{"id":27099,"date":"2026-06-20T04:52:00","date_gmt":"2026-06-20T04:52:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/afro-asian-solidarities-in-negritude-literature\/"},"modified":"2026-07-02T12:47:37","modified_gmt":"2026-07-02T12:47:37","slug":"les-solidarites-afro-asiatiques-dans-la-litterature-de-la-negritude","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-14\/les-solidarites-afro-asiatiques-dans-la-litterature-de-la-negritude\/","title":{"rendered":"Les solidarit\u00e9s afro-asiatiques dans la litt\u00e9rature de la N\u00e9gritude"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au moment de la Conf\u00e9rence de Bandung en 1955<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>, la N\u00e9gritude \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 active depuis plus d\u2019une d\u00e9cennie. Apparue au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930, son \u00e9mergence est g\u00e9n\u00e9ralement attribu\u00e9e \u00e0 trois \u00e9crivains noirs francophones qui se rencontr\u00e8rent \u00e0 Paris au cours de leurs \u00e9tudes&nbsp;: Aim\u00e9 C\u00e9saire, originaire de la Martinique, L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor, du S\u00e9n\u00e9gal, et L\u00e9on-Gontran Damas, de Guyane (Galafa, 2018). Leurs exp\u00e9riences communes de sujets coloniaux, issus des Cara\u00efbes et de l\u2019Afrique, les conduisirent \u00e0 \u00e9laborer un projet litt\u00e9raire de revalorisation de soi comme forme de r\u00e9sistance anticoloniale. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, cette r\u00e9sistance s\u2019inscrivait dans un internationalisme plus large du Sud global, qui se manifestait notamment \u00e0 travers des mouvements tels que le panafricanisme et le tricontinentalisme. Alors que le panafricanisme pr\u00f4nait la promotion de l\u2019unit\u00e9, de la solidarit\u00e9 et de l\u2019autod\u00e9termination parmi les Africains et les diasporas africaines \u2013 tout comme la N\u00e9gritude, le tricontinentalisme a \u00e9merg\u00e9 afin d\u2019articuler la solidarit\u00e9 afro-asiatique issue de Bandung aux mouvements latino-am\u00e9ricains, dans le but de forger une r\u00e9sistance coh\u00e9sive et mondialis\u00e9e contre l\u2019imp\u00e9rialisme (Barbosa, 2016&nbsp;; Reis, 2018&nbsp;; Reis &amp; Resende, 2023). La critique du colonialisme d\u00e9velopp\u00e9e par la N\u00e9gritude s\u2019est d\u00e9ploy\u00e9e \u00e0 travers la po\u00e9sie, l\u2019essai et d\u2019autres formes d\u2019expression litt\u00e9raire qui exaltaient les cultures et civilisations noires tout en d\u00e9non\u00e7ant avec force l\u2019h\u00e9g\u00e9monie occidentale et coloniale (Selao, 2022). Des ann\u00e9es 1930 aux ann\u00e9es 1960, les espaces litt\u00e9raires africains et carib\u00e9ens constitu\u00e8rent un terrain particuli\u00e8rement fertile pour cette insurrection intellectuelle. C\u2019est une p\u00e9riode qui a vu la naissance d\u2019\u0153uvres majeures telles que <em>Cahier d\u2019un retour au pays natal<\/em> et <em>Discours sur le colonialisme<\/em> de C\u00e9saire, <em>Chants d\u2019ombre<\/em> et <em>\u00c9thiopiques<\/em> de Senghor, ou encore <em>Pigments-N\u00e9vralgies<\/em> de Damas, entre autres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les points de convergence entre la N\u00e9gritude et le Bureau des \u00e9crivains afro-asiatiques se manifest\u00e8rent sur plusieurs plans. La m\u00eame ann\u00e9e o\u00f9 C\u00e9saire publia la seconde \u00e9dition de <em>Discours sur le colonialisme<\/em> (1955), la Conf\u00e9rence afro-asiatique se tint \u00e0 Bandung, en Indon\u00e9sie. Cette rencontre marqua la gen\u00e8se de ce qui deviendra plus tard l\u2019Organisation de solidarit\u00e9 des peuples afro-asiatiques (Ospaa), fond\u00e9e en 1957 au Caire, en \u00c9gypte. \u00c0 l\u2019instar de la N\u00e9gritude, l\u2019Ospaa se positionna r\u00e9solument contre le colonialisme et l\u2019imp\u00e9rialisme, facilitant progressivement une collaboration litt\u00e9raire et culturelle afro-asiatique coordonn\u00e9e. Avec la cr\u00e9ation du Bureau \u00e0 Colombo, \u00e0 Ceylan (aujourd\u2019hui Sri Lanka), des \u00e9crivains d\u2019Afrique et d\u2019Asie unirent leurs efforts autour d\u2019un objectif commun&nbsp;: le d\u00e9mant\u00e8lement de la domination coloniale sur les deux continents. Le Bureau fut ainsi con\u00e7u pour faire de la litt\u00e9rature un instrument de lutte anticoloniale, promouvoir la solidarit\u00e9 entre \u00e9crivains africains et asiatiques et d\u00e9coloniser la culture par le rejet de l\u2019autorit\u00e9 litt\u00e9raire europ\u00e9enne (Yoon, 2014). Il visait \u00e9galement \u00e0 soutenir les mouvements de lib\u00e9ration nationale, \u00e0 encourager une \u00e9criture socialement engag\u00e9e, \u00e0 favoriser la traduction et les \u00e9changes entre cultures afro-asiatiques et \u00e0 contribuer \u00e0 la red\u00e9finition de la litt\u00e9rature mondiale depuis la perspective du Sud global anciennement colonis\u00e9 (Nabolsy, 2020).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019esprit qui anima la cr\u00e9ation du Bureau s\u2019inscrivait donc pleinement dans une vision plus large d\u2019un bloc tiers-mondiste uni \u2013 condition g\u00e9opolitique de l\u2019afro-asiatisme \u00e0 cette p\u00e9riode (Reis &amp; Resende, 2019, 2023). Son \u00e9mergence faisait \u00e9galement \u00e9cho aux fondements id\u00e9ologiques de la N\u00e9gritude, laquelle avait contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019opposition mondiale au fascisme europ\u00e9en et nourri les dynamiques anticoloniales qui anim\u00e8rent par la suite Bandung (Kelley, 2000). Sans surprise, la Conf\u00e9rence de Bandung suscita rapidement l\u2019attention des penseurs de la N\u00e9gritude. Senghor fut le premier \u00e0 y r\u00e9pondre publiquement et avec enthousiasme lors du premier Congr\u00e8s international des \u00e9crivains et artistes noirs, tenu en 1956 \u00e0 la Sorbonne&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Qu\u2019on le veuille ou non, 1955 marquera une date importante dans l\u2019histoire du monde et d\u2019abord dans l\u2019histoire des peuples de couleur. Bandoeng sera d\u00e9sormais, pour ces peuples, un signe de ralliement\u2026 L\u2019esprit de Bandoeng, c\u2019est le souci que manifest\u00e8rent alors les peuples afro-asiatiques d\u2019affermir, en l\u2019affirmant, leur personnalit\u00e9 pour ne pas venir les mains vides \u00ab&nbsp;au rendez-vous du donner et du recevoir&nbsp;\u00bb. (Senghor, 1956, p. 51)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme le souligne Yoon (2014), bien que Senghor n\u2019ait pas assist\u00e9 \u00e0 la conf\u00e9rence, il en souligna l\u2019importance pour la N\u00e9gritude dans un paysage transnational en pleine \u00e9mergence. De m\u00eame, il note qu\u2019Aim\u00e9 C\u00e9saire n\u2019y participa pas non plus, mais que le discours de Frantz Fanon lors d\u2019une r\u00e9union ult\u00e9rieure de l\u2019Ospaa \u00e0 Conakry, en Guin\u00e9e, entra en r\u00e9sonance avec l\u2019appel formul\u00e9 par C\u00e9saire dans <em>Discours sur le colonialisme<\/em> en faveur \u00ab&nbsp;d\u2019un humanisme \u00e0 la mesure du monde&nbsp;\u00bb (C\u00e9saire, 1955, p. 54). Cette convergence entre Bandung et la N\u00e9gritude fut rendue possible pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019elle s\u2019inscrivit dans une vague mondiale de d\u00e9colonisation et de r\u00e9voltes qui traversa l\u2019Afrique, l\u2019Asie et l\u2019Am\u00e9rique latine (Kelley, 2000). Bien avant la formation de l\u2019Ospaa, les \u00e9crivains de la N\u00e9gritude avaient d\u00e9j\u00e0 reconnu la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un front uni entre les peuples opprim\u00e9s et d\u00e9nonc\u00e9 la domination coloniale et imp\u00e9riale dans les Cara\u00efbes, en Afrique et en Asie (Galafa, 2018).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Corzani (1970) souligne que les Antilles furent un foyer pr\u00e9coce de r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019oppression culturelle occidentale et, \u00e0 ce titre, les premiers porte-parole de ce qui sera plus tard d\u00e9sign\u00e9 comme le Tiers Monde. Il note en outre que l\u2019essence m\u00eame de la N\u00e9gritude proc\u00e8de de la d\u00e9marche antillaise \u2013 en particulier martiniquaise \u2013 de recherche d\u2019une personnalit\u00e9 authentique (Corzani, 1970). C\u2019est dans ce contexte historique et id\u00e9ologique que nous consid\u00e9rons la N\u00e9gritude comme partie prenante de l\u2019internationalisme auquel appartenait le Bureau des \u00e9crivains afro-asiatiques, et comme portant d\u00e8s lors les traits des objectifs litt\u00e9raires et culturels du Bureau. \u00c0 travers l\u2019analyse de textes de la N\u00e9gritude, africains et carib\u00e9ens, publi\u00e9s entre les ann\u00e9es 1950 et 1970, nous montrons que diff\u00e9rentes formes de solidarit\u00e9s afro-asiatiques ont pu s\u2019inspirer de la formalisation de telles alliances \u00e0 Bandung.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Figures et th\u00e9matiques embl\u00e9matiques de la N\u00e9gritude<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Afin d\u2019\u00e9tayer plus pr\u00e9cis\u00e9ment notre argument \u00e0 partir des correspondances th\u00e9matiques entre la litt\u00e9rature de la N\u00e9gritude et la solidarit\u00e9 afro-asiatique, il importe de revenir bri\u00e8vement sur les origines de la N\u00e9gritude. D\u00e8s les ann\u00e9es 1920, les auteurs associ\u00e9s \u00e0 ce mouvement \u00e9taient engag\u00e9s dans diverses activit\u00e9s litt\u00e9raires anticoloniales \u00e0 travers les Cara\u00efbes et l\u2019Afrique. Dans la Cara\u00efbe, l\u2019\u00e9picentre de la N\u00e9gritude se situait aux Antilles. La Martinique fut notamment le lieu d\u2019\u00e9mergence d\u2019Aim\u00e9 et de Suzanne C\u00e9saire, qui anim\u00e8rent <em>L\u2019\u00c9tudiant noir<\/em> et dirig\u00e8rent la revue <em>Tropiques<\/em> (1941), deux espaces \u00e9ditoriaux majeurs pour les voix noires et africaines. Si l\u2019\u0153uvre d\u2019Aim\u00e9 C\u00e9saire est souvent devenue quasi synonyme de la N\u00e9gritude, Suzanne Roussi C\u00e9saire apporta \u00e9galement des contributions ind\u00e9pendantes et d\u00e9cisives au mouvement, notamment \u00e0 travers des textes tels que <em>Malaise d\u2019une civilisation<\/em> (1942) et <em>Le Grand camouflage<\/em> (1945), tous deux publi\u00e9s dans <em>Tropiques<\/em> (Sharpley-Whiting, 2002).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le lancement de <em>Tropiques<\/em> fut soutenu par un groupe d\u2019\u00e9crivains martiniquais comprenant Ren\u00e9 M\u00e9nil, Lucie Th\u00e9s\u00e9e, Aristide Maug\u00e9e et Georges Gratiant. \u00c0 Paris, o\u00f9 se rencontr\u00e8rent les trois fondateurs de la N\u00e9gritude, un autre cercle influent d\u2019intellectuels martiniquais se constitua autour des s\u0153urs Nardal \u2013 Paulette, Jane et Andr\u00e9e, fondatrices de <em>La Revue du monde noir <\/em>(Sharpley-Whiting, 2002). Elles anim\u00e8rent un salon litt\u00e9raire \u00e0 Clamart, au sud de Paris, qui rassemblait des intellectuels noirs r\u00e9sidant ou de passage dans la capitale fran\u00e7aise. Militantes et penseuses, les s\u0153urs Nardal furent des actrices engag\u00e9es de la \u00ab&nbsp;cause noire&nbsp;\u00bb (The Conversation, 2024). Ma\u00eetrisant l\u2019anglais, Paulette joua un r\u00f4le d\u00e9terminant de m\u00e9diatrice culturelle entre les \u00e9crivains anglophones de la Harlem Renaissance et les \u00e9tudiants francophones venus d\u2019Afrique et des Cara\u00efbes, parmi lesquels se trouvaient les futurs fondateurs de la N\u00e9gritude (Banoum, s. d.). Parmi les figures majeures de la Harlem Renaissance pr\u00e9sentes \u00e0 Paris \u00e0 cette \u00e9poque figuraient Claude McKay, Langston Hughes, James Weldon Johnson et Richard Wright.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un autre groupe d\u2019intellectuels martiniquais, comprenant \u00c9tienne L\u00e9ro, M\u00e9nil, J. M. Monnerot, ainsi que Pierre et Simone Yoyotte, publia un num\u00e9ro unique de la revue <em>L\u00e9gitime D\u00e9fense<\/em> (1932), revue litt\u00e9raire radicale et pro-noire qui c\u00e9l\u00e9brait des auteurs afro-am\u00e9ricains tels que Hughes et McKay tout en d\u00e9non\u00e7ant vigoureusement le racisme (Kelley, 2000). Une autre figure martiniquaise d\u2019importance est Ren\u00e9 Maran, auteur de <em>Batouala<\/em> (1921), que L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor consid\u00e9rait comme un pr\u00e9curseur de la N\u00e9gritude (Heiniger, 2022). Alors qu\u2019il travaillait comme fonctionnaire au minist\u00e8re fran\u00e7ais des Colonies, Maran d\u00e9non\u00e7a dans ce roman les abus de l\u2019administration coloniale et les m\u00e9faits de l\u2019imp\u00e9rialisme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toujours dans l\u2019espace carib\u00e9en, Damas, originaire de Guyane et cofondateur de la N\u00e9gritude aux c\u00f4t\u00e9s de C\u00e9saire et Senghor, apporta une contribution majeure au mouvement. Ses \u0153uvres, qui exaltent l\u2019identit\u00e9 africaine tout en d\u00e9non\u00e7ant l\u2019Europe coloniale, furent publi\u00e9es dans <em>La Revue du monde noir<\/em> (1931\u20131932) ainsi que dans ses propres recueils po\u00e9tiques. En Afrique, continent id\u00e9alis\u00e9 par la N\u00e9gritude comme m\u00e8re patrie culturelle, Senghor, originaire du S\u00e9n\u00e9gal, joua un r\u00f4le fondamental dans l\u2019\u00e9laboration du mouvement d\u00e8s ses d\u00e9buts. Il en proposa par la suite une th\u00e9orisation plus syst\u00e9matique dans des essais et ouvrages tels que <em>Libert\u00e9, tome 1. N\u00e9gritude et humanisme<\/em>, o\u00f9 il affirme que \u00ab&nbsp;la N\u00e9gritude n\u2019a pas d\u2019autre ambition que de contribuer \u00e0 l\u2019Humanisme du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle&nbsp;\u00bb (Senghor, 1977, p. 66). Le mouvement b\u00e9n\u00e9ficia \u00e9galement du soutien d\u2019autres \u00e9crivains et intellectuels africains, parmi lesquels le po\u00e8te s\u00e9n\u00e9galais David Diop, dont l\u2019unique recueil <em>Coups de pilon<\/em> (1956) constitue l\u2019une des expressions les plus militantes de la N\u00e9gritude, ainsi que l\u2019\u00e9crivain ivoirien Bernard Binlin Dadi\u00e9, entre autres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien que l\u2019on rencontre les s\u0153urs Nardal, Roussi-C\u00e9saire, Th\u00e9s\u00e9e et Yoyotte d\u00e8s cette phase pionni\u00e8re de la N\u00e9gritude, leur contribution en tant que femmes du mouvement est demeur\u00e9e, jusqu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990, largement ignor\u00e9e par les amateurs de litt\u00e9rature et les chercheurs, pour diverses raisons. Roussi-C\u00e9saire et Th\u00e9s\u00e9e furent souvent consid\u00e9r\u00e9es avant tout comme des surr\u00e9alistes carib\u00e9ennes \u00e0 la suite de l\u2019arriv\u00e9e d\u2019Andr\u00e9 Breton en Martinique en 1941 (Sharpley-Whiting, 2002). Cependant, Mo\u00efse (2021, p. 246) attribue l\u2019effacement de ces femmes \u00e0 ce qu\u2019elle d\u00e9signe comme un \u00e9tat de \u00ab&nbsp;double colonisation subie par les femmes noires \u00e0 travers la race et le genre&nbsp;\u00bb. Comme l\u2019affirmera plus tard Paulette Nardal, \u00ab&nbsp;C\u00e9saire et Senghor ont repris les id\u00e9es que nous avions brandies et les ont exprim\u00e9es avec beaucoup plus d\u2019\u00e9tincelle. Nous n\u2019\u00e9tions que des femmes. Nous avons balis\u00e9 la piste pour les hommes&nbsp;\u00bb (Bertin-Elisabeth, 2021, p. 1).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Outre les figures litt\u00e9raires \u00e9voqu\u00e9es ci-dessus, plusieurs publications jou\u00e8rent un r\u00f4le d\u00e9terminant dans la promotion d\u2019une conscience raciale et dans l\u2019\u00e9laboration d\u2019une r\u00e9flexion sur l\u2019identit\u00e9 noire. Comme le soutient Reis (2018), il s\u2019agissait ici d\u2019une volont\u00e9 de surmonter les h\u00e9ritages durables du colonialisme, de l\u2019esclavage et du racisme. Parmi ces publications anticoloniales figurent <em>La Voix des N\u00e8gres<\/em>, <em>Les Continents<\/em> (1924), <em>La Race n\u00e8gre<\/em> (1927), <em>L\u2019Ouvrier n\u00e8gre<\/em>, <em>Ainsi parla l\u2019oncle<\/em>, <em>La D\u00e9p\u00eache africaine<\/em> (1928), <em>Le Cri des N\u00e8gres<\/em> et <em>Revue indig\u00e8ne<\/em> (1931) (Banoum, s. d.). Ces revues et journaux nourrirent les d\u00e9bats sur la race et l\u2019identit\u00e9 parmi les intellectuels noirs francophones et contribu\u00e8rent \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de la N\u00e9gritude. Ces activit\u00e9s litt\u00e9raires sont indissociables de <em>Pr\u00e9sence Africaine<\/em>, maison d\u2019\u00e9dition anticoloniale influente bas\u00e9e \u00e0 Dakar et \u00e0 Paris, qui offre un cadre institutionnel central \u00e0 une grande partie de la production litt\u00e9raire de la N\u00e9gritude (Reis, 2018).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si la N\u00e9gritude avait pour pr\u00e9occupation premi\u00e8re la revalorisation de la culture noire, sa production litt\u00e9raire r\u00e9v\u00e8le n\u00e9anmoins de multiples lieux de solidarit\u00e9 afro-asiatique. Le mouvement fut profond\u00e9ment influenc\u00e9 par la Harlem Renaissance et, parmi les \u00e9crivains afro-am\u00e9ricains qui fr\u00e9quent\u00e8rent les intellectuels de la N\u00e9gritude \u00e0 Paris, Richard Wright assista notamment \u00e0 la Conf\u00e9rence de Bandung en tant qu\u2019observateur et journaliste, avant de publier <em>The Color Curtain<\/em> (Broche, 2023). W. E. B. Du Bois, souvent consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019un des architectes majeurs de la vie intellectuelle de la Harlem Renaissance, tenta \u00e9galement de s\u2019y rendre, mais en fut emp\u00each\u00e9 lorsque le gouvernement des \u00c9tats-Unis confisqua son passeport ; il adressa n\u00e9anmoins des messages de soutien \u00e0 la conf\u00e9rence (Spahr, 2018). De m\u00eame, les propos de Senghor sur Bandung lors du Congr\u00e8s de la Sorbonne attestent de l\u2019importance qu\u2019il accordait \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement pour les peuples afro-asiatiques et, plus largement, pour les peuples de couleur. Enfin, la publication de revues telles que <em>Lotus<\/em> et <em>The Call<\/em> par le Bureau des \u00e9crivains afro-asiatiques entre les ann\u00e9es 1960 et 1980 renforce notre hypoth\u00e8se d\u2019une convergence entre la N\u00e9gritude et Bandung, au-del\u00e0 de la simple co\u00efncidence th\u00e9matique. \u00c0 travers les textes de la N\u00e9gritude, on observe en effet une c\u00e9l\u00e9bration des identit\u00e9s afro-asiatiques, une mise en r\u00e9cit de souffrances partag\u00e9es et un appel \u00e0 la r\u00e9sistance collective, ainsi qu\u2019une valorisation des savoirs et des civilisations subalternes, autant d\u2019\u00e9l\u00e9ments qui font directement \u00e9cho aux objectifs du Bureau des \u00e9crivains afro-asiatiques.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une litt\u00e9rature des identit\u00e9s afro-asiatiques<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les observations de Senghor sur les identit\u00e9s afro-asiatiques en lien avec la Conf\u00e9rence de Bandung nous ram\u00e8nent \u00e0 la pr\u00e9occupation centrale de la N\u00e9gritude pour une po\u00e9tique de l\u2019identit\u00e9. De la m\u00eame mani\u00e8re que le Bureau des \u00e9crivains afro-asiatiques cherchait \u00e0 d\u00e9coloniser la culture par le rejet de l\u2019autorit\u00e9 litt\u00e9raire europ\u00e9enne, il n\u2019est pas fortuit que Senghor ait juxtapos\u00e9, dans ses \u00e9crits, les identit\u00e9s de peuples issus de r\u00e9gions apparemment \u00e9loign\u00e9es. Sa reconnaissance de l\u2019importance de Bandung confirme ce qu\u2019une lecture attentive de certains textes de la N\u00e9gritude permet de mettre au jour&nbsp;: l\u2019\u00e9laboration d\u2019identit\u00e9s afro-asiatiques. Ces textes r\u00e9affirment \u00e0 la fois les histoires, les cultures et les traditions noires et asiatiques, rejetant ainsi les impositions culturelles occidentales sur les peuples domin\u00e9s. Comme Senghor l\u2019affirmera plus tard, si la N\u00e9gritude \u00e9tait \u00ab&nbsp;la somme des valeurs culturelles du monde noir&nbsp;\u00bb, elle \u00e9tait aussi \u00ab&nbsp;essentiellement relations avec les autres, ouverture au monde, contact et participation avec autrui<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb (Senghor, 2013, p. 28).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On commence \u00e0 voir \u00e9merger des identit\u00e9s afro-asiatiques dans les expressions de fiert\u00e9 de C\u00e9saire, notamment dans le po\u00e8me \u00ab&nbsp;Qui donc, qui donc&nbsp;\u00bb, tir\u00e9 du recueil <em>Cadastre<\/em> (1961). Dans ce texte, le po\u00e8te martiniquais c\u00e9l\u00e8bre plusieurs \u00eeles asiatiques&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">et si j\u2019avais besoin d\u2019une \u00eele<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Born\u00e9o \/ Sumatra \/ Maldives \/ Laquedives<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">si j\u2019avais besoin d\u2019un \/ Timor parfum\u00e9 de sandal<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">ou de \/ Moluques \/ Ternate\/ Tidor<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">ou de \/ C\u00e9l\u00e9bes ou de \/ Ceylan<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">qui dans la vaste nuit magicienne<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">aux dents d\u2019un peigne triomphant<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">peignerait le flux et le reflux. (C\u00e9saire, 1961, p. 73)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des r\u00e9f\u00e9rences similaires \u00e0 des territoires asiatiques, souvent juxtapos\u00e9es \u00e0 l\u2019Afrique, apparaissent de mani\u00e8re r\u00e9currente dans l\u2019\u0153uvre d\u2019Engelbert Mveng, pr\u00eatre camerounais et \u00e9crivain de la N\u00e9gritude. Etoa (2009) note que Mveng fut \u00ab&nbsp;le chantre du dialogue des cultures et de la fraternit\u00e9 par-del\u00e0 les races \u00bb, en particulier dans son recueil po\u00e9tique le plus c\u00e9l\u00e9br\u00e9, <em>Balafon<\/em> (1972). Tout au long du recueil, il c\u00e9l\u00e8bre l\u2019Afrique aux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019Asie, en faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 de nombreux territoires asiatiques. Cela est manifeste dans le po\u00e8me \u00ab&nbsp;\u00c0 Kong-Fu-Zi&nbsp;\u00bb, o\u00f9 il \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Et je suis le Fouji-Yama couronn\u00e9 des neiges de Hondo \/ Je suis le printemps de kimonos fleuris \/ Je suis les Philippines&nbsp;\u00bb (Mveng, 1972, p. 6).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En tant qu\u2019\u00e9crivain africain, l\u2019identification de Mveng aux territoires de l\u2019Orient symbolise sa perception de l\u2019Asie comme miroir de l\u2019Afrique, ph\u00e9nom\u00e8ne que l\u2019on peut rattacher aux politiques de solidarit\u00e9 afro-asiatique qui marqu\u00e8rent la p\u00e9riode de la Guerre froide dans les ann\u00e9es 1970 (Galafa &amp; Gonondo, 2025). Cette forme d\u2019autoportraiture au sein de la N\u00e9gritude atteste une fois encore de la proximit\u00e9 du mouvement avec l\u2019un des objectifs fondamentaux du Bureau des \u00e9crivains afro-asiatiques&nbsp;: la promotion de la solidarit\u00e9 litt\u00e9raire afro-asiatique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Subversion coloniale : souffrance et r\u00e9sistance partag\u00e9es<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au-del\u00e0 de la revalorisation des cultures noires et, comme nous l\u2019avons montr\u00e9, des cultures et civilisations afro-asiatiques, la N\u00e9gritude en tant que front litt\u00e9raire anticolonial d\u00e9nonce \u00e9galement les formes d\u2019oppression perp\u00e9tr\u00e9es par l\u2019imp\u00e9rialisme et le colonialisme occidentaux. Toutefois, \u00e0 l\u2019instar de son traitement de l\u2019identit\u00e9, la port\u00e9e de cette d\u00e9nonciation d\u00e9passe le seul monde noir (Am\u00e9riques, Afrique et Cara\u00efbes) pour englober l\u2019ensemble du monde afro-asiatique colonis\u00e9 et opprim\u00e9. De l\u2019Indochine aux Cara\u00efbes en passant par l\u2019Afrique, des motifs spatiaux r\u00e9currents traversent les textes de la N\u00e9gritude. Les voix des colonis\u00e9s convergent ainsi pour faire \u00e9cho \u00e0 des appels \u00e0 la libert\u00e9 \u00e0 travers l\u2019ensemble de l\u2019empire colonial. Comme l\u2019observe Galafa (2018), cette convergence correspond au moment o\u00f9 les opprim\u00e9s reconnaissent la condition partag\u00e9e de leurs souffrances et s\u2019unissent en cons\u00e9quence pour se lib\u00e9rer d\u2019un ennemi commun.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour exprimer cette unit\u00e9, les \u00e9crivains de la N\u00e9gritude ont plaid\u00e9 en faveur de la lib\u00e9ration des peuples opprim\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale, et non pas uniquement celle des populations noires d\u2019Afrique et des Cara\u00efbes. Les auteurs se sont engag\u00e9s, au moment de l\u2019apog\u00e9e du mouvement, dans les souffrances d\u2019autres territoires colonis\u00e9s ou occup\u00e9s, en particulier en Asie (Galafa, 2022). Une illustration particuli\u00e8rement \u00e9loquente de ce bloc afro-asiatique unifi\u00e9 appara\u00eet dans l\u2019unique recueil po\u00e9tique de David Diop, <em>Coups de pilon<\/em> (1956). Dans le po\u00e8me \u00ab&nbsp;Vagues&nbsp;\u00bb, Diop convoque les images du canal de Suez \u00e0 travers la figure du docker, ainsi que celles du Vietnam \u00e0 travers le \u00ab coolie \u00bb d\u2019Hano\u00ef. Ces deux lieux \u00e9taient embl\u00e9matiques de la r\u00e9sistance anti-imp\u00e9rialiste au milieu du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle en raison des enjeux politiques li\u00e9s \u00e0 la crise de Suez et \u00e0 la guerre du Vietnam. Dans ce po\u00e8me, Diop c\u00e9l\u00e8bre l\u2019\u00e9mergence du subalterne dans sa confrontation avec l\u2019h\u00e9g\u00e9monie occidentale&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les vagues furieuses de la libert\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Claquent claquent sur la B\u00eate affol\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De l\u2019esclave d\u2019hier un combattant est n\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et le docker de Suez et le coolie d\u2019Hanoi<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tous ceux qu\u2019on intoxiqua de fatalit\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lancent leur chant immense au milieu des vagues<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les vagues furieuses de la libert\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Qui claquent claquent sur la B\u00eate affol\u00e9e. (Diop, 1956, p. 16)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Diop y met en sc\u00e8ne la transformation des opprim\u00e9s en agents actifs de la r\u00e9sistance. La <em>B\u00eate affol\u00e9e<\/em>, figure du colonisateur, re\u00e7oit cette le\u00e7on \u00e0 travers deux r\u00e9f\u00e9rences g\u00e9opolitiques majeures des ann\u00e9es 1950. D\u2019une part, la crise du canal de Suez, qui constitua une confrontation d\u00e9cisive entre le Tiers Monde \u2013 repr\u00e9sent\u00e9 par l\u2019\u00c9gypte et d\u2019autres nations arabes \u2013 et l\u2019h\u00e9g\u00e9monie imp\u00e9riale occidentale, culminant avec l\u2019invasion anglo-franco-isra\u00e9lienne de l\u2019\u00c9gypte en 1956, ann\u00e9e m\u00eame de la publication originale du recueil.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019autre part, <em>Coups de pilon<\/em> parut un an apr\u00e8s le d\u00e9clenchement de la guerre du Vietnam, conflit opposant le Vietnam du Sud, soutenu par les \u00c9tats-Unis, au Vietnam du Nord, appuy\u00e9 notamment par l\u2019Union sovi\u00e9tique et la Chine. La litt\u00e9rature de la N\u00e9gritude \u00e0 cette p\u00e9riode, \u00e0 l\u2019instar de celle des auteurs affili\u00e9s au Bureau des \u00e9crivains afro-asiatiques, exprime fr\u00e9quemment une sympathie pour les luttes de lib\u00e9ration align\u00e9es sur le camp communiste, en raison d\u2019objectifs partag\u00e9s de lutte contre l\u2019imp\u00e9rialisme et le colonialisme. L\u2019Afrique elle-m\u00eame \u00e9tait devenue un champ majeur de contestation anticoloniale, et la r\u00e9sistance vietnamienne faisait l\u2019objet d\u2019une large admiration dans les cercles de solidarit\u00e9 afro-asiatique (Afro-Asian Bulletin, 1962). Dans \u00ab&nbsp;Vagues&nbsp;\u00bb, Diop rend ainsi hommage \u00e0 des espaces subalternes ayant affront\u00e9 la domination occidentale, en particulier l\u2019\u00c9gypte en Afrique et le Vietnam en Asie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les parall\u00e8les que Diop \u00e9tablit entre la r\u00e9sistance vietnamienne et les luttes africaines transparaissent \u00e9galement dans un autre po\u00e8me, \u00ab&nbsp;L\u2019agonie des cha\u00eenes&nbsp;\u00bb. Il y \u00e9voque \u00e0 la fois la douleur et la r\u00e9silience, introduisant l\u2019image du \u00ab&nbsp;Vietnamien couch\u00e9 dans la rizi\u00e8re&nbsp;\u00bb (p. 13), allusion \u00e0 la mort et au sacrifice dans le contexte de la guerre du Vietnam. Le monde africain est de son c\u00f4t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 dans le vers \u00ab&nbsp;Au for\u00e7at du Congo fr\u00e8re du lynch\u00e9 d\u2019Atlanta&nbsp;\u00bb (p. 13). Le \u00ab&nbsp;for\u00e7at duCongo&nbsp;\u00bb renvoie aux atrocit\u00e9s du r\u00e9gime colonial belge, tout en symbolisant plus largement la souffrance du continent africain sous la domination coloniale. Le \u00ab&nbsp;lynch\u00e9 d\u2019Atlanta&nbsp;\u00bb \u00e9voque quant \u00e0 lui le racisme anti-noir et les violences raciales aux \u00c9tats-Unis, notamment les lynchages \u2013 des formes d\u2019oppression qui pouss\u00e8rent plusieurs figures de la Harlem Renaissance \u00e0 chercher refuge en France (Banoum, s. d.). Dans un autre po\u00e8me, \u00ab&nbsp;T\u00e9moignage&nbsp;\u00bb, Diop (1956) cristallise davantage encore sa protestation afro-asiatique lorsqu\u2019il \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne suis pas n\u00e9 pour fabriquer la Mort \/ Des jungles asiatiques aux rives du Niger&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;45).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le motif d\u2019un front afro-asiatique uni appara\u00eet \u00e9galement dans l\u2019essai majeur de C\u00e9saire, <em>Discours sur le colonialisme<\/em>, dans lequel il condamne les pratiques coloniales aux Antilles, en Afrique et en Asie. C\u00e9saire affirme ainsi qu\u2019\u00ab&nbsp;On peut tuer en Indochine, torturer \u00e0 Madagascar, emprisonner en Afrique noire, s\u00e9vir aux Antilles&nbsp;\u00bb, tout en soulignant que \u00ab&nbsp;les colonis\u00e9s savent d\u00e9sormais qu\u2019ils ont sur les colonialistes un avantage&nbsp;: ils savent que leurs ma\u00eetres provisoires mentent&nbsp;\u00bb et que \u00ab&nbsp;leurs ma\u00eetres sont faibles&nbsp;\u00bb (C\u00e9saire, 1955, p. 8). Dans cet essai, C\u00e9saire d\u00e9peint la civilisation occidentale comme moralement corrompue et au bord de l\u2019effondrement en raison de sa propre inhumanit\u00e9 coloniale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la souffrance asiatique apparaissent \u00e9galement dans le recueil de L\u00e9on-Gontran Damas, <em>Pigments<\/em>&#8211;<em>N\u00e9vralgies<\/em>. Outre le th\u00e8me central de l\u2019identit\u00e9 raciale noire et du traumatisme colonial, ce recueil contient \u00e9galement d\u2019importantes allusions aux exp\u00e9riences d\u2019oppression v\u00e9cues par les Asiatiques. Dans le po\u00e8me \u00ab&nbsp;R\u00e9alit\u00e9s&nbsp;\u00bb, par exemple, Damas met en parall\u00e8le les \u00ab&nbsp;Juifs&nbsp;\u00bb et les \u00ab&nbsp;Asiatiques&nbsp;\u00bb en tant que figures de la survie et de la r\u00e9sistance collectives&nbsp;: \u00ab&nbsp;De n\u2019avoir jusqu\u2019ici rien fait \/ d\u00e9truit \/ b\u00e2ti \/ os\u00e9 \/ \u00e0 la mani\u00e8re du Juif \/ du Jaune \/ pour l\u2019\u00e9vasion organis\u00e9e en masse \/ de l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9&nbsp;\u00bb (Damas, 1972, p. 71). Ailleurs dans le m\u00eame recueil, il fait appel \u00e0 des st\u00e9r\u00e9otypes raciaux coloniaux associ\u00e9s aux Chinois pour rappeler le d\u00e9nigrement subi plus largement par les peuples colonis\u00e9s. Ainsi, dans le po\u00e8me \u00ab&nbsp;Regards&nbsp;\u00bb, il \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quand sur le tard \/ \u2026 \/ j\u2019aurai \/ de faux yeux de Chinois&nbsp;\u00bb (pp. 69-70). Lues conjointement avec \u00ab&nbsp;R\u00e9alit\u00e9s&nbsp;\u00bb, ces images renvoient \u00e0 une racialisation partag\u00e9e des sujets colonis\u00e9s. \u00c0 l\u2019instar de C\u00e9saire et de Diop, Damas reconna\u00eet ainsi des affinit\u00e9s afro-asiatiques et les mobilise comme point de ralliement dans la r\u00e9sistance contre la domination h\u00e9g\u00e9monique. Comme le soutient Galafa (2018), du fait que de nombreux territoires d\u2019Afrique, des Antilles, des Cara\u00efbes et d\u2019Asie furent colonis\u00e9s par la France et en raison de la pr\u00e9sence de populations diasporiques dans les Am\u00e9riques, la coop\u00e9ration entre les opprim\u00e9s devint \u00e0 la fois in\u00e9vitable et politiquement significative. La N\u00e9gritude intensifia d\u00e8s lors sa lutte contre l\u2019imp\u00e9rialisme par l\u2019unification des peuples opprim\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019empire colonial.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Savoirs et civilisations subalternes<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La revalorisation des syst\u00e8mes de savoir et des civilisations des peuples anciennement colonis\u00e9s et domin\u00e9s constitue un autre trait marquant de la litt\u00e9rature de la N\u00e9gritude. Dans <em>Can the Subaltern Speak?<\/em> (1988), Gayatri Chakravorty Spivak conceptualise le colonis\u00e9 comme un subalterne dont la voix est effac\u00e9e par les r\u00e9cits surplombants et infantilisants de l\u2019Occident (post)colonial. Si sa formulation prend la forme d\u2019une question rh\u00e9torique, la N\u00e9gritude y r\u00e9pond en \u00e9crivant en retour \u00e0 l\u2019Empire colonial. Elle s\u2019affirme ainsi comme un espace d\u2019exaltation des savoirs et des civilisations subalternes \u00e0 travers l\u2019Am\u00e9rique latine, les Cara\u00efbes, l\u2019Afrique et l\u2019Asie, qui constituent ensemble la sph\u00e8re afro-asiatique. Cet engagement en faveur de la revalorisation des cultures et des civilisations subalternes entre en r\u00e9sonance directe avec les objectifs du Bureau des \u00e9crivains afro-asiatiques, qui, en tant qu\u2019aile culturelle de l\u2019Ospaa, avait pour mission centrale la mobilisation de la culture et de la civilisation comme composantes int\u00e9grales d\u2019un humanisme transnational (Yoon, 2014, p. 19).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aim\u00e9 C\u00e9saire occupe ici encore une place centrale par son \u00e9loge soutenu des philosophies et des civilisations afro-asiatiques. Dans <em>Discours sur le colonialisme<\/em>, il rappelle les contributions majeures des civilisations afro-asiatiques \u00e0 l\u2019histoire mondiale, \u00e9voquant explicitement les empires soudanais, les bronzes du B\u00e9nin et la statuaire de Shango (C\u00e9saire, 1955, p. 30), ainsi que la g\u00e9om\u00e9trie \u00e9gyptienne, l\u2019astronomie assyrienne, l\u2019\u00e9mergence de la chimie chez les savants arabes et l\u2019essor du rationalisme au sein de l\u2019islam (C\u00e9saire, 1955, p. 50). C\u00e9saire affirme ainsi que \u00ab&nbsp;l\u2019id\u00e9e du N\u00e8gre barbare est une invention europ\u00e9enne&nbsp;\u00bb (p. 30), position qui fait \u00e9cho \u00e0 la critique de l\u2019Orientalisme formul\u00e9e par Said (1978) comme construction occidentale de l\u2019Autre. En ce sens, C\u00e9saire remet en cause l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie occidentale, qui disqualifie les savoirs afro-asiatiques en les pr\u00e9sentant comme dot\u00e9s d\u2019une \u00ab&nbsp;allure furieusement pr\u00e9logique&nbsp;\u00bb (C\u00e9saire, 1955, p. 50).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une r\u00e9v\u00e9rence comparable traverse \u00e9galement la po\u00e9sie de Senghor. Dans <em>Chants d\u2019ombre<\/em>, Senghor \u00e9crit \u00e0 propos du p\u00e8lerinage de Mansa Moussa \u00e0 La Mecque en 1324&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ah ! me soutient l\u2019espoir qu\u2019un jour je coure devant<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">toi, Princesse, porteur de ta r\u00e9cade \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">des peuples.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est un cort\u00e8ge plus de grandeur que celui m\u00eame de<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">l\u2019Empereur Gongo-Moussa en marche vers l\u2019Orient<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00e9tincelant. (1964, p. 34)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette r\u00e9f\u00e9rence sugg\u00e8re des circulations globales pr\u00e9coloniales au sein de l\u2019espace afro-asiatique, en allusion aux itin\u00e9raires de p\u00e8lerinage de Mansa Moussa reliant l\u2019Afrique de l\u2019Ouest \u00e0 l\u2019\u00c9gypte et \u00e0 l\u2019Arabie. Ce po\u00e8me constitue ainsi un t\u00e9moignage suppl\u00e9mentaire de l\u2019existence de civilisations puissantes en Afrique et en Asie, d\u00e9j\u00e0 en interaction avant l\u2019av\u00e8nement de la colonisation europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette revalorisation des civilisations afro-asiatiques se cristallise davantage encore dans les essais de Senghor r\u00e9unis dans <em>Libert\u00e9, tome 1. N\u00e9gritude et humanisme<\/em>. Senghor y oppose les civilisations africaines et asiatiques \u00e0 la civilisation occidentale, affirmant que l\u2019Europe n\u2019avait pas encore m\u00e9rit\u00e9 l\u2019appellation de \u00ab&nbsp;civilisation&nbsp;\u00bb dans la mesure o\u00f9 elle demeurait mutil\u00e9e et priv\u00e9e des \u00ab&nbsp;\u00e9nergies dormantes&nbsp;\u00bb de l\u2019Asie et de l\u2019Afrique. Elle ne pouvait, selon lui, incarner un v\u00e9ritable humanisme, puisqu\u2019elle refusait la participation \u00e0 l\u2019universel aux deux tiers de l\u2019humanit\u00e9 \u2013 le Tiers Monde (Senghor, 1977). C\u2019est un \u00e9cho \u00e0 l\u2019ouverture du <em>Discours sur le colonialisme<\/em> de C\u00e9saire (1955, p. 7), dans laquelle il affirme qu\u2019\u00ab&nbsp;Une civilisation qui s\u2019av\u00e8re incapable de r\u00e9soudre les probl\u00e8mes que suscite son fonctionnement est une civilisation d\u00e9cadente&nbsp;\u00bb. Senghor met ainsi en avant le r\u00f4le central des civilisations afro-asiatiques dans l\u2019histoire mondiale \u00e0 un moment o\u00f9 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie occidentale continuait de marginaliser et d\u2019infantiliser les soci\u00e9t\u00e9s non occidentales. Il retrace par exemple les origines du christianisme \u2013 outil majeur de la \u00ab&nbsp;mission civilisatrice&nbsp;\u00bb coloniale en Afrique \u2013 en soulignant que \u00ab&nbsp;le christianisme est d\u2019origine asiatique, une origine fortement influenc\u00e9e par saint Augustin l\u2019Africain&nbsp;\u00bb (Senghor, 1977, p. 75). Par cette relecture g\u00e9n\u00e9alogique, Senghor \u00e9branle les fondements id\u00e9ologiques du discours colonial.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les \u0153uvres de Mveng au Cameroun constituent \u00e9galement un espace de revalorisation des savoirs et des philosophies afro-asiatiques. Cette dynamique est particuli\u00e8rement visible dans <em>Balafon<\/em>, qui s\u2019ouvre sur des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la pens\u00e9e confuc\u00e9enne. Les trois premiers po\u00e8mes du recueil sont regroup\u00e9s sous le titre \u00ab&nbsp;Lettres \u00e0 mes amis&nbsp;\u00bb et s\u2019adressent respectivement \u00e0 Kong-Fu-Tseu, Roland-Roger et Moctezuma. Dans le premier, \u00ab&nbsp;\u00c0 Kong-Fu-Tseu&nbsp;\u00bb, Mveng exprime une r\u00e9v\u00e9rence fraternelle \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Confucius tout en \u00e9voquant des images des religions orientales \u00e0 travers des r\u00e9f\u00e9rences au Bouddha et \u00e0 la pagode, reconnaissant ainsi l\u2019existence de civilisations fond\u00e9es sur des syst\u00e8mes de croyances distincts de ceux de l\u2019Occident (Galafa &amp; Gonondo, 2025). Confucius, figure de l\u2019Orient, est interpell\u00e9 comme un ami, soulignant une reconnaissance mutuelle afro-asiatique des modes de vie respectifs&nbsp;: \u00ab&nbsp;Kong-Fu-Tseu mon ami, \/ Tu m\u2019as ouvert toutes grandes \/ Les portes du Levant&nbsp;\u00bb (Mveng, 1972, p. 5). Lorsque Mveng affirme ensuite \u00ab&nbsp;je suis le Bouddha de granit&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;je suis la pagode&nbsp;\u00bb (p. 5), il construit des images puissantes du bouddhisme en tant qu\u2019institution spirituelle majeure de l\u2019Orient. Cette affirmation constitue une revalorisation explicite des traditions religieuses orientales et s\u2019oppose au privil\u00e8ge accord\u00e9 par la civilisation occidentale au christianisme. Par de tels gestes po\u00e9tiques, Mveng renforce le projet plus large de la N\u00e9gritude visant \u00e0 restituer leur dignit\u00e9 aux civilisations et aux \u00e9pist\u00e9mologies afro-asiatiques longtemps d\u00e9valu\u00e9es par le discours colonial.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00a0Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019examen des \u0153uvres de plusieurs \u00e9crivains men\u00e9 dans cet article vise \u00e0 souligner le caract\u00e8re non fortuit des solidarit\u00e9s afro-asiatiques dans la litt\u00e9rature de la N\u00e9gritude. Celles-ci apparaissent presque coordonn\u00e9es, mais rel\u00e8vent en r\u00e9alit\u00e9 de ce que nous avons d\u00e9crit comme une exp\u00e9rience v\u00e9cue partag\u00e9e de l\u2019Afrique et de l\u2019Asie sous la domination occidentale (post)coloniale. En retra\u00e7ant les sources d\u2019inspiration et les origines de la N\u00e9gritude depuis les ann\u00e9es 1920 jusqu\u2019aux \u0153uvres tardives des ann\u00e9es 1970, nous observons un \u00e9loge constant des identit\u00e9s afro-asiatiques, des appels unifi\u00e9s \u00e0 la r\u00e9sistance anticoloniale, ainsi que des revalorisations des civilisations et des savoirs afro-asiatiques. La litt\u00e9rature engag\u00e9e de la N\u00e9gritude fut par la suite influenc\u00e9e par les activit\u00e9s du Bureau des \u00e9crivains afro-asiatiques au lendemain de la Conf\u00e9rence de Bandung de 1955. Des Cara\u00efbes \u00e0 l\u2019Afrique, le mouvement a maintenu une dynamique intellectuelle et politique soutenue \u00e0 travers des th\u00e9matiques qui faisaient \u00e9troitement \u00e9cho aux objectifs du Bureau. En d\u00e9finitive, les objectifs et les activit\u00e9s de la N\u00e9gritude ont d\u00e9pass\u00e9 la simple r\u00e9affirmation de l\u2019identit\u00e9 et de la culture noires pour articuler une vision plus large de la solidarit\u00e9 afro-asiatique, fa\u00e7onn\u00e9e par les formes de collaboration culturelle et litt\u00e9raire institutionnalis\u00e9es \u00e0 travers le Sud global par le Bureau.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":27147,"template":"","meta":[],"series-categories":[1955],"cat-articles":[1015],"keywords":[1501,1527,1963,1969,1964,1409,1416,1970,1965],"ppma_author":[1962],"class_list":["post-27099","series-issues","type-series-issues","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","series-categories-numero-14","cat-articles-analyses-critiques","keywords-africa","keywords-afrique","keywords-asia","keywords-asie","keywords-bandung","keywords-literature","keywords-litterature","keywords-negritude-2","keywords-negritude","author-beaton-galafa"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.9 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Les solidarit\u00e9s afro-asiatiques dans la litt\u00e9rature de la N\u00e9gritude | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"\u00c9tude des liens entre la N\u00e9gritude et le Bureau des \u00e9crivains afro-asiatiques au milieu du XXe si\u00e8cle et leurs solidarit\u00e9s transnationales m\u00e9connues.\" \/>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-14\/les-solidarites-afro-asiatiques-dans-la-litterature-de-la-negritude\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Les solidarit\u00e9s afro-asiatiques dans la litt\u00e9rature de la N\u00e9gritude | Global Africa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"\u00c9tude des liens entre la N\u00e9gritude et le Bureau des \u00e9crivains afro-asiatiques au milieu du XXe si\u00e8cle et leurs solidarit\u00e9s transnationales m\u00e9connues.\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-14\/les-solidarites-afro-asiatiques-dans-la-litterature-de-la-negritude\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Global Africa\" \/>\n<meta property=\"article:publisher\" content=\"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2026-07-02T12:47:37+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/zr5-1015-1024x1536-1.webp\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"1024\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"1536\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/webp\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"20 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/issues\\\/numero-14\\\/les-solidarites-afro-asiatiques-dans-la-litterature-de-la-negritude\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/issues\\\/numero-14\\\/les-solidarites-afro-asiatiques-dans-la-litterature-de-la-negritude\\\/\",\"name\":\"Les solidarit\u00e9s afro-asiatiques dans la litt\u00e9rature de la N\u00e9gritude | Global Africa\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/issues\\\/numero-14\\\/les-solidarites-afro-asiatiques-dans-la-litterature-de-la-negritude\\\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/issues\\\/numero-14\\\/les-solidarites-afro-asiatiques-dans-la-litterature-de-la-negritude\\\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2026\\\/06\\\/zr5-1015-1024x1536-1.webp\",\"datePublished\":\"2026-06-20T04:52:00+00:00\",\"dateModified\":\"2026-07-02T12:47:37+00:00\",\"description\":\"\u00c9tude des liens entre la N\u00e9gritude et le Bureau des \u00e9crivains afro-asiatiques au milieu du XXe si\u00e8cle et leurs solidarit\u00e9s transnationales m\u00e9connues.\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/issues\\\/numero-14\\\/les-solidarites-afro-asiatiques-dans-la-litterature-de-la-negritude\\\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/issues\\\/numero-14\\\/les-solidarites-afro-asiatiques-dans-la-litterature-de-la-negritude\\\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/issues\\\/numero-14\\\/les-solidarites-afro-asiatiques-dans-la-litterature-de-la-negritude\\\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2026\\\/06\\\/zr5-1015-1024x1536-1.webp\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2026\\\/06\\\/zr5-1015-1024x1536-1.webp\",\"width\":1024,\"height\":1536},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/issues\\\/numero-14\\\/les-solidarites-afro-asiatiques-dans-la-litterature-de-la-negritude\\\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Home\",\"item\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Series issues\",\"item\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/series-issues\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":3,\"name\":\"Les solidarit\u00e9s afro-asiatiques dans la litt\u00e9rature de la N\u00e9gritude\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/#website\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/\",\"name\":\"Global Africa\",\"description\":\"Pan-African Scientific Journal\",\"publisher\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/#organization\"},\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Organization\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/#organization\",\"name\":\"Global Africa\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/\",\"logo\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/#\\\/schema\\\/logo\\\/image\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2024\\\/12\\\/Globalafrica.png\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2024\\\/12\\\/Globalafrica.png\",\"width\":1680,\"height\":750,\"caption\":\"Global Africa\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/#\\\/schema\\\/logo\\\/image\\\/\"},\"sameAs\":[\"https:\\\/\\\/www.facebook.com\\\/globalafricasciences\"]}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Les solidarit\u00e9s afro-asiatiques dans la litt\u00e9rature de la N\u00e9gritude | Global Africa","description":"\u00c9tude des liens entre la N\u00e9gritude et le Bureau des \u00e9crivains afro-asiatiques au milieu du XXe si\u00e8cle et leurs solidarit\u00e9s transnationales m\u00e9connues.","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-14\/les-solidarites-afro-asiatiques-dans-la-litterature-de-la-negritude\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Les solidarit\u00e9s afro-asiatiques dans la litt\u00e9rature de la N\u00e9gritude | Global Africa","og_description":"\u00c9tude des liens entre la N\u00e9gritude et le Bureau des \u00e9crivains afro-asiatiques au milieu du XXe si\u00e8cle et leurs solidarit\u00e9s transnationales m\u00e9connues.","og_url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-14\/les-solidarites-afro-asiatiques-dans-la-litterature-de-la-negritude\/","og_site_name":"Global Africa","article_publisher":"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences","article_modified_time":"2026-07-02T12:47:37+00:00","og_image":[{"width":1024,"height":1536,"url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/zr5-1015-1024x1536-1.webp","type":"image\/webp"}],"twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"20 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-14\/les-solidarites-afro-asiatiques-dans-la-litterature-de-la-negritude\/","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-14\/les-solidarites-afro-asiatiques-dans-la-litterature-de-la-negritude\/","name":"Les solidarit\u00e9s afro-asiatiques dans la litt\u00e9rature de la N\u00e9gritude | Global Africa","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-14\/les-solidarites-afro-asiatiques-dans-la-litterature-de-la-negritude\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-14\/les-solidarites-afro-asiatiques-dans-la-litterature-de-la-negritude\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/zr5-1015-1024x1536-1.webp","datePublished":"2026-06-20T04:52:00+00:00","dateModified":"2026-07-02T12:47:37+00:00","description":"\u00c9tude des liens entre la N\u00e9gritude et le Bureau des \u00e9crivains afro-asiatiques au milieu du XXe si\u00e8cle et leurs solidarit\u00e9s transnationales m\u00e9connues.","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-14\/les-solidarites-afro-asiatiques-dans-la-litterature-de-la-negritude\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-14\/les-solidarites-afro-asiatiques-dans-la-litterature-de-la-negritude\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-14\/les-solidarites-afro-asiatiques-dans-la-litterature-de-la-negritude\/#primaryimage","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/zr5-1015-1024x1536-1.webp","contentUrl":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/zr5-1015-1024x1536-1.webp","width":1024,"height":1536},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-14\/les-solidarites-afro-asiatiques-dans-la-litterature-de-la-negritude\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Home","item":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Series issues","item":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/series-issues\/"},{"@type":"ListItem","position":3,"name":"Les solidarit\u00e9s afro-asiatiques dans la litt\u00e9rature de la N\u00e9gritude"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/#website","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/","name":"Global Africa","description":"Pan-African Scientific Journal","publisher":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/#organization"},"potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Organization","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/#organization","name":"Global Africa","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/","logo":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/#\/schema\/logo\/image\/","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Globalafrica.png","contentUrl":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Globalafrica.png","width":1680,"height":750,"caption":"Global Africa"},"image":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/#\/schema\/logo\/image\/"},"sameAs":["https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences"]}]}},"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series-issues\/27099","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series-issues"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/series-issues"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/27147"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=27099"}],"wp:term":[{"taxonomy":"series-categories","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series-categories?post=27099"},{"taxonomy":"cat-articles","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/cat-articles?post=27099"},{"taxonomy":"keywords","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/keywords?post=27099"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=27099"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}