{"id":26793,"date":"2023-12-20T04:21:14","date_gmt":"2023-12-20T04:21:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/notre-tache-daujourdhui-est-de-lancer-une-insurrection-didees-panafricaines\/"},"modified":"2026-05-09T18:48:49","modified_gmt":"2026-05-09T18:48:49","slug":"notre-tache-daujourdhui-est-de-lancer-une-insurrection-didees-panafricaines","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-4\/notre-tache-daujourdhui-est-de-lancer-une-insurrection-didees-panafricaines\/","title":{"rendered":"Notre t\u00e2che d\u2019aujourd&rsquo;hui est de lancer une insurrection d&rsquo;id\u00e9es panafricaines"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Thiam, Garba et Ba<\/strong> : Prof. Shivji, vous \u00eates une \u00e9minente figure des \u00e9tudes africaines, discipline vou\u00e9e \u00e0 la transformation sociale. Vous \u00eates la mat\u00e9rialisation du mouvement progressiste dans son engagement pour la dignit\u00e9 africaine (et humaine). Comment d\u00e9finiriez-vous\/d\u00e9cririez-vous\/situeriez-vous votre formation, vos recherches et votre engagement pour la recherche africaine ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Professeur Shivji<\/strong> : J&rsquo;ai int\u00e9gr\u00e9 l&rsquo;Universit\u00e9 de Dar es Salaam, qui \u00e9tait alors un coll\u00e8ge universitaire de l&rsquo;Universit\u00e9 de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Est, en 1967. Nous \u00e9tions la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 int\u00e9grer l\u2019universit\u00e9 apr\u00e8s la D\u00e9claration d&rsquo;Arusha. Comme vous le savez, la D\u00e9claration d&rsquo;Arusha sur le socialisme et l&rsquo;autosuffisance \u00e9tait la feuille de route du parti au pouvoir dans son projet de construire un pays socialiste sous Julius Nyerere. Le campus \u00e9tait anim\u00e9, avec des d\u00e9bats et des discussions, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et en dehors des salles de classe, sur le socialisme et le r\u00f4le de l&rsquo;universit\u00e9 et des intellectuels dans le processus politique de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est important de noter que ces d\u00e9bats se d\u00e9roulaient dans un contexte international marqu\u00e9 par des luttes \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale. Il y avait la lutte des mouvements de lib\u00e9ration d&rsquo;Afrique australe contre le colonialisme portugais et les r\u00e9gimes coloniaux blancs au Zimbabwe, en Namibie et dans le contexte de l\u2019apartheid en Afrique du Sud. Plusieurs de ces mouvements \u00e9taient bas\u00e9s en Tanzanie et b\u00e9n\u00e9ficiaient d&rsquo;un soutien total de l\u2019\u00c9tat et du parti au pouvoir de Nyerere. Le mouvement des droits civiques aux \u00c9tats-Unis \u00e9tait aussi \u00e0 son pinacle. Il y avait partout dans le monde des manifestations et des marches contre les bombardements massifs des \u00c9tats-Unis au Vietnam. En 1968, les \u00e9tudiants fran\u00e7ais avaient presque r\u00e9ussi \u00e0 renverser le gouvernement de De Gaulle. La Chine \u00e9tait au c\u0153ur de sa R\u00e9volution culturelle. Et partout ailleurs, se tenaient des d\u00e9bats v\u00e9h\u00e9ments sur le marxisme et la politique de la gauche en g\u00e9n\u00e9ral. Bref, la r\u00e9volution \u00e9tait \u00e0 son apog\u00e9e, comme l&rsquo;aurait dit Samir Amin.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est dans ce contexte que s&rsquo;est radicalis\u00e9 un petit groupe d&rsquo;\u00e9tudiants venus de toute l&rsquo;Afrique. Certains professeurs nous expos\u00e8rent \u00e0 une incroyable vari\u00e9t\u00e9 de litt\u00e9ratures radicales comme, entre autres, des auteurs tels que Frantz Fanon, C. L. R James, Kwame Nkrumah, Amilcar Cabral et bien s\u00fbr Marx, Engels, L\u00e9nine, Mao et des \u00e9crivains marxistes de diff\u00e9rentes \u00e9coles. Ces \u00e9tudiants form\u00e8rent ainsi leur c\u00e9l\u00e8bre organisation, le Front R\u00e9volutionnaire des \u00c9tudiants Africains de l&rsquo;Universit\u00e9 (USARF), qui publiait le magazine <em>Cheche<\/em>, \u00ab L&rsquo;\u00c9tincelle \u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;Iskra de L\u00e9nine et \u00e0 l\u2019\u00ab \u00c9tincelle \u00bb de Nkrumah.<\/p>\n\n\n\n<p>Durant ma troisi\u00e8me ann\u00e9e d&rsquo;\u00e9tudes de droit, <em>Cheche<\/em> publia mon essai, relativement long, intitul\u00e9 \u00ab Tanzanie : La silencieuse lutte des classes \u00bb, sous forme de num\u00e9ro sp\u00e9cial en septembre 1970. Il ne s&rsquo;agissait pas d\u2019un plaidoyer de classe ou d&rsquo;un exercice acad\u00e9mique. Ma motivation imm\u00e9diate est d\u00e9crite dans l&rsquo;introduction que je cite ci-dessous pour donner \u00e0 vos lecteurs le ton de l&rsquo;\u00e9poque :<\/p>\n\n\n\n<p>La situation actuelle en Tanzanie semble \u00e0 la fois confuse et d\u00e9concertante. Cela est d&rsquo;autant plus vrai qu\u2019aucune tentative d\u2019analyse scientifique de la formation socio-\u00e9conomique en Tanzanie n&rsquo;a encore \u00e9t\u00e9 faite. Le vide laiss\u00e9 par ce manque d&rsquo;analyse rigoureuse de la situation a laiss\u00e9 libre court au ph\u00e9nom\u00e8ne dangereux qui consiste \u00e0 substituer, \u00e0 ce vide, les platitudes, le verbiage ou la r\u00e9citation de slogans creux. [&#8230;] La psychologie ainsi que les attitudes et les d\u00e9clarations des uns et des autres sont de plus en plus consid\u00e9r\u00e9es comme plus importantes que les conditions mat\u00e9rielles concr\u00e8tes et objectives du peuple comme crit\u00e8re d&rsquo;\u00e9valuation des actions particuli\u00e8res. La vision \u00e0 long terme a \u00e9t\u00e9 rel\u00e9gu\u00e9e au second rang. &#8230; Les apparences passent pour la r\u00e9alit\u00e9 tandis que l\u2019analyse correcte de la r\u00e9alit\u00e9 est re\u00e7ue avec m\u00e9pris et ignorance sinon condamn\u00e9e comme &lsquo;doctrinaire&rsquo;. Le subjectivisme est sur le point de triompher !<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;essai a suscit\u00e9 un vif d\u00e9bat. Entre autres, Walter Rodney, Joh Saul, Thomas Szentes, Kassim Guruli et Justinian Rweyemamu contribu\u00e8rent aux discussions.<\/p>\n\n\n\n<p>Vous m\u2019avez aussi pos\u00e9 une question sur la recherche. \u00c0 cette \u00e9poque, le corps professoral de l&rsquo;universit\u00e9 faisait de la recherche fondamentale. Ce qui n&rsquo;\u00e9tait pas simplement une activit\u00e9 acad\u00e9mique. C&rsquo;\u00e9tait une recherche engag\u00e9e et d\u00e9termin\u00e9e visant \u00e0 comprendre la r\u00e9alit\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9ter afin de la changer. Ma propre recherche et mes publications ont \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9es par cette tradition.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Thiam, Garba et Ba<\/strong> : Votre long et s\u00e9rieux engagement avec des institutions qui ont jou\u00e9 des r\u00f4les essentiels dans la promotion des sciences sociales sur le continent africain, telles que l&rsquo;Universit\u00e9 de Dar es Salaam, l&rsquo;Universit\u00e9 Makerere, l&rsquo;Institut d&rsquo;\u00e9tudes africaines \u00e0 Accra l&rsquo;Universit\u00e9 du Ghana et le CODESRIA, fait de vous un t\u00e9moin privil\u00e9gi\u00e9 de l&rsquo;\u00e9volution de la recherche africaine. Pouvez-vous fournir des \u00e9clairages sur les moments historiques qui ont marqu\u00e9 les visions de ces institutions.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Professeur Shivji<\/strong> : Avec le recul, [on peut dire qu\u2019il] y a deux moments cruciaux dans la recherche et le d\u00e9veloppement des sciences sociales sur le continent&nbsp;: le moment nationaliste et le moment n\u00e9olib\u00e9ral. Il y a \u00e9galement eu le moment de transition entre les deux, celui des programmes d&rsquo;ajustement structurel et de ses diverses it\u00e9rations. Le moment nationaliste a engendr\u00e9 deux \u00e9coles : une bas\u00e9e sur des th\u00e9ories re\u00e7ues telles que la modernisation, et une autre enracin\u00e9e dans la r\u00e9action nationaliste. C\u2019est le cas de l&rsquo;\u00e9cole nationaliste d&rsquo;histoire, qui cherchait \u00e0 identifier et \u00e0 mettre en avant le sujet africain. Dans des institutions radicales comme le CODESRIA, la dimension panafricaine du nationalisme \u00e9tait un r\u00e9f\u00e9rent important, bien qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas toujours au premier plan. L\u2019\u00e9cole de la d\u00e9pendance et du sous-d\u00e9veloppement \u00e9tait bien pr\u00e9sente au sein de l&rsquo;\u00e9cole nationaliste, elle allait au-del\u00e0 de la simple recherche d&rsquo;une agenc\u00e9it\u00e9 africaine mais voulait d\u00e9crire l&rsquo;insertion du continent dans le syst\u00e8me capitaliste mondial. Il est important de souligner deux \u00e9l\u00e9ments relatifs \u00e0 cette \u00e9cole. Premi\u00e8rement, la perspective qu\u2019on y proposait \u00e9tait interdisciplinaire, essayant de franchir les fronti\u00e8res disciplinaires de la pens\u00e9e bourgeoise et coloniale. Deuxi\u00e8mement, dans ce contexte, la politique \u00e9tait, pour ainsi dire, primordiale, car les chercheurs radicaux et les universitaires engag\u00e9s [de cette \u00e9cole] n&rsquo;h\u00e9sitaient pas \u00e0 analyser et \u00e0 comprendre l&rsquo;imp\u00e9rialisme, sa nature et ses caract\u00e9ristiques.<\/p>\n\n\n\n<p>[Notons que] pendant le moment de transition, alors que nos universit\u00e9s \u00e9taient fortement attaqu\u00e9es par des donateurs et l\u2019universit\u00e9 occidentale dans le but de n\u00e9o-lib\u00e9raliser notre \u00e9ducation, le CODESRIA a jou\u00e9 un r\u00f4le fondamental en d\u00e9veloppant une robuste critique des programmes d&rsquo;ajustement structurel (SAPS) dans ses diverses manifestations.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, je dirais que pour comprendre comment la structure de nos institutions a \u00e9t\u00e9 fa\u00e7onn\u00e9e, nous ne devrions ni ignorer ou sous-estimer leurs sp\u00e9cificit\u00e9s historiques ni perdre de vue les tendances particuli\u00e8res et g\u00e9n\u00e9rales du processus d&rsquo;accumulation capitaliste et ses manifestations politiques au niveau global quoique celles-ci soient dissimul\u00e9es dans des id\u00e9ologies et des pratiques particuli\u00e8rement complexes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Thiam, Garba et Ba<\/strong> : Afin d\u2019aider les jeunes membres du corps professoral et la prochaine g\u00e9n\u00e9ration de chercheurs qui veulent comprendre l&rsquo;importance de ces institutions, pourriez-vous nous parler du r\u00f4le de celles-ci dans la mise en place d\u2019une tradition intellectuelle africaine au service d\u2019une transformation sociale progressiste ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Professor Shivji<\/strong> : Je tiens, avant tout, \u00e0 affirmer ceci : aussi importantes que soient les institutions, les id\u00e9es le sont encore plus. Ce sont les id\u00e9es qui d\u00e9terminent la forme des institutions, et non l&rsquo;inverse. Il est n\u00e9anmoins clair que les id\u00e9es doivent trouver un foyer. Et nos institutions d&rsquo;enseignement sup\u00e9rieur offrent sans aucun doute un lieu o\u00f9 les id\u00e9es peuvent \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9es, nourries, critiqu\u00e9es et d\u00e9fendues, o\u00f9 des probl\u00e8mes br\u00fblants peuvent \u00eatre identifi\u00e9s et th\u00e9oris\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Je dois cependant faire une mise en garde. Il n\u2019y a pas que les institutions acad\u00e9miques, qui adoptent le plus souvent une posture \u00e9litiste, qui produisent des id\u00e9es car les gens pensent. Les organisations de travailleurs en dehors de ces institutions produisent \u00e9galement des id\u00e9es, m\u00eame si cela ne se fait pas toujours de fa\u00e7on syst\u00e9matique et articul\u00e9e. Il est donc de notre responsabilit\u00e9, en tant qu&rsquo;intellectuels, d\u2019apprendre de ces id\u00e9es et de ces pratiques et de restituer syst\u00e9matiquement aux gens ce que nous recevons d&rsquo;eux de mani\u00e8re inarticul\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Thiam, Garba, et Ba<\/strong> : Nous sommes maintenant \u00e0 l\u2019\u00e8re du capitalisme \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale marqu\u00e9e par ce que l&rsquo;on appelle la 4<sup>e<\/sup> R\u00e9volution industrielle et son corollaire, la digitalisation de tous les aspects de la vie. Cette \u00e8re vient avec des d\u00e9fis cons\u00e9quents pour l\u2019immigration, la s\u00e9curit\u00e9 humaine, la d\u00e9mocratie, le capitalisme, et la compr\u00e9hension lib\u00e9rale des droits de l&rsquo;homme (quelque chose que vous avez critiqu\u00e9). Comment la recherche panafricaine peut-elle nous aider \u00e0 comprendre ce moment ? Quelles formes de luttes intellectuelles devons-nous mener ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Professeur Shivji<\/strong> : Permettez-moi tout d&rsquo;abord de dire que nous ne devrions pas \u00eatre hypnotis\u00e9s par de nouvelles terminologies et de nouvelles technologies &#8211; la digitalisation, l&rsquo;intelligence artificielle, etc. Nous devons les comprendre pleinement, bien s\u00fbr, mais nous devons \u00e9galement comprendre que l&rsquo;ordre social dominant g\u00e9n\u00e8re constamment de nouvelles formes de domination \u00e0 travers des technologies dures et molles accompagn\u00e9es de nouvelles formes d&rsquo;h\u00e9g\u00e9monies id\u00e9ologiques. Je ne suis toujours pas convaincu que la robotisation, la num\u00e9risation et l&rsquo;intelligence artificielle peuvent remplacer l\u2019agentivit\u00e9 humaine. Dans la robotisation et les technologies similaires, il y a le danger latent que la petite classe croissante de forces fascistes d\u00e9termin\u00e9es \u00e0 dominer le monde puisse se lancer, peut-\u00eatre le fait-elle d\u00e9j\u00e0, dans la robotisation (et la machinisation) des \u00eatres humains. C&rsquo;est cela que nous devons combattre de toutes nos forces et avec toute notre cr\u00e9ativit\u00e9 humaine. C&rsquo;est pourquoi la mise en place, dans nos universit\u00e9s, de programmes de recherche critiques dans les sciences humaines et sociales rev\u00eat une importance singuli\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette optique, je pense que nous devrions revendiquer et reconfigurer le panafricanisme en tant que perspective mondiale, en tant qu&rsquo;id\u00e9ologie, en tant que mouvement et en tant que cat\u00e9gorie de pens\u00e9e. A mon avis, le panafricanisme poss\u00e8de, dans l\u2019\u00e9lan de solidarit\u00e9 et les sentiments qui l\u2019animent, une dimension d&rsquo;humanit\u00e9 et un potentiel humanisant qui lui sont inh\u00e9rents. Osons aller au-del\u00e0 de l&rsquo;id\u00e9ologie des droits de l&rsquo;homme re\u00e7ue et de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale bas\u00e9e sur l&rsquo;individualisation des \u00eatres humains pour r\u00e9clamer une solidarit\u00e9 humaine \u00e9l\u00e9mentaire bas\u00e9e sur l&rsquo;ensemble humain. L&rsquo;humanit\u00e9 n&rsquo;est pas simplement une somme agr\u00e9g\u00e9e d&rsquo;individus abstraits ; au contraire, les individus sont une expression sp\u00e9cifique, concr\u00e8te, diverse et magnifique de l&rsquo;humanit\u00e9 dans son ensemble. Nous devons rompre les cha\u00eenes de la vision du monde bourgeoise qui nous emprisonnent dans nos conteneurs raciaux, tribaux, ethniques, religieux et confessionnels. Nous faisons partie de l&rsquo;humanit\u00e9 toute enti\u00e8re, et l&rsquo;humanit\u00e9 vit en chacun de nous.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Thiam, Garba et Ba<\/strong> : En guise de conclusion, quels sont vos derniers mots&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Professeur Shivji<\/strong> : \u00c0 la lumi\u00e8re de ce que je viens de dire, je pense que notre t\u00e2che d\u2019aujourd&rsquo;hui est de lancer une insurrection d&rsquo;id\u00e9es panafricaines. Il faut avant tout mettre en \u00e9vidence le potentiel \u00e9mancipateur et humanisant du panafricanisme. Nous avons besoin d&rsquo;une recherche reg\u00e9n\u00e9r\u00e9e, d&rsquo;une recherche audacieuse, et non d&rsquo;une recherche qui r\u00e9gurgite. Notre recherche doit \u00eatre ancr\u00e9e dans une recherche fondamentale solide, loin du syndrome de la consultation superficielle. Notre recherche doit \u00eatre pr\u00eate et confiante pour ouvrir de nouvelles voies th\u00e9oriques. Enfin, nos universitaires et intellectuels doivent \u00eatre pr\u00eats \u00e0 d\u00e9fier les pouvoirs en place, c&rsquo;est-\u00e0-dire, dire la v\u00e9rit\u00e9 au pouvoir.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":26792,"template":"","meta":[],"series-categories":[1351],"cat-articles":[1143],"keywords":[],"ppma_author":[422,491,493,540],"class_list":["post-26793","series-issues","type-series-issues","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","series-categories-numero-4","cat-articles-champ","author-mame-penda-ba-fr","author-faisal-garba-fr","author-issa-shivji-fr","author-cheikh-thiam-fr"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.6 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Notre t\u00e2che d\u2019aujourd&#039;hui est de lancer une insurrection d&#039;id\u00e9es panafricaines | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-4\/notre-tache-daujourdhui-est-de-lancer-une-insurrection-didees-panafricaines\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Notre t\u00e2che d\u2019aujourd&#039;hui est de lancer une insurrection d&#039;id\u00e9es panafricaines | Global Africa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Thiam, Garba et Ba : Prof. Shivji, vous \u00eates une \u00e9minente figure des \u00e9tudes africaines, discipline vou\u00e9e \u00e0 la transformation sociale. 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Le campus \u00e9tait anim\u00e9, avec des d\u00e9bats et des discussions, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et en dehors des salles de classe, sur le socialisme et le r\u00f4le de l&rsquo;universit\u00e9 et des intellectuels dans le processus politique de l\u2019\u00e9poque. Il est important de noter que ces d\u00e9bats se d\u00e9roulaient dans un contexte international marqu\u00e9 par des luttes \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale. Il y avait la lutte des mouvements de lib\u00e9ration d&rsquo;Afrique australe contre le colonialisme portugais et les r\u00e9gimes coloniaux blancs au Zimbabwe, en Namibie et dans le contexte de l\u2019apartheid en Afrique du Sud. Plusieurs de ces mouvements \u00e9taient bas\u00e9s en Tanzanie et b\u00e9n\u00e9ficiaient d&rsquo;un soutien total de l\u2019\u00c9tat et du parti au pouvoir de Nyerere. Le mouvement des droits civiques aux \u00c9tats-Unis \u00e9tait aussi \u00e0 son pinacle. Il y avait partout dans le monde des manifestations et des marches contre les bombardements massifs des \u00c9tats-Unis au Vietnam. En 1968, les \u00e9tudiants fran\u00e7ais avaient presque r\u00e9ussi \u00e0 renverser le gouvernement de De Gaulle. La Chine \u00e9tait au c\u0153ur de sa R\u00e9volution culturelle. Et partout ailleurs, se tenaient des d\u00e9bats v\u00e9h\u00e9ments sur le marxisme et la politique de la gauche en g\u00e9n\u00e9ral. Bref, la r\u00e9volution \u00e9tait \u00e0 son apog\u00e9e, comme l&rsquo;aurait dit Samir Amin. C&rsquo;est dans ce contexte que s&rsquo;est radicalis\u00e9 un petit groupe d&rsquo;\u00e9tudiants venus de toute l&rsquo;Afrique. Certains professeurs nous expos\u00e8rent \u00e0 une incroyable vari\u00e9t\u00e9 de litt\u00e9ratures radicales comme, entre autres, des auteurs tels que Frantz Fanon, C. L. R James, Kwame Nkrumah, Amilcar Cabral et bien s\u00fbr Marx, Engels, L\u00e9nine, Mao et des \u00e9crivains marxistes de diff\u00e9rentes \u00e9coles. Ces \u00e9tudiants form\u00e8rent ainsi leur c\u00e9l\u00e8bre organisation, le Front R\u00e9volutionnaire des \u00c9tudiants Africains de l&rsquo;Universit\u00e9 (USARF), qui publiait le magazine Cheche, \u00ab L&rsquo;\u00c9tincelle \u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;Iskra de L\u00e9nine et \u00e0 l\u2019\u00ab \u00c9tincelle \u00bb de Nkrumah. Durant ma troisi\u00e8me ann\u00e9e d&rsquo;\u00e9tudes de droit, Cheche publia mon essai, relativement long, intitul\u00e9 \u00ab Tanzanie : La silencieuse lutte des classes \u00bb, sous forme de num\u00e9ro sp\u00e9cial en septembre 1970. Il ne s&rsquo;agissait pas d\u2019un plaidoyer de classe ou d&rsquo;un exercice acad\u00e9mique. Ma motivation imm\u00e9diate est d\u00e9crite dans l&rsquo;introduction que je cite ci-dessous pour donner \u00e0 vos lecteurs le ton de l&rsquo;\u00e9poque : La situation actuelle en Tanzanie semble \u00e0 la fois confuse et d\u00e9concertante. Cela est d&rsquo;autant plus vrai qu\u2019aucune tentative d\u2019analyse scientifique de la formation socio-\u00e9conomique en Tanzanie n&rsquo;a encore \u00e9t\u00e9 faite. Le vide laiss\u00e9 par ce manque d&rsquo;analyse rigoureuse de la situation a laiss\u00e9 libre court au ph\u00e9nom\u00e8ne dangereux qui consiste \u00e0 substituer, \u00e0 ce vide, les platitudes, le verbiage ou la r\u00e9citation de slogans creux. [&#8230;] La psychologie ainsi que les attitudes et les d\u00e9clarations des uns et des autres sont de plus en plus consid\u00e9r\u00e9es comme plus importantes que les conditions mat\u00e9rielles concr\u00e8tes et objectives du peuple comme crit\u00e8re d&rsquo;\u00e9valuation des actions particuli\u00e8res. La vision \u00e0 long terme a \u00e9t\u00e9 rel\u00e9gu\u00e9e au second rang. &#8230; Les apparences passent pour la r\u00e9alit\u00e9 tandis que l\u2019analyse correcte de la r\u00e9alit\u00e9 est re\u00e7ue avec m\u00e9pris et ignorance sinon condamn\u00e9e comme &lsquo;doctrinaire&rsquo;. Le subjectivisme est sur le point de triompher ! L&rsquo;essai a suscit\u00e9 un vif d\u00e9bat. Entre autres, Walter Rodney, Joh Saul, Thomas Szentes, Kassim Guruli et Justinian Rweyemamu contribu\u00e8rent aux discussions. Vous m\u2019avez aussi pos\u00e9 une question sur la recherche. \u00c0 cette \u00e9poque, le corps professoral de l&rsquo;universit\u00e9 faisait de la recherche fondamentale. Ce qui n&rsquo;\u00e9tait pas simplement une activit\u00e9 acad\u00e9mique. C&rsquo;\u00e9tait une recherche engag\u00e9e et d\u00e9termin\u00e9e visant \u00e0 comprendre la r\u00e9alit\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9ter afin de la changer. Ma propre recherche et mes publications ont \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9es par cette tradition. Thiam, Garba et Ba : Votre long et s\u00e9rieux engagement avec des institutions qui ont jou\u00e9 des r\u00f4les essentiels dans la promotion des sciences sociales sur le continent africain, telles que l&rsquo;Universit\u00e9 de Dar es Salaam, l&rsquo;Universit\u00e9 Makerere, l&rsquo;Institut d&rsquo;\u00e9tudes africaines \u00e0 Accra l&rsquo;Universit\u00e9 du Ghana et le CODESRIA, fait de vous un t\u00e9moin privil\u00e9gi\u00e9 de l&rsquo;\u00e9volution de la recherche africaine. Pouvez-vous fournir des \u00e9clairages sur les moments historiques qui ont marqu\u00e9 les visions de ces institutions.&nbsp; Professeur Shivji : Avec le recul, [on peut dire qu\u2019il] y a deux moments cruciaux dans la recherche et le d\u00e9veloppement des sciences sociales sur le continent&nbsp;: le moment nationaliste et le moment n\u00e9olib\u00e9ral. Il y a \u00e9galement eu le moment de transition entre les deux, celui des programmes d&rsquo;ajustement structurel et de ses diverses it\u00e9rations. Le moment nationaliste a engendr\u00e9 deux \u00e9coles : une bas\u00e9e sur des th\u00e9ories re\u00e7ues telles que la modernisation, et une autre enracin\u00e9e dans la r\u00e9action nationaliste. C\u2019est le cas de l&rsquo;\u00e9cole nationaliste d&rsquo;histoire, qui cherchait \u00e0 identifier et \u00e0 mettre en avant le sujet africain. Dans des institutions radicales comme le CODESRIA, la dimension panafricaine du nationalisme \u00e9tait un r\u00e9f\u00e9rent important, bien qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas toujours au premier plan. 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Vous \u00eates la mat\u00e9rialisation du mouvement progressiste dans son engagement pour la dignit\u00e9 africaine (et humaine). Comment d\u00e9finiriez-vous\/d\u00e9cririez-vous\/situeriez-vous votre formation, vos recherches et votre engagement pour la recherche africaine ? Professeur Shivji : J&rsquo;ai int\u00e9gr\u00e9 l&rsquo;Universit\u00e9 de Dar es Salaam, qui \u00e9tait alors un coll\u00e8ge universitaire de l&rsquo;Universit\u00e9 de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Est, en 1967. Nous \u00e9tions la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 int\u00e9grer l\u2019universit\u00e9 apr\u00e8s la D\u00e9claration d&rsquo;Arusha. Comme vous le savez, la D\u00e9claration d&rsquo;Arusha sur le socialisme et l&rsquo;autosuffisance \u00e9tait la feuille de route du parti au pouvoir dans son projet de construire un pays socialiste sous Julius Nyerere. Le campus \u00e9tait anim\u00e9, avec des d\u00e9bats et des discussions, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et en dehors des salles de classe, sur le socialisme et le r\u00f4le de l&rsquo;universit\u00e9 et des intellectuels dans le processus politique de l\u2019\u00e9poque. Il est important de noter que ces d\u00e9bats se d\u00e9roulaient dans un contexte international marqu\u00e9 par des luttes \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale. Il y avait la lutte des mouvements de lib\u00e9ration d&rsquo;Afrique australe contre le colonialisme portugais et les r\u00e9gimes coloniaux blancs au Zimbabwe, en Namibie et dans le contexte de l\u2019apartheid en Afrique du Sud. Plusieurs de ces mouvements \u00e9taient bas\u00e9s en Tanzanie et b\u00e9n\u00e9ficiaient d&rsquo;un soutien total de l\u2019\u00c9tat et du parti au pouvoir de Nyerere. Le mouvement des droits civiques aux \u00c9tats-Unis \u00e9tait aussi \u00e0 son pinacle. 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