{"id":26841,"date":"2022-03-09T05:11:17","date_gmt":"2022-03-09T05:11:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/reconstruire-les-savoirs-dans-les-pays-africains\/"},"modified":"2026-05-09T21:55:48","modified_gmt":"2026-05-09T21:55:48","slug":"reconstruire-les-savoirs-dans-les-pays-africains","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-1\/reconstruire-les-savoirs-dans-les-pays-africains\/","title":{"rendered":"Reconstruire les savoirs dans les pays africains"},"content":{"rendered":"\n<p id=\"viewer-foo\">Les questionnements \u00e9pist\u00e9mologiques \u2013 quel type de savoirs\u2009? Comment sont-ils produits\u2009? Dans quel but\u2009? \u2013 sont fondamentaux pour les Africains dans leur lutte pour l\u2019\u00e9mancipation politique, culturelle et \u00e9conomique. Pour imaginer et construire des futurs diff\u00e9rents, il est n\u00e9cessaire de questionner l\u2019\u00e9nonciation des paradigmes du savoir. Dans le contexte des n\u00e9cessit\u00e9s de production de nouvelles formes dans tous les domaines de la vie sociale et politique dans les pays africains, l\u2019enjeu de la production du savoir est crucial. Pas seulement parce que le continent africain fait face \u00e0 des d\u00e9fis en termes d\u2019\u00e9ducation, sant\u00e9, bien-\u00eatre\u2026 en cette \u00e8re d\u2019\u00e9conomies bas\u00e9es sur l\u2019innovation et le savoir. Mais, de mani\u00e8re plus fondamentale, parce que la production de savoir maintient et reproduit un ordre politique, un ordre \u00e9conomique et un ordre social.    <\/p>\n\n<p id=\"viewer-nzv8u137792\">Dans l\u2019histoire r\u00e9cente du continent africain, le savoir ethnologique produit sur les soci\u00e9t\u00e9s africaines joua un r\u00f4le d\u00e9cisif dans leur domination par les pays europ\u00e9ens dans la p\u00e9riode coloniale. Dans l\u2019\u00e8re contemporaine, le savoir conf\u00e8re un contr\u00f4le (ou une r\u00e9gulation) de la compr\u00e9hension du monde\u2009; \u00e0 ce titre, c\u2019est un espace de pouvoir et cela peut \u00eatre un instrument de colonialit\u00e9. <\/p>\n\n<p id=\"viewer-q5327137794\">Pour penser convenablement les d\u00e9fis auxquels font r\u00e9ellement face les pays africains, il est n\u00e9cessaire d\u2019interroger la g\u00e9opolitique du savoir dans le contexte des pays africains. Dans la premi\u00e8re section, je ferai une g\u00e9n\u00e9alogie de ce que Mudimbe appela la \u00ab\u2009biblioth\u00e8que coloniale\u2009\u00bb, et insisterai sur le r\u00f4le de cette biblioth\u00e8que coloniale dans la positionnalit\u00e9 contemporaine africaine. Dans une deuxi\u00e8me section, je mettrai particuli\u00e8rement How to cite this paper: l\u2019accent sur la n\u00e9cessit\u00e9, pour les Africains, d\u2019engager une rupture \u00e9pist\u00e9mique en \u00e9largissant la vision de ce qu\u2019est un savoir et en r\u00e9activant les ressources du conna\u00eetre incorpor\u00e9es dans leurs cultures, mais plus sp\u00e9cifiquement en produisant de nouveaux savoirs qui seront utiles pour le futur des soci\u00e9t\u00e9s africaines et du monde en g\u00e9n\u00e9ral. Dans une troisi\u00e8me section, j\u2019esquisserai les principales pistes d\u2019une construction d\u2019une \u00e9cologie africaine des savoirs.   <\/p>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"viewer-2v08x137796\">G\u00e9opolitique du savoir dans les pays africains<\/h2>\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"viewer-pze8t137798\"><em>Violence \u00e9pist\u00e9mique et biblioth\u00e8que coloniale<\/em><\/h3>\n\n<p id=\"viewer-grg0m137800\">The corpus of knowledge about Africa is largely marked by colonial ethnology and anthropology. Valentin Mudimbe named this corpus the colonial library. Since the fifteenth century, the African landscape was structured by discourses whose objective was to physically dominate the lands, to reform the minds of native inhabitants, and to integrate local economic histories into the Western perspective. (Mudimbe 1988: 2) These various forms of knowledge, principally motivated by the objective of governmentality and whose goal was the justification and the establishment of the colonial enterprise, viewed non-Western countries through the prism of cultural superiority and racial prejudice. Unfortunately, these forms of knowledge continue to largely influence the perception of the African reality, and have become an element of the perpetuation of domination or dependency.     <\/p>\n\n<p id=\"viewer-hnd9m137802\">En fait, maintenir une asym\u00e9trie \u00e9conomique entre les colonies et la M\u00e9tropole impliquait que cette derni\u00e8re exer\u00e7\u00e2t un contr\u00f4le politique absolu sur les colonies. Et pourtant, ce contr\u00f4le aurait \u00e9t\u00e9 impossible sans des croyances largement partag\u00e9es en la pr\u00e9dominance culturelle des colonisateurs. Il \u00e9tait d\u2019une importance vitale pour les colonisateurs d\u2019\u00e9tablir ce sens de la sup\u00e9riorit\u00e9 pour ne pas simplement conqu\u00e9rir les terres et les ressources des colonies, mais aussi leurs c\u0153urs et leurs esprits. En cons\u00e9quence de quoi l\u2019injustice \u00e9conomique et politique qui est inh\u00e9rente \u00e0 la colonisation comporte une couche suppl\u00e9mentaire d\u2019injustice culturelle. Ce processus est appel\u00e9 par Rajeev Bhargaba injustice \u00e9pist\u00e9mique. Il a eu lieu de la m\u00eame mani\u00e8re en Inde et dans les pays africains. Il commence quand les concepts et les cat\u00e9gories gr\u00e2ce auxquelles un peuple se comprend lui-m\u00eame, aussi bien que son univers, sont remplac\u00e9s par les concepts et les cat\u00e9gories des colonisateurs.   <\/p>\n\n<p id=\"viewer-4mbpg137804\">Ainsi, le syst\u00e8me de signification et de cat\u00e9gories prenant en compte l\u2019orientation individuelle et collective des peuples domin\u00e9s a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par le sens et les cat\u00e9gories du colon, et cela a \u00e9t\u00e9 fait par un d\u00e9nigrement des valeurs des communaut\u00e9s locales, aussi bien que de leur production de savoir. Ce processus d\u2019int\u00e9riorisation des cadres culturels et \u00e9pist\u00e9miques appartenant aux peuples colonis\u00e9s est d\u2019abord d\u00e9ploy\u00e9 dans le discours des colonisateurs puis il est cristallis\u00e9 au sein de travaux th\u00e9oriques (ethnologiques et anthropologiques) effectu\u00e9s par les colonisateurs. <\/p>\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"viewer-uksjx137806\"><em>Africaniser les sciences sociales et les humanit\u00e9s<\/em><\/h3>\n\n<p id=\"viewer-5u9zg137808\">Pour Valentin Mudimbe, Kwasi Wiredu, et Ngugi wa Thiong\u2019o, afin que l\u2019Africain recouvre profond\u00e9ment sa souverainet\u00e9 et sa f\u00e9condit\u00e9, il est urgent d\u2019aborder la question de la lib\u00e9ration du discours africain (philosophique et scientifique) pour \u00e9tablir des sciences sociales africaines. Pour ces penseurs, il est important de devenir le sujet de son propre discours scientifique et de d\u00e9terminer sa pratique en accord avec ses propres normes et crit\u00e8res. <\/p>\n\n<p id=\"viewer-5ufsz137810\">Pour Mudimbe et Wiredu, il y a une n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019op\u00e9rer une transformation radicale des sciences humaines et sociales telles qu\u2019elles sont enseign\u00e9es actuellement dans les universit\u00e9s africaines. Ce projet de reconstruction requiert de refondre les sciences sociales en commen\u00e7ant par l\u2019interrogation \u00e9pist\u00e9mologique concernant les objets, les m\u00e9thodes et le statut du savoir produit par les sciences humaines et sociales telles qu\u2019elles sont appliqu\u00e9es aux r\u00e9alit\u00e9s africaines. D\u00e9construire la raison coloniale-ethnologique commence par une critique radicale des discours produits, de leurs charpentes th\u00e9oriques et de leurs soubassements id\u00e9ologiques.  <\/p>\n\n<p id=\"viewer-tpcmo137812\">Pour Wiredu et Mudimbe, afin d\u2019\u00e9chapper d\u00e9finitivement \u00e0 une ali\u00e9nation scientifique qui les guette constamment, les chercheurs africains doivent endosser la responsabilit\u00e9 d\u2019une pens\u00e9e en \u00e9tablissant un discours scientifique qui serait l\u2019expression de la vie mat\u00e9rielle au sein de leurs propres contextes sociopolitiques. Cette activit\u00e9 de pens\u00e9e doit s\u2019enraciner au sein du pr\u00e9sent, portant une attention soigneuse \u00e0 son propre environnement arch\u00e9ologique sp\u00e9cifique et aux tendances r\u00e9elles des diverses soci\u00e9t\u00e9s de l\u2019Afrique et \u00e0 leurs plus compl\u00e8tes et concr\u00e8tes expressions. Il s\u2019agit d\u2019int\u00e9grer la v\u00e9ritable complexit\u00e9 des formations sociales africaines, et de ne plus les consid\u00e9rer comme des copies carbone de l\u2019histoire occidentale, mais comme ayant leur sp\u00e9cificit\u00e9 culturelle et historique propre.  <\/p>\n\n<p id=\"viewer-e7vyv137814\">Les initiateurs des sciences sociales africaines (Kagame, Lufuwalbo, Mulago, Mbiti) ont \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9s pour avoir simplement repris les cat\u00e9gories, concepts, sch\u00e9mas et syst\u00e8mes occidentaux afin d\u2019y couler les \u00ab\u2009entit\u00e9s\u2009\u00bb africaines. Ces critiques, selon Mudimbe, sont maladroitement exprim\u00e9es ou infond\u00e9es et \u00e9ludent trop facilement une question majeure, celle du sens de la diff\u00e9rence qui doit se faire par rapport \u00e0 l\u2019Occident et de ce qu\u2019il en co\u00fbte r\u00e9ellement d\u2019assumer cette diff\u00e9rence. <\/p>\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>To really escape from the West supposes being able to appreciate exactly what it costs to be detached from it; it presupposes to know up to which point the West, insidiously perhaps, is close to us; it supposes to know what allows us to think in opposition to the West, what is still Western; and to measure in what our recourse against it is still perhaps a ruse that it opposes us and at the end of which it is waiting for us, unmoved and elsewhere. (Mudimbe 1982: 12-13) <\/p>\n<\/blockquote>\n\n<p id=\"viewer-opc94137818\">L\u2019ordre du discours occidental, espace d\u00e9limit\u00e9 en fonction d\u2019une structure \u00e9conomique et d\u2019une arch\u00e9ologie culturelle, rend seulement compte d\u2019autres cultures ou d\u2019autres syst\u00e8mes par r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 lui-m\u00eame et, selon Mudimbe, dans la sp\u00e9cificit\u00e9 d\u2019une exp\u00e9rience qui serait irr\u00e9ductible \u00e0 celui-ci.<\/p>\n\n<p id=\"viewer-widnv137820\">La limite des approches syncr\u00e9tistes selon Mudimbe consiste dans le fait que l\u2019africanisation des sciences est seulement pens\u00e9e sous les modalit\u00e9s d\u2019application (\u00e9conomie, droit, sociologie). Il est fort heureux que des chercheurs africains (C. A. Diop, Obenga) voulant refaire \u00e0 partir de rien l\u2019histoire de l\u2019Afrique montrent de mani\u00e8re concr\u00e8te comment reconcevoir l\u2019organisation des disciplines h\u00e9rit\u00e9e de l\u2019Occident, par quelles techniques habiles et subtiles d\u00e9structurer le contr\u00f4le des doctrines et des appropriations sociales du discours scientifique. <\/p>\n\n<p id=\"viewer-vuwdi137822\">L\u2019une des voies de l\u2019Africanisation des sciences humaines et sociales serait le recours aux ressources herm\u00e9neutiques des langues africaines comme outils pour d\u00e9coloniser la pens\u00e9e et r\u00e9organiser les ordres du savoir. Le philosophe k\u00e9nyan Odera Oruka plaide pour une lecture philosophique des ressources des langues vernaculaires africaines. Son approche herm\u00e9neutique, en explorant les ressources orales (mythes et proverbes) des langues kenyanes, lui permet de mettre en \u00e9vidence la sagacit\u00e9 philosophique de ce corpus. Les \u00ab\u2009Wisemen-woman\u2009\u00bb (sages) \u00e9tudi\u00e9s par Odera Oruka sont des philosophes, car elles sont capables de r\u00e9flexivit\u00e9 et de distance critique par rapport \u00e0 leur corpus.   <\/p>\n\n<p id=\"viewer-ykrsp137824\">Valentin Mudimbe, dans L\u2019Odeur du p\u00e8re, questionne ce qu\u2019est l\u2019ordre du discours pour les sciences humaines et sociales africaines. Comment circonvenir ou surmonter le paradoxe essentiel qui a marqu\u00e9 la lib\u00e9ration du discours n\u00e8gre qui a d\u00fb se baser sur les travaux des anthropologues africanistes pour se construire (n\u00e9gritude)\u2026 Mudimbe questionne la mani\u00e8re d\u2019articuler une pens\u00e9e africaine authentique qui rendrait compte fid\u00e8lement de l\u2019ordre et des normes du discours africain.  <\/p>\n\n<p id=\"viewer-admvb137826\">Mudimbe croit qu\u2019en entreprenant une r\u00e9volution linguistique radicale, le remplacement des langues europ\u00e9ennes par des langues africaines, un ordre de discours diff\u00e9rent \u00e9mergerait. Changer \u00ab\u2009l\u2019instrument linguistique de connaissance et de production scientifique provoquerait assur\u00e9ment une rupture \u00e9pist\u00e9mologique et ouvrirait la voie \u00e0 une aventure nouvelle pour l\u2019Afrique\u2009\u00bb, de la m\u00eame mani\u00e8re que \u00ab\u2009les promoteurs de la pens\u00e9e grecque en transplantant dans leur langue, technique, m\u00e9thodes et usages de la connaissance re\u00e7ue de l\u2019\u00c9gypte ont d\u00e9clench\u00e9 une r\u00e9organisation du savoir et de la vie dont l\u2019ordre essentiel est toujours actuel et encore en cours.\u2009\u00bb (Mudimbe, 1982, pp. 47) En tout cas, un nouvel univers verrait le jour. Et dans cette perspective, l\u2019\u00e9tablissement des sciences humaines et sociales v\u00e9ritablement africaines serait effectif, \u00e0 savoir des pratiques de savoir qui seraient en harmonie \u00e0 la fois avec les d\u00e9grad\u00e9s des cultures africaines et avec les postulats de notre modernit\u00e9.    <\/p>\n\n<p id=\"viewer-py5yn137828\">Ngugi wa Thiong\u2019o estime \u00e9galement que red\u00e9couvrir la vitalit\u00e9 des langues africaines ne prendrait pas seulement en compte la d\u00e9colonisation des esprits et des imaginaires, mais r\u00e9v\u00e9lerait aussi les int\u00e9riorit\u00e9s et les univers signifiants, inscrits au sein d\u2019un ordre du monde qui conforme intimement le sens pour les Africains. Les langues ouvrent des galaxies, des univers, et des mondes que l\u2019on doit explorer. <\/p>\n\n<p id=\"viewer-cqto5137830\">Les langues africaines pourraient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme des points d\u2019acc\u00e8s privil\u00e9gi\u00e9s au soin \u00e0 apporter et \u00e0 la gestion des cultures en question ainsi qu\u2019\u00e0 leurs contenus en termes de pens\u00e9e et de formes de savoir. Les travaux d\u2019Alexis Kagam\u00e9, de Benveniste et de Wittgenstein1 ont fourni certaines preuves du lien entre la pens\u00e9e et la structure syntaxique et grammaticale des langues. <\/p>\n\n<p id=\"viewer-5y2k4137832\">Cette vision de Kagame et Benveniste est quelque peu nuanc\u00e9e et att\u00e9nu\u00e9e par le d\u00e9veloppement r\u00e9cent de la philosophie linguistique r\u00e9alis\u00e9 par Souleymane Bachir Diagne et Kwasi Wiredu. Kwasi Wiredu s\u2019int\u00e9resse aux ressources philosophiques de la langue akan tout en \u00e9vitant une approche ethnophilosophique. Pour Wiredu, la langue n\u2019est pas cens\u00e9e r\u00e9v\u00e9ler les pens\u00e9es collectives de la culture akan, comme le postulent les ethnophilosophes (Kagame, Tempels, etc.)\u2009; c\u2019est une ressource herm\u00e9neutique qui tient compte de nouvelles explorations critiques en philosophie africaine contemporaine.  <\/p>\n\n<p id=\"viewer-0door137834\">Dans la m\u00eame veine, Souleymane Bachir Diagne s\u2019interroge sur les enjeux que la diversit\u00e9 des langues constitue pour la cognition. Chaque langue nous enferme-t-elle dans un syst\u00e8me de pens\u00e9e irr\u00e9ductible\u2009? Peut-on purement et simplement identifier repr\u00e9sentations linguistiques et repr\u00e9sentations cognitives, comme les grammaires cognitives semblent le faire\u2009? Dans son entreprise d\u2019anthropologie cognitive globale, il se pose les questions suivantes\u2009: la langue d\u00e9termine-t-elle les cat\u00e9gories logiques que nous utilisons aussi bien que les notions fondamentales que nous avons de l\u2019\u00eatre, du temps, etc. ?   <\/p>\n\n<p id=\"viewer-ilsxg137836\">Selon Souleymane Bachir Diagne, il ne s\u2019agit plus de critiquer l\u2019ethnophilosophie au nom de la philosophie, mais de s\u00e9rieusement reprendre \u00e0 nouveau ce qui a \u00e9t\u00e9 vis\u00e9 dans l\u2019entreprise et qui s\u2019est \u00e9gar\u00e9 dans l\u2019impasse d\u2019une philosophie ethnique. Il nous invite, avec Catherine Fuchs, \u00e0 aller au-del\u00e0 du relativisme linguistique de Sapir et Whorf, Kagame, et Benveniste. La langue incline \u00e0 penser. Elle \u00ab\u2009incline sans n\u00e9cessiter\u2009\u00bb, comme dit Leibniz.   <\/p>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"viewer-chd45137838\">Les sciences humaines dans une perspective africaine, la rupture \u00e9pist\u00e9mique<\/h2>\n\n<p id=\"viewer-yyvx5137840\">Cette rupture \u00e9pist\u00e9mique que je convoque n\u2019est pas seulement une meilleure application des sciences sociales occidentales (les pr\u00e9tendues humanit\u00e9s) aux r\u00e9alit\u00e9s africaines ou une meilleure inculturation de ces derni\u00e8res. Tel est l\u2019argument principal de Mudimbe. Mon propos est que nous devons reconna\u00eetre la diversit\u00e9 des approches de la r\u00e9alit\u00e9 en fonction des civilisations et des \u00e8res, une pluralit\u00e9 de moyens de connaissance, aussi bien qu\u2019une relativit\u00e9 gnos\u00e9ologique et \u00e9pist\u00e9mologique.  <\/p>\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Je propose de repenser la pluralit\u00e9 des p\u00e9riples de la pens\u00e9e humaine, partant de l\u2019id\u00e9e d\u2019une \u00e9galit\u00e9 de principe des diff\u00e9rentes traditions de pens\u00e9e ou des pratiques discursives tout en reconnaissant leur incommensurabilit\u00e9. Cela nous am\u00e8ne \u00e0 consid\u00e9rer ces diff\u00e9rentes traditions de pens\u00e9e \u00e0 partir de leurs horizons et des configurations du pensable qu\u2019elles proposent\u2009; comme des p\u00e9riples uniques de l\u2019esprit qui se sont construits de mani\u00e8re concomitante, fa\u00e7onn\u00e9s par les cultures o\u00f9 ils s\u2019originent. Cela ne signifie pas qu\u2019il n\u2019y ait pas de circulation des id\u00e9es et de la pens\u00e9e \u00e0 travers les r\u00e9gions et les \u00e8res.  <\/p>\n<\/blockquote>\n\n<p id=\"viewer-c28u8137844\">Penser \u00e0 ces questions dans un contexte africain convoque une rupture \u00e9pist\u00e9mique. Incorporer la complexit\u00e9 des structures sociales africaines, et les embrasser, dans leur sp\u00e9cificit\u00e9 culturelle et historique, dans la production du savoir, requiert un changement de position au sein des champs du savoir constitu\u00e9 et une refonte\u2009; un acte de pens\u00e9e qui pr\u00eate une attention particuli\u00e8re aux orientations actuelles des soci\u00e9t\u00e9s examin\u00e9es. <\/p>\n\n<p id=\"viewer-osxgd137846\">Ce projet de restructuration nous engage \u00e0 reconsid\u00e9rer compl\u00e8tement les sciences sociales, et n\u00e9cessite une remise en question \u00e9pist\u00e9mologique des objets, m\u00e9thodes et statut du savoir produit par les sciences humaines et sociales, en tant qu\u2019appliqu\u00e9 aux r\u00e9alit\u00e9s africaines. L\u2019obstacle majeur d\u2019une telle approche reste la difficult\u00e9 \u00e0 d\u00e9terminer un champ \u00e9pist\u00e9mologique, en d\u2019autres termes, les objets sp\u00e9cifiques qu\u2019il convient d\u2019\u00e9tudier, mais aussi les m\u00e9thodes n\u00e9cessaires pour le faire. <\/p>\n\n<p id=\"viewer-5mnr3137848\">Une critique r\u00e9currente de la vision occidentale du savoir est qu\u2019elle surestime les pr\u00e9rogatives du sujet en se fondant sur l\u2019illusion que ce dernier, par ses propres moyens (la raison et\/ou les sens) peut produire une pens\u00e9e qui refl\u00e8te la complexit\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9. L\u2019\u00e9cueil de la m\u00e9thodologie europ\u00e9enne consiste \u00e0 s\u00e9lectionner un crit\u00e8re singulier pour expliquer la r\u00e9alit\u00e9. <\/p>\n\n<p id=\"viewer-3agc7137850\">La f\u00e9condit\u00e9 de l\u2019approche m\u00e9thodologique bas\u00e9e sur le principe du tiers exclu2 doit \u00eatre reconsid\u00e9r\u00e9e. Cette approche distingue le sujet de l\u2019objet pour interpr\u00e9ter la r\u00e9alit\u00e9. Faisant des objets des entit\u00e9s momentan\u00e9es et d\u00e9coupant la r\u00e9alit\u00e9 en petites portions que nous tentons ensuite de reconstituer. Ce positivisme r\u00e9siduel dans la tradition \u00e9pist\u00e9mologique occidentale est bas\u00e9 sur un atomisme qui date de deux mille ans. Cette approche fut utile pour le d\u00e9veloppement de la physique et des sciences naturelles, mais elle s\u2019av\u00e8re bien moins profitable lorsqu\u2019il s\u2019agit des sciences humaines et sociales, car les objets d\u2019\u00e9tude sont multistratifi\u00e9s et le sujet n\u2019est pas s\u00e9par\u00e9 de l\u2019objet. De la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019en physique quantique, la position de l\u2019observateur modifie l\u2019objet qui est observ\u00e9.     <\/p>\n\n<p id=\"viewer-k06lg137852\">L\u2019id\u00e9e est d\u2019\u00eatre capable d\u2019aller au-del\u00e0 de la dichotomie entre le sujet et l\u2019objet en attribuant au sujet les qualit\u00e9s d\u2019un objet et vice versa \u2013 \u00e0 l\u2019objet les capacit\u00e9s d\u2019un sujet (c\u2019est-\u00e0-dire de produire du savoir et l\u2019aptitude \u00e0 changer le point de vue de l\u2019observateur). Une production de savoir depuis un point de vue bifocal, par combinaison d\u2019une distance critique ad\u00e9quate et d\u2019une compr\u00e9hension depuis l\u2019int\u00e9rieur. <\/p>\n\n<p id=\"viewer-9jlxv137854\">Mais plus fondamentalement, la question est d\u2019acqu\u00e9rir un savoir plus en profondeur sur les soci\u00e9t\u00e9s et les cultures africaines, qui sont bas\u00e9es \u00e9galement sur leurs propres crit\u00e8res gnos\u00e9ologiques. Pour accomplir cela, il est n\u00e9cessaire d\u2019adopter d\u2019autres modes de compr\u00e9hension de la r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du savoir scientifique tel qu\u2019il est actuellement constitu\u00e9. L\u2019exploration des territoires relativement peu familiers des ontomythologies et \u00e9pist\u00e9mogonies africaines autorise une approche plus ouverte des diff\u00e9rents types de savoirs qui ont aid\u00e9 et sauvegard\u00e9 les soci\u00e9t\u00e9s africaines dans leur longue histoire. Ceux-ci constituent des mani\u00e8res de conna\u00eetre qui ont fait la d\u00e9monstration de leurs attributs op\u00e9rationnels \u00e0 long terme dans diff\u00e9rentes aires de l\u2019activit\u00e9 humaine\u2009: savoir th\u00e9rapeutique et environnemental, savoir-faire technique, savoir social, historique, psychologique, \u00e9conomique et agronomique. Ces savoirs ont assur\u00e9 la survie, la croissance et la durabilit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s africaines. Afin de mobiliser ces savoirs, il est n\u00e9cessaire d\u2019explorer les multiples expressions culturelles et les ressources linguistiques africaines.     <\/p>\n\n<p id=\"viewer-t3jrt137856\">Nous nous engageons \u00e9galement dans un d\u00e9bat autour d\u2019une th\u00e9orie de la connaissance limit\u00e9e par les fronti\u00e8res de la vision occidentale du savoir, en remettant en question l\u2019exclusivit\u00e9 de l\u2019\u00e9pist\u00e9m\u00e9 logocentrique et l\u2019arraisonnement des modes de compr\u00e9hensibilit\u00e9 par le mode singulier de la pens\u00e9e \u00e9crite. Il s\u2019agit de reconsid\u00e9rer la question du savoir dans ses racines profondes. <\/p>\n\n<p id=\"viewer-kcvqn137858\">L\u2019objectif est de repenser les conditions de possibilit\u00e9 d\u2019un savoir. \u00ab\u2009Que puis-je conna\u00eetre\u2009?\u2009\u00bb est la question pos\u00e9e par Kant dans sa Critique de la raison pure. \u00ab\u2009Comment une connaissance est-elle possible\u2009?\u2009\u00bb Ces questions ont d\u00e9fini la physique et la m\u00e9taphysique au XVIIIe si\u00e8cle.   <\/p>\n\n<p id=\"viewer-gf308137860\">Les questions que nous devrions plut\u00f4t nous poser pourraient \u00eatre celles-ci\u2009: que nous apprennent les mani\u00e8res de penser non discursives sur la r\u00e9alit\u00e9\u2009? Cet examen du savoir sera d\u00e9velopp\u00e9 en consid\u00e9rant les objets de la qu\u00eate \u00e9pist\u00e9mologique aussi bien que ses mani\u00e8res de percevoir la r\u00e9alit\u00e9. Depuis le temps d\u2019Aristote, expliquer revient \u00e0 d\u00e9terminer les causes ou \u00e0 identifier les causes premi\u00e8res. La pens\u00e9e de la \u00ab\u2009causalit\u00e9 lin\u00e9aire\u2009\u00bb a une limite, et c\u2019est la cause premi\u00e8re. La pens\u00e9e complexe et dialogique (promue par E. Morin) a rendu possible de voir en termes relatifs ce mode d\u2019interpr\u00e9tation de la r\u00e9alit\u00e9 en r\u00e9v\u00e9lant ses limitations.    <\/p>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"viewer-yrlti137862\">Construire une \u00e9cologie africaine des savoirs<\/h2>\n\n<p id=\"viewer-7wrqm137864\">Reconstruire les savoirs en Afrique pourrait se mener en mettant en place une \u00e9cologie des savoirs \u2013 dans laquelle les disciplines, les approches et les m\u00e9thodologies sont consid\u00e9r\u00e9es dans leur propre int\u00e9grit\u00e9, mais sont ins\u00e9r\u00e9es dans une \u00e9cologie o\u00f9 elles peuvent interagir et produire de nouveaux savoirs. J\u2019emprunte \u00e0 Margarita Bowen et Boaventoura de Sousa Santos la notion d\u2019\u00e9cologie des savoirs. Tout en acceptant que les savoirs d\u00e9rivent de l\u2019exp\u00e9rience, la notion d\u2019\u00e9cologie des savoirs renvoie \u00e0 un concept d\u2019exp\u00e9rience beaucoup plus large, en accord avec une conception \u00e9cosyst\u00e9mique plus dynamique du monde. Margarita Bowen, l\u2019historienne des sciences australienne qui a sugg\u00e9r\u00e9 en 1985 le terme d\u2019\u00e9cologie des savoirs, met l\u2019accent sur le fait que toutes les id\u00e9es ou actions qui \u00e9manent de l\u2019observation sont elles-m\u00eames incorpor\u00e9es et font partie de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me global. Cette \u00e9vidence sugg\u00e8re une coupure radicale avec le mod\u00e8le \u00e9tabli et positiviste de la m\u00e9thode scientifique exacte, dans lequel le chercheur \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme ind\u00e9pendant, du moins intellectuellement, des objets d\u2019observation, et donc capable de collecter des donn\u00e9es fiables (faits objectifs) par l\u2019analyse des perceptions sensorielles pour en garantir l\u2019exactitude. David Lowenthal (1961) affirme que la perception n\u2019est pas une question de sens uniquement\u2009: \u00ab\u2009sentir, penser, ressentir et croire sont des processus simultan\u00e9s et interd\u00e9pendants\u2009\u00bb.    <\/p>\n\n<p id=\"viewer-oiocs137866\">Les questions que nous devrions nous poser pourraient \u00eatre celles-ci\u2009: peut-on \u00e9largir la notion de perception\u2009? Peut-on envisager une \u00e9pist\u00e9mologie des sens\u2009? Pouvons-nous consid\u00e9rer les arts, la danse, le th\u00e9\u00e2tre et les corps comme des lieux de savoir\u2009?  <\/p>\n\n<p id=\"viewer-j8tud137868\">L\u2019id\u00e9e est d\u2019identifier un pluralisme \u00e9pist\u00e9mologique qui reconnaisse la particularit\u00e9 de la science et son efficacit\u00e9 dans certains domaines, tout en contestant sa pr\u00e9tention \u00e0 d\u00e9tenir le monopole de la v\u00e9rit\u00e9, et sa vis\u00e9e \u00e0 disqualifier d\u2019autres formes de savoir. Mon propos est de contester la pr\u00e9tention scientifique \u00e0 constituer le seul savoir l\u00e9gitime et vrai d\u2019une part, mais aussi le relativisme postmoderne selon lequel tous les savoirs se valent, d\u2019autre part. Mon propos n\u2019est pas d\u2019attribuer la m\u00eame aptitude (capacit\u00e9) \u00e0 tous les types de savoirs, mais de permettre une discussion pragmatique entre des crit\u00e8res alternatifs de validit\u00e9. Une discussion qui ne disqualifie pas imm\u00e9diatement les savoirs qui sont en dehors du canon scientifique. Reconstruire les savoirs en Afrique, c\u2019est \u00eatre apte \u00e0 se baser sur tous les types de savoirs produits par les soci\u00e9t\u00e9s africaines \u00e0 travers les temps, et de r\u00e9activer ceux qui op\u00e8rent encore dans des domaines vari\u00e9s de la vie.    <\/p>\n\n<p id=\"viewer-6eppo137870\">Cela signifie d\u2019en finir avec une monoculture du conna\u00eetre en admettant une constellation de savoirs divers qui interagissent et sont compl\u00e9mentaires, et aussi des savoirs qui peuvent \u00eatre traduits les uns dans les autres, en \u00e9vitant la fragmentation et la non-communicabilit\u00e9 de divers types de savoir. En outre, aller au-del\u00e0 de l\u2019id\u00e9e que les savoirs sont situ\u00e9s et d\u00e9pendent exclusivement des conditions dans lesquelles ils sont produits. Le savoir est \u00e0 la fois situ\u00e9 et trans-situ\u00e9.  <\/p>\n\n<p id=\"viewer-5psna137872\">L\u2019intelligence humaine r\u00e9side dans notre aptitude \u00e0 aller au-del\u00e0 des diverses possibilit\u00e9s de penser, \u00e0 les comprendre et \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer un dialogue entre elles.<\/p>\n\n<p id=\"viewer-6vjer137874\">Une \u00e9cologie des savoirs ne sera pas une recherche syst\u00e9matique en vue de la v\u00e9rit\u00e9 ultime, mais plut\u00f4t une tentative de pr\u00e9senter ces possibilit\u00e9s afin de produire quelque chose d\u2019intelligible et d\u2019utile \u00e0 partir des rencontres d\u2019une pluralit\u00e9 de mani\u00e8res de conna\u00eetre, en produisant des savoirs et des pratiques discursives. L\u2019objectif ultime de cette rupture \u00e9pist\u00e9mologique est la construction d\u2019une biblioth\u00e8que qui embrasse toutes les biblioth\u00e8ques (biblioth\u00e8ques des \u00e9pist\u00e9mologies du logos et du non-logos, des archives anticoloniales, coloniales, postcoloniales, d\u00e9coloniales et vari\u00e9es, des pens\u00e9es et des savoirs) diss\u00e9min\u00e9es dans les soci\u00e9t\u00e9s. Cette biblioth\u00e8que active la production de nouveaux savoirs et de nouvelles mani\u00e8res de conna\u00eetre, ainsi qu\u2019une reconnaissance int\u00e9grale de l\u2019ignorance, qui repr\u00e9sente ce qui est ignor\u00e9 (non consid\u00e9r\u00e9 comme un savoir), mais aussi ce que nous ne savons pas encore. Elle est donc un espace de cr\u00e9ativit\u00e9 et d\u2019innovation. L\u2019ambition d\u2019une telle \u00e9cologie des savoirs pourrait \u00eatre, en synchronie et en diachronie, d\u2019\u00e9tudier la vie des id\u00e9es (leur pr\u00e9sent et leur futur)\u2009; les variations historiques dans la r\u00e9ponse aux questions humaines fondamentales, exprim\u00e9es dans la pens\u00e9e collective de grands groupes d\u2019individus.     <\/p>\n\n<p id=\"viewer-qtfai137876\">En cons\u00e9quence, la r\u00e9flexion sur les transformations sociales et la production de savoir et de culture d\u2019une \u00e8re linguistique n\u00e9cessitent une compr\u00e9hension de l\u2019environnement global qui produit du sens. Cela se justifie par le fait que les \u00e9nonc\u00e9s philosophiques, les conjectures l\u00e9gales ou universitaires, ou les processus litt\u00e9raires ou les images po\u00e9tiques r\u00e9currentes, ne prennent r\u00e9ellement sens que reli\u00e9s les uns aux autres dans la topographie interactive du discours social tout entier. <\/p>\n\n<p id=\"viewer-5lnn2137878\">Dans cette perspective, une \u00e9cologie africaine des savoirs pourrait devenir une entreprise multidisciplinaire qui explore aussi bien les litt\u00e9ratures que les savoirs canoniques, les arts, les solutions pratiques et les croyances collectives, la production mat\u00e9rielle, les savoirs th\u00e9oriques dans leurs versions raffin\u00e9es et simplistes, savantes ou non.<\/p>\n\n<p id=\"viewer-pgy7q137880\">Une telle signification ne peut \u00eatre per\u00e7ue par des \u00e9tudes sectorielles, qui pratiquent une \u00ab\u2009division du travail\u2009\u00bb dans un r\u00e9gime fordiste continu de disciplines. Cette \u00e9cologie africaine des savoirs doit aller au-del\u00e0 de l\u2019analyse de champs et de genres discursifs d\u00e9finis \u2013 philosophiques, religieux, scientifiques, litt\u00e9raires, politiques. La r\u00e9alisation d\u2019une telle entreprise, dans le contexte des pays africains, soul\u00e8ve la question des sources et en particulier celle des sources orales, porteuses, plus que toute autre, de la m\u00e9moire collective et de la production de savoirs des soci\u00e9t\u00e9s africaines.  <\/p>\n\n<p id=\"viewer-pr5tw137882\">Il faut juste rappeler que les soci\u00e9t\u00e9s africaines ont connu des syst\u00e8mes d\u2019\u00e9criture qui ont jou\u00e9 diff\u00e9rents r\u00f4les dans l\u2019archivage et la conservation de leur patrimoine culturel. Certains syst\u00e8mes d\u2019\u00e9criture \u00e9taient r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 une \u00e9lite, tandis que d\u2019autres \u00e9taient plus largement diffus\u00e9s. Pour nous, il s\u2019agit de s\u2019\u00e9loigner du paradigme scriptural, qui voit dans l\u2019\u00e9criture le moyen exclusif de transmettre la m\u00e9moire collective et le patrimoine cognitif et culturel d\u2019un peuple. De nombreux groupes humains n\u2019ont pas eu besoin de l\u2019\u00e9criture pour transmettre leur capital culturel.   <\/p>\n\n<p id=\"viewer-ie46y137884\">Il n\u2019y a pas de groupe humain sans langue, et sans moyen codifi\u00e9 de perp\u00e9tuer sa m\u00e9moire collective, et donc sans moyen d\u2019\u00e9changer des textes \u00e0 distance. Les soci\u00e9t\u00e9s ouest-africaines ont produit un patrimoine culturel et cognitif qui les a rendues aptes \u00e0 assurer leur survie \u00e0 long terme. Pour le mobiliser, il est n\u00e9cessaire d\u2019explorer leurs arts du langage, qui incluent des traditions orales, des cosmogonies, des mythes, des expressions culturelles diverses. Il s\u2019agit de remettre en question ces cultures \u00e0 travers les processus qu\u2019elles ont principalement utilis\u00e9s pour transmettre leurs savoirs et leur m\u00e9moire collective.   <\/p>\n\n<p id=\"viewer-rjm7q137886\">Dans le contexte africain, outre l\u2019exploration des sources \u00e9crites et orales, les artefacts et les objets peuvent \u00e9galement jouer un r\u00f4le consid\u00e9rable dans une arch\u00e9ologie des savoirs. Ils peuvent aider \u00e0 r\u00e9\u00e9crire l\u2019histoire\u2009; ils incluent \u00e9galement les savoirs et r\u00e9v\u00e8lent des univers \u00e9pist\u00e9mologiques alternatifs. <\/p>\n\n<p id=\"viewer-pz5mw137888\">Toute soci\u00e9t\u00e9 (culture ou civilisation) transmet un patrimoine et perp\u00e9tue une matrice culturelle qui convoie son identit\u00e9 \u00e0 travers le temps, la transformant au gr\u00e9 de l\u2019\u00e9volution du monde.<\/p>\n\n<p id=\"viewer-6upu5137890\">La question est de savoir comment caract\u00e9riser cette transformation.<\/p>\n\n<p id=\"viewer-t8tom137892\">La t\u00e2che sera d\u2019\u00e9tudier, dans le contexte des pays africains, les \u00e9l\u00e9ments de cette matrice culturelle\u2009: ses diverses composantes, au-del\u00e0 de l\u2019analyse de la constitution des traditions intellectuelles. Mais aussi de s\u2019int\u00e9resser aux processus de m\u00e9tamorphoses significatives au sein d\u2019une culture. Cela soul\u00e8ve la question de savoir comment les civilisations se transforment (par mouvement interne ou par r\u00e9ception et int\u00e9gration d\u2019influences \u00e9trang\u00e8res). Afin d\u2019\u00e9tudier l\u2019histoire de la transformation de la matrice culturelle, il sera n\u00e9cessaire de recourir \u00e0 des \u00e9tudes transculturelles. Si nous ouvrons le champ de vision m\u00e9thodologique et d\u00e9pla\u00e7ons la g\u00e9ographie de notre Raison, une \u00e9cologie des savoirs peut \u00eatre un champ d\u2019\u00e9tude des questions majeures de notre temps, fond\u00e9 sur des archives davantage plurielles.   <\/p>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"viewer-jv2yt137894\">Conclusion<\/h2>\n\n<p id=\"viewer-0o6od137896\">Pour faire face aux d\u00e9fis que le continent africain aborde, il est urgent d\u2019am\u00e9liorer et de mieux approprier le savoir scientifique moderne et ses applications techniques. Cette assimilation cr\u00e9ative est une tendance que l\u2019on observe d\u00e9j\u00e0 dans de nombreux pays africains, o\u00f9 l\u2019on utilise les nouvelles technologies pour apporter des solutions dans le domaine de l\u2019\u00e9ducation, de la sant\u00e9, etc. Mais en outre, il s\u2019agit d\u2019\u00e9largir l\u2019\u00e9ventail des savoirs sur lesquels se fondent les organisations sociales, en incorporant dans le r\u00e9pertoire des instruments utiles, les savoirs produits par les soci\u00e9t\u00e9s africaines et inscrits dans leur matrice culturelle et leur ADN. Une t\u00e2che additionnelle d\u00e9volue aux chercheurs africains est de produire les savoirs dont les soci\u00e9t\u00e9s africaines auront besoin dans les d\u00e9cennies \u00e0 venir, afin de mieux r\u00e9pondre \u00e0 leurs besoins et \u00e0 leurs enjeux.  <\/p>\n\n<p id=\"viewer-9r4n3137898\">R\u00e9ouvrir le futur pour les pays africains est une t\u00e2che qui se d\u00e9roule d\u2019abord dans l\u2019espace de la pens\u00e9e et des imaginaires. Pour donner naissance \u00e0 une communaut\u00e9 d\u2019imaginaires, il est n\u00e9cessaire de reconstruire la narration autour de l\u2019Afrique et de produire les savoirs n\u00e9cessaires au type de soci\u00e9t\u00e9s que les Africains veulent cr\u00e9er. Il s\u2019agit de sortir des diverses injonctions t\u00e9l\u00e9ologiques (progr\u00e8s, d\u00e9veloppement ou modernit\u00e9) pour prendre en compte des futurs non planifi\u00e9s qui portent les aspirations des populations africaines.  <\/p>\n\n<p id=\"viewer-ln960137900\">Le continent africain est en train de vivre une mutation culturelle. Il peut devenir un continent-laboratoire et r\u00e9inventer sur son terrain la vie \u00e9conomique, politique et sociale. C\u2019est un continent qui dispose de tous les outils pour cette r\u00e9invention. Un des enjeux de la mise en forme institutionnelle de cette r\u00e9invention, c\u2019est la reconstruction des savoirs et des imaginaires. La raison du continent africain est plurielle. L\u2019Afrique actualise ses propres synth\u00e8ses des sph\u00e8res sociales, politiques et culturelles. Le laboratoire \u00e0 ciel ouvert que constitue l\u2019Afrique a ses fonderies op\u00e8rent \u00e0 plein r\u00e9gime, les nourrissant avec des combustibles provenant de tous les champs.      <\/p>\n\n<p id=\"viewer-1xwkt137902\">Reconstruire les savoirs en Afrique permettrait de s\u2019ouvrir \u00e0 un univers infini.<\/p>\n","protected":false},"author":42,"featured_media":0,"template":"","meta":[],"series-categories":[1352],"cat-articles":[1015],"keywords":[1868,1866,1864,1865,1867],"ppma_author":[532],"class_list":["post-26841","series-issues","type-series-issues","status-publish","hentry","series-categories-numero-1","cat-articles-analyses-critiques","keywords-african-social-sciences","keywords-colonial-library","keywords-ecology-of-knowledge","keywords-epistemology","keywords-knowledge","author-felwine-sarr-fr"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.6 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Reconstruire les savoirs dans les pays africains | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-1\/reconstruire-les-savoirs-dans-les-pays-africains\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Reconstruire les savoirs dans les pays africains | Global Africa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Les questionnements \u00e9pist\u00e9mologiques \u2013 quel type de savoirs\u2009? 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Dans l\u2019histoire r\u00e9cente du continent africain, le savoir ethnologique produit sur les soci\u00e9t\u00e9s africaines joua un r\u00f4le d\u00e9cisif dans leur domination par les pays europ\u00e9ens dans la p\u00e9riode coloniale. Dans l\u2019\u00e8re contemporaine, le savoir conf\u00e8re un contr\u00f4le (ou une r\u00e9gulation) de la compr\u00e9hension du monde\u2009; \u00e0 ce titre, c\u2019est un espace de pouvoir et cela peut \u00eatre un instrument de colonialit\u00e9. Pour penser convenablement les d\u00e9fis auxquels font r\u00e9ellement face les pays africains, il est n\u00e9cessaire d\u2019interroger la g\u00e9opolitique du savoir dans le contexte des pays africains. Dans la premi\u00e8re section, je ferai une g\u00e9n\u00e9alogie de ce que Mudimbe appela la \u00ab\u2009biblioth\u00e8que coloniale\u2009\u00bb, et insisterai sur le r\u00f4le de cette biblioth\u00e8que coloniale dans la positionnalit\u00e9 contemporaine africaine. Dans une deuxi\u00e8me section, je mettrai particuli\u00e8rement How to cite this paper: l\u2019accent sur la n\u00e9cessit\u00e9, pour les Africains, d\u2019engager une rupture \u00e9pist\u00e9mique en \u00e9largissant la vision de ce qu\u2019est un savoir et en r\u00e9activant les ressources du conna\u00eetre incorpor\u00e9es dans leurs cultures, mais plus sp\u00e9cifiquement en produisant de nouveaux savoirs qui seront utiles pour le futur des soci\u00e9t\u00e9s africaines et du monde en g\u00e9n\u00e9ral. Dans une troisi\u00e8me section, j\u2019esquisserai les principales pistes d\u2019une construction d\u2019une \u00e9cologie africaine des savoirs. G\u00e9opolitique du savoir dans les pays africains Violence \u00e9pist\u00e9mique et biblioth\u00e8que coloniale The corpus of knowledge about Africa is largely marked by colonial ethnology and anthropology. Valentin Mudimbe named this corpus the colonial library. Since the fifteenth century, the African landscape was structured by discourses whose objective was to physically dominate the lands, to reform the minds of native inhabitants, and to integrate local economic histories into the Western perspective. (Mudimbe 1988: 2) These various forms of knowledge, principally motivated by the objective of governmentality and whose goal was the justification and the establishment of the colonial enterprise, viewed non-Western countries through the prism of cultural superiority and racial prejudice. Unfortunately, these forms of knowledge continue to largely influence the perception of the African reality, and have become an element of the perpetuation of domination or dependency. En fait, maintenir une asym\u00e9trie \u00e9conomique entre les colonies et la M\u00e9tropole impliquait que cette derni\u00e8re exer\u00e7\u00e2t un contr\u00f4le politique absolu sur les colonies. Et pourtant, ce contr\u00f4le aurait \u00e9t\u00e9 impossible sans des croyances largement partag\u00e9es en la pr\u00e9dominance culturelle des colonisateurs. Il \u00e9tait d\u2019une importance vitale pour les colonisateurs d\u2019\u00e9tablir ce sens de la sup\u00e9riorit\u00e9 pour ne pas simplement conqu\u00e9rir les terres et les ressources des colonies, mais aussi leurs c\u0153urs et leurs esprits. En cons\u00e9quence de quoi l\u2019injustice \u00e9conomique et politique qui est inh\u00e9rente \u00e0 la colonisation comporte une couche suppl\u00e9mentaire d\u2019injustice culturelle. Ce processus est appel\u00e9 par Rajeev Bhargaba injustice \u00e9pist\u00e9mique. Il a eu lieu de la m\u00eame mani\u00e8re en Inde et dans les pays africains. Il commence quand les concepts et les cat\u00e9gories gr\u00e2ce auxquelles un peuple se comprend lui-m\u00eame, aussi bien que son univers, sont remplac\u00e9s par les concepts et les cat\u00e9gories des colonisateurs. 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Africaniser les sciences sociales et les humanit\u00e9s Pour Valentin Mudimbe, Kwasi Wiredu, et Ngugi wa Thiong\u2019o, afin que l\u2019Africain recouvre profond\u00e9ment sa souverainet\u00e9 et sa f\u00e9condit\u00e9, il est urgent d\u2019aborder la question de la lib\u00e9ration du discours africain (philosophique et scientifique) pour \u00e9tablir des sciences sociales africaines. Pour ces penseurs, il est important de devenir le sujet de son propre discours scientifique et de d\u00e9terminer sa pratique en accord avec ses propres normes et crit\u00e8res. Pour Mudimbe et Wiredu, il y a une n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019op\u00e9rer une transformation radicale des sciences humaines et sociales telles qu\u2019elles sont enseign\u00e9es actuellement dans les universit\u00e9s africaines. Ce projet de reconstruction requiert de refondre les sciences sociales en commen\u00e7ant par l\u2019interrogation \u00e9pist\u00e9mologique concernant les objets, les m\u00e9thodes et le statut du savoir produit par les sciences humaines et sociales telles qu\u2019elles sont appliqu\u00e9es aux r\u00e9alit\u00e9s africaines. D\u00e9construire la raison coloniale-ethnologique commence par une critique radicale des discours produits, de leurs charpentes th\u00e9oriques et de leurs soubassements id\u00e9ologiques. Pour Wiredu et Mudimbe, afin d\u2019\u00e9chapper d\u00e9finitivement \u00e0 une ali\u00e9nation scientifique qui les guette constamment, les chercheurs africains doivent endosser la responsabilit\u00e9 d\u2019une pens\u00e9e en \u00e9tablissant un discours scientifique qui serait l\u2019expression de la vie mat\u00e9rielle au sein de leurs propres contextes sociopolitiques. Cette activit\u00e9 de pens\u00e9e doit s\u2019enraciner au sein du pr\u00e9sent, portant une attention soigneuse \u00e0 son propre environnement arch\u00e9ologique sp\u00e9cifique et aux tendances r\u00e9elles des diverses soci\u00e9t\u00e9s de l\u2019Afrique et \u00e0 leurs plus compl\u00e8tes et concr\u00e8tes expressions. Il s\u2019agit d\u2019int\u00e9grer la v\u00e9ritable complexit\u00e9 des formations sociales africaines, et de ne plus les consid\u00e9rer comme des copies carbone de l\u2019histoire occidentale, mais comme ayant leur sp\u00e9cificit\u00e9 culturelle et historique propre. Les initiateurs des sciences sociales africaines (Kagame, Lufuwalbo, Mulago, Mbiti) ont \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9s pour avoir simplement repris les cat\u00e9gories, concepts, sch\u00e9mas et syst\u00e8mes occidentaux afin d\u2019y couler\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-1\/reconstruire-les-savoirs-dans-les-pays-africains\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Global Africa\" \/>\n<meta property=\"article:publisher\" content=\"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2026-05-09T21:55:48+00:00\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"26 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/issues\\\/numero-1\\\/reconstruire-les-savoirs-dans-les-pays-africains\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/issues\\\/numero-1\\\/reconstruire-les-savoirs-dans-les-pays-africains\\\/\",\"name\":\"Reconstruire les savoirs dans les pays africains | Global Africa\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/#website\"},\"datePublished\":\"2022-03-09T05:11:17+00:00\",\"dateModified\":\"2026-05-09T21:55:48+00:00\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/issues\\\/numero-1\\\/reconstruire-les-savoirs-dans-les-pays-africains\\\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/issues\\\/numero-1\\\/reconstruire-les-savoirs-dans-les-pays-africains\\\/\"]}]},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/issues\\\/numero-1\\\/reconstruire-les-savoirs-dans-les-pays-africains\\\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Home\",\"item\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/accueil\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Series issues\",\"item\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/series-issues\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":3,\"name\":\"Reconstruire les savoirs dans les pays africains\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/#website\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/\",\"name\":\"Global Africa\",\"description\":\"Pan-African Scientific Journal\",\"publisher\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/#organization\"},\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Organization\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/#organization\",\"name\":\"Global Africa\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/\",\"logo\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/#\\\/schema\\\/logo\\\/image\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2024\\\/12\\\/Globalafrica.png\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2024\\\/12\\\/Globalafrica.png\",\"width\":1680,\"height\":750,\"caption\":\"Global Africa\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/#\\\/schema\\\/logo\\\/image\\\/\"},\"sameAs\":[\"https:\\\/\\\/www.facebook.com\\\/globalafricasciences\"]}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Reconstruire les savoirs dans les pays africains | Global Africa","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-1\/reconstruire-les-savoirs-dans-les-pays-africains\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Reconstruire les savoirs dans les pays africains | Global Africa","og_description":"Les questionnements \u00e9pist\u00e9mologiques \u2013 quel type de savoirs\u2009? 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Ce projet de reconstruction requiert de refondre les sciences sociales en commen\u00e7ant par l\u2019interrogation \u00e9pist\u00e9mologique concernant les objets, les m\u00e9thodes et le statut du savoir produit par les sciences humaines et sociales telles qu\u2019elles sont appliqu\u00e9es aux r\u00e9alit\u00e9s africaines. D\u00e9construire la raison coloniale-ethnologique commence par une critique radicale des discours produits, de leurs charpentes th\u00e9oriques et de leurs soubassements id\u00e9ologiques. Pour Wiredu et Mudimbe, afin d\u2019\u00e9chapper d\u00e9finitivement \u00e0 une ali\u00e9nation scientifique qui les guette constamment, les chercheurs africains doivent endosser la responsabilit\u00e9 d\u2019une pens\u00e9e en \u00e9tablissant un discours scientifique qui serait l\u2019expression de la vie mat\u00e9rielle au sein de leurs propres contextes sociopolitiques. Cette activit\u00e9 de pens\u00e9e doit s\u2019enraciner au sein du pr\u00e9sent, portant une attention soigneuse \u00e0 son propre environnement arch\u00e9ologique sp\u00e9cifique et aux tendances r\u00e9elles des diverses soci\u00e9t\u00e9s de l\u2019Afrique et \u00e0 leurs plus compl\u00e8tes et concr\u00e8tes expressions. Il s\u2019agit d\u2019int\u00e9grer la v\u00e9ritable complexit\u00e9 des formations sociales africaines, et de ne plus les consid\u00e9rer comme des copies carbone de l\u2019histoire occidentale, mais comme ayant leur sp\u00e9cificit\u00e9 culturelle et historique propre. Les initiateurs des sciences sociales africaines (Kagame, Lufuwalbo, Mulago, Mbiti) ont \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9s pour avoir simplement repris les cat\u00e9gories, concepts, sch\u00e9mas et syst\u00e8mes occidentaux afin d\u2019y couler","og_url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-1\/reconstruire-les-savoirs-dans-les-pays-africains\/","og_site_name":"Global Africa","article_publisher":"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences","article_modified_time":"2026-05-09T21:55:48+00:00","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"26 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-1\/reconstruire-les-savoirs-dans-les-pays-africains\/","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-1\/reconstruire-les-savoirs-dans-les-pays-africains\/","name":"Reconstruire les savoirs dans les pays africains | Global Africa","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#website"},"datePublished":"2022-03-09T05:11:17+00:00","dateModified":"2026-05-09T21:55:48+00:00","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-1\/reconstruire-les-savoirs-dans-les-pays-africains\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-1\/reconstruire-les-savoirs-dans-les-pays-africains\/"]}]},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-1\/reconstruire-les-savoirs-dans-les-pays-africains\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Home","item":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/accueil\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Series issues","item":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/"},{"@type":"ListItem","position":3,"name":"Reconstruire les savoirs dans les pays africains"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#website","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/","name":"Global Africa","description":"Pan-African Scientific Journal","publisher":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#organization"},"potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Organization","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#organization","name":"Global Africa","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/","logo":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#\/schema\/logo\/image\/","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Globalafrica.png","contentUrl":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Globalafrica.png","width":1680,"height":750,"caption":"Global Africa"},"image":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#\/schema\/logo\/image\/"},"sameAs":["https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences"]}]}},"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series-issues\/26841","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series-issues"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/series-issues"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/42"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=26841"}],"wp:term":[{"taxonomy":"series-categories","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series-categories?post=26841"},{"taxonomy":"cat-articles","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/cat-articles?post=26841"},{"taxonomy":"keywords","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/keywords?post=26841"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=26841"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}