{"id":26799,"date":"2023-12-20T07:01:50","date_gmt":"2023-12-20T07:01:50","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/devenir-quelquun-la-representation-de-lafrique-du-sud-comme-destination-par-les-migrants-ethiopiens\/"},"modified":"2026-05-09T18:35:00","modified_gmt":"2026-05-09T18:35:00","slug":"devenir-quelquun-la-representation-de-lafrique-du-sud-comme-destination-par-les-migrants-ethiopiens","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-4\/devenir-quelquun-la-representation-de-lafrique-du-sud-comme-destination-par-les-migrants-ethiopiens\/","title":{"rendered":"\u00ab Devenir quelqu\u2019un \u00bb La repr\u00e9sentation de l\u2019Afrique du Sud comme destination par les migrants \u00e9thiopiens"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p>En 2020, 44 181 \u00c9thiopiens vivaient r\u00e9guli\u00e8rement en Afrique du Sud, ce qui en faisait la dixi\u00e8me nationalit\u00e9 la plus repr\u00e9sent\u00e9e (Statista, 2023). Le chiffre r\u00e9el est cependant beaucoup plus \u00e9lev\u00e9, car la plupart des \u00c9thiopiens en Afrique du Sud sont en situation irr\u00e9guli\u00e8re ou vivent avec un permis temporaire (Zewdu, 2018).&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour atteindre leur destination, les personnes en situation irr\u00e9guli\u00e8re doivent traverser plusieurs fronti\u00e8res (Kenya, Tanzanie, Mozambique, Malawi ou Zimbabwe, ou d\u2019autres pays en fonction de l\u2019itin\u00e9raire), parfois \u00e0 pied, faire appel \u00e0 des interm\u00e9diaires en leur versant des commissions \u00e9lev\u00e9es, et entreprendre un voyage dangereux, allant de menaces physiques \u00e0 la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre emprisonn\u00e9es ou renvoy\u00e9es dans leur pays d\u2019origine.<\/p>\n\n\n\n<p>En Afrique du Sud, les migrants \u00e9thiopiens \u00ab&nbsp;occupent de plus en plus des espaces commerciaux informels dans les <em>townships<\/em>, les zones rurales et certains quartiers commerciaux essentiels du pays&nbsp;\u00bb (Netshikulwe et&nbsp;al., 2022). Au quotidien, ils sont d\u2019une part \u00ab&nbsp;pouss\u00e9s vers la marge&nbsp;\u00bb par les politiques de l\u2019\u00c9tat, qui les emp\u00eachent d\u2019obtenir des documents de r\u00e9sidence r\u00e9guliers, d\u2019enregistrer leur entreprise et m\u00eame d\u2019envoyer leurs enfants dans des \u00e9coles publiques&nbsp;; d\u2019autre part, ils sont marginalis\u00e9s en fonction de leur sexe et de leur classe au sein de leur propre communaut\u00e9 (Netshikulwe et&nbsp;al., 2022). Le produit de cette marginalisation est trop souvent l\u2019in\u00e9galit\u00e9 et la vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e0 la violence, tant personnelle qu\u2019institutionnelle. Amare, un \u00c9thiopien vivant dans le quartier East London, a d\u00e9clar\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous faisons ce travail parce que nous n\u2019avons pas d\u2019autre choix et parce qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019endroit o\u00f9 aller&nbsp;; le seul choix que nous avons, c\u2019est de travailler \u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, la vie des \u00c9thiopiens en Afrique du Sud (comme celle des Africains d\u2019autres pays subsahariens) est compliqu\u00e9e par la x\u00e9nophobie quotidienne. Celle-ci et les attaques violentes perp\u00e9tr\u00e9es pour d\u2019autres motifs sont courantes et n\u2019ont pas diminu\u00e9 depuis la transition de l\u2019apartheid vers la d\u00e9mocratie. Au contraire, au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, plusieurs incidents graves ont vis\u00e9 les migrants et leurs entreprises, tels que des pillages et des meurtres (BBC, 2019&nbsp;; Haffajee, 2019). En&nbsp;2022, les Nations unies ont averti que l\u2019Afrique du Sud \u00e9tait au bord d\u2019une \u00ab&nbsp;violence x\u00e9nophobe explosive&nbsp;\u00bb, tout en condamnant certains partis politiques, pour lesquels le racisme et la x\u00e9nophobie sont devenus le seul fond de campagne (UN News, 2022).<\/p>\n\n\n\n<p>Cette question transpara\u00eet tr\u00e8s clairement dans les entretiens r\u00e9alis\u00e9s dans le cadre de ce travail,&nbsp;\u00ab&nbsp;les meurtres sont fr\u00e9quents&nbsp;\u00bb, d\u00e9clare Abay. Cependant, les participants ont indiqu\u00e9 qu\u2019ils ne partageaient g\u00e9n\u00e9ralement pas les r\u00e9cits de violence et de moments difficiles avec leur r\u00e9seau en \u00c9thiopie. Il est ainsi impossible d\u2019\u00e9valuer si les futurs migrants sont conscients de ces risques. Pourtant, malgr\u00e9 ces obstacles consid\u00e9rables, la migration \u00e9thiopienne vers l\u2019Afrique du Sud n\u2019a pas montr\u00e9 de signes de ralentissement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cet article vise \u00e0 \u00e9largir et \u00e0 approfondir le corpus de connaissances sur la d\u00e9cision de migrer, en mettant l\u2019accent sur le r\u00f4le des facteurs subjectifs et immat\u00e9riels, mais aussi \u00e0 pr\u00e9senter le cas sp\u00e9cifique de la migration des \u00c9thiopiens du Sud vers l\u2019Afrique du Sud. Plus particuli\u00e8rement, nous voulons \u00e9clairer la fa\u00e7on dont ces facteurs entrent en jeu lorsque les individus envisagent de choisir une destination (destinations imagin\u00e9es), comment leur vie pourrait changer (modes de vie imagin\u00e9s), et quelles \u00e9motions et sentiments les accompagnent tout au long du processus. La litt\u00e9rature ant\u00e9rieure a montr\u00e9 que la \u00ab&nbsp;r\u00e9putation&nbsp;\u00bb d\u2019une destination joue un r\u00f4le essentiel dans la prise de d\u00e9cision, parall\u00e8lement \u00e0 des facteurs concrets et, dans une moindre mesure, les politiques migratoires (Crawley &amp; Hagen-Zanker, 2019). A partir de ces donn\u00e9es, nous r\u00e9fl\u00e9chissons sur la mani\u00e8re dont les destinations sont per\u00e7ues.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la base d\u2019une s\u00e9rie d\u2019entretiens avec des migrants du sud de l\u2019\u00c9thiopie, nous apportons de nouveaux \u00e9l\u00e9ments empiriques et une nouvelle analyse en r\u00e9pondant aux questions suivantes&nbsp;: 1)&nbsp;Pourquoi certaines destinations deviennent-elles populaires aupr\u00e8s d\u2019un groupe sp\u00e9cifique de migrants (potentiels)&nbsp;?&nbsp;; 2)&nbsp;Quelles sont les raisons pour lesquelles les migrants choisissent ces destinations l\u00e0, plut\u00f4t que d\u2019autres tout aussi accessibles, voire plus accessibles&nbsp;?&nbsp;; 3)&nbsp;Comment les migrants imaginent-ils ces destinations et la vie future qu\u2019ils y m\u00e8neront&nbsp;?&nbsp;; 4)&nbsp;Quels sont les \u00e9motions et les sentiments dominants li\u00e9s \u00e0 cette trajectoire ?<\/p>\n\n\n\n<p>Au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, l\u2019Afrique du Sud est devenue la destination la plus populaire, non seulement pour les \u00c9thiopiens, mais aussi pour les citoyens d\u2019autres pays africains comme le Kenya, la Tanzanie ou le Mozambique. Le Soudan, le Nigeria ou les pays du Golfe sont \u00e9galement pris\u00e9s par les jeunes hommes \u00e9thiopiens. Il y a \u00e9videmment des raisons objectives \u00e0 cela&nbsp;: en 2022, l\u2019Afrique du Sud \u00e9tait la troisi\u00e8me plus grande \u00e9conomie d\u2019Afrique, apr\u00e8s l\u2019\u00c9gypte et le Nigeria, avec un PIB de 949,846&nbsp;milliards de dollars (Fonds mon\u00e9taire international, 2022). La monnaie locale (le rand) est relativement forte et le pays offre de nombreuses possibilit\u00e9s d\u2019affaires et d\u2019entrepreneuriat, tandis que les imp\u00f4ts sont moins nombreux et moins \u00e9lev\u00e9s qu\u2019en \u00c9thiopie. Ceci met en \u00e9vidence les in\u00e9galit\u00e9s importantes entre les deux pays, facteur essentiel dans la d\u00e9cision de migrer, comme l\u2019ont \u00e9tabli les recherches depuis longtemps (Mazzilli et&nbsp;al., sous presse).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, les consid\u00e9rations sur les avantages \u00e9conomiques et les opportunit\u00e9s d\u2019investissement sont compl\u00e9t\u00e9es par celles tout aussi pertinentes sur l\u2019image du pays de destination et la vie imagin\u00e9e dans ce pays, le statut personnel, les privations relatives et les sentiments de jalousie \u00e9mulative \u00e0 l\u2019\u00e9gard des pairs. Dans le contexte de la migration des \u00c9thiopiens du Sud vers l\u2019Afrique du Sud, les photos et les vid\u00e9os de moments sp\u00e9ciaux (en particulier les mariages) envoy\u00e9es par ceux qui ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9migr\u00e9 ont jou\u00e9 un r\u00f4le cl\u00e9 dans la formation de l\u2019imaginaire du pays comme un endroit o\u00f9 il est possible de faire des affaires rentables, de vivre plus confortablement et, en fin de compte, de \u00ab&nbsp;devenir quelqu\u2019un&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019article commence par un rappel de l\u2019histoire de la migration \u00e9thiopienne vers l\u2019Afrique du Sud. Il passe ensuite en revue la litt\u00e9rature sur les destinations imagin\u00e9es, les identit\u00e9s imagin\u00e9es, les \u00e9motions et les sentiments dans la d\u00e9cision de migrer, et donne un aper\u00e7u des exp\u00e9riences des migrants du sud de l\u2019\u00c9thiopie recueillies au cours de notre \u00e9tude. Au total, 63&nbsp;entretiens ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9s dans les villes de Cape Town, East London, Hermanus, George, Johannesburg et Port Elizabeth entre 2021 et 2022. Lorsqu\u2019elles sont cit\u00e9es dans le texte, les personnes interrog\u00e9es sont d\u00e9sign\u00e9es par des pseudonymes afin de pr\u00e9server leur anonymat.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Migration \u00e9thiopienne vers l\u2019Afrique du Sud\u00a0: pass\u00e9 et pr\u00e9sent<\/h2>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;1990, une s\u00e9rie d\u2019\u00e9v\u00e9nements politiques, tant en \u00c9thiopie qu\u2019en Afrique du Sud, ont cr\u00e9\u00e9 une conjoncture favorable aux migrations. La fin de l\u2019apartheid en 1994 a entra\u00een\u00e9 l\u2019ouverture des fronti\u00e8res sud-africaines et la mise en place de politiques d\u2019immigration plus lib\u00e9rales, rest\u00e9es en vigueur jusqu\u2019en 2011. Aujourd\u2019hui encore, le pays en conserve quelques traces, puisque c\u2019est seulement en Afrique du Sud que les r\u00e9fugi\u00e9s et les demandeurs d\u2019asile b\u00e9n\u00e9ficient de la libert\u00e9 de circulation et du droit de travailler (Moyo, 2021). Dans la m\u00eame p\u00e9riode, l\u2019\u00c9thiopie traversait une p\u00e9riode de troubles politiques majeurs. Les derni\u00e8res ann\u00e9es du r\u00e9gime militaire du Derg (au pouvoir entre 1974 et 1991) avaient \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es par des s\u00e9cheresses et des famines, mais aussi par des insurrections, en particulier dans le Nord. En&nbsp;1994, l\u2019\u00c9thiopie a approuv\u00e9 une nouvelle constitution qui est entr\u00e9e en vigueur en 1995. Son article&nbsp;32 \u00e9tablit le droit des personnes \u00e0 se d\u00e9placer, ce qui a \u00e9norm\u00e9ment facilit\u00e9 les d\u00e9parts du pays. Cela contrastait fortement avec le r\u00e9gime du Derg, o\u00f9 les migrations \u00e9taient r\u00e9glement\u00e9es par un syst\u00e8me strict de visas. La lib\u00e9ralisation de la circulation dans les deux&nbsp;pays a permis \u00e0 certains \u00c9thiopiens d\u2019ouvrir la voie vers l\u2019Afrique du Sud (voir Feyissa et al., manuscrit en pr\u00e9paration ; Kuschminder et al., 2017 ; Estifanos &amp; Freeman, 2022).<\/p>\n\n\n\n<p>Estifanos et Freeman (2022) expliquent comment la nature de la migration \u00e9thiopienne vers l\u2019Afrique du Sud a chang\u00e9 au fil du temps. Outre l\u2019augmentation du nombre de migrants, leur lieu d\u2019origine, principalement concentr\u00e9 autour d\u2019Addis-Abeba, est devenu essentiellement rural, en particulier dans la r\u00e9gion m\u00e9ridionale de Hadiya-Kembata. Le f\u00e9d\u00e9ralisme r\u00e9gional en \u00c9thiopie n\u2019a pas profit\u00e9 aux Hadiya en termes de transformation socio-\u00e9conomique, limitant leur migration de travail \u00e0 leur propre r\u00e9gion, et brisant ainsi un syst\u00e8me de subsistance \u00e9tabli de longue date. Mais m\u00eame avant cela, les Hadiya \u00e9taient m\u00e9contents de la place marginale que le \u00ab&nbsp;Sud p\u00e9riph\u00e9rique&nbsp;\u00bb occupait dans la politique nationale par rapport au \u00ab&nbsp;Nord central&nbsp;\u00bb (Feyissa, 2022). Des affrontements ont donc \u00e9clat\u00e9 entre les partisans de la Hadiya National Democratic Organisation (HNDO) et le Front d\u00e9mocratique r\u00e9volutionnaire du peuple \u00e9thiopien (EPRDF) au pouvoir, ce qui a contribu\u00e9 \u00e0 pousser certaines personnes, en particulier les jeunes, \u00e0 \u00e9migrer en Afrique du Sud (Feyissa et al., manuscrit en pr\u00e9paration).<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis lors, la migration des \u00c9thiopiens du Sud vers l\u2019Afrique du Sud s\u2019est diversifi\u00e9e en termes de genre, d\u2019\u00e2ge et de statut socio-\u00e9conomique. Bien qu\u2019elle soit toujours domin\u00e9e par les hommes, davantage de femmes ont \u00e9migr\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es, la plupart pour rejoindre leur partenaire. L\u2019\u00e2ge moyen des migrants est de plus en plus bas, car de plus en plus d\u2019adolescents et de jeunes adultes ont quitt\u00e9 leur foyer, m\u00eame sans l\u2019aide de leurs parents (Feyissa, 2022). Alors qu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;2000, les migrants n\u2019avaient pour la plupart que peu ou pas d\u2019\u00e9ducation et \u00e9taient issus de situations \u00e9conomiques difficiles, aujourd\u2019hui, de plus en plus de dipl\u00f4m\u00e9s et de fonctionnaires migrent. Et ce, principalement parce qu\u2019ils sont attir\u00e9s par la richesse obtenue par les familles d\u2019\u00e9migrants gr\u00e2ce aux transferts de fonds (Estifanos &amp; Freeman, 2022), et parce que la migration prend le dessus sur d\u2019autres options comme voie de mobilit\u00e9 sociale souhaitable (Feyissa et al., manuscrit en pr\u00e9paration). Cette constatation est int\u00e9ressante surtout si l\u2019on consid\u00e8re que les opportunit\u00e9s d\u2019emploi pour les \u00c9thiopiens en Afrique du Sud se situent principalement dans le commerce informel et les emplois manuels (Netshikulwe et al., 2022 ; voir \u00e9galement Yimer, 2012), ce qui peut s\u2019av\u00e9rer difficile, en particulier pour les fonctionnaires ou ceux issus de familles ais\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, la migration vers l\u2019Afrique du Sud est \u00e9galement un signe de culture&nbsp;: le fait d\u2019avoir un migrant dans la famille est synonyme de prestige et offre la possibilit\u00e9 d\u2019avoir une histoire \u00e0 raconter (Feyissa, 2022 ; Feyissa et al., sous presse). Elle ne repose pas uniquement sur des d\u00e9cisions \u00e9conomiques rationnelles, mais \u00e9galement sur un ensemble de facteurs subjectifs. L\u2019imagination de la destination et de l\u2019identit\u00e9\/du style de vie joue le plus grand r\u00f4le.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019imagination et les sentiments dans la d\u00e9cision de migrer<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>L\u2019imagination<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019imagination est un processus complexe qui fait appel aux capacit\u00e9s cognitives et \u00e0 la psychologie d\u2019un individu, mais qui comporte \u00e9galement des dimensions sociales et anthropologiques. Le dictionnaire de Cambridge (s.d.) la d\u00e9finit comme \u00ab&nbsp;la capacit\u00e9 de former des images mentales de personnes ou de choses, ou d\u2019avoir de nouvelles id\u00e9es&nbsp;\u00bb. Ainsi, l\u2019imagination appliqu\u00e9e \u00e0 la migration a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 d\u00e9finie comme une \u00ab&nbsp;migration cognitive&nbsp;\u00bb (Koikkalainen et&nbsp;al., 2020) et un \u00ab&nbsp;voyage mental&nbsp;\u00bb (Cangi\u00e0 &amp; Zittoun, 2020).<\/p>\n\n\n\n<p>Koikkalainen et&nbsp;al. (2020) d\u00e9finissent la migration cognitive comme \u00ab&nbsp;l\u2019acte de pr\u00e9-exp\u00e9rimenter des futurs dans diff\u00e9rents lieux&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;54), estimant que l\u2019imagination de ce qu\u2019un certain lieu peut offrir agit comme \u00ab&nbsp;un puissant aimant pour les personnes ayant de mauvaises perspectives dans leur pays d\u2019origine&nbsp;\u00bb (Koikkalainen et al., 2020, p. 54). Cet argument est particuli\u00e8rement adapt\u00e9 au cas de la plupart des jeunes hommes \u00e9thiopiens que nous pr\u00e9sentons dans cet article, bien que, dans notre cas d\u2019\u00e9tude, l\u2019imagination fonde aussi le d\u00e9sir de migrer de groupes qui ont pourtant des perspectives d\u2019avenir dans leur pays d\u2019origine, que ce soit en raison de leur \u00e9ducation, de leur richesse ou de leur prestige social (Ali, 2007). Par exemple, Dawit, un homme interrog\u00e9 \u00e0 East London, raconte que sa migration a \u00e9t\u00e9 beaucoup plus simple que celle de la plupart des gens, vraisemblablement parce qu\u2019il pouvait compter sur une richesse familiale consistante. De&nbsp;m\u00eame, Melaku, un homme interrog\u00e9 \u00e0 George Town, a d\u00e9clar\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je n\u2019\u00e9tais pas pauvre en tant que tel, mais j\u2019ai observ\u00e9 des am\u00e9liorations dans les conditions de vie des \u00c9thiopiens qui ont \u00e9migr\u00e9 en Afrique du Sud&nbsp;\u00bb. En r\u00e9alit\u00e9, le manque de perspectives dans le pays d\u2019origine n\u2019est pas la seule raison qui sous-tend le d\u00e9sir d\u2019\u00e9migrer. Cependant, comme le soulignent Carling et Collins (2018), le d\u00e9sir de changement est un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9&nbsp;: si, pour certains, il est motiv\u00e9 par l\u2019absence de perspectives, pour d\u2019autres, il peut l\u2019\u00eatre par une qu\u00eate de mieux \u00eatre, ou par quelque chose de <em>tout simplement diff\u00e9rent<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cangi\u00e0 et Zittoun (2020) soulignent la nature toujours changeante de l\u2019imagination, qui ne cesse de produire \u00ab&nbsp;des mondes et des vies alternatifs qui, \u00e0 leur tour, affectent la capacit\u00e9 et les (im)possibilit\u00e9s de d\u00e9placement des personnes&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;641), affirmant que l\u2019imagination et la mobilit\u00e9 humaine se fa\u00e7onnent mutuellement. Cette dynamique imagination\/mobilit\u00e9 n\u2019implique pas seulement la personne qui imagine ou se d\u00e9place, mais aussi sa famille, ses pairs, les membres de sa communaut\u00e9 et ses voisins.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Destinations imagin\u00e9es\u00a0<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Pendant longtemps, les discours sur la \u00ab&nbsp;culture de la migration&nbsp;\u00bb, qui examinent comment la migration peut parfois devenir une norme accept\u00e9e, en particulier par les jeunes de certaines communaut\u00e9s, ont \u00e9t\u00e9 la seule approche \u00ab&nbsp;incorporant les facettes culturelles [ou, selon nous, subjectives] de la prise de d\u00e9cision en mati\u00e8re de migration&nbsp;\u00bb dans la recherche (Thompson, 2017). Thompson (2017) critique les approches culturelles de la migration en faisant valoir que m\u00eame si elles vont au-del\u00e0 de l\u2019accent mis sur les facteurs \u00e9conomiques, sociaux et politiques, elles ne rendent pas suffisamment compte de la complexit\u00e9 du processus de prise de d\u00e9cision en raison de la \u00ab&nbsp;r\u00e9ticence de ces approches \u00e0 prendre pleinement en consid\u00e9ration l\u2019importance du lieu&nbsp;\u00bb. Pour combler cette lacune, Thompson propose une \u00ab&nbsp;approche centr\u00e9e sur les g\u00e9ographies de l\u2019imagination&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La g\u00e9ographie, en tant que discipline, analyse depuis longtemps le lieu et son r\u00f4le dans la vie en soci\u00e9t\u00e9, mais pas n\u00e9cessairement en relation avec les migrations. Le g\u00e9ographe Tuan \u00e9tudie la mani\u00e8re dont le lieu diff\u00e8re de l\u2019espace, en ce sens que \u00ab&nbsp;ce qui commence comme un espace indiff\u00e9renci\u00e9 devient un lieu au fur et \u00e0 mesure que nous apprenons \u00e0 mieux le conna\u00eetre et \u00e0 le doter d\u2019une valeur&nbsp;\u00bb (Tuan, 1977, p.&nbsp;6). Il sugg\u00e8re que les lieux prennent forme de mani\u00e8re sp\u00e9cifique dans l\u2019esprit des individus, g\u00e9n\u00e9rant du sens et des sentiments \u2013&nbsp;principalement, mais pas exclusivement, de l\u2019attachement. La g\u00e9ographe des cultures Massey (1991) utilise l\u2019expression \u00ab&nbsp;sens du lieu&nbsp;\u00bb pour d\u00e9signer le \u00ab&nbsp;caract\u00e8re unique&nbsp;\u00bb que poss\u00e8dent les lieux et qui les distingue des autres. D\u2019autres chercheurs, comme Jackson (1994), parlent de \u00ab&nbsp;l\u2019esprit d\u2019un lieu&nbsp;\u00bb, s\u2019appuyant sur la croyance romaine ancienne en un esprit habitant et prot\u00e9geant un lieu, dont une communaut\u00e9 \u00ab&nbsp;tire une grande partie de son essence \u00bb (p.&nbsp;24, cit\u00e9 dans Woolf, 2008). Des recherches plus r\u00e9centes (Campelo et&nbsp;al., 2014) relient l\u2019esprit d\u2019un lieu \u00e0 une composante sociale devenue le trait le plus connu du lieu.<\/p>\n\n\n\n<p>A partir des donn\u00e9es collect\u00e9es, nous soutenons que l\u2019Afrique du Sud a acquis une signification sp\u00e9cifique dans l\u2019esprit des futurs migrants du sud de l\u2019\u00c9thiopie, ce qui la rend pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 d\u2019autres destinations. Abay explique&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons grandi en entendant dire la mani\u00e8re dont les migrants en Afrique du Sud pouvaient facilement prosp\u00e9rer et mener une vie d\u00e9cente. Les fonds qu\u2019ils envoient [sont visibles]&nbsp;: ils permettent de construire des maisons pour leurs familles, d\u2019aider leurs jeunes fr\u00e8res et s\u0153urs \u00e0 s\u2019instruire et, d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, de r\u00e9pondre aux besoins de leurs familles. C\u2019est pourquoi je r\u00eavais de venir ici, d\u2019\u00e9voluer et d\u2019am\u00e9liorer la vie de ma famille. En&nbsp;tant que migrant, j\u2019ai d\u00fb quitter l\u2019\u00e9cole sans terminer mes \u00e9tudes, mais j\u2019\u00e9tais d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 compenser cela en cr\u00e9ant des opportunit\u00e9s pour mes jeunes fr\u00e8res et s\u0153urs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il poursuit : J\u2019ai grandi avec l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9migrer en Afrique du Sud. Dans ma conscience d\u2019enfant, l\u2019Afrique du Sud n\u2019\u00e9tait pas con\u00e7ue comme une terre \u00e9trang\u00e8re lointaine, mais comme l\u2019une des villes les plus proches de notre localit\u00e9. L\u2019\u00e9migration est inscrite dans la conscience collective des jeunes hommes de notre communaut\u00e9, m\u00eame apr\u00e8s avoir pleur\u00e9 la mort tragique d\u2019\u00eatres chers, qui ont perdu la vie en errant dans la jungle.<\/p>\n\n\n\n<p>En adoptant l\u2019approche centr\u00e9e sur les g\u00e9ographies de l\u2019imagination (Thompson, 2017), les chercheurs ne se contentent pas seulement d\u2019\u00e9tudier la question de savoir s\u2019il faut rester ou \u00e9migrer, mais ils se penchent aussi sur les questions relatives aux destinations, c\u2019est-\u00e0-dire la comparaison entre les destinations et les lieux d\u2019origine (Hagen-Zanker &amp; Hennessey, 2021). Belloni (2022) apporte une contribution significative en discutant des processus mentaux comparatifs \u00e0 partir desquels les migrants potentiels d\u00e9cident de leur destination, qu\u2019elle d\u00e9finit comme des \u00ab&nbsp;cosmologies de la destination&nbsp;\u00bb. S\u2019appuyant sur une \u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e sur plusieurs sites aupr\u00e8s d\u2019\u00c9rythr\u00e9ens dans leur pays d\u2019origine et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, elle explique que leurs destinations migratoires ont \u00e9t\u00e9 soigneusement cartographi\u00e9es selon \u00ab&nbsp;une \u00e9chelle normative et morale implicite mais largement partag\u00e9e, avec diff\u00e9rents niveaux de s\u00e9curit\u00e9 per\u00e7ue, de libert\u00e9 individuelle, de reconnaissance sociale et de r\u00e9ussite \u00e9conomique&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;557). La \u00ab&nbsp;r\u00e9putation&nbsp;\u00bb globale des pays (Crawley &amp; Hagen-Zanker, 2019), ou le sentiment d\u2019appartenance \u00e0 un lieu, alimente cette cartographie des destinations. Par exemple, Koikkalainen et&nbsp;al. (2020) examinent le cas de migrants irakiens arriv\u00e9s en Finlande en 2015. Ils d\u00e9crivent l\u2019environnement dans lequel ils vivaient avant la migration comme extr\u00eamement dangereux et pr\u00e9caire, tant sur le plan mat\u00e9riel que psychologique, ce qui les a amen\u00e9s \u00e0 ressentir un manque de perspectives. La vision sombre qu\u2019ils avaient de leur propre soci\u00e9t\u00e9 contrastait avec l\u2019image qu\u2019ils avaient de la Finlande&nbsp;: \u00ab&nbsp;Un pays pacifique avec un niveau de vie \u00e9lev\u00e9, une d\u00e9mocratie et un bon syst\u00e8me \u00e9ducatif&nbsp;\u00bb (Koikkalainen<em> <\/em>et&nbsp;al., 2020, p.&nbsp;59). Une \u00e9tude sur les motivations d\u2019un groupe diversifi\u00e9 de demandeurs d\u2019asile \u00e0 \u00e9migrer au Royaume-Uni (Robinson &amp; Segrott, 2002) fait \u00e9tat de r\u00e9sultats similaires.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019ensemble, les pays de destination (et l\u2019Europe par extension) sont associ\u00e9s \u00e0 la d\u00e9mocratie, au respect des droits de l\u2019homme, \u00e0 une position \u00e9conomique solide et \u00e0 la possibilit\u00e9 de poursuivre des \u00e9tudes. Par exemple, Menab, interrog\u00e9 \u00e0 George Town, a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00e9migrer en Afrique du Sud en raison de \u00ab&nbsp;rumeurs qui attisent votre curiosit\u00e9&nbsp;\u00bb. Selon lui, ces rumeurs \u00e9taient fond\u00e9es&nbsp;: toutes les entreprises prosp\u00e8res ouvertes en \u00c9thiopie au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es l\u2019avaient \u00e9t\u00e9 par les migrants \u00e9thiopiens en Afrique du Sud ou gr\u00e2ce \u00e0 leurs envois de fonds.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ces travaux s\u2019inscrivent dans le cadre d\u2019une recherche plus large sur la mani\u00e8re dont les politiques des pays de destination sont per\u00e7ues par les (futurs) migrants. Ce sujet est devenu particuli\u00e8rement critique pour les d\u00e9cideurs europ\u00e9ens qui sont devenus de plus en plus attentifs aux facteurs influen\u00e7ant les choix de destination afin de concevoir des politiques de contr\u00f4le et de gestion des migrations. Pourtant, Crawley et Hagen-Zanker (2019) soutiennent non seulement que les politiques migratoires europ\u00e9ennes au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies ont \u00e9t\u00e9 fa\u00e7onn\u00e9es par \u00ab&nbsp;des <em>hypoth\u00e8ses<\/em> sur les facteurs qui d\u00e9terminent les \u00ab\u00a0choix\u00a0\u00bb que les r\u00e9fugi\u00e9s et autres migrants font sur l\u2019endroit o\u00f9 aller&nbsp;\u00bb, mais aussi que ces hypoth\u00e8ses portent de mani\u00e8re disproportionn\u00e9e sur la connaissance pr\u00e9sum\u00e9e que les demandeurs d\u2019asile ont relativement aux politiques migratoires les plus souples des \u00c9tats membres de l\u2019Union europ\u00e9enne. Crawley et Hagen-Zanker (2019) critiquent cette approche en soulignant tout d\u2019abord que la prise de d\u00e9cision des migrants \u00ab&nbsp;est un processus dynamique&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;21) qui peut \u00e9voluer de mani\u00e8re rapide et inattendue en raison de changements sociaux, \u00e9conomiques et politiques. Des facteurs historiques et g\u00e9ographiques tels que les liens coloniaux, une langue commune et les ressources qu\u2019un migrant est capable de mobiliser concourent \u00e0 fa\u00e7onner le choix de sa destination. Deuxi\u00e8mement, l\u2019acc\u00e8s au march\u00e9 du travail est apparu dans la litt\u00e9rature comme \u00e9tant un facteur plus puissant que l\u2019ouverture des politiques migratoires (Hanson &amp; McIntosh, 2012&nbsp;; Riosmena &amp; Massey, 2012). Cela montre que les pr\u00e9f\u00e9rences en mati\u00e8re de destination refl\u00e8tent la \u00ab&nbsp;combinaison de diff\u00e9rents facteurs&nbsp;\u00bb, souvent bas\u00e9e sur l\u2019id\u00e9e qu\u2019un endroit est \u00ab&nbsp;un bon pays pour vivre&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire la r\u00e9putation globale du pays (Crawley &amp; Hagen-Zanker, 2019, p.&nbsp;32&nbsp;; Bal, 2016). Lorsque les migrants prennent en compte les politiques migratoires, leurs pr\u00e9f\u00e9rences sont alors bas\u00e9es sur leur<em> interpr\u00e9tation et leur perception<\/em> \u2013&nbsp;qui ne sont pas toujours exactes (voir Hagen-Zanker &amp; Mallett, 2022, sur la fa\u00e7on dont les migrants abordent les politiques et y sont impliqu\u00e9s).<\/p>\n\n\n\n<p>Tuan (1977) souligne que les lieux acqui\u00e8rent une signification au fil du temps, non seulement pour les personnes qui y vivent, mais aussi pour celles qui les imaginent \u00e0 distance. En&nbsp;fait, la notori\u00e9t\u00e9 de l\u2019Afrique du Sud s\u2019est progressivement consolid\u00e9e au cours des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es. Contrairement \u00e0 la fin des ann\u00e9es&nbsp;1990, o\u00f9 les d\u00e9parts d\u2019\u00c9thiopie vers l\u2019Afrique du Sud \u00e9taient rares, la migration a repris de mani\u00e8re r\u00e9guli\u00e8re depuis&nbsp;2001. Le point de d\u00e9part de ce flux migratoire serait la visite du pasteur canadien Peter Youngren \u00e0 Hosanna en 2001, au cours de laquelle il a prononc\u00e9 une proph\u00e9tie concernant \u00ab&nbsp;une vision de Dieu ouvrant une route du Sud pour la Hadiya, par laquelle les gens passeront pour ramener la prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e0 Hosanna&nbsp;\u00bb (Feyissa et al., manuscrit en pr\u00e9paration). Depuis lors, il est devenu de plus en plus fr\u00e9quent pour les jeunes de Hadiya d\u2019\u00e9migrer en Afrique du Sud \u00e0 la recherche de meilleures opportunit\u00e9s \u00e9conomiques, tandis que les envois de fonds vers la r\u00e9gion du sud de l\u2019\u00c9thiopie ont permis de r\u00e9aliser des investissements locaux \u2013&nbsp;et, \u00e0 leur tour, de r\u00e9aliser la proph\u00e9tie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le temps consolide et l\u00e9gitime les r\u00e9cits sur les lieux et leurs caract\u00e8res sp\u00e9cifiques. Certains chercheurs affirment que ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 travers les r\u00e9cits que les lieux (par opposition aux espaces) en viennent \u00e0 exister r\u00e9ellement. Ryden (1993), par exemple, affirme que \u00ab&nbsp;les lieux n\u2019existent pas tant qu\u2019ils ne sont pas verbalis\u00e9s&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;242). Ces vingt derni\u00e8res ann\u00e9es, la litt\u00e9rature sur la formation des imaginaires g\u00e9ographiques s\u2019est consid\u00e9rablement d\u00e9velopp\u00e9e. Le bouche-\u00e0-oreille et les rumeurs ont conserv\u00e9 un r\u00f4le central dans la diffusion d\u2019une image sp\u00e9cifique d\u2019un lieu (Belloni, 2022&nbsp;; Koikkalainen et&nbsp;al., 2020), mais les chercheurs ont aussi soulign\u00e9 le r\u00f4le de la t\u00e9l\u00e9vision (Conrad Suso, 2020&nbsp;; Dannecker, 2013&nbsp;; Hagen-Zanker &amp; Mallett, 2016&nbsp;; Mai, 2017&nbsp;; Piotrowski, 2013&nbsp;; Salazar, 2011&nbsp;; Willems, 2014) et des m\u00e9dias sociaux (Koikkalainen et al., 2020; K\u00f6lbel, 2020) dans la repr\u00e9sentation des destinations et des styles de vie. Les histoires, les photos et surtout les vid\u00e9os d\u2019\u00c9thiopiens vivant en Afrique du Sud alimentent des imaginaires sp\u00e9cifiques dans l\u2019esprit de ceux rest\u00e9s en \u00c9thiopie, ce qui g\u00e9n\u00e8re une multitude de sentiments et, en fin de compte, agit sur leur d\u00e9cision d\u2019\u00e9migrer. Le t\u00e9moignage le plus frappant est celui de Samson, interrog\u00e9 \u00e0 Port Elizabeth&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait un homme [\u2026] de notre village qui a r\u00e9ussi \u00e0 organiser une c\u00e9r\u00e9monie de mariage extravagante ici en Afrique du Sud en 2004&nbsp;; malheureusement, il a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 par des voleurs peu de temps apr\u00e8s. Une vid\u00e9o de son mariage est devenue virale dans notre ville natale en \u00c9thiopie&nbsp;; certaines personnes se rendaient dans les centres urbains uniquement pour regarder cette vid\u00e9o \u2013&nbsp;en payant un droit d\u2019entr\u00e9e. Cette vid\u00e9o a donc eu un effet \u00e9norme [sur eux, au point] qu\u2019apr\u00e8s l\u2019avoir regard\u00e9e, de nombreuses personnes avaient envie de se rendre dans ce pays d\u2019opportunit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Style de vie imagin\u00e9<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Par projection mentale, les individus peuvent s\u2019imaginer dans un lieu donn\u00e9. Hagen-Zanker et Hennessey (2021) soulignent que la migration peut en effet constituer l\u2019ultime \u00ab&nbsp;occasion de se r\u00e9inventer&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;10). Le peu d\u2019\u00e9tudes sur ce sujet se concentrent sur le d\u00e9sir des futurs migrants d\u2019acc\u00e9der \u00e0 un mode de vie moderne et de participer \u00e0 l\u2019effervescence de la mondialisation (Raitapuro &amp; Bal, 2016&nbsp;; Brown et&nbsp;al., 2017), ce qui d\u00e9clenche r\u00e9flexions et imagination. D\u2019autres recherches notent la possibilit\u00e9 de modifier l\u2019identit\u00e9 d\u2019une personne en fonction de ses pr\u00e9f\u00e9rences, par exemple en termes de genre, et sur les cas o\u00f9 cela peut \u00eatre rendu possible exclusivement via la migration (Sj\u00f6berg &amp; D\u2019Onofrio, 2020&nbsp;; Vogel, 2009). L\u2019identit\u00e9 et le mode de vie sont des \u00e9l\u00e9ments importants de la migration \u00e9thiopienne en Afrique du Sud, dans la mesure o\u00f9 le statut de migrant conf\u00e8re un prestige social au migrant lui-m\u00eame et \u00e0 sa famille.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La transformation du statut social est un \u00e9l\u00e9ment central des r\u00e9cits recueillis. Par exemple, Samson a \u00e9voqu\u00e9 le cas d\u2019un \u00c9thiopien qui a \u00e9migr\u00e9 en Afrique du Sud et qui poss\u00e8de actuellement une minoterie \u00e0 Addis-Abeba, affirmant qu\u2019il est consid\u00e9r\u00e9 comme un h\u00e9ros local parce qu\u2019il fournit des moyens de subsistance \u00e0 de nombreux habitants. La litt\u00e9rature existante fait \u00e9cho \u00e0 ce r\u00e9sultat&nbsp;: par exemple, Vigh (2009, 2018) rapporte que les citadins&nbsp; d\u00e9favoris\u00e9s en Guin\u00e9e-Bissau imaginent qu\u2019\u00e9migrer en Europe pourrait leur permettre de sortir de la stagnation sociale. Le statut social est li\u00e9 \u00e0 la richesse, bien que celle-ci ne doive pas \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme une richesse mat\u00e9rielle en soi, mais aussi comme un moyen de contribuer au bien-\u00eatre de la communaut\u00e9 d\u2019origine et, par ce biais, de devenir un membre \u00e9minent de la cit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le participant&nbsp;F a racont\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019un des migrants avec qui nous partageons la m\u00eame \u00e9glise a fait un don de 1&nbsp;000&nbsp;birrs \u00e0 notre \u00e9glise et a \u00e9t\u00e9 b\u00e9ni ouvertement dans l\u2019\u00e9glise. Je suis n\u00e9 dans la famille la plus riche du village, mais je ne pouvais pas faire cela. 1&nbsp;000&nbsp;birrs, c\u2019\u00e9tait beaucoup d\u2019argent \u00e0 l\u2019\u00e9poque, il y a quinze&nbsp;ans. \u00c0&nbsp;l\u2019\u00e9poque, donner 10&nbsp;birrs \u00e9tait une grosse affaire. Je me sentais donc jaloux.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout comme les destinations imagin\u00e9es, les modes de vie et les identit\u00e9s imagin\u00e9s ne viennent pas <em>ex nihilo<\/em>. Ils sont plut\u00f4t influenc\u00e9s et fa\u00e7onn\u00e9s par des dimensions sociales sp\u00e9cifiques \u00e0 un lieu, telles que la classe, l\u2019appartenance ethnique, l\u2019\u00e2ge et le sexe (Broughton, 2008), qui d\u00e9terminent ce \u00e0 quoi quelqu\u2019un \u00ab&nbsp;peut&nbsp;\u00bb aspirer et ce \u00e0 quoi il peut oser r\u00eaver.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les \u00e9motions et les sentiments comme moteurs des d\u00e9cisions migratoires<\/h2>\n\n\n\n<p>La compr\u00e9hension du r\u00f4le des \u00e9motions et des sentiments dans la d\u00e9cision de migrer, ainsi que la litt\u00e9rature sur le sujet, n\u2019ont cess\u00e9 de cro\u00eetre au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es. Chakraborty et Thambiah (2018) affirment que les \u00e9motions sont \u00e0 la fois un r\u00e9sultat de la migration et un moteur de la mobilit\u00e9, ceci fonctionne \u00e9galement pour les sentiments. Certaines litt\u00e9ratures font la diff\u00e9rence entre les deux, expliquant que les \u00e9motions renvoient \u00e0 des r\u00e9actions spontan\u00e9es communes \u00e0 tous les humains malgr\u00e9 les diff\u00e9rences culturelles, tandis que les sentiments concernent les interpr\u00e9tations personnelles et culturelles des \u00e9v\u00e9nements par les individus. Pourtant, notre position est de les traiter ensemble, en raison du chevauchement constant des \u00e9motions et des sentiments dans la vie quotidienne, et de l\u2019interpr\u00e9tation commune qui en est faite. Comme dans le cas de l\u2019imagination, les sentiments \u00e9voluent tout au long du parcours migratoire et jouent plusieurs fonctions. Par exemple, Khan (2018) affirme que les sentiments aident les migrants \u00e0 donner un sens \u00e0 leur existence et du sens \u00e0 la migration. En&nbsp;tant que tels, les sentiments peuvent d\u00e9clencher la migration, sa poursuite ou le retour, en relation avec certains \u00e9v\u00e9nements et \u00e9l\u00e9ments culturels, mais ils peuvent \u00e9galement produire l\u2019inverse. C\u2019est pourquoi nous ne voulons pas proposer un mod\u00e8le unique, mais plut\u00f4t illustrer les sentiments qui entrent en jeu dans le contexte de la migration des jeunes \u00e9thiopiens du Sud.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les donn\u00e9es recueillies ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la pr\u00e9dominance de sentiments sp\u00e9cifiques&nbsp;: d\u2019une part, l\u2019admiration, la jalousie, la pression, la concurrence et la rivalit\u00e9 des pairs par rapport \u00e0 ceux qui sont en Afrique du Sud, surtout lorsque ceux-ci peuvent marquer leur pr\u00e9sence dans la ville d\u2019origine par des dons \u00e0 l\u2019\u00e9glise locale, l\u2019achat de biens immobiliers. Comme indiqu\u00e9 plus haut, ces sentiments ne concernent pas les individus en tant que tels, mais plut\u00f4t le prestige qu\u2019ils repr\u00e9sentent. D\u2019autre part, la curiosit\u00e9, l\u2019urgence, le go\u00fbt de l\u2019aventure et l\u2019espoir poussent les jeunes hommes \u00e0 entreprendre un voyage souvent risqu\u00e9 et dangereux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres \u00e9tudes avaient d\u00e9j\u00e0 document\u00e9 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une vari\u00e9t\u00e9 de sentiments dans diff\u00e9rents contextes. Par exemple, la pression des pairs et la concurrence sont particuli\u00e8rement fortes lorsqu\u2019elles co\u00efncident avec une culture locale de la migration, qui en fait une norme implicite, en particulier pour les jeunes hommes (Ali, 2007&nbsp;; Bylander, 2015 ; J\u00f3nsson, 2008, entre autres). Par exemple, Bylander (2015) examine le cas d\u2019hommes cambodgiens migrant vers la Tha\u00eflande, et rapporte que le fait de ne pas se conformer \u00e0 la culture locale de la migration entra\u00eene un jugement n\u00e9gatif de la part des pairs pour ceux qui ont opt\u00e9 pour l\u2019immobilit\u00e9, en plus de la col\u00e8re, de la frustration et de la pression. Cette culture de la migration ne d\u00e9pend pas n\u00e9cessairement des besoins \u00e9conomiques, comme le montre Ali (2007) dans son \u00e9tude sur les migrants musulmans d\u2019Hyderabad, en Inde. Bien qu\u2019Hyderabad ait connu une augmentation des investissements, en particulier dans les technologies de l\u2019information, et que les possibilit\u00e9s d\u2019emploi se soient donc multipli\u00e9es, l\u2019aspiration \u00e0 \u00e9migrer des jeunes hommes musulmans est rest\u00e9e forte. Ces aspirations s\u2019appuient sur le changement de statut social au fil du temps gr\u00e2ce aux envois de fonds&nbsp;: ce changement n\u2019est plus attribu\u00e9 mais atteint, et la migration est devenue un moyen vertueux d\u2019accumuler des richesses. Ce point est li\u00e9 aux identit\u00e9s imaginaires \u00e9voqu\u00e9es plus haut.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre cas o\u00f9 la pression des pairs et la concurrence sont particuli\u00e8rement fortes est celui o\u00f9 la migration symbolise un \u00ab&nbsp;rite de passage&nbsp;\u00bb. En&nbsp;tant que telle, elle influence surtout les jeunes, en particulier les hommes, comme le rapporte l\u2019\u00e9tude de Zagaria (2019) sur les Tunisiens qui embarquent vers l\u2019Europe. Il explique que l\u2019un des principaux facteurs les poussant \u00e0 traverser la M\u00e9diterran\u00e9e est la jalousie qu\u2019ils \u00e9prouvent \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ceux qui ont d\u00e9j\u00e0 migr\u00e9. La \u00ab&nbsp;jalousie \u00e9mulative&nbsp;\u00bb a \u00e9t\u00e9 signal\u00e9e comme alimentant les aspirations \u00e0 la migration dans divers contextes, comme en Gambie (Gaibazzi, 2010), ainsi qu\u2019en \u00c9thiopie (Belloni, 2022 ; Feyissa et al., manuscrit en pr\u00e9paration). Outre le r\u00e9cit du participant&nbsp;F ci-dessus, Abal, interrog\u00e9 dans le quartier East London, a d\u00e9clar\u00e9 que ce sont ses amis qui lui ont dit qu\u2019il \u00e9tait facile de gagner de l\u2019argent en Afrique du Sud. Bien que sa famille ne souhaitait pas qu\u2019il parte, la pression de ses amis et la tendance g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 la migration ont \u00e9t\u00e9 plus fortes.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, l\u2019espoir joue un r\u00f4le tr\u00e8s particulier dans la d\u00e9cision de migrer. Hagen-Zanker et&nbsp;al. (2023) le consid\u00e8rent comme un \u00e9l\u00e9ment renfor\u00e7ant \u00ab&nbsp;la d\u00e9cision d\u2019une personne [qui op\u00e8re] par la m\u00e9diation et l\u2019\u00e9limination de l\u2019incertitude&nbsp;\u00bb. La litt\u00e9rature sur ce sujet ne montre de r\u00e9sultats concordants car certaines \u00e9tudes montrent que l\u2019espoir peut pousser quelqu\u2019un \u00e0 migrer et l\u2019aider \u00e0 faire face \u00e0 l\u2019incertitude et aux difficult\u00e9s du voyage (Hern\u00e1ndez-Carretero, 2016&nbsp;; Grabska, 2020), tandis que d\u2019autres ont \u00e9tabli un lien entre l\u2019espoir et la d\u00e9cision de rester. Par exemple, les recherches de Schewel (2021) au S\u00e9n\u00e9gal ont conclu que les personnes qui esp\u00e8rent le plus que les choses vont s\u2019am\u00e9liorer l\u00e0 o\u00f9 elles vivent \u2013 en consid\u00e9rant que c\u2019est la volont\u00e9 de Dieu&nbsp;\u2013 sont moins susceptibles de migrer que d\u2019autres dont l\u2019espoir dans l\u2019advenue de ce changement est plus faible. Tarik, interrog\u00e9 \u00e0 George Town, a d\u00e9clar\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir observ\u00e9 certains compatriotes qui ont travaill\u00e9 ici en Afrique du Sud et qui ont r\u00e9ussi \u00e0 am\u00e9liorer leur vie, je suis venu ici. J\u2019ai voulu essayer, bien s\u00fbr, et si Dieu le veut, je pourrais travailler et am\u00e9liorer ma vie, aider ma famille, changer mon pays, et aussi ouvrir une soci\u00e9t\u00e9 pour entreprendre des activit\u00e9s commerciales. C\u2019est pourquoi j\u2019ai quitt\u00e9 mon pays et je suis venu ici.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette imagination et les espoirs qu\u2019elle a suscit\u00e9s \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e en Afrique du Sud aident \u00e0 faire face \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9 que les migrants subissent. Du harc\u00e8lement constant par les forces de l\u2019ordre \u00e0 la mobilisation organis\u00e9e par un nouveau mouvement devenu un parti politique dont la seule mission est l\u2019expulsion forc\u00e9e des migrants africains, les personnes interrog\u00e9es ont parfois le sentiment d\u2019\u00eatre assi\u00e9g\u00e9es. Leur vie quotidienne est en partie possible gr\u00e2ce aux communaut\u00e9s de soutien et de solidarit\u00e9 qu\u2019ils forment. Les migrants trouvent \u00e9galement de la force en se rappelant la raison pour laquelle ils sont en Afrique du Sud et dans le fait d\u2019avoir concr\u00e9tis\u00e9 ce qui n\u2019\u00e9tait qu\u2019un projet. Utilisant l\u2019analogie de l\u2019apartheid et de sa hi\u00e9rarchie raciale pour expliquer sa situation, une personne interrog\u00e9e \u00e0 Hermanus a d\u00e9clar\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous sommes les nouveaux Noirs&nbsp;\u00bb, faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019oppression et \u00e0 la capacit\u00e9 de surmonter l\u2019oppression, comme l\u2019a montr\u00e9 la fin de l\u2019apartheid.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>Cet article s\u2019est pench\u00e9 sur le processus d\u00e9cisionnel qui sous-tend le d\u00e9part des jeunes hommes \u00e9thiopiens des groupes ethniques Hadiya et Kembatta du sud de l\u2019\u00c9thiopie vers l\u2019Afrique du Sud, en analysant les principales raisons pour lesquelles cette migration sp\u00e9cifique est devenue si populaire au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, malgr\u00e9 les dangers li\u00e9s au voyage et les conditions de vie difficiles \u00e0 leur arriv\u00e9e. Netshikulwe et&nbsp;al. (2022) ont d\u00e9crit ces difficult\u00e9s dans le d\u00e9tail, soulignant que la majorit\u00e9 des \u00c9thiopiens est \u00ab&nbsp;pouss\u00e9e vers les marges&nbsp;\u00bb de multiples fa\u00e7ons&nbsp;: tout d\u2019abord, par les politiques migratoires de l\u2019\u00c9tat sud-africain, qui les emp\u00eachent d\u2019\u00eatre r\u00e9gularis\u00e9s&nbsp;m\u00eame apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es de s\u00e9jour et de travail dans le pays. Ensuite, par les particularit\u00e9s des secteurs d\u2019emploi qu\u2019ils occupent, consistant en des espaces commerciaux informels expos\u00e9s \u00e0 l\u2019incertitude \u00e9conomique et aux risques pour la s\u00e9curit\u00e9 personnelle&nbsp;; et enfin, par les divisions sociales telles que le genre et la classe sociale. Malgr\u00e9 ces facteurs, l\u2019Afrique du Sud reste la destination la plus attrayante pour les jeunes \u00c9thiopiens.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Trois \u00e9l\u00e9ments essentiels sont ressortis de notre \u00e9tude qui s\u2019est appuy\u00e9 sur des entretiens r\u00e9alis\u00e9s aupr\u00e8s 63 jeunes \u00e9thiopiens&nbsp;: les destinations imagin\u00e9es, l\u2019identit\u00e9\/le mode de vie imagin\u00e9(e), et les \u00e9motions et sentiments impliqu\u00e9s dans la d\u00e9cision de migrer. En&nbsp;ce qui concerne les destinations imagin\u00e9es, les entretiens ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu\u2019au fil des ans, l\u2019Afrique du Sud a acquis une solide r\u00e9putation aupr\u00e8s des \u00c9thiopiens. Cette r\u00e9putation a conf\u00e9r\u00e9 au pays une signification sp\u00e9cifique et l\u2019a rendu non seulement attrayant mais aussi pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 d\u2019autres destinations. Comme l\u2019ont affirm\u00e9 plusieurs g\u00e9ographes (Ryden, 1993&nbsp;; Campelo et&nbsp;al., 2014&nbsp;; Thompson, 2017&nbsp;; Belloni, 2022), c\u2019est \u00e0 travers les r\u00e9cits que les lieux acqui\u00e8rent une certaine identit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Nos entretiens ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la pr\u00e9sence constante de l\u2019Afrique du Sud dans les r\u00e9cits de ceux rest\u00e9s en \u00c9thiopie&nbsp;: les opportunit\u00e9s qu\u2019elle offrirait peuvent \u00eatre entendues dans les conversations, refl\u00e9t\u00e9es dans les envois de fonds, ou vues sur les photos et les vid\u00e9os envoy\u00e9es par les migrants. Ainsi, \u00e0 travers les r\u00e9cits et les images notamment ceux de mariages somptueux, l\u2019Afrique du Sud en est venue \u00e0 signifier un endroit o\u00f9 un migrant peut s\u2019\u00e9tablir et \u00ab&nbsp;devenir quelqu\u2019un&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Outre ces images sp\u00e9cifiques, notre \u00e9tude a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l\u2019importance des images mentales d\u2019une vie future, que nous avons d\u00e9crites comme \u00ab&nbsp;l\u2019identit\u00e9\/le style de vie imagin\u00e9(e)&nbsp;\u00bb. Cette recherche a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l\u2019importance de la migration pour am\u00e9liorer le statut social d\u2019une personne au sein de sa propre communaut\u00e9. Le statut social ne se fonde pas seulement sur la richesse mat\u00e9rielle, mais aussi sur la notion d&rsquo;importance sociale qui provient de la contribution d\u2019une personne au bien-\u00eatre de sa communaut\u00e9. Les dons \u00e0 l\u2019\u00e9glise locale ou les investissements dans la ville d\u2019origine sont autant de raisons de consid\u00e9rer un migrant comme un \u00ab&nbsp;h\u00e9ros local&nbsp;\u00bb (entretien avec Samson). Les destinations et l\u2019identit\u00e9\/le mode de vie imagin\u00e9s vont de pair, car la migration vers un lieu sp\u00e9cifique est cens\u00e9e ouvrir des opportunit\u00e9s qui \u00e0 leur tour vont am\u00e9liorer la vie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, notre recherche a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les \u00e9motions et les sentiments sont omnipr\u00e9sents dans la d\u00e9cision de migrer et qu\u2019ils changent quand l\u2019individu fait l\u2019exp\u00e9rience d\u2019\u00e9v\u00e8nements particuliers, entre en contact avec des faits culturels ou interagit avec d\u2019autres personnes. Gladkova et Mazzucato (2015) analysent le r\u00f4le des rencontres fortuites dans le fa\u00e7onnement des trajectoires migratoires. Ils sugg\u00e8rent que \u00ab&nbsp;la fa\u00e7on dont les individus g\u00e8rent le hasard est un facteur influent sur la fa\u00e7on dont ces individus migrent du Sud vers le Nord et g\u00e8rent leur vie en transit&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;1). Il est donc impossible de pr\u00e9dire l\u2019issue de ces rencontres, puisqu\u2019elles d\u00e9pendent de facteurs personnels singuliers. Sur ce point pr\u00e9cis, la forte orientation \u00e9vang\u00e9lique des \u00c9thiopiens du Sud (Feyissa, 2022 ; Estifanos &amp; Freeman, 2022), joue un r\u00f4le crucial et explique le fait que les migrants d\u00e9crivent leurs d\u00e9cisions comme partie d\u2019un plan divin ainsi que leur acceptation fataliste de l\u2019avenir. Les sentiments les plus vivaces dans les diff\u00e9rentes phases de cette migration restent l\u2019admiration pour les mod\u00e8les (ceux qui ont d\u00e9j\u00e0 migr\u00e9) et \u2013&nbsp;ce que l\u2019on peut consid\u00e9rer comme le revers de la m\u00eame m\u00e9daille&nbsp;\u2013 la pression des pairs, la comp\u00e9tition et la rivalit\u00e9, d\u2019autant plus fortes qu\u2019elles se situent dans un moment de \u00ab&nbsp;rite de passage&nbsp;\u00bb. De nombreux r\u00e9cits laissent transpara\u00eetre par ailleurs des sentiments de curiosit\u00e9, d\u2019urgence, de go\u00fbt de l\u2019aventure et d\u2019espoir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019id\u00e9e que la mobilit\u00e9 est motiv\u00e9e par des consid\u00e9rations \u00e9conomiques a longtemps domin\u00e9 la litt\u00e9rature et les politiques. Pourtant, l\u2019accent mis sur la dimension mat\u00e9rielle de la migration a pour effet d\u2019occulter la signification sociale de l\u2019\u00e9conomie elle-m\u00eame. Car les moyens de subsistance et l\u2019\u00e9conomie sont \u00e9troitement li\u00e9s aux aspirations, \u00e0 la culture et \u00e0 l\u2019\u00e9volution des modes de validation sociale. Ainsi, ce qui peut \u00e0 premi\u00e8re vue sembler purement \u00e9conomique, peut tout aussi bien \u00eatre influenc\u00e9 ou d\u00e9clench\u00e9 par des consid\u00e9rations non \u00e9conomiques. De la sorte nous comprenons mieux les \u00e9l\u00e9ments subjectifs et immat\u00e9riels \u00e0 l\u2019origine d\u2019une migration dangereuse. Il est important de prendre au s\u00e9rieux les histoires locales de mobilit\u00e9, les syst\u00e8mes de croyance locaux et les significations changeantes de la migration en termes d\u2019appartenance, de statut social et de base de validation quand on travaille sur la mani\u00e8re dont les individus d\u00e9cident de migrer au sein du continent.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":26798,"template":"","meta":[],"series-categories":[1351],"cat-articles":[1015],"keywords":[1797,1841,1843,1792,1840,1842],"ppma_author":[490,492,491],"class_list":["post-26799","series-issues","type-series-issues","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","series-categories-numero-4","cat-articles-analyses-critiques","keywords-afrique-du-sud","keywords-emotions-2","keywords-ethiopie","keywords-imagination","keywords-prise-de-decision-relative-a-la-migration","keywords-sentiments","author-caterina-mazzilli-fr","author-jessica-hagen-zanker-fr","author-faisal-garba-fr"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.6 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>\u00ab Devenir quelqu\u2019un \u00bb La repr\u00e9sentation de l\u2019Afrique du Sud comme destination par les migrants \u00e9thiopiens | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-4\/devenir-quelquun-la-representation-de-lafrique-du-sud-comme-destination-par-les-migrants-ethiopiens\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"\u00ab Devenir quelqu\u2019un \u00bb La repr\u00e9sentation de l\u2019Afrique du Sud comme destination par les migrants \u00e9thiopiens | Global Africa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Introduction En 2020, 44 181 \u00c9thiopiens vivaient r\u00e9guli\u00e8rement en Afrique du Sud, ce qui en faisait la dixi\u00e8me nationalit\u00e9 la plus repr\u00e9sent\u00e9e (Statista, 2023). Le chiffre r\u00e9el est cependant beaucoup plus \u00e9lev\u00e9, car la plupart des \u00c9thiopiens en Afrique du Sud sont en situation irr\u00e9guli\u00e8re ou vivent avec un permis temporaire (Zewdu, 2018).&nbsp;&nbsp; Pour atteindre leur destination, les personnes en situation irr\u00e9guli\u00e8re doivent traverser plusieurs fronti\u00e8res (Kenya, Tanzanie, Mozambique, Malawi ou Zimbabwe, ou d\u2019autres pays en fonction de l\u2019itin\u00e9raire), parfois \u00e0 pied, faire appel \u00e0 des interm\u00e9diaires en leur versant des commissions \u00e9lev\u00e9es, et entreprendre un voyage dangereux, allant de menaces physiques \u00e0 la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre emprisonn\u00e9es ou renvoy\u00e9es dans leur pays d\u2019origine. En Afrique du Sud, les migrants \u00e9thiopiens \u00ab&nbsp;occupent de plus en plus des espaces commerciaux informels dans les townships, les zones rurales et certains quartiers commerciaux essentiels du pays&nbsp;\u00bb (Netshikulwe et&nbsp;al., 2022). Au quotidien, ils sont d\u2019une part \u00ab&nbsp;pouss\u00e9s vers la marge&nbsp;\u00bb par les politiques de l\u2019\u00c9tat, qui les emp\u00eachent d\u2019obtenir des documents de r\u00e9sidence r\u00e9guliers, d\u2019enregistrer leur entreprise et m\u00eame d\u2019envoyer leurs enfants dans des \u00e9coles publiques&nbsp;; d\u2019autre part, ils sont marginalis\u00e9s en fonction de leur sexe et de leur classe au sein de leur propre communaut\u00e9 (Netshikulwe et&nbsp;al., 2022). Le produit de cette marginalisation est trop souvent l\u2019in\u00e9galit\u00e9 et la vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e0 la violence, tant personnelle qu\u2019institutionnelle. Amare, un \u00c9thiopien vivant dans le quartier East London, a d\u00e9clar\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous faisons ce travail parce que nous n\u2019avons pas d\u2019autre choix et parce qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019endroit o\u00f9 aller&nbsp;; le seul choix que nous avons, c\u2019est de travailler \u00bb.&nbsp; Par ailleurs, la vie des \u00c9thiopiens en Afrique du Sud (comme celle des Africains d\u2019autres pays subsahariens) est compliqu\u00e9e par la x\u00e9nophobie quotidienne. Celle-ci et les attaques violentes perp\u00e9tr\u00e9es pour d\u2019autres motifs sont courantes et n\u2019ont pas diminu\u00e9 depuis la transition de l\u2019apartheid vers la d\u00e9mocratie. Au contraire, au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, plusieurs incidents graves ont vis\u00e9 les migrants et leurs entreprises, tels que des pillages et des meurtres (BBC, 2019&nbsp;; Haffajee, 2019). En&nbsp;2022, les Nations unies ont averti que l\u2019Afrique du Sud \u00e9tait au bord d\u2019une \u00ab&nbsp;violence x\u00e9nophobe explosive&nbsp;\u00bb, tout en condamnant certains partis politiques, pour lesquels le racisme et la x\u00e9nophobie sont devenus le seul fond de campagne (UN News, 2022). Cette question transpara\u00eet tr\u00e8s clairement dans les entretiens r\u00e9alis\u00e9s dans le cadre de ce travail,&nbsp;\u00ab&nbsp;les meurtres sont fr\u00e9quents&nbsp;\u00bb, d\u00e9clare Abay. Cependant, les participants ont indiqu\u00e9 qu\u2019ils ne partageaient g\u00e9n\u00e9ralement pas les r\u00e9cits de violence et de moments difficiles avec leur r\u00e9seau en \u00c9thiopie. Il est ainsi impossible d\u2019\u00e9valuer si les futurs migrants sont conscients de ces risques. Pourtant, malgr\u00e9 ces obstacles consid\u00e9rables, la migration \u00e9thiopienne vers l\u2019Afrique du Sud n\u2019a pas montr\u00e9 de signes de ralentissement.&nbsp; Cet article vise \u00e0 \u00e9largir et \u00e0 approfondir le corpus de connaissances sur la d\u00e9cision de migrer, en mettant l\u2019accent sur le r\u00f4le des facteurs subjectifs et immat\u00e9riels, mais aussi \u00e0 pr\u00e9senter le cas sp\u00e9cifique de la migration des \u00c9thiopiens du Sud vers l\u2019Afrique du Sud. Plus particuli\u00e8rement, nous voulons \u00e9clairer la fa\u00e7on dont ces facteurs entrent en jeu lorsque les individus envisagent de choisir une destination (destinations imagin\u00e9es), comment leur vie pourrait changer (modes de vie imagin\u00e9s), et quelles \u00e9motions et sentiments les accompagnent tout au long du processus. La litt\u00e9rature ant\u00e9rieure a montr\u00e9 que la \u00ab&nbsp;r\u00e9putation&nbsp;\u00bb d\u2019une destination joue un r\u00f4le essentiel dans la prise de d\u00e9cision, parall\u00e8lement \u00e0 des facteurs concrets et, dans une moindre mesure, les politiques migratoires (Crawley &amp; Hagen-Zanker, 2019). A partir de ces donn\u00e9es, nous r\u00e9fl\u00e9chissons sur la mani\u00e8re dont les destinations sont per\u00e7ues. Sur la base d\u2019une s\u00e9rie d\u2019entretiens avec des migrants du sud de l\u2019\u00c9thiopie, nous apportons de nouveaux \u00e9l\u00e9ments empiriques et une nouvelle analyse en r\u00e9pondant aux questions suivantes&nbsp;: 1)&nbsp;Pourquoi certaines destinations deviennent-elles populaires aupr\u00e8s d\u2019un groupe sp\u00e9cifique de migrants (potentiels)&nbsp;?&nbsp;; 2)&nbsp;Quelles sont les raisons pour lesquelles les migrants choisissent ces destinations l\u00e0, plut\u00f4t que d\u2019autres tout aussi accessibles, voire plus accessibles&nbsp;?&nbsp;; 3)&nbsp;Comment les migrants imaginent-ils ces destinations et la vie future qu\u2019ils y m\u00e8neront&nbsp;?&nbsp;; 4)&nbsp;Quels sont les \u00e9motions et les sentiments dominants li\u00e9s \u00e0 cette trajectoire ? Au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, l\u2019Afrique du Sud est devenue la destination la plus populaire, non seulement pour les \u00c9thiopiens, mais aussi pour les citoyens d\u2019autres pays africains comme le Kenya, la Tanzanie ou le Mozambique. Le Soudan, le Nigeria ou les pays du Golfe sont \u00e9galement pris\u00e9s par les jeunes hommes \u00e9thiopiens. Il y a \u00e9videmment des raisons objectives \u00e0 cela&nbsp;: en 2022, l\u2019Afrique du Sud \u00e9tait la troisi\u00e8me plus grande \u00e9conomie d\u2019Afrique, apr\u00e8s l\u2019\u00c9gypte et le Nigeria, avec un PIB de 949,846&nbsp;milliards de dollars (Fonds mon\u00e9taire international, 2022). La monnaie locale (le rand) est relativement forte et le pays offre de nombreuses possibilit\u00e9s d\u2019affaires et d\u2019entrepreneuriat, tandis que les imp\u00f4ts sont moins nombreux et moins \u00e9lev\u00e9s qu\u2019en \u00c9thiopie. Ceci met en \u00e9vidence les in\u00e9galit\u00e9s importantes entre les deux pays, facteur essentiel dans la d\u00e9cision de migrer, comme l\u2019ont \u00e9tabli les recherches depuis longtemps (Mazzilli et&nbsp;al., sous presse).&nbsp; Pourtant, les consid\u00e9rations sur les avantages \u00e9conomiques et les opportunit\u00e9s d\u2019investissement sont compl\u00e9t\u00e9es par celles tout aussi pertinentes sur l\u2019image du pays de destination et la vie imagin\u00e9e dans ce pays, le statut personnel, les privations relatives et les sentiments de jalousie \u00e9mulative \u00e0 l\u2019\u00e9gard des pairs. Dans le contexte de la migration des \u00c9thiopiens du Sud vers l\u2019Afrique du Sud, les photos et les vid\u00e9os de moments sp\u00e9ciaux (en particulier les mariages) envoy\u00e9es par ceux qui ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9migr\u00e9 ont jou\u00e9 un r\u00f4le cl\u00e9 dans la formation de l\u2019imaginaire du pays comme un endroit o\u00f9 il est possible de faire des affaires rentables, de vivre plus confortablement et, en fin de compte, de \u00ab&nbsp;devenir quelqu\u2019un&nbsp;\u00bb.&nbsp; L\u2019article commence par un rappel de l\u2019histoire de la migration \u00e9thiopienne vers l\u2019Afrique du Sud. Il passe ensuite en revue la litt\u00e9rature sur les destinations imagin\u00e9es, les identit\u00e9s imagin\u00e9es, les \u00e9motions et les sentiments dans la d\u00e9cision de migrer, et donne un aper\u00e7u des exp\u00e9riences des migrants du sud de l\u2019\u00c9thiopie\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-4\/devenir-quelquun-la-representation-de-lafrique-du-sud-comme-destination-par-les-migrants-ethiopiens\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Global Africa\" \/>\n<meta property=\"article:publisher\" content=\"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2026-05-09T18:35:00+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/368A9873-Grande.jpeg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"1280\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"940\" \/>\n\t<meta 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Le chiffre r\u00e9el est cependant beaucoup plus \u00e9lev\u00e9, car la plupart des \u00c9thiopiens en Afrique du Sud sont en situation irr\u00e9guli\u00e8re ou vivent avec un permis temporaire (Zewdu, 2018).&nbsp;&nbsp; Pour atteindre leur destination, les personnes en situation irr\u00e9guli\u00e8re doivent traverser plusieurs fronti\u00e8res (Kenya, Tanzanie, Mozambique, Malawi ou Zimbabwe, ou d\u2019autres pays en fonction de l\u2019itin\u00e9raire), parfois \u00e0 pied, faire appel \u00e0 des interm\u00e9diaires en leur versant des commissions \u00e9lev\u00e9es, et entreprendre un voyage dangereux, allant de menaces physiques \u00e0 la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre emprisonn\u00e9es ou renvoy\u00e9es dans leur pays d\u2019origine. En Afrique du Sud, les migrants \u00e9thiopiens \u00ab&nbsp;occupent de plus en plus des espaces commerciaux informels dans les townships, les zones rurales et certains quartiers commerciaux essentiels du pays&nbsp;\u00bb (Netshikulwe et&nbsp;al., 2022). Au quotidien, ils sont d\u2019une part \u00ab&nbsp;pouss\u00e9s vers la marge&nbsp;\u00bb par les politiques de l\u2019\u00c9tat, qui les emp\u00eachent d\u2019obtenir des documents de r\u00e9sidence r\u00e9guliers, d\u2019enregistrer leur entreprise et m\u00eame d\u2019envoyer leurs enfants dans des \u00e9coles publiques&nbsp;; d\u2019autre part, ils sont marginalis\u00e9s en fonction de leur sexe et de leur classe au sein de leur propre communaut\u00e9 (Netshikulwe et&nbsp;al., 2022). Le produit de cette marginalisation est trop souvent l\u2019in\u00e9galit\u00e9 et la vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e0 la violence, tant personnelle qu\u2019institutionnelle. Amare, un \u00c9thiopien vivant dans le quartier East London, a d\u00e9clar\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous faisons ce travail parce que nous n\u2019avons pas d\u2019autre choix et parce qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019endroit o\u00f9 aller&nbsp;; le seul choix que nous avons, c\u2019est de travailler \u00bb.&nbsp; Par ailleurs, la vie des \u00c9thiopiens en Afrique du Sud (comme celle des Africains d\u2019autres pays subsahariens) est compliqu\u00e9e par la x\u00e9nophobie quotidienne. Celle-ci et les attaques violentes perp\u00e9tr\u00e9es pour d\u2019autres motifs sont courantes et n\u2019ont pas diminu\u00e9 depuis la transition de l\u2019apartheid vers la d\u00e9mocratie. Au contraire, au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, plusieurs incidents graves ont vis\u00e9 les migrants et leurs entreprises, tels que des pillages et des meurtres (BBC, 2019&nbsp;; Haffajee, 2019). 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