{"id":26797,"date":"2023-12-20T06:41:25","date_gmt":"2023-12-20T06:41:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/a-la-redecouverte-de-mahdi-elmandjra-reflexions-sur-le-sud-global-le-developpement-la-technopolitique-et-la-production-de-connaissances\/"},"modified":"2026-05-09T18:38:39","modified_gmt":"2026-05-09T18:38:39","slug":"a-la-redecouverte-de-mahdi-elmandjra-reflexions-sur-le-sud-global-le-developpement-la-technopolitique-et-la-production-de-connaissances","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-4\/a-la-redecouverte-de-mahdi-elmandjra-reflexions-sur-le-sud-global-le-developpement-la-technopolitique-et-la-production-de-connaissances\/","title":{"rendered":"\u00c0 la red\u00e9couverte de Mahdi Elmandjra : R\u00e9flexions sur le Sud global, le d\u00e9veloppement, la technopolitique et la production de connaissances"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p>De tout temps, les humains ont \u00e9t\u00e9 captiv\u00e9s par l\u2019id\u00e9e de pr\u00e9dire l\u2019avenir. Pourtant, ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s-guerre que cette id\u00e9e a pris la forme d\u2019une discipline universitaire achev\u00e9e&nbsp;: les \u00e9tudes prospectives, avec un statut mondial, institutionnel et syst\u00e9mique (Krist\u00f3f &amp; Nov\u00e1ky, 2023). Au tournant du si\u00e8cle, les discussions sur le changement climatique ont constitu\u00e9 une v\u00e9ritable secousse morale, les signes d\u00e9concertants de la r\u00e9volution technologique, l\u2019accroissement exponentiel des connaissances dans un contexte de complexit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e, ainsi que les niveaux culminants d\u2019incertitude et d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 ontologique ont tous renforc\u00e9 le besoin imminent de m\u00e9thodes et d\u2019outils de prospective. Un sentiment de vertige postmoderne et liminal, d\u00fb en partie \u00e0 la d\u00e9mat\u00e9rialisation de la fronti\u00e8re entre la fin du pr\u00e9sent et le commencement du futur, a encore accru l&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour cette discipline.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2023, la F\u00e9d\u00e9ration mondiale des \u00e9tudes prospectives (WFSF), l\u2019organisation cr\u00e9\u00e9e pour promouvoir le d\u00e9veloppement de cette discipline, c\u00e9l\u00e8bre son 50<sup>e<\/sup>&nbsp;anniversaire. Au cours des cinquante derni\u00e8res ann\u00e9es, les \u00e9tudes prospectives se sont d\u00e9velopp\u00e9es en termes quantitatifs et qualitatifs, et sont pass\u00e9es de la \u00ab&nbsp;pr\u00e9diction&nbsp;\u00bb de l\u2019avenir (au singulier) \u00e0 la \u00ab&nbsp;cartographie&nbsp;\u00bb et au \u00ab&nbsp;fa\u00e7onnage&nbsp;\u00bb d\u2019avenirs alternatifs (au pluriel) (Inayatullah, 2013). Mais ces \u00e9tudes ont \u00e9t\u00e9 largement limit\u00e9es au monde occidental \u2013&nbsp;le Nord global. En Afrique, comme dans la plupart des r\u00e9gions du Sud, Olugbenga Adesida (1994) a \u00e9crit il y a pr\u00e8s de vingt ans ce qui est encore vrai d\u2019une certaine mani\u00e8re, que \u00ab&nbsp;l\u2019avenir [\u00e9tait] en fait vendu en raison de pr\u00e9occupations imm\u00e9diates li\u00e9es \u00e0 la gestion des crises et l\u2019absence de vision \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour l\u2019Afrique, qui se trouve \u00e0 un moment charni\u00e8re de son d\u00e9veloppement, les \u00e9tudes prospectives sont d\u2019une importance capitale afin d\u2019accompagner la prise de d\u00e9cisions strat\u00e9giques. Pourtant, \u00e0 part quelques rares exceptions, la discipline n\u2019est pas encore \u00e9tablie dans les institutions acad\u00e9miques et de recherche du continent \u2013&nbsp;une douzaine \u00e0 ce jour. En effet, jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;1990, l\u2019Afrique ne disposait d\u2019aucun centre de recherche d\u00e9di\u00e9 \u00e0 cette discipline. \u00c0&nbsp;l\u2019\u00e9chelle du continent, seuls quelques exercices de r\u00e9flexion prospective ont \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9s, tels le colloque de Monrovia de 1979 sur les perspectives de d\u00e9veloppement de l\u2019Afrique \u00e0 l\u2019horizon&nbsp;2000 et le Plan d\u2019action de Lagos de 1980, principalement sous l\u2019impulsion de visionnaires agissant de leur propre initiative ou \u00e9voluant au sein de l\u2019Organisation des Nations unies (ONU) ou de l\u2019Organisation de l\u2019unit\u00e9 africaine (OUA).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi ces visionnaires figure Mahdi Elmandjra (1933-2014), l\u2019un des pionniers des \u00e9tudes prospectives du Maroc, de l\u2019Afrique voire du Sud global. Pendant plus d\u2019un demi-si\u00e8cle, et tout au long d\u2019une carri\u00e8re au sein d\u2019institutions internationales, Elmandjra a \u00e9t\u00e9 un chercheur engag\u00e9, assumant la <em>responsabilit\u00e9 des intellectuels<\/em> au sens chomskyen, puisqu\u2019il a consacr\u00e9 sa vie \u00e0 th\u00e9oriser le changement (et l\u2019\u00e9mancipation) dans ce que l\u2019on appelait alors le \u00ab&nbsp;tiers-monde&nbsp;\u00bb. Ses contributions ont toujours \u00e9t\u00e9 provocantes, abordant des questions br\u00fblantes telles que l\u2019imp\u00e9rialisme et le n\u00e9ocolonialisme, la mondialisation, la gouvernance mondiale et la justice, les valeurs culturelles et le dialogue, le d\u00e9veloppement, l\u2019\u00e9ducation et la production de connaissances, etc. Ainsi, Elmandjra, en tant qu\u2019entrepreneur normatif, est une porte d\u2019entr\u00e9e incontournable pour analyser la mani\u00e8re dont le continent fabrique son destin dans un ordre mondial en mutation.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Courte biographie de Mahdi Elmandjra<\/h2>\n\n\n\n<p>Mahdi Elmandjra a commenc\u00e9 sa carri\u00e8re dans les ann\u00e9es&nbsp;1950 dans la fonction publique au Maroc, avant de rejoindre l\u2019ONU \u2013&nbsp;un syst\u00e8me dont il deviendra plus tard un critique acerbe&nbsp;\u2013 o\u00f9 il a occup\u00e9 de hautes fonctions de 1961 \u00e0 1981, notamment au sein de l\u2019Organisation des Nations unies pour l\u2019\u00e9ducation, la science et la culture (Unesco) et du Programme des Nations unies pour le d\u00e9veloppement (PNUD). Il a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des premiers pr\u00e9sidents de la WFSF (1977-1981), puis de Futuribles International (1981-1990), centre de recherche majeur au niveau mondial consacr\u00e9 \u00e0 la prospective. Il a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 le pr\u00e9sident fondateur de l\u2019Association marocaine de prospective et de l\u2019Organisation marocaine des droits de l\u2019homme, et a si\u00e9g\u00e9 au conseil d\u2019administration de diverses organisations marocaines, africaines et internationales, dont l\u2019Acad\u00e9mie du Royaume du Maroc, l\u2019Acad\u00e9mie mondiale des arts et des sciences, l\u2019Acad\u00e9mie mondiale de la prospective sociale, l\u2019Acad\u00e9mie africaine des sciences, le mouvement Pugwash et la Soci\u00e9t\u00e9 pour le d\u00e9veloppement international.<\/p>\n\n\n\n<p>Elmandjra a beaucoup \u00e9crit, que ce soit de longs essais ou de courts articles de journaux ou de revues, et plusieurs de ses publications ont \u00e9t\u00e9 traduites dans diff\u00e9rentes langues. Parmi ses nombreuses publications figurent les ouvrages suivants&nbsp;: <em>Le syst\u00e8me des Nations unies<\/em> (1973), <em>Pas de limites \u00e0 l\u2019apprentissage<\/em> (rapport du Club de Rome) (1979), <em>Repenser l\u2019avenir&nbsp;: un manuel d\u2019\u00e9tudes prospectives pour les planificateurs africains<\/em> (pr\u00e9par\u00e9 pour le PNUD) (1986), <em>L\u2019Islam et l\u2019avenir<\/em> (1990), <em>La premi\u00e8re guerre de civilisation<\/em> (1991), <em>R\u00e9trospective de l\u2019avenir<\/em> (1992), <em>La diversit\u00e9 culturelle, cl\u00e9 de la survie<\/em> (1995), <em>La d\u00e9colonisation culturelle&nbsp;: le d\u00e9fi du 21<\/em><em><sup>e<\/sup><\/em><em>&nbsp;si\u00e8cle<\/em> (1996), <em>La r\u00e9gionalisation de la mondialisation<\/em> (1999), <em>Humiliation \u00e0 l\u2019\u00e8re du m\u00e9ga-imp\u00e9rialisme<\/em> (2003), <em>Le dialogue de la communication<\/em> (2005), <em>La v<\/em><em>aleur des valeurs<\/em> (2006).<\/p>\n\n\n\n<p>Elmandjra a re\u00e7u plusieurs distinctions et prix, notamment le prix Curzon de litt\u00e9rature fran\u00e7aise de l\u2019universit\u00e9 Cornell (1953), le prix Rockefeller pour les relations internationales de la London School of Economics (1955), l\u2019Ordre de l\u2019ind\u00e9pendance du Royaume de Jordanie (1959), chevalier de l\u2019ordre des Arts et des Lettres (France, 1970), la grande m\u00e9daille de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise d\u2019architecture (1984), officier de l\u2019ordre des Arts et des Lettres (France, 1985), l\u2019ordre imp\u00e9rial du Soleil levant (III) (Japon, 1986), la m\u00e9daille de la Paix de l\u2019Acad\u00e9mie internationale Albert Einstein (1991), et le prix de la F\u00e9d\u00e9ration mondiale des \u00e9tudes sur la prospective (1995).&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La r\u00e9appropriation du (des) futur(s) de l\u2019Afrique<\/h2>\n\n\n\n<p>Elmandjra a \u00e9t\u00e9 l\u2019une des premi\u00e8res voix \u00e0 remettre en question les fondations \u00e9pist\u00e9miques des \u00e9tudes prospectives en tant qu\u2019elles incarnent une \u00ab&nbsp;entit\u00e9 monolithique dirig\u00e9e par des int\u00e9r\u00eats occidentaux&nbsp;\u00bb (Slaughter, 1996). Son activisme a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement important pour soutenir la WFSF, sous les auspices du PNUD, dans la promotion de \u00ab&nbsp;futurs africains construits par les Africains&nbsp;\u00bb (Cole, 1994). Mais c\u2019est surtout gr\u00e2ce \u00e0 son rapport<em> <\/em><a href=\"about:blank\"><em>L\u2019opportunit\u00e9 et la faisabilit\u00e9 d&rsquo;un l&rsquo;institut sup\u00e9rieur africain d&rsquo;analyse et d&rsquo;\u00e9tude de prospective des politiques du secteur public<\/em><\/a><em>,<\/em> publi\u00e9 en 1980, que les dirigeants africains et les institutions acad\u00e9miques ont commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019ouvrir \u00e0 la discipline (Rezrazi, 2023). Eleonora Barbieri Masini (1998), figure de proue des \u00e9tudes prospectives, a elle-m\u00eame rendu hommage \u00e0 Elmandjra pour ses efforts exceptionnels dans la diffusion des m\u00e9thodes de prospective en Afrique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tout au long des ann\u00e9es&nbsp;1980, Elmandjra s\u2019est employ\u00e9 \u00e0 encourager les initiatives africaines en mati\u00e8re d\u2019\u00e9tudes prospectives, comme il l\u2019a fait dans <em>Reconqu\u00e9rir le futur&nbsp;: manuel d\u2019\u00e9tudes prospectives \u00e0 l\u2019usage des planificateurs africains <\/em>pour le compte du PNUD. Il a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 l\u2019un des premiers universitaires africains \u00e0 tirer la sonnette d\u2019alarme sur les dommages que les projets d\u2019\u00e9tudes prospectives men\u00e9s par des non-Africains pourraient causer \u00e0 la conscience africaine et \u00e0 l\u2019\u00e9laboration des politiques. Pour <em>se r\u00e9approprier leur avenir<\/em>, Elmandjra pensait que les Africains devaient mener le d\u00e9bat sur leur futur (Adesida, 1994). Le panafricanisme avait \u00e9galement sa place dans la r\u00e9flexion prospective de ce pionnier (1984, p.&nbsp;575). C\u2019est en ce sens qu\u2019il a d\u00e9clar\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que chaque pays africain d\u00e9veloppe et affine progressivement ses m\u00e9canismes d\u2019\u00e9tudes prospectives, certains exercices n\u2019ont de sens et ne sont r\u00e9alisables qu\u2019aux niveaux r\u00e9gional et continental et ne peuvent \u00eatre pleinement appr\u00e9hend\u00e9s au niveau national. Des probl\u00e8mes tels que ceux de l\u2019autosuffisance alimentaire, des soins de sant\u00e9 primaires, de la recherche scientifique et technologique, de la formation de la main-d\u2019\u0153uvre, du d\u00e9veloppement rural, du commerce intra-africain et international, de l\u2019\u00e9nergie, de la d\u00e9sertification, de l\u2019industrialisation, des transports et de la communication, de l\u2019identit\u00e9 culturelle \u2013&nbsp;pour ne citer que quelques exemples&nbsp;\u2013 exigent une approche unifi\u00e9e et un calendrier diff\u00e9rent de celui des op\u00e9rations de planification nationale.<\/p>\n\n\n\n<p>Militant contre l\u2019injustice \u00e9pist\u00e9mique, avec un penchant r\u00e9aliste, Elmandjra (1984, p.&nbsp;576-577) consid\u00e8re que puisque \u00ab&nbsp;aucune science \u2013&nbsp;dure ou molle&nbsp;\u2013 n\u2019est neutre, les \u00e9tudes prospectives ne peuvent jamais \u00eatre d\u00e9nu\u00e9es de valeurs&nbsp;\u00bb. Cela signifie que les Africains qui se lancent dans des \u00e9tudes prospectives doivent \u00ab&nbsp;red\u00e9couvrir leur pass\u00e9 par leurs propres yeux et lib\u00e9rer leur pr\u00e9sent par l\u2019affirmation de leur identit\u00e9 culturelle&nbsp;\u00bb, avant de pouvoir tenter de se r\u00e9approprier leur avenir. Pour lui, la raison en est la suivante&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons plusieurs exemples de ce qui peut arriver lorsque les Africains ne prennent pas en main l\u2019examen de leur avenir. [Par exemple, le rapport Berg de la Banque mondiale de 1981 intitul\u00e9 <em>Accelerated Development in Sub-Saharan Africa<\/em>] \u00e9tait l\u2019antith\u00e8se m\u00eame du Plan d\u2019action de Lagos de l\u2019OUA et de la vision unanime de 50&nbsp;chefs d\u2019\u00c9tat africains sur l\u2019avenir de leur continent. D\u2019o\u00f9 le probl\u00e8me urgent de la d\u00e9colonisation des futurs africains. C\u2019est aussi une question d\u2019\u00e9thique, dans un monde o\u00f9 on se donne le droit de pr\u00e9dire l\u2019avenir des autres sans la consultation ou le consentement de ceux qui sont directement concern\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019identit\u00e9, les valeurs et la m\u00e9moire (collective) sont au c\u0153ur de la r\u00e9flexion prospective d\u2019Elmandjra. Il n\u2019est donc pas surprenant que Samuel Huntington, dans son c\u00e9l\u00e8bre ouvrage <em>The <\/em>C<em>lash of Civilizations <\/em>(1996, pp.&nbsp;39, 246), le consid\u00e8re comme le futurologue qui a d\u00e9couvert l\u2019histoire mondiale non pas comme un processus, mais comme un choc constant des civilisations, en attirant l\u2019attention sur la recrudescence des <em>fault line wars<\/em> (Benkirane, 2002). Dans ce contexte de guerres de civilisation, Elmandjra a pr\u00e9vu l\u2019av\u00e8nement de la post-v\u00e9rit\u00e9 en inventant le terme \u00ab&nbsp;mensongecratie&nbsp;\u00bb, ou \u00ab&nbsp;la gouvernance par le mensonge&nbsp;\u00bb, il a soulign\u00e9 le risque d\u2019instrumentalisation des m\u00e9dias et de l\u2019explosion informationnelle dans le renforcement des dynamiques (n\u00e9o)coloniales et de domination. Se m\u00e9fiant de (l\u2019id\u00e9e de) l\u2019Occident, ce \u00ab&nbsp;bloc&nbsp;\u00bb civilisationnel qui l\u2019a accueilli pendant des d\u00e9cennies mais dont il est rest\u00e9 critique, Elmandjra a critiqu\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises la fa\u00e7on dont les pays occidentaux \u00e9talent pompeusement et au grand jour leur supr\u00e9matie, et l\u2019impact que cela a sur la m\u00e9moire (collective) de ceux qui ont subi cette domination. \u00c0&nbsp;cet \u00e9gard, comme le souligne Zhor Gourram (2019, pp.&nbsp;64-66), \u00ab&nbsp;Elmandjra ne se contente pas de valoriser th\u00e9oriquement la m\u00e9moire, il \u00e9crit cette m\u00e9moire et lui donne une voix&nbsp;\u00bb, \u00e0 travers ses r\u00e9flexions originales sur le pass\u00e9, mais aussi \u00e0 travers des red\u00e9couvertes de savants, scientifiques et artistes marocains et africains d\u00e9c\u00e9d\u00e9s auxquels il rend hommage dans ses livres. Pour lui, il n\u2019y a pas d\u2019avanc\u00e9e sans retour en arri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019un point de vue m\u00e9thodologique, comme le souligne Yahya El&nbsp;Yehyaoui (2016), Elmandjra a con\u00e7u les \u00e9tudes prospectives \u00ab&nbsp;non pas [comme] un champ vertical autonome, mais plut\u00f4t comme une discipline acad\u00e9mique \u00ab\u00a0lat\u00e9rale\u00a0\u00bb qui impr\u00e8gne tous les autres champs existants&nbsp;\u00bb. En ce sens, il a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des premiers promoteurs d\u2019une m\u00e9thode interdisciplinaire et holistique dans les \u00e9tudes sur le futur, qui ne se limite pas \u00e0 une s\u00e9rie d\u2019indicateurs \u00e9conomiques ou sociaux sp\u00e9cifiques. Cette approche se refl\u00e8te \u00e9galement dans l\u2019aventure de ses derniers textes au-del\u00e0 du num\u00e9rique, vers des r\u00e9flexions plus philosophiques, directes et critiques.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00c0 propos du Sud <strong>globalet de la gouvernance mondiale\u00a0<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>La confrontation des textes d\u2019Elmandjra avec les d\u00e9bats contemporains nous am\u00e8ne \u00e0 parler des r\u00e9cits et des m\u00e9ta-cat\u00e9gories de la politique mondiale. Tout au long de ses textes, Elmandjra s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 comme un citoyen du tiers-monde qui \u00e9crit sur le tiers-monde, pour le tiers-monde. Apr\u00e8s la fin de la guerre froide, alors que la terminologie \u00ab&nbsp;tiers-monde&nbsp;\u00bb commen\u00e7ait \u00e0 perdre de sa pertinence et qu\u2019une identit\u00e9 \u00ab&nbsp;sudiste&nbsp;\u00bb se d\u00e9veloppait, les textes d\u2019Elmandjra ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9s pour se concentrer sur le foss\u00e9\/dialogue Nord-Sud et sur le statut de la coop\u00e9ration Sud-Sud. Il consid\u00e9rait cette derni\u00e8re comme la seule et unique voie pour \u00ab&nbsp;une d\u00e9colonisation pacifique de l\u2019avenir&nbsp;\u00bb (1983, p.&nbsp;51-53), soulignant que :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On ne peut gu\u00e8re s\u2019attendre \u00e0 des progr\u00e8s dans les relations Sud-Sud tant que le Sud \u2013&nbsp;individuellement et collectivement&nbsp;\u2013 ne tentera pas de se lib\u00e9rer de l\u2019h\u00e9g\u00e9monisme des sch\u00e9mas de pens\u00e9e et des syst\u00e8mes de valeurs du Nord. Cela serait \u00e9galement tr\u00e8s sain pour un Nord qui est pratiquement inconscient du degr\u00e9 de son ethnocentrisme. [\u2026] La plupart des discussions sur la coop\u00e9ration Sud-Sud tentent de trouver des solutions pour renforcer les liens horizontaux, sans s\u2019interroger s\u00e9rieusement sur l\u2019environnement du syst\u00e8me \u00e0 adapter. L\u2019objectif est g\u00e9n\u00e9ralement d\u2019\u00a0\u00bbadapter\u00a0\u00bb le syst\u00e8me ou de le \u00ab\u00a0r\u00e9former\u00a0\u00bb progressivement. Aussi utile que soit cette approche d\u2019un point de vue tactique, elle ne peut mener nulle part si elle ne s\u2019inscrit pas dans une strat\u00e9gie plus globale, tourn\u00e9e vers l\u2019avenir, qui vise non seulement \u00e0 adapter le syst\u00e8me, mais aussi \u00e0 le transformer en temps voulu. De telles strat\u00e9gies ne peuvent \u00eatre g\u00e9n\u00e9r\u00e9es que par des visions, des r\u00eaves et des r\u00e9actions \u00e0 une oppression insupportable. [\u2026] Le Sud a besoin de sa propre vision du monde. Il ne peut pas se permettre de continuer \u00e0 emprunter celle du Nord. Il y a un Nord, mais y a-t-il un Sud sur la sc\u00e8ne internationale aujourd\u2019hui&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019optimisme d\u2019Elmandjra quant \u00e0 la coop\u00e9ration Sud-Sud n\u2019a pas tenu compte de l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des trajectoires de croissance \u00e9conomique du Sud&nbsp;: ces \u00e9volutions se sont produites principalement apr\u00e8s son exclusion et sa r\u00e9clusion, li\u00e9es \u00e0 la maladie et la censure. Aujourd\u2019hui encore, il existe peu d\u2019\u00e9tudes sur ce qu\u2019est <em>r\u00e9ellement <\/em>le Sud global et sur la mani\u00e8re dont l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 politique et \u00e9conomique pourrait avoir un impact sur l\u2019avenir de l\u2019identit\u00e9 du Sud \u2013&nbsp;si tant est qu\u2019il y en ait une singuli\u00e8re. N\u00e9anmoins, Elmandjra \u00e9tait conscient du fait que \u00ab&nbsp;les pays et les soci\u00e9t\u00e9s de l\u2019Asie du Sud-Est, en plus de la Chine et du Japon, avaient une \u00ab\u00a0vision\u00a0\u00bb [ind\u00e9pendante de celle des puissances occidentales h\u00e9g\u00e9moniques]&nbsp;\u00bb, qui nous manque, \u00e0 nous Africains, et qui a caus\u00e9 \u00ab&nbsp;une profonde crise de confiance&nbsp;\u00bb entre nos citoyens et nos institutions (Elmandjra, 1999a, pp.&nbsp;54-56), et rendant le Sud pris entre diverses luttes internes (Elmandjra, 1999a, p. 102).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le probl\u00e8me de cette substitution lexicale (du \u00ab&nbsp;tiers monde&nbsp;\u00bb par le \u00ab&nbsp;Sud global&nbsp;\u00bb) est son incapacit\u00e9 \u00e0 rendre compte des fa\u00e7ons complexes dont la mondialisation a remis en question la notion de deux sph\u00e8res g\u00e9ographiques et \u00e9conomiques distinctes \u2013&nbsp;et des mutations majeures dans les relations centre-p\u00e9riph\u00e9rie au niveau mondial (Hannerz, 2015). Dans une telle phase, des questions \u00e9mergent comme celle de savoir qui doit \u00eatre <em>admis<\/em> dans le Sud global, et sous quelles conditions. Par exemple, bien qu\u2019elle soit historiquement <em>ext\u00e9rieure<\/em> au tiers-monde, la Chine a construit un r\u00e9cit qui la pr\u00e9sente comme \u00ab&nbsp;un membre naturel du Sud global&nbsp;\u00bb, un groupe qu\u2019elle consid\u00e8re comme contestant \u00ab&nbsp;l\u2019h\u00e9g\u00e9monie occidentale&nbsp;\u00bb. De telles affirmations ne tiennent pas compte du fait que, malgr\u00e9 l\u2019h\u00e9ritage du tiers-mondisme dans la formation d\u2019une identit\u00e9 Sud global, ce dernier n\u2019est pas le synonyme du tiers-monde de l\u2019apr\u00e8s-guerre froide. Tous deux&nbsp;[le Sud global et le tiers-monde] ont men\u00e9 une lutte \u00ab&nbsp;commune&nbsp;\u00bb contre l\u2019imp\u00e9rialisme, le colonialisme et l\u2019h\u00e9g\u00e9monisme. Pourtant, leurs voies de <em>d\u00e9veloppement<\/em> et leur statut sont diff\u00e9rents \u00e0 bien des \u00e9gards, ce qui implique diff\u00e9rents niveaux de <em>responsabilit\u00e9<\/em> dans les cadres internationaux \u2013&nbsp;en ce qui concerne les principes anciens tels que la solidarit\u00e9 et les principes r\u00e9cents tels que la r\u00e9paration climatique (connue sous le terme \u00ab&nbsp;pertes et dommages&nbsp;\u00bb). Vu sous cet angle, le \u00ab&nbsp;Sud global \u00bb \u2013&nbsp;tout comme le \u00ab&nbsp;Nord global&nbsp;\u00bb&nbsp;\u2013 est une m\u00e9ta-cat\u00e9gorie qui a une valeur normative croissante, car se rapprocher du \u00ab&nbsp;centre&nbsp;\u00bb implique une plus grande responsabilit\u00e9&nbsp;; un dilemme auquel le \u00ab&nbsp;tiers monde&nbsp;\u00bb n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 confront\u00e9, puisqu\u2019il \u00e9tait cens\u00e9 \u00ab&nbsp;se situer&nbsp;\u00bb \u00e0 la \u00ab&nbsp;p\u00e9riph\u00e9rie&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a vingt ans, Elmandjra a pr\u00e9vu l\u2019arriv\u00e9e du moment critique actuel, caract\u00e9ris\u00e9 par un changement d\u2019attitude \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la mondialisation, fond\u00e9 sur la conviction que ses effets sont \u00e0 la fois in\u00e9gaux et tr\u00e8s d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9s. Par cons\u00e9quent, s\u2019il \u00e9tait encore parmi nous, Elmandjra aurait certainement c\u00e9l\u00e9br\u00e9 le nouveau <em>paradoxe de la mondialisation<\/em>, \u00e0 savoir que le consensus sur le libre-\u00e9change n\u2019est plus rentable pour les pays du Nord (qui se replient maintenant sur de nouvelles formes de protectionnisme, ce qui complique davantage la compr\u00e9hension du fonctionnement futur des march\u00e9s mondiaux). Il aurait probablement aussi c\u00e9l\u00e9br\u00e9 la fa\u00e7on dont l\u2019Organisation mondiale du commerce (OMC) parle ouvertement d\u2019une d\u00e9mondialisation, et comment la direction de l\u2019organisation d\u00e9clare la nature liminale actuelle notre position \u00e0 la \u00ab&nbsp;crois\u00e9e des chemins&nbsp;\u00bb, plaidant pour une \u00ab&nbsp;remondialisation&nbsp;\u00bb apr\u00e8s une d\u00e9cennie de \u00ab&nbsp;ralentissement de la mondialisation&nbsp;\u00bb (Organisation mondiale du commerce, 2023).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, je me demande ce qu\u2019il aurait pens\u00e9 des nouvelles hi\u00e9rarchies au sein m\u00eame du Sud global, semi-institutionnalis\u00e9es par des groupements tels que les BRICS. Elmandjra pr\u00e9conisait une m\u00e9thode \u00e0 double sens pour ceux qui se trouvent \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie \u2013&nbsp;s\u2019\u00e9tablir au centre, tout en s\u2019engageant \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie. N&rsquo;\u00e9tait-ce pas un peu na\u00eff ? Les \u00e9conomies \u00e9mergentes du Sud utilisent-elles r\u00e9ellement leur statut de puissance \u00ab&nbsp;montante&nbsp;\u00bb pour d\u00e9fendre la cause de la solidarit\u00e9 du Sud&nbsp;? N\u2019y a-t-il pas un risque d\u2019instrumentalisation de l\u2019identit\u00e9 du Sud \u2013&nbsp;et pas seulement par les pays du Nord&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0&nbsp;l\u2019\u00e8re du multi-alignement et des partenariats non exclusifs, la dichotomie Nord-Sud s\u2019effiloche de mani\u00e8re complexe, et le r\u00f4le historique des \u00ab&nbsp;puissances montantes&nbsp;\u00bb (aujourd\u2019hui souvent associ\u00e9es au BRICS) prend de nouvelles significations, \u00e0 mesure que la rivalit\u00e9 grandit non seulement entre ces puissances du \u00ab&nbsp;Sud&nbsp;\u00bb et celles du \u00ab&nbsp;Nord&nbsp;\u00bb, mais aussi en leur sein (Gray &amp; Gills, 2016). Ces interrogations sont une remarque \u00e0 soi-m\u00eame et \u00e0 tous les chercheurs africains qui ressentent la <em>responsabilit\u00e9 des intellectuels<\/em> dans la contribution \u00e0 la d\u00e9finition du \u00ab&nbsp;Sud global&nbsp;\u00bb et dans l\u2019\u00e9limination du vernis rh\u00e9torique de la \u00ab&nbsp;solidarit\u00e9 du Sud&nbsp;\u00bb (en particulier en ce qui concerne un pays <em>d\u00e9velopp\u00e9 mais en voie de d\u00e9veloppement<\/em> comme la Chine [Benoit, 2023], mais aussi le groupe plus large des BRICS+). Il est peut-\u00eatre temps de penser un \u00ab Nouveau Sud \u00bb : un Sud qui laisse le pass\u00e9 et ses griefs id\u00e9ologiques derri\u00e8re, sans amn\u00e9sie, et ne se laisse pas instrumentaliser dans la comp\u00e9tition des puissances.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, Elmandjra se serait r\u00e9joui de l\u2019\u00e9mergence de voix qui s\u2019opposent \u00e0 la marchandisation et \u00e0 l\u2019occidentalisation des valeurs culturelles, et qui protestent contre les politiques de peur, d\u2019humiliation et d\u2019intimidation. En ce sens, il est une sorte de Gramscien mondialiste&nbsp;; il proteste contre l\u2019h\u00e9g\u00e9monie culturelle non seulement de l\u2019\u00c9tat national, mais aussi des pays capitalistes du Nord global qui maintiennent leur pouvoir en contr\u00f4lant la culture. Comme Antonio Gramsci, Elmandjra esp\u00e8re \u00e9galement que la soci\u00e9t\u00e9 civile (du Sud) m\u00e8nera cette \u00ab&nbsp;guerre de position&nbsp;\u00bb. Elmandjra a \u00e9galement adopt\u00e9 un ethos poststructuraliste \u00e0 travers son appel \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une \u00ab&nbsp;d\u00e9-&nbsp;et remondialisation&nbsp;\u00bb (Elmandjra, 1999b). Cet ethos, \u00e9vocateur, est \u00e0 l\u2019origine de son surnom de \u00ab&nbsp;h\u00e9raut des souffrances du monde&nbsp;\u00bb (Al&nbsp;Jazeera Documentary, 2017).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9tait plus un altermondialiste qu\u2019un antimondialiste. La mondialisation, en principe, \u00e9tait la cl\u00e9 du projet de sa vie, qui consistait \u00e0 promouvoir la communication culturelle. Cependant, ce contre quoi il protestait \u00e9tait la \u00ab&nbsp;prise de contr\u00f4le s\u00e9mantique frauduleuse&nbsp;\u00bb par laquelle un tel \u00ab&nbsp;mot puissant dont le sens originel est plein de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, de tol\u00e9rance et d\u2019amour universel des autres [est] compl\u00e8tement transform\u00e9 pour atteindre l\u2019exact oppos\u00e9&nbsp;\u00bb (Elmandjra, 1999b). Par cons\u00e9quent, selon ses termes, la \u00ab&nbsp;d\u00e9mondialisation&nbsp;\u00bb est un concept critique et r\u00e9fl\u00e9chi de la mondialisation, un m\u00e9canisme d\u2019autod\u00e9fense l\u00e9gitime contre l\u2019appropriation abusive d\u2019une \u00ab&nbsp;mondialisation&nbsp;\u00bb dans laquelle \u00ab&nbsp;ce qui est mondialis\u00e9 [\u2026] est la pauvret\u00e9, l\u2019injustice sociale, la corruption, l\u2019ali\u00e9nation culturelle, les limitations de la libert\u00e9 et des droits civils&nbsp;\u00bb. M\u00eame sceptique quant \u00e0 l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une d\u00e9mocratisation induite par la mondialisation, et quant au r\u00f4le que jouent l\u2019identit\u00e9 nationale et les entreprises multinationales dans cette \u00e9quation, son analyse (Elmandjra, 1999b) s\u2019est rapproch\u00e9e de ce que Dani Rodrik a appel\u00e9 plus tard le trilemme politique de l\u2019\u00e9conomie mondiale, soulignant un retour de b\u00e2ton contre la mondialisation.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00c0 propos de la technopolitique et de la production de connaissances<\/h2>\n\n\n\n<p>Il y a plusieurs d\u00e9cennies, Elmandjra a pr\u00e9dit \u00e0 juste titre que des monopoles de la connaissance \u00e9taient en train de se constituer, faisant valoir qu\u2019ils seraient directement li\u00e9s aux droits de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle et aux march\u00e9s mondiaux des licences, et que les barri\u00e8res qu\u2019ils cr\u00e9ent participent aux efforts d\u00e9ploy\u00e9s par le Sud pour entrer dans la course technologique. En fait, il a \u00e9t\u00e9 l\u2019une des premi\u00e8res voix au sein du syst\u00e8me des Nations unies \u00e0 soutenir l\u2019approche de la science et de l\u2019innovation ouvertes, qui n\u2019avait pas encore de nom \u00e0 l\u2019\u00e9poque (Elmandjra, 1975)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9ticence des pays avanc\u00e9s \u00e0 partager et \u00e0 mettre \u00e0 disposition une partie de leur savoir-faire technologique [est particuli\u00e8rement regrettable \u00e0 deux titres&nbsp;: en termes de d\u00e9veloppement \u00e9conomique, [mais aussi pour] la libre circulation des id\u00e9es. [\u2026] La connaissance devrait \u00eatre \u00e0 la disposition de toute l\u2019humanit\u00e9 sans limitation d\u2019aucune sorte [sauf en ce qui concerne les] droits de ceux qui l\u2019ont produite ou qui d\u00e9tiennent les brevets [qui doivent \u00eatre] indemnis\u00e9s de mani\u00e8re appropri\u00e9e. [\u2026] Mais ce qui se passe actuellement, c\u2019est que le prix de ces brevets est g\u00e9n\u00e9ralement exorbitant et d\u00e9raisonnable. Il s\u2019agit souvent d\u2019une forme de monopole. Dans diff\u00e9rents domaines, il existe des monopoles purs et simples. \u00c0&nbsp;mon avis, les monopoles, quels qu\u2019ils soient, sont toujours un obstacle au d\u00e9veloppement et au bien-\u00eatre des \u00eatres humains.<\/p>\n\n\n\n<p>Elmandjra \u00e9tait encore plus perplexe face aux effets de la singularit\u00e9 technologique, par laquelle le foss\u00e9 Nord-Sud se creusait plus rapidement que les efforts de rattrapage du Sud, soulignant par exemple que (Elmandjra, 1989) :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019informatique et la t\u00e9l\u00e9matique ne sont pas seulement de nouvelles technologies et ne doivent pas non plus \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme un luxe pour les pays les plus pauvres du monde&nbsp;; ce sont eux qui en ont le plus besoin pour faire le saut quantique qu\u2019ils ne pourront jamais r\u00e9aliser avec les seules technologies \u00ab\u00a0appropri\u00e9es\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0adapt\u00e9es\u00a0\u00bb, ces derni\u00e8res pouvant m\u00eame devenir une cause de retard.<\/p>\n\n\n\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 son exp\u00e9rience acquise au sein de l\u2019Unesco et du PNUD, Elmandjra \u00e9tait conscient que pour briser le cycle d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 technologique, il ne fallait rien de moins qu\u2019un mod\u00e8le \u00e9ducatif perturbateur, aucun transfert de technologie (s\u00e9lectif tout au plus) ne pouvant jamais donner au Sud une longueur d\u2019avance. C\u2019est pourquoi, par l\u2019interm\u00e9diaire du Club de Rome, Elmandjra s\u2019est engag\u00e9 depuis les ann\u00e9es&nbsp;1970 dans des discussions sur la mani\u00e8re de placer l\u2019\u00eatre humain au centre de la r\u00e9flexion sur l\u2019avenir et de la r\u00e9forme de l\u2019\u00e9ducation. Dans le rapport du Club <em>No limits to learning<\/em> (Elmandjra et&nbsp;al., 1979), Elmandjra a donc soutenu l\u2019inclusion de voix \u00e0 travers le Sud global, soulignant la n\u00e9cessit\u00e9 de se r\u00e9approprier les syst\u00e8mes \u00e9ducatifs et de les adapter aux contextes culturels, tout en r\u00e9examinant toutes les connaissances endog\u00e8nes rejet\u00e9es par le colonialisme. A travers ce rapport, Elmandjra a adress\u00e9 une critique particuli\u00e8rement s\u00e9v\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019\u00e9ducation coloniale&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9coles \u00e0 pr\u00e9dominance fran\u00e7aise et britannique qui existent dans toute l\u2019Afrique et l\u2019Asie [sont une] r\u00e9miniscence d\u2019une \u00e9poque ant\u00e9rieure. Dans leurs pays d\u2019origine, les syst\u00e8mes \u00e9ducatifs ont subi des changements au fil des ans&nbsp;; dans les pays d\u2019accueil, ces syst\u00e8mes ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s intacts \u00e0 tel point que de nombreux pays se retrouvent aujourd\u2019hui avec un syst\u00e8me scolaire de type r\u00e9trospectif dont la perspective commence au dix-neuvi\u00e8me&nbsp;si\u00e8cle. Les pays d\u2019accueil semblent chroniquement accuser un retard d\u2019au moins une ou deux r\u00e9formes par rapport aux anciennes puissances coloniales.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans de nombreuses situations coloniales, la scolarisation \u00e0 l\u2019\u00e9tranger a \u00e9t\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9e par les classes sup\u00e9rieures comme alternative aux \u00e9coles publiques inadapt\u00e9es. Ces \u00e9coles internationales sont donc devenues centrales dans la formation d\u2019une (identit\u00e9 d\u2019) \u00e9lite \u00e0 l\u2019\u00e9poque coloniale et postcoloniale. Mais en m\u00eame temps, cela a conduit \u00e0 une ext\u00e9riorit\u00e9 de l\u2019\u00e9lite, \u00e0 une discontinuit\u00e9 du syst\u00e8me \u00e9ducatif et, pour ceux qui ne s\u2019int\u00e8grent pas dans le syst\u00e8me, \u00e0 une fuite co\u00fbteuse du capital humain \u2013&nbsp;une situation qu\u2019Elmandjra avait connue au lyc\u00e9e Lyautey, un lyc\u00e9e fran\u00e7ais de Casablanca, et qu\u2019il a d\u00e9crite \u00e0 plusieurs reprises de mani\u00e8re n\u00e9gative, comme un \u00ab&nbsp;formatage&nbsp;\u00bb. Comme beaucoup d\u2019autres publications d\u2019Elmandjra, le rapport du Club de Rome aborde \u00e9galement la question de la langue de production des connaissances et de sa sensibilit\u00e9 au contexte culturel. Il soulignait comment \u00ab&nbsp;la sup\u00e9riorit\u00e9 pr\u00e9sum\u00e9e de l\u2019enseignement, des examens et des dipl\u00f4mes \u00e9trangers pour l\u2019obtention d\u2019un emploi \u2013&nbsp;ainsi que la sup\u00e9riorit\u00e9 pr\u00e9sum\u00e9e de l\u2019information, des m\u00e9dias et de la formation technique dans les superpuissances postcoloniales&nbsp;\u2013 a conduit \u00e0 une d\u00e9valuation de l\u2019apprentissage traditionnel et indig\u00e8ne, [\u2026] au d\u00e9triment de l\u2019identit\u00e9 culturelle et de l\u2019int\u00e9gration sociale, et contraire \u00e0 une p\u00e9dagogie appropri\u00e9e&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cet \u00e9gard, Elmandjra a \u00e9galement parl\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises de l\u2019interface entre les valeurs et la connaissance, r\u00e9sum\u00e9e dans cette s\u00e9rie d\u2019interrogations&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le savoir peut-il sauver le monde&nbsp;? L\u2019universit\u00e9 peut-elle sauver le savoir&nbsp;? Le savoir peut-il sauver les valeurs&nbsp;? Les valeurs peuvent-elles sauver la valeur de la connaissance&nbsp;?&nbsp;\u00bb, qui envisage les syst\u00e8mes \u00e9ducatifs \u2013&nbsp;en particulier les universit\u00e9s&nbsp;\u2013 comme \u00ab&nbsp;une force humanisante qui transcende le chauvinisme acad\u00e9mique, le carri\u00e9risme et la technocratie&nbsp;\u00bb (Elmandjra, 2000, pp.&nbsp;85, 92). Sur cet aspect, on ne peut qu\u2019\u00eatre s\u00fbr que, s\u2019il \u00e9tait encore parmi nous, Elmandjra aurait particip\u00e9 \u2013&nbsp;comme il l\u2019a fait \u00e0 titre personnel&nbsp;\u2013 au d\u00e9bat acad\u00e9mique sur les \u00e9pist\u00e9mologies alternatives, telles que les \u00ab&nbsp;\u00e9pist\u00e9mologies du Sud&nbsp;\u00bb qui d\u00e9noncent des d\u00e9cennies, voire des si\u00e8cles, d\u2019\u00ab&nbsp;\u00e9pist\u00e9micide&nbsp;\u00bb (<a href=\"https:\/\/www.routledge.com\/Epistemologies-of-the-South-Justice-Against-Epistemicide\/Santos\/p\/book\/9781612055459\">Santos, 2014<\/a>). Ces postures appellent non seulement de nouvelles m\u00e9thodologies (non extractives), mais aussi de nouvelles ontologies&nbsp;: une remise en question fondamentale de l\u2019\u00e9thique de la production des connaissances. Apr\u00e8s tout, c\u2019est sur des bases similaires qu\u2019Elmandjra consid\u00e9rait la d\u00e9colonisation culturelle comme un projet inachev\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00c0 propos du d\u00e9veloppement<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019un des principaux arguments d\u2019Elmandjra est que la situation socio-\u00e9conomique insatisfaisante de l\u2019Afrique est \u00e0 la fois cause et sympt\u00f4me de son incapacit\u00e9 \u00e0 investir dans le capital humain, la production de connaissances et la technologie (Elmandjra, 1999a, p.&nbsp;103). Il attribue cette situation \u00e0 une combinaison de dynamiques n\u00e9ocoloniales soutenues par des m\u00e9canismes d\u2019influence des cr\u00e9anciers multilat\u00e9raux et des partenaires bilat\u00e9raux, et \u00e0 un leadership africain m\u00e9diocre\/corrompu. Il consid\u00e8re en particulier que la coop\u00e9ration Nord-Sud, les pi\u00e8ges de la dette, l\u2019aide \u00e9trang\u00e8re et les programmes de d\u00e9veloppement qui ne sont pas produits et dirig\u00e9s par les Africains sont \u00ab&nbsp;mort-n\u00e9s&nbsp;\u00bb (Elmandjra, 1987 ; 1988). Ainsi, Elmandjra a progressivement d\u00e9plac\u00e9 son attention vers la critique des Nations unies et des institutions de Bretton Woods. Il consid\u00e8re que les mod\u00e8les de d\u00e9veloppement \u00ab&nbsp;dict\u00e9s&nbsp;\u00bb par ces institutions manquent de sensibilit\u00e9 historique et culturelle et servent un programme d\u2019\u00ab&nbsp;occidentalisation&nbsp;\u00bb \u2013&nbsp;une position qu\u2019il a maintenue tout au long des ann\u00e9es, faisant de lui l\u2019une des premi\u00e8res voix en faveur de la r\u00e9invention de la gouvernance mondiale ainsi que de l\u2019architecture financi\u00e8re et mon\u00e9taire.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans des textes tels que \u00ab&nbsp;The Africanization of Africa&nbsp;\u00bb, Elmandjra (1986) \u00e9tait particuli\u00e8rement attentif \u00e0 la construction d\u2019un contre-r\u00e9cit sur l\u2019\u00ab&nbsp;exceptionnalisme&nbsp;\u00bb du d\u00e9veloppement de l\u2019Afrique. Son texte d\u00e9peint une \u00ab&nbsp;Afrique [qui] s\u2019oriente r\u00e9solument vers un nouveau style de d\u00e9veloppement fond\u00e9 sur la satisfaction de ses besoins \u00e9l\u00e9mentaires&nbsp;\u00bb. C\u2019est \u00e9galement dans le contexte de cette bataille de r\u00e9cits qu\u2019Elmandjra a pr\u00e9sent\u00e9 l\u2019une des rares \u00e9valuations dissidentes du Programme d\u2019action des Nations unies pour le redressement \u00e9conomique et le d\u00e9veloppement de l\u2019Afrique (1986-1990) (PANUREDA), qu\u2019il consid\u00e9rait comme insensible aux appels africains \u00e0 la r\u00e9vision de la lourde dette ext\u00e9rieure du continent, \u00e0 son ing\u00e9rence dans les priorit\u00e9s \u00e9conomiques nationales de l\u2019Afrique et \u00e0 la d\u00e9pendance Nord-Sud. Au contraire, Elmandjra penchait pour la coop\u00e9ration interafricaine (et Sud-Sud), car il pensait que l\u2019int\u00e9gration \u00e9conomique r\u00e9gionale \u00e9tait l\u2019un des seuls moyens pour sortir de l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 technologique, puisqu\u2019elle pouvait aider \u00e0 partager le fardeau du processus long et co\u00fbteux de la Recherche et du D\u00e9veloppement et \u00e0 cr\u00e9er des march\u00e9s pour les produits locaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Soucieux d\u2019approfondir sa compr\u00e9hension des liens entre d\u00e9veloppement et identit\u00e9 et d\u2019explorer des mod\u00e8les alternatifs au mod\u00e8le occidental, Elmandjra s\u2019est tourn\u00e9 plus tard dans sa vie, vers l\u2019Est, vers le pays du Soleil levant. L\u00e0, Elmandjra a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cor\u00e9 de l\u2019ordre imp\u00e9rial du Soleil levant (1986) et a entam\u00e9 un nouveau chapitre professionnel en tant que professeur d\u2019universit\u00e9, avant de rejoindre un projet de recherche sur la diversit\u00e9 culturelle et la communication, et de devenir professeur invit\u00e9 \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Tokyo (1998) et chercheur invit\u00e9 de la Soci\u00e9t\u00e9 japonaise pour la promotion de la science (JSPS) \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Tokyo Keizai (1999). L\u2019exp\u00e9rience japonaise a exerc\u00e9 une grande influence sur les r\u00e9flexions d\u2019Elmandjra concernant les mod\u00e8les de d\u00e9veloppement, la production de connaissances, les langues locales et les valeurs culturelles. Malgr\u00e9 son alignement politique sur l\u2019Occident, ses valeurs d\u00e9mocratiques et sa croissance \u00e9conomique qui en ont fait un pays du \u00ab&nbsp;premier monde&nbsp;\u00bb, le Japon \u00e9tait, dans son noyau civilisationnel, un cas unique. La vision du monde de la culture japonaise, qui a permis \u00e0 la nation de devenir une superpuissance majeure par des moyens non militaires, et le fait que le Japon se consid\u00e8re comme une puissance non occidentale, lui ont permis d\u2019entretenir des relations particuli\u00e8res avec les pays du tiers-monde (Sud global actuel) et ont renforc\u00e9 l\u2019attrait de l\u2019approche japonaise, par rapport aux mod\u00e8les de d\u00e9veloppement \u00ab&nbsp;copi\u00e9s de l\u2019Occident&nbsp;\u00bb en cours en Afrique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>Le 27 mai 2023, Rabat a accueilli un colloque sur l\u2019\u00e9tat des \u00e9tudes prospectives dans le monde (Policy Center for the New South, 2023) o\u00f9 Sohail Inayatullah, le premier titulaire de la chaire Unesco d\u2019\u00e9tudes prospectives, a commenc\u00e9 son discours en remerciant Mahdi Elmandjra de l\u2019avoir invit\u00e9 il y a pr\u00e8s de trois d\u00e9cennies \u2013&nbsp;alors qu\u2019Inayatullah \u00e9tait \u00e2g\u00e9 d\u2019une vingtaine d\u2019ann\u00e9es&nbsp;\u2013 \u00e0 venir <em>repenser l\u2019avenir mondial<\/em> \u00e0 partir du Maroc. Cet hommage posthume montre \u00e0 lui seul le r\u00f4le central qu\u2019a jou\u00e9 Elmandjra en inspirant et en promouvant des voix issues de milieux non occidentaux dans les \u00e9tudes prospectives, chacune \u00e9tant impr\u00e9gn\u00e9e d\u2019un ethos culturel particulier. Elmandjra doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme le pionnier des \u00e9tudes prospectives en Afrique, un chercheur engag\u00e9, un homme de conviction et un entrepreneur de normes qui a plaid\u00e9 pour un changement dans la dynamique de la domination mondiale, pour la d\u00e9colonisation culturelle et pour un syst\u00e8me de connaissances dans lequel l\u2019avenir est illimit\u00e9 et les choix infinis. Ses textes sont donc un point de r\u00e9f\u00e9rence dans un monde qui semble avoir perdu sa boussole morale. Red\u00e9couvrir Elmandjra, revenir sur ce qu\u2019il a \u00e9crit au cours du dernier demi-si\u00e8cle, constitue un point de d\u00e9part pour toute r\u00e9flexion sur l\u2019avenir de l\u2019Afrique.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":26796,"template":"","meta":[],"series-categories":[1351],"cat-articles":[1442],"keywords":[1527,1845,1789,1513,1844],"ppma_author":[273],"class_list":["post-26797","series-issues","type-series-issues","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","series-categories-numero-4","cat-articles-rediscovery","keywords-afrique","keywords-etudes-prospectives","keywords-mahdi-elmandjra","keywords-production-de-connaissances","keywords-sud-global","author-abdelkarim-skouri"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.6 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>\u00c0 la red\u00e9couverte de Mahdi Elmandjra : R\u00e9flexions sur le Sud global, le d\u00e9veloppement, la technopolitique et la production de connaissances | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-4\/a-la-redecouverte-de-mahdi-elmandjra-reflexions-sur-le-sud-global-le-developpement-la-technopolitique-et-la-production-de-connaissances\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"\u00c0 la red\u00e9couverte de Mahdi Elmandjra : R\u00e9flexions sur le Sud global, le d\u00e9veloppement, la technopolitique et la production de connaissances | Global Africa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Introduction De tout temps, les humains ont \u00e9t\u00e9 captiv\u00e9s par l\u2019id\u00e9e de pr\u00e9dire l\u2019avenir. Pourtant, ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s-guerre que cette id\u00e9e a pris la forme d\u2019une discipline universitaire achev\u00e9e&nbsp;: les \u00e9tudes prospectives, avec un statut mondial, institutionnel et syst\u00e9mique (Krist\u00f3f &amp; Nov\u00e1ky, 2023). Au tournant du si\u00e8cle, les discussions sur le changement climatique ont constitu\u00e9 une v\u00e9ritable secousse morale, les signes d\u00e9concertants de la r\u00e9volution technologique, l\u2019accroissement exponentiel des connaissances dans un contexte de complexit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e, ainsi que les niveaux culminants d\u2019incertitude et d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 ontologique ont tous renforc\u00e9 le besoin imminent de m\u00e9thodes et d\u2019outils de prospective. Un sentiment de vertige postmoderne et liminal, d\u00fb en partie \u00e0 la d\u00e9mat\u00e9rialisation de la fronti\u00e8re entre la fin du pr\u00e9sent et le commencement du futur, a encore accru l&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour cette discipline. En 2023, la F\u00e9d\u00e9ration mondiale des \u00e9tudes prospectives (WFSF), l\u2019organisation cr\u00e9\u00e9e pour promouvoir le d\u00e9veloppement de cette discipline, c\u00e9l\u00e8bre son 50e&nbsp;anniversaire. Au cours des cinquante derni\u00e8res ann\u00e9es, les \u00e9tudes prospectives se sont d\u00e9velopp\u00e9es en termes quantitatifs et qualitatifs, et sont pass\u00e9es de la \u00ab&nbsp;pr\u00e9diction&nbsp;\u00bb de l\u2019avenir (au singulier) \u00e0 la \u00ab&nbsp;cartographie&nbsp;\u00bb et au \u00ab&nbsp;fa\u00e7onnage&nbsp;\u00bb d\u2019avenirs alternatifs (au pluriel) (Inayatullah, 2013). Mais ces \u00e9tudes ont \u00e9t\u00e9 largement limit\u00e9es au monde occidental \u2013&nbsp;le Nord global. En Afrique, comme dans la plupart des r\u00e9gions du Sud, Olugbenga Adesida (1994) a \u00e9crit il y a pr\u00e8s de vingt ans ce qui est encore vrai d\u2019une certaine mani\u00e8re, que \u00ab&nbsp;l\u2019avenir [\u00e9tait] en fait vendu en raison de pr\u00e9occupations imm\u00e9diates li\u00e9es \u00e0 la gestion des crises et l\u2019absence de vision \u00bb. Pour l\u2019Afrique, qui se trouve \u00e0 un moment charni\u00e8re de son d\u00e9veloppement, les \u00e9tudes prospectives sont d\u2019une importance capitale afin d\u2019accompagner la prise de d\u00e9cisions strat\u00e9giques. Pourtant, \u00e0 part quelques rares exceptions, la discipline n\u2019est pas encore \u00e9tablie dans les institutions acad\u00e9miques et de recherche du continent \u2013&nbsp;une douzaine \u00e0 ce jour. En effet, jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;1990, l\u2019Afrique ne disposait d\u2019aucun centre de recherche d\u00e9di\u00e9 \u00e0 cette discipline. \u00c0&nbsp;l\u2019\u00e9chelle du continent, seuls quelques exercices de r\u00e9flexion prospective ont \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9s, tels le colloque de Monrovia de 1979 sur les perspectives de d\u00e9veloppement de l\u2019Afrique \u00e0 l\u2019horizon&nbsp;2000 et le Plan d\u2019action de Lagos de 1980, principalement sous l\u2019impulsion de visionnaires agissant de leur propre initiative ou \u00e9voluant au sein de l\u2019Organisation des Nations unies (ONU) ou de l\u2019Organisation de l\u2019unit\u00e9 africaine (OUA).&nbsp; Parmi ces visionnaires figure Mahdi Elmandjra (1933-2014), l\u2019un des pionniers des \u00e9tudes prospectives du Maroc, de l\u2019Afrique voire du Sud global. Pendant plus d\u2019un demi-si\u00e8cle, et tout au long d\u2019une carri\u00e8re au sein d\u2019institutions internationales, Elmandjra a \u00e9t\u00e9 un chercheur engag\u00e9, assumant la responsabilit\u00e9 des intellectuels au sens chomskyen, puisqu\u2019il a consacr\u00e9 sa vie \u00e0 th\u00e9oriser le changement (et l\u2019\u00e9mancipation) dans ce que l\u2019on appelait alors le \u00ab&nbsp;tiers-monde&nbsp;\u00bb. Ses contributions ont toujours \u00e9t\u00e9 provocantes, abordant des questions br\u00fblantes telles que l\u2019imp\u00e9rialisme et le n\u00e9ocolonialisme, la mondialisation, la gouvernance mondiale et la justice, les valeurs culturelles et le dialogue, le d\u00e9veloppement, l\u2019\u00e9ducation et la production de connaissances, etc. Ainsi, Elmandjra, en tant qu\u2019entrepreneur normatif, est une porte d\u2019entr\u00e9e incontournable pour analyser la mani\u00e8re dont le continent fabrique son destin dans un ordre mondial en mutation.&nbsp; Courte biographie de Mahdi Elmandjra Mahdi Elmandjra a commenc\u00e9 sa carri\u00e8re dans les ann\u00e9es&nbsp;1950 dans la fonction publique au Maroc, avant de rejoindre l\u2019ONU \u2013&nbsp;un syst\u00e8me dont il deviendra plus tard un critique acerbe&nbsp;\u2013 o\u00f9 il a occup\u00e9 de hautes fonctions de 1961 \u00e0 1981, notamment au sein de l\u2019Organisation des Nations unies pour l\u2019\u00e9ducation, la science et la culture (Unesco) et du Programme des Nations unies pour le d\u00e9veloppement (PNUD). Il a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des premiers pr\u00e9sidents de la WFSF (1977-1981), puis de Futuribles International (1981-1990), centre de recherche majeur au niveau mondial consacr\u00e9 \u00e0 la prospective. Il a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 le pr\u00e9sident fondateur de l\u2019Association marocaine de prospective et de l\u2019Organisation marocaine des droits de l\u2019homme, et a si\u00e9g\u00e9 au conseil d\u2019administration de diverses organisations marocaines, africaines et internationales, dont l\u2019Acad\u00e9mie du Royaume du Maroc, l\u2019Acad\u00e9mie mondiale des arts et des sciences, l\u2019Acad\u00e9mie mondiale de la prospective sociale, l\u2019Acad\u00e9mie africaine des sciences, le mouvement Pugwash et la Soci\u00e9t\u00e9 pour le d\u00e9veloppement international. Elmandjra a beaucoup \u00e9crit, que ce soit de longs essais ou de courts articles de journaux ou de revues, et plusieurs de ses publications ont \u00e9t\u00e9 traduites dans diff\u00e9rentes langues. Parmi ses nombreuses publications figurent les ouvrages suivants&nbsp;: Le syst\u00e8me des Nations unies (1973), Pas de limites \u00e0 l\u2019apprentissage (rapport du Club de Rome) (1979), Repenser l\u2019avenir&nbsp;: un manuel d\u2019\u00e9tudes prospectives pour les planificateurs africains (pr\u00e9par\u00e9 pour le PNUD) (1986), L\u2019Islam et l\u2019avenir (1990), La premi\u00e8re guerre de civilisation (1991), R\u00e9trospective de l\u2019avenir (1992), La diversit\u00e9 culturelle, cl\u00e9 de la survie (1995), La d\u00e9colonisation culturelle&nbsp;: le d\u00e9fi du 21e&nbsp;si\u00e8cle (1996), La r\u00e9gionalisation de la mondialisation (1999), Humiliation \u00e0 l\u2019\u00e8re du m\u00e9ga-imp\u00e9rialisme (2003), Le dialogue de la communication (2005), La valeur des valeurs (2006). Elmandjra a re\u00e7u plusieurs distinctions et prix, notamment le prix Curzon de litt\u00e9rature fran\u00e7aise de l\u2019universit\u00e9 Cornell (1953), le prix Rockefeller pour les relations internationales de la London School of Economics (1955), l\u2019Ordre de l\u2019ind\u00e9pendance du Royaume de Jordanie (1959), chevalier de l\u2019ordre des Arts et des Lettres (France, 1970), la grande m\u00e9daille de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise d\u2019architecture (1984), officier de l\u2019ordre des Arts et des Lettres (France, 1985), l\u2019ordre imp\u00e9rial du Soleil levant (III) (Japon, 1986), la m\u00e9daille de la Paix de l\u2019Acad\u00e9mie internationale Albert Einstein (1991), et le prix de la F\u00e9d\u00e9ration mondiale des \u00e9tudes sur la prospective (1995).&nbsp;&nbsp; La r\u00e9appropriation du (des) futur(s) de l\u2019Afrique Elmandjra a \u00e9t\u00e9 l\u2019une des premi\u00e8res voix \u00e0 remettre en question les fondations \u00e9pist\u00e9miques des \u00e9tudes prospectives en tant qu\u2019elles incarnent une \u00ab&nbsp;entit\u00e9 monolithique dirig\u00e9e par des int\u00e9r\u00eats occidentaux&nbsp;\u00bb (Slaughter, 1996). Son activisme a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement important pour soutenir la WFSF, sous les auspices du PNUD, dans la promotion de \u00ab&nbsp;futurs africains construits par les Africains&nbsp;\u00bb (Cole, 1994). Mais c\u2019est surtout gr\u00e2ce \u00e0 son rapport L\u2019opportunit\u00e9 et la faisabilit\u00e9 d&rsquo;un l&rsquo;institut sup\u00e9rieur africain d&rsquo;analyse et d&rsquo;\u00e9tude de prospective des politiques du secteur public, publi\u00e9\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-4\/a-la-redecouverte-de-mahdi-elmandjra-reflexions-sur-le-sud-global-le-developpement-la-technopolitique-et-la-production-de-connaissances\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Global Africa\" \/>\n<meta property=\"article:publisher\" content=\"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2026-05-09T18:38:39+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/368A9879-1-Grande.jpeg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"861\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"1280\" 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Pourtant, ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s-guerre que cette id\u00e9e a pris la forme d\u2019une discipline universitaire achev\u00e9e&nbsp;: les \u00e9tudes prospectives, avec un statut mondial, institutionnel et syst\u00e9mique (Krist\u00f3f &amp; Nov\u00e1ky, 2023). Au tournant du si\u00e8cle, les discussions sur le changement climatique ont constitu\u00e9 une v\u00e9ritable secousse morale, les signes d\u00e9concertants de la r\u00e9volution technologique, l\u2019accroissement exponentiel des connaissances dans un contexte de complexit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e, ainsi que les niveaux culminants d\u2019incertitude et d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 ontologique ont tous renforc\u00e9 le besoin imminent de m\u00e9thodes et d\u2019outils de prospective. Un sentiment de vertige postmoderne et liminal, d\u00fb en partie \u00e0 la d\u00e9mat\u00e9rialisation de la fronti\u00e8re entre la fin du pr\u00e9sent et le commencement du futur, a encore accru l&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour cette discipline. En 2023, la F\u00e9d\u00e9ration mondiale des \u00e9tudes prospectives (WFSF), l\u2019organisation cr\u00e9\u00e9e pour promouvoir le d\u00e9veloppement de cette discipline, c\u00e9l\u00e8bre son 50e&nbsp;anniversaire. Au cours des cinquante derni\u00e8res ann\u00e9es, les \u00e9tudes prospectives se sont d\u00e9velopp\u00e9es en termes quantitatifs et qualitatifs, et sont pass\u00e9es de la \u00ab&nbsp;pr\u00e9diction&nbsp;\u00bb de l\u2019avenir (au singulier) \u00e0 la \u00ab&nbsp;cartographie&nbsp;\u00bb et au \u00ab&nbsp;fa\u00e7onnage&nbsp;\u00bb d\u2019avenirs alternatifs (au pluriel) (Inayatullah, 2013). Mais ces \u00e9tudes ont \u00e9t\u00e9 largement limit\u00e9es au monde occidental \u2013&nbsp;le Nord global. En Afrique, comme dans la plupart des r\u00e9gions du Sud, Olugbenga Adesida (1994) a \u00e9crit il y a pr\u00e8s de vingt ans ce qui est encore vrai d\u2019une certaine mani\u00e8re, que \u00ab&nbsp;l\u2019avenir [\u00e9tait] en fait vendu en raison de pr\u00e9occupations imm\u00e9diates li\u00e9es \u00e0 la gestion des crises et l\u2019absence de vision \u00bb. Pour l\u2019Afrique, qui se trouve \u00e0 un moment charni\u00e8re de son d\u00e9veloppement, les \u00e9tudes prospectives sont d\u2019une importance capitale afin d\u2019accompagner la prise de d\u00e9cisions strat\u00e9giques. Pourtant, \u00e0 part quelques rares exceptions, la discipline n\u2019est pas encore \u00e9tablie dans les institutions acad\u00e9miques et de recherche du continent \u2013&nbsp;une douzaine \u00e0 ce jour. En effet, jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;1990, l\u2019Afrique ne disposait d\u2019aucun centre de recherche d\u00e9di\u00e9 \u00e0 cette discipline. \u00c0&nbsp;l\u2019\u00e9chelle du continent, seuls quelques exercices de r\u00e9flexion prospective ont \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9s, tels le colloque de Monrovia de 1979 sur les perspectives de d\u00e9veloppement de l\u2019Afrique \u00e0 l\u2019horizon&nbsp;2000 et le Plan d\u2019action de Lagos de 1980, principalement sous l\u2019impulsion de visionnaires agissant de leur propre initiative ou \u00e9voluant au sein de l\u2019Organisation des Nations unies (ONU) ou de l\u2019Organisation de l\u2019unit\u00e9 africaine (OUA).&nbsp; Parmi ces visionnaires figure Mahdi Elmandjra (1933-2014), l\u2019un des pionniers des \u00e9tudes prospectives du Maroc, de l\u2019Afrique voire du Sud global. Pendant plus d\u2019un demi-si\u00e8cle, et tout au long d\u2019une carri\u00e8re au sein d\u2019institutions internationales, Elmandjra a \u00e9t\u00e9 un chercheur engag\u00e9, assumant la responsabilit\u00e9 des intellectuels au sens chomskyen, puisqu\u2019il a consacr\u00e9 sa vie \u00e0 th\u00e9oriser le changement (et l\u2019\u00e9mancipation) dans ce que l\u2019on appelait alors le \u00ab&nbsp;tiers-monde&nbsp;\u00bb. Ses contributions ont toujours \u00e9t\u00e9 provocantes, abordant des questions br\u00fblantes telles que l\u2019imp\u00e9rialisme et le n\u00e9ocolonialisme, la mondialisation, la gouvernance mondiale et la justice, les valeurs culturelles et le dialogue, le d\u00e9veloppement, l\u2019\u00e9ducation et la production de connaissances, etc. Ainsi, Elmandjra, en tant qu\u2019entrepreneur normatif, est une porte d\u2019entr\u00e9e incontournable pour analyser la mani\u00e8re dont le continent fabrique son destin dans un ordre mondial en mutation.&nbsp; Courte biographie de Mahdi Elmandjra Mahdi Elmandjra a commenc\u00e9 sa carri\u00e8re dans les ann\u00e9es&nbsp;1950 dans la fonction publique au Maroc, avant de rejoindre l\u2019ONU \u2013&nbsp;un syst\u00e8me dont il deviendra plus tard un critique acerbe&nbsp;\u2013 o\u00f9 il a occup\u00e9 de hautes fonctions de 1961 \u00e0 1981, notamment au sein de l\u2019Organisation des Nations unies pour l\u2019\u00e9ducation, la science et la culture (Unesco) et du Programme des Nations unies pour le d\u00e9veloppement (PNUD). Il a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des premiers pr\u00e9sidents de la WFSF (1977-1981), puis de Futuribles International (1981-1990), centre de recherche majeur au niveau mondial consacr\u00e9 \u00e0 la prospective. Il a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 le pr\u00e9sident fondateur de l\u2019Association marocaine de prospective et de l\u2019Organisation marocaine des droits de l\u2019homme, et a si\u00e9g\u00e9 au conseil d\u2019administration de diverses organisations marocaines, africaines et internationales, dont l\u2019Acad\u00e9mie du Royaume du Maroc, l\u2019Acad\u00e9mie mondiale des arts et des sciences, l\u2019Acad\u00e9mie mondiale de la prospective sociale, l\u2019Acad\u00e9mie africaine des sciences, le mouvement Pugwash et la Soci\u00e9t\u00e9 pour le d\u00e9veloppement international. Elmandjra a beaucoup \u00e9crit, que ce soit de longs essais ou de courts articles de journaux ou de revues, et plusieurs de ses publications ont \u00e9t\u00e9 traduites dans diff\u00e9rentes langues. Parmi ses nombreuses publications figurent les ouvrages suivants&nbsp;: Le syst\u00e8me des Nations unies (1973), Pas de limites \u00e0 l\u2019apprentissage (rapport du Club de Rome) (1979), Repenser l\u2019avenir&nbsp;: un manuel d\u2019\u00e9tudes prospectives pour les planificateurs africains (pr\u00e9par\u00e9 pour le PNUD) (1986), L\u2019Islam et l\u2019avenir (1990), La premi\u00e8re guerre de civilisation (1991), R\u00e9trospective de l\u2019avenir (1992), La diversit\u00e9 culturelle, cl\u00e9 de la survie (1995), La d\u00e9colonisation culturelle&nbsp;: le d\u00e9fi du 21e&nbsp;si\u00e8cle (1996), La r\u00e9gionalisation de la mondialisation (1999), Humiliation \u00e0 l\u2019\u00e8re du m\u00e9ga-imp\u00e9rialisme (2003), Le dialogue de la communication (2005), La valeur des valeurs (2006). Elmandjra a re\u00e7u plusieurs distinctions et prix, notamment le prix Curzon de litt\u00e9rature fran\u00e7aise de l\u2019universit\u00e9 Cornell (1953), le prix Rockefeller pour les relations internationales de la London School of Economics (1955), l\u2019Ordre de l\u2019ind\u00e9pendance du Royaume de Jordanie (1959), chevalier de l\u2019ordre des Arts et des Lettres (France, 1970), la grande m\u00e9daille de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise d\u2019architecture (1984), officier de l\u2019ordre des Arts et des Lettres (France, 1985), l\u2019ordre imp\u00e9rial du Soleil levant (III) (Japon, 1986), la m\u00e9daille de la Paix de l\u2019Acad\u00e9mie internationale Albert Einstein (1991), et le prix de la F\u00e9d\u00e9ration mondiale des \u00e9tudes sur la prospective (1995).&nbsp;&nbsp; La r\u00e9appropriation du (des) futur(s) de l\u2019Afrique Elmandjra a \u00e9t\u00e9 l\u2019une des premi\u00e8res voix \u00e0 remettre en question les fondations \u00e9pist\u00e9miques des \u00e9tudes prospectives en tant qu\u2019elles incarnent une \u00ab&nbsp;entit\u00e9 monolithique dirig\u00e9e par des int\u00e9r\u00eats occidentaux&nbsp;\u00bb (Slaughter, 1996). 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