{"id":26740,"date":"2024-03-20T06:14:38","date_gmt":"2024-03-20T06:14:38","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/savoirs-endogenes-et-savoirs-dits-scientifiques-a-laune-de-la-covid-19-de-la-rupture-epistemologique-a-la-reconnexion-des-savoirs\/"},"modified":"2026-05-09T16:34:31","modified_gmt":"2026-05-09T16:34:31","slug":"savoirs-endogenes-et-savoirs-dits-scientifiques-a-laune-de-la-covid-19-de-la-rupture-epistemologique-a-la-reconnexion-des-savoirs","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-5\/savoirs-endogenes-et-savoirs-dits-scientifiques-a-laune-de-la-covid-19-de-la-rupture-epistemologique-a-la-reconnexion-des-savoirs\/","title":{"rendered":"Savoirs endog\u00e8nes et savoirs dits \u00ab scientifiques \u00bb \u00e0 l\u2019aune de la Covid-19 : De la rupture \u00e9pist\u00e9mologique \u00e0 la reconnexion des savoirs"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p>La r\u00e9ception mitig\u00e9e du discours scientifique sur la Covid-19 par les populations africaines est un tournant qui marquera la sociologie politique, la socio-histoire et la socio-anthropologie des pand\u00e9mies et \u00e9pid\u00e9mies. Elle affectera \u00e9galement tous les territoires disciplinaires, et en particulier le champ argumentaire des sciences sociales et humaines, parce que la Covid-19 aura rev\u00eatu le visage d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne social total au sens maussien du terme. En effet, le discours dit \u00ab&nbsp;scientifique&nbsp;\u00bb sur la mat\u00e9rialit\u00e9 de la pand\u00e9mie (donc son existence), sur sa gestion (mesures barri\u00e8res, distanciation interindividuelle, port de masques, lavage des mains, etc.), et sur le vaccin et la vaccination, s\u2019est caract\u00e9ris\u00e9 par plusieurs incertitudes. Ces derni\u00e8res, auxquelles il faut ajouter des atermoiements, des t\u00e2tonnements, des tergiversations et des contradictions, ont scell\u00e9 et sign\u00e9 publiquement ses limites et suscit\u00e9 des r\u00e9sistances citoyennes \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale. L\u2019\u00e9tape ultime de cette remise en cause du discours scientifique sur la Covid-19 s\u2019est traduite par la r\u00e9sistance \u00e0 la vaccination et au vaccin et, en r\u00e9alit\u00e9, par le refus de l\u00e9gitimer le vaccin invent\u00e9 par des industries pharmaceutiques occidentales pour \u00e9radiquer la pand\u00e9mie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Prenant la forme d\u2019une v\u00e9ritable contestation \u00e0 l\u2019\u00e9gard du syst\u00e8me socio-sanitaire, cette r\u00e9sistance \u00e0 la vaccination refl\u00e8te le malaise qui existe entre la population et les acteurs de la sant\u00e9, entre la population et le pouvoir m\u00e9dical, entre la population et le pouvoir intellectuel, entre la population et l\u2019ordre \u00e9conomique n\u00e9olib\u00e9ral, et enfin entre la population et les gouvernements. Il a justement fallu que des gouvernements imposent le vaccin et la vaccination par des mesures soit autoritaires, soit subtiles pour essayer de vaincre cette r\u00e9sistance. Quant aux politiques publiques, qu\u2019elles soient territoriales ou sectorielles, qu\u2019elles soient l\u2019\u0153uvre des pouvoirs publics locaux, internationaux ou globaux, elles ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es du sceau des contradictions et d\u2019incertitudes. Face donc \u00e0 des logiques discursives en dents de scie et des politiques publiques porteuses d\u2019une trajectoire illisible, les populations africaines ont propos\u00e9 et m\u00eame impos\u00e9 une alternative compl\u00e9mentaire&nbsp;: une grande partie de ces populations s\u2019est tourn\u00e9e en effet, tant pour pr\u00e9venir la maladie que pour se soigner, vers le savoir traditionnel et en particulier vers la m\u00e9decine traditionnelle.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0&nbsp;ce titre, la contestation socio-sanitaire milite aujourd\u2019hui en faveur de la r\u00e9activation et de la valorisation des savoirs endog\u00e8nes africains. D\u2019une part, la mobilisation des strat\u00e9gies traditionnelles m\u00e9dico-sanitaires par de nombreux Africains pour g\u00e9rer la crise pand\u00e9mique permet de remettre \u00e0 l\u2019ordre du jour la probl\u00e9matique des savoirs endog\u00e8nes. D\u2019autre part, les tentatives de subalternisation de ces connaissances par les tenants d\u2019une science dite \u00ab&nbsp;moderne&nbsp;\u00bb, d\u2019origine essentiellement occidentale, par des \u00ab&nbsp;globaliseurs&nbsp;\u00bb n\u00e9olib\u00e9raux (Tshibwabwa Kuditshini, 2007) et par des \u00e9lites politiques africaines, militent en faveur de cette m\u00eame perspective. Enfin, il est utile d\u2019\u00e9tablir une passerelle entre les deux types de savoirs pour en tirer les avantages comparatifs respectifs. Par ailleurs, le projet de r\u00e9activation des savoirs endog\u00e8nes, qui a d\u2019ailleurs partie li\u00e9e avec le projet panafricaniste, est crucial si l\u2019on veut penser les futurs africains de mani\u00e8re critique, parce qu\u2019il s\u2019agit en fait de se r\u00e9approprier le destin du continent et de le positionner sur une \u00e9chelle qui lui permette de saisir les d\u00e9fis globaux \u00e0 partir d\u2019une perspective africaine.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour affronter les d\u00e9fis globaux, les Africains doivent entreprendre un travail s\u00e9rieux de d\u00e9colonisation des savoirs conventionnels qui passe, entre autres, par la dynamisation des savoirs endog\u00e8nes africains. Cependant, tout porte \u00e0 croire qu\u2019il existe un hiatus entre la posture des \u00e9lites intellectuelles et politiques africaines et celle des populations. D\u2019une part, il y a des \u00e9lites qui peinent \u00e0 sortir des cadres th\u00e9oriques, \u00e9pist\u00e9mologiques, cognitifs et m\u00e9thodologiques dans lesquels elles ont \u00e9t\u00e9 moul\u00e9es pour b\u00e2tir de nouvelles mani\u00e8res de penser et d\u2019agir qui soient innovantes et en phase avec les r\u00e9alit\u00e9s sociales et culturelles de leurs soci\u00e9t\u00e9s. D\u2019autre part, on a des populations qui convoquent des solutions de type traditionnel, chaque fois que se d\u00e9clenchent des \u00e9pid\u00e9mies par exemple, et qui ne cessent de mettre \u00e0 profit des rem\u00e8des tir\u00e9s des connaissances endog\u00e8nes, ce qui ne les emp\u00eache pas non plus de continuer \u00e0 n\u00e9gocier avec la m\u00e9decine occidentale. Il faut amener les \u00e9lites intellectuelles et politiques africaines, et en particulier les jeunes chercheurs et jeunes \u00e9lites, \u00e0 sortir des cadres de pens\u00e9e \u00e9pist\u00e9mologique dans lesquels ils sont encastr\u00e9s. Sortir ne veut pas dire abandonner ou rejeter, il s\u2019agit ici d\u2019envisager, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ces cadres de pens\u00e9e et d\u2019analyse, d\u2019autres modes de pens\u00e9e alternatifs et compl\u00e9mentaires, et en particulier les modes de pens\u00e9e endog\u00e8nes aujourd\u2019hui marginalis\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, pour sortir ces savoirs endog\u00e8nes de leur position des savoirs domin\u00e9s et marginalis\u00e9s, l\u2019hypoth\u00e8se de travail sur laquelle se construit ce papier est qu\u2019il importe d\u2019abord de relativiser la tradition \u00e9pist\u00e9mologique et m\u00e9thodologique instaur\u00e9e par Gaston Bachelard et \u00c9mile Durkheim, tradition qui \u00e9tablit une rupture \u2013&nbsp;la fameuse rupture \u00e9pist\u00e9mologique&nbsp;\u2013 entre les savoirs ordinaires et les savoirs scientifiques, et qui subordonne les premiers aux seconds. Cette critique est cruciale dans la mesure o\u00f9 dans l\u2019imaginaire scientifique occidental, les savoirs endog\u00e8nes africains sont souvent assimil\u00e9s \u00e0 des \u00ab&nbsp;savoirs ordinaires&nbsp;\u00bb, et \u00e0 la limite, \u00e0 des \u00ab&nbsp;savoirs populaires&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;vulgaires&nbsp;\u00bb. Cet imaginaire ayant pour cons\u00e9quence de culminer dans la construction de la dichotomie connaissances endog\u00e8nes\/connaissances scientifiques.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ayant port\u00e9 un regard critique sur le concept de \u00ab&nbsp;rupture \u00e9pist\u00e9mologique&nbsp;\u00bb qui dissocie connaissances scientifiques et connaissances endog\u00e8nes et qui rejette ces derni\u00e8res dans la sph\u00e8re de la \u00ab&nbsp;non-science&nbsp;\u00bb, nous estimons ensuite qu\u2019il faut tenir pour \u00e9tabli que les savoirs endog\u00e8nes sont des syst\u00e8mes de connaissances au m\u00eame titre que les connaissances dites \u00ab&nbsp;scientifiques&nbsp;\u00bb et qu\u2019ils n\u00e9cessitent seulement d\u2019\u00eatre r\u00e9activ\u00e9s, valoris\u00e9s et dynamis\u00e9s \u00e0 travers des programmes de recherche financ\u00e9s par les gouvernements africains. En troisi\u00e8me position et nous r\u00e9f\u00e9rant au point pr\u00e9c\u00e9dent, nous avan\u00e7ons l\u2019id\u00e9e selon laquelle il ne peut \u00eatre \u00e9tabli de d\u00e9marcation entre les savoirs endog\u00e8nes et ceux dits \u00ab&nbsp;scientifiques&nbsp;\u00bb, et qu\u2019il existe plut\u00f4t une continuit\u00e9 entre les deux, continuit\u00e9 qui postule l\u2019imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9 de reconnecter les deux types de connaissances dans une totalit\u00e9 ou totalisation dialectique en marche qui conf\u00e8re \u00e0 chacun d\u2019eux une fonctionnalit\u00e9 et une historicit\u00e9 propres.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, la r\u00e9flexion met en relief la \u00ab&nbsp;bataille&nbsp;\u00bb qu\u2019il faut mener contre ce qu\u2019on peut appeler le \u00ab&nbsp;n\u00e9olib\u00e9ralisme scientifique&nbsp;\u00bb port\u00e9 par des institutions telles que l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 (OMS), l\u2019Organisation des Nations unies (ONU), le Fonds mon\u00e9taire international (FMI) ou la Banque mondiale qui, au-del\u00e0 de leurs missions officielles, sont \u00e9galement impliqu\u00e9es dans la production des connaissances. Certaines de ces connaissances confortent souvent la position subalterne des savoirs endog\u00e8nes. Nous op\u00e9rationnalisons toutes ces id\u00e9es via la Covid-19 qui constitue notre porte d\u2019entr\u00e9e pour cette r\u00e9flexion tout en essayant, autant que faire se peut, de faire dialoguer, d\u2019une part, m\u00e9decine traditionnelle et m\u00e9decine moderne et d\u2019autre part, les sciences sociales et humaines avec les deux formes de m\u00e9decine.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Retour sur une tradition \u00e9pist\u00e9mologique \u00e9tablie, mais probl\u00e9matique<\/h2>\n\n\n\n<p>Une tradition \u00e9pist\u00e9mologique d\u2019origine certainement bachelardienne veut qu\u2019on \u00e9tablisse une rupture \u00e9pist\u00e9mologique entre les savoirs ordinaires, ou le sens commun, et les savoirs dits \u00ab&nbsp;scientifiques&nbsp;\u00bb. Selon Gaston Bachelard (2004) en effet, \u00ab&nbsp;le fait scientifique est conquis, construit et constat\u00e9&nbsp;\u00bb. Cette id\u00e9e est reprise par Bourdieu, Chamboredon et Passeron (2005) et traduite en une \u00ab&nbsp;hi\u00e9rarchie des actes \u00e9pist\u00e9mologiques&nbsp;\u00bb dont l\u2019ordonnancement doit \u00eatre de mise chaque fois qu\u2019on entreprend un travail scientifique. La conqu\u00eate du fait scientifique implique d\u2019abord une rupture stricte entre le sens commun, donc la non-science, et les connaissances scientifiques, donc la science. La notion d\u2019obstacle \u00e9pist\u00e9mologique d\u00e9velopp\u00e9e par Bachelard (2004) permet de bien cerner sa pens\u00e9e dans ce registre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quand on cherche les conditions psychologiques des progr\u00e8s de la science, dit-il, on arrive bient\u00f4t \u00e0 cette conviction que c\u2019est en termes d\u2019obstacles qu\u2019il faut poser le probl\u00e8me de la connaissance scientifique&nbsp;\u00bb. Et Bachelard encha\u00eene&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>La science, dans son besoin d\u2019ach\u00e8vement comme dans son principe, s\u2019oppose absolument \u00e0 l\u2019opinion\u2026 L\u2019opinion \u00ab&nbsp;pense&nbsp;\u00bb<em> <\/em>mal&nbsp;; elle ne \u00ab&nbsp;pense&nbsp;\u00bb<em> <\/em>pas&nbsp;: elle \u00ab&nbsp;traduit&nbsp;\u00bb<em> <\/em>des besoins en connaissances&nbsp;! En&nbsp;d\u00e9signant les objets par leur utilit\u00e9, elle s\u2019interdit de les conna\u00eetre. On ne peut rien fonder sur l\u2019opinion&nbsp;: il faut d\u2019abord la d\u00e9truire. Elle est le premier obstacle \u00e0 surmonter.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Le m\u00e9tier de sociologue<\/em>, Pierre Bourdieu, Jean-Claude Chamboredon et Jean-Claude Passeron (2005) mettent \u00e9galement en \u00e9vidence la dichotomie sens commun\/connaissance&nbsp;scientifique&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Parce qu\u2019elles ont pour fonction de r\u00e9concilier \u00e0 tout prix la conscience commune avec elle-m\u00eame en proposant des explications, m\u00eame contradictoires, d\u2019un m\u00eame fait, les opinions premi\u00e8res sur les faits sociaux se pr\u00e9sentent comme une collection faussement syst\u00e9matis\u00e9e de jugements \u00e0 usage alternatif. Ces pr\u00e9notions, \u00ab&nbsp;repr\u00e9sentations sch\u00e9matiques et sommaires qui sont form\u00e9es par la pratique et pour elle&nbsp;\u00bb, tiennent leur \u00e9vidence et leur autorit\u00e9, ainsi que l\u2019observe Durkheim, des fonctions sociales qu\u2019elles remplissent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Selon les auteurs pr\u00e9cit\u00e9s et d\u2019autres (Popper, 1985, 1973&nbsp;; Granger, 1991&nbsp;; B\u00e9langer, 1998), la connaissance scientifique doit se d\u00e9tacher du sens commun qui est porteur d\u2019opinions, elles-m\u00eames porteuses de fausses \u00e9vidences et donc, prendre du recul avec des id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues contenues dans le sens commun autant qu\u2019avec ses cat\u00e9gories de pens\u00e9e. Mais au-del\u00e0 de l\u2019id\u00e9e de rupture ou coupure que v\u00e9hiculent ces prises de position \u00e9pist\u00e9mologiques, th\u00e9oriques et m\u00e9thodologiques, se profile, en filigrane, celle de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie de la connaissance dite \u00ab&nbsp;scientifique&nbsp;\u00bb et de sa sup\u00e9riorit\u00e9 ou m\u00eame supr\u00e9matie sur le sens commun, ce dernier se donnant alors \u00e0 voir comme un savoir ordinaire, vulgaire et sans importance. C\u2019est \u00e0 l\u2019aune de la connaissance scientifique que doit donc se construire le sens commun. En effet, la rupture trouve sa v\u00e9ritable signification dans la construction, qui constitue, parmi les trois actes de la hi\u00e9rarchie \u00e9pist\u00e9mologique, une \u00e9tape importante. La construction d\u2019un fait scientifique implique un travail de probl\u00e9matisation, donc de th\u00e9orisation, et de montage d\u2019un cadre op\u00e9ratoire qui consiste \u00e0 \u00ab&nbsp;reconsid\u00e9rer le ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 partir de cat\u00e9gories de pens\u00e9e qui rel\u00e8vent des sciences sociales&nbsp;\u00bb (Campenhoudt &amp; Quivy, 2011). La reconsid\u00e9ration des ph\u00e9nom\u00e8nes sous l\u2019angle d\u00e9fini par des concepts th\u00e9oriques a donc pour but de se d\u00e9barrasser des \u00ab&nbsp;pr\u00e9notions&nbsp;\u00bb qui sont les repr\u00e9sentations sch\u00e9matiques et sommaires de la \u00ab&nbsp;connaissance vulgaire&nbsp;\u00bb (Durkheim, 1967).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Aussi importante que soit cette r\u00e8gle de la m\u00e9thode d\u00e9velopp\u00e9e par Durkheim, aussi utiles que soient les r\u00e9pertoires qui \u00e9tablissent, \u00e0 la suite de Bachelard et Durkheim, la diff\u00e9rence entre science et non-science, il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019ils soul\u00e8vent les uns et les autres plusieurs probl\u00e8mes d\u2019ordre \u00e9pist\u00e9mologique et m\u00e9thodologique. Le premier c\u2019est qu\u2019ils \u00e9tablissent une stricte rupture entre les pr\u00e9notions du sens commun et la connaissance dite \u00ab&nbsp;scientifique&nbsp;\u00bb, et consid\u00e8rent le sens commun comme un obstacle \u00e9pist\u00e9mologique \u00e0 la connaissance en sciences sociales et en sciences de la nature. Ensuite et c\u2019est le second probl\u00e8me, mis en perspective comparative avec ce que l\u2019on appelle les \u00ab&nbsp;savoirs endog\u00e8nes&nbsp;\u00bb, ils ont pour effet de rel\u00e9guer ces connaissances endog\u00e8nes dans la sph\u00e8re des simples pr\u00e9notions, des simples connaissances vulgaires qu\u2019il faut \u00ab&nbsp;reconstruire&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;reconsid\u00e9rer&nbsp;\u00bb \u00e0 partir des cat\u00e9gories de pens\u00e9e et des concepts th\u00e9oriques d\u00e9velopp\u00e9s au Nord et souvent import\u00e9s et appliqu\u00e9s au Sud, alors m\u00eame que la plupart de ces th\u00e9ories participent souvent d\u2019un processus de \u00ab&nbsp;colonisation des savoirs&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Rupture \u00e9pist\u00e9mologique, rupture m\u00e9thodologique et double herm\u00e9neutique des sciences sociales<\/h2>\n\n\n\n<p>La distinction, trop rigide, entre d\u2019un c\u00f4t\u00e9 le sens commun et la connaissance scientifique a \u00e9t\u00e9 remise en cause par certains penseurs, \u00e0 l\u2019instar de Paul Feyerabend (1979), d\u2019Anthony Giddens (1984) ou de J\u00fcrgen Habermas (1976). Ne pouvant pas l\u00e9gitimer cette dichotomie qui a pour effet de disqualifier injustement les savoirs ordinaires, Anthony Giddens estime que, dans le processus d\u2019analyse des r\u00e9alit\u00e9s relatives aux sciences sociales et humaines, on doit prendre en charge \u00e0 la fois les interpr\u00e9tations du chercheur et les interpr\u00e9tations des sujets. C\u2019est ce qu\u2019il appelle la \u00ab&nbsp;double herm\u00e9neutique des sciences sociales&nbsp;\u00bb. La th\u00e8se de la double herm\u00e9neutique insiste d\u2019abord sur les interpr\u00e9tations que le chercheur propose des conduites des sujets. Mais les sujets \u00e9tant des \u00eatres r\u00e9flexifs, il y a aussi les interpr\u00e9tations qu\u2019ils font des situations qu\u2019ils vivent&nbsp;: des interpr\u00e9tations qui conditionnent leurs propres actions et, \u00e0 travers elles, les syst\u00e8mes sociaux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ces deux types d\u2019interpr\u00e9tations, dit-il, ne sont pas \u00e9trangers l\u2019un de l\u2019autre. Il existe entre le chercheur en sciences sociales et le sujet une \u00ab&nbsp;r\u00e9ciprocit\u00e9 d\u2019interpr\u00e9tations, une double herm\u00e9neutique&nbsp;\u00bb. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, les th\u00e9ories et les \u00ab&nbsp;d\u00e9couvertes&nbsp;\u00bb des scientifiques des sciences sociales ne peuvent pas \u00eatre tenues hors de l\u2019univers des significations et des actions de ceux et celles qui en sont l\u2019objet. De l\u2019autre, ces acteurs qui font partie des objets des sciences sociales sont eux aussi des th\u00e9oriciens du social, et leurs th\u00e9ories contribuent \u00e0 la constitution des activit\u00e9s et des institutions qui sont les objets d\u2019\u00e9tude des scientifiques des sciences sociales. Aucune ligne de d\u00e9marcation claire ne s\u00e9pare les acteurs \u00ab&nbsp;ordinaires&nbsp;\u00bb des sp\u00e9cialistes lorsqu\u2019il s\u2019agit de r\u00e9flexion sociologique document\u00e9e. (Giddens, 1984, p.&nbsp;43&nbsp;; voir aussi Nizet, 2007)<\/p>\n\n\n\n<p>En int\u00e9grant les \u00ab&nbsp;acteurs ordinaires&nbsp;\u00bb et les \u00ab&nbsp;savoirs ordinaires&nbsp;\u00bb dans la d\u00e9marche scientifique, Anthony Giddens r\u00e9habilite le sens commun et ses pr\u00e9notions disqualifi\u00e9s dans la tradition \u00e9pist\u00e9mologique bachelardienne et durkheimienne. Il reconnecte par la m\u00eame occasion les deux types de savoirs&nbsp;: savoirs savants et savoirs ordinaires. Loin donc de s\u00e9parer les deux sph\u00e8res, Anthony Giddens les met en interaction et \u00e9tablit la compl\u00e9mentarit\u00e9 qui est cens\u00e9e exister entre les discours dits \u00ab&nbsp;savants&nbsp;\u00bb et ceux dits \u00ab&nbsp;vulgaires&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;ordinaires&nbsp;\u00bb. Il r\u00e9habilite donc la parole des acteurs ordinaires souvent \u00e9touff\u00e9e par les acteurs dits \u00ab&nbsp;scientifiques&nbsp;\u00bb, les seuls \u00e0 qui la notion de rupture \u00e9pist\u00e9mologique r\u00e9serve le pouvoir r\u00e9flexif. Cette observation \u00e9mane \u00e9galement de Jean-Pierre Olivier de&nbsp;Sardan (2008, 1995) qui note que plus g\u00e9n\u00e9ralement la notion de \u00ab&nbsp;rupture&nbsp;\u00bb rend fort mal compte des rapports complexes entre sens commun et sens savant.&nbsp;En fait, dit-il, \u00ab&nbsp;les outils langagiers et cognitifs fondamentaux de l\u2019un et de l\u2019autre sont identiques&nbsp;\u00bb. On doit d\u2019ailleurs \u00e0 Harold Garfinkel d\u2019avoir contribu\u00e9, par ses recherches en ethnom\u00e9thodologie, \u00e0 la r\u00e9habilitation du r\u00f4le du savoir ordinaire et du raisonnement pratique dans les sciences sociales. L\u2019ethnom\u00e9thodologie est en effet caract\u00e9ris\u00e9e par le refus de la coupure \u00e9pist\u00e9mologique&nbsp;; le rejet d\u2019une d\u00e9marcation radicale entre science et sens commun&nbsp;; l\u2019id\u00e9e que le savoir construit par le chercheur se d\u00e9ploie dans le m\u00eame champ ontologique que les autres pratiques sociales et donc, que l\u2019interpr\u00e9tation et la pratique de la recherche ne sont pas en ext\u00e9riorit\u00e9 par rapport au ph\u00e9nom\u00e8ne (Garfinkel, 2007).<\/p>\n\n\n\n<p>La notion de \u00ab&nbsp;rupture m\u00e9thodologique&nbsp;\u00bb se situe entre celle de rupture \u00e9pist\u00e9mologique et la double herm\u00e9neutique des sciences sociales. Les tenants de la th\u00e8se de la rupture m\u00e9thodologique pensent qu\u2019il est bien indiqu\u00e9 de d\u00e9ployer le terme de \u00ab&nbsp;d\u00e9marcation&nbsp;\u00bb que celui de rupture. Admettant qu\u2019il existe une continuit\u00e9 entre le sens commun et le sens savant (id\u00e9e proche de la double herm\u00e9neutique), ils disqualifient quand m\u00eame le sens commun estimant qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un savoir qui ne se construit pas \u00e0 l\u2019aide d\u2019une d\u00e9marche m\u00e9thodologique, retombant de ce fait en partie dans la logique de la rupture \u00e9pist\u00e9mologique. D\u00e8s lors, selon eux, il existe une rupture m\u00e9thodologique entre le sens commun et le sens savant et non pas une rupture \u00e9pist\u00e9mologique. Dans cette perspective, il appara\u00eet que le sens commun, parce que d\u00e9pourvu de posture m\u00e9thodologique, parce que non \u00ab&nbsp;m\u00e9thodologis\u00e9&nbsp;\u00bb en quelque sorte, rel\u00e8ve d\u2019un non-savoir. Il constitue alors, \u00e0 la limite, une forme de connaissance inf\u00e9rieure appel\u00e9e \u00e0 se transformer en savoir scientifique, et donc \u00e0 dispara\u00eetre pour laisser place \u00e0 la seule connaissance scientifique qui, elle, est \u00ab&nbsp;m\u00e9thodologis\u00e9e&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;m\u00e9thodologisable&nbsp;\u00bb. \u00c0&nbsp;ce titre donc, soit le savoir ordinaire demeure un non-savoir ou un savoir de rang inf\u00e9rieur, soit il op\u00e8re une mutation et finit sa course mutationnelle dans la connaissance scientifique avec laquelle il doit alors faire corps apr\u00e8s avoir tout simplement disparu.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Savoirs endog\u00e8nes\u00a0: savoirs p\u00e9rim\u00e9s, provisoires, brouillons, ordinaires, populaires ou vulgaires\u00a0?<\/h2>\n\n\n\n<p>Les savoirs endog\u00e8nes ne sont pas \u00e0 confondre avec des savoirs ordinaires ou ce qu\u2019on appelle habituellement \u00ab&nbsp;le sens commun&nbsp;\u00bb. Pour nous, les savoirs endog\u00e8nes sont des v\u00e9ritables syst\u00e8mes de connaissances, des corpus de savoirs dignes de faire l\u2019objet d\u2019investigation et de fr\u00e9quentation, et dignes de b\u00e9n\u00e9ficier de financements des pouvoirs publics africains au m\u00eame titre que les connaissances h\u00e9rit\u00e9es de la colonisation. Il s\u2019agit en fait de ce que Paulin Hountondji (cit\u00e9 par Goudjinou Metinhoue, 1994, p.&nbsp;38) appelle l\u2019\u00ab&nbsp;ethnoscience&nbsp;\u00bb et qu\u2019il d\u00e9finit comme \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9tude des corpus de connaissance, l\u2019\u00e9tude des savoirs traditionnels transmis de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration&nbsp;\u00bb. On appellera donc savoir endog\u00e8ne, dans une configuration culturelle donn\u00e9e, dit-il, une \u00ab&nbsp;connaissance v\u00e9cue par la soci\u00e9t\u00e9 comme partie int\u00e9grante de son h\u00e9ritage, par opposition aux savoirs exog\u00e8nes qui sont per\u00e7us comme des \u00e9l\u00e9ments d\u2019un autre syst\u00e8me de valeurs&nbsp;\u00bb. Il faut noter que les savoirs endog\u00e8nes sont \u00e9galement appel\u00e9s \u00ab&nbsp;savoirs locaux&nbsp;\u00bb. Le terme \u00e9voque, selon Hountondji (1994, p.&nbsp;15), l\u2019origine des savoirs en question en les d\u00e9signant comme des \u00ab&nbsp;produits internes tir\u00e9s du fonds culturel propre, par opposition aux savoirs exog\u00e8nes, import\u00e9s d\u2019ailleurs&nbsp;\u00bb. Dans le contexte des pays ayant \u00e9t\u00e9 colonis\u00e9s par l\u2019Occident, et en l\u2019occurrence ici les pays africains, les savoirs exog\u00e8nes sont donc des savoirs import\u00e9s d\u2019Occident, donc des savoirs dits \u00ab&nbsp;scientifiques&nbsp;\u00bb. Mis en perspectives dichotomiques, ces savoirs dits \u00ab&nbsp;scientifiques&nbsp;\u00bb ont la particularit\u00e9 de se dresser \u00e0 la fois contre les savoirs ordinaires (vulgaires ou le sens commun) et contre les savoirs endog\u00e8nes qu\u2019ils assimilent aux savoirs vulgaires. En revanche, la notion de savoir ordinaire fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 celle de savoir vulgaire, du sens commun, du savoir profane, du savoir populaire ou du non-savoir dont nous avons abondamment parl\u00e9 ci-haut.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on met le curseur de l\u2019analyse sur le fait qu\u2019il faut \u00e9tablir une rupture \u00e9pist\u00e9mologique entre le sens commun et le sens savant, les savoirs endog\u00e8nes apparaissent, de par la \u00ab&nbsp;position&nbsp;\u00bb qu\u2019ils occupent vis-\u00e0-vis des savoirs dits \u00ab&nbsp;scientifiques&nbsp;\u00bb, comme des savoirs p\u00e9rim\u00e9s, c\u2019est-\u00e0-dire comme des savoirs qui ont \u00e9t\u00e9 utiles pendant un certain moment mais qui sont devenus obsol\u00e8tes, ou encore comme des savoirs provisoires-brouillons qui attendent d\u2019\u00eatre d\u00e9pouill\u00e9s de leur \u00ab&nbsp;gangue&nbsp;\u00bb pour retrouver une certaine \u00ab&nbsp;propret\u00e9&nbsp;\u00bb et acc\u00e9der \u00e0 la l\u00e9gitimit\u00e9. Surtout, les savoirs endog\u00e8nes apparaissent, dans nos pays, comme des connaissances ordinaires, vulgaires, populaires qui rel\u00e8vent du sens commun et qu\u2019il faut d\u00e9tacher du sens savant qui les surplombe et les domine. De mani\u00e8re plus pr\u00e9cise, il faut reconna\u00eetre que l\u2019enseignement et la recherche sont domin\u00e9s par des connaissances dites \u00ab&nbsp;scientifiques&nbsp;\u00bb qui sont en r\u00e9alit\u00e9 des connaissances produites ailleurs, et qui fragilisent le champ argumentaire des savoirs endog\u00e8nes. Il faut remonter \u00e0 la p\u00e9riode coloniale pour comprendre la place moins reluisante qu\u2019occupent les savoirs endog\u00e8nes dans l\u2019architecture et la constellation actuelles des connaissances. Valentin-Yves Mudimbe (2021) a mis en \u00e9vidence le r\u00f4le jou\u00e9 par la \u00ab&nbsp;biblioth\u00e8que coloniale&nbsp;\u00bb dans la constitution des savoirs dits \u00ab&nbsp;savants&nbsp;\u00bb qui ont favoris\u00e9 la colonisation des populations africaines et contribu\u00e9 au d\u00e9clin des connaissances endog\u00e8nes. Critiquant en effet l\u2019ethnologie coloniale par laquelle cette d\u00e9valorisation des savoirs traditionnels a \u00e9t\u00e9 rendue possible, Mudimbe (1973) constate que&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ethnologie a d\u00e9velopp\u00e9 un discours globalisant qui, malgr\u00e9 les partis pris scientifiques, \u00e9tait d\u00e9pendant ou, tout au moins, en relation avec des int\u00e9r\u00eats, des go\u00fbts, des pr\u00e9jug\u00e9s, des a priori \u00e9trangers \u00e0 l\u2019objet \u00e9tudi\u00e9\u2026 Ces productions \u00e9taient, comme elles le sont encore aujourd\u2019hui d\u2019ailleurs, tributaires d\u2019une certaine conception de la science, elle-m\u00eame fonction d\u2019un syst\u00e8me plus g\u00e9n\u00e9ral, rigoureux de par sa logique interne, ordonn\u00e9 et soutenu par des repr\u00e9sentations et des concepts pr\u00e9cis, historiquement ancr\u00e9s dans l\u2019histoire de la soci\u00e9t\u00e9 et de la pens\u00e9e occidentale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si l\u2019ethnologie, sous sa forme d\u00e9cri\u00e9e par Mudimbe, a \u00e9t\u00e9 remise en cause, il faut noter que certaines formes de connaissances port\u00e9es notamment par l\u2019africanisme eurocentriste (Obenga, 2008) continuent de perp\u00e9tuer cette tradition et d\u2019entretenir l\u2019id\u00e9e d\u2019une certaine sup\u00e9riorit\u00e9 culturelle de l\u2019Occident sur les soci\u00e9t\u00e9s et les cultures africaines, l\u2019africanisme s\u2019inscrivant d\u2019ailleurs pleinement dans le projet n\u00e9ocolonial de la France en Afrique (Gondola, 2007). L\u2019id\u00e9e d\u2019une pr\u00e9tendue sup\u00e9riorit\u00e9 culturelle de l\u2019Occident sur les autres soci\u00e9t\u00e9s aboutit d\u2019ailleurs \u00e0 ce que Rajeev Bhargaba (cit\u00e9 par Sarr, 2022, p.&nbsp;69) appelle \u00ab&nbsp;l\u2019injustice \u00e9pist\u00e9mique<em>&nbsp;<\/em>\u00bb. Selon en effet cet auteur, il y a injustice \u00e9pist\u00e9mique lorsque les concepts et les cat\u00e9gories gr\u00e2ce auxquelles un peuple se comprend lui-m\u00eame, aussi bien que son univers, sont remplac\u00e9s par les concepts et les cat\u00e9gories des colonisateurs. Ce processus de remplacement des concepts et th\u00e9ories des peuples colonis\u00e9s s\u2019est agccompagn\u00e9 d\u2019un d\u00e9nigrement des valeurs des soci\u00e9t\u00e9s africaines et de leur savoir. C\u2019est donc \u00e0 travers les connaissances produites par les colonisateurs et consign\u00e9es dans les sciences sociales que s\u2019est op\u00e9r\u00e9 ce processus de sabotage et de destruction des cadres culturels et \u00e9pist\u00e9miques des peuples colonis\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui encore, les objets d\u2019\u00e9tude, les m\u00e9thodes et les normes intellectuelles de recherche, et les enseignements des universit\u00e9s et instituts de recherche situ\u00e9s dans le Nord refl\u00e8tent leur propre exp\u00e9rience et leur position sociale, mais en raison de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie mondiale qu\u2019ils exercent, la recherche et l\u2019enseignement des sciences sociales dans toutes les autres parties du monde sont fortement affect\u00e9s par les id\u00e9es, les m\u00e9thodes et les pratiques actuelles dans le Nord (Beigel et al., 2017&nbsp;; Ou\u00e9draogo &amp; Hendricks, 2015). Dans ce contexte marqu\u00e9 aussi par la mondialisation, il n\u2019est pas surprenant que les savoirs traditionnels se retrouvent sur les marges et passent pour des savoirs vulgaires non fr\u00e9quentables, non susceptibles de figurer dans les programmes d\u2019enseignement de nos universit\u00e9s. Comme le note si bien Paulin Hountondji (1994)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019int\u00e9gration du tiers monde au processus mondial de production des connaissances entra\u00eene, entre autres effets tangibles, la marginalisation des savoirs et savoir-faire anciens, leur \u00e9tiolement progressif, leur appauvrissement, voire, dans les pires des cas, leur disparition pure et simple, leur refoulement hors du souvenir conscient des peuples.<\/p>\n\n\n\n<p>Faisant \u00e9cho \u00e0 la r\u00e9flexion de Paulin Hountondji, Dipesh Chakrabarty (2009) constate que la domination coloniale de l\u2019Europe en Asie du Sud a eu pour effet de transformer des traditions intellectuelles sanskrites, persanes ou arabes, jadis ininterrompues et bel et bien vivantes, en \u00ab&nbsp;simples objets de recherche pour la plupart, sinon pour tous les historiens modernes de la r\u00e9gion, qui traitent d\u00e9sormais ces traditions comme v\u00e9ritablement mortes, comme de l\u2019histoire ancienne&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il est d\u00e8s lors ais\u00e9 d\u2019expliquer le manque d\u2019int\u00e9r\u00eat que les \u00e9lites politiques et intellectuelles issues des anciennes colonies, et en l\u2019occurrence ici les \u00e9lites africaines, manifestent \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la m\u00e9decine traditionnelle et leur pr\u00e9f\u00e9rence pour la m\u00e9decine dite \u00ab&nbsp;moderne&nbsp;\u00bb par exemple. Tout ce qui touche \u00e0 la m\u00e9decine traditionnelle est vite consid\u00e9r\u00e9 par des \u00e9lites model\u00e9es par la pens\u00e9e unique et moniste comme rebutant, r\u00e9pr\u00e9hensible, d\u00e9grad\u00e9 et d\u00e9gradant. La dynamique sociale africaine montre clairement aujourd\u2019hui que des millions d\u2019Africains ont refus\u00e9 le vaccin contre la Covid-19 fabriqu\u00e9 dans des laboratoires occidentaux. Ils mettent en cause la l\u00e9gitimit\u00e9 de la connaissance m\u00e9dicale dite \u00ab&nbsp;scientifique&nbsp;\u00bb et se tournent vers des savoirs traditionnels m\u00e9dico-sanitaires qu\u2019ils ont valid\u00e9s et hiss\u00e9s au rang des savoirs fr\u00e9quentables. Cependant, l\u2019OMS et ses experts n\u2019ont eu de cesse de produire un discours tentant d\u2019attribuer les taux bas de vaccination constat\u00e9s en Afrique \u00e0 l\u2019insuffisance des stocks de vaccins et \u00e0 d\u2019autres facteurs farfelus, alors m\u00eame que des stocks de vaccins p\u00e9rim\u00e9s, parce que non utilis\u00e9s, ont \u00e9t\u00e9 br\u00fbl\u00e9s par les gouvernements de certains pays africains. Par ailleurs, certains chefs d\u2019\u00c9tat et certaines personnalit\u00e9s africaines qui ont pris l\u2019initiative de porter des id\u00e9es et projets li\u00e9s \u00e0 la valorisation des connaissances m\u00e9dicales traditionnelles ont vite \u00e9t\u00e9 discr\u00e9dit\u00e9s et d\u00e9courag\u00e9s par d\u2019autres Africains. Et pourtant, tout porte \u00e0 croire qu\u2019il fallait d\u2019abord encourager ces initiatives et les inscrire dans un agenda intellectuel et scientifique, et donc en faire un probl\u00e8me public continental dont l\u2019appropriation par l\u2019Union africaine, en tant qu\u2019autorit\u00e9 morale, aurait peut-\u00eatre permis de faire bouger les lignes et de changer de paradigme.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce manque d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ce qui est d\u2019abord africain, ce qui est ancr\u00e9 d\u2019abord dans la culture africaine et concerne les int\u00e9r\u00eats de l\u2019Afrique par les Africains et pour les Africains, est \u00e9galement soulign\u00e9 par Jean-Marc Ela (1994). Ce dernier fait allusion \u00e0 l\u2019incurie des Africains face \u00e0 ce qu\u2019on appelle habituellement les \u00ab&nbsp;\u00e9tudes africaines&nbsp;\u00bb. Ces \u00e9tudes sont n\u00e9es pendant la p\u00e9riode coloniale et se sont d\u00e9velopp\u00e9es en Europe et en Am\u00e9rique, et contribuent, sans aucun doute, au progr\u00e8s des connaissances sur l\u2019Afrique. Mais il faut observer, dit cet auteur, que&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Ces \u00e9tudes se sont davantage cantonn\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9tranger alors qu\u2019elles restent embryonnaires en Afrique. Au sein des universit\u00e9s nationales, on ne trouve pas toujours, comme cela para\u00eet tout \u00e0 fait normal \u00e0 Leiden ou \u00e0 Boston, des centres et des instituts sp\u00e9cialis\u00e9s dans la connaissance de l\u2019Afrique. On se demande, dit-il, si les universit\u00e9s africaines assument la t\u00e2che qui consiste \u00e0 promouvoir des \u00e9tudes sur les r\u00e9alit\u00e9s des terroirs africains. Comment admettre que nous abandonnions cette t\u00e2che \u00e0 d\u2019autres dans un contexte o\u00f9, trop souvent, les \u00e9tudes d\u00e9velopp\u00e9es hors de l\u2019Afrique s\u2019inscrivent dans les strat\u00e9gies qui nous \u00e9chappent&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9activer les savoirs endog\u00e8nes et promouvoir le pluralisme intellectuel<\/h2>\n\n\n\n<p>Cependant, un mouvement de contestation du savoir dominant et de l\u00e9gitimation d\u2019autres formes de savoir est en marche depuis quelques ann\u00e9es. Fernanda Beigel, Jean-Bernard Ou\u00e9draogo et Raewyn Connell (2017) attirent l\u2019attention sur la \u00ab&nbsp;grande diversit\u00e9 \u00e9pist\u00e9mique qui se pr\u00e9pare aujourd\u2019hui sous la surface h\u00e9g\u00e9monique et qui met en sc\u00e8ne la n\u00e9cessit\u00e9 de construire des connaissances \u00e0 partir des fractures \u00e9pist\u00e9mologiques&nbsp;\u00bb. La crise du coronavirus montre que la question de l\u2019articulation du savoir endog\u00e8ne en g\u00e9n\u00e9ral, et de la r\u00e9habilitation de la m\u00e9decine endog\u00e8ne en particulier, est une question vitale. \u00c9videmment, la revalorisation des connaissances endog\u00e8nes suppose, au pr\u00e9alable, la remise en question de la rupture \u00e9pist\u00e9mologique dont nous avons analys\u00e9 quelques aspects <em>supra<\/em>, ensuite la reconnaissance de l\u2019interaction qui existe entre ces savoirs et les autres formes de connaissances et enfin la red\u00e9couverte des fondements traditionnels perdus contenus dans ces connaissances. La l\u00e9gitimation de ces connaissances participe d\u2019ailleurs du processus de restauration de la justice cognitive (Piron et al., 2016&nbsp;; lire aussi Shivji, 2023&nbsp;; Tour\u00e9, 2023&nbsp;; Tshibwabwa Kuditshini, 2023). Il ne s\u2019agit pas cependant d\u2019interroger ces savoirs et savoir-faire ancestraux de mani\u00e8re accidentelle et ponctuelle, suite \u00e0 des \u00e9checs ou des insuffisances du syst\u00e8me dominant&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Ce pari pour la rationalit\u00e9 commande une tout autre attitude, un tout autre rapport aux savoirs \u00ab&nbsp;traditionnels&nbsp;\u00bb que ceux qui pr\u00e9valent aujourd\u2019hui. Il appelle la mise en place, dans les diff\u00e9rentes disciplines, de m\u00e9thodologies nouvelles pouvant permettre de tester, d\u2019appr\u00e9cier, et au total d\u2019\u00e9carter ou de valider, dans des proportions diverses, les connaissances traditionnelles, les int\u00e9grant ainsi de mani\u00e8re critique et avec tout le discernement n\u00e9cessaire, au mouvement de la recherche vivante. (Hountondji, 1994)&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette \u00e9tude, nous sommes partis d\u2019une hypoth\u00e8se g\u00e9n\u00e9rale consistant \u00e0 remettre en cause la notion de rupture \u00e9pist\u00e9mologique entre le sens commun ou connaissance ordinaire et le sens savant ou connaissance scientifique. Ensuite, nous avons montr\u00e9 que le traitement souvent r\u00e9serv\u00e9 aux connaissances endog\u00e8nes est tel qu\u2019on les assimile souvent \u00e0 des connaissances ordinaires, au sens commun, \u00e0 des simples opinions, \u00e0 des pr\u00e9notions, \u00e0 des pr\u00e9jug\u00e9s. Et \u00e0 ce titre, la tendance a \u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9tablir une rupture \u00e9pist\u00e9mologique entre les savoirs endog\u00e8nes et les connaissances dites \u00ab&nbsp;scientifiques&nbsp;\u00bb, ce qui sous-entend en fait que les connaissances endog\u00e8nes n\u2019ont pas le statut de connaissance scientifique, mais celui de simples savoirs ordinaires comme on en trouve aupr\u00e8s de chaque individu, chaque communaut\u00e9, chaque soci\u00e9t\u00e9. Or, comme soulign\u00e9 <em>supra<\/em>, il ne faut pas confondre savoirs endog\u00e8nes et sens commun ou savoirs ordinaires. Tout le monde est d\u00e9tenteur d\u2019un savoir ordinaire qui lui permet d\u2019organiser ses activit\u00e9s quotidiennes, savoir qui fait d\u2019ailleurs l\u2019objet des recherches ethnom\u00e9thodologiques de Harold Garfinkel (2007). Mais tout le monde n\u2019est pas d\u00e9tenteur d\u2019un savoir endog\u00e8ne, donc d\u2019une science endog\u00e8ne. C\u2019est notamment le cas de la m\u00e9decine traditionnelle. Les m\u00e9decins traditionnels, qu\u2019on a pris l\u2019habitude de nommer \u00ab&nbsp;tradipraticiens&nbsp;\u00bb pour justement marquer et \u00e9tablir une rupture entre eux et les m\u00e9decins form\u00e9s dans les universit\u00e9s (alors que ce qui est requis est un esprit de collaboration entre eux), sont des techniciens du savoir m\u00e9dical traditionnel dont l\u2019acquisition requiert formation, apprentissage et initiation.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Notre esprit et notre conscience ont tellement \u00e9t\u00e9 \u00ab&nbsp;colonis\u00e9s&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;lav\u00e9s&nbsp;\u00bb via des cat\u00e9gories de pens\u00e9e \u00e9trang\u00e8res qu\u2019on en vient m\u00eame \u00e0 oublier que cette m\u00e9decine-l\u00e0 existe depuis des temps imm\u00e9moriaux, c\u2019est-\u00e0-dire avant m\u00eame la colonisation et l\u2019introduction de la m\u00e9decine occidentale en Afrique. De mani\u00e8re plus extensive et regrettable d\u2019ailleurs, on en vient \u00e0 oublier que la vie politique a exist\u00e9 en Afrique avant la p\u00e9riode coloniale&nbsp;; que des parlements, des gouvernements, des provinces, des fonctionnaires, des gouverneurs, etc., et des \u00c9tats (empires et royaumes) entretenant des relations diplomatiques, ont exist\u00e9 avant la p\u00e9n\u00e9tration europ\u00e9enne sur le continent. Nul n\u2019est besoin de rappeler que des guerres de conqu\u00eate des terres et des ressources naturelles, donc des conflits g\u00e9opolitiques, scandent aussi le rythme de l\u2019histoire de l\u2019Afrique pr\u00e9coloniale. On oublie facilement que des grands guerriers, p\u00e9tris de strat\u00e9gies et de tactiques militaires, n\u2019ont pas exist\u00e9 qu\u2019en Europe, mais qu\u2019on en trouve aussi dans l\u2019Afrique d\u2019avant la colonisation. On arrive \u00e0 perdre de vue que des femmes africaines pr\u00e9coloniales ont \u00e9t\u00e9 des agents d\u2019historicit\u00e9 au m\u00eame titre que les hommes, \u00e0 la mani\u00e8re de cette femme congolaise d\u2019exception, Kimpa Vita, dont l\u2019action de r\u00e9sistance men\u00e9e pendant la p\u00e9riode pr\u00e9coloniale contre les Portugais s\u2019inscrit dans le sillage de la qu\u00eate de la d\u00e9mocratie et du nationalisme \u00ab&nbsp;kongolais&nbsp;\u00bb (Tshibwabwa Kuditshini, 2011).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Apprendre de la m\u00e9decine traditionnelle en temps de crise pand\u00e9mique<\/h2>\n\n\n\n<p>La m\u00e9decine traditionnelle africaine a quelque chose \u00e0 nous apprendre, et la dynamique sociale actuelle \u00e0 l\u2019\u0153uvre met en relief les le\u00e7ons que les \u00e9lites politiques et intellectuelles africaines doivent tirer des vertus port\u00e9es par les traitements m\u00e9dicaux traditionnels tels qu\u2019ils se donnent \u00e0 voir \u00e0 travers les effets positifs qu\u2019ils ont exerc\u00e9s sur les populations africaines qui les utilisent. En effet, il est \u00e9tabli aujourd\u2019hui que les populations africaines ont r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 la vaccination au regard de la faible couverture vaccinale constat\u00e9e en Afrique. Selon l\u2019OMS (2022), au 30&nbsp;juin 2022, 252&nbsp;millions de personnes avaient re\u00e7u au moins une dose de vaccin contre la Covid-19, ce qui repr\u00e9sente 22,7&nbsp;% de la population de la r\u00e9gion africaine (20,1&nbsp;% fin mai&nbsp;2022), tandis que 197&nbsp;millions de personnes avaient re\u00e7u le nombre requis de doses de vaccin dans la s\u00e9rie de primo-vaccination (personnes enti\u00e8rement vaccin\u00e9es), soit 17,7&nbsp;% de la population cible de la r\u00e9gion africaine (15,1&nbsp;% fin mai&nbsp;2022). \u00c0&nbsp;l\u2019\u00e9chelle mondiale, 61&nbsp;% de la population \u00e9tait enti\u00e8rement vaccin\u00e9e au 30&nbsp;juin 2022. Jusqu\u2019\u00e0 cette date, poursuit ce rapport de l\u2019OMS, seuls deux pays avaient compl\u00e8tement vaccin\u00e9 plus de 70&nbsp;% de leur population&nbsp;: Maurice (76,9&nbsp;%) et les Seychelles (82,1&nbsp;%). Ce bulletin de l\u2019OMS fait \u00e9galement \u00e9tat des doses de vaccins p\u00e9rim\u00e9es. En effet, il appert que le nombre cumul\u00e9 de doses p\u00e9rim\u00e9es est pass\u00e9 de 9&nbsp;695&nbsp;058<em> <\/em>fin mai&nbsp;2022 \u00e0<em> <\/em>17&nbsp;797&nbsp;294 fin juin&nbsp;2022 (soit une augmentation de 84&nbsp;%). Madagascar (20,1&nbsp;%), l\u2019Alg\u00e9rie (18,8&nbsp;%) et le S\u00e9n\u00e9gal (18,1&nbsp;%) ont enregistr\u00e9 le pourcentage le plus \u00e9lev\u00e9 de doses p\u00e9rim\u00e9es par rapport aux doses re\u00e7ues.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Comme on peut s\u2019en rendre compte, ces donn\u00e9es refl\u00e8tent la faible couverture vaccinale contre la Covid-19 en Afrique. Le moins qu\u2019on puisse dire c\u2019est que s\u2019il faut rendre compte du fait que certaines personnes ont eu recours \u00e0 ce vaccin malgr\u00e9 elles, d\u2019autant plus qu\u2019elles y \u00e9taient contraintes d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre, il appara\u00eet clairement que le pourcentage total de la population africaine qui a accept\u00e9 de se faire vacciner librement devrait \u00eatre normalement revu \u00e0 la baisse. \u00c9voquer l\u2019insuffisance des stocks de vaccins comme facteur explicatif de cette faible couverture vaccinale rel\u00e8ve d\u2019un paradoxe dans la mesure o\u00f9 le nombre de doses p\u00e9rim\u00e9es fin juin&nbsp;2022 se chiffre \u00e0 17&nbsp;797&nbsp;294. Ce chiffre cons\u00e9quent traduit tout simplement la m\u00e9fiance que les populations ont manifest\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9gard du vaccin. Par ailleurs, selon les donn\u00e9es de l\u2019universit\u00e9 John-Hopkins de Boston, l\u2019Afrique a enregistr\u00e9, au 20&nbsp;juin 2022, 254&nbsp;661 d\u00e9c\u00e8s pour un nombre total de cas estim\u00e9 \u00e0 11&nbsp;979&nbsp;753. L\u2019immunit\u00e9 crois\u00e9e, le facteur climatique et la jeunesse de la population africaine sont souvent \u00e9voqu\u00e9s pour expliquer les faibles taux de contaminations et de d\u00e9c\u00e8s. Bien s\u00fbr, la plupart de ces hypoth\u00e8ses ne sont pas encore prouv\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et pourtant, la litt\u00e9rature savante ne fait pas mention des mesures de pr\u00e9vention adopt\u00e9es par les populations africaines d\u00e8s l\u2019annonce de l\u2019arriv\u00e9e de la Covid-19 sur le continent et m\u00eame avant cette survenance, mesures qui expliquent aussi, en grande partie, les faibles taux de contamination. En effet, lorsque le coronavirus s\u2019est introduit en terre africaine, le premier r\u00e9flexe de la population a \u00e9t\u00e9 de se ruer vers les rem\u00e8des que propose la m\u00e9decine traditionnelle. Les Africains et les Africaines n\u2019ont pas attendu qu\u2019un quelconque vaccin vienne de quelque part pour les d\u00e9livrer de la pand\u00e9mie, les hommes et les femmes ont pris l\u2019initiative de se tourner vers les pharmaciens et les m\u00e9decins traditionnels. Ils n\u2019ont pas attendu que l\u2019initiative vienne de l\u2019OMS, des pouvoirs publics ou des acteurs de la m\u00e9decine dite \u00ab&nbsp;moderne&nbsp;\u00bb pour trouver des solutions africaines, \u00e0 travers notamment le savoir m\u00e9dical ancestral. Des plantes telles que les lumba-lumba, kongo bololo, neem, <em>Artemisia<\/em>, ndol\u00e9, tsitsitsimba, sinki, clou de girofle, gingembre, thym, armoise blanche, menthe, verveine, cannelle, eucalyptus, etc. ont \u00e9t\u00e9 mises \u00e0 contribution par les tradipraticiens et offertes \u00e0 la population. Selon ces derniers, elles ont le pouvoir de gu\u00e9rir les malades atteints de Covid-19 ou d\u2019\u00eatre mobilis\u00e9es comme m\u00e9dicaments pr\u00e9ventifs parce qu\u2019elles ont toujours soign\u00e9 des maladies dont les sympt\u00f4mes s\u2019apparentent \u00e0 ceux de la Covid-19. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une hypoth\u00e8se de travail, mieux de recherche, d\u00e9coulant d\u2019une expertise qui se ressource \u00e0 un savoir m\u00e9dical endog\u00e8ne et qui doit \u00eatre prise en consid\u00e9ration au m\u00eame titre qu\u2019une hypoth\u00e8se formul\u00e9e par les praticiens de la biom\u00e9decine dite \u00ab&nbsp;moderne&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Rien ne permet de penser que les ressources du savoir m\u00e9dical d\u2019origine occidentale sont celles qui sont fr\u00e9quentables et potables et que les connaissances ancr\u00e9es dans la culture africaine sont des savoirs de basse \u00e9chelle. L\u2019id\u00e9e \u00e9tablissant un lien entre le recours \u00e0 la m\u00e9decine traditionnelle et les faibles taux de contamination et de d\u00e9c\u00e8s en Afrique est \u00e0 prendre au s\u00e9rieux. Nous pensons que cette direction doit \u00eatre explor\u00e9e et exploit\u00e9e parce que, bien que notre recherche ne soit pas empirique, cette pr\u00e9somption est formul\u00e9e sur la base d\u2019une observation empirique, donc sur la base d\u2019un constat effectu\u00e9 sur plusieurs personnes qui ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9, lors de nos entretiens exploratoires, avoir \u00e9t\u00e9 soulag\u00e9es apr\u00e8s avoir inhal\u00e9 pendant trois jours la vapeur d\u00e9gag\u00e9e par les plantes m\u00e9dicinales, alors qu\u2019elles \u00e9taient diagnostiqu\u00e9es positives au coronavirus. D\u2019autres personnes ont fait savoir que pour pr\u00e9venir la contamination, ils ont eu recours aux plantes m\u00e9dicinales, conform\u00e9ment aux conseils de leurs pharmaciens traditionnels.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre raison qui milite en faveur de cette conjecture est cette esp\u00e8ce de flou qui continue \u00e0 entourer les donn\u00e9es chiffr\u00e9es avanc\u00e9es par diverses institutions pourvoyeuses des statistiques relatives \u00e0 l\u2019\u00e9volution des cas et des d\u00e9c\u00e8s dus \u00e0 la Covid-19. En effet, si comme l\u2019attestent les donn\u00e9es de l\u2019universit\u00e9 John-Hopkins, l\u2019Afrique a enregistr\u00e9, au 20&nbsp;juin 2022, 11&nbsp;979&nbsp;753 cas de personnes contamin\u00e9es par la Covid-19, cela veut dire que la plupart de ces gens sont gu\u00e9ris ou alors sont en voie de l\u2019\u00eatre parce que les personnes d\u00e9c\u00e9d\u00e9es sont d\u00e9j\u00e0 comptabilis\u00e9es et connues \u00e0 cette date-l\u00e0, soit 254&nbsp;661 personnes. Questions&nbsp;: peut-on affirmer que ces millions de personnes qui ont recouvr\u00e9 leur sant\u00e9 ou vont la recouvrer ont toutes \u00e9t\u00e9 intern\u00e9es dans des h\u00f4pitaux et trait\u00e9es via la m\u00e9decine moderne sur un continent qui manque d\u2019infrastructures sanitaires&nbsp;? Au regard de la m\u00e9fiance que les populations africaines ont affich\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la m\u00e9decine moderne qui s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e impuissante face \u00e0 des dizaines de milliers de personnes qui succombaient en Europe et aux USA dans des h\u00f4pitaux officiels, n\u2019est-il pas permis de croire que la plupart des personnes contamin\u00e9es en Afrique ont trouv\u00e9 refuge dans la m\u00e9decine traditionnelle&nbsp;? Comment auraient-elles pu continuer \u00e0 faire totalement confiance en des h\u00f4pitaux officiels devenus finalement des endroits dangereux o\u00f9 l\u2019hospitalisation rimait davantage avec une mort \u00e9ventuelle qu\u2019avec une gu\u00e9rison \u00e9ventuelle&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0&nbsp;moins de prendre les Africains pour des \u00ab&nbsp;idiots culturels&nbsp;\u00bb d\u00e9nu\u00e9s de tout pouvoir r\u00e9flexif, il est mal venu d\u2019admettre que la m\u00e9decine traditionnelle africaine n\u2019a pas jou\u00e9 un r\u00f4le salvateur de premier plan dans les fr\u00e9missements et soubresauts li\u00e9s \u00e0 la crise pand\u00e9mique actuelle. En R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (RDC) par exemple, des rumeurs tr\u00e8s persistantes faisant \u00e9tat de pratiques douteuses de d\u00e9c\u00e8s provoqu\u00e9s par des m\u00e9decins pour grossir les rangs des morts dues \u00e0 la Covid-19 \u2013&nbsp;dans le but de capter des rentes artificielles provenant des diff\u00e9rentes aides fournies par les bailleurs de fonds&nbsp;\u2013 ont fait le tour des r\u00e9seaux sociaux, cr\u00e9ant une psychose qui a amen\u00e9 les gens \u00e0 se m\u00e9fier des structures sanitaires institutionnelles. De toutes les fa\u00e7ons, il faut faire remarquer clairement ici que toutes les personnes atteintes de Covid-19 n\u2019\u00e9taient pas prises en charge m\u00e9dicalement par les structures sanitaires officielles. Cela veut dire aussi, en d\u2019autres termes, que toutes les statistiques officielles en rapport avec les cas des personnes contamin\u00e9es sont erron\u00e9es parce qu\u2019elles sont incompl\u00e8tes. Le niveau de contamination a \u00e9t\u00e9 sous-\u00e9valu\u00e9 \u00e0 cause de plusieurs facteurs dus aux comportements de la population \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la pand\u00e9mie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En RDC, et en particulier \u00e0 Kinshasa, quatre sc\u00e9narios ont \u00e9t\u00e9 observ\u00e9s \u00e0 ce sujet lors de nos enqu\u00eates exploratoires. Le premier sc\u00e9nario concerne les patients qui \u00e9taient test\u00e9s positifs \u00e0 la Covid-19 et qui \u00e9taient effectivement pris en charge par des structures \u00e9tatiques. Ce sont des patients qui n\u2019affichaient aucune attitude d\u2019hostilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la m\u00e9decine moderne. Il y a eu parmi eux des cas de d\u00e9c\u00e8s. Ce sont ces donn\u00e9es qui ont servi \u00e0 \u00e9laborer en grande partie les statistiques officielles. Le deuxi\u00e8me sc\u00e9nario a trait aux personnes atteintes et dont la gravit\u00e9 de la maladie n\u00e9cessitait une prise en charge m\u00e9dicalis\u00e9e, mais qui h\u00e9sitaient \u00e0 rejoindre les salles d\u2019hospitalisation. \u00c0&nbsp;ceux-l\u00e0, on proposait la prise de produits prescrits par les m\u00e9decins \u00e0 domicile, et on leur interdisait tout contact physique avec les autres membres de la famille ou avec l\u2019entourage imm\u00e9diat&nbsp;; ils devaient donc se mettre en quarantaine tout en n\u2019\u00e9tant pas hospitalis\u00e9s. Leurs donn\u00e9es ont \u00e9galement servi \u00e0 \u00e9laborer, en partie, les statistiques, mais il est possible qu\u2019ils aient contamin\u00e9 d\u2019autres personnes dans leur entourage imm\u00e9diat parce que l\u2019observance des mesures barri\u00e8res n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 rigoureuse. Ces contaminations peuvent \u00eatre pass\u00e9es inaper\u00e7ues, \u00e9chappant de ce fait au contr\u00f4le des autorit\u00e9s sanitaires et ne venant donc pas alimenter les statistiques officielles. En outre, la plupart de ces patients qui n\u2019\u00e9taient pas hospitalis\u00e9s ont \u00e9t\u00e9, \u00e0 la suite d\u2019influences diverses dont ils \u00e9taient l\u2019objet, contraints de combiner les produits prescrits par les m\u00e9decins avec les produits provenant de la m\u00e9decine traditionnelle.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me sc\u00e9nario concerne les patients qui, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 test\u00e9s positifs, s\u2019en sont remis carr\u00e9ment \u00e0 la m\u00e9decine traditionnelle. En effet, bien que la norme officielle \u00e9dict\u00e9e par les autorit\u00e9s ait pr\u00e9vu d\u2019interner imm\u00e9diatement les malades atteints de Covid-19 dans des structures de sant\u00e9 bien indiqu\u00e9es, la pratique observ\u00e9e sur le terrain \u00e9tait telle que beaucoup de personnes test\u00e9es positives ont choisi de d\u00e9roger \u00e0 cette norme et de rester \u00e0 leur domicile pour suivre un traitement traditionnel. Beaucoup de m\u00e9decins ont certes r\u00e9percut\u00e9 les normes officielles et respect\u00e9 le protocole fix\u00e9 par le gouvernement, mais c\u2019\u00e9tait sans compter sur la d\u00e9termination de certains patients qui n\u2019entendaient pas suivre ce protocole et se m\u00e9fiaient de la m\u00e9decine moderne. Il convient de signaler aussi que certains patients, bien qu\u2019hospitalis\u00e9s, ont fait venir \u00e0 leur chevet les produits d\u2019origine traditionnelle, \u00e0 l\u2019insu des professionnels de la sant\u00e9 qui ne pouvaient pas contr\u00f4ler tous les faits et gestes de leurs malades 24&nbsp;heures sur 24. Les produits traditionnels pouvaient atteindre ces patients via les membres de leurs familles qui faisaient le \u00ab&nbsp;garde-malade&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, et c\u2019est le dernier sc\u00e9nario, il faut mentionner les personnes qui, \u00e0 partir de certains sympt\u00f4mes pressentis, laissaient entendre qu\u2019elles pouvaient \u00eatre contamin\u00e9es&nbsp;; mais ne voulaient pas se rendre \u00e0 l\u2019h\u00f4pital pour se faire tester, pr\u00e9f\u00e9rant se tourner directement vers la consommation de plantes m\u00e9dicinales suppos\u00e9es avoir des vertus curatives ou pr\u00e9ventives. Ces personnes n\u2019apparaissent pas dans les statistiques officielles, et donc dans les analyses biom\u00e9dicales. Dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es, il faut \u00e9voquer la situation de certaines personnes qui, test\u00e9es positives, s\u2019arrangeaient pour que leurs cas passent sous le r\u00e9gime de l\u2019anonymat, moyennant certainement quelques arrangements avec les professionnels de la sant\u00e9 parce que les patients souffrant de Covid-19, du moins pendant les premiers mois de l\u2019apparition de la pathologie, \u00e9taient stigmatis\u00e9s et presque assimil\u00e9s \u00e0 ceux porteurs du VIH. C\u2019est en grande partie cette m\u00eame raison qui explique l\u2019acharnement de plusieurs personnes potentiellement contamin\u00e9es \u00e0 se mettre loin du regard des organes \u00e9tatiques officiels \u00e0 travers le boycott des h\u00f4pitaux et des tests.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les conclusions d\u2019une \u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e par une \u00e9quipe de scientifiques congolais, allemands, japonais et fran\u00e7ais (Delaporte &amp; Nkuba, 2021), entre le 22&nbsp;octobre et le 8&nbsp;novembre 2020, viennent en appui aux r\u00e9sultats de nos recherches exploratoires. Elles montrent que \u00ab&nbsp;la maladie a circul\u00e9 mais sans augmentation des formes graves&nbsp;\u00bb, note Antoine Nkuba, un des membres de cette \u00e9quipe de recherche. Plusieurs causes possibles pourraient expliquer ces faibles taux de morbidit\u00e9 et de mortalit\u00e9, selon \u00c9ric Delaporte, un autre membre de l\u2019\u00e9quipe. L\u2019une d\u2019elles tient \u00e0 la d\u00e9mographie. La population est plus jeune qu\u2019en Europe, dit-il. Or, les jeunes sont ceux qui ont \u00e9t\u00e9 le moins touch\u00e9s par les formes graves de Covid-19. Il \u00e9voque \u00e9galement une immunit\u00e9 plus d\u00e9velopp\u00e9e. Enfin, les conditions climatiques, notamment la chaleur, auraient pu \u00e9galement contenir la diffusion du virus. Les r\u00e9sultats de cette enqu\u00eate montrent en fait deux choses essentielles qui recoupent en partie les donn\u00e9es de nos recherches&nbsp;: d\u2019abord, le niveau de contamination a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 contrairement aux statistiques officielles, ce qui veut dire que plusieurs cas de contamination ont \u00e9chapp\u00e9 aux circuits sanitaires officiels incarn\u00e9s par la m\u00e9decine moderne&nbsp;; deuxi\u00e8mement, malgr\u00e9 ce niveau \u00e9lev\u00e9 de contamination, le taux de mortalit\u00e9 est rest\u00e9 bas, ce qui peut s\u2019expliquer par les facteurs encore hypoth\u00e9tiques mis en lumi\u00e8re par les membres de cette \u00e9quipe, mais aussi et surtout par des mesures pr\u00e9ventives adopt\u00e9es par une grande partie de la population \u00e0 travers la consommation de plantes m\u00e9dicinales. Cependant, le lecteur remarquera que le traitement pr\u00e9ventif par le recours \u00e0 la m\u00e9decine traditionnelle n\u2019appara\u00eet pas comme hypoth\u00e8se de travail dans les conclusions de cette \u00e9quipe de scientifiques.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, l\u00e0 o\u00f9 la biom\u00e9decine aurait pu collaborer avec les d\u00e9tenteurs de savoirs m\u00e9dicaux traditionnels pour envisager la possibilit\u00e9 de mener des recherches d\u2019envergure en vue d\u2019inventer un rem\u00e8de africain capable de gu\u00e9rir la maladie, tout ce qu\u2019on a constat\u00e9 est une rupture entre les deux types de savoirs m\u00e9dicaux&nbsp;: d\u2019une part, des m\u00e9decins confin\u00e9s dans leur bulle en train de cogiter sur les solutions \u00e0 envisager pour \u00e9radiquer la crise \u00e0 l\u2019aide d\u2019un vaccin qui devait venir d\u2019ailleurs et dont les Africains devaient servir de cobayes pour tester son efficacit\u00e9 selon la proposition avanc\u00e9e par ces deux professeurs fran\u00e7ais&nbsp;; d\u2019autre part, des m\u00e9decins traditionnels investis dans la recherche de plantes suppos\u00e9es avoir des vertus pr\u00e9ventives et curatives, \u00e9voluant bien s\u00fbr en solo eux aussi. Ne disposant pas des capacit\u00e9s industrielles pharmaceutiques comme celles des puissances occidentales, les \u00e9lites politiques et intellectuelles africaines auraient d\u00fb d\u2019abord exploiter et explorer la voie qui est \u00e0 leur port\u00e9e, celle relative aux innombrables plantes m\u00e9dicinales qui peuplent nos riches for\u00eats et tester, \u00e0 travers des proc\u00e9dures scientifiques rigoureuses \u2013&nbsp;dans le cadre de la collaboration entre la m\u00e9decine moderne et la m\u00e9decine traditionnelle&nbsp;\u2013, celles qui sont susceptibles d\u2019avoir des effets curatifs ou pr\u00e9ventifs. D\u2019o\u00f9 l\u2019importance de reconstruire le paysage des savoirs dans les pays africains si l\u2019on veut r\u00e9ussir le pari de la r\u00e9activation des connaissances endog\u00e8nes. Cette reconstruction des savoirs n\u00e9cessite, selon Felwine Sarr (2022), de \u00ab&nbsp;repenser la pluralit\u00e9 des p\u00e9riples de la pens\u00e9e humaine, partant de l\u2019id\u00e9e d\u2019une \u00e9galit\u00e9 de principe des diff\u00e9rentes traditions de pens\u00e9e ou des pratiques discursives, tout en reconnaissant leur incommensurabilit\u00e9&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Savoirs endog\u00e8nes et pi\u00e8ges du \u00ab&nbsp;n\u00e9olib\u00e9ralisme scientifique&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ambition de reconnecter les savoirs endog\u00e8nes avec les savoirs dits \u00ab&nbsp;scientifiques&nbsp;\u00bb par la remise en cause de la rupture \u00e9pist\u00e9mologique durkheimienne ou bachelardienne se heurte n\u00e9anmoins \u00e0 plusieurs autres difficult\u00e9s qui ressourcent cette rupture autrement. L\u2019un des obstacles \u00e0 cette reconnexion est le n\u00e9olib\u00e9ralisme. On conna\u00eet le r\u00f4le que jouent les institutions telles que le FMI, la Banque mondiale, l\u2019ONU, l\u2019OMS, etc. dans la consolidation de l\u2019ordre n\u00e9olib\u00e9ral. Ces institutions multilat\u00e9rales, souvent instrumentalis\u00e9es par les grandes puissances, sont des canaux par lesquels les acteurs n\u00e9olib\u00e9raux passent pour pouvoir accomplir l\u2019agenda de la domination des soci\u00e9t\u00e9s africaines par l\u2019Occident. L\u2019id\u00e9ologie du d\u00e9veloppement ne constitue qu\u2019un pr\u00e9texte pour masquer les v\u00e9ritables objectifs poursuivis par le Nord \u00e0 travers ces institutions. Les v\u00e9ritables objectifs consistant \u00e0 maintenir les soci\u00e9t\u00e9s africaines dans le n\u00e9ocolonialisme, comme l\u2019atteste Lwazi S. Lushaba (2009). Selon ce dernier en effet, le \u00ab&nbsp;d\u00e9veloppement contemporain, en th\u00e9orie et en pratique, est une continuation du projet des lumi\u00e8res qui se sert de l\u2019id\u00e9e occidentale de \u201cmodernit\u00e9\u201d pour favoriser l\u2019exploitation et l\u2019oppression de l\u2019Afrique par l\u2019Occident&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il est m\u00eame \u00e9tabli aujourd\u2019hui que ces institutions, outre les missions officielles qui leur sont reconnues ou qu\u2019elles se sont octroy\u00e9es, sont devenues de v\u00e9ritables structures de production des connaissances scientifiques. Le n\u00e9olib\u00e9ralisme a donc envahi tous les secteurs de la vie, et le domaine de la science n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 son emprise autoritaire. Les savoirs produits par ces institutions sont mis au service bien s\u00fbr du n\u00e9olib\u00e9ralisme, mais elles servent \u00e9galement \u00e0 l\u2019\u00e9laboration des politiques publiques tout aussi n\u00e9olib\u00e9rales impos\u00e9es aux pays du Sud. Lors d\u2019une conf\u00e9rence organis\u00e9e par l\u2019Institut des Nations unies pour le changement social (UNRISD, 2004) portant sur le th\u00e8me \u00ab&nbsp;savoir social et \u00e9laboration des politiques internationales&nbsp;\u00bb, Adebayo Olukoshi soulignait \u00ab&nbsp;qu\u2019en g\u00e9n\u00e9ral, l\u2019action de l\u2019ONU, en l\u2019occurrence, a tendance \u00e0 reproduire la structure asym\u00e9trique du pouvoir scientifique qui penche en faveur du Nord&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il importe de ne pas sous-estimer l\u2019impact des savoirs produits par ces institutions parce qu\u2019ils ont pour effet de consolider leur leadership et d\u2019augmenter leur pouvoir. Ces connaissances perp\u00e9tuent en outre les in\u00e9galit\u00e9s entre le Nord et le Sud, confortent la position h\u00e9g\u00e9monique des connaissances dites \u00ab&nbsp;scientifiques&nbsp;\u00bb et marginalisent de ce fait les savoirs endog\u00e8nes. \u00c9tant donn\u00e9 que ces institutions servent de courroie de transmission aux id\u00e9es et points de vue de l\u2019ext\u00e9rieur et n\u2019exploitent presque pas la recherche africaine, comme l\u2019\u00e9crit Olukoshi, elles participent donc aussi \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9risation des savoirs endog\u00e8nes et \u00e0 la construction de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie du savoir dominant, tout en consolidant les effets de la rupture \u00e9pist\u00e9mologique. Dans cette perspective, la bataille contre la rupture \u00e9pist\u00e9mologique, avec son pendant, la rupture entre les savoirs endog\u00e8nes et les savoirs dits \u00ab&nbsp;scientifiques&nbsp;\u00bb, donc la bataille pour la reconnexion de ces deux formes de savoirs, n\u2019est pas seulement une bataille \u00e9pist\u00e9mologique. Elle d\u00e9borde le cadre strictement scientifique et devra \u00eatre men\u00e9e \u00e9galement dans les domaines politique, g\u00e9opolitique et \u00e9conomique dans la mesure o\u00f9 la science, et surtout la science imp\u00e9riale, remplit parfois des fonctions non scientifiques. Elle est souvent au service des \u00c9tats, des gouvernements, des partis, des lobbies en tous genres, des classes dirigeantes et des puissances d\u2019argent qui ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 s\u2019en servir pour asseoir leur h\u00e9g\u00e9monie, ce qui veut dire qu\u2019ils ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 \u00e9viter le pluralisme intellectuel pour assurer le maintien d\u2019une seule culture du conna\u00eetre qui exclut les autres formes de savoir, \u00e0 travers, entre autres, la rupture \u00e9pist\u00e9mologique telle qu\u2019analys\u00e9e dans cette r\u00e9flexion.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":26739,"template":"","meta":[],"series-categories":[1347],"cat-articles":[1015],"keywords":[1374,1761,1759,1760,1762],"ppma_author":[471],"class_list":["post-26740","series-issues","type-series-issues","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","series-categories-numero-5","cat-articles-analyses-critiques","keywords-covid-19","keywords-reconnexion","keywords-rupture-epistemologique","keywords-savoirs-endogenes","keywords-savoirs-scientifiques","author-jacques-tshiwabwa-kuditshini-fr"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.6 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Savoirs endog\u00e8nes et savoirs dits \u00ab scientifiques \u00bb \u00e0 l\u2019aune de la Covid-19 : De la rupture \u00e9pist\u00e9mologique \u00e0 la reconnexion des savoirs | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-5\/savoirs-endogenes-et-savoirs-dits-scientifiques-a-laune-de-la-covid-19-de-la-rupture-epistemologique-a-la-reconnexion-des-savoirs\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Savoirs endog\u00e8nes et savoirs dits \u00ab scientifiques \u00bb \u00e0 l\u2019aune de la Covid-19 : De la rupture \u00e9pist\u00e9mologique \u00e0 la reconnexion des savoirs | Global Africa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Introduction La r\u00e9ception mitig\u00e9e du discours scientifique sur la Covid-19 par les populations africaines est un tournant qui marquera la sociologie politique, la socio-histoire et la socio-anthropologie des pand\u00e9mies et \u00e9pid\u00e9mies. Elle affectera \u00e9galement tous les territoires disciplinaires, et en particulier le champ argumentaire des sciences sociales et humaines, parce que la Covid-19 aura rev\u00eatu le visage d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne social total au sens maussien du terme. En effet, le discours dit \u00ab&nbsp;scientifique&nbsp;\u00bb sur la mat\u00e9rialit\u00e9 de la pand\u00e9mie (donc son existence), sur sa gestion (mesures barri\u00e8res, distanciation interindividuelle, port de masques, lavage des mains, etc.), et sur le vaccin et la vaccination, s\u2019est caract\u00e9ris\u00e9 par plusieurs incertitudes. Ces derni\u00e8res, auxquelles il faut ajouter des atermoiements, des t\u00e2tonnements, des tergiversations et des contradictions, ont scell\u00e9 et sign\u00e9 publiquement ses limites et suscit\u00e9 des r\u00e9sistances citoyennes \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale. L\u2019\u00e9tape ultime de cette remise en cause du discours scientifique sur la Covid-19 s\u2019est traduite par la r\u00e9sistance \u00e0 la vaccination et au vaccin et, en r\u00e9alit\u00e9, par le refus de l\u00e9gitimer le vaccin invent\u00e9 par des industries pharmaceutiques occidentales pour \u00e9radiquer la pand\u00e9mie.&nbsp; Prenant la forme d\u2019une v\u00e9ritable contestation \u00e0 l\u2019\u00e9gard du syst\u00e8me socio-sanitaire, cette r\u00e9sistance \u00e0 la vaccination refl\u00e8te le malaise qui existe entre la population et les acteurs de la sant\u00e9, entre la population et le pouvoir m\u00e9dical, entre la population et le pouvoir intellectuel, entre la population et l\u2019ordre \u00e9conomique n\u00e9olib\u00e9ral, et enfin entre la population et les gouvernements. Il a justement fallu que des gouvernements imposent le vaccin et la vaccination par des mesures soit autoritaires, soit subtiles pour essayer de vaincre cette r\u00e9sistance. Quant aux politiques publiques, qu\u2019elles soient territoriales ou sectorielles, qu\u2019elles soient l\u2019\u0153uvre des pouvoirs publics locaux, internationaux ou globaux, elles ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es du sceau des contradictions et d\u2019incertitudes. Face donc \u00e0 des logiques discursives en dents de scie et des politiques publiques porteuses d\u2019une trajectoire illisible, les populations africaines ont propos\u00e9 et m\u00eame impos\u00e9 une alternative compl\u00e9mentaire&nbsp;: une grande partie de ces populations s\u2019est tourn\u00e9e en effet, tant pour pr\u00e9venir la maladie que pour se soigner, vers le savoir traditionnel et en particulier vers la m\u00e9decine traditionnelle.&nbsp; \u00c0&nbsp;ce titre, la contestation socio-sanitaire milite aujourd\u2019hui en faveur de la r\u00e9activation et de la valorisation des savoirs endog\u00e8nes africains. D\u2019une part, la mobilisation des strat\u00e9gies traditionnelles m\u00e9dico-sanitaires par de nombreux Africains pour g\u00e9rer la crise pand\u00e9mique permet de remettre \u00e0 l\u2019ordre du jour la probl\u00e9matique des savoirs endog\u00e8nes. D\u2019autre part, les tentatives de subalternisation de ces connaissances par les tenants d\u2019une science dite \u00ab&nbsp;moderne&nbsp;\u00bb, d\u2019origine essentiellement occidentale, par des \u00ab&nbsp;globaliseurs&nbsp;\u00bb n\u00e9olib\u00e9raux (Tshibwabwa Kuditshini, 2007) et par des \u00e9lites politiques africaines, militent en faveur de cette m\u00eame perspective. Enfin, il est utile d\u2019\u00e9tablir une passerelle entre les deux types de savoirs pour en tirer les avantages comparatifs respectifs. Par ailleurs, le projet de r\u00e9activation des savoirs endog\u00e8nes, qui a d\u2019ailleurs partie li\u00e9e avec le projet panafricaniste, est crucial si l\u2019on veut penser les futurs africains de mani\u00e8re critique, parce qu\u2019il s\u2019agit en fait de se r\u00e9approprier le destin du continent et de le positionner sur une \u00e9chelle qui lui permette de saisir les d\u00e9fis globaux \u00e0 partir d\u2019une perspective africaine.&nbsp; Pour affronter les d\u00e9fis globaux, les Africains doivent entreprendre un travail s\u00e9rieux de d\u00e9colonisation des savoirs conventionnels qui passe, entre autres, par la dynamisation des savoirs endog\u00e8nes africains. Cependant, tout porte \u00e0 croire qu\u2019il existe un hiatus entre la posture des \u00e9lites intellectuelles et politiques africaines et celle des populations. D\u2019une part, il y a des \u00e9lites qui peinent \u00e0 sortir des cadres th\u00e9oriques, \u00e9pist\u00e9mologiques, cognitifs et m\u00e9thodologiques dans lesquels elles ont \u00e9t\u00e9 moul\u00e9es pour b\u00e2tir de nouvelles mani\u00e8res de penser et d\u2019agir qui soient innovantes et en phase avec les r\u00e9alit\u00e9s sociales et culturelles de leurs soci\u00e9t\u00e9s. D\u2019autre part, on a des populations qui convoquent des solutions de type traditionnel, chaque fois que se d\u00e9clenchent des \u00e9pid\u00e9mies par exemple, et qui ne cessent de mettre \u00e0 profit des rem\u00e8des tir\u00e9s des connaissances endog\u00e8nes, ce qui ne les emp\u00eache pas non plus de continuer \u00e0 n\u00e9gocier avec la m\u00e9decine occidentale. Il faut amener les \u00e9lites intellectuelles et politiques africaines, et en particulier les jeunes chercheurs et jeunes \u00e9lites, \u00e0 sortir des cadres de pens\u00e9e \u00e9pist\u00e9mologique dans lesquels ils sont encastr\u00e9s. Sortir ne veut pas dire abandonner ou rejeter, il s\u2019agit ici d\u2019envisager, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ces cadres de pens\u00e9e et d\u2019analyse, d\u2019autres modes de pens\u00e9e alternatifs et compl\u00e9mentaires, et en particulier les modes de pens\u00e9e endog\u00e8nes aujourd\u2019hui marginalis\u00e9s.&nbsp; Par ailleurs, pour sortir ces savoirs endog\u00e8nes de leur position des savoirs domin\u00e9s et marginalis\u00e9s, l\u2019hypoth\u00e8se de travail sur laquelle se construit ce papier est qu\u2019il importe d\u2019abord de relativiser la tradition \u00e9pist\u00e9mologique et m\u00e9thodologique instaur\u00e9e par Gaston Bachelard et \u00c9mile Durkheim, tradition qui \u00e9tablit une rupture \u2013&nbsp;la fameuse rupture \u00e9pist\u00e9mologique&nbsp;\u2013 entre les savoirs ordinaires et les savoirs scientifiques, et qui subordonne les premiers aux seconds. Cette critique est cruciale dans la mesure o\u00f9 dans l\u2019imaginaire scientifique occidental, les savoirs endog\u00e8nes africains sont souvent assimil\u00e9s \u00e0 des \u00ab&nbsp;savoirs ordinaires&nbsp;\u00bb, et \u00e0 la limite, \u00e0 des \u00ab&nbsp;savoirs populaires&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;vulgaires&nbsp;\u00bb. Cet imaginaire ayant pour cons\u00e9quence de culminer dans la construction de la dichotomie connaissances endog\u00e8nes\/connaissances scientifiques.&nbsp; Ayant port\u00e9 un regard critique sur le concept de \u00ab&nbsp;rupture \u00e9pist\u00e9mologique&nbsp;\u00bb qui dissocie connaissances scientifiques et connaissances endog\u00e8nes et qui rejette ces derni\u00e8res dans la sph\u00e8re de la \u00ab&nbsp;non-science&nbsp;\u00bb, nous estimons ensuite qu\u2019il faut tenir pour \u00e9tabli que les savoirs endog\u00e8nes sont des syst\u00e8mes de connaissances au m\u00eame titre que les connaissances dites \u00ab&nbsp;scientifiques&nbsp;\u00bb et qu\u2019ils n\u00e9cessitent seulement d\u2019\u00eatre r\u00e9activ\u00e9s, valoris\u00e9s et dynamis\u00e9s \u00e0 travers des programmes de recherche financ\u00e9s par les gouvernements africains. En troisi\u00e8me position et nous r\u00e9f\u00e9rant au point pr\u00e9c\u00e9dent, nous avan\u00e7ons l\u2019id\u00e9e selon laquelle il ne peut \u00eatre \u00e9tabli de d\u00e9marcation entre les savoirs endog\u00e8nes et ceux dits \u00ab&nbsp;scientifiques&nbsp;\u00bb, et qu\u2019il existe plut\u00f4t une continuit\u00e9 entre les deux, continuit\u00e9 qui postule l\u2019imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9 de reconnecter les deux types de connaissances dans une totalit\u00e9 ou totalisation dialectique en marche qui conf\u00e8re \u00e0 chacun d\u2019eux une fonctionnalit\u00e9 et une\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-5\/savoirs-endogenes-et-savoirs-dits-scientifiques-a-laune-de-la-covid-19-de-la-rupture-epistemologique-a-la-reconnexion-des-savoirs\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Global Africa\" \/>\n<meta property=\"article:publisher\" content=\"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences\" 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Elle affectera \u00e9galement tous les territoires disciplinaires, et en particulier le champ argumentaire des sciences sociales et humaines, parce que la Covid-19 aura rev\u00eatu le visage d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne social total au sens maussien du terme. En effet, le discours dit \u00ab&nbsp;scientifique&nbsp;\u00bb sur la mat\u00e9rialit\u00e9 de la pand\u00e9mie (donc son existence), sur sa gestion (mesures barri\u00e8res, distanciation interindividuelle, port de masques, lavage des mains, etc.), et sur le vaccin et la vaccination, s\u2019est caract\u00e9ris\u00e9 par plusieurs incertitudes. Ces derni\u00e8res, auxquelles il faut ajouter des atermoiements, des t\u00e2tonnements, des tergiversations et des contradictions, ont scell\u00e9 et sign\u00e9 publiquement ses limites et suscit\u00e9 des r\u00e9sistances citoyennes \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale. L\u2019\u00e9tape ultime de cette remise en cause du discours scientifique sur la Covid-19 s\u2019est traduite par la r\u00e9sistance \u00e0 la vaccination et au vaccin et, en r\u00e9alit\u00e9, par le refus de l\u00e9gitimer le vaccin invent\u00e9 par des industries pharmaceutiques occidentales pour \u00e9radiquer la pand\u00e9mie.&nbsp; Prenant la forme d\u2019une v\u00e9ritable contestation \u00e0 l\u2019\u00e9gard du syst\u00e8me socio-sanitaire, cette r\u00e9sistance \u00e0 la vaccination refl\u00e8te le malaise qui existe entre la population et les acteurs de la sant\u00e9, entre la population et le pouvoir m\u00e9dical, entre la population et le pouvoir intellectuel, entre la population et l\u2019ordre \u00e9conomique n\u00e9olib\u00e9ral, et enfin entre la population et les gouvernements. Il a justement fallu que des gouvernements imposent le vaccin et la vaccination par des mesures soit autoritaires, soit subtiles pour essayer de vaincre cette r\u00e9sistance. Quant aux politiques publiques, qu\u2019elles soient territoriales ou sectorielles, qu\u2019elles soient l\u2019\u0153uvre des pouvoirs publics locaux, internationaux ou globaux, elles ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es du sceau des contradictions et d\u2019incertitudes. Face donc \u00e0 des logiques discursives en dents de scie et des politiques publiques porteuses d\u2019une trajectoire illisible, les populations africaines ont propos\u00e9 et m\u00eame impos\u00e9 une alternative compl\u00e9mentaire&nbsp;: une grande partie de ces populations s\u2019est tourn\u00e9e en effet, tant pour pr\u00e9venir la maladie que pour se soigner, vers le savoir traditionnel et en particulier vers la m\u00e9decine traditionnelle.&nbsp; \u00c0&nbsp;ce titre, la contestation socio-sanitaire milite aujourd\u2019hui en faveur de la r\u00e9activation et de la valorisation des savoirs endog\u00e8nes africains. D\u2019une part, la mobilisation des strat\u00e9gies traditionnelles m\u00e9dico-sanitaires par de nombreux Africains pour g\u00e9rer la crise pand\u00e9mique permet de remettre \u00e0 l\u2019ordre du jour la probl\u00e9matique des savoirs endog\u00e8nes. D\u2019autre part, les tentatives de subalternisation de ces connaissances par les tenants d\u2019une science dite \u00ab&nbsp;moderne&nbsp;\u00bb, d\u2019origine essentiellement occidentale, par des \u00ab&nbsp;globaliseurs&nbsp;\u00bb n\u00e9olib\u00e9raux (Tshibwabwa Kuditshini, 2007) et par des \u00e9lites politiques africaines, militent en faveur de cette m\u00eame perspective. Enfin, il est utile d\u2019\u00e9tablir une passerelle entre les deux types de savoirs pour en tirer les avantages comparatifs respectifs. Par ailleurs, le projet de r\u00e9activation des savoirs endog\u00e8nes, qui a d\u2019ailleurs partie li\u00e9e avec le projet panafricaniste, est crucial si l\u2019on veut penser les futurs africains de mani\u00e8re critique, parce qu\u2019il s\u2019agit en fait de se r\u00e9approprier le destin du continent et de le positionner sur une \u00e9chelle qui lui permette de saisir les d\u00e9fis globaux \u00e0 partir d\u2019une perspective africaine.&nbsp; Pour affronter les d\u00e9fis globaux, les Africains doivent entreprendre un travail s\u00e9rieux de d\u00e9colonisation des savoirs conventionnels qui passe, entre autres, par la dynamisation des savoirs endog\u00e8nes africains. Cependant, tout porte \u00e0 croire qu\u2019il existe un hiatus entre la posture des \u00e9lites intellectuelles et politiques africaines et celle des populations. D\u2019une part, il y a des \u00e9lites qui peinent \u00e0 sortir des cadres th\u00e9oriques, \u00e9pist\u00e9mologiques, cognitifs et m\u00e9thodologiques dans lesquels elles ont \u00e9t\u00e9 moul\u00e9es pour b\u00e2tir de nouvelles mani\u00e8res de penser et d\u2019agir qui soient innovantes et en phase avec les r\u00e9alit\u00e9s sociales et culturelles de leurs soci\u00e9t\u00e9s. D\u2019autre part, on a des populations qui convoquent des solutions de type traditionnel, chaque fois que se d\u00e9clenchent des \u00e9pid\u00e9mies par exemple, et qui ne cessent de mettre \u00e0 profit des rem\u00e8des tir\u00e9s des connaissances endog\u00e8nes, ce qui ne les emp\u00eache pas non plus de continuer \u00e0 n\u00e9gocier avec la m\u00e9decine occidentale. Il faut amener les \u00e9lites intellectuelles et politiques africaines, et en particulier les jeunes chercheurs et jeunes \u00e9lites, \u00e0 sortir des cadres de pens\u00e9e \u00e9pist\u00e9mologique dans lesquels ils sont encastr\u00e9s. Sortir ne veut pas dire abandonner ou rejeter, il s\u2019agit ici d\u2019envisager, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ces cadres de pens\u00e9e et d\u2019analyse, d\u2019autres modes de pens\u00e9e alternatifs et compl\u00e9mentaires, et en particulier les modes de pens\u00e9e endog\u00e8nes aujourd\u2019hui marginalis\u00e9s.&nbsp; Par ailleurs, pour sortir ces savoirs endog\u00e8nes de leur position des savoirs domin\u00e9s et marginalis\u00e9s, l\u2019hypoth\u00e8se de travail sur laquelle se construit ce papier est qu\u2019il importe d\u2019abord de relativiser la tradition \u00e9pist\u00e9mologique et m\u00e9thodologique instaur\u00e9e par Gaston Bachelard et \u00c9mile Durkheim, tradition qui \u00e9tablit une rupture \u2013&nbsp;la fameuse rupture \u00e9pist\u00e9mologique&nbsp;\u2013 entre les savoirs ordinaires et les savoirs scientifiques, et qui subordonne les premiers aux seconds. Cette critique est cruciale dans la mesure o\u00f9 dans l\u2019imaginaire scientifique occidental, les savoirs endog\u00e8nes africains sont souvent assimil\u00e9s \u00e0 des \u00ab&nbsp;savoirs ordinaires&nbsp;\u00bb, et \u00e0 la limite, \u00e0 des \u00ab&nbsp;savoirs populaires&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;vulgaires&nbsp;\u00bb. Cet imaginaire ayant pour cons\u00e9quence de culminer dans la construction de la dichotomie connaissances endog\u00e8nes\/connaissances scientifiques.&nbsp; Ayant port\u00e9 un regard critique sur le concept de \u00ab&nbsp;rupture \u00e9pist\u00e9mologique&nbsp;\u00bb qui dissocie connaissances scientifiques et connaissances endog\u00e8nes et qui rejette ces derni\u00e8res dans la sph\u00e8re de la \u00ab&nbsp;non-science&nbsp;\u00bb, nous estimons ensuite qu\u2019il faut tenir pour \u00e9tabli que les savoirs endog\u00e8nes sont des syst\u00e8mes de connaissances au m\u00eame titre que les connaissances dites \u00ab&nbsp;scientifiques&nbsp;\u00bb et qu\u2019ils n\u00e9cessitent seulement d\u2019\u00eatre r\u00e9activ\u00e9s, valoris\u00e9s et dynamis\u00e9s \u00e0 travers des programmes de recherche financ\u00e9s par les gouvernements africains. En troisi\u00e8me position et nous r\u00e9f\u00e9rant au point pr\u00e9c\u00e9dent, nous avan\u00e7ons l\u2019id\u00e9e selon laquelle il ne peut \u00eatre \u00e9tabli de d\u00e9marcation entre les savoirs endog\u00e8nes et ceux dits \u00ab&nbsp;scientifiques&nbsp;\u00bb, et qu\u2019il existe plut\u00f4t une continuit\u00e9 entre les deux, continuit\u00e9 qui postule l\u2019imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9 de reconnecter les deux types de connaissances dans une totalit\u00e9 ou totalisation dialectique en marche qui conf\u00e8re \u00e0 chacun d\u2019eux une fonctionnalit\u00e9 et une","og_url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-5\/savoirs-endogenes-et-savoirs-dits-scientifiques-a-laune-de-la-covid-19-de-la-rupture-epistemologique-a-la-reconnexion-des-savoirs\/","og_site_name":"Global 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