{"id":26689,"date":"2022-12-16T08:40:17","date_gmt":"2022-12-16T08:40:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/le-cerfig-une-recherche-africaine-en-sante-dexcellence\/"},"modified":"2026-05-09T16:16:25","modified_gmt":"2026-05-09T16:16:25","slug":"le-cerfig-une-recherche-africaine-en-sante-dexcellence","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-2\/le-cerfig-une-recherche-africaine-en-sante-dexcellence\/","title":{"rendered":"Le CERFIG, une recherche africaine en sant\u00e9 d\u2019excellence"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Tousignant &amp; Ba<\/em><\/strong><em> : Pr Tour\u00e9, merci vivement d\u2019avoir accept\u00e9 cet \u00e9change. Pour commencer, peut-\u00eatre pourriez-vous vous pr\u00e9senter bri\u00e8vement aux lecteurs de Global Africa, puis expliquer ce qui fait la sp\u00e9cificit\u00e9 de votre parcours en tant que chercheur en sant\u00e9 publique ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Abdoulaye Tour\u00e9 : Je suis pharmacien de formation et professeur agr\u00e9g\u00e9 de sant\u00e9 publique \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Gamal Abdel Nasser de Conakry (UGANC). Je dirige actuellement le Centre de recherche et de formation en infectiologie de Guin\u00e9e (CERFIG) et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 pendant quatre ans directeur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Institut national de sant\u00e9 publique de Guin\u00e9e. Je fais de la recherche, mais parall\u00e8lement aussi de l\u2019action de sant\u00e9 publique. Cela veut dire que je vise \u00e0 ce que les r\u00e9sultats de la recherche contribuent \u00e0 des prises de d\u00e9cisions plus \u00e9clair\u00e9es, ce qui n\u2019est pas du tout \u00e9vident.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir soutenu ma th\u00e8se de pharmacie \u00e0 l\u2019UGANC, j\u2019ai travaill\u00e9 pr\u00e8s de deux ans dans les cliniques priv\u00e9es, puis je suis parti faire ma sp\u00e9cialisation en sant\u00e9 publique (master et th\u00e8se) \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Lyon. \u00c0 mon retour en Guin\u00e9e en 2013, j\u2019ai travaill\u00e9 sur le VIH en montant les premiers laboratoires de biologie mol\u00e9culaire pour faciliter l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la charge virale avec l\u2019organisation non gouvernementale (ONG) Solthis, agissant en appui au minist\u00e8re de la Sant\u00e9. Ensuite, l\u2019\u00e9pid\u00e9mie \u00c9bola est arriv\u00e9e et j\u2019ai particip\u00e9 \u00e0 la lutte par le biais de la recherche. Mon \u00e9quipe a travaill\u00e9 sur le suivi de survivants \u00e0 \u00c9bola, nous avons d\u00e9crit de fa\u00e7on pr\u00e9cise les s\u00e9quelles cliniques \u00e0 long terme qui n\u2019\u00e9taient pas connues, d\u00e9montr\u00e9 la persistance du virus. Jusqu\u2019\u00e0 nos travaux, on consid\u00e9rait que les hommes devaient mettre le pr\u00e9servatif trois mois apr\u00e8s leur gu\u00e9rison. On a d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019apr\u00e8s plus d\u2019un an, le virus \u00c9bola \u00e9tait encore pr\u00e9sent dans les fluides corporels. Ce sont les r\u00e9sultats de nos productions scientifiques qui ont orient\u00e9 tout le monde, y compris l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 (OMS), qui nous a invit\u00e9 \u00e0 participer \u00e0 des groupes th\u00e9matiques. L\u2019Organisation ouest africaine de la sant\u00e9 (OOAS) ou l\u2019Africa Center for Disease Control (Afrique CDC) nous sollicitent \u00e9galement, ainsi que d\u2019autres chercheurs qui contribuent \u00e0 l\u2019\u00e9laboration des documents ou participent \u00e0 des groupes techniques de r\u00e9flexion. Donc, c\u2019\u00e9tait une tr\u00e8s belle aventure parce qu\u2019\u00e0 travers ce projet, on a bouscul\u00e9 les limites des connaissances m\u00e9dicales sur \u00c9bola. Ce sont jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent des r\u00e9f\u00e9rences incontournables pour la connaissance du virus.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>T&amp;B :<\/em><\/strong><em> Quels sont, pour vous, \u00e0 partir de cette exp\u00e9rience d\u2019\u00c9bola et de la Covid, les d\u00e9fis de la sant\u00e9 publique en Afrique, en particulier ceux qui ne sont pas pris en compte dans les politiques publiques ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pr Tour\u00e9 :<\/strong> Pour moi, ce qui est prioritaire, c\u2019est le financement de la recherche en sant\u00e9. Et c\u2019est un d\u00e9fi \u00e9norme en Afrique, parce qu\u2019il n\u2019y a pas de m\u00e9canisme endog\u00e8ne de financement dans nos pays quel que soit le domaine, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019agriculture, d\u2019\u00e9levage, d\u2019environnement ou de sciences sociales. Pour les recherches qui se font en Afrique, tr\u00e8s souvent le financement vient d\u2019ailleurs, parfois avec un agenda pr\u00e9d\u00e9fini, parce qu\u2019orient\u00e9 sur des priorit\u00e9s ou des objectifs qui ne co\u00efncident pas toujours avec les enjeux locaux. Donc pour moi, le premier d\u00e9fi consiste \u00e0 financer la recherche.<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me d\u00e9fi est celui des infrastructures et des ressources humaines pour faire de la recherche. Globalement, elles font d\u00e9faut sur le continent. La preuve est que, m\u00eame pendant la Covid, qui a secou\u00e9 le monde entier, il n\u2019y a quasiment pas eu de production d\u2019intrants en Afrique. Or, certains pays auraient pu tr\u00e8s rapidement produire des tests et des vaccins s\u2019il y avait eu des ressources humaines de qualit\u00e9, des infrastructures de recherche, et cela aurait att\u00e9nu\u00e9 l\u2019impact de la pand\u00e9mie sur le continent.<\/p>\n\n\n\n<p>Un troisi\u00e8me probl\u00e8me r\u00e9side dans l\u2019absence de m\u00e9canisme de communication entre le monde politique et les chercheurs. En g\u00e9n\u00e9ral, le milieu politique n\u2019\u00e9coute les scientifiques que lorsqu\u2019il y a le feu ; c\u2019est donc souvent quand il y a des \u00e9pid\u00e9mies que les politiques essaient de se rapprocher un peu des chercheurs. Le d\u00e9fi majeur consiste donc \u00e0 savoir comment, au quotidien, prendre des d\u00e9cisions sur la base des \u00e9vidences. Cette collaboration a \u00e9t\u00e9 amorc\u00e9e durant la pand\u00e9mie. Dans de nombreux pays en Afrique, des conseils scientifiques ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s. Peut-\u00eatre l\u2019un des d\u00e9fis actuels serait-il de vraiment faire vivre ces conseils scientifiques, les \u00e9largir \u00e0 d\u2019autres domaines pour que ces instances aient comme interlocuteurs \u2013 comme \u00e7a a \u00e9t\u00e9 le cas pendant la premi\u00e8re ann\u00e9e de lutte contre la Covid\u2013 les autorit\u00e9s au plus haut niveau. J\u2019ai eu la chance d\u2019\u00eatre dans le conseil scientifique en Guin\u00e9e, et je sais qu\u2019en \u00e9tant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une telle structure, on peut faire en sorte que les d\u00e9cisions soient bas\u00e9es sur les \u00e9vidences et c\u2019est ce qui a \u00e9t\u00e9 fait. \u00c0 pr\u00e9sent que l\u2019\u00e9pid\u00e9mie s\u2019estompe, on entend d\u00e9j\u00e0 moins parler de ces conseils alors qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 la seule v\u00e9ritable intersection entre les hommes politiques et les chercheurs en Afrique pendant les moments difficiles de la lutte contre la Covid. Enfin, il faut aussi envisager de donner aux chercheurs certaines positions de d\u00e9cision ; je le constate par exemple en C\u00f4te d\u2019Ivoire, o\u00f9 tr\u00e8s souvent les coordonnateurs des programmes verticaux sont des professeurs, cela permet d\u2019int\u00e9grer la science \u00e0 l\u2019action en sant\u00e9 publique. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, les chercheurs doivent comprendre que c\u2019est en \u00e9tant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ces instances qu\u2019on peut transformer le syst\u00e8me et, de l\u2019autre, le politique doit savoir que le chercheur est un conseiller irrempla\u00e7able \u00e0 certains postes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>T&amp;B :<\/em><\/strong><em> Vous pr\u00e9cisez bien que nos \u00c9tats n\u2019ont pas d\u2019instruments financiers pour booster la recherche, mais alors qui finance ces projets de recherches que vous menez, dont les r\u00e9sultats ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s dans les plus grandes revues, Lancet, Nature, Science ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pr Tour\u00e9 :<\/strong> On ne va pas tourner en rond, c\u2019est la France. Nos projets de recherche sont en grande partie financ\u00e9s par l\u2019Institut national de la sant\u00e9 et de la recherche m\u00e9dicale (Inserm), par l\u2019Agence nationale de la recherche sur le sida (ANRS) \u2013 qui est devenue l\u2019ANRS-MIE (Maladies infectieuses \u00e9mergentes) \u2013 par l\u2019Institut de recherche pour le d\u00e9veloppement (IRD) et par Montpellier Universit\u00e9 d\u2019Excellence (MUSE). Ces quatre institutions fran\u00e7aises restent notre principale source de financement. Ce financement passe par la collaboration avec des chercheurs de ces institutions, avec qui nous co-\u00e9crivons des projets. Les collaborations se diversifient n\u00e9anmoins : actuellement, nous avons un projet avec l\u2019universit\u00e9 d\u2019Ottawa \u2013 financ\u00e9 par le Centre de recherche pour le d\u00e9veloppement international (CRDI) du Canada \u2013, avec l\u2019universit\u00e9 de Gen\u00e8ve et avec des \u00e9quipes allemandes. Dans tous les cas, quel que soit le partenaire, nous discutons s\u00e9rieusement en amont pour nous accorder sur ce qu\u2019il faut faire avec une vision claire et avancer si cela convient \u00e0 tout le monde.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>T&amp;B :<\/em><\/strong><em> Est-ce que vous pouvez revenir sur le projet du CERFIG ? Quelles \u00e9taient les ambitions au d\u00e9part et cela faisait-il partie de vos objectifs de cr\u00e9er un cadre institutionnel dans lequel vous pourriez diriger et avoir plus de poids sur la conception des projets et des partenariats de recherche ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pr Tour\u00e9 :<\/strong> Le CERFIG est n\u00e9 de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie \u00c9bola de 2014-2016, la plus importante de l\u2019histoire de la Guin\u00e9e. Le monde entier \u00e9tait au chevet du pays. L\u2019un des \u00e9l\u00e9ments les plus frappants \u00e9tait qu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019infrastructures pour h\u00e9berger les projets de recherche sur l\u2019\u00e9pid\u00e9mie. Ceux-ci ont donc \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9s dans des \u00e9quipements mobiles et des locaux lou\u00e9s pour la circonstance. Ce constat nous a conduit \u00e0 penser qu\u2019il fallait cr\u00e9er un cadre institutionnel pour que les infrastructures restent au service de la recherche apr\u00e8s l\u2019\u00e9pid\u00e9mie. Avec le professeur \u00c9ric Delaporte accompagn\u00e9 d\u2019Alice Desclaux, Bernard Taverne, Jean-Fran\u00e7ois Etard, Philippe Msellati et d\u2019autres, nous avons b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l\u2019appui financier de la Task Force France contre \u00c9bola et finalement le centre a \u00e9t\u00e9 rapidement construit et \u00e9quip\u00e9 dans une p\u00e9riode d\u2019urgence. C\u2019est aujourd\u2019hui l\u2019un des centres qui compte dans le domaine de l\u2019infectiologie, comme en attestent le nombre et la qualit\u00e9 de ses publications, sa participation au diagnostic des maladies \u00e0 potentiel \u00e9pid\u00e9mique (\u00c9bola, Covid\u2026). Nous avons \u00e9galement pour vocation la formation. Beaucoup de dipl\u00f4mes ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s, des masters, des th\u00e8ses, ainsi que l\u2019accueil de chercheurs \u00e9trangers en mobilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>T&amp;B :<\/em><\/strong><em> Dans ce cas-ci, \u00e9tait-ce le contexte d\u2019urgence qui vous a permis d\u2019avoir un peu plus d\u2019autonomie pour diriger les recherches vers des questions particuli\u00e8rement pertinentes ou y a-t-il un contexte institutionnel \u00e9mergent qui vous permet de peser beaucoup plus dans l\u2019\u00e9tape de la formulation des projets ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pr Tour\u00e9 :<\/strong> Nous avons la chance que le noyau du CERFIG soit constitu\u00e9 de jeunes chercheurs qui ont fait une partie de leur formation dans les m\u00eames universit\u00e9s en Europe. Donc, issus du Nord ou du Sud, nous sommes tous moul\u00e9s de la m\u00eame fa\u00e7on, ce qui facilite les \u00e9changes avec nos collaborateurs, la co-construction et la co-\u00e9criture des projets.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai vu changer la nature des collaborations, parce qu\u2019une masse critique de jeunes chercheurs est en train de se former ici : il s\u2019agit de personnes pour lesquelles la recherche est plus ou moins d\u00e9mystifi\u00e9e, car les m\u00eames outils et la m\u00eame expertise du Nord sont en train d\u2019\u00eatre d\u00e9velopp\u00e9s en Afrique. Cela change fondamentalement les relations. Je pense qu\u2019il y a un changement g\u00e9n\u00e9rationnel et ce changement a un impact sur la nature m\u00eame de la collaboration entre les \u00e9quipes Nord-Sud ou Sud-Sud. On est encore tr\u00e8s loin de relations \u00e9quilibr\u00e9es du fait d\u2019un retard du Sud quasiment \u00e0 tous les niveaux, mais on observe n\u00e9anmoins une g\u00e9n\u00e9ration qui arrive, qui est plus exigeante, qui demande plus \u00e0 collaborer qu\u2019\u00e0 recevoir. Prenons l\u2019exemple de la biologie mol\u00e9culaire, aujourd\u2019hui elle s\u2019est compl\u00e8tement d\u00e9mocratis\u00e9e. Il y a moins de 10 ans, cette sp\u00e9cialit\u00e9 \u00e9tait l\u2019affaire de savants \u00e9voluant dans les laboratoires de pointe. Ce changement, \u00e0 la fois g\u00e9n\u00e9rationnel, dans l\u2019acc\u00e8s aux connaissances et dans la nature des collaborations, n\u2019est peut-\u00eatre pas tr\u00e8s perceptible, mais il advient progressivement.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>T&amp;B :<\/em><\/strong><em> Vous avez cit\u00e9 beaucoup de partenaires et parl\u00e9 de diversification de ceux-ci, qu\u2019en est-il des partenaires du Sud ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pr Tour\u00e9 :<\/strong> Notre centre de recherche est jeune mais collabore d\u00e9j\u00e0 avec des \u00e9quipes du Sud. Cette collaboration se fait d\u2019abord \u00e0 travers le r\u00e9seau des centres collaborateurs de l\u2019Unit\u00e9 TransVIHMI de Montpellier. Ce cadre nous permet de proposer des projets en consortium avec l\u2019INRB de la RDC, le Centre de recherche sur les maladies \u00e9mergentes et r\u00e9-\u00e9mergences (CREMER) de Yaound\u00e9, le Centre r\u00e9gional de recherche et de formation (CRCF) de Dakar. La cr\u00e9ation de la Plateforme de recherche internationale en sant\u00e9 mondiale (PRISME) renforce et \u00e9tend cette collaboration avec de nombreuses \u00e9quipes africaines membres du r\u00e9seau des institutions collaboratrices de chacune des deux instituts (INSERM, IRD) et l\u2019ANRS-MIE. Par ailleurs, nous sommes des chercheurs membres de l\u2019espace CAMES. \u00c0 ce titre, nous travaillons et \u00e9changeons r\u00e9guli\u00e8rement avec nos coll\u00e8gues de nombreux pays sur les activit\u00e9s de recherche, de formation, d\u2019encadrement d\u2019\u00e9tudiants en master ou en th\u00e8se et de participation \u00e0 des jurys.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>T&amp;B :<\/em><\/strong><em> Comment abordez-vous la probl\u00e9matique de la diffusion et de la valorisation des productions scientifiques africaines ? N\u2019avons-nous pas besoin d\u2019un The Lancet ou Nature made in Africa ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pr Tour\u00e9 :<\/strong> Sur cette question, il y a, pour moi, deux aspects \u00e0 prendre en compte. Le premier est la n\u00e9cessaire cr\u00e9ation d\u2019une revue africaine de sant\u00e9 publique en Afrique francophone. Les discussions avec les principaux acteurs de la recherche et de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur \u00e9taient avanc\u00e9es sur cette question, mais l\u2019agenda a \u00e9t\u00e9 boulevers\u00e9 par la survenue de la Covid, et donc ce projet pourrait reprendre rapidement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le second point c\u2019est qu\u2019il faudrait aussi qu\u2019il y ait beaucoup de chercheurs de renom en Afrique capables d\u2019\u00eatre des \u00e9valuateurs, \u00e9diteurs, et membres des comit\u00e9s scientifiques de ces revues prestigieuses. Quand on voit la qualit\u00e9 et l\u2019anciennet\u00e9 de certaines revues internationales comme <em>Nature ou The Lancet<\/em>, on comprend pourquoi elles sont actuellement ce niveau. Lorsque nous-m\u00eames soumettons nos articles, nous sommes bien conscients de la pertinence des remarques que nous recevons avant que ces textes ne soient accept\u00e9s.Pour moi, il nous faut \u00e0 la fois avoir des revues africaines exigeantes qui permettront aux auteurs de progresser, d\u2019avancer et d\u2019exceller, et il faut aussi que les chercheurs qui marquent leur domaine soient dans les instances de ces autres revues internationales.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>T&amp;B :<\/strong> Si vous \u00e9tiez dans le comit\u00e9 scientifique de The Lancet par exemple, comment changeriez-vous la vision de ce qui est pertinent, de ce qu\u2019est un r\u00e9sultat de recherche qui vaut la peine d\u2019\u00eatre publi\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pr Tour\u00e9 :<\/strong> Il y a eu un article publi\u00e9 il y a quelques mois et qui a fait beaucoup de bruit. Pour r\u00e9sumer, on y disait qu\u2019on ne devrait plus accepter dans les revues des r\u00e9sultats de recherche venant du Sud sans aucun co-auteur du pays, parce que ce n\u2019est pas concevable, c\u2019est de la pr\u00e9dation de donn\u00e9es. Partager ce principe comme une forme de code \u00e9thique et l\u2019exiger pour toutes les revues, contribuerait indirectement \u00e0 d\u00e9velopper des ressources humaines en Afrique. En effet, produire des r\u00e9sultats publiables n\u00e9cessite une recherche rigoureuse et, si elle est men\u00e9e avec des \u00e9quipes locales, elle aboutira \u00e0 un transfert de comp\u00e9tences. Les chercheurs locaux vont d\u2019abord savoir reproduire ce qui a \u00e9t\u00e9 fait avec eux, puis ils vont l\u2019adapter, d\u00e9velopper d\u2019autres initiatives et <em>in fine <\/em>s\u2019am\u00e9liorer.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut aussi renforcer les comit\u00e9s d\u2019\u00e9thique de nos pays, qui peuvent aussi \u00eatre des garde-fous, s\u2019assurer que la recherche est une v\u00e9ritable collaboration qui permet, outre la protection de l\u2019individu, le d\u00e9veloppement des comp\u00e9tences locales. Ce sont v\u00e9ritablement ces exigences qui permettront que les recherches se d\u00e9veloppent et que le transfert de comp\u00e9tences se fasse.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>T&amp;B :<\/em><\/strong><em> Est-ce qu\u2019il existe un r\u00e9seau ou un espace ouest-africain, voire francophone plus largement, dans lequel les \u00e9pid\u00e9miologistes, les virologues et les infectiologues se retrouveraient ? Nous avons plut\u00f4t l\u2019impression qu\u2019il y a une connexion entre la France \u2013 ou disons l\u2019Europe de l\u2019Ouest d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale \u2013 et des pays sp\u00e9cifiques (S\u00e9n\u00e9gal, Guin\u00e9e, C\u00f4te d\u2019Ivoire, Cameroun), mais pas vraiment une forte connexion intra-africaine.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pr Tour\u00e9 :<\/strong> Je partage enti\u00e8rement votre impression. Pour 2023, mon r\u00eave est de cr\u00e9er un r\u00e9seau des \u00e9pid\u00e9miologistes ou un r\u00e9seau de sp\u00e9cialistes pour \u00e9changer r\u00e9guli\u00e8rement et produire des r\u00e9flexions sur les maladies \u00e9mergentes dans la sous-r\u00e9gion : l\u2019Afrique francophone d\u2019abord, puis les pays lusophones et anglophones. Je pense que c\u2019est un vrai besoin. Apr\u00e8s trois ans de Covid, nous devons nous poser la question d\u2019un r\u00e9seau de chercheurs en Afrique, car nous savons maintenant qu\u2019au final chaque menace locale est une menace globale. Je pense que nous avons effectivement besoin d\u2019\u00e9changer sur des enjeux de sant\u00e9 publique au sein de notre espace et partager nos exp\u00e9riences. Pour les anthropologues par exemple, il existe le RAEE (R\u00e9seau ouest africain anthropologie des \u00e9pid\u00e9mies \u00e9mergentes) ; de m\u00eame, pour les \u00e9pid\u00e9miologistes, il faut cr\u00e9er un cadre de discussion r\u00e9guli\u00e8re sur les priorit\u00e9s du moment en sant\u00e9 publique. Cette collaboration n\u2019est pas tr\u00e8s intense alors qu\u2019elle devrait l\u2019\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>T&amp;B :<\/em><\/strong><em> Puisqu\u2019on parle de Covid, cette pand\u00e9mie a aussi r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le d\u00e9sastre de l\u2019industrie pharmaceutique africaine et notre immense d\u00e9pendance. Comment, peut-on d\u00e9coloniser la sant\u00e9 mondiale si on d\u00e9pend, pour se soigner, des m\u00e9dicaments, mais aussi des vaccins des autres ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pr Tour\u00e9 :<\/strong> En tant que pharmacien et en tant que sp\u00e9cialiste de sant\u00e9 publique, nous sommes interpell\u00e9s de plusieurs mani\u00e8res. Je vous disais que nos pays manquent d\u2019infrastructures capables de d\u00e9velopper des outils de diagnostic, mais ce qui est valable pour les outils de diagnostic l\u2019est aussi pour les m\u00e9dicaments. On a vu beaucoup d\u2019anarchie avec l\u2019arriv\u00e9e des tests rapides qui sont donn\u00e9s par des multinationales pour \u00e9chapper \u00e0 la fiscalit\u00e9 et, lorsque vous les examinez en d\u00e9tail, vous comprenez que certains tests n\u2019ont \u00e9t\u00e9 \u00e9valu\u00e9s que sur une petite dizaine d\u2019\u00e9chantillons. C\u2019est \u00e0 la limite insultant. Le m\u00eame constat peut \u00eatre fait pour les m\u00e9dicaments. Je pense qu\u2019il y a des initiatives de l\u2019Union africaine qui devraient \u00eatre collectivement soutenues et renforc\u00e9es. Tout le monde devrait porter ce message de Michel Sidib\u00e9, l\u2019ambassadeur aupr\u00e8s de l\u2019Union africaine pour la cr\u00e9ation de l\u2019Agence des m\u00e9dicaments pour l\u2019Afrique (AMA). Celle-ci pourra d\u00e9velopper des centrales d\u2019achat ou la production locale. Je pense que nous devons aller dans cette direction et cela devrait passer par une mutualisation des moyens. Tous les pays ne peuvent pas d\u00e9velopper des infrastructures capables de produire des m\u00e9dicaments de qualit\u00e9 pour faire face \u00e0 des \u00e9pid\u00e9mies. De la m\u00eame fa\u00e7on que l\u2019Union africaine a cr\u00e9\u00e9 Africa CDC avec des bureaux r\u00e9gionaux, on devrait r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 d\u00e9velopper et produire dans un premier temps des vaccins ou certains m\u00e9dicaments dans le pays le plus \u00e0 m\u00eame de le faire aujourd\u2019hui, puis \u00e9tendre la production \u00e0 d\u2019autres pays lorsque les infrastructures ad\u00e9quates y auront \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9es. Si nous ne le faisons pas, nous serons toujours en retard et, lorsque ces vaccins ou ces m\u00e9dicaments nous viennent d\u2019ailleurs, nous continuons \u00e0 subir d\u2019autres formes de pression avec des impacts n\u00e9gatifs. Si vous prenez l\u2019exemple des vaccins \u2013 je ne reviens m\u00eame pas sur toutes les conditions d\u2019acquisition, sur lesquelles nous pourrions passer des heures \u2013, les organismes ou pays donateurs ont fait pression pour que nous les utilisions parce que la date de p\u00e9remption \u00e9tait proche ou parce qu\u2019il fallait montrer que c\u2019\u00e9tait ce vaccin qui \u00e9tait utilis\u00e9 dans tel pays parce que \u00e7a faisait l\u2019affaire de quelqu\u2019un, en sorte que toutes nos autres activit\u00e9s ou nos autres strat\u00e9gies de sant\u00e9 publique sont pass\u00e9es au second plan. On a vu dans certains pays qu\u2019on est all\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 repousser des campagnes de vaccination des enfants parce que la priorit\u00e9 \u00e9tait devenue d\u2019\u00ab \u00e9couler les stocks de vaccins Covid qui sont arriv\u00e9s et qu\u2019il ne faut pas laisser p\u00e9rimer \u00bb. Cela n\u2019est pas acceptable parce que, quand un gouvernement fait cela, sa population re\u00e7oit le message que des strat\u00e9gies essentielles pour la sant\u00e9 maternelle, infantile, le VIH, le paludisme, la rougeole et d\u2019autres maladies prioritaires sont secondaires. La Covid est devenue la priorit\u00e9 uniquement \u00e0 cause de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9coulement des vaccins. Je pense donc que, maintenant que la situation s\u2019est un peu calm\u00e9e, nous avons besoin de r\u00e9fl\u00e9chir sur tous ces sujets.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>T&amp;B :<\/em><\/strong><em> Sur la probl\u00e9matique du genre : o\u00f9 en sont les femmes dans la sant\u00e9 publique en Guin\u00e9e ? Est-ce qu\u2019il y a une grosse disparit\u00e9 entre chercheurs ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pr Tour\u00e9 :<\/strong> Il est regrettable de constater qu\u2019elles ne sont pas aussi visibles qu\u2019elles le devraient pour l\u2019instant. Au CERFIG, parmi les gens que nous formons depuis 2018, il y a beaucoup de jeunes femmes qui sont en master, en th\u00e8se et post-doc aussi bien en biologie mol\u00e9culaire qu\u2019en anthropologie. Le chemin est certes long, mais avec les possibilit\u00e9s de formation qui existent actuellement \u00e0 la facult\u00e9 des sciences et techniques de la sant\u00e9 de l\u2019Universit\u00e9 Gamal Abdel Nasser de Conakry, nous aurons bient\u00f4t de nombreuses chercheures dans les diff\u00e9rentes sp\u00e9cialit\u00e9s de la sant\u00e9 publique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>T&amp;B :<\/em><\/strong><em> En tant que directeur du CERFIG, comment faites-vous cohabiter sciences biom\u00e9dicales et science socio-anthropologique ? Quelle est votre exp\u00e9rience de l\u2019interdisciplinarit\u00e9 ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pr Tour\u00e9 :<\/strong> Le mode de fonctionnement du CERFIG est fortement inspir\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019Unit\u00e9 TansVIMI. Nos \u00e9quipes comprennent des sp\u00e9cialistes d\u2019\u00e9pid\u00e9miologie, de clinique, de biologie et de sciences humaines et sociales. Le tr\u00e9pied biologie, \u00e9pid\u00e9miologie et anthropologie est le socle de tous nos projets de recherche ; cette collaboration avec les sciences humaines et sociales s\u2019av\u00e8re selon moi fondamentale.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"template":"","meta":[],"series-categories":[1344],"cat-articles":[1665],"keywords":[1667,1747,1708],"ppma_author":[514,422,525],"class_list":["post-26689","series-issues","type-series-issues","status-publish","hentry","series-categories-numero-2","cat-articles-entretien","keywords-cerfig","keywords-epidemie","keywords-sante","author-abdoulaye-toure-fr","author-mame-penda-ba-fr","author-noemi-tousignant-fr"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.6 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Le CERFIG, une recherche africaine en sant\u00e9 d\u2019excellence | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-2\/le-cerfig-une-recherche-africaine-en-sante-dexcellence\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Le CERFIG, une recherche africaine en sant\u00e9 d\u2019excellence | Global Africa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Tousignant &amp; Ba : Pr Tour\u00e9, merci vivement d\u2019avoir accept\u00e9 cet \u00e9change. Pour commencer, peut-\u00eatre pourriez-vous vous pr\u00e9senter bri\u00e8vement aux lecteurs de Global Africa, puis expliquer ce qui fait la sp\u00e9cificit\u00e9 de votre parcours en tant que chercheur en sant\u00e9 publique ? Abdoulaye Tour\u00e9 : Je suis pharmacien de formation et professeur agr\u00e9g\u00e9 de sant\u00e9 publique \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Gamal Abdel Nasser de Conakry (UGANC). Je dirige actuellement le Centre de recherche et de formation en infectiologie de Guin\u00e9e (CERFIG) et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 pendant quatre ans directeur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Institut national de sant\u00e9 publique de Guin\u00e9e. Je fais de la recherche, mais parall\u00e8lement aussi de l\u2019action de sant\u00e9 publique. Cela veut dire que je vise \u00e0 ce que les r\u00e9sultats de la recherche contribuent \u00e0 des prises de d\u00e9cisions plus \u00e9clair\u00e9es, ce qui n\u2019est pas du tout \u00e9vident. Apr\u00e8s avoir soutenu ma th\u00e8se de pharmacie \u00e0 l\u2019UGANC, j\u2019ai travaill\u00e9 pr\u00e8s de deux ans dans les cliniques priv\u00e9es, puis je suis parti faire ma sp\u00e9cialisation en sant\u00e9 publique (master et th\u00e8se) \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Lyon. \u00c0 mon retour en Guin\u00e9e en 2013, j\u2019ai travaill\u00e9 sur le VIH en montant les premiers laboratoires de biologie mol\u00e9culaire pour faciliter l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la charge virale avec l\u2019organisation non gouvernementale (ONG) Solthis, agissant en appui au minist\u00e8re de la Sant\u00e9. Ensuite, l\u2019\u00e9pid\u00e9mie \u00c9bola est arriv\u00e9e et j\u2019ai particip\u00e9 \u00e0 la lutte par le biais de la recherche. Mon \u00e9quipe a travaill\u00e9 sur le suivi de survivants \u00e0 \u00c9bola, nous avons d\u00e9crit de fa\u00e7on pr\u00e9cise les s\u00e9quelles cliniques \u00e0 long terme qui n\u2019\u00e9taient pas connues, d\u00e9montr\u00e9 la persistance du virus. Jusqu\u2019\u00e0 nos travaux, on consid\u00e9rait que les hommes devaient mettre le pr\u00e9servatif trois mois apr\u00e8s leur gu\u00e9rison. On a d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019apr\u00e8s plus d\u2019un an, le virus \u00c9bola \u00e9tait encore pr\u00e9sent dans les fluides corporels. Ce sont les r\u00e9sultats de nos productions scientifiques qui ont orient\u00e9 tout le monde, y compris l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 (OMS), qui nous a invit\u00e9 \u00e0 participer \u00e0 des groupes th\u00e9matiques. L\u2019Organisation ouest africaine de la sant\u00e9 (OOAS) ou l\u2019Africa Center for Disease Control (Afrique CDC) nous sollicitent \u00e9galement, ainsi que d\u2019autres chercheurs qui contribuent \u00e0 l\u2019\u00e9laboration des documents ou participent \u00e0 des groupes techniques de r\u00e9flexion. Donc, c\u2019\u00e9tait une tr\u00e8s belle aventure parce qu\u2019\u00e0 travers ce projet, on a bouscul\u00e9 les limites des connaissances m\u00e9dicales sur \u00c9bola. Ce sont jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent des r\u00e9f\u00e9rences incontournables pour la connaissance du virus. T&amp;B : Quels sont, pour vous, \u00e0 partir de cette exp\u00e9rience d\u2019\u00c9bola et de la Covid, les d\u00e9fis de la sant\u00e9 publique en Afrique, en particulier ceux qui ne sont pas pris en compte dans les politiques publiques ? Pr Tour\u00e9 : Pour moi, ce qui est prioritaire, c\u2019est le financement de la recherche en sant\u00e9. Et c\u2019est un d\u00e9fi \u00e9norme en Afrique, parce qu\u2019il n\u2019y a pas de m\u00e9canisme endog\u00e8ne de financement dans nos pays quel que soit le domaine, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019agriculture, d\u2019\u00e9levage, d\u2019environnement ou de sciences sociales. Pour les recherches qui se font en Afrique, tr\u00e8s souvent le financement vient d\u2019ailleurs, parfois avec un agenda pr\u00e9d\u00e9fini, parce qu\u2019orient\u00e9 sur des priorit\u00e9s ou des objectifs qui ne co\u00efncident pas toujours avec les enjeux locaux. Donc pour moi, le premier d\u00e9fi consiste \u00e0 financer la recherche. Le deuxi\u00e8me d\u00e9fi est celui des infrastructures et des ressources humaines pour faire de la recherche. Globalement, elles font d\u00e9faut sur le continent. La preuve est que, m\u00eame pendant la Covid, qui a secou\u00e9 le monde entier, il n\u2019y a quasiment pas eu de production d\u2019intrants en Afrique. Or, certains pays auraient pu tr\u00e8s rapidement produire des tests et des vaccins s\u2019il y avait eu des ressources humaines de qualit\u00e9, des infrastructures de recherche, et cela aurait att\u00e9nu\u00e9 l\u2019impact de la pand\u00e9mie sur le continent. Un troisi\u00e8me probl\u00e8me r\u00e9side dans l\u2019absence de m\u00e9canisme de communication entre le monde politique et les chercheurs. En g\u00e9n\u00e9ral, le milieu politique n\u2019\u00e9coute les scientifiques que lorsqu\u2019il y a le feu ; c\u2019est donc souvent quand il y a des \u00e9pid\u00e9mies que les politiques essaient de se rapprocher un peu des chercheurs. Le d\u00e9fi majeur consiste donc \u00e0 savoir comment, au quotidien, prendre des d\u00e9cisions sur la base des \u00e9vidences. Cette collaboration a \u00e9t\u00e9 amorc\u00e9e durant la pand\u00e9mie. Dans de nombreux pays en Afrique, des conseils scientifiques ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s. Peut-\u00eatre l\u2019un des d\u00e9fis actuels serait-il de vraiment faire vivre ces conseils scientifiques, les \u00e9largir \u00e0 d\u2019autres domaines pour que ces instances aient comme interlocuteurs \u2013 comme \u00e7a a \u00e9t\u00e9 le cas pendant la premi\u00e8re ann\u00e9e de lutte contre la Covid\u2013 les autorit\u00e9s au plus haut niveau. J\u2019ai eu la chance d\u2019\u00eatre dans le conseil scientifique en Guin\u00e9e, et je sais qu\u2019en \u00e9tant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une telle structure, on peut faire en sorte que les d\u00e9cisions soient bas\u00e9es sur les \u00e9vidences et c\u2019est ce qui a \u00e9t\u00e9 fait. \u00c0 pr\u00e9sent que l\u2019\u00e9pid\u00e9mie s\u2019estompe, on entend d\u00e9j\u00e0 moins parler de ces conseils alors qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 la seule v\u00e9ritable intersection entre les hommes politiques et les chercheurs en Afrique pendant les moments difficiles de la lutte contre la Covid. Enfin, il faut aussi envisager de donner aux chercheurs certaines positions de d\u00e9cision ; je le constate par exemple en C\u00f4te d\u2019Ivoire, o\u00f9 tr\u00e8s souvent les coordonnateurs des programmes verticaux sont des professeurs, cela permet d\u2019int\u00e9grer la science \u00e0 l\u2019action en sant\u00e9 publique. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, les chercheurs doivent comprendre que c\u2019est en \u00e9tant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ces instances qu\u2019on peut transformer le syst\u00e8me et, de l\u2019autre, le politique doit savoir que le chercheur est un conseiller irrempla\u00e7able \u00e0 certains postes. T&amp;B : Vous pr\u00e9cisez bien que nos \u00c9tats n\u2019ont pas d\u2019instruments financiers pour booster la recherche, mais alors qui finance ces projets de recherches que vous menez, dont les r\u00e9sultats ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s dans les plus grandes revues, Lancet, Nature, Science ? Pr Tour\u00e9 : On ne va pas tourner en rond, c\u2019est la France. 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Pour commencer, peut-\u00eatre pourriez-vous vous pr\u00e9senter bri\u00e8vement aux lecteurs de Global Africa, puis expliquer ce qui fait la sp\u00e9cificit\u00e9 de votre parcours en tant que chercheur en sant\u00e9 publique ? Abdoulaye Tour\u00e9 : Je suis pharmacien de formation et professeur agr\u00e9g\u00e9 de sant\u00e9 publique \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Gamal Abdel Nasser de Conakry (UGANC). Je dirige actuellement le Centre de recherche et de formation en infectiologie de Guin\u00e9e (CERFIG) et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 pendant quatre ans directeur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Institut national de sant\u00e9 publique de Guin\u00e9e. Je fais de la recherche, mais parall\u00e8lement aussi de l\u2019action de sant\u00e9 publique. Cela veut dire que je vise \u00e0 ce que les r\u00e9sultats de la recherche contribuent \u00e0 des prises de d\u00e9cisions plus \u00e9clair\u00e9es, ce qui n\u2019est pas du tout \u00e9vident. Apr\u00e8s avoir soutenu ma th\u00e8se de pharmacie \u00e0 l\u2019UGANC, j\u2019ai travaill\u00e9 pr\u00e8s de deux ans dans les cliniques priv\u00e9es, puis je suis parti faire ma sp\u00e9cialisation en sant\u00e9 publique (master et th\u00e8se) \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Lyon. \u00c0 mon retour en Guin\u00e9e en 2013, j\u2019ai travaill\u00e9 sur le VIH en montant les premiers laboratoires de biologie mol\u00e9culaire pour faciliter l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la charge virale avec l\u2019organisation non gouvernementale (ONG) Solthis, agissant en appui au minist\u00e8re de la Sant\u00e9. Ensuite, l\u2019\u00e9pid\u00e9mie \u00c9bola est arriv\u00e9e et j\u2019ai particip\u00e9 \u00e0 la lutte par le biais de la recherche. Mon \u00e9quipe a travaill\u00e9 sur le suivi de survivants \u00e0 \u00c9bola, nous avons d\u00e9crit de fa\u00e7on pr\u00e9cise les s\u00e9quelles cliniques \u00e0 long terme qui n\u2019\u00e9taient pas connues, d\u00e9montr\u00e9 la persistance du virus. Jusqu\u2019\u00e0 nos travaux, on consid\u00e9rait que les hommes devaient mettre le pr\u00e9servatif trois mois apr\u00e8s leur gu\u00e9rison. On a d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019apr\u00e8s plus d\u2019un an, le virus \u00c9bola \u00e9tait encore pr\u00e9sent dans les fluides corporels. Ce sont les r\u00e9sultats de nos productions scientifiques qui ont orient\u00e9 tout le monde, y compris l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 (OMS), qui nous a invit\u00e9 \u00e0 participer \u00e0 des groupes th\u00e9matiques. L\u2019Organisation ouest africaine de la sant\u00e9 (OOAS) ou l\u2019Africa Center for Disease Control (Afrique CDC) nous sollicitent \u00e9galement, ainsi que d\u2019autres chercheurs qui contribuent \u00e0 l\u2019\u00e9laboration des documents ou participent \u00e0 des groupes techniques de r\u00e9flexion. Donc, c\u2019\u00e9tait une tr\u00e8s belle aventure parce qu\u2019\u00e0 travers ce projet, on a bouscul\u00e9 les limites des connaissances m\u00e9dicales sur \u00c9bola. Ce sont jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent des r\u00e9f\u00e9rences incontournables pour la connaissance du virus. T&amp;B : Quels sont, pour vous, \u00e0 partir de cette exp\u00e9rience d\u2019\u00c9bola et de la Covid, les d\u00e9fis de la sant\u00e9 publique en Afrique, en particulier ceux qui ne sont pas pris en compte dans les politiques publiques ? Pr Tour\u00e9 : Pour moi, ce qui est prioritaire, c\u2019est le financement de la recherche en sant\u00e9. Et c\u2019est un d\u00e9fi \u00e9norme en Afrique, parce qu\u2019il n\u2019y a pas de m\u00e9canisme endog\u00e8ne de financement dans nos pays quel que soit le domaine, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019agriculture, d\u2019\u00e9levage, d\u2019environnement ou de sciences sociales. Pour les recherches qui se font en Afrique, tr\u00e8s souvent le financement vient d\u2019ailleurs, parfois avec un agenda pr\u00e9d\u00e9fini, parce qu\u2019orient\u00e9 sur des priorit\u00e9s ou des objectifs qui ne co\u00efncident pas toujours avec les enjeux locaux. Donc pour moi, le premier d\u00e9fi consiste \u00e0 financer la recherche. Le deuxi\u00e8me d\u00e9fi est celui des infrastructures et des ressources humaines pour faire de la recherche. Globalement, elles font d\u00e9faut sur le continent. La preuve est que, m\u00eame pendant la Covid, qui a secou\u00e9 le monde entier, il n\u2019y a quasiment pas eu de production d\u2019intrants en Afrique. Or, certains pays auraient pu tr\u00e8s rapidement produire des tests et des vaccins s\u2019il y avait eu des ressources humaines de qualit\u00e9, des infrastructures de recherche, et cela aurait att\u00e9nu\u00e9 l\u2019impact de la pand\u00e9mie sur le continent. Un troisi\u00e8me probl\u00e8me r\u00e9side dans l\u2019absence de m\u00e9canisme de communication entre le monde politique et les chercheurs. En g\u00e9n\u00e9ral, le milieu politique n\u2019\u00e9coute les scientifiques que lorsqu\u2019il y a le feu ; c\u2019est donc souvent quand il y a des \u00e9pid\u00e9mies que les politiques essaient de se rapprocher un peu des chercheurs. Le d\u00e9fi majeur consiste donc \u00e0 savoir comment, au quotidien, prendre des d\u00e9cisions sur la base des \u00e9vidences. Cette collaboration a \u00e9t\u00e9 amorc\u00e9e durant la pand\u00e9mie. Dans de nombreux pays en Afrique, des conseils scientifiques ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s. Peut-\u00eatre l\u2019un des d\u00e9fis actuels serait-il de vraiment faire vivre ces conseils scientifiques, les \u00e9largir \u00e0 d\u2019autres domaines pour que ces instances aient comme interlocuteurs \u2013 comme \u00e7a a \u00e9t\u00e9 le cas pendant la premi\u00e8re ann\u00e9e de lutte contre la Covid\u2013 les autorit\u00e9s au plus haut niveau. J\u2019ai eu la chance d\u2019\u00eatre dans le conseil scientifique en Guin\u00e9e, et je sais qu\u2019en \u00e9tant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une telle structure, on peut faire en sorte que les d\u00e9cisions soient bas\u00e9es sur les \u00e9vidences et c\u2019est ce qui a \u00e9t\u00e9 fait. \u00c0 pr\u00e9sent que l\u2019\u00e9pid\u00e9mie s\u2019estompe, on entend d\u00e9j\u00e0 moins parler de ces conseils alors qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 la seule v\u00e9ritable intersection entre les hommes politiques et les chercheurs en Afrique pendant les moments difficiles de la lutte contre la Covid. Enfin, il faut aussi envisager de donner aux chercheurs certaines positions de d\u00e9cision ; je le constate par exemple en C\u00f4te d\u2019Ivoire, o\u00f9 tr\u00e8s souvent les coordonnateurs des programmes verticaux sont des professeurs, cela permet d\u2019int\u00e9grer la science \u00e0 l\u2019action en sant\u00e9 publique. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, les chercheurs doivent comprendre que c\u2019est en \u00e9tant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ces instances qu\u2019on peut transformer le syst\u00e8me et, de l\u2019autre, le politique doit savoir que le chercheur est un conseiller irrempla\u00e7able \u00e0 certains postes. T&amp;B : Vous pr\u00e9cisez bien que nos \u00c9tats n\u2019ont pas d\u2019instruments financiers pour booster la recherche, mais alors qui finance ces projets de recherches que vous menez, dont les r\u00e9sultats ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s dans les plus grandes revues, Lancet, Nature, Science ? Pr Tour\u00e9 : On ne va pas tourner en rond, c\u2019est la France. Nos projets de recherche sont en grande partie financ\u00e9s par l\u2019Institut national de la sant\u00e9 et de la recherche m\u00e9dicale (Inserm), par l\u2019Agence nationale de la","og_url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-2\/le-cerfig-une-recherche-africaine-en-sante-dexcellence\/","og_site_name":"Global Africa","article_publisher":"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences","article_modified_time":"2026-05-09T16:16:25+00:00","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"17 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-2\/le-cerfig-une-recherche-africaine-en-sante-dexcellence\/","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-2\/le-cerfig-une-recherche-africaine-en-sante-dexcellence\/","name":"Le CERFIG, une recherche africaine en sant\u00e9 d\u2019excellence | Global Africa","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#website"},"datePublished":"2022-12-16T08:40:17+00:00","dateModified":"2026-05-09T16:16:25+00:00","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-2\/le-cerfig-une-recherche-africaine-en-sante-dexcellence\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-2\/le-cerfig-une-recherche-africaine-en-sante-dexcellence\/"]}]},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-2\/le-cerfig-une-recherche-africaine-en-sante-dexcellence\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Home","item":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/accueil\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Series issues","item":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/"},{"@type":"ListItem","position":3,"name":"Le CERFIG, une recherche africaine en sant\u00e9 d\u2019excellence"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#website","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/","name":"Global Africa","description":"Pan-African Scientific Journal","publisher":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#organization"},"potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Organization","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#organization","name":"Global Africa","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/","logo":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#\/schema\/logo\/image\/","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Globalafrica.png","contentUrl":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Globalafrica.png","width":1680,"height":750,"caption":"Global Africa"},"image":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#\/schema\/logo\/image\/"},"sameAs":["https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences"]}]}},"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series-issues\/26689","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series-issues"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/series-issues"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=26689"}],"wp:term":[{"taxonomy":"series-categories","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series-categories?post=26689"},{"taxonomy":"cat-articles","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/cat-articles?post=26689"},{"taxonomy":"keywords","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/keywords?post=26689"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=26689"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}