{"id":26844,"date":"2022-03-09T02:00:26","date_gmt":"2022-03-09T02:00:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/the-transformation-of-africas-knowledge-thinking-african-futures-in-response-to-global-challenges\/"},"modified":"2026-05-09T21:58:04","modified_gmt":"2026-05-09T21:58:04","slug":"the-transformation-of-africas-knowledge-thinking-african-futures-in-response-to-global-challenges","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-1\/the-transformation-of-africas-knowledge-thinking-african-futures-in-response-to-global-challenges\/","title":{"rendered":"The Transformation of Africa\u2019s Knowledge: Thinking African futures in response to global challenges"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>La condition humaine, les projets de l\u2019homme, la collaboration entre les hommes pour des t\u00e2ches qui augmentent la totalit\u00e9 de l\u2019homme sont des probl\u00e8mes neufs qui exigent de v\u00e9ritables inventions.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n<p id=\"viewer-saiwm54931\">Frantz Fanon, The Wretched of the Earth, 1963 [1961]<\/p>\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire humaine, le nom N\u00e8gre ne renvoie plus seulement \u00e0 la condition faite aux gens d\u2019origine africaine \u00e0 l\u2019\u00e9poque du premier capitalisme (d\u00e9pr\u00e9dations de divers ordres, d\u00e9possession de tout pouvoir d\u2019autod\u00e9termination et, surtout, du futur et du temps, ces deux matrices du possible). C\u2019est cette fongibilit\u00e9 nouvelle, cette solubilit\u00e9, son institutionnalisation en tant que nouvelle norme d\u2019existence et sa g\u00e9n\u00e9ralisation \u00e0 l\u2019ensemble de la plan\u00e8te que nous appelons le devenir-n\u00e8gre du monde.  <\/p>\n<\/blockquote>\n\n<p id=\"viewer-15grf54935\">Achille Mbembe, Critique of Black Reason, 2017 [2015].<\/p>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"viewer-w29wm54937\">L\u2019Afrique et l\u2019enchev\u00eatrement des futurs du continent et de la plan\u00e8te<\/h2>\n\n<p id=\"viewer-0ly9z54939\">Ce texte est un plaidoyer pour des r\u00e9ponses africaines aux d\u00e9fis globaux. Sa proposition centrale consiste \u00e0 soutenir que le d\u00e9fi africain du XXIe si\u00e8cle est le devenir-savant de l\u2019Afrique[1], expression par laquelle nous indiquons que l\u2019Afrique et la plan\u00e8te sont deux fronts \u00ab\u2009enchev\u00eatr\u00e9s\u2009\u00bb, dont les d\u00e9fis et les r\u00e9ponses doivent \u00eatre articul\u00e9s ensemble, et que la cr\u00e9ation de connaissances adressant simultan\u00e9ment le bien-\u00eatre durable et la gouvernance environnementale africaine et mondiale s\u2019impose par cons\u00e9quent comme l\u2019agenda prioritaire d\u2019une transition scientifique et technologique africaine qui a longtemps \u00e9t\u00e9 esp\u00e9r\u00e9e, mais jamais r\u00e9alis\u00e9e[2]. C\u2019est parce qu\u2019une telle transition ne s\u2019est jamais mise en place que l\u2019Afrique occupe aujourd\u2019hui la position subalterne qui est la sienne sur la sc\u00e8ne mondiale. \u00c0 moins de r\u00e9ussir cette transition, le risque est non seulement une d\u00e9pendance num\u00e9rique venant se surajouter \u00e0 celles qui eurent lieu durant les trois premi\u00e8res r\u00e9volutions industrielles, mais aussi et surtout l\u2019ingouvernabilit\u00e9 de g\u00e9n\u00e9rations qui ne sauraient, elles, s\u2019accommoder de repl\u00e2trages en guise de politiques publiques et de l\u2019approfondissement des in\u00e9galit\u00e9s globales. Sans compter la question de la survie m\u00eame de la plan\u00e8te qui sera plus taraudante encore si l\u2019Afrique reproduit les chemins de d\u00e9veloppement de l\u2019Occident et de l\u2019Asie.    <\/p>\n\n<p id=\"viewer-ydeqh54941\">We are, then, very likely at a critical juncture that requires an explicit change of plan, far beyond reforming the research sector, in so far as \u201cwe cannot separate science from broader social forces and make the development of scientific knowledge a focus of interest only to science, for the fundamental issue is social change\u201d (Ake 1980: 5).<\/p>\n\n<p id=\"viewer-ktslb54943\">In proposing that there is no African presence, to the self or to the world, without epistemic re-framing, we are saying nothing that is not based on already classic observations[3]. What we add is that Africa\u2019s coming knowledge could be, perhaps through a trick of History, the (best) response to the Becoming Black of the world, which Mbembe has set out in detail, or, more broadly, to the Capitalocene. Research alone can obviously not achieve all the rethinking and redoing this concept calls for; however, we can say with Amin, Atta-Mills, Bujra and Mkandawire (1978: 23) that \u201cwe believe [\u2026] that intellectual efforts interact with social forces, and can at crucial times influence them.\u201d The role of research does not end with understanding the existing transformations of our world, or with innovation. To make these transitions meaningful, and to support them, societies must put in place and train a new generation of world citizens.    <\/p>\n\n<p id=\"viewer-t1w0v54945\">If, in this text, we treat Africa as a comprehensible, analysable whole on which the analysis of \u201cits\u201d future can be projected\u2014despite the term referring to such different actors, institutions, and realities\u2014it is that, beyond the geographical \u201ccontinent\u201d form, we locate an important aspiration: a feeling of belonging (I am African) and a designation (you are African). The question then becomes: How do we build a \u201ccommon\u201d future on sentiment? And at what scale are these sentiments most effective for collective action? These sentiments, like Pan-Africanism, are real, powerful, and respectable. We also adopt, here, Valentin-Yves Mudimbe\u2019s reflection on the epithet \u201cAfrican\u201d as attached to the university. This quality, according to this philosopher, does not hinge on a university\u2019s geographical location (being established in a country on the continent), nor on its composition (a university run by Africans) nor even on the teaching provided there (African subjects). These are \u201csecondary considerations\u201d; the university is African \u201cwhen it contributes as much as possible to understanding and resolving the contradictions at play in African societies, and fulfils its appropriate role in creating new social forms, in an Africa that confronts the challenge of its development, and of its adaptation to the modern world. If it does not do so, it is certainly not African, even if it is composed, from top to bottom, of Africans.\u201d (Mudimbe 1982: 101).      <\/p>\n\n<p id=\"viewer-fnzqk54947\">Ce point pr\u00e9cis\u00e9, notre proposition d\u2019aligner l\u2019analyse de la situation et des futurs africains sur celle de la situation et des futurs plan\u00e9taires ressort de quatre raisons intimement li\u00e9es. La premi\u00e8re est que la d\u00e9gradation a \u00e9t\u00e9 et demeure le r\u00e9gime commun de l\u2019Afrique et de la plan\u00e8te\u2009: l\u2019une et l\u2019autre sont prises en otage depuis des si\u00e8cles par l\u2019\u00e9conomie capitaliste mondiale. Si en effet la plan\u00e8te a \u00e9t\u00e9 surexploit\u00e9e et les \u00e9cosyst\u00e8mes naturels partout d\u00e9vast\u00e9s, c\u2019est notamment dans cet espace appel\u00e9 Afrique que l\u2019exploitation a \u00e9t\u00e9 et demeure l\u2019une des plus violentes, des moins soumises au droit, des plus excessives et des plus continues (hommes, femmes et enfants, ressources naturelles, mati\u00e8res premi\u00e8res, cr\u00e9ations culturelles, flux financiers illicites, donn\u00e9es \u00e0 caract\u00e8re personnel). Deuxi\u00e8mement, partant du fait que l\u2019extractivisme est le caract\u00e8re permanent de l\u2019ultralib\u00e9ralisme et la condition de sa reproduction, on peut consid\u00e9rer que les logiques qui sous-tendent la pouss\u00e9e contre la souverainet\u00e9 politique, \u00e9conomique et culturelle de l\u2019Afrique et celle contre une nouvelle option civilisationnelle bas\u00e9e sur l\u2019\u00e9cologie ont fondamentalement partie li\u00e9e.   <\/p>\n\n<p id=\"viewer-c86ea54949\">C\u2019est pourquoi, troisi\u00e8me raison, la radicalit\u00e9 de la lutte pour la souverainet\u00e9 totale de l\u2019Afrique devra \u00eatre la m\u00eame que celle pour l\u2019advenue d\u2019une civilisation \u00e9cologique. Enfin, c\u2019est en emportant ce double pari que les r\u00e9ponses africaines enclencheront la sortie hors du devenir-n\u00e8gre du monde, et donc du capitaloc\u00e8ne4 , contribuant du m\u00eame coup \u00e0 remettre l\u2019Humain et la Nature au c\u0153ur des projets de soci\u00e9t\u00e9. <\/p>\n\n<p id=\"viewer-8hhfn54951\">Telle est la port\u00e9e du devenir-savant de l\u2019Afrique. Il permet de tenir l\u2019humanit\u00e9 comme horizon \u00e9thique, de restaurer \u2013 apr\u00e8s des si\u00e8cles de violence \u00e9pist\u00e9mique \u2013 \u00e0 nouveau la confiance de toute une g\u00e9n\u00e9ration dans les capacit\u00e9s du continent \u00e0 proposer des r\u00e9ponses pour le monde, \u00e0 penser local et plan\u00e9taire, \u00e0 \u00e9viter d\u2019isoler les probl\u00e8mes int\u00e9rieurs et les probl\u00e8mes globaux, et ce faisant, de r\u00e9inventer la formation des chercheurs citoyens du XXIe si\u00e8cle, de r\u00e9orienter les priorit\u00e9s en termes de recherche, \u00e0 probl\u00e9matiser ad\u00e9quatement les enjeux, c\u2019est-\u00e0-dire de mani\u00e8re v\u00e9ritablement interdisciplinaire et critique, arm\u00e9 des concepts appropri\u00e9s. Cette perspective invite \u00e9galement \u00e0 s\u2019interroger sur les politiques de connaissance et de coop\u00e9ration scientifique \u00e0 \u00e9laborer et \u00e0 mettre en \u0153uvre en tirant parti des exp\u00e9riences ant\u00e9rieures, \u00e0 en r\u00e9v\u00e9ler les conditions de possibilit\u00e9 et les obstacles, \u00e0 \u00e9tudier les interactions entre science, pouvoir et d\u00e9veloppement dans le contexte africain, et \u00e0 voir ses implications diff\u00e9rentielles pour les divers groupes sociaux (femmes, jeunes, intellectuels, agriculteurs), \u00e0 identifier alli\u00e9s et adversaires5 . Devenir-savant comporte aussi le d\u00e9fi de la cr\u00e9ation de connaissances innovantes pour le monde, qui mettent la qu\u00eate de la v\u00e9rit\u00e9 au m\u00eame niveau que la qu\u00eate de soin pour le vivant, humain et non humain, un des enjeux majeurs de notre si\u00e8cle.   <\/p>\n\n<p id=\"viewer-lh6hy54953\">Libert\u00e9 et volont\u00e9 de penser l\u2019Afrique-monde6 , confiance en soi, qu\u00eate de la v\u00e9rit\u00e9, soin attach\u00e9 au vivant\u2009: tel est le programme.<\/p>\n\n<p id=\"viewer-aprw854955\">La question de la faisabilit\u00e9 d\u2019un tel programme intellectuel et politique se pose imm\u00e9diatement quand on connait les contradictions vertigineuses dans lesquelles se meut le continent, car si ses atouts sont immenses, ses d\u00e9veines le sont tout autant.<\/p>\n\n<p id=\"viewer-gcvv554957\">In a general way, African societies remain still \u201ctrapped in a permanent crisis of authoritarianism, the failure of states, and economic collapse\u201d (Heilbrunn 2009: 255), which undermines human security, peace and development, thus exacerbating the vulnerability of millions of individuals, and driving the exodus of thousands of young people. Enormous groups of people live in endemic poverty[7], precariousness, marginality, and oppression, including, in particular, informal-sector workers, rural people, small producers, and women and children. Young people, without training or diplomas, need decent employment, a role in society, access to basic social services, to energy and infrastructures, and an active role in determining the future of their countries.  <\/p>\n\n<p id=\"viewer-0gfuh54959\">Ces d\u00e9fis domestiques et r\u00e9gionaux complexes s\u2019enchev\u00eatrent par ailleurs dans une conjoncture internationale marqu\u00e9e par les in\u00e9galit\u00e9s persistantes, la fatigue d\u00e9mocratique, l\u2019incertitude \u00e9conomico-financi\u00e8re \u00e0 pr\u00e9sent exacerb\u00e9e par les crises pand\u00e9miques, la peur du (bio)terrorisme, et par la transformation profonde de l\u2019environnement et des ressources sous l\u2019effet du changement climatique.<\/p>\n\n<p id=\"viewer-9ojgn54961\">These unprecedented and complex international challenges unfold under the regime of urgency, uncertainty and catastrophe, leading to a kind of fear of the future, and the disintegration of confidence in oneself and others. Africa, indeed together with the rest of the world, is witnessing an alarming scene of ecological crisis, for which the Anthropocene is known[8]: extensive human interference in natural ecosystems, the depletion and erosion of soils, unprecedented levels of pollution, the disruption of the water cycle, deforestation, ocean acidification, and never before seen demographic pressure on land systems (Magny 2021: 4). According to projections, Africa, due to its high exposure to all these challenges, and its low capacity for adaptation, will be among the continents most affected by and most vulnerable to climate change (IPCC 2014; IPBES 2019).  <\/p>\n\n<p id=\"viewer-jsmt054963\">However, the accumulation of heterogeneous challenges, from artificial intelligence to the consolidation of the deliberative welfare state via climate change, economic growth, human security, rural development, urbanisation, mobility, peace-building, human rights, and gender equality, present only one common denominator: the continent remains practically absent from the work of theorising, projection, and the anticipatory analysis of these questions, even if these challenges affect Africa more than any other place in the world. For example, climate change is slated to negatively affect African countries\u2019 economic development; average climate-induced economic losses range from 10% to 15% of GDP growth per capita, with the majority of African economies ill-prepared to adapt to new climatic conditions, particularly in West and Central Africa (Baarsch et al. 2019). And yet, publications by African scholars represent only 2% of all publications in this domain (McSweensey 2015). The same can be said about global inequalities, artificial intelligence, transhumanism, data protection, etc. Africa is hesitant and uncertain in the consideration of its own future and, simultaneously, of existing and future global conditions.    <\/p>\n\n<p id=\"viewer-zqbtl54965\">At the origin of this absence from oneself and from the world is the crisis, beginning in the 1980s, of African higher education institutions, which gradually became unable to maintain and develop the standards of knowledge essential to the inclusion of African voices in global debates. The unfortunately well-known politics of Structural Adjustment (1980\u20132000) carried out by the World Bank and the IMF[9] favoured downsizing and the dismantling of research institutions and public universities. Excellence in international research, including in African Studies, became firmly anchored in the Global North, confirming a \u201cgeopolitics of knowledge\u201d (Mignolo 2002) that views Africa as the source of empirical data to be extracted (the raw material), while pure research is carried out in the Global North.  <\/p>\n\n<p id=\"viewer-9ymgr54967\">Pourtant, la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une cr\u00e9ation de savoirs \u00e9mancipateurs et protecteurs de l\u2019Humain et de la Nature, pour lesquels recherche fondamentale et recherche appliqu\u00e9e s\u2019alimenteraient mutuellement, n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi criante. Le d\u00e9fi africain contemporain est bien l\u00e0\u2009: transformer le concret, l\u2019existant, dans une approche attentive aux limites plan\u00e9taires par une d\u00e9f\u00e9tichisation, un d\u00e9passement du concret. Ce travail de repr\u00e9sentation ad\u00e9quate des r\u00e9alit\u00e9s et des int\u00e9r\u00eats du continent \u2013 travail essentiel qui ne se confond pas avec l\u2019\u00e9grenage des statistiques du d\u00e9sastre ou de l\u2019euphorie \u2013 demeure la t\u00e2che incontournable depuis Berlin en 1885. La restauration de l\u2019initiative intellectuelle des Africains s\u2019incarne en effet dans la critique de l\u2019\u00e9conomie politique int\u00e9rieure et globalis\u00e9e, mais aussi dans le r\u00e9tablissement de l\u2019estime de soi, du sens du discernement, de l\u2019esprit critique, de l\u2019esprit de libert\u00e9 et d\u2019innovation.   <\/p>\n\n<p id=\"viewer-s0ukk54969\">Consequently, starting from Africa, for Africa and the world, we must produce a restorative science, fundamental, \u201cplural\u201d and \u201cparticipatory\u201d (Coutellec 2015), centred on and mobilised for sustainability. This 21st-century science must define its own action, not in terms of scientific disciplines, but in terms of peoples\u2019 crucial priorities and aspirations. This science will offer answers that can emancipate individuals, generate innovative, useful knowledges, enlarge the role of Africa in the global creation of protective knowledges, speed the advent of a low-carbon, blue, and circular economy based on accessible renewable energy, and inform policy, favouring effective and timely interventions.  <\/p>\n\n<p id=\"viewer-rqotp54971\">\u00c0 partir de l\u00e0, un nouvel ensemble d\u2019interrogations \u00e9merge\u2009:<\/p>\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Quelles sont les formes de connaissance et de responsabilit\u00e9 issues du continent susceptibles de r\u00e9soudre les besoins fondamentaux et de r\u00e9pondre aux d\u00e9fis plan\u00e9taires\u2009? Quelle est la place des savoirs traditionnels dans ces transitions\u2009? Quelle place pour les citoyens\u2009?  <\/li>\n\n\n\n<li>Comment reformuler ce que la durabilit\u00e9, le d\u00e9veloppement et la responsabilit\u00e9 signifient dans des conditions plan\u00e9taires d\u00e8s lors qu\u2019on les appr\u00e9hende \u00e0 partir de l\u2019Afrique\u2009?<\/li>\n\n\n\n<li>Comment d\u00e9velopper une meilleure compr\u00e9hension des intersections du local, du global et du plan\u00e9taire\u2009?<\/li>\n\n\n\n<li>Comment repenser les cadres d\u2019analyse et les m\u00e9thodes scientifiques qui transcendent les fronti\u00e8res linguistiques, g\u00e9ographiques, institutionnelles et disciplinaires afin de mettre en pratique l\u2019indispensable interdisciplinarit\u00e9\u2009?<\/li>\n\n\n\n<li>How to ensure that South\u2013North and South\u2013South exchanges obey a logic of mutual contributions and benefits, rather than of substitution and subjugation?<\/li>\n\n\n\n<li>How can modes of action coming from the South inspire the rest of the world, particularly in the context of the crisis of modern science?<\/li>\n<\/ul>\n\n<p id=\"viewer-zw88154985\">While these are extremely urgent questions, the political ambition to make African research a principal engine of these transitions has, so far, not been realised[10] and Africa\u2019s status in global research is largely negative. Moreover, although this epistemic emergency is expressed and experienced daily, we have for several years been distracted by ever more enthusiastic and optimistic, but marginally materialised, visions of the future. The awakening of Africa promised in some of these visions rests on the hypothesis of an Africa that will \u201cturn the page,\u201d \u201cemerge,\u201d or \u201ctake off,\u201d to become \u201cthe Asia of the 21st century,\u201d the new \u201cengine of the world economy,\u201d and of what is to be \u201cthe African century\u201d (UE 2016). We thus expect an economic miracle that will change the continent\u2019s destiny, with, ultimately, considerable rewards for the rest of the world. \u201cEmergence,\u201d the new name of development ideology, is, at best, a self-fulfilling prophecy, at worst, a mystification which consists, like its prior incarnations, of the elaboration of inadequate theories and ill-suited strategies[11]. This promised future is no more than a copy of Europe\u2019s past (or Asia\u2019s present), since it concerns the same model of development\u2014 more precisely, the \u201cdevelopmental fallacy,\u201d in the words of Enrique Dussel (1992: 31)\u2014based on the thermo-industrial model of extraction and depletion of humanity the planet. This proposed Africa, or rather, this mimicry of Europe or Asia, would be a vulgar accelerator of Capitalocene, and not worth one hour\u2019s consideration, for, to reprise the famous conclusion of Fanon\u2019s The Wretched of the Earth: \u201cHumanity expects other things from us than this grotesque and broadly obscene imitation.\u201d      <\/p>\n\n<p id=\"viewer-rp8eo54987\">Ce futur qu\u2019on nous promet et qui est marqu\u00e9 par l\u2019absence criante de la culture (car le consum\u00e9risme compulsif et l\u2019industrie de la distraction ne rel\u00e8vent pas de la culture), tient tout entier dans l\u2019\u00c9tat-providence des droits politiques et socio\u00e9conomiques, bienvenu certes, sauf qu\u2019il est sans \u00e9mancipation, sans climat moral de solidarit\u00e9 active, sans souci de la plan\u00e8te. Il faut donc y r\u00e9sister et, en lieu et place, \u00e9crire une trajectoire de d\u00e9veloppement propre et coh\u00e9rente, qui ne n\u00e9glige aucune des dimensions de l\u2019humain. <\/p>\n\n<p id=\"viewer-crqf954989\">C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment sur ce point qu\u2019on attend le continent et c\u2019est pourquoi la recherche africaine doit repr\u00e9senter une priorit\u00e9 pour l\u2019Afrique et le monde entier.<\/p>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"viewer-y01uq54991\">La recherche africaine, sa responsabilit\u00e9 et sa vis\u00e9e<\/h2>\n\n<p id=\"viewer-ms3kk54993\">De fait, l\u2019Afrique a fait et continue \u00e0 faire de nouvelles propositions, \u00e0 mettre de nouvelles options sur la table\u2009; celles-ci existent, elles n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 entendues, on n\u2019a pas voulu les entendre y compris en Afrique. Or ces options qui osent penser les futurs de l\u2019Afrique sont exigeantes, totales, radicales. Des trajectoires alternatives avaient ainsi d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 esquiss\u00e9es dans cette p\u00e9riode critique que furent les ann\u00e9es de lutte pour la d\u00e9colonisation. Frantz Fanon, Cheikh Anta Diop, Kwame Nkrumah, Amilcar Cabral, etc. La conclusion des Damn\u00e9s de la Terre constitue une feuille de route ind\u00e9pass\u00e9e de la trajectoire humaniste qui doit \u00eatre celle de l\u2019Afrique.    <\/p>\n\n<p id=\"viewer-sb9pl54995\">Indeed, Fanon outlines what is expected from the continent (\u201cLet us reexamine the question of man\u201d [Fanon 1963 [1961]: 237); what must be resisted (the seduction of material achievements), the role of the creation of knowledge in this project (\u201cBut if we want humanity to take one step forward \u2026 then we must innovate, we must be pioneers,\u201d p. 236) and even the frame of mind we must take up (\u201cThe new day which is dawning must find us determined, enlightened and resolute,\u201d p. 235). Further, although dedicated to the emancipation of the black man and woman, his thinking leaves a large place for the Other; it is beyond resentment and hatred: \u201cFor Europe, for ourselves and for humanity, comrades, we must make a new start, develop a new way of thinking, and endeavor to create a new man\u201d (p. 239), Fanon concluded. <\/p>\n\n<p id=\"viewer-0ek5o54997\">We must add this responsibility and ethic to the development agenda, as Fanon calls us to do, for not all successes have the same value, and the profound transformations for which we call are, in our view, not only social, economic, and ecological, but also moral, humanist, and convivial. The future cannot be founded on a model that stops \u201cthe progress of other men \u2026 and enslave[s] them for its own purposes and glory\u201d (235). This future must permit, here, the actualisation of social, economic, and political rights, without elsewhere mystifying, humiliating, massacring, and depleting. A future without hegemony, without a will to power, without \u201cfervor, cynicism, and violence.\u201d On the contrary, it is a question, to once again follow the conclusion offered by Fanon, of embracing things and beings in \u201chumility and modesty, but also [in] solicitude and tenderness.\u201d    <\/p>\n\n<p id=\"viewer-3ktt554999\">African research must be a priority for Africa and for the world, because the planet\u2019s survival is partly at stake in Africa, and at least part of the solution will have to be African[12]. Today, the urgency of the situation is highlighted in numerous international reports, and ever more pervasive in our activities, but the strategy for combatting global warming and the loss of biodiversity is not yet apparent, and in no case does it reverse the serious trends that have been estimated. Recent international reports (GIEC, IPBES, World Atlas of Desertification, GSDR Dasgupta 2021) show an alarming and ever more rapid degradation of global ecosystems due to the combined effects of climate change, the overexploitation of renewable resources, and the destruction of natural habitats. Despite international commitments (COP 21, UNFCCC), we are unable to achieve the objectives that would reverse these significant trends, and allow us to sustainably exploit our environment. The progress achieved so far seems minimal, in view of the upheavals and environmental transformations we are currently experiencing. Approaches that allow for a balance between exploitation and conservation are decidedly lacking in political impetus. Despite policy pronouncements, biodiversity protection is still conservative. Marine preserves represent less than 8% of total ocean surface, and agroecology, which would permit sustainable agricultural over the long term, hovers at just 6%. The depletion of biodiversity and of our environment endangers our societies\u2014whose survival rests on nature\u2019s contributions. Added to this are the increasingly glaring inequalities experienced by the different peoples of the world; these remain little or poorly measured by development indicators (Rapport sur le d\u00e9veloppement humain 2019).         <\/p>\n\n<p id=\"viewer-sm40f55001\">In any scenario, the continent of Africa will be one of the most affected and most vulnerable; temperature projections for West Africa for the end of the 21st century, based on global climate simulations, range between 3\u00b0C and 6 \u00b0C, depending on various emission scenarios. Certain regions are expected to face unprecedented climatic conditions around 2040, leaving entire regions uninhabitable. Climate change will also have an impact on marine resources. It will thus considerably modify the distribution of marine species and affect the fishing industry. Projected scenarios estimate that tropical fish catches could decrease by up to 40%, to the benefit of higher latitude zones (Cheung et al. 2010; IPBES 2019), jeopardising food security in the tropics. For 22 countries in West Africa, about 6.7 million people depend directly on fishing for nutritional needs and livelihoods (Belhabib et al. 2015).     <\/p>\n\n<p id=\"viewer-ronxz55003\">La survie de l\u2019Afrique est litt\u00e9ralement en jeu, car nous pressentons l\u2019instabilit\u00e9 et les conflits qui peuvent na\u00eetre de ces menaces. Si le continent trouve des r\u00e9ponses pertinentes et \u00e0 la hauteur des enjeux et urgences, elles auront alors d\u2019autant plus la capacit\u00e9 d\u2019\u00eatre r\u00e9pliqu\u00e9es, exp\u00e9riment\u00e9es ailleurs. On voit ici l\u2019intersection entre les int\u00e9r\u00eats de l\u2019Afrique et du monde.  <\/p>\n\n<p id=\"viewer-pcm7155005\">In fact, Africa already inspires the world. The ecosystem approach to fisheries (EAF), designed to manage production systems in marine environments, was developed in South Africa for more than thirty years, making it possible to manage fisheries resources not only by reconciling the exploitation and protection of biodiversity, but by incorporating social and economic approaches important to the Benguela region (Augustyn et al. 2018). These approaches are innovative in more ways than one, in that they have initiated new research avenues and new ways of managing marine resources. A participatory approach was thus put forward in which all stakeholders collaboration was essential, all points of view represented, and particular attention was paid to ensuring that no group or individual could dominate the process. A standardised scientific and collaborative approach provided a platform for disseminating views, broadening perspectives, and improving understanding of the issues. This approach enabled comparison and reporting of scientific results and their implications for management at any level. NGOs played an important role, helping to implement the EAF and environmental initiatives. Efforts undertaken to develop the research and implement the EAF in management contexts enabled the sustainable management of marine resources, as well as an exploration of the importance of establishing marine preserves to feed ocean birds and predators, all the while avoiding dietary changes and invasion by other species\u2014notably by jellyfish, which are disastrous to fishing communities (Cury et al. 2011; Travis et al. 2014). Such approaches have also made it possible to demonstrate that protected marine areas can not only decrease biodiversity loss, but can attenuate the effects of climate change, thus opening up new perspectives for research and in management (Roberts et al. 2017). This marine example shows that a project launched in South Africa can connect numerous modes of marine resource management often unknown in Europe and at the international level.         <\/p>\n\n<p id=\"viewer-kiomy55007\">Le besoin d\u2019un savoir inclusif capable d\u2019int\u00e9grer d\u2019autres formes de connaissance et de fa\u00e7onner de nouvelles traditions dans lesquelles les chercheurs sont parties prenantes d\u2019un r\u00e9seau plus large se fait de plus en plus pressant. Aujourd\u2019hui, il appara\u00eet crucial d\u2019avoir une diversit\u00e9 \u00e9pist\u00e9mique et un rapprochement entre les connaissances des scientifiques et les savoirs des autres acteurs sociaux, tout particuli\u00e8rement lorsque des th\u00e8mes aussi sensibles que la pauvret\u00e9, la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire, l\u2019exploitation des ressources renouvelables, les migrations, la conservation, le vivant, le care ou les in\u00e9galit\u00e9s requi\u00e8rent des analyses fond\u00e9es sur des r\u00e9alit\u00e9s locales. C\u2019est pourquoi les travaux sur le plurivers13, la r\u00e9habilitation des ontologies endog\u00e8nes et la science citoyenne (Citizen Science14) sont importants dans les discussions sur les futurs plan\u00e9taires.  <\/p>\n\n<p id=\"viewer-knisp55009\">Cela implique une position \u00e9pist\u00e9mologique ambitieuse qui consid\u00e8re qu\u2019une proposition universaliste a d\u2019autant plus de fondements et de rigueur qu\u2019elle est ancr\u00e9e dans des enjeux locaux et des \u00e9pist\u00e9mologies locales. Ce programme rejoint de mani\u00e8re fort int\u00e9ressante les d\u00e9bats actuels sur la d\u00e9colonisation des savoirs et les th\u00e9ories critiques du Sud\u2009: <\/p>\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Assuming an epistemology of point of view therefore requires strong reflexivity and also an ethical responsibility. [\u2026] The epistemology of point of view grants no epistemic privilege to the dominated. It nonetheless defends the idea that science cannot be conducted without their points of view and experiences. Their presence among scientists is not simply a cosmetic requirement for diversity, but a fundamental epistemological problematic in all the scientific disciplines (Lepinard et Mazouz 2021: 50\u201351).   <\/p>\n<\/blockquote>\n\n<p id=\"viewer-hsmti55013\">Il s\u2019agira donc de rendre la parole aux paysans, aux femmes, aux gu\u00e9risseurs, aux travailleurs du secteur informel, aux \u00e9tudiants, d\u2019engager des dialogues respectueux de leurs points de vue, de leur permettre de participer eux-m\u00eames aux processus de changement n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration de leur condition d\u2019existence. Il faudra veiller plus largement \u00e0 associer les nouvelles politiques de la connaissance avec des politiques de d\u00e9lib\u00e9ration avec les citoyens, dont la responsabilit\u00e9 de comprendre et d\u2019agir doit \u00eatre pleinement restaur\u00e9e dans un contexte particuli\u00e8rement dangereux de remise en cause des v\u00e9rit\u00e9s scientifiques. <\/p>\n\n<p id=\"viewer-j43og55015\">Alors qu\u2019ailleurs, les d\u00e9bats scientifiques \u00e9chouent souvent \u00e0 inclure cet ensemble diversifi\u00e9 de perspectives qui refl\u00e9teraient les savoirs endog\u00e8nes, l\u2019Afrique a le potentiel de devenir un laboratoire exceptionnel pour trouver des fa\u00e7ons nouvelles de travailler plus efficacement si nous voulons avoir une chance de r\u00e9soudre les crises environnementales.<\/p>\n\n<p id=\"viewer-qhjy155017\">African languages, until now devalued and denigrated, judged incapable of exerting a powerful theoretical and conceptual bearing, reveal themselves as a hermeneutic resource that can give new directions to scientific investigations. Because languages naturalise certain ways of thinking, turning to African languages could enable us to get beyond the orientations encouraged by the Eurocentric canon and identify new questions (Abadie 2018). In L\u2019odeur du p\u00e8re (The Scent of the Father), Valentin-Yves Mudimbe (1982: 47) wrote that a \u201cchange in the linguistic instrument of knowledge and of scientific production would surely provoke an epistemological rupture, and would open the path toward a new adventure for Africa,\u201d in the same way that \u201cthose who promote Greek thought by transplanting into their language, technique, methods and usages knowledge received from Egypt have triggered a reorganisation of knowledge and of life, whose essential order is still current and in progress.\u201d  <\/p>\n\n<p id=\"viewer-4o5qr55019\">Finally, African research must represent a priority for Africa and the whole world, because Africa has the good fortune, found almost nowhere else, of being peopled by tens of millions of creative young people born into digital technology. Africa, in all its diversity, is home to more than a billion people, and, for the group between 15 and 30 years of age alone, its population will double by 2050[15]. Africa has the youngest and most dynamic middle class, with the potential to transform the continent\u2019s scientific, political, economic and social perspectives. This particularly concerns African women, who constitute the primary engines of sustainable growth, development, and peace (CE 2021). The continent is also a fantastic reservoir of digital platform- and service-users: Today, 453 million Africans (out of 1.2 billion) are connected. This proportion will increase significantly with population growth. The continent and the world need this intelligence, this fantastic reservoir of ideas, their intellectual and creative investment. It is they who must immediately be prepared to reflect, innovate, and experiment with sustainable solutions. The challenge here is to design lessons that can set collective intelligence in motion, to ground teaching in problem-solving by involving several disciplines, and cultivate a taste for learning and invention. From this perspective, not only must higher education be democratised, but our research institutions must be completely reconfigured, in order to comprehend the issues\u2019 complexity and the scale of the necessary transformations; find solutions for contradictory situations; and respond to rapid changes, intervening at multiple levels.         <\/p>\n\n<p id=\"viewer-3tkzq55021\">Il nous faut maintenant affronter la difficile question du renversement des conditions de l\u2019impossibilit\u00e9 en conditions de possibilit\u00e9 pour ne pas tomber sous l\u2019accusation d\u2019utopisme.<\/p>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"viewer-2ipa155023\">Op\u00e9rationnaliser la transition scientifique africaine<\/h2>\n\n<p id=\"viewer-3r7gb55025\">Nous esquissons ici des lin\u00e9aments de propositions pratiques qui nous semblent constituer les conditions du succ\u00e8s. Cette programmatique du devenir-savant du continent pourrait tenir en cette formule\u2009: pour la transition scientifique africaine, il faut un investissement structurel et durable dans la reconstruction de l\u2019imaginaire, dans des institutions de recherche et pour une science de la durabilit\u00e9. <\/p>\n\n<p id=\"viewer-vng1f55027\">L\u2019investissement structurel est transversal \u00e0 ces trois domaines, car presque tout d\u00e9pend de la contrainte politique et financi\u00e8re, alors m\u00eame que nous sommes dans un contexte de raret\u00e9 souvent extr\u00eame. L\u2019affectation de ressources financi\u00e8res consistantes et p\u00e9rennes \u00e0 la R\u2009&amp;\u2009D universitaire publique est prioritaire pour l\u2019amorce d\u2019un processus de transformation de la recherche africaine. Dans ce processus, un r\u00f4le capital d\u2019impulsion, d\u2019organisation et de coordination est d\u00e9volu aux d\u00e9cideurs africains, qui devront r\u00e9solument prendre en main le devenir de leurs soci\u00e9t\u00e9s, mais aussi assumer leur responsabilit\u00e9 vis-\u00e0-vis de la plan\u00e8te.  <\/p>\n\n<p id=\"viewer-zlcbb55029\">Un new deal pour la recherche s\u2019av\u00e8re incontournable pour la promotion des capacit\u00e9s scientifiques et technologiques africaines. Les lieux de pouvoir scientifique restent confin\u00e9s \u00e0 ceux qui d\u00e9veloppent le savoir et l\u2019utilisent pour innover, cr\u00e9er des richesses et de l\u2019emploi. Tant que la recherche africaine ne sera pas davantage mise en \u0153uvre en Afrique, par des Africains, pour les Africains et le reste du monde, le plein potentiel de cette recherche ne se r\u00e9alisera pas et l\u2019expertise scientifique viendra au mieux d\u2019ailleurs\u2009: l\u2019impossibilit\u00e9 de d\u00e9velopper un vaccin contre la Covid-19 sur le continent en est une bonne illustration, avec la d\u00e9pendance de choix faits ailleurs afin de b\u00e9n\u00e9ficier des vaccins.  <\/p>\n\n<p id=\"viewer-onsev55031\">La recherche aujourd\u2019hui est internationale et les \u00e9changes entre chercheurs de tous les pays sont n\u00e9cessaires pour maintenir l\u2019excellence scientifique \u00e0 un niveau \u00e9lev\u00e9. Les chercheurs africains doivent avoir le choix de pouvoir d\u00e9velopper une recherche d\u2019excellence qui soit produite en Afrique. L\u2019ambition d\u2019un projet africano-europ\u00e9en comme ARISE (<a href=\"http:\/\/www.aasciences.africa\/call\/arise\">www.aasciences.africa\/call\/arise<\/a>) aujourd\u2019hui g\u00e9r\u00e9 par l\u2019AAS (African Academy of Sciences) est d\u2019appuyer l\u2019\u00e9mergence de cette excellence scientifique africaine \u00e0 travers les jeunes chercheurs. Cette ambition ouvrira le chemin vers une Afrique plus attrayante sur le plan scientifique, capable d\u2019attirer et de retenir les meilleurs cerveaux du continent qui ont parfois du mal \u00e0 structurer leurs \u00e9quipes, d\u2019engager les jeunes talents et de d\u00e9velopper des voies de recherche innovantes. ARISE a pour but de promouvoir une Afrique plus \u00e0 m\u00eame de d\u00e9cider et de mettre en place son propre agenda de recherche et de d\u00e9veloppement.    <\/p>\n\n<p id=\"viewer-pj3in55035\">Il faudrait beaucoup plus d\u2019initiatives de cette nature et des financements \u00e0 long terme pour consolider ces talents scientifiques. La restitution des flux financiers illicites[16], les partenariats avec le priv\u00e9 \u2013 notamment l\u2019implication des grands entrepreneurs africains ou des fondations qu\u2019ils cr\u00e9ent dans l\u2019appui \u00e0 la recherche \u2013 sont des pistes pour ce financement \u00e0 grande \u00e9chelle.<\/p>\n\n<p id=\"viewer-vhz5s55037\">Reconstruire les imaginaires\u2009: donner forme \u00e0 un nouveau monde est un exercice impossible sans foi ni d\u00e9sir. Il n\u2019y aura pas de r\u00e9ponse africaine \u00e0 la hauteur de ces enjeux sans une r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration et une expansion des id\u00e9es et des d\u00e9sirs. Seule une refondation \u00e9pist\u00e9mique radicale (paradigm shift) peut entra\u00eener le d\u00e9veloppement d\u2019une \u00ab pens\u00e9ehors-des-sentiers-battus \u00bb, d\u2019une \u00abpens\u00e9e-qui-ne-se-fait-pas-du-tort \u00bb. Une pens\u00e9e qui est aussi une reconqu\u00eate du pouvoir, qui s\u2019aventure, pour se r\u00e9aliser, dans une agentivit\u00e9 collective, panafricaine, internationale, en un mot, la constitution d\u2019une communaut\u00e9 de penseurs, chercheurs et cr\u00e9ateurs capables d\u2019articuler un continuum et une coh\u00e9rence entre id\u00e9es, d\u00e9sir, pouvoir pour penser les futurs des soci\u00e9t\u00e9s africaines et du monde.   <\/p>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"viewer-far7o55039\">La durabilit\u00e9 contre le devenir-n\u00e8gre<\/h2>\n\n<p id=\"viewer-9i8gp55041\">La transition scientifique africaine n\u00e9cessite une reconfiguration profonde du mode de fonctionnement de la recherche fondamentale et appliqu\u00e9e et de son \u00e9cosyst\u00e8me (enseignement sup\u00e9rieur, \u00e9dition, diffusion, coop\u00e9ration) en Afrique en particulier.<\/p>\n\n<p id=\"viewer-0wrr655043\">Il nous faut d\u00e9finitivement quitter les postures disciplinaires isol\u00e9es, ferm\u00e9es, pour aller vers la reconnaissance mutuelle des enjeux d\u2019une coop\u00e9ration b\u00e9n\u00e9fique \u00e0 tous les acteurs. La recherche reste cependant encore trop fragment\u00e9e et focalis\u00e9e sur certaines disciplines, souvent extr\u00eamement pointues, elle reste insuffisante en ce qui concerne la relation entre les r\u00e9sultats propos\u00e9s et les probl\u00e8mes \u00e0 r\u00e9soudre. Nous devons travailler rapidement et collectivement \u00e0 orienter les politiques publiques. Les recherches sur le climat, la biodiversit\u00e9 ou la d\u00e9gradation des terres, les in\u00e9galit\u00e9s, la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire sont \u00e0 ce titre exemplaires et d\u00e9montrent que les rapports r\u00e9dig\u00e9s par une communaut\u00e9 scientifique pluridisciplinaire permettent d\u2019aboutir \u00e0 des rapports de consensus scientifiques, tels ceux du Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019\u00e9volution du climat (GIEC) ou encore de la biodiversit\u00e9 et des services \u00e9cosyst\u00e9miques (IPBES). De nouveaux cadres de recherche peuvent \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9s dans le but de favoriser le dialogue entre experts de diff\u00e9rentes disciplines scientifiques et de cr\u00e9er des connaissances collectives. C\u2019est ce que des groupes d\u2019experts internationaux (GIEC, HDR, IPBES) tentent d\u00e9j\u00e0 de faire en fournissant un consensus scientifique multidisciplinaire sans lequel nous ne pourrions pas comprendre et agir sur les \u00e9volutions futures de notre plan\u00e8te. Dans ce contexte, l\u2019av\u00e8nement r\u00e9cent de la science de la durabilit\u00e9 est le signe d\u2019un changement radical dans la construction de nouveaux syst\u00e8mes de connaissance. Une caract\u00e9ristique d\u00e9terminante de cette approche est que les probl\u00e8mes de recherche sont ancr\u00e9s dans la r\u00e9solution d\u2019objectifs de d\u00e9veloppement, plut\u00f4t que dans la seule dynamique des disciplines scientifiques. L\u2019objectif est de promouvoir des connaissances interdisciplinaires, construites conjointement par des scientifiques et des acteurs de la soci\u00e9t\u00e9, dans un effort pour aller au-del\u00e0 des int\u00e9r\u00eats disciplinaires parfois trop pr\u00e9gnants. Cette science de la durabilit\u00e9 est encore marginale, mais elle est essentielle pour mieux comprendre la complexit\u00e9 du monde et trouver des solutions durables aux d\u00e9fis \u00e9conomiques, sociaux et environnementaux auxquels nos soci\u00e9t\u00e9s sont confront\u00e9es. Cependant, il est urgent de renforcer les efforts conjoints pour renforcer les connaissances en int\u00e9grant plus efficacement l\u2019\u00e9ventail complet de l\u2019expertise scientifique, en \u00e9troite coop\u00e9ration avec les d\u00e9cideurs politiques et la soci\u00e9t\u00e9 civile. \u00c0 cette fin, la gestion des maladies \u00e9mergentes est peut-\u00eatre l\u2019une des illustrations les plus convaincantes des avantages de la science de la durabilit\u00e9. R\u00e9pondre \u00e0 la crise d\u2019Ebola a n\u00e9cessit\u00e9 un effort coordonn\u00e9, orient\u00e9 vers un objectif commun \u2013 des \u00e9cologistes sp\u00e9cialis\u00e9s dans la dynamique des populations animales r\u00e9servoirs, des sociologues et des \u00e9conomistes qui \u00e9tudient les cercles vicieux de la pauvret\u00e9, des anthropologues sp\u00e9cialis\u00e9s dans la construction de repr\u00e9sentations de la maladie et, bien s\u00fbr, des sp\u00e9cialistes des maladies infectieuses et des m\u00e9decins coop\u00e9rant avec les instituts de sant\u00e9 publique et les communaut\u00e9s touch\u00e9es. L\u2019Afrique a ici une carte ma\u00eetresse \u00e0 jouer, car elle pourrait se positionner comme la future championne de l\u2019\u00e9co-d\u00e9veloppement, de l\u2019\u00e9co-technologie et de la Green IT.             <\/p>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"viewer-thta455045\">Former et faire circuler les jeunes chercheurs<\/h2>\n\n<p id=\"viewer-iglpp55047\">Former diff\u00e9remment de nouvelles g\u00e9n\u00e9rations de jeunes chercheurs devient un imp\u00e9ratif. La n\u00e9cessaire revivification de la recherche africaine est \u00e9troitement li\u00e9e au souci pratique de rendre les carri\u00e8res des universitaires et des chercheurs plus attrayantes. Ici, les meilleurs et les plus brillants d\u2019entre eux migrent \u00e0 l\u2019\u00e9tranger ou, s\u2019ils restent sur le continent, quittent le monde de la science pour gagner leur vie. Non seulement cette situation contribue \u00e0 une pr\u00e9carisation croissante du march\u00e9 du travail universitaire, mais elle sape aussi syst\u00e9matiquement la conduite de recherches fondamentales indispensables pour le d\u00e9veloppement.   <\/p>\n\n<p id=\"viewer-up9a155049\">To resolve this problem, the issue of expatriation must be resolved, and replaced by a standard of habitual mobility and return. Indeed, the reality of recent decades has been that the most qualified African students and early-career researchers seek advanced training or employment in the global North, which thus attracts the best talent[17]. The loss of this precious \u201cgrey matter\u201d and of researchers, to the benefit of countries of the North, represents not only a loss of talent, but also, in the medium and long term, a loss of economic drivers, of intellectual property, of mentors, and of structural models that could inspire future generations; as well as the loss of expertise that would otherwise be essential to successfully addressing African genetic, technological, and public health challenges (Marincola et Kariuki 2020). Moreover, if we count on the return of \u201cbrains,\u201d we only end up importing development models that are often ill-suited to the economic, political, and socio-ecological transformations that are needed locally[18]. We must add to this the much greater \u201cinternal exodus\u201d (Yachir 1978), which results in \u201ca research and training system inadequate to the requirements of autonomous social development.\u201d    <\/p>\n\n<p id=\"viewer-9i0m355051\">Today, sites of knowledge acquisition and training access appear planetary. With the Internet, distance education such as MOOCs and international student exchanges, it appears that opportunities once reserved for the wealthy are accessible to all: \u201cQuality education is thus likely to reach the most remote regions, where, traditionally, educational infrastructure has been lacking\u201d (Meyer 2017: 76). A more open, better-shared science is emerging; thus in 2018 AAS Open Research was launched to provide an immediate, high quality, peer-reviewed publication platform, enabling researchers and students associated to AAS to publish the results of their work.  <\/p>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"viewer-lc1yi55053\">Conclusion<\/h2>\n\n<p id=\"viewer-les3755055\">Si toutes les soci\u00e9t\u00e9s sont en qu\u00eate de d\u00e9veloppement durable, tous les pays n\u2019ont pas les m\u00eames contraintes socio\u00e9conomiques. Ces transformations profondes appellent des transitions sociales, \u00e9conomiques et \u00e9cologiques que seules les nations pourront d\u00e9cliner et prendre en charge. Devant la complexit\u00e9 des enjeux et l\u2019ampleur des transformations, la recherche scientifique peut d\u2019une part aider \u00e0 comprendre et int\u00e9grer les transformations que nous subissons et d\u2019autre part innover et s\u2019adapter \u00e0 ces changements. La recherche africaine doit relever tous ces d\u00e9fis alors que les enjeux plan\u00e9taires nous conduisent \u00e0 inventer de nouveaux modes de d\u00e9veloppement qui passeront par la recherche scientifique, source de connaissance et d\u2019innovation.   <\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"template":"","meta":[],"series-categories":[1352],"cat-articles":[1878],"keywords":[1879,1501,1853,1881,1498,1880],"ppma_author":[422,535],"class_list":["post-26844","series-issues","type-series-issues","status-publish","hentry","series-categories-numero-1","cat-articles-phare","keywords-2030-agenda","keywords-africa","keywords-innovation-2","keywords-planetary-issues","keywords-scientific-research","keywords-sustainability-science","author-mame-penda-ba-fr","author-philippe-cury-fr"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.6 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>The Transformation of Africa\u2019s Knowledge: Thinking African futures in response to global challenges | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-1\/the-transformation-of-africas-knowledge-thinking-african-futures-in-response-to-global-challenges\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"The Transformation of Africa\u2019s Knowledge: Thinking African futures in response to global challenges | Global Africa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"La condition humaine, les projets de l\u2019homme, la collaboration entre les hommes pour des t\u00e2ches qui augmentent la totalit\u00e9 de l\u2019homme sont des probl\u00e8mes neufs qui exigent de v\u00e9ritables inventions. Frantz Fanon, The Wretched of the Earth, 1963 [1961] Pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire humaine, le nom N\u00e8gre ne renvoie plus seulement \u00e0 la condition faite aux gens d\u2019origine africaine \u00e0 l\u2019\u00e9poque du premier capitalisme (d\u00e9pr\u00e9dations de divers ordres, d\u00e9possession de tout pouvoir d\u2019autod\u00e9termination et, surtout, du futur et du temps, ces deux matrices du possible). C\u2019est cette fongibilit\u00e9 nouvelle, cette solubilit\u00e9, son institutionnalisation en tant que nouvelle norme d\u2019existence et sa g\u00e9n\u00e9ralisation \u00e0 l\u2019ensemble de la plan\u00e8te que nous appelons le devenir-n\u00e8gre du monde. Achille Mbembe, Critique of Black Reason, 2017 [2015]. L\u2019Afrique et l\u2019enchev\u00eatrement des futurs du continent et de la plan\u00e8te Ce texte est un plaidoyer pour des r\u00e9ponses africaines aux d\u00e9fis globaux. Sa proposition centrale consiste \u00e0 soutenir que le d\u00e9fi africain du XXIe si\u00e8cle est le devenir-savant de l\u2019Afrique[1], expression par laquelle nous indiquons que l\u2019Afrique et la plan\u00e8te sont deux fronts \u00ab\u2009enchev\u00eatr\u00e9s\u2009\u00bb, dont les d\u00e9fis et les r\u00e9ponses doivent \u00eatre articul\u00e9s ensemble, et que la cr\u00e9ation de connaissances adressant simultan\u00e9ment le bien-\u00eatre durable et la gouvernance environnementale africaine et mondiale s\u2019impose par cons\u00e9quent comme l\u2019agenda prioritaire d\u2019une transition scientifique et technologique africaine qui a longtemps \u00e9t\u00e9 esp\u00e9r\u00e9e, mais jamais r\u00e9alis\u00e9e[2]. C\u2019est parce qu\u2019une telle transition ne s\u2019est jamais mise en place que l\u2019Afrique occupe aujourd\u2019hui la position subalterne qui est la sienne sur la sc\u00e8ne mondiale. \u00c0 moins de r\u00e9ussir cette transition, le risque est non seulement une d\u00e9pendance num\u00e9rique venant se surajouter \u00e0 celles qui eurent lieu durant les trois premi\u00e8res r\u00e9volutions industrielles, mais aussi et surtout l\u2019ingouvernabilit\u00e9 de g\u00e9n\u00e9rations qui ne sauraient, elles, s\u2019accommoder de repl\u00e2trages en guise de politiques publiques et de l\u2019approfondissement des in\u00e9galit\u00e9s globales. Sans compter la question de la survie m\u00eame de la plan\u00e8te qui sera plus taraudante encore si l\u2019Afrique reproduit les chemins de d\u00e9veloppement de l\u2019Occident et de l\u2019Asie. We are, then, very likely at a critical juncture that requires an explicit change of plan, far beyond reforming the research sector, in so far as \u201cwe cannot separate science from broader social forces and make the development of scientific knowledge a focus of interest only to science, for the fundamental issue is social change\u201d (Ake 1980: 5). In proposing that there is no African presence, to the self or to the world, without epistemic re-framing, we are saying nothing that is not based on already classic observations[3]. What we add is that Africa\u2019s coming knowledge could be, perhaps through a trick of History, the (best) response to the Becoming Black of the world, which Mbembe has set out in detail, or, more broadly, to the Capitalocene. Research alone can obviously not achieve all the rethinking and redoing this concept calls for; however, we can say with Amin, Atta-Mills, Bujra and Mkandawire (1978: 23) that \u201cwe believe [\u2026] that intellectual efforts interact with social forces, and can at crucial times influence them.\u201d The role of research does not end with understanding the existing transformations of our world, or with innovation. To make these transitions meaningful, and to support them, societies must put in place and train a new generation of world citizens. If, in this text, we treat Africa as a comprehensible, analysable whole on which the analysis of \u201cits\u201d future can be projected\u2014despite the term referring to such different actors, institutions, and realities\u2014it is that, beyond the geographical \u201ccontinent\u201d form, we locate an important aspiration: a feeling of belonging (I am African) and a designation (you are African). The question then becomes: How do we build a \u201ccommon\u201d future on sentiment? And at what scale are these sentiments most effective for collective action? These sentiments, like Pan-Africanism, are real, powerful, and respectable. We also adopt, here, Valentin-Yves Mudimbe\u2019s reflection on the epithet \u201cAfrican\u201d as attached to the university. This quality, according to this philosopher, does not hinge on a university\u2019s geographical location (being established in a country on the continent), nor on its composition (a university run by Africans) nor even on the teaching provided there (African subjects). These are \u201csecondary considerations\u201d; the university is African \u201cwhen it contributes as much as possible to understanding and resolving the contradictions at play in African societies, and fulfils its appropriate role in creating new social forms, in an Africa that confronts the challenge of its development, and of its adaptation to the modern world. If it does not do so, it is certainly not African, even if it is composed, from top to bottom, of Africans.\u201d (Mudimbe 1982: 101). Ce point pr\u00e9cis\u00e9, notre proposition d\u2019aligner l\u2019analyse de la situation et des futurs africains sur celle de la situation et des futurs plan\u00e9taires ressort de quatre raisons intimement li\u00e9es. La premi\u00e8re est que la d\u00e9gradation a \u00e9t\u00e9 et demeure le r\u00e9gime commun de l\u2019Afrique et de la plan\u00e8te\u2009: l\u2019une et l\u2019autre sont prises en otage depuis des si\u00e8cles par l\u2019\u00e9conomie capitaliste mondiale. Si en effet la plan\u00e8te a \u00e9t\u00e9 surexploit\u00e9e et les \u00e9cosyst\u00e8mes naturels partout d\u00e9vast\u00e9s, c\u2019est notamment dans cet espace appel\u00e9 Afrique que l\u2019exploitation a \u00e9t\u00e9 et demeure l\u2019une des plus violentes, des moins soumises au droit, des plus excessives et des plus continues (hommes, femmes et enfants, ressources naturelles, mati\u00e8res premi\u00e8res, cr\u00e9ations culturelles, flux financiers illicites, donn\u00e9es \u00e0 caract\u00e8re personnel). Deuxi\u00e8mement, partant du fait que l\u2019extractivisme est le caract\u00e8re permanent de l\u2019ultralib\u00e9ralisme et la condition de sa reproduction, on peut consid\u00e9rer que les logiques qui sous-tendent la pouss\u00e9e contre la souverainet\u00e9 politique, \u00e9conomique et culturelle de l\u2019Afrique et celle contre une nouvelle option civilisationnelle bas\u00e9e sur l\u2019\u00e9cologie ont fondamentalement partie li\u00e9e. C\u2019est pourquoi, troisi\u00e8me raison, la radicalit\u00e9 de la lutte pour la souverainet\u00e9 totale de l\u2019Afrique devra \u00eatre la m\u00eame que celle pour l\u2019advenue d\u2019une civilisation \u00e9cologique. Enfin, c\u2019est en emportant ce double pari que les r\u00e9ponses africaines enclencheront la sortie hors du devenir-n\u00e8gre du monde, et donc du capitaloc\u00e8ne4 , contribuant du m\u00eame coup\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-1\/the-transformation-of-africas-knowledge-thinking-african-futures-in-response-to-global-challenges\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Global Africa\" \/>\n<meta property=\"article:publisher\" content=\"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2026-05-09T21:58:04+00:00\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"33 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" 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Si en effet la plan\u00e8te a \u00e9t\u00e9 surexploit\u00e9e et les \u00e9cosyst\u00e8mes naturels partout d\u00e9vast\u00e9s, c\u2019est notamment dans cet espace appel\u00e9 Afrique que l\u2019exploitation a \u00e9t\u00e9 et demeure l\u2019une des plus violentes, des moins soumises au droit, des plus excessives et des plus continues (hommes, femmes et enfants, ressources naturelles, mati\u00e8res premi\u00e8res, cr\u00e9ations culturelles, flux financiers illicites, donn\u00e9es \u00e0 caract\u00e8re personnel). Deuxi\u00e8mement, partant du fait que l\u2019extractivisme est le caract\u00e8re permanent de l\u2019ultralib\u00e9ralisme et la condition de sa reproduction, on peut consid\u00e9rer que les logiques qui sous-tendent la pouss\u00e9e contre la souverainet\u00e9 politique, \u00e9conomique et culturelle de l\u2019Afrique et celle contre une nouvelle option civilisationnelle bas\u00e9e sur l\u2019\u00e9cologie ont fondamentalement partie li\u00e9e. C\u2019est pourquoi, troisi\u00e8me raison, la radicalit\u00e9 de la lutte pour la souverainet\u00e9 totale de l\u2019Afrique devra \u00eatre la m\u00eame que celle pour l\u2019advenue d\u2019une civilisation \u00e9cologique. Enfin, c\u2019est en emportant ce double pari que les r\u00e9ponses africaines enclencheront la sortie hors du devenir-n\u00e8gre du monde, et donc du capitaloc\u00e8ne4 , contribuant du m\u00eame coup","og_url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-1\/the-transformation-of-africas-knowledge-thinking-african-futures-in-response-to-global-challenges\/","og_site_name":"Global Africa","article_publisher":"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences","article_modified_time":"2026-05-09T21:58:04+00:00","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"33 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-1\/the-transformation-of-africas-knowledge-thinking-african-futures-in-response-to-global-challenges\/","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-1\/the-transformation-of-africas-knowledge-thinking-african-futures-in-response-to-global-challenges\/","name":"The Transformation of Africa\u2019s Knowledge: Thinking African futures in response to global challenges | Global Africa","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#website"},"datePublished":"2022-03-09T02:00:26+00:00","dateModified":"2026-05-09T21:58:04+00:00","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-1\/the-transformation-of-africas-knowledge-thinking-african-futures-in-response-to-global-challenges\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-1\/the-transformation-of-africas-knowledge-thinking-african-futures-in-response-to-global-challenges\/"]}]},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-1\/the-transformation-of-africas-knowledge-thinking-african-futures-in-response-to-global-challenges\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Home","item":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/accueil\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Series issues","item":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/"},{"@type":"ListItem","position":3,"name":"The Transformation of Africa\u2019s Knowledge: Thinking African futures in response to global challenges"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#website","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/","name":"Global Africa","description":"Pan-African Scientific Journal","publisher":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#organization"},"potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Organization","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#organization","name":"Global Africa","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/","logo":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#\/schema\/logo\/image\/","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Globalafrica.png","contentUrl":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Globalafrica.png","width":1680,"height":750,"caption":"Global Africa"},"image":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#\/schema\/logo\/image\/"},"sameAs":["https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences"]}]}},"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series-issues\/26844","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series-issues"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/series-issues"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=26844"}],"wp:term":[{"taxonomy":"series-categories","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series-categories?post=26844"},{"taxonomy":"cat-articles","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/cat-articles?post=26844"},{"taxonomy":"keywords","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/keywords?post=26844"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=26844"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}