{"id":26750,"date":"2024-03-20T09:43:41","date_gmt":"2024-03-20T09:43:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/la-crise-au-congo-une-introduction-historique\/"},"modified":"2026-05-09T16:20:09","modified_gmt":"2026-05-09T16:20:09","slug":"la-crise-au-congo-une-introduction-historique","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-5\/la-crise-au-congo-une-introduction-historique\/","title":{"rendered":"La crise au Congo, une introduction historique"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Mame-Penda BA<\/strong>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis quelques semaines, des combats meurtriers entre le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mouvement_du_23_mars\">Mouvement du 23-Mars<\/a> (M23), groupe rebelle congolais, et les forces gouvernementales congolaises se sont intensifi\u00e9s \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de Goma, dans l\u2019est de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (RDC). Qu\u2019est-ce qui se joue dans ces affrontements&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Toussaint M. Kafarhire&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il est tout d\u2019abord important de comprendre que ce Mouvement du 23-Mars n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 un groupe rebelle congolais. En le pr\u00e9sentant ainsi, on m\u00e9lange les faits, on embrouille l\u2019opinion publique internationale, et on pose mal le probl\u00e8me lorsqu\u2019on parle des groupes arm\u00e9s au Congo. Il est important que notre langage refl\u00e8te v\u00e9ritablement la r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019il exprime. Quand on parle de r\u00e9bellion, il s\u2019agit d\u2019un groupe interne qui fait dissidence et se r\u00e9volte contre le gouvernement central. Or, les soi-disant \u00ab&nbsp;rebelles&nbsp;\u00bb du M23 ne sont pas congolais \u00e0 la base. Comme le Rassemblement congolais pour la d\u00e9mocratie (RCD) et le Congr\u00e8s national pour la d\u00e9fense du peuple (CNDP), ses anc\u00eatres, ils proviennent du Rwanda. Ce sont des \u00e9l\u00e9ments de l\u2019arm\u00e9e rwandaise envoy\u00e9s en RDC qui re\u00e7oivent l\u2019appui des drones et le ravitaillement en armes par le Rwanda. Il s\u2019agit d\u2019une coalition entre Rwandais et Ougandais pour continuer \u00e0 contr\u00f4ler les ressources naturelles \u00e0 l\u2019est du pays.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mame-Penda Ba<\/strong>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu\u2019o\u00f9 faudrait-il remonter pour comprendre les enjeux de ce qui se passe en ce moment dans cette r\u00e9gion&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Toussaint M. Kafarhire&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je dirais \u00e0 partir des ann\u00e9es&nbsp;1990-1991, avec la fin de la guerre froide et les changements de la g\u00e9opolitique internationale. Lorsque la guerre froide cesse, les \u00c9tats-Unis, qui avaient beaucoup utilis\u00e9 le pr\u00e9sident <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mobutu_Sese_Seko\">Mobutu<\/a>, comprennent qu\u2019ayant fait son temps, il ne s\u2019adapterait pas au <em>n\u00e9olib\u00e9ralisme<\/em> montant et que, de plus, il \u00e9tait malade. Il \u00e9tait donc temps de le remplacer par quelqu\u2019un d\u2019autre, un jeune leader de la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces changements \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale au d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;1990 ont aussi pouss\u00e9 \u00e0 lib\u00e9raliser l\u2019espace politique au Congo (<a href=\"https:\/\/www.jeuneafrique.com\/554332\/politique\/ce-jour-la-le-24-avril-1990-mobutu-annonce-les-larmes-aux-yeux-le-tournant-du-multipartisme\/\">discours de Mobutu le 24&nbsp;avril 1990<\/a>). D\u00e8s lors, nous sommes entr\u00e9s dans une saga qui n\u2019est pas encore termin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1986, il y a eu un coup d\u2019\u00c9tat en Ouganda avec l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Yoweri_Museveni\">Yoweri Museveni<\/a>. Celui-ci a d\u00fb passer par une r\u00e9bellion. Les <a href=\"https:\/\/francegenocidetutsi.org\/GuichaouaRefugiesRwandaisHcr5Mai1992.pdf\">r\u00e9fugi\u00e9s rwandais tutsi<\/a>, pr\u00e9sents en Ouganda depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;1960, ont particip\u00e9 \u00e0 cette guerre pour aider Museveni \u00e0 acc\u00e9der au pouvoir. Il a ensuite fallu partager le butin de guerre. Ainsi, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Paul_Kagame\">Paul Kagame<\/a> et les Tutsi venus du Rwanda, deviennent ministres dans le gouvernement de l\u2019Ouganda et occup\u00e8rent d\u2019autres postes importants jusqu\u2019\u00e0 ce que la population ougandaise s\u2019insurge et refuse qu\u2019elle soit dirig\u00e9e par des r\u00e9fugi\u00e9s \u00e9trangers.. Museveni et Kagame optent pour une autre strat\u00e9gie, celle d\u2019aider ces r\u00e9fugi\u00e9s Tutsi en Ouganda \u00e0 reconqu\u00e9rir le pouvoir au Rwanda.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut se rappeler que le g\u00e9nocide de 1994 se d\u00e9roule dans ce contexte de changement g\u00e9opolitique et g\u00e9ostrat\u00e9gique important. Une <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Guerre_civile_rwandaise#:~:text=Cette%20guerre%20civile%20voire%20ethnique,du%20pays%20par%20le%20FPR.\">guerre civile rwandaise <\/a>avait commenc\u00e9 en octobre&nbsp;1990. Les anciens r\u00f4les et les anciennes alliances se d\u00e9font. L\u2019occident ne parle plus d\u2019une m\u00eame voix sur les questions africaines. La France va progressivement perdre son influence dans la r\u00e9gion tandis que les rebelles venus de l\u2019Ouganda b\u00e9n\u00e9ficient du soutien des Etats-Unis et de la Grande Bretagne. Pendant quatre ans, toutes les formes de combats possible ont \u00e9merg\u00e9es&nbsp;: des escarmouches, des batailles, des gu\u00e9rillas. A la demande de la pr\u00e9sidence fran\u00e7aise, Fran\u00e7ois Mitterrand, Mobutu envoie des troupes za\u00efroises pour \u00e9pauler l\u2019ancien r\u00e9gime rwandais. Cependant, le g\u00e9nocide n\u2019a eu lieu qu\u2019en 1994, soit quatre ans apr\u00e8s le d\u00e9but de la guerre civile au Rwanda.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En tant qu\u2019intellectuels ou personnes soucieuses de l\u2019avenir de l\u2019Afrique, il y a des questions qui sont cruciales et critiques, et que nous devrions nous poser. Pourquoi le g\u00e9nocide rwandais a-t-il pr\u00e9cis\u00e9ment eu lieu en 1994&nbsp;? Des questions sont rest\u00e9es non r\u00e9solues, sinon brouill\u00e9es \u00e0 dessein, par la volont\u00e9 de puissance Am\u00e9ricaine. Mais comme disait le philosophe Camerounais, Fabien Eboussi Boulaga, le g\u00e9nocide Rwandais est une m\u00e9taphore ou une m\u00e9tonymie pour l\u2019Afrique. Car ce qui s\u2019est pass\u00e9 l\u00e0-bas nous concerne. Et nous devons donc apprendre \u00e0 penser l\u2019impensable. La pr\u00e9carit\u00e9 de nos conditions de vie et l\u2019arbitraire de nos politiques peuvent nous surprendre en nous projetant, soudainement, dans ce genre de violence \u00e0 n\u2019importe quel moment. Nul n\u2019est \u00e0 l\u2019abri de la folie des grandeurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour en revenir au Za\u00efre (actuelle RDC), nous avons tergivers\u00e9 pendant sept ans (1990-1997) avant d\u2019aller vraiment vers un r\u00e9gime d\u00e9mocratique. Sept longues ann\u00e9es de transition durant laquelle aura lieu le g\u00e9nocide au Rwanda en 1994. Un flux \u00e9norme de r\u00e9fugi\u00e9s rwandais qui fuient la guerre dans leur pays pour chercher refuge au Za\u00efre. Ils sont estim\u00e9s \u00e0 deux&nbsp;millions. Ces r\u00e9fugi\u00e9s n\u2019\u00e9taient pas seulement des civils, mais aussi des membres de l\u2019ancien gouvernement d\u00e9chu du Rwanda. Des combattants arrivaient avec leur argent, leurs armes\u2026 et se m\u00e9langeaient aux civils \u00e0 l\u2019est du Za\u00efre, \u00e0 Bukavu et \u00e0 Goma. Kigali, avec \u00e0 sa t\u00eate Paul Kagame, consid\u00e8re que la guerre n\u2019est pas termin\u00e9e, car les personnes qui sont repli\u00e9es dans les pays frontaliers peuvent toujours se r\u00e9organiser pour revenir faire la guerre. Paul Kagame va entamer des pourparlers avec les Nations unies pour demander que soit cr\u00e9\u00e9e une zone tampon entre la fronti\u00e8re du Rwanda et les camps des r\u00e9fugi\u00e9s. Devant l\u2019inaction de la communaut\u00e9 internationale, il d\u00e9cide d\u2019envahir cette r\u00e9gion du Za\u00efre et de s\u2019occuper lui-m\u00eame de la question des r\u00e9fugi\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Pr\u00e9sident Paul Kagame va alors d\u00e9cider d\u2019envahir le Za\u00efre pour soi-disant s\u2019occuper, officiellement, d\u2019\u00e9loigner les r\u00e9fugi\u00e9s des fronti\u00e8res avec le Rwanda. Il y a un excellent documentaire du r\u00e9alisateur belge Thierry Michel qui s\u2019appelle \u201cL\u2019empire du silence\u201d. Une sc\u00e8ne y raconte le sort de ces r\u00e9fugi\u00e9s hutus qui sont venus au Za\u00efre. Kagame et ses allies vont envahir le Za\u00efre, les poursuivre partout sur le territoire. Ces derniers devront marcher des centaines et des milliers de kilom\u00e8tres \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du Za\u00efre pour se retrouver dans la for\u00eat \u00e9quatoriale \u00e0 pied, cherchant refuge en R\u00e9publique centrafricaine ou au Congo Brazzaville. La plupart d\u2019entre eux mourront en cours de route. On a estim\u00e9 \u00e0 <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-population-2005-4-page-401.htm\">environ 300 000<\/a>, les personnes qui vont \u00eatre massacr\u00e9es ou qui vont mourir de faim et d\u2019\u00e9puisement au cours de ce p\u00e9riple.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Kabila p\u00e8re n&rsquo;\u00e9tait pas pr\u00e9vu de devenir pr\u00e9sident du Za\u00efre apr\u00e8s la victoire \u00e0 Kinshasa et la fuite de Mobutu, mais comme il \u00e9tait porte-parole des rebelles et des pays \u00e9trangers qui ont envahi le Congo, donc l&rsquo;interface avec le monde ext\u00e9rieur, les m\u00e9dias et la communaut\u00e9 congolaise, il a profit\u00e9 de cette carte pour s&rsquo;autoproclamer pr\u00e9sident aussit\u00f4t arriv\u00e9 \u00e0 Kinshasa et cela a pris de court ses mentors. Du coup le Rwanda, l\u2019Ouganda et le Burundi se sont retrouv\u00e9s devant le fait accompli et ils devaient r\u00e9imaginer tr\u00e8s vite une politique de reconqu\u00eate. Ils acceptent Kabila devenu pr\u00e9sident par effraction. Cependant, le chef d\u2019\u00c9tat-major qui supervisait toute l\u2019arm\u00e9e za\u00efroise \u00e0 l\u2019\u00e9poque, <a href=\"https:\/\/mbote.cd\/actualites\/politique\/guerre-dans-lest-de-la-rdc-james-kabarebe-identifie-comme-concepteur-et-coordonnateur-des-operations-militaires-de-m23onu\/137078\/\">James Kabarebe<\/a> \u00e9tait un rwandais, exil\u00e9 en Ouganda. De m\u00eame, tous les autres chefs de l\u2019arm\u00e9e \u00e9taient rwandais ou ougandais. Pourtant, en arrivant au Congo, presque tous se faisaient passer pour des Congolais.<\/p>\n\n\n\n<p>De mai 1997 jusqu\u2019en juillet 1998, Laurent D\u00e9sir\u00e9 Kabila a essay\u00e9 de g\u00e9rer le Za\u00efre qu\u2019il venait de renommer R\u00e9publique D\u00e9mocratique du Congo (RDC). Il apprit de ses services secrets que ses mentors d\u2019hier voulaient l&rsquo;\u00e9liminer pour le remplacer avec quelqu\u2019un de plus docile &#8211; et pour cause, sa fibre nationaliste qui lui est revenue aussit\u00f4t qu\u2019il prit le pouvoir. Il refuse d\u2019honorer les contrats sur l\u2019exploitation des ressources mini\u00e8res qu\u2019ils avaient sign\u00e9s avec l\u2019Occident quand il \u00e9tait chef rebelle. Il prit la d\u00e9cision de renvoyer ses mentors rwandais, ougandais et autres dans leurs pays d\u2019origine, en disant que le peuple Congolais allait leur t\u00e9moigner de sa reconnaissance pour l\u2019avoir aid\u00e9 \u00e0 se d\u00e9barrasser du dictateur Mobutu. Les Rwandais, Ougandais et Burundais prennent la route pour quitter Kinshasa et retourner chez eux le 31 juillet 1998. Mais \u00e0 peine arriv\u00e9s \u00e0 Kigali, ils ont fait un demi-tour pour aller atterrir \u00e0 Goma et y proclamer une nouvelle r\u00e9bellion sous l\u2019appellation Rassemblement Congolais pour la D\u00e9mocratie (RCD). Cette seconde guerre commenc\u00e9e le 02 ao\u00fbt de la m\u00eame ann\u00e9e, conduira \u00e0 ce que certains analystes appelleront la premi\u00e8re guerre mondiale africaine, \u00e0 cause du nombre des pays qui vont \u00eatre impliqu\u00e9s, qui pour soutenir le gouvernement central, contre l\u2019agression de la coalition Rwando-Ougando-Burundaise qui contr\u00f4lera l\u2019est du pays pendant au moins 5 ans, de 1998 \u00e0 2003.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mame-Penda BA&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce que cela implique quand un groupe rebelle contr\u00f4le une r\u00e9gion&nbsp;? Notamment pour les populations&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Toussaint M. Kafarhire&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Concr\u00e8tement, cela veut dire que le gouvernement central \u00e0 Kinshasa n\u2019avait pas d\u2019acc\u00e8s sur ses territoires. La partie occidentale du pays, o\u00f9 se trouve la capitale Kinshasa, n\u2019a aucune relation directe avec la partie orientale contr\u00f4l\u00e9e par les rebelles (pas d\u2019\u00e9changes ni de libre circulation ou vols d\u2019avions etc.). Les rebelles contr\u00f4lent tout : ils ont un gouvernement, une arm\u00e9e locale qui impose l\u2019ordre et la loi ; ils pr\u00e9l\u00e8vent des taxes sur les populations et contr\u00f4lent aussi l\u2019exploitation des ressources naturelles.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mame-Penda BA<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Quelle est la suite des \u00e9v\u00e9nements&nbsp;? On sait que Kabila p\u00e8re sera quand m\u00eame assassin\u00e9 et remplac\u00e9 par son fils Joseph Kabila.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Toussaint M. Kafarhire&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Kabila p\u00e8re est assassin\u00e9 le 16&nbsp;janvier 2001 dans son bureau, mais pour \u00e9viter que le pays ne sombre dans le chaos, il y a eu un consensus pour introniser rapidement Joseph Kabila, fils de Laurent-D\u00e9sir\u00e9 Kabila. Joseph Kabila repr\u00e9sentait en quelque sorte le trait d\u2019union r\u00e9conciliateur entre les int\u00e9r\u00eats nationaux d\u2019une part, et les int\u00e9r\u00eats \u00e9trangers, aussi bien r\u00e9gionaux qu\u2019internationaux, d\u2019autre part. Des enqu\u00eates ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es sur l\u2019assassinat de Kabila p\u00e8re, cependant un flou artistique a \u00e9t\u00e9 maintenu autour de sa disparition.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2001, Joseph Kabila acc\u00e8de au pouvoir tr\u00e8s jeune, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 29&nbsp;ans. On comprend qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 choisi pour \u00eatre un simple figurant. Entre 2001 et 2003, des pourparlers d\u00e9butent pour sortir d\u2019une longue guerre meurtri\u00e8re. Ce dialogue inclut les principaux groupes rebelles. La r\u00e9bellion avait de facto balkanis\u00e9 la RDC. Si en 1996, l\u2019Ouganda, le Rwanda et le Burundi constituent une coalition qui envahit le Za\u00efre, en 1999 \u00e0 Kisangani, un affrontement \u00e9clate entre l\u2019arm\u00e9e du Rwanda et celle de l\u2019Ouganda pour le contr\u00f4le des mines de diamants du Congo. Le RCD se scinde alors en deux&nbsp;: le RCD-Goma, soutenu par le Rwanda, et le RCD-Kisangani, dirig\u00e9 par <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ernest_Wamba_dia_Wamba\">Ernest Wamba dia Wamba<\/a>. \u00c0&nbsp;c\u00f4t\u00e9, il y a le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mouvement_de_Lib%C3%A9ration_du_Congo\">Mouvement de lib\u00e9ration du Congo<\/a> (MLC) de Jean-Pierre Bemba soutenu par l\u2019Ouganda.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En 2003, les <a href=\"https:\/\/medialibrary.uantwerpen.be\/oldcontent\/container2143\/files\/Publications\/Annuaire\/2003-2004\/06-rashidi.pdf\">n\u00e9gociations de Pretoria faisant suite \u00e0 la signature de Sun City<\/a> en Afrique du Sud ram\u00e8nent tous ces mouvements rebelles vers un accord global et inclusif, dont la coalition \u00e0 Kinshasa va diriger le pays avec quatre vice-pr\u00e9sidents issus de diff\u00e9rents groupes rebelles, de l\u2019opposition politique, et d\u2019un pr\u00e9sident provenant du gouvernement central. Ainsi, ce n\u2019est plus un gouvernement pour le peuple mais un gouvernement pour le partage du butin.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mame-Penda BA<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comment fonctionnait ce gouvernement&nbsp;\u00e0 vice-pr\u00e9sidents ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Toussaint M. Kafarhire&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les quatre vice-pr\u00e9sidents vont repr\u00e9senter ces diff\u00e9rents mouvements rebelles et les partis de l\u2019opposition non arm\u00e9e du Congo. Kabila fils va jouer le r\u00f4le de chef. L\u2019important pour eux \u00e9tait de se trouver l\u00e0 o\u00f9 les d\u00e9cisions se prennent pour continuer \u00e0 s\u00e9curiser leurs int\u00e9r\u00eats sur le terrain.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce gouvernement a \u00e9t\u00e9 mis en place pour apaiser et faire taire les armes, mais pas pour r\u00e9soudre les probl\u00e8mes de fond des Congolais. En revanche, le point positif est la r\u00e9daction d\u2019une nouvelle constitution qui sera soumise au r\u00e9f\u00e9rendum populaire en d\u00e9cembre&nbsp;2005, vot\u00e9e et adopt\u00e9e en 2006. Cela va permettre d\u2019organiser les premi\u00e8res \u00e9lections d\u00e9mocratiques depuis l\u2019ind\u00e9pendance. Kabila sera \u00e9lu d\u00e9mocratiquement pour cinq ans (2006-2011). Avec cette nouvelle l\u00e9gitimit\u00e9, le gouvernement provisoire des quatre vice-pr\u00e9sidents prend fin en 2006.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2011, Kabila va \u00e0 nouveau organiser des \u00e9lections et obtenir un second mandat jusqu\u2019en 2016. Mais en&nbsp;2015, il commence \u00e0 tergiverser pour se maintenir au pouvoir comme un peu partout en Afrique, et la population va descendre dans la rue pour manifester son d\u00e9saccord. Beaucoup vont \u00eatre tu\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Maintenant, nous avons une jeunesse qui, avec toutes ces crises politiques, est suffisamment form\u00e9e \u00e0 la politique. La conscience politique qui se met peu \u00e0 peu en place fait que les Congolais d\u2019aujourd\u2019hui commencent \u00e0 s\u2019int\u00e9resser de pr\u00e8s \u00e0 la question politique, ce qui n\u2019\u00e9tait pas le cas sous Mobutu car ce domaine \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 une petite \u00e9lite. En effet, pendant la dictature de Mobutu, personne ne parlait de politique. Cela, je pense, Mobutu l\u2019avait lui-m\u00eame h\u00e9rit\u00e9 de l\u2019\u00e9poque coloniale, car pendant la colonisation belge, contrairement aux autres pays, l\u2019autochtone congolais n\u2019avait pas le droit de se m\u00ealer des questions politiques. On le distrayait avec les questions culturelles, \u00e9conomiques ou sociales. Ainsi, la culture politique est une chose tr\u00e8s r\u00e9cente.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour revenir sur les cycles \u00e9lectoraux depuis 2006, c\u2019est finalement en 2018 que vont se tenir les \u00e9lections qui am\u00e8neront F\u00e9lix Tshisekedi au pouvoir. Cependant, tout le monde savait que ce n\u2019\u00e9tait pas lui le vainqueur mais que c\u2019\u00e9tait un accord pass\u00e9 avec Kabila vu qu\u2019il \u00e9tait moins radical que Martin Fayulu. Kabila avait un bilan catastrophique apr\u00e8s ses dix-huit ans pass\u00e9s au pouvoir. Il s\u2019est extr\u00eamement enrichi et la population s\u2019est \u00e9norm\u00e9ment appauvrie. Sur le plan s\u00e9curitaire, les guerres ont continu\u00e9 malgr\u00e9 la pr\u00e9sence depuis 1999 au Congo des observateurs pour la paix des Nations unies, qui n\u2019ont d\u2019ailleurs jamais r\u00e9ussi \u00e0 vraiment l\u2019instaurer. La plupart se transforment en dealers bradant les minerais et les font sortir du pays.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mame-Penda BA<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi F\u00e9lix Tshisekedi \u00e9tait la meilleure option pour Kabila fils&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Toussaint M. Kafarhire&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;1980, \u00c9tienne Tshisekedi \u00e9tait un opposant de Mobutu. Il \u00e9tait la figure de proue de l\u2019opposition za\u00efroise, et est devenu un h\u00e9ros aux yeux de la population za\u00efroise car personne n\u2019osait d\u00e9fier la dictature de Mobutu \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Lors des \u00e9lections de 2011, \u00c9tienne Tshisekedi \u00e9tait l\u2019opposant de Kabila. Il soutint qu\u2019il aurait gagn\u00e9 les \u00e9lections et s\u2019autoproclama pr\u00e9sident. Kabila l\u2019assigna en r\u00e9sidence surveill\u00e9e. En 2017, il meurt en Belgique et Kabila refuse de rapatrier son corps pour ses fun\u00e9railles, craignant que le retour de la d\u00e9pouille de ce h\u00e9ros national ne lui fasse de l\u2019ombre, alors qu\u2019il traverse une p\u00e9riode politiquement tr\u00e8s difficile.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque nous avons organis\u00e9 les \u00e9lections en 2018, un homme sorti de nulle part, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Martin_Fayulu\">Martin Fayulu<\/a>,<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Martin_Fayulu\"> <\/a>a \u00e9t\u00e9 pl\u00e9biscit\u00e9 comme candidat unique de l\u2019opposition pour \u00e9viter que Kabila ne gagne de mani\u00e8re frauduleuse. Le dauphin que Kabila s\u2019\u00e9tait choisi fut un homme sans grande consistance politique, qui fut battu \u00e0 plate couture pendant les \u00e9lections. Sa d\u00e9faite \u00e9tait tellement patente que le pr\u00e9sident sortant ne pouvait pas jouer autrement. Connaissant le radicalisme de celui qui avait gagn\u00e9 les \u00e9lections et qui risquait d\u2019ouvrir des proc\u00e8s en justice contre les membres du gouvernement sortant pour abus et enrichissement illicite, Kabila se dit qu\u2019il serait mieux de passer un accord avec celui qui arriverait deuxi\u00e8me ou troisi\u00e8me, en l\u2019occurrence F\u00e9lix Tshisekedi, le fils de l\u2019opposant historique. Connaissant l\u2019histoire politique de son p\u00e8re, la popularit\u00e9 de son parti politique, il s\u2019arrange pour lui remettre le pouvoir. Et puisque tout le monde est avide de pouvoir, Tshisekedi en profite pour inscrire le nom de sa famille parmi les pr\u00e9sidents de la RDC.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mame Penda BA<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>F\u00e9lix Tshisekedi vient d\u2019obtenir un deuxi\u00e8me mandat de mani\u00e8re absolument controvers\u00e9e. Quel bilan faites-vous de son premier mandat&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Toussaint M. Kafarhire&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Concernant les \u00e9lections et le deuxi\u00e8me mandat de Tshisekedi, le Congo est comme dans un \u00e9tat d\u2019h\u00e9b\u00e8tement. Pour le moment, personne n\u2019ose parler des \u00e9lections. On a connu pire ! Mais tout le monde a l\u2019air d&rsquo;\u00eatre d\u00e9pass\u00e9. Tandis que les observateurs ne semblent pas comprendre ce qu\u2019il s\u2019est r\u00e9ellement pass\u00e9, la Commission \u00e9lectorale nationale ind\u00e9pendante (CENI) a invalid\u00e9 82&nbsp;candidats pour fraude av\u00e9r\u00e9e. Il faut dire que la CENI a fait tout ce qu\u2019elle pouvait pour relever le d\u00e9fi d\u2019organiser les \u00e9lections dans les d\u00e9lais. Des interrogations persistent quant aux machines \u00e0 voter que l\u2019on retrouvait entre les mains des individus se promenant dans les rues. Toutefois, les analystes disent qu\u2019avec une opposition divis\u00e9e, Tshisekedi aurait gagn\u00e9 les \u00e9lections avec ou sans fraude. Il s\u2019agissait moins de la pr\u00e9sidentielle que des l\u00e9gislatives. Il y a aussi la peur de ne pas \u00eatre en mesure de fournir des preuves pour quiconque parlerait de fraude. Les services de renseignement peuvent vous faire emprisonner, comme c\u2019est le cas du journaliste <a href=\"https:\/\/www.jeuneafrique.com\/1508426\/politique\/pourquoi-le-dossier-daccusation-contre-stanis-bujakera-tshiamala-ne-tient-pas\/\">Stanis Bujakera Tshiamala<\/a> accus\u00e9 d\u2019avoir fait fuiter des informations \u00e0 <em>Jeune Afrique<\/em> qui a ainsi publi\u00e9 un <a href=\"https:\/\/www.jeuneafrique.com\/1487808\/politique\/en-rdc-lenquete-sur-la-mort-de-cherubin-okende-patine-et-sa-famille-simpatiente\/\">article<\/a> avec des d\u00e9tails embarrassants sur la mort de Ch\u00e9rubin Okende. Ce dernier \u00e9tait le porte-parole de l\u2019opposant politique Mo\u00efse Katumbi. Le journaliste Bujakera a \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9 pour qu\u2019il r\u00e9v\u00e8le ses sources, ce qu\u2019il a refus\u00e9 de faire. Il est toujours en prison malgr\u00e9 la pression internationale et celle des autres journalistes qui demandent sa lib\u00e9ration, le gouvernement reste sur sa position.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mame-Penda BA<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi la r\u00e9bellion red\u00e9marre-t-elle maintenant&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Toussaint M. Kafarhire&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il est certain que lorsque le pr\u00e9sident rwandais monte les ench\u00e8res s\u00e9curitaires lorsqu\u2019il veut faire pression et continuer le contr\u00f4le des ressources \u00e0 l&rsquo;est de la RDC. C\u2019est alors qu\u2019il l\u00e2che ses chiens de chasse (des invasions des unit\u00e9s de l&rsquo;Arm\u00e9e Rwandaise) \u00e0 l\u2019est du Congo qui se d\u00e9guisent en mouvement rebelles congolais, pour faire diversion et se donner un levier de manoeuvre pour infiltrer ses espions dans les institutions congolaises et manipuler la politique congolaise \u00e0 partir de l&rsquo;int\u00e9rieur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il est vrai que le bilan du premier mandat pr\u00e9sidentiel de Tshisekedi n\u2019\u00e9tait pas non plus tr\u00e8s reluisant. Les gens ont dit qu\u2019il n\u2019avait pas suffisamment de latitude d\u2019action \u00e0 cause de sa coalition avec l\u2019ancien pr\u00e9sident Kabila. Il est arriv\u00e9 au pouvoir en 2018 apr\u00e8s des \u00e9lections controvers\u00e9es et, il aurait fait un deal avec Kabila ; donc, les gens disent qu\u2019il ne gouvernait pas les deux premi\u00e8res ann\u00e9es mais ex\u00e9cutait les injonctions de celui qui l\u2019avait mis au pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p>La seule chose qui pouvait vraiment jouer en sa faveur pendant la campagne \u00e9lectorale \u00e9tait sa position radicale vis-\u00e0-vis des invasions r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de l\u2019arm\u00e9e rwandaise et des violences accompagnant l\u2019exploitation des ressources naturelles \u00e0 l\u2019est de la RDC.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette th\u00e9matique \u00e9tait au c\u0153ur du discours d\u2019un autre candidat \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, le docteur <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Denis_Mukwege\">Denis Mukwege<\/a>, prix Nobel de la paix, qui a beaucoup travaill\u00e9 sur les questions des femmes victimes et des violences bas\u00e9es sur le genre dans les conflits. Donc, pour le pr\u00e9sident Tshisekedi, parler de la r\u00e9bellion de Kagame \u00e0 l\u2019est \u00e9tait aussi une fa\u00e7on de contrer la candidature de Denis Mukwege, parce qu\u2019il est le seul, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, \u00e0 avoir parl\u00e9 aux niveaux national et international sans m\u00e2cher ses mots et a d\u00e9nonc\u00e9 l\u2019invasion du Rwanda.<\/p>\n\n\n\n<p>La guerre du M23 a repris parce que Kagame, comme je le disais plus haut, est un militaire qui sait que pour n\u00e9gocier, il doit se mettre en position de force. Il veut aussi envoyer le message \u00e0 son homologue congolais qu\u2019il ne se laissera pas intimider par des discours. L\u00e0, je pense qu\u2019il est en train d\u2019envoyer un signal \u00e0 Tshisekedi pour lui dire d\u2019assumer ses propos. En effet lors de sa campagne, le pr\u00e9sident Tshisekedi avait d\u00e9clar\u00e9 publiquement&nbsp;: \u00ab&nbsp;S\u2019il y a la moindre escarmouche, si la vie d\u2019un seul Congolais est \u00e0 nouveau menac\u00e9e par le Rwanda, alors je vous garantis que je vais attaquer le Rwanda jusqu\u2019\u00e0 Kigali.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mame-Penda BA<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc essentiellement une mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve que Kigali fait peser sur Kinshasa et une op\u00e9ration d\u2019humiliation (inter)nationale&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Toussaint M. Kafarhire&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cela nous humilie, en effet, parce que maintenant on ne parle plus le langage de la force mais celui de la n\u00e9gociation. Pendant ce temps, des gens sont tu\u00e9s et des familles sont en train de quitter leurs terres pour trouver refuge dans la ville de Goma. Une partie des territoires de l\u2019Est est sous le contr\u00f4le du M23. N\u2019est-ce pas que cela humilierait n\u2019importe quel homme, \u00e0 fortiori un chef d\u2019\u00c9tat ? Toutefois, il est important de souligner que le M23 est une \u00e9ni\u00e8me m\u00e9tamorphose des anciens groupes militaires Rwandais (RCD, CNDP, M23\u2026) que Kigali l\u00e2che sur la partie est du Congo sur laquelle il a m\u00eame eu l\u2019audace de dire qu\u2019elle fut une partie du territoire Rwandais avant la colonisation.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2022, je suis retourn\u00e9 dans l\u2019est du pays pour faire quelques interviews&nbsp;: les violences perp\u00e9tr\u00e9es dans cette partie du pays sont indescriptibles. J\u2019ai rencontr\u00e9 des femmes qui avaient \u00e9t\u00e9 viol\u00e9es \u00e0 plusieurs reprises par les rebelles du RCD, du CNDP, ou du M23. L\u2019une d\u2019elles, qui devait avoir entre 70 et 72&nbsp;ans \u00e0 l\u2019\u00e9poque, m\u2019a relat\u00e9 que chaque femme viol\u00e9e ou chaque personne violent\u00e9e devait d\u2019abord creuser sa propre tombe pour y \u00eatre enterr\u00e9e. Mahmood Mamdani a \u00e9crit un livre, <em>When Victims Become Killers<\/em>, qui pose la question de savoir comment des victimes d\u2019un g\u00e9nocide peuvent devenir \u00e0 leur tour des criminels et perp\u00e9trer autant de violence sur d\u2019autres communaut\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Au Congo, on parle de 12 millions de morts directs ou indirects au regard de cette situation depuis 1990. Quand j\u2019ai rencontr\u00e9 le professeur<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Valentin-Yves_Mudimbe\"> Valentin-Yves Mudimbe<\/a> \u00e0 Chicago en 2013, il m\u2019a confi\u00e9 que cela faisait dix ans qu\u2019il ne s\u2019habillait que de noir pour porter le deuil de toutes les victimes de l\u2019est du pays. Il ne comprenait pas cette tendance \u00e0 annihiler la vie, alors qu\u2019on se dit croyant avec des traditions africaines.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mame-Penda BA<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Et maintenant, quel tournant les choses peuvent-elles prendre&nbsp;? Est-ce que cela va s\u2019envenimer&nbsp;? Est-ce que la m\u00e9diation internationale permettra de trouver une solution&nbsp;? Ou est-ce qu\u2019on retourne dans un cycle d\u2019incertitude&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Toussaint M. Kafarhire&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On ne pourra jamais retourner dans le chaos et les incertitudes d\u2019il y a dix ou vingt ans parce qu\u2019il y a une conscience politique tr\u00e8s accrue chez les jeunes Congolais. M\u00eame \u00e0 l\u2019est du pays, o\u00f9 des guerres interminables et des invasions \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition persistent, il existe des groupes de r\u00e9sistance locaux appel\u00e9s \u00ab&nbsp;wazalendo&nbsp;\u00bb qui aident l\u2019arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re \u00e0 combattre les M23. Donc, les cartes sont redistribu\u00e9es. De plus, pendant les ann\u00e9es&nbsp;1990, Kagame a beaucoup jou\u00e9 sur la fibre sensible du g\u00e9nocide dont il \u00e9tait le seul \u00e0 d\u00e9tenir le monopole de l\u2019interpr\u00e9tation. Aujourd\u2019hui, beaucoup de gens ont pris du recul par rapport au discours uniforme de Kagame et ont eu le temps d\u2019effectuer des recherches pour comprendre la complexit\u00e9 de la question. Il y a notamment ce journaliste camerounais nomm\u00e9 <a href=\"https:\/\/www.revueconflits.com\/rwanda-attentat-entretien-charles-onana\/\">Charles Onana qui a fait d\u2019importantes recherches<\/a> sur le g\u00e9nocide rwandais de 1994 et ses r\u00e9percussions dans toute la r\u00e9gion, mais aussi sur la situation tendue dans la r\u00e9gion des Grands Lacs. Ses \u00e9crits sont tr\u00e8s \u00e9clairants. Il est \u00e9videmment ha\u00ef par le r\u00e9gime de Kigali.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus aujourd\u2019hui, il n\u2019existe plus de \u00ab&nbsp;mouvement rebelle&nbsp;\u00bb en RDC. Les v\u00e9ritables Congolais qui veulent exprimer leurs revendications ne prennent pas les armes contre leur propre pays. Ils le font de mani\u00e8re d\u00e9mocratique, par une opposition r\u00e9publicaine. Les groupes arm\u00e9s que l\u2019on peut rencontrer \u00e0 l\u2019est du pays sont en r\u00e9alit\u00e9 des forces d\u2019autod\u00e9fense&nbsp;; lorsque l\u2019arm\u00e9e nationale se montre incapable de les prot\u00e9ger, ils r\u00e9sistent seuls face aux envahisseurs rwandais. Ils essaient de trouver des m\u00e9canismes pour prot\u00e9ger leurs communaut\u00e9s. Nous avons un espace politique de plus en plus lib\u00e9ralis\u00e9, ouvert, dans lequel les gens osent s\u2019exprimer. Les candidats qui ont perdu les \u00e9lections, quel que soit le degr\u00e9 de fraude, se rangent et attendent la prochaine \u00e9ch\u00e9ance \u00e9lectorale.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, le plus grand d\u00e9fi du Congo demeure au niveau de la gouvernance et du leadership. Lors de la Coupe d\u2019Afrique des nations qui vient de se terminer, les joueurs ont mim\u00e9 le geste de \u00ab&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.dw.com\/fr\/itw-mputu-rdc-nord-kivu-rwanda-goma-sake-silence-on-tue\/audio-68251340\">Silence, on tue<\/a>&nbsp;!&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019est du Congo. Ce geste a \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 par les membres du gouvernement qui se sont lev\u00e9s pour faire le m\u00eame geste en plein Conseil des ministres. Ce qui a \u00e9videmment indign\u00e9 la population car le r\u00f4le du gouvernement n\u2019est pas seulement de d\u00e9noncer, mais de prot\u00e9ger tout ce qui lui est cher. Cela montre que la conscience de la responsabilit\u00e9 des dirigeants est minime. Le Congo a plus de 100&nbsp;millions d\u2019habitants. C\u2019est un pays extr\u00eamement riche. Beaucoup de multinationales, de ressortissants d\u2019autres nations tels que les Nig\u00e9rians, les Chinois, les Indiens, les Libanais viennent s\u2019enrichir au Congo. Les Congolais doivent prendre conscience de leur force sociale et \u00e9conomique, et se donner les moyens de faire de leur pays une grande puissance r\u00e9gionale. C\u2019est une vocation qui appelle et qui attend. Ils ne peuvent pas continuer \u00e0 pleurer ou \u00e0 jouer \u00e0 la victime, alors que le pays a tout pour \u00eatre une grande puissance. En politique, la l\u00e9gitime d\u00e9fense est un devoir sacr\u00e9. Personne ne prot\u00e8ge personne et c\u2019est pour cela que les \u00c9tats se prennent en charge, prot\u00e8gent leur souverainet\u00e9, et se dotent de moyens pour se d\u00e9fendre. Un gouvernement responsable devra apprendre \u00e0 faire des sacrifices, refuser de grosses sommes d\u2019argent, et assurer une plus grande justice sociale pour les militaires, la police, les enseignants, le corps m\u00e9dical, et les administrateurs de l\u2019\u00c9tat.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je souhaiterais revenir sur la question des identit\u00e9s. L\u2019infiltration rwandaise en profite et restera une technique et une strat\u00e9gie de guerre tant que l\u2019\u00c9tat congolais n\u2019aura pas d\u00e9fini le contour de la citoyennet\u00e9. Cette faiblesse structurelle a permis au pr\u00e9sident rwandais d\u2019infiltrer ses hommes dans les institutions congolaises chaque fois qu\u2019il l\u2019a voulu. D\u2019ailleurs, lorsque la coalition Rwando-Ougandaise arrive \u00e0 Kinshasa en 1997, avec Laurent D. Kabila comme porte-parole du mouvement AFDL, les envahisseurs se revendiquent tous, indistinctement, de nationalit\u00e9 \u00ab&nbsp;Za\u00efroise&nbsp;\u00bb. Plus tard, \u00e0 chacune de ses invasions du Congo, le pr\u00e9sident Kagame pr\u00e9tend vouloir prot\u00e9ger la minorit\u00e9 tutsi du Congo. En r\u00e9alit\u00e9, cet argument n\u2019est pas recevable car le Congo a une constitution qui prot\u00e8ge \u00e9galement tous ses citoyens. C\u2019est au gouvernement congolais de les prot\u00e9ger puisque, pris individuellement, chaque groupe ethnique demeure une minorit\u00e9 par rapport \u00e0 l\u2019ensemble. Cette d\u00e9faillance de l\u2019\u00c9tat dans la d\u00e9finition du contour de la citoyennet\u00e9 demeure le talon d\u2019Achille dans la r\u00e9solution durable des crises \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition dans la partie orientale de la R\u00e9publique. Il faudra un jour la reprendre avec beaucoup de courage intellectuel, de s\u00e9rieux moral, d\u2019int\u00e9r\u00eat patriotique, de connaissance historique, et de responsabilit\u00e9 \u00e9thique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9j\u00e0 en 1998, le pr\u00e9sident ougandais Yoweri Museveni disait que ses fronti\u00e8res avaient \u00e9t\u00e9 dessin\u00e9es de mani\u00e8re arbitraire par le colonisateur et qu\u2019aujourd\u2019hui il fallait les red\u00e9finir. Mais selon les principes de l\u2019Union africaine, les fronti\u00e8res h\u00e9rit\u00e9es de la colonisation sont intangibles. Ainsi, cette r\u00e9clamation du Rwanda ou de l\u2019Ouganda, qui cherchent toujours \u00e0 balkaniser cette partie est du Congo, ne semble pas faire l\u2019unanimit\u00e9 aupr\u00e8s de la communaut\u00e9 internationale. Par cons\u00e9quent, vu que le Rwanda et l\u2019Ouganda ne peuvent pas s\u2019approvisionner ni piller de fa\u00e7on officielle, ils le font de fa\u00e7on militaire. C\u2019est pourquoi, \u00e0 chaque n\u00e9gociation, Kagame cherche \u00e0 immiscer ses espions dans les institutions congolaises, comme il le fait d\u00e9j\u00e0 dans les organisations internationales. En effet, infiltrer l\u2019arm\u00e9e congolaise est une mani\u00e8re plus intelligente de faire la guerre sans avoir \u00e0 tirer une seule balle, puisque l\u2019information militaire sensible est d\u00e9j\u00e0 contr\u00f4l\u00e9e par Kigali. Il essaie donc, puisque cela lui a r\u00e9ussi de par le pass\u00e9, de torpiller le Congo de l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>Le pr\u00e9sident rwandais Kagame vient de signer un protocole avec l\u2019Union europ\u00e9enne sur la cha\u00eene de valeurs dans l\u2019approvisionnement des minerais strat\u00e9giques. Le document affirme que \u00ab Le pays [Rwanda] est un acteur majeur au niveau mondial dans le secteur de l\u2019extraction du tantale. Il produit \u00e9galement de l\u2019\u00e9tain, du tungst\u00e8ne, de l\u2019or et du niobium, et dispose de r\u00e9serves de lithium et de terres rares \u00bb. Comble de l\u2019ironie, alors que tout le monde sait que le Rwanda n\u2019a pas de minerais importants sur son territoire, poser un tel acte, au moment o\u00f9 la RDC m\u00e8ne une campagne diplomatique agressive pour d\u00e9noncer les violences du M23, d\u00e9montre le m\u00e9pris de l\u2019Union europ\u00e9enne vis-\u00e0-vis du peuple et du gouvernement congolais. C\u2019est ajouter l\u2019insulte \u00e0 la blessure. Ce m\u00e9pris de l\u2019Occident est l\u2019expression de sa convoitise d\u2019un Congo sans les Congolais. L\u2019Union europ\u00e9enne ne peut pas blanchir les minerais de sang extraits dans les zones de conflits \u00e0 l\u2019est du Congo par une signature avec Kagame. Le manque de rep\u00e8re \u00e9thique dans la conduite des relations internationales, \u00e0 cause d\u2019une comp\u00e9tition n\u00e9olib\u00e9rale pour les ressources dites strat\u00e9giques, est une honte non seulement pour un Occident donneur de le\u00e7on, mais surtout pour l\u2019Humanit\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":26749,"template":"","meta":[],"series-categories":[1347],"cat-articles":[1381],"keywords":[],"ppma_author":[422,423],"class_list":["post-26750","series-issues","type-series-issues","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","series-categories-numero-5","cat-articles-reverse-shot","author-mame-penda-ba-fr","author-toussaint-kafarhire-murhula-fr"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.6 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>La crise au Congo, une introduction historique | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-5\/la-crise-au-congo-une-introduction-historique\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"La crise au Congo, une introduction historique | Global Africa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Mame-Penda BA&nbsp; Depuis quelques semaines, des combats meurtriers entre le Mouvement du 23-Mars (M23), groupe rebelle congolais, et les forces gouvernementales congolaises se sont intensifi\u00e9s \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de Goma, dans l\u2019est de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (RDC). Qu\u2019est-ce qui se joue dans ces affrontements&nbsp;?&nbsp; Toussaint M. Kafarhire&nbsp; Il est tout d\u2019abord important de comprendre que ce Mouvement du 23-Mars n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 un groupe rebelle congolais. En le pr\u00e9sentant ainsi, on m\u00e9lange les faits, on embrouille l\u2019opinion publique internationale, et on pose mal le probl\u00e8me lorsqu\u2019on parle des groupes arm\u00e9s au Congo. Il est important que notre langage refl\u00e8te v\u00e9ritablement la r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019il exprime. Quand on parle de r\u00e9bellion, il s\u2019agit d\u2019un groupe interne qui fait dissidence et se r\u00e9volte contre le gouvernement central. Or, les soi-disant \u00ab&nbsp;rebelles&nbsp;\u00bb du M23 ne sont pas congolais \u00e0 la base. Comme le Rassemblement congolais pour la d\u00e9mocratie (RCD) et le Congr\u00e8s national pour la d\u00e9fense du peuple (CNDP), ses anc\u00eatres, ils proviennent du Rwanda. Ce sont des \u00e9l\u00e9ments de l\u2019arm\u00e9e rwandaise envoy\u00e9s en RDC qui re\u00e7oivent l\u2019appui des drones et le ravitaillement en armes par le Rwanda. Il s\u2019agit d\u2019une coalition entre Rwandais et Ougandais pour continuer \u00e0 contr\u00f4ler les ressources naturelles \u00e0 l\u2019est du pays. Mame-Penda Ba&nbsp; Jusqu\u2019o\u00f9 faudrait-il remonter pour comprendre les enjeux de ce qui se passe en ce moment dans cette r\u00e9gion&nbsp;? Toussaint M. Kafarhire&nbsp; Je dirais \u00e0 partir des ann\u00e9es&nbsp;1990-1991, avec la fin de la guerre froide et les changements de la g\u00e9opolitique internationale. Lorsque la guerre froide cesse, les \u00c9tats-Unis, qui avaient beaucoup utilis\u00e9 le pr\u00e9sident Mobutu, comprennent qu\u2019ayant fait son temps, il ne s\u2019adapterait pas au n\u00e9olib\u00e9ralisme montant et que, de plus, il \u00e9tait malade. 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Ainsi, Paul Kagame et les Tutsi venus du Rwanda, deviennent ministres dans le gouvernement de l\u2019Ouganda et occup\u00e8rent d\u2019autres postes importants jusqu\u2019\u00e0 ce que la population ougandaise s\u2019insurge et refuse qu\u2019elle soit dirig\u00e9e par des r\u00e9fugi\u00e9s \u00e9trangers.. Museveni et Kagame optent pour une autre strat\u00e9gie, celle d\u2019aider ces r\u00e9fugi\u00e9s Tutsi en Ouganda \u00e0 reconqu\u00e9rir le pouvoir au Rwanda.&nbsp; Il faut se rappeler que le g\u00e9nocide de 1994 se d\u00e9roule dans ce contexte de changement g\u00e9opolitique et g\u00e9ostrat\u00e9gique important. Une guerre civile rwandaise avait commenc\u00e9 en octobre&nbsp;1990. Les anciens r\u00f4les et les anciennes alliances se d\u00e9font. L\u2019occident ne parle plus d\u2019une m\u00eame voix sur les questions africaines. La France va progressivement perdre son influence dans la r\u00e9gion tandis que les rebelles venus de l\u2019Ouganda b\u00e9n\u00e9ficient du soutien des Etats-Unis et de la Grande Bretagne. Pendant quatre ans, toutes les formes de combats possible ont \u00e9merg\u00e9es&nbsp;: des escarmouches, des batailles, des gu\u00e9rillas. A la demande de la pr\u00e9sidence fran\u00e7aise, Fran\u00e7ois Mitterrand, Mobutu envoie des troupes za\u00efroises pour \u00e9pauler l\u2019ancien r\u00e9gime rwandais. Cependant, le g\u00e9nocide n\u2019a eu lieu qu\u2019en 1994, soit quatre ans apr\u00e8s le d\u00e9but de la guerre civile au Rwanda.&nbsp; En tant qu\u2019intellectuels ou personnes soucieuses de l\u2019avenir de l\u2019Afrique, il y a des questions qui sont cruciales et critiques, et que nous devrions nous poser. Pourquoi le g\u00e9nocide rwandais a-t-il pr\u00e9cis\u00e9ment eu lieu en 1994&nbsp;? Des questions sont rest\u00e9es non r\u00e9solues, sinon brouill\u00e9es \u00e0 dessein, par la volont\u00e9 de puissance Am\u00e9ricaine. Mais comme disait le philosophe Camerounais, Fabien Eboussi Boulaga, le g\u00e9nocide Rwandais est une m\u00e9taphore ou une m\u00e9tonymie pour l\u2019Afrique. Car ce qui s\u2019est pass\u00e9 l\u00e0-bas nous concerne. Et nous devons donc apprendre \u00e0 penser l\u2019impensable. La pr\u00e9carit\u00e9 de nos conditions de vie et l\u2019arbitraire de nos politiques peuvent nous surprendre en nous projetant, soudainement, dans ce genre de violence \u00e0 n\u2019importe quel moment. Nul n\u2019est \u00e0 l\u2019abri de la folie des grandeurs. Pour en revenir au Za\u00efre (actuelle RDC), nous avons tergivers\u00e9 pendant sept ans (1990-1997) avant d\u2019aller vraiment vers un r\u00e9gime d\u00e9mocratique. Sept longues ann\u00e9es de transition durant laquelle aura lieu le g\u00e9nocide au Rwanda en 1994. Un flux \u00e9norme de r\u00e9fugi\u00e9s rwandais qui fuient la guerre dans leur pays pour chercher refuge au Za\u00efre. Ils sont estim\u00e9s \u00e0 deux&nbsp;millions. Ces r\u00e9fugi\u00e9s n\u2019\u00e9taient pas seulement des civils, mais aussi des membres de l\u2019ancien gouvernement d\u00e9chu du Rwanda. Des combattants arrivaient avec leur argent, leurs armes\u2026 et se m\u00e9langeaient aux civils \u00e0 l\u2019est du Za\u00efre, \u00e0 Bukavu et \u00e0 Goma. Kigali, avec \u00e0 sa t\u00eate Paul Kagame, consid\u00e8re que la guerre n\u2019est pas termin\u00e9e, car les personnes qui sont repli\u00e9es dans les pays frontaliers peuvent toujours se r\u00e9organiser pour revenir faire la guerre. Paul Kagame va entamer des pourparlers avec les Nations unies pour demander que soit cr\u00e9\u00e9e une zone tampon entre la fronti\u00e8re du Rwanda et les camps des r\u00e9fugi\u00e9s. Devant l\u2019inaction de la communaut\u00e9 internationale, il d\u00e9cide d\u2019envahir cette r\u00e9gion du Za\u00efre et de s\u2019occuper lui-m\u00eame de la question des r\u00e9fugi\u00e9s. Le Pr\u00e9sident Paul Kagame va alors d\u00e9cider d\u2019envahir le Za\u00efre pour soi-disant s\u2019occuper, officiellement, d\u2019\u00e9loigner les r\u00e9fugi\u00e9s des fronti\u00e8res avec le Rwanda. Il y a un excellent documentaire du r\u00e9alisateur belge Thierry Michel qui s\u2019appelle \u201cL\u2019empire du silence\u201d. Une sc\u00e8ne y raconte le sort de ces r\u00e9fugi\u00e9s hutus qui sont venus au Za\u00efre. Kagame et ses allies vont envahir le Za\u00efre, les poursuivre partout sur le territoire. Ces derniers devront marcher des centaines et des milliers de kilom\u00e8tres \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du Za\u00efre pour se retrouver dans la for\u00eat \u00e9quatoriale \u00e0 pied, cherchant refuge en R\u00e9publique centrafricaine ou au Congo Brazzaville. 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Ce sont des \u00e9l\u00e9ments de l\u2019arm\u00e9e rwandaise envoy\u00e9s en RDC qui re\u00e7oivent l\u2019appui des drones et le ravitaillement en armes par le Rwanda. Il s\u2019agit d\u2019une coalition entre Rwandais et Ougandais pour continuer \u00e0 contr\u00f4ler les ressources naturelles \u00e0 l\u2019est du pays. Mame-Penda Ba&nbsp; Jusqu\u2019o\u00f9 faudrait-il remonter pour comprendre les enjeux de ce qui se passe en ce moment dans cette r\u00e9gion&nbsp;? Toussaint M. Kafarhire&nbsp; Je dirais \u00e0 partir des ann\u00e9es&nbsp;1990-1991, avec la fin de la guerre froide et les changements de la g\u00e9opolitique internationale. Lorsque la guerre froide cesse, les \u00c9tats-Unis, qui avaient beaucoup utilis\u00e9 le pr\u00e9sident Mobutu, comprennent qu\u2019ayant fait son temps, il ne s\u2019adapterait pas au n\u00e9olib\u00e9ralisme montant et que, de plus, il \u00e9tait malade. Il \u00e9tait donc temps de le remplacer par quelqu\u2019un d\u2019autre, un jeune leader de la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration. Ces changements \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale au d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;1990 ont aussi pouss\u00e9 \u00e0 lib\u00e9raliser l\u2019espace politique au Congo (discours de Mobutu le 24&nbsp;avril 1990). D\u00e8s lors, nous sommes entr\u00e9s dans une saga qui n\u2019est pas encore termin\u00e9e. En 1986, il y a eu un coup d\u2019\u00c9tat en Ouganda avec l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir de Yoweri Museveni. Celui-ci a d\u00fb passer par une r\u00e9bellion. Les r\u00e9fugi\u00e9s rwandais tutsi, pr\u00e9sents en Ouganda depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;1960, ont particip\u00e9 \u00e0 cette guerre pour aider Museveni \u00e0 acc\u00e9der au pouvoir. Il a ensuite fallu partager le butin de guerre. Ainsi, Paul Kagame et les Tutsi venus du Rwanda, deviennent ministres dans le gouvernement de l\u2019Ouganda et occup\u00e8rent d\u2019autres postes importants jusqu\u2019\u00e0 ce que la population ougandaise s\u2019insurge et refuse qu\u2019elle soit dirig\u00e9e par des r\u00e9fugi\u00e9s \u00e9trangers.. Museveni et Kagame optent pour une autre strat\u00e9gie, celle d\u2019aider ces r\u00e9fugi\u00e9s Tutsi en Ouganda \u00e0 reconqu\u00e9rir le pouvoir au Rwanda.&nbsp; Il faut se rappeler que le g\u00e9nocide de 1994 se d\u00e9roule dans ce contexte de changement g\u00e9opolitique et g\u00e9ostrat\u00e9gique important. Une guerre civile rwandaise avait commenc\u00e9 en octobre&nbsp;1990. Les anciens r\u00f4les et les anciennes alliances se d\u00e9font. L\u2019occident ne parle plus d\u2019une m\u00eame voix sur les questions africaines. La France va progressivement perdre son influence dans la r\u00e9gion tandis que les rebelles venus de l\u2019Ouganda b\u00e9n\u00e9ficient du soutien des Etats-Unis et de la Grande Bretagne. Pendant quatre ans, toutes les formes de combats possible ont \u00e9merg\u00e9es&nbsp;: des escarmouches, des batailles, des gu\u00e9rillas. A la demande de la pr\u00e9sidence fran\u00e7aise, Fran\u00e7ois Mitterrand, Mobutu envoie des troupes za\u00efroises pour \u00e9pauler l\u2019ancien r\u00e9gime rwandais. Cependant, le g\u00e9nocide n\u2019a eu lieu qu\u2019en 1994, soit quatre ans apr\u00e8s le d\u00e9but de la guerre civile au Rwanda.&nbsp; En tant qu\u2019intellectuels ou personnes soucieuses de l\u2019avenir de l\u2019Afrique, il y a des questions qui sont cruciales et critiques, et que nous devrions nous poser. Pourquoi le g\u00e9nocide rwandais a-t-il pr\u00e9cis\u00e9ment eu lieu en 1994&nbsp;? Des questions sont rest\u00e9es non r\u00e9solues, sinon brouill\u00e9es \u00e0 dessein, par la volont\u00e9 de puissance Am\u00e9ricaine. Mais comme disait le philosophe Camerounais, Fabien Eboussi Boulaga, le g\u00e9nocide Rwandais est une m\u00e9taphore ou une m\u00e9tonymie pour l\u2019Afrique. Car ce qui s\u2019est pass\u00e9 l\u00e0-bas nous concerne. Et nous devons donc apprendre \u00e0 penser l\u2019impensable. La pr\u00e9carit\u00e9 de nos conditions de vie et l\u2019arbitraire de nos politiques peuvent nous surprendre en nous projetant, soudainement, dans ce genre de violence \u00e0 n\u2019importe quel moment. Nul n\u2019est \u00e0 l\u2019abri de la folie des grandeurs. Pour en revenir au Za\u00efre (actuelle RDC), nous avons tergivers\u00e9 pendant sept ans (1990-1997) avant d\u2019aller vraiment vers un r\u00e9gime d\u00e9mocratique. Sept longues ann\u00e9es de transition durant laquelle aura lieu le g\u00e9nocide au Rwanda en 1994. Un flux \u00e9norme de r\u00e9fugi\u00e9s rwandais qui fuient la guerre dans leur pays pour chercher refuge au Za\u00efre. Ils sont estim\u00e9s \u00e0 deux&nbsp;millions. Ces r\u00e9fugi\u00e9s n\u2019\u00e9taient pas seulement des civils, mais aussi des membres de l\u2019ancien gouvernement d\u00e9chu du Rwanda. Des combattants arrivaient avec leur argent, leurs armes\u2026 et se m\u00e9langeaient aux civils \u00e0 l\u2019est du Za\u00efre, \u00e0 Bukavu et \u00e0 Goma. Kigali, avec \u00e0 sa t\u00eate Paul Kagame, consid\u00e8re que la guerre n\u2019est pas termin\u00e9e, car les personnes qui sont repli\u00e9es dans les pays frontaliers peuvent toujours se r\u00e9organiser pour revenir faire la guerre. Paul Kagame va entamer des pourparlers avec les Nations unies pour demander que soit cr\u00e9\u00e9e une zone tampon entre la fronti\u00e8re du Rwanda et les camps des r\u00e9fugi\u00e9s. Devant l\u2019inaction de la communaut\u00e9 internationale, il d\u00e9cide d\u2019envahir cette r\u00e9gion du Za\u00efre et de s\u2019occuper lui-m\u00eame de la question des r\u00e9fugi\u00e9s. Le Pr\u00e9sident Paul Kagame va alors d\u00e9cider d\u2019envahir le Za\u00efre pour soi-disant s\u2019occuper, officiellement, d\u2019\u00e9loigner les r\u00e9fugi\u00e9s des fronti\u00e8res avec le Rwanda. Il y a un excellent documentaire du r\u00e9alisateur belge Thierry Michel qui s\u2019appelle \u201cL\u2019empire du silence\u201d. Une sc\u00e8ne y raconte le sort de ces r\u00e9fugi\u00e9s hutus qui sont venus au Za\u00efre. Kagame et ses allies vont envahir le Za\u00efre, les poursuivre partout sur le territoire. Ces derniers devront marcher des centaines et des milliers de kilom\u00e8tres \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du Za\u00efre pour se retrouver dans la for\u00eat \u00e9quatoriale \u00e0 pied, cherchant refuge en R\u00e9publique centrafricaine ou au Congo Brazzaville. La plupart d\u2019entre eux mourront en cours de route. 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