en plus aux espaces num\u00e9riques et transnationaux. Des groupes WhatsApp diffusent des sermons, des annonces communautaires et des d\u00e9bats \u00e0 travers les continents, tandis que des jeunes suivent des cours religieux en ligne lorsqu\u2019ils \u00e9tudient ou travaillent \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. C\u2019est ce que Magout (2019) appelle la \u00ab&nbsp;trans-nationalisation de multiples s\u00e9cularit\u00e9s&nbsp;\u00bb, un concept qui rend compte de la mani\u00e8re dont sensibilit\u00e9s religieuses et s\u00e9culi\u00e8res coexistent dans ces espaces num\u00e9riques. Cela est encore renforc\u00e9 par les travaux de Rassol et Nakamura (2026) sur les musulmans canadiens. Les jeunes khojas se retrouvent souvent pris dans une triade entre foi, culture et citoyennet\u00e9, leurs choix de vie \u00e9tant fa\u00e7onn\u00e9s par le genre et les formes d\u2019incorporation, eux-m\u00eames influenc\u00e9s par les tendances globales (Hendra et al., 2025&nbsp;; Iftikhar &amp; Aamir, 2025), contribuant ainsi \u00e0 la construction des identit\u00e9s des jeunes et des femmes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 travers les g\u00e9n\u00e9rations, les pr\u00e9occupations relatives \u00e0 la continuit\u00e9 restent actives et fortement valoris\u00e9es. Tandis que les a\u00een\u00e9s s\u2019inqui\u00e8tent de la perte de la langue et des savoirs rituels, les plus jeunes recherchent quant \u00e0 eux de la pertinence et du sens. Cela est bien r\u00e9sum\u00e9 par la question d\u2019Erricker (2008)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dans cinquante ans, qui sera encore l\u00e0\u2009?&nbsp;\u00bb. Une question qui r\u00e9sonne profond\u00e9ment avec les exp\u00e9riences v\u00e9cues des Khojas, car, comme le rappelle Asani (2011), l\u2019adaptabilit\u00e9 a toujours \u00e9t\u00e9 au c\u0153ur de leur histoire. Le passage des traditions satpanthi \u00e0 des identit\u00e9s musulmanes formalis\u00e9es t\u00e9moigne d\u2019une capacit\u00e9 de transformation sans rupture \u00e9thique \u00e0 travers les g\u00e9n\u00e9rations, les espaces et le temps. Ainsi, la globalisation khoja n\u2019est ni un r\u00e9cit d\u2019\u00e9rosion ni celui d\u2019une int\u00e9gration harmonieuse. Elle constitue un processus v\u00e9cu de n\u00e9gociation, marqu\u00e9 par la m\u00e9moire, le mouvement et la r\u00e9flexion morale. La foi \u00e0 travers les oc\u00e9ans n\u2019est pas simplement transport\u00e9e&nbsp;; elle est sans cesse recr\u00e9\u00e9e \u2014 patiemment, de mani\u00e8re in\u00e9gale et cr\u00e9ative \u2014 dans les vies quotidiennes d\u2019une diaspora qui continue de concilier h\u00e9ritage et changement dans un monde postcolonial.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Discussion<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les r\u00e9sultats montrent que l\u2019identit\u00e9 religieuse khoja ne peut \u00eatre ad\u00e9quatement comprise \u00e0 travers des mod\u00e8les statiques fond\u00e9s uniquement sur l\u2019ethnicit\u00e9 ou la religion. Elle appara\u00eet plut\u00f4t comme relationnelle, dynamique et continuellement reconstruite \u00e0 travers les pratiques rituelles, les interactions communautaires, la m\u00e9moire et la connectivit\u00e9 num\u00e9rique. Cette \u00e9tude contribue aux d\u00e9bats plus larges sur la religion et la diaspora en mettant en \u00e9vidence la mani\u00e8re dont les communaut\u00e9s religieuses postcoloniales maintiennent une continuit\u00e9 sans pour autant devenir culturellement fig\u00e9es. L\u2019exp\u00e9rience khoja complexifie l\u2019id\u00e9e selon laquelle la mondialisation conduirait n\u00e9cessairement \u00e0 l\u2019\u00e9rosion des traditions religieuses. Au contraire, elle ouvre de nouveaux espaces d\u2019adaptation religieuse, d\u2019appartenance transnationale et de r\u00e9invention communautaire. L\u2019\u00e9tude contribue \u00e9galement \u00e0 la litt\u00e9rature sur la religion postcoloniale en Afrique en montrant comment les communaut\u00e9s diasporiques n\u00e9gocient leur appartenance au sein de contextes africains multiculturels. L\u2019identit\u00e9 khoja est ainsi fa\u00e7onn\u00e9e non seulement par des origines sud-asiatiques, mais aussi par des interactions historiques prolong\u00e9es avec les mondes sociaux africains, les h\u00e9ritages coloniaux et les transformations postcoloniales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans une perspective interactionniste symbolique, cette \u00e9tude montre que la religion fonctionne comme un processus continu de production de sens plut\u00f4t que comme une structure institutionnelle fixe. Les rituels, les interactions num\u00e9riques, les comm\u00e9morations et les institutions communautaires deviennent ainsi des espaces symboliques \u00e0 travers lesquels l\u2019identit\u00e9 est interpr\u00e9t\u00e9e et reproduite. Plus largement, la diaspora khoja d\u2019Afrique de l\u2019Est illustre la mani\u00e8re dont la foi circule \u00e0 travers les oc\u00e9ans non pas comme un h\u00e9ritage statique, mais comme une pratique morale et sociale vivante, continuellement reconfigur\u00e9e par la migration, la m\u00e9moire et l\u2019interaction.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La diaspora khoja d\u2019Afrique de l\u2019Est r\u00e9v\u00e8le la mani\u00e8re dont la religion continue de produire du sens, de la continuit\u00e9 et de l\u2019appartenance communautaire dans un monde postcolonial en transformation rapide. \u00c0 travers les histoires de migration, les mutations num\u00e9riques et les changements g\u00e9n\u00e9rationnels, la foi demeure centrale dans la mani\u00e8re dont les communaut\u00e9s interpr\u00e8tent le d\u00e9placement, pr\u00e9servent la m\u00e9moire et imaginent des futurs collectifs. Plut\u00f4t que de dispara\u00eetre sous l\u2019effet des dynamiques de mondialisation, l\u2019identit\u00e9 religieuse khoja s\u2019est adapt\u00e9e de mani\u00e8re cr\u00e9ative dans des espaces \u00e0 la fois physiques et num\u00e9riques. \u00c0 travers les <em>jamaats<\/em>, les rituels, les r\u00e9seaux familiaux et les connexions transnationales, les communaut\u00e9s diasporiques continuent de n\u00e9gocier le sens de l\u2019appartenance \u00e0 travers les oc\u00e9ans et les g\u00e9n\u00e9rations. L\u2019\u00e9tude montre ainsi que la foi n\u2019est pas simplement transmise de mani\u00e8re inchang\u00e9e au-del\u00e0 des fronti\u00e8res. Elle est au contraire sans cesse interpr\u00e9t\u00e9e, mise en pratique et r\u00e9invent\u00e9e dans les r\u00e9alit\u00e9s v\u00e9cues de la migration, de la postcolonialit\u00e9 et de l\u2019interconnexion globale. \u00ab&nbsp;La foi \u00e0 travers les oc\u00e9ans&nbsp;\u00bb est donc plus qu\u2019une m\u00e9taphore&nbsp;: elle renvoie \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue d\u2019une communaut\u00e9 qui continue de porter ses croyances, ses r\u00e9cits et ses engagements \u00e0 travers les g\u00e9n\u00e9rations, tout en les transformant, sans perdre ce qui leur donne sens.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":27139,"template":"","meta":[],"series-categories":[1955],"cat-articles":[1015],"keywords":[1979,1975,1982,1972,1983,1980,1973,1981,1974],"ppma_author":[1971],"class_list":["post-27101","series-issues","type-series-issues","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","series-categories-numero-14","cat-articles-analyses-critiques","keywords-afrique-postcoloniale","keywords-cultural-memory","keywords-heritage-religieux","keywords-khoja-muslims","keywords-memoire-culturelle","keywords-musulmans-khojas","keywords-religious-heritage","keywords-reseaux-transnationaux","keywords-transnational-networks","author-waithanji-mutiti"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.9 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>La foi \u00e0 travers les oc\u00e9ans : la diaspora khoja d\u2019Afrique de l\u2019Est et l\u2019identit\u00e9 religieuse dans un monde postcolonial | Global 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