{"id":26811,"date":"2023-12-20T10:41:53","date_gmt":"2023-12-20T10:41:53","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/reduire-la-pollution-de-lair-a-abidjan-de-lambition-scientifique-a-la-fabrique-du-terrain\/"},"modified":"2026-05-09T18:18:42","modified_gmt":"2026-05-09T18:18:42","slug":"reduire-la-pollution-de-lair-a-abidjan-de-lambition-scientifique-a-la-fabrique-du-terrain","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-4\/reduire-la-pollution-de-lair-a-abidjan-de-lambition-scientifique-a-la-fabrique-du-terrain\/","title":{"rendered":"R\u00e9duire la pollution de l\u2019air \u00e0 Abidjan : de l\u2019ambition scientifique \u00e0 la fabrique du terrain"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p>En Afrique de l\u2019Ouest, la pollution atmosph\u00e9rique au sein des grandes villes est un enjeu de sant\u00e9 publique majeur. Depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, des campagnes de mesure sur les aires urbaines ouest-africaines (\u00e0 Abidjan, Dakar, Cotonou, Conakry, par exemple) ont permis de mettre en \u00e9vidence que les populations de ces villes \u00e9taient soumises \u00e0 de hauts niveaux de pollution atmosph\u00e9rique, parfois largement sup\u00e9rieurs aux valeurs limites pr\u00e9conis\u00e9es par l\u2019OMS (Liousse<em> <\/em>et&nbsp;al., 2022). D\u2019apr\u00e8s des estimations, la pollution de l\u2019air ext\u00e9rieur, en particulier les particules fines PM2,5 (diam\u00e8tre inf\u00e9rieur \u00e0 2,5&nbsp;microm\u00e8tres), entra\u00eene la mort pr\u00e9matur\u00e9e d\u2019un&nbsp;million de personnes en Afrique (pers. com., N\u2019Datchoh et&nbsp;al., 2023). Les m\u00e9canismes d\u2019action des particules fines sur la sant\u00e9 se produisent \u00e0 plusieurs endroits du corps (les poumons, le sang, le c\u0153ur, le cerveau, le syst\u00e8me vasculaire) et peuvent conduire \u00e0 des maladies graves (broncho-pneumopathie chronique obstructive, maladies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives, syndromes respiratoires) (Medina et&nbsp;al., 2016). La combustion de la biomasse est l\u2019une des principales sources anthropiques de la pollution de l\u2019air en Afrique (Lelieveld et&nbsp;al., 2015), avec le trafic automobile, les industries, les feux de savane et le br\u00fblage des d\u00e9chets. Ces sources anthropiques s\u2019associent \u00e0 d\u2019autres sources naturelles telles que les poussi\u00e8res d\u00e9sertiques (Evans et&nbsp;al., 2018). L\u2019accroissement d\u00e9mographique tr\u00e8s important dans la r\u00e9gion devrait encore consid\u00e9rablement augmenter cette pollution (Liousse et&nbsp;al., 2014). En 1900, la densit\u00e9 de peuplement en Afrique de l\u2019Ouest \u00e9tait de cinq&nbsp;habitants par km\u00b2, en 2010 elle est pass\u00e9e \u00e0 cinquante et les projections montrent qu\u2019elle sera comprise entre quatre-vingt-dix et cent-quinze en 2030, ce qui \u00e9quivaut \u00e0 une multiplication par dix-huit en vingt&nbsp;ans. Selon les estimations, le nombre d\u2019habitants devrait \u00eatre de 7,773&nbsp;millions \u00e0 Abidjan, 6,046&nbsp;millions \u00e0 Dakar, 24,239&nbsp;millions \u00e0 Lagos et 3,362&nbsp;millions et 3,134&nbsp;millions pour Accra et Conakry, respectivement (Doumbia et&nbsp;al., 2018).&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Afin de limiter la d\u00e9gradation de la qualit\u00e9 de l\u2019air des m\u00e9tropoles d\u2019Afrique de l\u2019Ouest, le programme scientifique interdisciplinaire franco-ivoirien APIMAMA exp\u00e9rimente des solutions d\u2019att\u00e9nuation des polluants atmosph\u00e9riques en C\u00f4te d\u2019Ivoire. Il se focalise sur la pollution issue de la combustion de bois\/charbon de bois et r\u00e9alise des \u00e9tudes micro-\u00e9chelles \u00e0 Yopougon, la commune la plus peupl\u00e9e de la m\u00e9tropole d\u2019Abidjan. Le recours aux ressources en bois pour la cuisson domestique y est majoritaire et structure fortement le quotidien des habitants et de l\u2019\u00e9conomie locale. Nombreuses sont les professions qui d\u00e9pendent de sa production, de son transport et de sa vente. D\u2019apr\u00e8s une \u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e en 2021, le bois\/charbon de bois repr\u00e9sente 86,4&nbsp;% de la consommation \u00e9nerg\u00e9tique des m\u00e9nages du pays (Commission africaine de l\u2019\u00e9nergie, 2021). D\u00e8s 1993, le gouvernement ivoirien a instaur\u00e9 une politique de \u00ab&nbsp;butanisation&nbsp;\u00bb afin de r\u00e9duire la consommation de bois et de diffuser largement le gaz au sein des foyers (Cedeao, 2016) par le biais de subventions (Kouadio, 2019). Les bouteilles de gaz, appel\u00e9es \u00ab&nbsp;fait-tout&nbsp;\u00bb, sont venues offrir une alternative \u00e9nerg\u00e9tique accessible, sans n\u00e9anmoins faire dispara\u00eetre le bois\/charbon de bois au sein de la capitale, toujours utilis\u00e9 pour des raisons \u00e9conomiques, culturelles, ou li\u00e9es aux pratiques culinaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Le programme APIMAMA se concentre sur trois&nbsp;cohortes de femmes utilisant des bioressources de fa\u00e7on quotidienne pour diff\u00e9rents usages&nbsp;: la cuisine domestique ou la restauration, le fumage du poisson sur sites traditionnels, la fabrication du charbon de bois. La perspective de travailler sur trois&nbsp;groupes diff\u00e9rents de femmes s\u2019explique, d\u2019une part, parce que la r\u00e9partition des t\u00e2ches domestiques et professionnelles en fonction du genre met les femmes au premier plan quant \u00e0 l\u2019achat, au transport et \u00e0 l\u2019usage des ressources (Coquery-Vidrovitch, 2013)&nbsp;; d\u2019autre part, parce qu\u2019une \u00e9tude ant\u00e9rieure a montr\u00e9 que l\u2019appartenance \u00e0 un groupe professionnel ou \u00e0 un statut social avait des incidences sur l\u2019exposition aux fum\u00e9es et sur la perception du risque (Becerra et&nbsp;al., 2020)<em>.<\/em> Enfin, APIMAMA opte pour une perspective d\u2019\u00e9tude dite de \u00ab&nbsp;recherche-action&nbsp;\u00bb, dans la mesure o\u00f9 le but est de tester l\u2019efficacit\u00e9 de foyers et de fours am\u00e9lior\u00e9s offerts par l\u2019\u00e9quipe de recherche pour r\u00e9duire l\u2019exposition aux fum\u00e9es, am\u00e9liorer l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 et diminuer les d\u00e9penses d\u2019achat de combustible pour ces femmes.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cet article, le projet APIMAMA est abord\u00e9 via une posture de sociologie des sciences. Ses objets de recherche, ses m\u00e9thodes, ses objectifs et les modalit\u00e9s de production des r\u00e9sultats sont report\u00e9s et analys\u00e9s ici afin de mettre en exergue ce qu\u2019il incarne. Le projet s\u2019inscrit d\u2019abord dans une question scientifique r\u00e9cente (la pollution atmosph\u00e9rique des capitales africaines), o\u00f9 les coordinatrices du projet ont eu un r\u00f4le pr\u00e9curseur via leur participation et le pilotage de diff\u00e9rentes recherches d\u00e9di\u00e9es. Il a donc pour lignes directrices celles recommand\u00e9es par ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, dont il tire un certain h\u00e9ritage, mais engage toutefois une rupture importante&nbsp;: il ne se contentera plus d\u2019un \u00e9tat des lieux sur la pollution atmosph\u00e9rique, il ira comprendre comment elle s\u2019incarne sociologiquement, pour r\u00e9fl\u00e9chir, ensuite, \u00e0 des moyens de la r\u00e9duire. Une m\u00e9thodologie collaborative franco-ivoirienne, interdisciplinaire et participative a \u00e9t\u00e9 choisie parce que seule une approche crois\u00e9e des disciplines et des regards allait pouvoir r\u00e9pondre \u00e0 ces enjeux enchev\u00eatr\u00e9s de pratiques sociales, d\u2019expositions individuelles aux pollutions et de sant\u00e9 publique. La m\u00e9thode est int\u00e9ressante pour les possibilit\u00e9s de dialogues qu\u2019elle ouvre entre cultures, sciences et milieux sociaux. C\u2019est sur la base de ces diff\u00e9rents dialogues et du d\u00e9roulement du projet scientifique, restitu\u00e9s ici et utilis\u00e9s comme t\u00e9moignages, qu\u2019est propos\u00e9e l\u2019analyse.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On d\u00e9couvre par exemple que la notion de \u00ab&nbsp;pollution atmosph\u00e9rique&nbsp;\u00bb est, sous cette formulation, inconnue des enqu\u00eat\u00e9es, ce qui r\u00e9v\u00e8le de prime abord un d\u00e9calage entre la repr\u00e9sentation du probl\u00e8me par les chercheurs et la leur. Mais cette m\u00e9connaissance ne signifie pas que le sens de pollution n\u2019existe pas dans leur quotidien, l\u2019enjeu devient ainsi de d\u00e9passer ces difficult\u00e9s de traduction et de questionner les repr\u00e9sentations du monde que portent en eux les concepts et les limites de leur utilisation. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9appropriation par les femmes des sujets discut\u00e9s lors des entretiens que l\u2019on d\u00e9couvre leur rapport \u00e0 la pollution, aux bioressources et dans quelle mesure leur environnement social conditionne la gestion des pollutions urbaines. L\u2019article s\u2019int\u00e9resse enfin aux outils scientifiques, ici le capteur d\u2019analyse de qualit\u00e9 de l\u2019air, un prototype con\u00e7u pour mesurer l\u2019exposition des femmes aux particules fines polluantes contenues dans les fum\u00e9es de combustion auxquelles elles sont expos\u00e9es. Les caract\u00e9ristiques de ce capteur, ainsi que le protocole mis en place pour r\u00e9cup\u00e9rer les donn\u00e9es, ont contribu\u00e9 \u00e0 construire le rapport entre chercheurs et enqu\u00eat\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les informations pr\u00e9sent\u00e9es dans cet article proviennent de trois&nbsp;sources&nbsp;: des observations men\u00e9es lors de diff\u00e9rentes campagnes de terrain depuis mai&nbsp;2022 jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, des extraits d\u2019entretiens semi-directifs r\u00e9alis\u00e9s en mai&nbsp;2022 avec des femmes utilisant le bois\/charbon de bois pour des usages domestiques ou de commerce, enfin, d\u2019un entretien avec Catherine Liousse, coordinatrice du projet, directrice de recherche au CNRS, physico-chimiste en Afrique de l\u2019Ouest depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">H\u00e9ritage scientifique et singularit\u00e9 d\u2019APIMAMA\u00a0<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>G\u00e9n\u00e9alogie des recherches sur la pollution atmosph\u00e9rique en Afrique de l\u2019Ouest&nbsp;<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Les recherches sur la pollution atmosph\u00e9rique urbaine en Afrique de l\u2019Ouest ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9merger fin des ann\u00e9es&nbsp;1990, d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;2000. Jusqu\u2019alors, la recherche \u00e9tait principalement consacr\u00e9e \u00e0 la composition chimique de l\u2019atmosph\u00e8re ouest-africaine en lien avec les poussi\u00e8res d\u00e9sertiques et les feux de savane en milieu rural. C\u2019est ce qu\u2019explique Catherine Liousse, directrice de recherche au CNRS et coordinatrice d\u2019APIMAMA, lors d\u2019un entretien r\u00e9alis\u00e9 en mai&nbsp;2023&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis repartie travailler en Afrique \u00e0 partir de 2000. En 2005, on a eu un gros projet qui s\u2019appelait Amma sur la mousson africaine et j\u2019y ai \u00e9t\u00e9 justement pour mes connaissances sur les \u00e9missions. On a d\u00e9velopp\u00e9 un nouvel inventaire d\u2019\u00e9mission par les feux de savane, etc. On \u00e9tait toujours \u00e0 distance des villes, or, dans cette m\u00eame ann\u00e9e&nbsp;2005, avec mes coll\u00e8gues, on a \u00e9t\u00e9 amen\u00e9s \u00e0 se dire : on atterrit dans des villes, l\u00e0 c\u2019\u00e9tait Cotonou au B\u00e9nin et on voit bien qu\u2019il y a un probl\u00e8me de la qualit\u00e9 de l\u2019air. On a fait une exp\u00e9rience compl\u00e8tement opportune dans ces ann\u00e9es-l\u00e0 [\u2026] et on n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7us des r\u00e9sultats : des concentrations tr\u00e8s importantes, une sp\u00e9cificit\u00e9 des \u00e9missions africaines avec les deux-roues.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9quipe de physico-chimistes de l\u2019actuel projet a particip\u00e9 aux premi\u00e8res grandes enqu\u00eates de mesures men\u00e9es dans les villes africaines, comme le programme Polca (2004) qui s\u2019int\u00e9ressait aux concentrations de polluants gazeux et particulaires \u00e0 Bamako et Dakar. Ses r\u00e9sultats ont montr\u00e9 des concentrations en PM2,5 et PM10 jusqu\u2019\u00e0 quatre&nbsp;fois sup\u00e9rieures aux valeurs limites de l\u2019OMS. Catherine Liousse codirigeait ce programme, ainsi qu\u2019une th\u00e8se (Doumbia, 2012) consacr\u00e9e aux effets sanitaires de l\u2019exposition aux polluants qui a d\u00e9montr\u00e9 des effets toxicologiques inflammatoires sur les cellules humaines. Elle commence alors \u00e0 alerter la communaut\u00e9 scientifique de la situation urbaine en Afrique lors de conf\u00e9rences internationales.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00eame \u00e9quipe a ensuite collabor\u00e9 sur le projet DACCIWA. Financ\u00e9 par l\u2019Union europ\u00e9enne et conduit par des laboratoires d\u2019Europe centrale et d\u2019Afrique, le programme s\u2019\u00e9tale sur quatre&nbsp;ans, entre 2014 et 2018. Plusieurs campagnes de terrain et collectes de donn\u00e9es sont men\u00e9es en C\u00f4te d\u2019Ivoire, au Ghana, au Togo, au B\u00e9nin et au Nig\u00e9ria. Elles prennent pour axes de recherches&nbsp;: les concentrations et les sources de pollution atmosph\u00e9rique, les impacts sur la sant\u00e9, la m\u00e9t\u00e9orologie et le climat, et enfin les perspectives \u00e0 long terme de l\u2019atmosph\u00e8re dans le sud de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest (Evans et&nbsp;al., 2018). Les r\u00e9sultats de DACCIWA ont directement influenc\u00e9 APIMAMA&nbsp;: des mesures de PM2,5 effectu\u00e9es \u00e0 Abidjan et Cotonou sur des sites de br\u00fblage des d\u00e9chets, aux abords des routes ou \u00e0 proximit\u00e9 de feux domestiques, ont montr\u00e9 que toutes les concentrations mesur\u00e9es d\u00e9passaient les seuils limites recommand\u00e9s par l\u2019OMS de 10&nbsp;\u03bcg\/m<sup>-3<\/sup> en moyenne annuelle et de 25&nbsp;\u03bcg\/m<sup>-3<\/sup> en moyenne journali\u00e8re, avec des variabilit\u00e9s selon les saisons s\u00e8ches et les saisons des pluies. En outre, l\u2019\u00e9quipe de sociologues arriv\u00e9e en cours de programme (Sylvia Becerra, Alain Bonnassieux et Marie Belland) montre que l\u2019exposition est directement li\u00e9e au statut social des femmes, la propri\u00e9t\u00e9 des moyens de production (les fours) permettant \u00e0 celles plus ais\u00e9es de rel\u00e9guer les t\u00e2ches les plus directement en lien avec la pollution \u00e0 des aides salari\u00e9es ou non, de statut inf\u00e9rieur (Becerra et&nbsp;al., 2020).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-large\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"699\" src=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/image-1-1024x699.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-26817\" srcset=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/image-1-1024x699.png 1024w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/image-1-300x205.png 300w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/image-1-768x524.png 768w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/image-1.png 1074w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Figure\u00a01\u00a0: Concentration moyenne mensuelle de PM2,5 observ\u00e9e \u00e0 Abidjan et Cotonou.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>La ligne pointill\u00e9e indique la concentration limite recommand\u00e9e par l\u2019OMS en moyenne annuelle. La ligne en traits discontinus indique la concentration limite recommand\u00e9e par l\u2019OMS en moyenne sur 24&nbsp;heures. Source&nbsp;: Evans et&nbsp;al<em>.<\/em> (2018) \u00ab Conclusion du projet DACCIWA \u00e0 l\u2019intention des d\u00e9cideurs&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>L\u2019id\u00e9e de cr\u00e9er APIMAMA, un programme de recherche-action interdisciplinaire et participatif<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>En 2018, apr\u00e8s DACCIWA, plusieurs chercheurs envisagent de faire \u00e9voluer leurs recherches et s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 la possibilit\u00e9 de travailler sur des strat\u00e9gies de r\u00e9duction. Le futur projet APIMAMA est alors imagin\u00e9 et con\u00e7u sur les bases d\u2019une m\u00e9thodologie interdisciplinaire et participative. Au moment du premier d\u00e9p\u00f4t aupr\u00e8s d\u2019instituts de financements, le projet a \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9 par un \u00e9valuateur de \u00ab&nbsp;projet d\u2019ONG&nbsp;\u00bb. Il expliquait que conduire un travail visant \u00e0 tester l\u2019apport de solutions pour des populations \u00e9tait l\u2019apanage des ONG et pas celui des scientifiques. La critique a, en premi\u00e8re intention, fait r\u00e9fl\u00e9chir la coordinatrice sur sa posture de scientifique. Elle s\u2019est rassur\u00e9e lorsqu\u2019au second d\u00e9p\u00f4t, les retours \u00e9taient \u00e9logieux justement sur le protocole interdisciplinaire et participatif propos\u00e9. Sur le choix de la m\u00e9thode, elle explique&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Par rapport \u00e0 la question pos\u00e9e, tu ne peux pas \u00eatre seul physico-chimiste \u00e0 y r\u00e9pondre, tu ne peux pas \u00eatre seul sociologue \u00e0 y r\u00e9pondre, etc. Je pense que c\u2019est ensemble qu\u2019on peut r\u00e9pondre [\u2026] Sur la mise en place de solutions&nbsp;: peut-\u00eatre qu\u2019un physico-chimiste va te dire que le foyer [am\u00e9lior\u00e9] est mieux, mais s\u2019il n\u2019est pas utilis\u00e9 et pourquoi, il ne le sait pas. Sur la sant\u00e9, on dit qu\u2019il y a un risque [\u2026], mais finalement on n\u2019a jamais fait des analyses de sang avant\/apr\u00e8s pour savoir [\u2026] L\u00e0 on va vraiment le mesurer dans le sang.<\/p>\n\n\n\n<p>La participation des enqu\u00eat\u00e9es est imagin\u00e9e \u00e0 travers plusieurs m\u00e9canismes&nbsp;: faire s\u2019impliquer diff\u00e9rentes femmes dans la r\u00e9alisation du projet (pour la m\u00e9diation, la vulgarisation, la logistique)&nbsp;; conduire ce dernier en partenariat avec un groupe pilote constitu\u00e9 de repr\u00e9sentants de la soci\u00e9t\u00e9 civile et de diverses institutions de l\u2019\u00c9tat&nbsp;; interroger les participantes au sujet de l\u2019int\u00e9r\u00eat des solutions techniques propos\u00e9es et sur leurs besoins en amont, pendant et en aval de l\u2019apport de ces solutions. Une derni\u00e8re dimension, non \u00e9crite dans le projet ANR, s\u2019est impos\u00e9e comme une valeur importante&nbsp;: la volont\u00e9 de cr\u00e9er une relation de confiance et de proximit\u00e9 avec les femmes enqu\u00eat\u00e9es. Pour la directrice de recherche, c\u2019est essentiel et cela participe au bon d\u00e9roul\u00e9 de l\u2019\u00e9tude. Elle pense que les femmes appr\u00e9cient de se sentir au sein d\u2019un groupe uni, solidaire, dans lequel elles s\u2019investissent et ont un r\u00f4le \u00e0 jouer&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Enqu\u00eatrice&nbsp;<em>:<\/em> \u00ab&nbsp;Est-ce que la relation entre les chercheurs et les enqu\u00eat\u00e9es agit sur la fa\u00e7on de faire la science&nbsp;?&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Catherine Liousse&nbsp;<em>: <\/em>\u00ab&nbsp;Oui [\u2026] tout \u00e0 fait. On est un groupe avec les m\u00eames ressentis [\u2026]. Quand on a distribu\u00e9 les foyers [am\u00e9lior\u00e9s], tu avais cette bienveillance collective qui \u00e9tait incroyable. Je m\u2019y attache [grandement], j\u2019ai [pens\u00e9]&nbsp;: \u00ab\u00a0on est un groupe et faut montrer qu\u2019on est un groupe uni\u00a0\u00bb, je pense que \u00e7a, elles appr\u00e9cient [beaucoup]. J\u2019ai entendu \u00ab\u00a0Pourquoi tu y vas \u00e0 6&nbsp;heures du matin alors que c\u2019est des prises de sang ?\u00a0\u00bb Bah non, c\u2019est pas comme \u00e7a, les dames elles attendent que tu sois l\u00e0. [\u2026] M\u00eame si c\u2019est pas toi qui fais les prises de sang et que toi tu vas intervenir un peu plus tard. [\u2026] Je pense que les gens sont sensibles en face.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019investissement se manifeste aussi de fa\u00e7on spontan\u00e9e, \u00e0 l\u2019initiative des femmes elles-m\u00eames. Par exemple, lors d\u2019une r\u00e9union de pr\u00e9sentation de l\u2019\u00e9tude au groupe qui utilise le bois pour la cuisine domestique et la restauration, l\u2019une des femmes se l\u00e8ve, saisit un capteur d\u2019analyse de l\u2019air, le met autour de son bras et d\u00e9file devant les autres pour amuser la galerie (avec succ\u00e8s). En sortant de la r\u00e9union, on l\u2019interroge sur son geste et sur son envie de faire rire, elle r\u00e9pond&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Non, ce n\u2019\u00e9tait pas pour faire rire. En fait, je veux montrer \u00e0 mes s\u0153urs, tu sais [\u2026] c\u2019est l\u2019Afrique, hein. Quand il y a quelque chose, on dit \u00e7a prend beaucoup d\u2019ampleur. Donc j\u2019ai port\u00e9 \u00e7a pour leur montrer que ce n\u2019est pas quelque chose qui est lourd [\u2026], c\u2019est adaptable, tu fais tout ce que tu veux avec. [\u2026] En fait je veux les encourager \u00e0 porter l\u2019appareil pour voir, pour nous-m\u00eames, notre sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces moments d\u2019\u00e9coute et d\u2019observation des situations informelles, des techniques pour faire avancer le projet, de tous les ajustements, rebondissements, appuis et \u00e9checs, permettent de contextualiser les r\u00e9sultats produits dans une dynamique, une histoire, parce que, \u00ab&nbsp;il n\u2019y a rien dans la science faite, qui n\u2019ait \u00e9t\u00e9 un jour dans la science incertaine et vivante&nbsp;\u00bb (Latour, 2010).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Les \u00e9tudes coloniales et postcoloniales sur la production des savoirs occidentaux en Afrique&nbsp;<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Les \u00e9tudes coloniales et postcoloniales se sont saisies de la question de la production des savoirs en Afrique. Plusieurs postures critiques, n\u00e9es avec l\u2019\u00e9mancipation issue des colonisations, sont \u00e9voqu\u00e9es ici. Elles mettent au jour la n\u00e9cessit\u00e9 de questionner le scientifique sur la port\u00e9e de ses \u00e9tudes, ses objectifs, ses r\u00e9f\u00e9rences et les conditions de sa r\u00e9alisation. Aux 19<sup>e<\/sup>&nbsp;et 20<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cles, \u00ab&nbsp;le d\u00e9veloppement des connaissances scientifiques est \u00e9troitement associ\u00e9 au processus de colonisation, le premier devant assurer l\u2019efficacit\u00e9 du second&nbsp;\u00bb. N\u00e9anmoins \u00ab&nbsp;l\u2019approfondissement de la connaissance du terrain et le d\u00e9veloppement de r\u00e9seaux scientifiques ont g\u00e9n\u00e9r\u00e9 une prise de distance critique vis-\u00e0-vis des repr\u00e9sentations et des politiques coloniales&nbsp;\u00bb (Blanc, 2022, p.&nbsp;309). En parall\u00e8le, les scientifiques, litt\u00e9raires et penseurs africains se sont lev\u00e9s contre les repr\u00e9sentations de l\u2019Afrique v\u00e9hicul\u00e9es par les sciences occidentales. Ils d\u00e9non\u00e7aient ces sciences comme une entrave \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation et au respect des cultures africaines. L\u2019une des critiques port\u00e9es par les mouvements de d\u00e9colonisation visait l\u2019ethnocentrisme occidental des savoirs produits, en l\u2019occurrence : \u00ab&nbsp;L\u2019apport original des recherches postcoloniales, c\u2019est de nous rappeler \u00e0 l\u2019ordre&nbsp;: aussi lucide et rigoureux soit-on, il est quasi impossible de se d\u00e9faire de sa propre subjectivit\u00e9 qui rel\u00e8ve aussi du point de vue o\u00f9 l\u2019on est situ\u00e9 dans le temps et dans l\u2019espace.&nbsp;\u00bb (Coquery-Vidrovitch, 2012, p.&nbsp;7). Pour Florian Alix (2008), il y aurait une filiation entre les th\u00e8ses de Michel Foucault, qui : \u00ab&nbsp;cherchant \u00e0 d\u00e9finir les conditions de possibilit\u00e9 du savoir, [\u2026] montre qu\u2019elles sont d\u00e9termin\u00e9es par une situation du \u00ab\u00a0champ \u00e9pist\u00e9mologique\u00a0\u00bb, qui se transforme avec le temps \u00bb et Edward Wadie Sa\u00efd, dans la mesure o\u00f9 : \u00ab&nbsp;l\u2019un des arguments clefs des recherches d\u2019E.&nbsp;W. Said [\u2026] r\u00e9side dans la collusion entre le discours scientifique et le pouvoir colonial&nbsp;: non seulement l\u2019orientalisme et l\u2019africanisme viennent justifier la conqu\u00eate et la colonisation, mais ils sont plus profond\u00e9ment ce qui les rend intelligibles.&nbsp;\u00bb (Alix, 2008).<\/p>\n\n\n\n<p>Le savoir est donc une entit\u00e9 d\u00e9pendante d\u2019un champ \u00e9pist\u00e9mologique, r\u00e9sultante d\u2019une collusion entre discours scientifique et pouvoir, et il est tr\u00e8s difficile (voire impossible&nbsp;?) de se d\u00e9tacher de sa propre subjectivit\u00e9 lorsque l\u2019on produit de la science. C\u2019est \u00e0 partir de ces diff\u00e9rents constats qu\u2019il a sembl\u00e9 indispensable d\u2019engager une analyse du projet scientifique dans lequel des sociologues \u00e9taient engag\u00e9s. Le projet se consacre \u00e0 la pollution atmosph\u00e9rique en C\u00f4te d\u2019Ivoire, dans un contexte politique et social au sein duquel cet objet n\u2019a pas la m\u00eame histoire qu\u2019en contexte europ\u00e9en ou fran\u00e7ais. Si l\u2019on prend en consid\u00e9ration les \u00e9tudes cit\u00e9es pr\u00e9c\u00e9demment, situer les savoirs permet de mettre en avant les formes de repr\u00e9sentations du monde qu\u2019ils pr\u00e9supposent. Dans la mesure o\u00f9 le projet APIMAMA vise \u00e0 promouvoir des solutions concr\u00e8tes au probl\u00e8me de la pollution atmosph\u00e9rique, il confronte des scientifiques africains et occidentaux aux modes de repr\u00e9sentations sp\u00e9cifiques des populations auxquelles ils souhaitent apporter des solutions. La confrontation de ces ordres de repr\u00e9sentations donne naissance \u00e0 des situations d\u2019incompr\u00e9hension o\u00f9 les mots ne nomment pas les choses de la m\u00eame fa\u00e7on, de d\u00e9calage entre les probl\u00e8mes sur lesquels on se propose d\u2019agir (ici la pollution) et ceux qui sont les plus urgents pour les populations (pr\u00e9carit\u00e9, ins\u00e9curit\u00e9). Le d\u00e9passement de ces paradoxes devient alors un moyen de communication entre ces mondes, ceux de la recherche et de la soci\u00e9t\u00e9 civile, ceux africains et europ\u00e9ens, ceux des milieux ais\u00e9s et des milieux pr\u00e9caires, qui tirent de l\u2019effort d\u2019avoir cherch\u00e9 une traduction, un t\u00e9moignage du fait que leurs propres savoirs sont situ\u00e9s selon la position qu\u2019ils occupent. L\u2019enjeu qui vient par la suite est de donner une repr\u00e9sentativit\u00e9 au savoir d\u2019autrui, dans la constitution de son propre savoir.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Questionner ses savoirs, repr\u00e9senter ceux d\u2019autrui et \u00e9valuer ses outils<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Les savoirs sur la pollution atmosph\u00e9rique, des enjeux linguistiques et de qu\u00eate de sens<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>En avril 2022 a eu lieu la premi\u00e8re campagne de sociologie. Une trentaine d\u2019entretiens ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9s avec des femmes r\u00e9sidant dans diff\u00e9rents quartiers de Yopougon \u00e0 Abidjan. Lors des entretiens, diff\u00e9rentes questions ont \u00e9t\u00e9 pos\u00e9es&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pour vous, qu\u2019est-ce que la pollution de l\u2019air&nbsp;?&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00ab&nbsp;O\u00f9 respire-t-on le moins bien \u00e0 Abidjan&nbsp;?&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00ab&nbsp;Quelles sont les principales causes de la pollution&nbsp;?&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00ab&nbsp;Quels peuvent \u00eatre les effets de la pollution sur l\u2019environnement&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Rapidement, les questions sur la pollution et l\u2019environnement ont sembl\u00e9 inappropri\u00e9es. Le mot \u00ab&nbsp;pollution&nbsp;\u00bb \u00e9tait souvent inconnu pour elles, plusieurs \u00e9taient perdues, g\u00ean\u00e9es, se sentaient m\u00eame parfois en situation d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9. Elles disaient ne pas \u00ab&nbsp;ma\u00eetriser le langage des blancs&nbsp;\u00bb ou le \u00ab&nbsp;gros fran\u00e7ais&nbsp;\u00bb, le fran\u00e7ais qui d\u00e9signe, selon elles, celui parl\u00e9 en France ou dans les beaux quartiers d\u2019Abidjan. Elles nous percevaient comme des chercheuses blanches \u00e9loign\u00e9es de leur monde. Nous avons d\u00e9cid\u00e9 de mener ces entretiens en bin\u00f4mes fran\u00e7ais-ivoiriens pour pr\u00e9venir ces incompr\u00e9hensions. Cette strat\u00e9gie s\u2019est montr\u00e9e efficace et a pu faciliter le dialogue. La \u00ab&nbsp;pollution de l\u2019air&nbsp;\u00bb a laiss\u00e9 place \u00e0 \u00ab&nbsp;l\u2019air qui est g\u00e2t\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;g\u00e2t\u00e9&nbsp;\u00bb est un mot commun\u00e9ment utilis\u00e9 pour d\u00e9signer des choses en mauvais \u00e9tat.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019utilisation de stratag\u00e8mes de traduction n\u2019a pas r\u00e9solu l\u2019enjeu plus complexe de faire parler ces femmes au sujet de probl\u00e9matiques ou de constats qu\u2019elles ne connaissent pas. Par exemple, plusieurs autres questions portaient sur les cons\u00e9quences de l\u2019air ambiant et urbain sur la sant\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral. Quasiment aucune d\u2019entre elles ne savait que l\u2019air ambiant \u00e9tait un risque chronique qui avait des cons\u00e9quences sur la sant\u00e9, ni que leur ville \u00e9tait concern\u00e9e. En revanche, elles ont senti que la fum\u00e9e est un danger pour elles, pour les autres, et elles souffrent de plusieurs effets&nbsp;: g\u00eanes, douleurs physiques, cons\u00e9quences relationnelles, maladies. Elles se plaignent surtout de douleurs thoraciques et de probl\u00e8mes aux yeux qui sont des sympt\u00f4mes caract\u00e9ristiques de l\u2019exposition aux particules pr\u00e9sentes dans les fum\u00e9es de combustion selon la litt\u00e9rature scientifique (Kafando et&nbsp;al., 2019). L\u2019une t\u00e9moigne des cons\u00e9quences \u00e0 long terme, visibles chez les personnes \u00e2g\u00e9es&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est au village que je peux faire exemple parce que nos mamans, leurs cuisines c\u2019est fum\u00e9e, donc fum\u00e9e fait que \u00e7a casse leurs yeux. [\u2026] Fum\u00e9e l\u00e0, \u00e7a donne la toux, \u00e7a peut te tuer, \u00e7a fait que nos mamans [ne] vieillissent pas et puis voil\u00e0, [c\u2019est] la mort.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019outil principal de ces enqu\u00eates \u00e9tait une grille d\u2019entretien visant \u00e0 produire un \u00ab&nbsp;indice de culture du risque&nbsp;\u00bb (ICR) au sujet de la pollution atmosph\u00e9rique (Becerra et&nbsp;al., 2020). La d\u00e9marche d\u2019analyse de la culture du risque est un travail fr\u00e9quent des institutions aupr\u00e8s des populations (Girard, 2013). L\u2019indice, dans le cas pr\u00e9sent, est une note attribu\u00e9e \u00e0 des individus et des groupes qui traduit leurs connaissances, repr\u00e9sentations, strat\u00e9gies de protection et visions du futur vis-\u00e0-vis de certains risques ou enjeux, recueillis dans des entretiens approfondis. Il est possible d\u2019aboutir ensuite \u00e0 des comparaisons interpersonnelles, intergroupes et de donner, \u00e0 partir de d\u00e9terminants socioculturels, une explication aux attitudes risqu\u00e9es ou pr\u00e9ventives des groupes et des individus. Compte tenu des d\u00e9calages expliqu\u00e9s pr\u00e9c\u00e9demment entre l\u2019objet des questions des entretiens ICR et les r\u00e9ponses obtenues (m\u00e9connaissance de la pollution atmosph\u00e9rique urbaine et de ses cons\u00e9quences sanitaires, entre autres), nous avons adapt\u00e9 l\u2019outil initial. Plut\u00f4t que de persister \u00e0 leur poser des questions dont elles ne comprenaient pas le sens, nous avons d\u00e9cid\u00e9 de laisser les \u00e9changes prendre de nouvelles orientations, plus ax\u00e9es sur les pollutions qu\u2019elles consid\u00e8rent comme importantes et envers lesquelles elles agissent, avec les r\u00e8gles de leur environnement social.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les principales sources de pollution cit\u00e9es sont les suivantes&nbsp;: la remont\u00e9e des eaux sales et la stagnation des eaux (ce sont des r\u00e9servoirs \u00e0 bact\u00e9ries et \u00e0 moustiques avec un risque pour la sant\u00e9), les d\u00e9chets vers\u00e9s au sol et le d\u00e9bordement des containers par manque de ramassage (les d\u00e9chets attirent des animaux ind\u00e9sirables&nbsp;: mouches, rats, insectes, tout en d\u00e9gageant de mauvaises odeurs, bouchant les canalisations et emp\u00eachant l\u2019\u00e9vacuation des eaux us\u00e9es), les v\u00e9hicules vieillissants (surtout ceux qui rejettent des fum\u00e9es noires) et la criminalit\u00e9, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 (risques d\u2019agressions et de vols). Elles \u00e9voquent aussi les traumatismes v\u00e9cus lors de la guerre civile ivoirienne de 2002-2011, Yopougon ayant \u00e9t\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre d\u2019affrontements meurtriers entre les camps Gbagbo et Ouattara (Pal\u00e9, 2017)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Enqu\u00eatrice&nbsp;:<em> <\/em>\u00ab&nbsp;Connaissez-vous des personnes malades \u00e0 cause de la pollution de l\u2019air&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Enqu\u00eat\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quand il y a eu la guerre l\u00e0 [\u2026] j\u2019ai eu une maladie de cadavres, l\u2019odeur m\u2019a pris, je toussais. Je tousse, toute ma t\u00eate sent comme pourriture de corps, viande. Je sens l\u2019odeur de l\u2019homme qui est entr\u00e9e dans moi. [\u2026] Yopougon \u00e9tait grave. Pendant la crise, ils ont tu\u00e9 des personnes, il y avait des personnes pourries de partout. Il y avait des odeurs qui montaient. Ils ne ramassaient pas les cadavres.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Souvent, elles ont recours \u00e0 l\u2019expression&nbsp;: \u00ab&nbsp;On est dedans&nbsp;\u00bb, comme pour d\u00e9signer un tout&nbsp;: le fait d\u2019habiter un quartier pr\u00e9caire, d\u2019\u00eatre oblig\u00e9es d\u2019utiliser du bois\/charbon de bois par manque d\u2019argent pour s\u2019offrir du gaz, de faire des activit\u00e9s qui n\u2019ouvrent pas de perspectives de sortie de la pr\u00e9carit\u00e9. L\u2019expression utilis\u00e9e montre que cette situation est v\u00e9cue comme un ensemble dont les parties s\u2019influencent&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tu peux pas \u00eatre l\u00e0 et quelqu\u2019un va quitter ailleurs pour venir nous voler. Souvent on prend des bouteilles de gaz\u2026 en tous cas le mat\u00e9riel qu\u2019on prend pour travailler, on va venir nous le voler. On va s\u2019adresser \u00e0 qui&nbsp;? On a pas un coin o\u00f9 aller s\u2019adresser pour qu\u2019on vient nous aider. Les bouteilles de gaz, y\u2019en avaient deux, ils les ont vol\u00e9es, c\u2019est la raison pour laquelle nous sommes sur l\u2019utilisation du bois. Si on avait une deuxi\u00e8me bouteille de gaz, on aurait pu avancer vite vite, mais l\u2019autre bouteille, ils l\u2019ont pris.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette restauratrice explique qu\u2019\u00e0 cause du vol de sa bouteille de gaz, elle est oblig\u00e9e de cuisiner sur du bois. Cette situation est insatisfaisante pour elle dans la mesure o\u00f9 le bois n\u2019est pas efficace et la restreint dans la quantit\u00e9 de nourriture qu\u2019elle va pouvoir produire. Elle ne souhaite pas investir de nouveau dans une bouteille de gaz parce qu\u2019elle est convaincue qu\u2019elle finira par \u00eatre vol\u00e9e. De plus, elle n\u2019a nulle part o\u00f9 aller pour d\u00e9noncer ce vol.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Modes de r\u00e9gulation de la pollution en ville et strat\u00e9gies de pr\u00e9vention&nbsp;<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>La gestion des sources de pollution en ville est prise en charge par les habitants et habitantes du quartier. \u00c0&nbsp;chaque foyer revient la responsabilit\u00e9 de nettoyer devant sa porte et un peu plus loin devant chez soi afin que le quartier soit propre. Dans les cas o\u00f9 \u00ab&nbsp;un coin est sale&nbsp;\u00bb, certaines femmes du quartier peuvent s\u2019adresser aux habitantes aux alentours pour leur demander de nettoyer, m\u00eame si la plupart \u00e9vitent parce qu\u2019elles ne veulent pas \u00ab&nbsp;faire de palabres&nbsp;\u00bb [cr\u00e9er de disputes]. Les fum\u00e9es de cuisson aussi sont consid\u00e9r\u00e9es comme des nuisances de voisinage, lorsqu\u2019en allumant le fourneau, le d\u00e9part de feu produit trop de fum\u00e9es. Nettoyer devant chez soi, ne pas verser d\u2019eau partout, jeter ses d\u00e9chets aux endroits appropri\u00e9s, ces pratiques sont consid\u00e9r\u00e9es par les femmes qui les r\u00e9alisent comme des pratiques de bonne \u00e9ducation.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les femmes fumeuses de poisson ne disposent pas de moyens de protection ou d\u2019\u00e9quipement leur permettant de se prot\u00e9ger de la fum\u00e9e des fours. Elles tentent d\u2019apaiser les sympt\u00f4mes et pr\u00e9venir les risques de maladie en buvant du lait concentr\u00e9 ou du lait naturel. Lors des entretiens, le lait produit par la marque \u00ab&nbsp;Bonnet Rouge&nbsp;\u00bb est fr\u00e9quemment cit\u00e9. C\u2019est ce que relataient d\u00e9j\u00e0 Becerra et&nbsp;al. (2020) dans leur article issu d\u2019enqu\u00eates sociologiques conduites pendant le projet DACCIWA. Il est difficile \u00e0 ce jour de savoir d\u2019o\u00f9 provient cette croyance au sujet du lait, puisqu\u2019aucune campagne promotionnelle faisant mention de propri\u00e9t\u00e9s th\u00e9rapeutiques envers la fum\u00e9e n\u2019a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9e (Belland, 2017). Les femmes fumeuses expliquent le recours au lait parce que ce dernier \u00ab&nbsp;lave le c\u0153ur&nbsp;\u00bb (Belland, 2017) et \u00ab&nbsp;fait cesser la toux&nbsp;\u00bb (Jossinet, 2021). Au cours de cette enqu\u00eate, les sociologues avaient constat\u00e9 une autre strat\u00e9gie, celle de \u00ab&nbsp;transfert du risque&nbsp;\u00bb. Les femmes fumeuses propri\u00e9taires des fours et install\u00e9es durablement dans la profession emploient des contractuelles et apprenties qui fument le poisson pour elles. Cela leur permet de passer moins de temps au-dessus du four et de se consacrer \u00e0 d\u2019autres activit\u00e9s, la vente du poisson fum\u00e9 notamment.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-large\"><img decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/image-5-1024x576.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-26818\" srcset=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/image-5-1024x576.jpeg 1024w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/image-5-300x169.jpeg 300w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/image-5-768x432.jpeg 768w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/image-5-1536x864.jpeg 1536w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/image-5.jpeg 1920w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Photo\u00a01\u00a0: Le lait de la marque \u00ab\u00a0Bonnet Rouge\u00a0\u00bb.\u00a0<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Cr\u00e9dit&nbsp;: Marine Scandella, march\u00e9 de Sipores, Yopougon, d\u00e9cembre 2022.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>La pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9conomique comme facteur d\u2019exposition aux risques urbains et de d\u00e9pendance aux bioressources<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>\u00c0 Yopougon et comme par ailleurs \u00e0 Abidjan, les motifs du recours au bois et au charbon de bois sont tr\u00e8s vari\u00e9s&nbsp;: au sein des classes les plus privil\u00e9gi\u00e9es, le bois et le charbon de bois qui ont \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9s au quotidien au profit du gaz peuvent \u00eatre utilis\u00e9s ponctuellement pour la pr\u00e9paration de certains plats traditionnels africains&nbsp;; au sein des classes pr\u00e9caires, certains m\u00e9nages se servent uniquement du gaz, d\u2019autres utilisent les deux simultan\u00e9ment, choisissant le gaz pour les cuissons rapides et le charbon pour les cuissons lentes&nbsp;; et pour les personnes les plus pauvres, le co\u00fbt d\u2019achat d\u2019une bouteille de gaz repr\u00e9sente un investissement trop important dont elles ne disposent pas. Bois et charbon de bois sont aussi des ressources indispensables pour plusieurs secteurs professionnels artisanaux, de restauration et de vente (Diarrassouba &amp; Tahoux Touao, 2006). Les usages li\u00e9s \u00e0 ces ressources se produisent donc dans diff\u00e9rents milieux sociaux qui leur attribuent des qualit\u00e9s tr\u00e8s distinctes. Dans le cas des femmes pr\u00e9caires de Yopougon, le bois et le charbon de bois sont \u00e0 la fois un symbole de leur pr\u00e9carit\u00e9 et un indispensable \u00e0 leur survie. Mais ils sont aussi un marqueur culturel fort&nbsp;: le bois \u00e9tait utilis\u00e9 par leurs m\u00e8res, il permet de pr\u00e9parer leurs plats quotidiens, elles en ach\u00e8tent dans les march\u00e9s o\u00f9 la soci\u00e9t\u00e9 se rencontre, etc. La perspective d\u2019apporter des foyers am\u00e9lior\u00e9s peut \u00eatre, \u00e0 ce titre, un moyen de ne pas les couper de ces racines culturelles, ils permettraient seulement de r\u00e9duire leurs d\u00e9penses pour qu\u2019elles soient allou\u00e9es \u00e0 des achats dont elles se priveraient.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-large\"><img decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/image-6-1024x576.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-26819\" srcset=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/image-6-1024x576.jpeg 1024w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/image-6-300x169.jpeg 300w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/image-6-768x432.jpeg 768w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/image-6-1536x864.jpeg 1536w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/image-6.jpeg 1920w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Photo\u00a02\u00a0: Une vendeuse de charbon de bois pr\u00e9pare un sac de 500\u00a0francs\u00a0CFA. Cette quantit\u00e9 permet de pr\u00e9parer quelques repas.\u00a0<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Cr\u00e9dit&nbsp;: Marine Scandella, march\u00e9 de Sipores, Yopougon, d\u00e9cembre 2022.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Les outils scientifiques constitutifs des rapports entre scientifiques et enqu\u00eat\u00e9es<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Au cours d\u2019une campagne de terrain de d\u00e9cembre&nbsp;2022, les femmes ont effectu\u00e9 le premier cycle du protocole de recherche interdisciplinaire&nbsp;: examens et questionnaires de sant\u00e9, mesures physico-chimiques, enqu\u00eates sociologiques. L\u2019ensemble des exp\u00e9riences seront reproduites un an apr\u00e8s avoir re\u00e7u les foyers am\u00e9lior\u00e9s, pour comparer, apr\u00e8s introduction de ces outils de cuisson, si la quantit\u00e9 de polluants auxquelles elles sont expos\u00e9es a baiss\u00e9, si leur \u00e9tat de sant\u00e9 s\u2019est am\u00e9lior\u00e9, si l\u2019apport de nouvelles solutions de cuisson a modifi\u00e9 leurs pratiques, et en quoi la participation \u00e0 l\u2019enqu\u00eate a modifi\u00e9 leur perception des dangers des fum\u00e9es de cuisson. Elles ont re\u00e7u \u00e0 cette occasion le capteur individuel d\u2019analyse de la qualit\u00e9 de l\u2019air, \u00e0 porter sur le bras pendant un mois, qui permet de mesurer en continu la quantit\u00e9 de PM2,5 respir\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ces types de capteurs sont g\u00e9n\u00e9ralement reli\u00e9s \u00e0 internet pour leur d\u00e9marrage, la r\u00e9cup\u00e9ration des donn\u00e9es, etc. L\u2019\u00e9quipe scientifique a d\u00e9velopp\u00e9 des capteurs adapt\u00e9s sp\u00e9cialement pour le projet APIMAMA, consid\u00e9rant que la majorit\u00e9 des femmes ne disposaient ni de smartphones, ni de cr\u00e9dit, ni de r\u00e9seau fiable sur les zones qu\u2019elles fr\u00e9quentent, des conditions indispensables au transfert des donn\u00e9es. En pratique, cela n\u00e9cessitait que les scientifiques se rendent souvent sur place pour deux raisons&nbsp;: v\u00e9rifier l\u2019\u00e9tat de fonctionnement des appareils et r\u00e9aliser le d\u00e9chargement des donn\u00e9es. Une \u00ab&nbsp;permanence APIMAMA&nbsp;\u00bb a donc \u00e9t\u00e9 mise en place, ouverte tous les lundis et les jeudis matin pendant un mois dans la salle commune de la chefferie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ces permanences consistaient \u00e0 demander aux femmes les activit\u00e9s quotidiennes qu\u2019elles avaient effectu\u00e9es et si le capteur semblait avoir dysfonctionn\u00e9. Elles recevaient aussi leurs indemnit\u00e9s de participation \u00e0 l\u2019\u00e9tude. Jug\u00e9 initialement comme un proc\u00e9d\u00e9 contraignant par l\u2019\u00e9quipe, la crainte \u00e9tait que ces permanences soient mal v\u00e9cues par les femmes. L\u2019une des physico-chimistes qui ont tenu ces permanences atteste, au contraire, que le fait de demander aux femmes leurs activit\u00e9s quotidiennes avait \u00e9t\u00e9 per\u00e7u par plusieurs comme une manifestation de notre int\u00e9r\u00eat pour elles. La fr\u00e9quence des \u00e9changes a contribu\u00e9 \u00e0 renforcer les liens et \u00e0 cr\u00e9er des formes de sympathie. Pour d\u2019autres femmes et selon cette m\u00eame chercheuse, raconter syst\u00e9matiquement leur journ\u00e9e dans le d\u00e9tail pouvait \u00eatre difficile, surtout pour les personnes \u00e2g\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0&nbsp;travers ce r\u00e9cit, on constate que les outils sont aussi repr\u00e9sentatifs des savoirs qu\u2019ils produisent. Ils ont la capacit\u00e9 d\u2019engendrer des relations entre chercheurs et enqu\u00eat\u00e9es, et agissent sur la perception que ces derni\u00e8res ont de l\u2019\u00e9tude \u00e0 laquelle elles participent.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"577\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/image-7-577x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-26820\" srcset=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/image-7-577x1024.jpeg 577w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/image-7-169x300.jpeg 169w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/image-7-768x1364.jpeg 768w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/image-7-865x1536.jpeg 865w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/image-7.jpeg 1153w\" sizes=\"(max-width: 577px) 100vw, 577px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Photo\u00a03\u00a0: Kouadio Antoinette, repr\u00e9sentante du quartier au sein de la commune de Yopougon pr\u00e9sente le capteur d\u2019analyse de l\u2019air lors d\u2019une assembl\u00e9e.\u00a0<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Cr\u00e9dit&nbsp;: Marine Scandella, Yopougon, d\u00e9cembre 2022.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion\u00a0<\/h2>\n\n\n\n<p>La baisse de la consommation \u00e9nerg\u00e9tique dans le contexte du changement climatique est un enjeu central car les \u00e9nergies fa\u00e7onnent les soci\u00e9t\u00e9s qui en d\u00e9pendent et conditionnent leur existence. Qu\u2019est-ce que les femmes de Yopougon apportent \u00e0 cette r\u00e9flexion&nbsp;? Cette enqu\u00eate sur le bois et le charbon de bois \u00e0 Abidjan montre qu\u2019au sein des soci\u00e9t\u00e9s urbaines d\u2019Afrique de l\u2019Ouest, l\u2019\u00e9nergie n\u2019est pas compl\u00e8tement d\u00e9sincarn\u00e9e. Elle occupe une place importante dans le quotidien des habitants. Les femmes se d\u00e9placent pour aller chercher du charbon, elles le payent cher, s\u2019exposent \u00e0 des dangers \u00e0 long terme en faisant la cuisine, et beaucoup sont d\u00e9pendantes de ces ressources parce qu\u2019elles sont vuln\u00e9rables \u00e9conomiquement. Cette perspective ouest-africaine est pr\u00e9cieuse pour penser le futur \u00e9nerg\u00e9tique dans un contexte de changements globaux.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":26810,"template":"","meta":[],"series-categories":[1351],"cat-articles":[1798],"keywords":[1826,1828,1829,1815,1827],"ppma_author":[476,1813,480,479,478,477],"class_list":["post-26811","series-issues","type-series-issues","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","series-categories-numero-4","cat-articles-methods","keywords-feux-domestiques","keywords-interdisciplinarite","keywords-methodologie-en-reponse-a-un-monde-en-transition","keywords-pollution","keywords-transition-energetique","author-catherine-liousse-fr","author-ruth-vanie-2","author-veronique-yoboue-fr","author-sylvia-becerra-fr","author-marine-scandella-fr","author-geoffrey-carrere-fr"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.6 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>R\u00e9duire la pollution de l\u2019air \u00e0 Abidjan : de l\u2019ambition scientifique \u00e0 la fabrique du terrain | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-4\/reduire-la-pollution-de-lair-a-abidjan-de-lambition-scientifique-a-la-fabrique-du-terrain\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"R\u00e9duire la pollution de l\u2019air \u00e0 Abidjan : de l\u2019ambition scientifique \u00e0 la fabrique du terrain | Global Africa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Introduction En Afrique de l\u2019Ouest, la pollution atmosph\u00e9rique au sein des grandes villes est un enjeu de sant\u00e9 publique majeur. Depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, des campagnes de mesure sur les aires urbaines ouest-africaines (\u00e0 Abidjan, Dakar, Cotonou, Conakry, par exemple) ont permis de mettre en \u00e9vidence que les populations de ces villes \u00e9taient soumises \u00e0 de hauts niveaux de pollution atmosph\u00e9rique, parfois largement sup\u00e9rieurs aux valeurs limites pr\u00e9conis\u00e9es par l\u2019OMS (Liousse et&nbsp;al., 2022). D\u2019apr\u00e8s des estimations, la pollution de l\u2019air ext\u00e9rieur, en particulier les particules fines PM2,5 (diam\u00e8tre inf\u00e9rieur \u00e0 2,5&nbsp;microm\u00e8tres), entra\u00eene la mort pr\u00e9matur\u00e9e d\u2019un&nbsp;million de personnes en Afrique (pers. com., N\u2019Datchoh et&nbsp;al., 2023). Les m\u00e9canismes d\u2019action des particules fines sur la sant\u00e9 se produisent \u00e0 plusieurs endroits du corps (les poumons, le sang, le c\u0153ur, le cerveau, le syst\u00e8me vasculaire) et peuvent conduire \u00e0 des maladies graves (broncho-pneumopathie chronique obstructive, maladies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives, syndromes respiratoires) (Medina et&nbsp;al., 2016). La combustion de la biomasse est l\u2019une des principales sources anthropiques de la pollution de l\u2019air en Afrique (Lelieveld et&nbsp;al., 2015), avec le trafic automobile, les industries, les feux de savane et le br\u00fblage des d\u00e9chets. Ces sources anthropiques s\u2019associent \u00e0 d\u2019autres sources naturelles telles que les poussi\u00e8res d\u00e9sertiques (Evans et&nbsp;al., 2018). L\u2019accroissement d\u00e9mographique tr\u00e8s important dans la r\u00e9gion devrait encore consid\u00e9rablement augmenter cette pollution (Liousse et&nbsp;al., 2014). En 1900, la densit\u00e9 de peuplement en Afrique de l\u2019Ouest \u00e9tait de cinq&nbsp;habitants par km\u00b2, en 2010 elle est pass\u00e9e \u00e0 cinquante et les projections montrent qu\u2019elle sera comprise entre quatre-vingt-dix et cent-quinze en 2030, ce qui \u00e9quivaut \u00e0 une multiplication par dix-huit en vingt&nbsp;ans. Selon les estimations, le nombre d\u2019habitants devrait \u00eatre de 7,773&nbsp;millions \u00e0 Abidjan, 6,046&nbsp;millions \u00e0 Dakar, 24,239&nbsp;millions \u00e0 Lagos et 3,362&nbsp;millions et 3,134&nbsp;millions pour Accra et Conakry, respectivement (Doumbia et&nbsp;al., 2018).&nbsp;&nbsp; Afin de limiter la d\u00e9gradation de la qualit\u00e9 de l\u2019air des m\u00e9tropoles d\u2019Afrique de l\u2019Ouest, le programme scientifique interdisciplinaire franco-ivoirien APIMAMA exp\u00e9rimente des solutions d\u2019att\u00e9nuation des polluants atmosph\u00e9riques en C\u00f4te d\u2019Ivoire. Il se focalise sur la pollution issue de la combustion de bois\/charbon de bois et r\u00e9alise des \u00e9tudes micro-\u00e9chelles \u00e0 Yopougon, la commune la plus peupl\u00e9e de la m\u00e9tropole d\u2019Abidjan. Le recours aux ressources en bois pour la cuisson domestique y est majoritaire et structure fortement le quotidien des habitants et de l\u2019\u00e9conomie locale. Nombreuses sont les professions qui d\u00e9pendent de sa production, de son transport et de sa vente. D\u2019apr\u00e8s une \u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e en 2021, le bois\/charbon de bois repr\u00e9sente 86,4&nbsp;% de la consommation \u00e9nerg\u00e9tique des m\u00e9nages du pays (Commission africaine de l\u2019\u00e9nergie, 2021). D\u00e8s 1993, le gouvernement ivoirien a instaur\u00e9 une politique de \u00ab&nbsp;butanisation&nbsp;\u00bb afin de r\u00e9duire la consommation de bois et de diffuser largement le gaz au sein des foyers (Cedeao, 2016) par le biais de subventions (Kouadio, 2019). Les bouteilles de gaz, appel\u00e9es \u00ab&nbsp;fait-tout&nbsp;\u00bb, sont venues offrir une alternative \u00e9nerg\u00e9tique accessible, sans n\u00e9anmoins faire dispara\u00eetre le bois\/charbon de bois au sein de la capitale, toujours utilis\u00e9 pour des raisons \u00e9conomiques, culturelles, ou li\u00e9es aux pratiques culinaires. Le programme APIMAMA se concentre sur trois&nbsp;cohortes de femmes utilisant des bioressources de fa\u00e7on quotidienne pour diff\u00e9rents usages&nbsp;: la cuisine domestique ou la restauration, le fumage du poisson sur sites traditionnels, la fabrication du charbon de bois. La perspective de travailler sur trois&nbsp;groupes diff\u00e9rents de femmes s\u2019explique, d\u2019une part, parce que la r\u00e9partition des t\u00e2ches domestiques et professionnelles en fonction du genre met les femmes au premier plan quant \u00e0 l\u2019achat, au transport et \u00e0 l\u2019usage des ressources (Coquery-Vidrovitch, 2013)&nbsp;; d\u2019autre part, parce qu\u2019une \u00e9tude ant\u00e9rieure a montr\u00e9 que l\u2019appartenance \u00e0 un groupe professionnel ou \u00e0 un statut social avait des incidences sur l\u2019exposition aux fum\u00e9es et sur la perception du risque (Becerra et&nbsp;al., 2020). Enfin, APIMAMA opte pour une perspective d\u2019\u00e9tude dite de \u00ab&nbsp;recherche-action&nbsp;\u00bb, dans la mesure o\u00f9 le but est de tester l\u2019efficacit\u00e9 de foyers et de fours am\u00e9lior\u00e9s offerts par l\u2019\u00e9quipe de recherche pour r\u00e9duire l\u2019exposition aux fum\u00e9es, am\u00e9liorer l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 et diminuer les d\u00e9penses d\u2019achat de combustible pour ces femmes. Dans cet article, le projet APIMAMA est abord\u00e9 via une posture de sociologie des sciences. Ses objets de recherche, ses m\u00e9thodes, ses objectifs et les modalit\u00e9s de production des r\u00e9sultats sont report\u00e9s et analys\u00e9s ici afin de mettre en exergue ce qu\u2019il incarne. Le projet s\u2019inscrit d\u2019abord dans une question scientifique r\u00e9cente (la pollution atmosph\u00e9rique des capitales africaines), o\u00f9 les coordinatrices du projet ont eu un r\u00f4le pr\u00e9curseur via leur participation et le pilotage de diff\u00e9rentes recherches d\u00e9di\u00e9es. Il a donc pour lignes directrices celles recommand\u00e9es par ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, dont il tire un certain h\u00e9ritage, mais engage toutefois une rupture importante&nbsp;: il ne se contentera plus d\u2019un \u00e9tat des lieux sur la pollution atmosph\u00e9rique, il ira comprendre comment elle s\u2019incarne sociologiquement, pour r\u00e9fl\u00e9chir, ensuite, \u00e0 des moyens de la r\u00e9duire. Une m\u00e9thodologie collaborative franco-ivoirienne, interdisciplinaire et participative a \u00e9t\u00e9 choisie parce que seule une approche crois\u00e9e des disciplines et des regards allait pouvoir r\u00e9pondre \u00e0 ces enjeux enchev\u00eatr\u00e9s de pratiques sociales, d\u2019expositions individuelles aux pollutions et de sant\u00e9 publique. La m\u00e9thode est int\u00e9ressante pour les possibilit\u00e9s de dialogues qu\u2019elle ouvre entre cultures, sciences et milieux sociaux. C\u2019est sur la base de ces diff\u00e9rents dialogues et du d\u00e9roulement du projet scientifique, restitu\u00e9s ici et utilis\u00e9s comme t\u00e9moignages, qu\u2019est propos\u00e9e l\u2019analyse.&nbsp; On d\u00e9couvre par exemple que la notion de \u00ab&nbsp;pollution atmosph\u00e9rique&nbsp;\u00bb est, sous cette formulation, inconnue des enqu\u00eat\u00e9es, ce qui r\u00e9v\u00e8le de prime abord un d\u00e9calage entre la repr\u00e9sentation du probl\u00e8me par les chercheurs et la leur. Mais cette m\u00e9connaissance ne signifie pas que le sens de pollution n\u2019existe pas dans leur quotidien, l\u2019enjeu devient ainsi de d\u00e9passer ces difficult\u00e9s de traduction et de questionner les repr\u00e9sentations du monde que portent en eux les concepts et les limites de leur utilisation. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9appropriation par les femmes des sujets discut\u00e9s lors des entretiens que l\u2019on d\u00e9couvre leur rapport \u00e0 la pollution, aux bioressources et dans quelle mesure leur environnement social conditionne la gestion des pollutions urbaines. L\u2019article s\u2019int\u00e9resse enfin aux outils scientifiques, ici le capteur d\u2019analyse de qualit\u00e9 de l\u2019air, un\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-4\/reduire-la-pollution-de-lair-a-abidjan-de-lambition-scientifique-a-la-fabrique-du-terrain\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Global Africa\" \/>\n<meta property=\"article:publisher\" content=\"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2026-05-09T18:18:42+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/7-Grande-1-e1773443850461.jpeg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"1280\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"905\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"25 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/issues\\\/numero-4\\\/reduire-la-pollution-de-lair-a-abidjan-de-lambition-scientifique-a-la-fabrique-du-terrain\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/issues\\\/numero-4\\\/reduire-la-pollution-de-lair-a-abidjan-de-lambition-scientifique-a-la-fabrique-du-terrain\\\/\",\"name\":\"R\u00e9duire la pollution de l\u2019air \u00e0 Abidjan : de l\u2019ambition scientifique \u00e0 la fabrique du terrain | Global Africa\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/issues\\\/numero-4\\\/reduire-la-pollution-de-lair-a-abidjan-de-lambition-scientifique-a-la-fabrique-du-terrain\\\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/issues\\\/numero-4\\\/reduire-la-pollution-de-lair-a-abidjan-de-lambition-scientifique-a-la-fabrique-du-terrain\\\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2026\\\/03\\\/7-Grande-1-e1773443850461.jpeg\",\"datePublished\":\"2023-12-20T10:41:53+00:00\",\"dateModified\":\"2026-05-09T18:18:42+00:00\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/issues\\\/numero-4\\\/reduire-la-pollution-de-lair-a-abidjan-de-lambition-scientifique-a-la-fabrique-du-terrain\\\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/issues\\\/numero-4\\\/reduire-la-pollution-de-lair-a-abidjan-de-lambition-scientifique-a-la-fabrique-du-terrain\\\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/issues\\\/numero-4\\\/reduire-la-pollution-de-lair-a-abidjan-de-lambition-scientifique-a-la-fabrique-du-terrain\\\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2026\\\/03\\\/7-Grande-1-e1773443850461.jpeg\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2026\\\/03\\\/7-Grande-1-e1773443850461.jpeg\",\"width\":1280,\"height\":905},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/issues\\\/numero-4\\\/reduire-la-pollution-de-lair-a-abidjan-de-lambition-scientifique-a-la-fabrique-du-terrain\\\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Home\",\"item\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/accueil\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Series issues\",\"item\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/series-issues\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":3,\"name\":\"R\u00e9duire la pollution de l\u2019air \u00e0 Abidjan : de l\u2019ambition scientifique \u00e0 la fabrique du terrain\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/#website\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/\",\"name\":\"Global Africa\",\"description\":\"Pan-African Scientific Journal\",\"publisher\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/#organization\"},\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Organization\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/#organization\",\"name\":\"Global Africa\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/\",\"logo\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/#\\\/schema\\\/logo\\\/image\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2024\\\/12\\\/Globalafrica.png\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2024\\\/12\\\/Globalafrica.png\",\"width\":1680,\"height\":750,\"caption\":\"Global Africa\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/#\\\/schema\\\/logo\\\/image\\\/\"},\"sameAs\":[\"https:\\\/\\\/www.facebook.com\\\/globalafricasciences\"]}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"R\u00e9duire la pollution de l\u2019air \u00e0 Abidjan : de l\u2019ambition scientifique \u00e0 la fabrique du terrain | Global Africa","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-4\/reduire-la-pollution-de-lair-a-abidjan-de-lambition-scientifique-a-la-fabrique-du-terrain\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"R\u00e9duire la pollution de l\u2019air \u00e0 Abidjan : de l\u2019ambition scientifique \u00e0 la fabrique du terrain | Global Africa","og_description":"Introduction En Afrique de l\u2019Ouest, la pollution atmosph\u00e9rique au sein des grandes villes est un enjeu de sant\u00e9 publique majeur. Depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, des campagnes de mesure sur les aires urbaines ouest-africaines (\u00e0 Abidjan, Dakar, Cotonou, Conakry, par exemple) ont permis de mettre en \u00e9vidence que les populations de ces villes \u00e9taient soumises \u00e0 de hauts niveaux de pollution atmosph\u00e9rique, parfois largement sup\u00e9rieurs aux valeurs limites pr\u00e9conis\u00e9es par l\u2019OMS (Liousse et&nbsp;al., 2022). D\u2019apr\u00e8s des estimations, la pollution de l\u2019air ext\u00e9rieur, en particulier les particules fines PM2,5 (diam\u00e8tre inf\u00e9rieur \u00e0 2,5&nbsp;microm\u00e8tres), entra\u00eene la mort pr\u00e9matur\u00e9e d\u2019un&nbsp;million de personnes en Afrique (pers. com., N\u2019Datchoh et&nbsp;al., 2023). Les m\u00e9canismes d\u2019action des particules fines sur la sant\u00e9 se produisent \u00e0 plusieurs endroits du corps (les poumons, le sang, le c\u0153ur, le cerveau, le syst\u00e8me vasculaire) et peuvent conduire \u00e0 des maladies graves (broncho-pneumopathie chronique obstructive, maladies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives, syndromes respiratoires) (Medina et&nbsp;al., 2016). La combustion de la biomasse est l\u2019une des principales sources anthropiques de la pollution de l\u2019air en Afrique (Lelieveld et&nbsp;al., 2015), avec le trafic automobile, les industries, les feux de savane et le br\u00fblage des d\u00e9chets. Ces sources anthropiques s\u2019associent \u00e0 d\u2019autres sources naturelles telles que les poussi\u00e8res d\u00e9sertiques (Evans et&nbsp;al., 2018). L\u2019accroissement d\u00e9mographique tr\u00e8s important dans la r\u00e9gion devrait encore consid\u00e9rablement augmenter cette pollution (Liousse et&nbsp;al., 2014). En 1900, la densit\u00e9 de peuplement en Afrique de l\u2019Ouest \u00e9tait de cinq&nbsp;habitants par km\u00b2, en 2010 elle est pass\u00e9e \u00e0 cinquante et les projections montrent qu\u2019elle sera comprise entre quatre-vingt-dix et cent-quinze en 2030, ce qui \u00e9quivaut \u00e0 une multiplication par dix-huit en vingt&nbsp;ans. Selon les estimations, le nombre d\u2019habitants devrait \u00eatre de 7,773&nbsp;millions \u00e0 Abidjan, 6,046&nbsp;millions \u00e0 Dakar, 24,239&nbsp;millions \u00e0 Lagos et 3,362&nbsp;millions et 3,134&nbsp;millions pour Accra et Conakry, respectivement (Doumbia et&nbsp;al., 2018).&nbsp;&nbsp; Afin de limiter la d\u00e9gradation de la qualit\u00e9 de l\u2019air des m\u00e9tropoles d\u2019Afrique de l\u2019Ouest, le programme scientifique interdisciplinaire franco-ivoirien APIMAMA exp\u00e9rimente des solutions d\u2019att\u00e9nuation des polluants atmosph\u00e9riques en C\u00f4te d\u2019Ivoire. Il se focalise sur la pollution issue de la combustion de bois\/charbon de bois et r\u00e9alise des \u00e9tudes micro-\u00e9chelles \u00e0 Yopougon, la commune la plus peupl\u00e9e de la m\u00e9tropole d\u2019Abidjan. Le recours aux ressources en bois pour la cuisson domestique y est majoritaire et structure fortement le quotidien des habitants et de l\u2019\u00e9conomie locale. Nombreuses sont les professions qui d\u00e9pendent de sa production, de son transport et de sa vente. D\u2019apr\u00e8s une \u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e en 2021, le bois\/charbon de bois repr\u00e9sente 86,4&nbsp;% de la consommation \u00e9nerg\u00e9tique des m\u00e9nages du pays (Commission africaine de l\u2019\u00e9nergie, 2021). D\u00e8s 1993, le gouvernement ivoirien a instaur\u00e9 une politique de \u00ab&nbsp;butanisation&nbsp;\u00bb afin de r\u00e9duire la consommation de bois et de diffuser largement le gaz au sein des foyers (Cedeao, 2016) par le biais de subventions (Kouadio, 2019). Les bouteilles de gaz, appel\u00e9es \u00ab&nbsp;fait-tout&nbsp;\u00bb, sont venues offrir une alternative \u00e9nerg\u00e9tique accessible, sans n\u00e9anmoins faire dispara\u00eetre le bois\/charbon de bois au sein de la capitale, toujours utilis\u00e9 pour des raisons \u00e9conomiques, culturelles, ou li\u00e9es aux pratiques culinaires. Le programme APIMAMA se concentre sur trois&nbsp;cohortes de femmes utilisant des bioressources de fa\u00e7on quotidienne pour diff\u00e9rents usages&nbsp;: la cuisine domestique ou la restauration, le fumage du poisson sur sites traditionnels, la fabrication du charbon de bois. La perspective de travailler sur trois&nbsp;groupes diff\u00e9rents de femmes s\u2019explique, d\u2019une part, parce que la r\u00e9partition des t\u00e2ches domestiques et professionnelles en fonction du genre met les femmes au premier plan quant \u00e0 l\u2019achat, au transport et \u00e0 l\u2019usage des ressources (Coquery-Vidrovitch, 2013)&nbsp;; d\u2019autre part, parce qu\u2019une \u00e9tude ant\u00e9rieure a montr\u00e9 que l\u2019appartenance \u00e0 un groupe professionnel ou \u00e0 un statut social avait des incidences sur l\u2019exposition aux fum\u00e9es et sur la perception du risque (Becerra et&nbsp;al., 2020). Enfin, APIMAMA opte pour une perspective d\u2019\u00e9tude dite de \u00ab&nbsp;recherche-action&nbsp;\u00bb, dans la mesure o\u00f9 le but est de tester l\u2019efficacit\u00e9 de foyers et de fours am\u00e9lior\u00e9s offerts par l\u2019\u00e9quipe de recherche pour r\u00e9duire l\u2019exposition aux fum\u00e9es, am\u00e9liorer l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 et diminuer les d\u00e9penses d\u2019achat de combustible pour ces femmes. Dans cet article, le projet APIMAMA est abord\u00e9 via une posture de sociologie des sciences. Ses objets de recherche, ses m\u00e9thodes, ses objectifs et les modalit\u00e9s de production des r\u00e9sultats sont report\u00e9s et analys\u00e9s ici afin de mettre en exergue ce qu\u2019il incarne. Le projet s\u2019inscrit d\u2019abord dans une question scientifique r\u00e9cente (la pollution atmosph\u00e9rique des capitales africaines), o\u00f9 les coordinatrices du projet ont eu un r\u00f4le pr\u00e9curseur via leur participation et le pilotage de diff\u00e9rentes recherches d\u00e9di\u00e9es. Il a donc pour lignes directrices celles recommand\u00e9es par ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, dont il tire un certain h\u00e9ritage, mais engage toutefois une rupture importante&nbsp;: il ne se contentera plus d\u2019un \u00e9tat des lieux sur la pollution atmosph\u00e9rique, il ira comprendre comment elle s\u2019incarne sociologiquement, pour r\u00e9fl\u00e9chir, ensuite, \u00e0 des moyens de la r\u00e9duire. Une m\u00e9thodologie collaborative franco-ivoirienne, interdisciplinaire et participative a \u00e9t\u00e9 choisie parce que seule une approche crois\u00e9e des disciplines et des regards allait pouvoir r\u00e9pondre \u00e0 ces enjeux enchev\u00eatr\u00e9s de pratiques sociales, d\u2019expositions individuelles aux pollutions et de sant\u00e9 publique. La m\u00e9thode est int\u00e9ressante pour les possibilit\u00e9s de dialogues qu\u2019elle ouvre entre cultures, sciences et milieux sociaux. C\u2019est sur la base de ces diff\u00e9rents dialogues et du d\u00e9roulement du projet scientifique, restitu\u00e9s ici et utilis\u00e9s comme t\u00e9moignages, qu\u2019est propos\u00e9e l\u2019analyse.&nbsp; On d\u00e9couvre par exemple que la notion de \u00ab&nbsp;pollution atmosph\u00e9rique&nbsp;\u00bb est, sous cette formulation, inconnue des enqu\u00eat\u00e9es, ce qui r\u00e9v\u00e8le de prime abord un d\u00e9calage entre la repr\u00e9sentation du probl\u00e8me par les chercheurs et la leur. Mais cette m\u00e9connaissance ne signifie pas que le sens de pollution n\u2019existe pas dans leur quotidien, l\u2019enjeu devient ainsi de d\u00e9passer ces difficult\u00e9s de traduction et de questionner les repr\u00e9sentations du monde que portent en eux les concepts et les limites de leur utilisation. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9appropriation par les femmes des sujets discut\u00e9s lors des entretiens que l\u2019on d\u00e9couvre leur rapport \u00e0 la pollution, aux bioressources et dans quelle mesure leur environnement social conditionne la gestion des pollutions urbaines. L\u2019article s\u2019int\u00e9resse enfin aux outils scientifiques, ici le capteur d\u2019analyse de qualit\u00e9 de l\u2019air, un","og_url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-4\/reduire-la-pollution-de-lair-a-abidjan-de-lambition-scientifique-a-la-fabrique-du-terrain\/","og_site_name":"Global Africa","article_publisher":"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences","article_modified_time":"2026-05-09T18:18:42+00:00","og_image":[{"width":1280,"height":905,"url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/7-Grande-1-e1773443850461.jpeg","type":"image\/jpeg"}],"twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"25 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-4\/reduire-la-pollution-de-lair-a-abidjan-de-lambition-scientifique-a-la-fabrique-du-terrain\/","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-4\/reduire-la-pollution-de-lair-a-abidjan-de-lambition-scientifique-a-la-fabrique-du-terrain\/","name":"R\u00e9duire la pollution de l\u2019air \u00e0 Abidjan : de l\u2019ambition scientifique \u00e0 la fabrique du terrain | Global Africa","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-4\/reduire-la-pollution-de-lair-a-abidjan-de-lambition-scientifique-a-la-fabrique-du-terrain\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-4\/reduire-la-pollution-de-lair-a-abidjan-de-lambition-scientifique-a-la-fabrique-du-terrain\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/7-Grande-1-e1773443850461.jpeg","datePublished":"2023-12-20T10:41:53+00:00","dateModified":"2026-05-09T18:18:42+00:00","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-4\/reduire-la-pollution-de-lair-a-abidjan-de-lambition-scientifique-a-la-fabrique-du-terrain\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-4\/reduire-la-pollution-de-lair-a-abidjan-de-lambition-scientifique-a-la-fabrique-du-terrain\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-4\/reduire-la-pollution-de-lair-a-abidjan-de-lambition-scientifique-a-la-fabrique-du-terrain\/#primaryimage","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/7-Grande-1-e1773443850461.jpeg","contentUrl":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/7-Grande-1-e1773443850461.jpeg","width":1280,"height":905},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-4\/reduire-la-pollution-de-lair-a-abidjan-de-lambition-scientifique-a-la-fabrique-du-terrain\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Home","item":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/accueil\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Series issues","item":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/"},{"@type":"ListItem","position":3,"name":"R\u00e9duire la pollution de l\u2019air \u00e0 Abidjan : de l\u2019ambition scientifique \u00e0 la fabrique du terrain"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#website","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/","name":"Global Africa","description":"Pan-African Scientific Journal","publisher":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#organization"},"potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Organization","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#organization","name":"Global Africa","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/","logo":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#\/schema\/logo\/image\/","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Globalafrica.png","contentUrl":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Globalafrica.png","width":1680,"height":750,"caption":"Global Africa"},"image":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#\/schema\/logo\/image\/"},"sameAs":["https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences"]}]}},"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series-issues\/26811","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series-issues"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/series-issues"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/26810"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=26811"}],"wp:term":[{"taxonomy":"series-categories","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series-categories?post=26811"},{"taxonomy":"cat-articles","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/cat-articles?post=26811"},{"taxonomy":"keywords","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/keywords?post=26811"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=26811"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}