{"id":26688,"date":"2022-12-16T09:05:13","date_gmt":"2022-12-16T09:05:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/epidemics-in-guinea-from-infectious-politics-to-viral-ontologies\/"},"modified":"2026-05-09T16:12:34","modified_gmt":"2026-05-09T16:12:34","slug":"epidemics-in-guinea-from-infectious-politics-to-viral-ontologies","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-2\/epidemics-in-guinea-from-infectious-politics-to-viral-ontologies\/","title":{"rendered":"\u00c9pid\u00e9mies guin\u00e9ennes : des politiques infectieuses aux ontologies virales"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Associ\u00e9es \u00e0 une longue histoire \u00e9pid\u00e9mique (Le Marcis, 2021) et \u00e0 un syst\u00e8me de sant\u00e9 fragile, les r\u00e9centes \u00e9mergences et r\u00e9\u00e9mergences<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a> en Guin\u00e9e ont contribu\u00e9 \u00e0 faire du pays une priorit\u00e9 pour les institutions de sant\u00e9 globale et les politiques de surveillance \u00e9pid\u00e9mique. Les \u00e9pid\u00e9mies d\u2019Ebola en 2013-2016 et en 2021, ainsi que la pand\u00e9mie de Covid-19 depuis 2020, ont \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion d\u2019instaurer sur le territoire des mod\u00e8les formalis\u00e9s de riposte (Gomez-Temesio &amp; Marcis, 2017) et de surveillance \u00e9pid\u00e9mique, port\u00e9s par des institutions internationales<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a> et nationales<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Ces derniers ont largement contribu\u00e9 \u00e0 diffuser des pratiques et discours provenant du champ de la sant\u00e9 globale. S\u2019ils semblent \u00e0 premi\u00e8re vue constituer des mod\u00e8les neutres et apolitiques (Bardosh, 2016), ils sont en r\u00e9alit\u00e9 charg\u00e9s de conceptions particuli\u00e8res provenant de la biom\u00e9decine moderne sur la maladie, le corps, le soin et surtout les virus (Bonnet, 2003). Appliqu\u00e9s sur l\u2019ensemble du territoire lors des r\u00e9surgences \u00e9pid\u00e9miques et des p\u00e9riodes de surveillance, ces mod\u00e8les viennent s\u2019inscrire dans la soci\u00e9t\u00e9 guin\u00e9enne et importent des discours ontologiquement situ\u00e9s, malgr\u00e9 leur apparente globalit\u00e9. Ils entrent alors en n\u00e9gociation avec les acteurs locaux et leurs r\u00e9pertoires ontologiques propres (Fairhead, 2016).<\/p>\n\n\n\n<p>Provenant de la philosophie avant d\u2019\u00eatre utilis\u00e9e et r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9e par l\u2019anthropologie \u00e0 la fin du XXe si\u00e8cle (Nef &amp; Schmitt 2017), l\u2019ontologie (du grec ancien ontos, \u00ab \u00eatre \u00bb, et logos, \u00ab discours, trait\u00e9 \u00bb) traite de l\u2019\u00eatre. Descola (2005, p. 176) d\u00e9finit ainsi les ontologies comme des \u00ab syst\u00e8mes de propri\u00e9t\u00e9s des existants [qui] servent de points d\u2019ancrage \u00e0 des formes contrast\u00e9es de cosmologies, de mod\u00e8les du lien social et de th\u00e9ories de l\u2019identit\u00e9 et de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 \u00bb. En anthropologie, la majorit\u00e9 des auteurs mobilise le concept d\u2019ontologie pour rendre compte de la multiplicit\u00e9 des mondes et des \u00eatres. Si certains partent du postulat que le monde est intrins\u00e8quement multiple (Descola, 2005), d\u2019autres proposent de saisir l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 radicale de ces mondes (Chandler &amp; Reid ,2018) via une conceptualisation fluide et contextuelle (Fairhead, 2016) des ontologies comme performances (Mol, 2002). Enfin, cette approche constitue un outil m\u00e9thodologique pour poser des questions ontologiques (Holbraad &amp; Pedersen, 2017).<\/p>\n\n\n\n<p>Cet article analyse l\u2019application des mod\u00e8les de ripostes \u00e9pid\u00e9miques sur le territoire guin\u00e9en lors de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de Covid-19 et interroge les d\u00e9calages souvent visibles entre ces mod\u00e8les et les pratiques r\u00e9elles de prise en charge et de gestion \u00e9pid\u00e9mique observ\u00e9es sur le terrain. Il vise \u00e0 sortir de la compr\u00e9hension classique des syst\u00e8mes de sant\u00e9 guin\u00e9ens \u2013 et plus largement africains \u2013 comme \u00ab dysfonctionnels \u00bb (Jaffr\u00e9 &amp; Olivier de Sardan, 2003) et de l\u2019interpr\u00e9tation du non-respect des mesures de protection par les soignants et les populations comme relevant de \u00ab r\u00e9sistances \u00bb ou \u00ab r\u00e9ticences \u00bb (Sompar\u00e9, 2020). Dans un premier temps, l\u2019article analyse comment les mesures de gestion \u00e9pid\u00e9mique de la Covid-19, cens\u00e9es \u00eatre appliqu\u00e9es par les soignants en \u00ab premi\u00e8re ligne \u00bb, se trouvent en d\u00e9calage avec la r\u00e9alit\u00e9 des normes pratiques (Olivier de Sardan, 2010) de ces derniers. Il propose d\u2019examiner ces fr\u00e9quents d\u00e9calages non pas en termes de d\u00e9faillances, mais de processus de traduction, d\u2019appropriation, de transformation et de rejet \u00e0 l\u2019\u0153uvre lorsque diverses conceptions du monde port\u00e9es par les discours biom\u00e9dicaux et locaux se rencontrent sur le terrain. Dans un second temps, il traite de l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019une approche ontologique en Afrique, peu d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 l\u2019heure actuelle, qui permettrait pourtant d\u2019examiner d\u2019un regard neuf les probl\u00e9matiques et contextes africains. Il s\u2019agit de questionner les discours produits sur l\u2019Afrique qui continuent d\u2019inscrire le continent dans un rapport de pouvoir et de hi\u00e9rarchie avec un r\u00e9f\u00e9rentiel \u00e9pist\u00e9mique autre \u2013 autrefois \u00ab europ\u00e9en \u00bb, d\u00e9sormais \u00ab occidental \u00bb. Enfin, dans un troisi\u00e8me temps, l\u2019article revisite la crise \u00e9pid\u00e9mique de la Covid-19 en Guin\u00e9e \u00e0 l\u2019aune de l\u2019approche ontologique. Il examine comment la gestion des maladies et du risque viral en Guin\u00e9e se traduit, au sein du centre de traitement \u00e9pid\u00e9mique, par la n\u00e9gociation constante des humains avec le virus, via des tactiques d\u2019\u00e9vitement et de purge qui donnent corps \u00e0 l\u2019invisible viral et en font un non-humain actant, poussant les patients \u00e0 mobiliser une multitude de r\u00e9pertoires ontologiques parfois contradictoires pour se soigner et pour faire sens autour de la maladie.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet article se base sur une \u00e9tude ethnographique men\u00e9e en Guin\u00e9e de d\u00e9cembre 2020 \u00e0 d\u00e9cembre 2021 dans le cadre du projet de recherche ARIACOV<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Mobilisant observation participante et entretiens formels et informels, cette \u00e9tude s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e dans deux structures sanitaires : un centre de sant\u00e9 am\u00e9lior\u00e9 (CSA) disposant d\u2019une unit\u00e9 de chirurgie simple dans la r\u00e9gion de For\u00e9cariah, et le CT-Epi de Gbessia prenant en charge les patients atteints de Covid-19 dans la capitale Conakry. L\u2019ethnographie men\u00e9e au CSA sur une dur\u00e9e cumul\u00e9e de deux mois (d\u00e9cembre 2020, juillet 2021, d\u00e9cembre 2021) s\u2019est concentr\u00e9e sur les acteurs de sant\u00e9 et sur leurs rapports aux diff\u00e9rents virus et aux mesures barri\u00e8res en p\u00e9riode \u00e9pid\u00e9mique. L\u2019enqu\u00eate au CT-Epi de Gbessia, r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une hospitalisation en tant que patiente positive \u00e0 la Covid-19 en f\u00e9vrier 2021, s\u2019est attach\u00e9e \u00e0 examiner les pratiques quotidiennes de gestion du risque viral par les patients.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Au-del\u00e0 de l\u2019Afrique \u00ab faillie \u00bb : repenser les dysfonctionnements, d\u00e9faillances et r\u00e9ticences<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Syst\u00e8mes de sant\u00e9 d\u00e9faillants, normes pratiques et non-respect des mesures barri\u00e8res.<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Ici, on n\u2019aime pas trop les bavettes. Il vaut mieux ne pas porter. Il y a eu des manifestations contre \u00e7a et depuis, \u00e7a n\u2019est pas bien vu d\u2019avoir \u00e7a. <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Mme Camara, la sage-femme, me jette un regard lourd de sens tandis que je range mon masque chirurgical dans mon sac. Nous sommes le 9 d\u00e9cembre 2020, en pleine vague de Covid-19 et, alors que les mesures barri\u00e8res sont cens\u00e9es \u00eatre renforc\u00e9es dans tout le pays par d\u00e9cret pr\u00e9sidentiel, personne, au CSA dans lequel je m\u00e8ne mon ethnographie, ne porte de masque ou ne respecte les mesures de distanciation. Cela fait plusieurs jours que je suis pr\u00e9sente dans le service de la maternit\u00e9 avec les sage-femmes, les m\u00e9decins, les agents techniques de sant\u00e9 (ATS) et les hygi\u00e9nistes. En pleine \u00e9pid\u00e9mie, nous partageons les m\u00eames plats, mangeant avec la main droite dans la m\u00eame assiette, et dormons ensemble dans la salle de garde.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai de la chance : je partage avec la sage-femme titulaire un matelas qui a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9 sur le sol de la salle de garde, tandis que les stagiaires partagent un second lit, la natte, ou bien se couchent sur les paillasses et les tables d\u2019examen. Personne ne respecte la distanciation physique ou le port du masque. Si nous le faisions, il serait impossible de manger ou dormir au CSA, vu la configuration des lieux et l\u2019organisation pratique des soignants : le manque de place n\u2019autorise la distanciation ni pour le personnel de sant\u00e9, ni pour les patients et, dans un syst\u00e8me de sant\u00e9 o\u00f9 une majorit\u00e9 des soignants sont consid\u00e9r\u00e9s comme \u00ab stagiaires \u00bb, et donc non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s, ce sont les titulaires qui fournissent le plus souvent le repas de la garde pour leurs \u00e9quipes. Commensalit\u00e9 et promiscuit\u00e9 sont ainsi des invariants des centres de sant\u00e9 en Guin\u00e9e, de m\u00eame que l\u2019insuffisance de mat\u00e9riel m\u00e9dical. Le m\u00e9decin gyn\u00e9cologue entre dans la salle d\u2019accouchement :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Vous, l\u00e0, vous n\u2019avez pas le mat\u00e9riel ! Vous n\u2019avez m\u00eame pas de masque, alors qu\u2019on est en p\u00e9riode \u00e9pid\u00e9mique. Vous ne portez m\u00eame pas la blouse enti\u00e8re : il faut le pantalon aussi, le pagne, l\u00e0, \u00e7a n\u2019est pas possible ! \u00bb Il me dit : \u00ab Bon, ici, personne ne respecte les mesures. Pas m\u00eame les m\u00e9decins. Les gens se disent que Corona, c\u2019est pour les Blancs, pour les riches. Qu\u2019eux, dans leur champ, il ne peut rien leur arriver ! Donc ils n\u2019en portent pas. <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Dans le CSA, il existe une diff\u00e9rence majeure entre les normes \u00e9dict\u00e9es par les institutions sanitaires nationales et internationales et les pratiques r\u00e9elles observ\u00e9es sur le terrain. Ces d\u00e9calages concernent autant les proc\u00e9dures de soin que le respect de la PCI (pr\u00e9vention et contr\u00f4le des infections), les normes d\u2019hygi\u00e8ne ou les mesures de riposte \u00e9pid\u00e9miques. Ces dysfonctionnements particuliers, qui pourraient \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9s comme des mauvaises pratiques de la part des soignants, sont la manifestation d\u2019une plus grande d\u00e9stabilisation du syst\u00e8me de sant\u00e9 en Guin\u00e9e. Ce dernier est le plus souvent caract\u00e9ris\u00e9 par des ruptures de mat\u00e9riel m\u00e9dical et des rapports client\u00e9listes entre les patients et les soignants. Une grande majorit\u00e9 du personnel de sant\u00e9 n\u2019est pas officiellement employ\u00e9e par l\u2019\u00c9tat et exerce sous le statut de stagiaire non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 \u2013 parfois durant dix ou quinze ans \u2013 qui ne refl\u00e8te pas son r\u00e9el travail au sein des structures sanitaires. Dans ce contexte, les soignants monnayent des soins cens\u00e9s \u00eatre pris en charge par l\u2019\u00c9tat guin\u00e9en (c\u00e9sariennes, vaccinations) et vendent des m\u00e9dicaments et traitements de mani\u00e8re informelle, en parall\u00e8le de la pharmacie officielle de la structure de sant\u00e9. Tandis que ces pratiques \u2013 communes \u00e0 d\u2019autres structures de sant\u00e9 en Afrique de l\u2019Ouest (Jaffr\u00e9, 2003 ; Tantchou, 2021) \u2013 peuvent s\u2019apparenter \u00e0 de la corruption (Olivier de Sardan, 2010), il s\u2019agit moins, pour les soignants, d\u2019extorquer de l\u2019argent aux patients que de garantir l\u2019exercice de leurs fonctions et les soins m\u00eames, dans un contexte marqu\u00e9 par le manque de moyens mat\u00e9riels et financiers et la non-reconnaissance de leur statut par l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces \u00ab normes pratiques \u00bb, en d\u00e9calage avec les normes officielles \u00e9dict\u00e9es par les institutions, ont \u00e9t\u00e9 analys\u00e9es par Olivier de Sardan (2010) comme \u00e9tant le produit d\u2019une culture professionnelle locale (2001), de traductions et d\u2019appropriations des normes officielles qui entrent en contact \u2013 et parfois en confrontation \u2013 avec la r\u00e9alit\u00e9 du terrain et les contextes locaux (2010). Ces d\u00e9calages et incompatibilit\u00e9s entre contextes locaux et normes institutionnelles donnent souvent lieu \u00e0 une \u00ab revanche des contextes \u00bb (Olivier de Sardan, 2021) qui se traduit parfois par l\u2019\u00e9chec de l\u2019application des normes officielles \u2013 comme c\u2019est le cas pour les mesures de riposte \u00e9pid\u00e9mique Covid-19 dans ce CSA.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>\u00c0 la crois\u00e9e des mondes : de l\u2019Afrique \u00ab faillie \u00bb aux innovations ontologiques<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Ces d\u00e9calages entre normes pratiques sur le terrain et normes officielles sont tr\u00e8s souvent per\u00e7us en termes d\u2019\u00e9chec, de dysfonctionnement, ou dans le cadre d\u2019une conception de l\u2019\u00c9tat \u00ab failli \u00bb en Afrique (Gaulme, 2011) \u2013 qui s\u2019apparente \u00e0 un \u00e9volutionnisme non plus social, mais politique. En Guin\u00e9e, le \u00ab dysfonctionnement \u00bb du syst\u00e8me de sant\u00e9 est tr\u00e8s largement rapport\u00e9, voire consid\u00e9r\u00e9 comme un fait (Sompar\u00e9, 2017). Il para\u00eet alors essentiel de questionner cette \u00e9vidence de l\u2019\u00e9chec des syst\u00e8mes de sant\u00e9 \u2013 voire plus largement des \u00c9tats et de l\u2019Afrique dans son ensemble \u2013 qui instaure et fait perdurer des rapports de pouvoirs d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9s entre les diff\u00e9rentes puissances et leurs mondes r\u00e9ciproques. Au-del\u00e0 d\u2019une d\u00e9monstration de la non-conformit\u00e9 des normes pratiques et de l\u2019\u00e9chec du syst\u00e8me de sant\u00e9 issu d\u2019un mod\u00e8le pr\u00e9\u00e9tabli par les institutions, il convient d\u2019analyser r\u00e9ellement les contextes dans lesquels ces normes sont pratiqu\u00e9es et pertinentes \u2013 pour, \u00e0 la fois, rendre compte des mondes locaux et les r\u00e9tablir dans leur l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e9pist\u00e9mique. D\u00e8s lors, loin d\u2019\u00eatre le r\u00e9sultat de d\u00e9faillances syst\u00e9miques \u2013 conception qui renforce l\u2019id\u00e9e d\u2019un r\u00e9f\u00e9rentiel unique et de contextes africains qui ne \u00ab marchent pas \u00bb \u2013, ces d\u00e9calages peuvent \u00eatre analys\u00e9s comme le produit direct de rencontres entre les normes institutionnelles globales et des fa\u00e7ons locales d\u2019\u00eatre au monde. Ils t\u00e9moignent des processus d\u2019appropriation, de transformation et de rejet \u00e0 l\u2019\u0153uvre lorsque diverses conceptions du monde se rencontrent pour d\u00e9finir une r\u00e9alit\u00e9 commune.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, les normes pratiques sont les pratiques et discours qui permettent \u00e0 ces rencontres des mondes de fonctionner \u00ab en pratique \u00bb, de cr\u00e9er un nouveau monde hybride \u2013 une \u00ab innovation ontologique \u00bb (Thompson, 2005) \u2013 dans lequel naviguent les acteurs et qui \u00ab fonctionne \u00bb malgr\u00e9 ses contradictions internes. En Guin\u00e9e, ces normes pratiques des soignants ne t\u00e9moignent pas d\u2019un syst\u00e8me de sant\u00e9 dysfonctionnel, mais plut\u00f4t du fonctionnement interne d\u2019un syst\u00e8me de soins en perp\u00e9tuelles n\u00e9gociations entre les mod\u00e8les globaux et le contexte local \u2013 caract\u00e9ris\u00e9 notamment par une crise de confiance importante entre la population et les agents de l\u2019\u00c9tat en g\u00e9n\u00e9ral (Attas et al., 2021).<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, afin de sortir d\u2019une conception biais\u00e9e et n\u00e9gative d\u2019une Afrique faillie \u2013 politiquement, \u00e9conomiquement ou dans ses syst\u00e8mes de sant\u00e9 \u2013, je propose de recourir \u00e0 l\u2019approche ontologique dans le but d\u2019explorer d\u2019un \u0153il neuf les modalit\u00e9s pratiques de gestion du risque \u00e9pid\u00e9mique par les populations locales et les soignants. Marquant un changement de paradigme avec les approches th\u00e9oriques pr\u00e9c\u00e9dentes, l\u2019approche ontologique vise \u00e0 revaloriser les \u00ab cultures \u00bb et les \u00eatres qui les accompagnent (humains et non-humains) en \u00ab mondes \u00bb valides et co-existants : il ne s\u2019agit plus d\u2019interpr\u00e9tations particuli\u00e8res d\u2019une seule et m\u00eame r\u00e9alit\u00e9 (Henare et al., 2006), mais de r\u00e9alit\u00e9s alternatives qui coexistent comme des mondes en soi.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, cette approche et le changement de perspective qu\u2019elle inclut \u2013 bousculant et questionnant la hi\u00e9rarchie des syst\u00e8mes de savoir et la domination d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 moderne occidentale devenue globale \u2013 ont peu essaim\u00e9 sur le continent africain. En effet, le tournant ontologique est le produit sp\u00e9cifique d\u2019une anthropologie qui s\u2019est largement d\u00e9velopp\u00e9e en Am\u00e9rique latine du fait d\u2019une histoire politique et \u00e9pist\u00e9mique particuli\u00e8re que ne partage pas l\u2019Afrique. Les deux zones ont donn\u00e9 naissance \u00e0 des traditions et courants anthropologiques diff\u00e9rents, souvent travers\u00e9s par des th\u00e9matiques propres, qui refl\u00e8tent \u00e0 la fois leur histoire politique, culturelle et \u00e9conomique, mais \u00e9galement la fa\u00e7on dont ils ont \u00e9t\u00e9 conceptualis\u00e9s par les puissances coloniales et les penseurs occidentaux.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>De l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019une approche ontologique en Afrique<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Tournant ontologique : entre \u00e9pist\u00e9mologies coloniales et traditions anthropologiques<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019anthropologie se d\u00e9veloppe au XIXe si\u00e8cle comme science et discipline dans un contexte colonial<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a> de d\u00e9couverte de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et des \u00ab peuples primitifs \u00bb (Deli\u00e8ge, 2006). Elle se fonde notamment sur la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9volutionnisme social (Tylor, 1871) qui place sur une \u00e9chelle hi\u00e9rarchique les diff\u00e9rentes soci\u00e9t\u00e9s humaines. Les premiers travaux sur l\u2019Afrique s\u2019attachent alors \u00e0 \u00e9tudier des th\u00e9matiques sp\u00e9cifiques dans des soci\u00e9t\u00e9s vues comme primitives et hors du temps, fig\u00e9es dans un pass\u00e9 originel (Grinker et al., 2019) : sorcellerie, parent\u00e9, religion, maladie et soin, \u00e9conomie, art. Dans le m\u00eame temps, l\u2019anthropologie am\u00e9ricaniste s\u2019int\u00e9resse aux populations indig\u00e8nes, aux \u00e9tudes des antiquit\u00e9s provenant d\u2019anciennes civilisations ayant des sources manuscrites et imprim\u00e9es \u2013 via l\u2019arch\u00e9ologie et l\u2019histoire notamment \u2013, aux mythes fondateurs et aux guerres (Gruzinski &amp; Bernand, 1992). Tandis que les territoires am\u00e9ricains prennent leur ind\u00e9pendance dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle et se constituent en \u00c9tats souverains, l\u2019Afrique fait encore partie des colonies europ\u00e9ennes jusque dans les ann\u00e9es 1960. Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, des chercheurs europ\u00e9ens comme Mauss et Durkheim (1903), Malinowski (1935), Evans-Pritchard (1937) viennent remettre en question la hi\u00e9rarchie des syst\u00e8mes de savoir et des soci\u00e9t\u00e9s induite par l\u2019\u00e9volutionnisme social. D\u2019autres auteurs, notamment le mouvement surr\u00e9aliste de l\u2019anthropologie fran\u00e7aise, vont d\u00e9finitivement rejeter toute approche socio-\u00e9volutionniste : des anthropologues et ethnographes tels que Rouch (1947), Griaule (1934) et Bataille (1929) vont ainsi d\u00e9construire et remettre en question les concepts de normalit\u00e9, de r\u00e9alit\u00e9 et de v\u00e9rit\u00e9 dans le monde occidental. Des auteurs, europ\u00e9ens comme africains, se dressent contre l\u2019approche a-historique de l\u2019Afrique et affirment l\u2019inscription de cette derni\u00e8re dans la modernit\u00e9 globale (notamment Balandier, 1951, 1952). L\u2019anthropologie africaniste devient alors historique (Person, 1971) et est marqu\u00e9e par le dynamisme, soit l\u2019\u00e9tude des changements et ajustements sociaux (Grinker et al., 2019). Dans le m\u00eame temps, le marxisme conna\u00eet un \u00e9cho important sur le continent africain, avec de nombreux auteurs qui s\u2019en r\u00e9clament, se l\u2019approprient et s\u2019en inspirent \u2013 Senghor, Nkrumah, Cabral, Nyerere, Diop, Traor\u00e9, Nda, Rauche (Bidima, 1995). Dans son sillage, l\u2019anthropologie marxiste prend un essor majeur dans les ann\u00e9es 1960 et 1970, port\u00e9e par Meillassoux en Afrique (1975), et s\u2019attache particuli\u00e8rement \u00e0 l\u2019\u00e9tude des modes de production, de l\u2019\u00e9conomie, du traitement des femmes et de l\u2019esclavage. \u00c0 la m\u00eame p\u00e9riode, l\u2019anthropologie am\u00e9ricaniste se concentre sur l\u2019\u00e9tude des processus politiques et de construction \u00e9tatique, les r\u00e9gimes militaires et les processus de d\u00e9mocratisation, l\u2019urbanisation et les classes paysannes, les changements environnementaux (Gruzinski &amp; Bernand, 1992), en lien avec son histoire politique et \u00e9conomique contemporaine.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s les ann\u00e9es 1960 et les d\u00e9buts des d\u00e9colonisations, l\u2019anthropologie se voit largement remise en cause comme science coloniale. De nombreux auteurs produisent une critique de la modernit\u00e9 et de son syst\u00e8me de savoir (par exemple, Latour &amp; Woolgar, 1979). Les terrains africains voient appara\u00eetre de nouveaux th\u00e8mes de recherche, notamment la mobilit\u00e9 et les d\u00e9placements, l\u2019urbanisme, la violence politique, les conflits arm\u00e9s et les nouvelles formes d\u2019appartenance (Grinker et al., 2019). De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019anthropologie am\u00e9ricaniste s\u2019int\u00e9resse \u00e0 nouveau aux communaut\u00e9s autochtones et \u00e0 leurs modes de vie et pratiques rituelles. \u00c0 partir des ann\u00e9es 1980, la politisation des communaut\u00e9s autochtones am\u00e9ricaines prend de l\u2019ampleur sur les sc\u00e8nes nationales et internationales (Langdon, 2016 ; Blaser, 2014). Leurs r\u00e9alit\u00e9s et syst\u00e8mes de savoir concordent avec des th\u00e8mes \u00e9cologiques globaux (Jackson &amp; Warren, 2005 ; Del\u00e9age, 1991). Ce faisant, ils deviennent de plus en plus valides et l\u00e9gitimes et sont revaloris\u00e9s comme des mod\u00e8les de solutions viables face \u00e0 la crise environnementale (Redford, 1990 ; Chandler &amp; Reid, 2018). C\u2019est sur ces terrains per\u00e7us d\u2019un nouvel \u0153il que se d\u00e9veloppe le perspectivisme (Eduardo Viveiros de Castro, 2007, 2009), puis, \u00e0 sa suite, le tournant ontologique. En effet, inspir\u00e9s par le courant postmoderniste de l\u2019anthropologie et par la pr\u00e9\u00e9minence de la question de l\u2019environnement et de la nature dans le monde globalis\u00e9 de la fin du XXe si\u00e8cle, de nombreux anthropologues \u2013 entre autres Latour (1991), Ingold (1996, 2006), Viveiros de Castro (2007, 2009), Descola (2005) \u2013 d\u00e9veloppent une approche ontologique dans les ann\u00e9es 1990-2000. Cette approche critique la distinction entre nature et culture du monde naturaliste moderne et fait appara\u00eetre la possibilit\u00e9 de r\u00e9alit\u00e9s alternatives, valides, et co-existantes au sein des soci\u00e9t\u00e9s humaines.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Ontologies infectieuses et \u00e9pist\u00e9mologies m\u00e9dicales en Afrique<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Bien que l\u2019ontologie soit pr\u00e9sente dans les travaux des philosophes africains, notamment Wiredu et Oruka (Bidima, 1995), son utilisation par les anthropologues africanistes a \u00e9t\u00e9 rare, \u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s (telles que Fairhead, 2016 ; Wilkinson &amp; Fairhead, 2017 ; Laplante, 2014 ; Archambault, 2020 ; Adji, 2009 ; Thomas, 1968 ; Mbiziantouari, 2021). Contrairement \u00e0 l\u2019Am\u00e9rique latine, l\u2019anthropologie africaniste s\u2019est tourn\u00e9e dans les ann\u00e9es 1980 vers la science politique (Copans, 2007). Elle se concentre par la suite sur l\u2019\u00e9tude des modes d\u2019organisation et de fonctionnement du d\u00e9veloppement (Olivier de Sardan, 1995, 2001), de la sant\u00e9 (Jaffr\u00e9 &amp; Olivier de Sardan, 2003) et de la soci\u00e9t\u00e9 civile (Comaroff &amp; Comaroff, 1999), mais n\u2019aborde pas ou peu les r\u00e9alit\u00e9s ontologiques locales avec un regard nouveau. L\u2019enjeu d\u2019une approche ontologique africaniste est d\u2019examiner de nouveau des terrains d\u00e9j\u00e0 connus et de d\u00e9construire les dominations, relations de pouvoir et hi\u00e9rarchies entre diff\u00e9rents mondes et syst\u00e8mes de connaissances, et plus particuli\u00e8rement entre les contextes africains et le reste du monde. Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019exporter l\u2019approche ontologique telle que conceptualis\u00e9e par les anthropologues am\u00e9ricanistes, mais bien d\u2019interroger de mani\u00e8re ontologique les r\u00e9alit\u00e9s africaines locales. L\u2019objectif, dans un contexte de crises \u00e9pid\u00e9miques et de frictions ontologiques entre les divers tenants de mondes distincts, est d\u2019interroger comment les contextes structurels contribuent \u00e0 fabriquer les ontologies locales autant que ces derni\u00e8res les fa\u00e7onnent. Pour ce faire, il convient de revisiter l\u2019histoire des \u00e9pist\u00e9mologies m\u00e9dicales en Afrique afin de situer les pratiques de gestion \u00e9pid\u00e9mique actuelles dans un contexte historique, g\u00e9ographique, politique et ontologique. Comme le souligne Bonnet (2003), les conceptions du corps, de la sant\u00e9 et du mal \u2013 maladie comme malheur de fa\u00e7on plus large \u2013 sont le fruit d\u2019une histoire longue et vari\u00e9e en Afrique, influenc\u00e9e par plusieurs courants de pens\u00e9e qui se sont diffus\u00e9s sur le continent (islam, th\u00e9ories pasteuriennes, biom\u00e9decine). De mani\u00e8re similaire, la sant\u00e9 et la maladie en tant que conceptions occidentales sont le produit d\u2019une longue histoire europ\u00e9enne puis occidentale. Ces conceptions sont devenues globales avec la colonisation et la mondialisation et se sont largement export\u00e9es dans d\u2019autres contextes. Packard (2016) explique que les interventions de sant\u00e9 globale se sont d\u00e9velopp\u00e9es dans la continuit\u00e9 de la m\u00e9decine coloniale et en dehors des pays pourvoyeurs, renfor\u00e7ant une hi\u00e9rarchie globale de la sant\u00e9 avec les pays du Nord fournissant les moyens (mat\u00e9riels, financiers, technologiques) m\u00e9dicaux aux pays du Sud. Le discours biom\u00e9dical moderne est loin de constituer une avanc\u00e9e technologique d\u00e9nu\u00e9e de tout sens symbolique ou libre de tout bagage id\u00e9ologique (Bonnet, 2003). Il s\u2019agit au contraire d\u2019une th\u00e9orie sociale particuli\u00e8re des contacts et de l\u2019existant \u2013 comme le sont les discours locaux sur le soin et la maladie (Le Marcis, 2003) \u2013 se concentrant sur les bact\u00e9ries, microbes, virus, parasites, etc. Cette \u00e9pist\u00e9mologie ontologique \u2013 dans le sens o\u00f9 elle d\u00e9finit l\u2019existant, le monde et les \u00eatres qui l\u2019habitent \u2013 vient \u00e0 la rencontre de mondes locaux d\u00e9j\u00e0 existants et s\u2019y confronte, dans un ph\u00e9nom\u00e8ne au sein duquel les acteurs n\u00e9gocient au quotidien pour faire sens du monde, du mal et des moyens de s\u2019en prot\u00e9ger.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Revisiter la crise \u00e9pid\u00e9mique de la Covid-19 \u00e0 l\u2019aune de l\u2019approche ontologique<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>N\u00e9gocier avec l\u2019invisible : la Covid-19 en Guin\u00e9e<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Mme Diallo pose la serpill\u00e8re contre le mur et s\u2019essuie le front avant de rajuster son masque chirurgical sur sa bouche et son nez. Nous sommes le 22 f\u00e9vrier 2021, cela fait cinq jours que nous sommes hospitalis\u00e9es au CT-Epi de Gbessia, test\u00e9es positives \u00e0 la Covid-19 mais asymptomatiques. Hors des murs, les gens sont inquiets, car le gouvernement a annonc\u00e9 la r\u00e9surgence de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie d\u2019Ebola en Guin\u00e9e foresti\u00e8re depuis le 14 f\u00e9vrier. Depuis que je suis arriv\u00e9e, tous les jours, Mme Diallo refuse qu\u2019un hygi\u00e9niste vienne nettoyer la chambre : elle se charge elle-m\u00eame de passer la serpill\u00e8re et la Javel.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Moi, je ne veux pas qu\u2019ils nettoient : ils vont dans les chambres avec des patients tr\u00e8s malades et puis ils viennent nettoyer ici avec la m\u00eame eau. Ils viennent nous re-contaminer et c\u2019est comme \u00e7a qu\u2019il y a des gens qui durent ici, explique-t-elle.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Depuis que je suis arriv\u00e9e, elle partage conseils et tactiques pour \u00eatre n\u00e9gative et sortir au plus vite du CT-Epi. Selon elle, et selon la plupart des patients \u00e0 l\u2019\u00e9tage des asymptomatiques, il faut absolument faire baisser la charge virale et \u00e9viter de se \u00ab contaminer plus \u00bb afin de pouvoir sortir. Mme Diallo refuse d\u2019\u00e9tendre son linge \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur et l\u2019envoie le faire laver chez elle :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Dehors, le linge peut prendre d\u2019autres microbes et apr\u00e8s tu te contamines avec. \u00bb Elle se lave les mains lorsqu\u2019elle revient de l\u2019ext\u00e9rieur et prie Dieu pour gu\u00e9rir plus vite. D\u2019autres se lavent le nez avec des d\u00e9coctions d\u2019herbes ou du dentifrice avant le test PCR afin \u00ab que le virus ne reste pas dans le nez \u00bb. Mme Diallo se plaint : \u00ab Bon, toi tu es presque gu\u00e9rie et on te rajoute un nouveau qui vient avec la maladie. Est-ce que \u00e7a, \u00e7a ne te re-contamine pas ou ne te fait pas durer plus longtemps avec le virus ? <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Tous les patients du CT-Epi portent un masque chirurgical vingt-quatre heures sur vingt-quatre, afin de ne pas augmenter leur charge virale avec les nouveaux venus, mais \u00e9galement afin d\u2019\u00e9viter d\u2019autres pathologies comme la tuberculose. Certains prennent le traitement prescrit, d\u2019autres pr\u00e9f\u00e8rent se faire livrer des m\u00e9dicaments \u00ab traditionnels \u00bb pour gu\u00e9rir. Au CT-Epi de Gbessia, l\u2019interaction entre les patients et la Covid-19 s\u2019apparente \u00e0 une cohabitation constante avec le virus, dont il faut g\u00e9rer les effets potentiellement n\u00e9fastes. Dans ce contexte, la \u00ab charge virale \u00bb appara\u00eet pour les patients comme une empreinte r\u00e9siduelle n\u00e9faste qui augmente apr\u00e8s contact avec une entit\u00e9 dangereuse \u2013 ici, le virus de la Covid-19. L\u2019objectif principal des patients dans le CT-Epi est ainsi de tout faire pour diminuer et faire dispara\u00eetre cette charge virale afin de pouvoir sortir. Cela passe notamment par l\u2019\u00e9vitement des potentiels contaminants : microbes, autres patients, eau de m\u00e9nage, air ext\u00e9rieur, etc. L\u2019enjeu est d\u2019autant plus important que ces non-humains viraux habitent directement les humains, et qu\u2019il faut donc inclure ces derniers dans les strat\u00e9gies d\u2019\u00e9vitement. La gestion du risque viral passe donc par une gestion minutieuse des interactions entre humains et non-humains \u2013 sp\u00e9cifiquement les virus, au CT-Epi \u2013, d\u00e9veloppant des strat\u00e9gies, pratiques, r\u00e9cits, discours, comportements qui donnent vie et corps aux entit\u00e9s virales via la performance incorpor\u00e9e. Cela se traduit notamment par la d\u00e9signation linguistique des maladies et virus, qui apparaissent comme des sujets : \u00ab La maladie m\u2019a pris \u00bb, \u00ab \u00c7a va te prendre \u00bb, \u00ab Corona est venu \u00bb, \u00ab Corona n\u2019a pas march\u00e9 ici, alors ils ont rappel\u00e9 son grand fr\u00e8re \u00c9bola \u00bb [propos recueillis au sein du CT-Epi de Gbessia]. Ces derniers ne sont pas forc\u00e9ment personnifi\u00e9s, mais acqui\u00e8rent un caract\u00e8re d\u2019actants non humains ayant un pouvoir potentiellement n\u00e9faste pour les individus. Comme d\u2019autres actants de ce type \u2013 animaux, g\u00e9nies, divinit\u00e9s \u2013, certaines maladies sont renomm\u00e9es avec des noms elliptiques ou paraphrases dans les diff\u00e9rentes langues locales : Diankaro Noni ou \u00ab sale maladie \u00bb pour la Covid-19 en maninkakan, gnon gnonwo ou \u00ab mauvaise maladie \u00bb pour \u00c9bola en kp\u00e9l\u00e8. Cette conceptualisation des virus et germes comme actants non humains est \u00e9galement due au monde (bio)m\u00e9dical (Jaffr\u00e9, 2003) qui a construit l\u2019hygi\u00e8ne hospitali\u00e8re selon un mod\u00e8le de pathoc\u00e9nose (Grmek, 1969) \u2013 une \u00ab communaut\u00e9 des maladies \u00bb ou un \u00e9cosyst\u00e8me des maladies \u2013 qui d\u00e9crit \u00ab les paysages hospitaliers, pour ainsi dire, du point de vue des germes \u00bb (Jaffr\u00e9, 2003, p. 343). Les germes \u2013 et notamment les virus \u2013 constituent une partie du monde invisible occidental export\u00e9 au niveau global, \u00e0 la fois physiquement par les contaminations et ontologiquement par les discours et politiques de sant\u00e9 biom\u00e9dicaux. Il s\u2019agit d\u2019\u00eatres dont les interactions doivent \u00eatre g\u00e9r\u00e9es avec pr\u00e9caution et pr\u00e9vention afin de se prot\u00e9ger du danger qu\u2019ils repr\u00e9sentent. L\u2019int\u00e9gration des virus issus du monde biom\u00e9dical europ\u00e9en puis occidental dans la soci\u00e9t\u00e9 guin\u00e9enne a donc contribu\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er un \u00e9cosyst\u00e8me de r\u00e9pertoires ontologiques (Fairhead, 2016) que mobilisent conjointement les acteurs pour faire sens du monde et s\u2019en prot\u00e9ger. Plus encore, ils se sont largement int\u00e9gr\u00e9s dans un syst\u00e8me du soin et de la maladie qui a pour habitude de n\u00e9gocier avec l\u2019invisible, les virus et germes \u00e9tant d\u00e9sormais aussi porteurs de maux en Guin\u00e9e qu\u2019entre autres les g\u00e9nies, sorciers, animaux et esprits divers.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>G\u00e9rer le risque \u00e9pid\u00e9mique : syncr\u00e9tisme m\u00e9dical, r\u00e9pertoires et chor\u00e9graphies ontologiques<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>La gestion du virus de la Covid-19 par les patients du CT-Epi se fonde sur la prise de m\u00e9dicament, la purification par le lavage (nez, gorge) ou l\u2019a\u00e9ration, la pri\u00e8re, l\u2019\u00e9limination du virus dans la chambre et l\u2019\u00e9vitement de tout contaminant. Ces pratiques s\u2019apparentent plus \u00e0 une protection contre le mal dans son sens large \u2013 incluant le malheur et la maladie \u2013 qu\u2019\u00e0 une pr\u00e9vention cibl\u00e9e contre la maladie. Ainsi, le concept de \u00ab contamination \u00bb issu de la biom\u00e9decine ne recouvre pas la diversit\u00e9 des conceptions locales de la maladie dans un pays o\u00f9 cette derni\u00e8re ne se transmet pas seulement par un contact avec un individu malade, mais aussi par un contact mortif\u00e8re ou impur (Bonnet, 2003), comme c\u2019est le cas dans d\u2019autres pays africains (Diallo, 2003 ; Caprara, 2000). Si la biom\u00e9decine est largement utilis\u00e9e pour soigner les maladies, les origines de ces derni\u00e8res sont souvent attribu\u00e9es \u00e0 des causes relevant d\u2019un r\u00e9pertoire ontologique diff\u00e9rent (Wilkinson &amp; Fairhead, 2017) : fautes sociales, non-respect d\u2019un tabou, col\u00e8re d\u2019un d\u00e9funt ou d\u2019un esprit, mauvais sort jet\u00e9 par un sorcier (Zempl\u00e9ni, 1985). La protection contre le mal, plus large que la pr\u00e9vention des maladies, inclut ainsi des soins pr\u00e9ventifs et curatifs issus aussi bien de la m\u00e9decine traditionnelle (autom\u00e9dication, rem\u00e8des, remontants, etc.) que de la biom\u00e9decine, en passant par la pratique de l\u2019islam, la propret\u00e9 du corps et du foyer, le respect des r\u00e8gles sociales et l\u2019\u00e9vitement de comportements moralement impurs, le recours \u00e0 Dieu. Comme l\u2019explique Fairhead (2016, p. 12), les Guin\u00e9ens piochent largement dans les divers r\u00e9pertoires ontologiques \u00e0 leur port\u00e9e afin de se soigner au mieux, et ce m\u00eame si ces derniers apparaissent contradictoires, tant qu\u2019ils peuvent en pratique les combiner \u00ab [\u2026] des modes de coexistence pratiques ont \u00e9merg\u00e9, dans lesquels les incompatibilit\u00e9s culturelles ou ontologiques ne sont pas pertinentes<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a> \u00bb. M\u00e9decine traditionnelle, m\u00e9decine religieuse et biom\u00e9decine sont des moyens d\u2019action et des ressources utilis\u00e9es conjointement par les acteurs guin\u00e9ens dans leur strat\u00e9gie afin de naviguer au quotidien dans le contexte de la maladie. Cette coexistence simultan\u00e9e de diff\u00e9rents r\u00e9pertoires ontologiques quant aux diverses maladies et soins existants fait appara\u00eetre un syncr\u00e9tisme de syst\u00e8mes de perception du monde et des \u00eatres selon le risque qu\u2019ils repr\u00e9sentent pour l\u2019individu. Cependant, les crises \u00e9pid\u00e9miques et les mod\u00e8les de riposte qu\u2019elles engendrent constituent des moments de rupture, car elles r\u00e9duisent les possibilit\u00e9s des acteurs de mobiliser cette multitude de r\u00e9pertoires ontologiques pour se soigner et faire sens de la maladie (Fairhead, 2016). Cela peut entra\u00eener des r\u00e9sistances de la part des populations envers les mesures barri\u00e8res et de pr\u00e9vention et un durcissement des discours ontologiques, qui se d\u00e9finissent d\u00e9sormais en opposition \u2013 \u00ab biom\u00e9decine \u00bb versus \u00ab ethnom\u00e9decine \u00bb \u2013 et contribuent \u00e0 polariser les identit\u00e9s sociales autant que les savoirs (Attas et al., 2021). Dans le cas de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie d\u2019\u00c9bola en 2014-2016 en Guin\u00e9e, on a assist\u00e9 ainsi \u00e0 la prolif\u00e9ration de rumeurs (Bannister-Tyrrell et al.,2015), de r\u00e9ticences (Fribault, 2015 ; Sompar\u00e9, 2020) et de conflits entre les diff\u00e9rents tenants de ces r\u00e9pertoires ontologiques. Ces diff\u00e9rentes n\u00e9gociations, traductions et articulations des r\u00e9pertoires ontologiques peuvent \u00eatre analys\u00e9es en termes de chor\u00e9graphies ontologiques, soit \u00ab un assemblage savamment \u00e9quilibr\u00e9 de choses qui sont g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9es comme faisant partie de diff\u00e9rents ordres ontologiques (une partie de la nature, une partie de soi, une partie de la soci\u00e9t\u00e9<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a>) \u00bb (Thompson, 2005, p. 8). Le Marcis (2022), en lien avec la sant\u00e9 globale et la pr\u00e9paration aux \u00e9pid\u00e9mies futures, explique que :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>La notion de chor\u00e9graphie invite \u00e0 saisir comment diff\u00e9rents r\u00e9gimes ontologiques pensent le risque (Descola, 2005), entrent en contact, collaborent et\/ou entrent en friction au sein de ces plateformes. [\u2026] Analyser les \u201cchor\u00e9graphies ontologiques\u201d qui r\u00e9sultent de ces rencontres permet d\u2019interroger les conditions dans lesquelles les collaborations sont possibles entre diff\u00e9rents mondes dans le domaine de la sant\u00e9 globale.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Les outils th\u00e9oriques ontologiques permettent ainsi d\u2019observer comment, dans le domaine de la sant\u00e9 en Guin\u00e9e, ces chor\u00e9graphies se donnent \u00e0 voir au travers des appropriations, traductions, transformations et r\u00e9ticences qui affleurent dans les pratiques et discours des acteurs locaux. Cela est particuli\u00e8rement vrai pour les temps \u00e9pid\u00e9miques, notamment avec \u00c9bola et Covid-19, qui ont fait se rencontrer de multiples discours ontologiques via la mise en place de syst\u00e8mes de riposte formalis\u00e9s issus des institutions de sant\u00e9 nationales et globales (Sompar\u00e9, 2020 ; Mbaye et al., 2017).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Alors que de nombreux discours pr\u00e9voyaient l\u2019effondrement sanitaire de l\u2019Afrique avec la pand\u00e9mie de Covid-19 (Bonnet et al., 2021), la catastrophe annonc\u00e9e n\u2019a pas eu lieu. Au contraire, la pand\u00e9mie a contribu\u00e9 \u00e0 remettre en question l\u2019id\u00e9e de syst\u00e8mes de sant\u00e9 d\u00e9faillants en Afrique au regard des difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par les pays les plus d\u00e9velopp\u00e9s. Elle a \u00e9galement permis au continent de faire valoir ses savoirs sp\u00e9cifiques en termes de comp\u00e9tences \u00e9pid\u00e9miques et de syst\u00e8mes th\u00e9rapeutiques. Cet article analyse l\u2019application des mod\u00e8les de ripostes \u00e9pid\u00e9miques sur le territoire guin\u00e9en lors de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de Covid-19 et interroge les d\u00e9calages souvent visibles entre ces mod\u00e8les et les pratiques r\u00e9elles de prise en charge et de gestion \u00e9pid\u00e9mique observ\u00e9es sur le terrain.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019axe th\u00e9orique utilis\u00e9 ici soutient l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019une approche ontologique africaniste, en particulier sur les questions des \u00e9pid\u00e9mies, de la maladie et des soins. Dans un contexte guin\u00e9en marqu\u00e9 par une multitude de discours ontologiques en constantes frictions, elle met en lumi\u00e8re les normes pratiques et la mobilisation de diff\u00e9rents r\u00e9pertoires ontologiques par les acteurs au sein de ces chor\u00e9graphies permettent le fonctionnement pratique du monde v\u00e9cu et autorisent \u00e0 sortir de l\u2019image de syst\u00e8mes africains dysfonctionnels et d\u00e9faillants pour donner \u00e0 voir les mondes dans lesquels ces normes sont pertinentes. Elle montre \u00e9galement comment les virus, comme d\u2019autres actants non humains, sont construits ontologiquement et, via leur mise en circulation \u00e0 la fois physique et discursive, subissent des transformations, traductions, appropriations par les contextes locaux.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Remerciements<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Je tiens \u00e0 remercier Fr\u00e9d\u00e9ric Le Marcis, responsable du volet sciences sociales du Projet de recherche-action en appui \u00e0 la riposte africaine \u00e0 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de Covid-19 (ARIACOV) en Guin\u00e9e, sans qui cette recherche n\u2019aurait pas eu lieu, ainsi que toute l\u2019\u00e9quipe du Centre de recherche et de formation en infectiologie de Guin\u00e9e (CERFIG). Je souhaite \u00e9galement remercier les \u00e9valuateurs anonymes et le comit\u00e9 de r\u00e9daction pour leur accompagnement et leurs commentaires, ainsi que Benjamin Frerot pour la lecture de la premi\u00e8re version de ce texte. La recherche reposant sur un collectif de pairs et de chercheurs, cet article n\u2019aurait pas pu atteindre sa forme finale sans leurs apports et r\u00e9flexions.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Bibliographie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Adji, A. (2009). <em>Traditions et philosophie\u202f: Essai d\u2019une anthropologie philosophique africaine<\/em>. l\u2019Harmattan.<\/p>\n\n\n\n<p>Archambault, J. S. (2020). R\u00eaves de b\u00e9ton et ontologies relationnelles dans une banlieue mozambicaine (note de recherche). <em>Anthropologie et Soci\u00e9t\u00e9s<\/em>, <em>44<\/em>(1), 203-214. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.7202\/1072775ar\">https:\/\/doi.org\/10.7202\/1072775ar<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Attas, F., Curtis, M.-Y., &amp; Koniono, G. L. (2022). Ethnographies sous traitement\u202f: Enqu\u00eater en tant que patients pendant l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de covid-19 en Guin\u00e9e. <em>Anthropologie &amp; Sant\u00e9. Revue internationale francophone d\u2019anthropologie de la sant\u00e9<\/em>, (27). <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/anthropologiesante.13028\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/anthropologiesante.13028<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Attas, F., Ke\u00efta-Diop, M., Curtis, M.-Y., &amp; Le Marcis, F. (2021). Discours radiophoniques, cartographies \u00e9pid\u00e9miques et repr\u00e9sentations locales de la COVID-19 en Guin\u00e9e. <em>L\u2019Espace Politique. Revue en ligne de g\u00e9ographie politique et de g\u00e9opolitique<\/em>, <em>44<\/em>(2). <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/espacepolitique.10007\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/espacepolitique.10007<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Balandier, G. (1951). 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(2016). <em>One health: Science, politics and zoonotic disease in Africa<\/em>. Routledge.<\/p>\n\n\n\n<p>Bidima, J.-G. (1995). <em>La philosophie n\u00e9gro-africaine<\/em>. PUF.<\/p>\n\n\n\n<p>Blaser, M. (2014). Ontology and indigeneity: on the political ontology of heterogeneous assemblages.&nbsp;<em>Cultural geographies<\/em>,&nbsp;<em>21<\/em>(1), 49-58.<\/p>\n\n\n\n<p>Bonnet, D. (2003). Transmissions, pr\u00e9ventions et hygi\u00e8nes en Afrique de l\u2019Ouest, une question anthropologique. Dans D., Bonnet, , &amp; Y., Jaffr\u00e9 (dirs) (2003). <em>Les maladies de passage\u202f: Transmissions, pr\u00e9ventions et hygi\u00e8nes en Afrique de l\u2019Ouest<\/em>. Karthala, pp. 5-26.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Bonnet, E., Bodson, O., Le Marcis, F., Faye, A., Sambieni, N. E., Fournet, F., Boyer, F., Coulibaly, A., Kadio, K., Diongue, F. B., &amp; Ridde, V. (2021). The COVID-19 pandemic in francophone West Africa\u202f: From the first cases to responses in seven countries. <em>BMC Public Health<\/em>, <em>21<\/em>(1), 1490. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1186\/s12889-021-11529-7\">https:\/\/doi.org\/10.1186\/s12889-021-11529-7<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Caprara, A. (2000). Transmettre la maladie. Repr\u00e9sentations de la contagion chez les Alladian de la C\u00f4te-d\u2019Ivoire. Karthala, Coll. M\u00e9decines du Monde,&nbsp; 213 p., r\u00e9f. <em>Anthropologie et Soci\u00e9t\u00e9s<\/em>, <em>25<\/em>(2), 184-186. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.7202\/000250ar\">https:\/\/doi.org\/10.7202\/000250ar<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Chandler, D., &amp; Reid, J. (2018). \u2018Being in Being\u2019\u202f: Contesting the Ontopolitics of Indigeneity. <em>The European Legacy<\/em>, <em>23<\/em>(3), 251-268. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/10848770.2017.1420284\">https:\/\/doi.org\/10.1080\/10848770.2017.1420284<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Comaroff, J. 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De quelques formes primitives de classification: contribution \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude des repr\u00e9sentations collectives.&nbsp;<em>L\u2019Ann\u00e9e sociologique (1896\/1897-1924\/1925)<\/em>,&nbsp;<em>6<\/em>, pp. 1-72.<\/p>\n\n\n\n<p>Evans-Pritchard, E. E. (1937). <em>Witchcraft, oracles and magic among the Azande<\/em>. Oxford University Press. <a href=\"https:\/\/ehrafworldcultures.yale.edu\/cultures\/fo07\/documents\/071\">https:\/\/ehrafworldcultures.yale.edu\/cultures\/fo07\/documents\/071<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Fairhead, J. (2016). Understanding social resistance to the Ebola response in the forest region of the Republic of Guinea: an anthropological perspective.&nbsp;<em>African Studies Review<\/em>,&nbsp;<em>59<\/em>(3), 7-31.<\/p>\n\n\n\n<p>Fribault, M. (2015). Ebola en Guin\u00e9e : violences historiques et r\u00e9gimes de doute.&nbsp;<em>Anthropologie &amp; Sant\u00e9. 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M\u00e9decine autochtone sud-africaine (muti) et innovation biopharmaceutique : conna\u00eetre l&rsquo;umhlonyane.&nbsp;<em>Anthropologica<\/em>, pp. 151-162.<\/p>\n\n\n\n<p>Latour, B., &amp; Woolgar S. (1979). Laboratory Life: the Construction of Scientific Facts, chap. 4., \u201cThe Microprocessing of Facts\u201d. <em>Princeton Press<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Latour, B. (1991).&nbsp;<em>Nous n&rsquo;avons jamais \u00e9t\u00e9 modernes : essai d&rsquo;anthropologie sym\u00e9trique<\/em>. La D\u00e9couverte.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Marcis, F., (2003). Pr\u00e9vention et contagion des maladies animales en milieu peul. Dans D., Bonnet, &amp; Y., Jaffr\u00e9 (dirs) (2003). <em>Les maladies de passage\u202f: Transmissions, pr\u00e9ventions et hygi\u00e8nes en Afrique de l\u2019Ouest<\/em>. Karthala, pp. 311-338.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Marcis, F. (2021). \u043d\u0430\u0443\u043a\u0430 \u0438 \u0436\u0438\u0437\u043d\u044c (Science and life.) Russian-Guinean scientific cooperation looking for viruses in the sub-prefecture of Madina Oula (1980\u20131990).&nbsp;<em>Communication], Apr<\/em>,&nbsp;<em>29<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Marcis, F. (2022). Se pr\u00e9parer aux \u00e9pid\u00e9mies ? G\u00e9n\u00e9alogie de la preparedness et chor\u00e9graphies ontologiques de la surveillance. \u00c0 propos de Andrew Lakoff, Unprepared. Global Health in a Time of Emergency (2017). <em>University of California Press<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Malinowski, B. (1935).<em> An ethnographic theory of the magical word.<\/em>&nbsp;(Vol. 2). American Book Company.<\/p>\n\n\n\n<p>Mbaye , M. E., Kone, O., E., Ka, S., &amp; Mboup, S. (2017). \u00c9volution de l\u2019implication des communaut\u00e9s dans la riposte \u00e0 Ebola.&nbsp;<em>Sant\u00e9 publique<\/em>,&nbsp;<em>29<\/em>(4), 487-496.<\/p>\n\n\n\n<p>Mbiziantouari, H. (2021). Penser la philosophie africaine du muntu : de l&rsquo;onto-temporalit\u00e9 \u00e0 la conscience historique : herm\u00e9neutique d&rsquo;une anthropologie du transcendant.&nbsp;<em>Penser la philosophie africaine du muntu<\/em>, pp. 1-303.<\/p>\n\n\n\n<p>Meillassoux, C. (1975). <em>Femmes, greniers et capitaux<\/em>.&nbsp;Maspero.<\/p>\n\n\n\n<p>Mol, A. (2002).&nbsp;<em>The body multiple: Ontology in medical practice<\/em>. Duke University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Nef, F., &amp; Schmitt, Y. (dirs.) (2017). Ontologie.&nbsp;<em>Identit\u00e9, structure et m\u00e9taontologie. <\/em>Vrin.<\/p>\n\n\n\n<p>Olivier de Sardan, J. P. (1995). Anthropologie et d\u00e9veloppement : essai en socio-anthropologie du changement social.&nbsp;<em>APAD ; Karthala<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Olivier de Sardan, J. P. (2001). La sage-femme et le douanier. Cultures professionnelles locales et culture bureaucratique privatis\u00e9e en Afrique de l\u2019Ouest.&nbsp;<em>Autrepart<\/em>, (4), pp. 61-73.<\/p>\n\n\n\n<p>Olivier de Sardan, J. P. (2010). D\u00e9veloppement, modes de gouvernance et normes pratiques (une approche socio-anthropologique).&nbsp;<em>Canadian Journal of Development Studies\/Revue canadienne d&rsquo;\u00e9tudes du d\u00e9veloppement<\/em>,&nbsp;<em>31<\/em>(1-2), 5-20.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Olivier de Sardan, J. P. (2021).&nbsp;<em>La Revanche des contextes : Des m\u00e9saventures de l&rsquo;ing\u00e9nierie sociale en Afrique et au-del\u00e0<\/em>. Karthala.<\/p>\n\n\n\n<p>Packard, R. M. (2016). A history of global health: interventions into the lives of other peoples. <em>Johns Hopkins University Press<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Person, Y. (1971). L&rsquo;Anthropologie et l&rsquo;histoire africaine.&nbsp;<em>Canadian Journal of African Studies\/La Revue canadienne des \u00e9tudes africaines<\/em>,&nbsp;<em>5<\/em>(1), 1-17.<\/p>\n\n\n\n<p>Redford, K. H. (1990). The Ecologically Noble Savage. <em>Orion Nature Quarterly<\/em>,<em> 9<\/em>(3),&nbsp; 24-29.<\/p>\n\n\n\n<p>Rouch, J. (1947). Au pays des mages noirs.&nbsp;<em>Centre national de la cin\u00e9matographie<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Sompar\u00e9, A. W. (2017). La politique et les pratiques de sant\u00e9 en Guin\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie d\u2019Ebola : le cas de la ville de Conakry.&nbsp;<em>Lien social et Politiques<\/em>, (78), pp. 193-210.<\/p>\n\n\n\n<p>Sompar\u00e9, A. W. (2020). L&rsquo;\u00e9nigme d&rsquo;Ebola en Guin\u00e9e : une \u00e9tude socio-anthropologique des r\u00e9ticences.&nbsp;<em>L&rsquo;\u00e9nigme d&rsquo;Ebola en Guin\u00e9e<\/em>, pp. 1-266.<\/p>\n\n\n\n<p>Thompson, C. (2005).&nbsp;<em>Making parents: The ontological choreography of reproductive technologies<\/em>. MIT press.<\/p>\n\n\n\n<p>Tylor, E. B. (1871).&nbsp;<em>Primitive culture: Researches into the development of mythology, philosophy, religion, art and custom<\/em>&nbsp;(Vol. 2). John Murray.<\/p>\n\n\n\n<p>Tantchou, J. (2021).&nbsp;<em>Portrait d&rsquo;h\u00f4pital, Cameroun<\/em>. Karthala.<\/p>\n\n\n\n<p>Viveiros De Castro, E. (2007). The crystal forest: notes on the ontology of Amazonian spirits.&nbsp;<em>Inner Asia<\/em>,&nbsp;<em>9<\/em>(2), 153-172.<\/p>\n\n\n\n<p>Viveiros De Castro, E. (2009).&nbsp;<em>M\u00e9taphysiques cannibales : lignes d&rsquo;anthropologie post-structurale<\/em>. PUF.<\/p>\n\n\n\n<p>Wilkinson, A., &amp; Fairhead, J. (2017). Comparison of social resistance to Ebola response in Sierra Leone and Guinea suggests explanations lie in political configurations not culture.&nbsp;<em>Critical Public Health<\/em>,&nbsp;<em>27<\/em>(1), 14-27.<\/p>\n\n\n\n<p>Zempl\u00e9ni, A. (1985). La \u201cmaladie\u201d et ses \u201ccauses\u201d. <em>L\u2019Ethnographie<\/em>, <em>96-97<\/em>(2-3), 13-44.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Entre autres, Ebola, Covid-19, fi\u00e8vres de Marburg et de Lassa.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> M\u00e9decins sans fronti\u00e8res (MSF), Alliance for International Medical Action (ALIMA), Fonds des Nations unies pour l\u2019enfance (UNICEF), etc.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Agence nationale de s\u00e9curit\u00e9 sanitaire, Institut national de sant\u00e9 publique, minist\u00e8re de la Sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Financ\u00e9 par l\u2019AFD dans l\u2019Initiative \u00ab Covid-19 \u2013 Sant\u00e9 en commun \u00bb et mis en place par l\u2019Institut de recherche pour le d\u00e9veloppement (IRD), le projet ARIACOV (\u00ab Appui \u00e0 la riposte africaine \u00e0 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de Covid-19 \u00bb) est port\u00e9 en Guin\u00e9e par le Centre de recherche et de formation en infectiologie de Guin\u00e9e (CERFIG). Son volet sciences sociales, intitul\u00e9 \u00ab L\u2019ombre port\u00e9e d\u2019Ebola sur l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de Sars-COV-2. Analyse des politiques publiques, des pratiques des acteurs et des repr\u00e9sentations populaires relatives \u00e0 la Covid-19 pour une meilleure r\u00e9ponse guin\u00e9enne \u00e0 la pand\u00e9mie \u00bb, est dirig\u00e9 par le Pr Fr\u00e9d\u00e9ric Le Marcis.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Les premiers travaux anthropologiques sont d\u2019ailleurs souvent produits par les administrateurs coloniaux.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Traduction personnelle de la phrase source en anglais : \u201c\u2026 modes of practical coexistence have emerged in which any cultural (or ontological) incompatibilities are not relevant\u201d (Fairhead, 2016, p. 12).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Traduction personnelle de la phrase originale en anglais : <em>ontological choreographies are \u201ca deftly balanced coming together of things that are generally considered parts of different ontological orders (part of nature, part of the self, part of society<\/em>)\u201d (Thompson, 2005, p. 8).<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"template":"","meta":[],"series-categories":[1344],"cat-articles":[1015],"keywords":[1744,1374,1745,1743,1664],"ppma_author":[512],"class_list":["post-26688","series-issues","type-series-issues","status-publish","hentry","series-categories-numero-2","cat-articles-analyses-critiques","keywords-anthropologie","keywords-covid-19","keywords-guinee","keywords-ontologie","keywords-virus","author-fanny-attas-fr"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.6 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>\u00c9pid\u00e9mies guin\u00e9ennes : des politiques infectieuses aux ontologies virales | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-2\/epidemics-in-guinea-from-infectious-politics-to-viral-ontologies\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"\u00c9pid\u00e9mies guin\u00e9ennes : des politiques infectieuses aux ontologies virales | Global Africa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Introduction Associ\u00e9es \u00e0 une longue histoire \u00e9pid\u00e9mique (Le Marcis, 2021) et \u00e0 un syst\u00e8me de sant\u00e9 fragile, les r\u00e9centes \u00e9mergences et r\u00e9\u00e9mergences[1] en Guin\u00e9e ont contribu\u00e9 \u00e0 faire du pays une priorit\u00e9 pour les institutions de sant\u00e9 globale et les politiques de surveillance \u00e9pid\u00e9mique. Les \u00e9pid\u00e9mies d\u2019Ebola en 2013-2016 et en 2021, ainsi que la pand\u00e9mie de Covid-19 depuis 2020, ont \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion d\u2019instaurer sur le territoire des mod\u00e8les formalis\u00e9s de riposte (Gomez-Temesio &amp; Marcis, 2017) et de surveillance \u00e9pid\u00e9mique, port\u00e9s par des institutions internationales[2] et nationales[3]. Ces derniers ont largement contribu\u00e9 \u00e0 diffuser des pratiques et discours provenant du champ de la sant\u00e9 globale. S\u2019ils semblent \u00e0 premi\u00e8re vue constituer des mod\u00e8les neutres et apolitiques (Bardosh, 2016), ils sont en r\u00e9alit\u00e9 charg\u00e9s de conceptions particuli\u00e8res provenant de la biom\u00e9decine moderne sur la maladie, le corps, le soin et surtout les virus (Bonnet, 2003). Appliqu\u00e9s sur l\u2019ensemble du territoire lors des r\u00e9surgences \u00e9pid\u00e9miques et des p\u00e9riodes de surveillance, ces mod\u00e8les viennent s\u2019inscrire dans la soci\u00e9t\u00e9 guin\u00e9enne et importent des discours ontologiquement situ\u00e9s, malgr\u00e9 leur apparente globalit\u00e9. Ils entrent alors en n\u00e9gociation avec les acteurs locaux et leurs r\u00e9pertoires ontologiques propres (Fairhead, 2016). Provenant de la philosophie avant d\u2019\u00eatre utilis\u00e9e et r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9e par l\u2019anthropologie \u00e0 la fin du XXe si\u00e8cle (Nef &amp; Schmitt 2017), l\u2019ontologie (du grec ancien ontos, \u00ab \u00eatre \u00bb, et logos, \u00ab discours, trait\u00e9 \u00bb) traite de l\u2019\u00eatre. Descola (2005, p. 176) d\u00e9finit ainsi les ontologies comme des \u00ab syst\u00e8mes de propri\u00e9t\u00e9s des existants [qui] servent de points d\u2019ancrage \u00e0 des formes contrast\u00e9es de cosmologies, de mod\u00e8les du lien social et de th\u00e9ories de l\u2019identit\u00e9 et de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 \u00bb. En anthropologie, la majorit\u00e9 des auteurs mobilise le concept d\u2019ontologie pour rendre compte de la multiplicit\u00e9 des mondes et des \u00eatres. Si certains partent du postulat que le monde est intrins\u00e8quement multiple (Descola, 2005), d\u2019autres proposent de saisir l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 radicale de ces mondes (Chandler &amp; Reid ,2018) via une conceptualisation fluide et contextuelle (Fairhead, 2016) des ontologies comme performances (Mol, 2002). Enfin, cette approche constitue un outil m\u00e9thodologique pour poser des questions ontologiques (Holbraad &amp; Pedersen, 2017). Cet article analyse l\u2019application des mod\u00e8les de ripostes \u00e9pid\u00e9miques sur le territoire guin\u00e9en lors de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de Covid-19 et interroge les d\u00e9calages souvent visibles entre ces mod\u00e8les et les pratiques r\u00e9elles de prise en charge et de gestion \u00e9pid\u00e9mique observ\u00e9es sur le terrain. Il vise \u00e0 sortir de la compr\u00e9hension classique des syst\u00e8mes de sant\u00e9 guin\u00e9ens \u2013 et plus largement africains \u2013 comme \u00ab dysfonctionnels \u00bb (Jaffr\u00e9 &amp; Olivier de Sardan, 2003) et de l\u2019interpr\u00e9tation du non-respect des mesures de protection par les soignants et les populations comme relevant de \u00ab r\u00e9sistances \u00bb ou \u00ab r\u00e9ticences \u00bb (Sompar\u00e9, 2020). Dans un premier temps, l\u2019article analyse comment les mesures de gestion \u00e9pid\u00e9mique de la Covid-19, cens\u00e9es \u00eatre appliqu\u00e9es par les soignants en \u00ab premi\u00e8re ligne \u00bb, se trouvent en d\u00e9calage avec la r\u00e9alit\u00e9 des normes pratiques (Olivier de Sardan, 2010) de ces derniers. Il propose d\u2019examiner ces fr\u00e9quents d\u00e9calages non pas en termes de d\u00e9faillances, mais de processus de traduction, d\u2019appropriation, de transformation et de rejet \u00e0 l\u2019\u0153uvre lorsque diverses conceptions du monde port\u00e9es par les discours biom\u00e9dicaux et locaux se rencontrent sur le terrain. Dans un second temps, il traite de l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019une approche ontologique en Afrique, peu d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 l\u2019heure actuelle, qui permettrait pourtant d\u2019examiner d\u2019un regard neuf les probl\u00e9matiques et contextes africains. Il s\u2019agit de questionner les discours produits sur l\u2019Afrique qui continuent d\u2019inscrire le continent dans un rapport de pouvoir et de hi\u00e9rarchie avec un r\u00e9f\u00e9rentiel \u00e9pist\u00e9mique autre \u2013 autrefois \u00ab europ\u00e9en \u00bb, d\u00e9sormais \u00ab occidental \u00bb. Enfin, dans un troisi\u00e8me temps, l\u2019article revisite la crise \u00e9pid\u00e9mique de la Covid-19 en Guin\u00e9e \u00e0 l\u2019aune de l\u2019approche ontologique. Il examine comment la gestion des maladies et du risque viral en Guin\u00e9e se traduit, au sein du centre de traitement \u00e9pid\u00e9mique, par la n\u00e9gociation constante des humains avec le virus, via des tactiques d\u2019\u00e9vitement et de purge qui donnent corps \u00e0 l\u2019invisible viral et en font un non-humain actant, poussant les patients \u00e0 mobiliser une multitude de r\u00e9pertoires ontologiques parfois contradictoires pour se soigner et pour faire sens autour de la maladie. Cet article se base sur une \u00e9tude ethnographique men\u00e9e en Guin\u00e9e de d\u00e9cembre 2020 \u00e0 d\u00e9cembre 2021 dans le cadre du projet de recherche ARIACOV[4]. Mobilisant observation participante et entretiens formels et informels, cette \u00e9tude s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e dans deux structures sanitaires : un centre de sant\u00e9 am\u00e9lior\u00e9 (CSA) disposant d\u2019une unit\u00e9 de chirurgie simple dans la r\u00e9gion de For\u00e9cariah, et le CT-Epi de Gbessia prenant en charge les patients atteints de Covid-19 dans la capitale Conakry. L\u2019ethnographie men\u00e9e au CSA sur une dur\u00e9e cumul\u00e9e de deux mois (d\u00e9cembre 2020, juillet 2021, d\u00e9cembre 2021) s\u2019est concentr\u00e9e sur les acteurs de sant\u00e9 et sur leurs rapports aux diff\u00e9rents virus et aux mesures barri\u00e8res en p\u00e9riode \u00e9pid\u00e9mique. L\u2019enqu\u00eate au CT-Epi de Gbessia, r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une hospitalisation en tant que patiente positive \u00e0 la Covid-19 en f\u00e9vrier 2021, s\u2019est attach\u00e9e \u00e0 examiner les pratiques quotidiennes de gestion du risque viral par les patients. Au-del\u00e0 de l\u2019Afrique \u00ab faillie \u00bb : repenser les dysfonctionnements, d\u00e9faillances et r\u00e9ticences Syst\u00e8mes de sant\u00e9 d\u00e9faillants, normes pratiques et non-respect des mesures barri\u00e8res. Ici, on n\u2019aime pas trop les bavettes. Il vaut mieux ne pas porter. Il y a eu des manifestations contre \u00e7a et depuis, \u00e7a n\u2019est pas bien vu d\u2019avoir \u00e7a. Mme Camara, la sage-femme, me jette un regard lourd de sens tandis que je range mon masque chirurgical dans mon sac. Nous sommes le 9 d\u00e9cembre 2020, en pleine vague de Covid-19 et, alors que les mesures barri\u00e8res sont cens\u00e9es \u00eatre renforc\u00e9es dans tout le pays par d\u00e9cret pr\u00e9sidentiel, personne, au CSA dans lequel je m\u00e8ne mon ethnographie, ne porte de masque ou ne respecte les mesures de distanciation. Cela fait plusieurs jours que je suis pr\u00e9sente dans le service de la maternit\u00e9 avec les sage-femmes, les m\u00e9decins, les agents techniques de sant\u00e9 (ATS) et les hygi\u00e9nistes. 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Les \u00e9pid\u00e9mies d\u2019Ebola en 2013-2016 et en 2021, ainsi que la pand\u00e9mie de Covid-19 depuis 2020, ont \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion d\u2019instaurer sur le territoire des mod\u00e8les formalis\u00e9s de riposte (Gomez-Temesio &amp; Marcis, 2017) et de surveillance \u00e9pid\u00e9mique, port\u00e9s par des institutions internationales[2] et nationales[3]. Ces derniers ont largement contribu\u00e9 \u00e0 diffuser des pratiques et discours provenant du champ de la sant\u00e9 globale. S\u2019ils semblent \u00e0 premi\u00e8re vue constituer des mod\u00e8les neutres et apolitiques (Bardosh, 2016), ils sont en r\u00e9alit\u00e9 charg\u00e9s de conceptions particuli\u00e8res provenant de la biom\u00e9decine moderne sur la maladie, le corps, le soin et surtout les virus (Bonnet, 2003). Appliqu\u00e9s sur l\u2019ensemble du territoire lors des r\u00e9surgences \u00e9pid\u00e9miques et des p\u00e9riodes de surveillance, ces mod\u00e8les viennent s\u2019inscrire dans la soci\u00e9t\u00e9 guin\u00e9enne et importent des discours ontologiquement situ\u00e9s, malgr\u00e9 leur apparente globalit\u00e9. Ils entrent alors en n\u00e9gociation avec les acteurs locaux et leurs r\u00e9pertoires ontologiques propres (Fairhead, 2016). Provenant de la philosophie avant d\u2019\u00eatre utilis\u00e9e et r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9e par l\u2019anthropologie \u00e0 la fin du XXe si\u00e8cle (Nef &amp; Schmitt 2017), l\u2019ontologie (du grec ancien ontos, \u00ab \u00eatre \u00bb, et logos, \u00ab discours, trait\u00e9 \u00bb) traite de l\u2019\u00eatre. Descola (2005, p. 176) d\u00e9finit ainsi les ontologies comme des \u00ab syst\u00e8mes de propri\u00e9t\u00e9s des existants [qui] servent de points d\u2019ancrage \u00e0 des formes contrast\u00e9es de cosmologies, de mod\u00e8les du lien social et de th\u00e9ories de l\u2019identit\u00e9 et de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 \u00bb. En anthropologie, la majorit\u00e9 des auteurs mobilise le concept d\u2019ontologie pour rendre compte de la multiplicit\u00e9 des mondes et des \u00eatres. Si certains partent du postulat que le monde est intrins\u00e8quement multiple (Descola, 2005), d\u2019autres proposent de saisir l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 radicale de ces mondes (Chandler &amp; Reid ,2018) via une conceptualisation fluide et contextuelle (Fairhead, 2016) des ontologies comme performances (Mol, 2002). Enfin, cette approche constitue un outil m\u00e9thodologique pour poser des questions ontologiques (Holbraad &amp; Pedersen, 2017). Cet article analyse l\u2019application des mod\u00e8les de ripostes \u00e9pid\u00e9miques sur le territoire guin\u00e9en lors de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de Covid-19 et interroge les d\u00e9calages souvent visibles entre ces mod\u00e8les et les pratiques r\u00e9elles de prise en charge et de gestion \u00e9pid\u00e9mique observ\u00e9es sur le terrain. Il vise \u00e0 sortir de la compr\u00e9hension classique des syst\u00e8mes de sant\u00e9 guin\u00e9ens \u2013 et plus largement africains \u2013 comme \u00ab dysfonctionnels \u00bb (Jaffr\u00e9 &amp; Olivier de Sardan, 2003) et de l\u2019interpr\u00e9tation du non-respect des mesures de protection par les soignants et les populations comme relevant de \u00ab r\u00e9sistances \u00bb ou \u00ab r\u00e9ticences \u00bb (Sompar\u00e9, 2020). Dans un premier temps, l\u2019article analyse comment les mesures de gestion \u00e9pid\u00e9mique de la Covid-19, cens\u00e9es \u00eatre appliqu\u00e9es par les soignants en \u00ab premi\u00e8re ligne \u00bb, se trouvent en d\u00e9calage avec la r\u00e9alit\u00e9 des normes pratiques (Olivier de Sardan, 2010) de ces derniers. Il propose d\u2019examiner ces fr\u00e9quents d\u00e9calages non pas en termes de d\u00e9faillances, mais de processus de traduction, d\u2019appropriation, de transformation et de rejet \u00e0 l\u2019\u0153uvre lorsque diverses conceptions du monde port\u00e9es par les discours biom\u00e9dicaux et locaux se rencontrent sur le terrain. Dans un second temps, il traite de l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019une approche ontologique en Afrique, peu d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 l\u2019heure actuelle, qui permettrait pourtant d\u2019examiner d\u2019un regard neuf les probl\u00e9matiques et contextes africains. Il s\u2019agit de questionner les discours produits sur l\u2019Afrique qui continuent d\u2019inscrire le continent dans un rapport de pouvoir et de hi\u00e9rarchie avec un r\u00e9f\u00e9rentiel \u00e9pist\u00e9mique autre \u2013 autrefois \u00ab europ\u00e9en \u00bb, d\u00e9sormais \u00ab occidental \u00bb. Enfin, dans un troisi\u00e8me temps, l\u2019article revisite la crise \u00e9pid\u00e9mique de la Covid-19 en Guin\u00e9e \u00e0 l\u2019aune de l\u2019approche ontologique. Il examine comment la gestion des maladies et du risque viral en Guin\u00e9e se traduit, au sein du centre de traitement \u00e9pid\u00e9mique, par la n\u00e9gociation constante des humains avec le virus, via des tactiques d\u2019\u00e9vitement et de purge qui donnent corps \u00e0 l\u2019invisible viral et en font un non-humain actant, poussant les patients \u00e0 mobiliser une multitude de r\u00e9pertoires ontologiques parfois contradictoires pour se soigner et pour faire sens autour de la maladie. Cet article se base sur une \u00e9tude ethnographique men\u00e9e en Guin\u00e9e de d\u00e9cembre 2020 \u00e0 d\u00e9cembre 2021 dans le cadre du projet de recherche ARIACOV[4]. Mobilisant observation participante et entretiens formels et informels, cette \u00e9tude s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e dans deux structures sanitaires : un centre de sant\u00e9 am\u00e9lior\u00e9 (CSA) disposant d\u2019une unit\u00e9 de chirurgie simple dans la r\u00e9gion de For\u00e9cariah, et le CT-Epi de Gbessia prenant en charge les patients atteints de Covid-19 dans la capitale Conakry. L\u2019ethnographie men\u00e9e au CSA sur une dur\u00e9e cumul\u00e9e de deux mois (d\u00e9cembre 2020, juillet 2021, d\u00e9cembre 2021) s\u2019est concentr\u00e9e sur les acteurs de sant\u00e9 et sur leurs rapports aux diff\u00e9rents virus et aux mesures barri\u00e8res en p\u00e9riode \u00e9pid\u00e9mique. L\u2019enqu\u00eate au CT-Epi de Gbessia, r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une hospitalisation en tant que patiente positive \u00e0 la Covid-19 en f\u00e9vrier 2021, s\u2019est attach\u00e9e \u00e0 examiner les pratiques quotidiennes de gestion du risque viral par les patients. Au-del\u00e0 de l\u2019Afrique \u00ab faillie \u00bb : repenser les dysfonctionnements, d\u00e9faillances et r\u00e9ticences Syst\u00e8mes de sant\u00e9 d\u00e9faillants, normes pratiques et non-respect des mesures barri\u00e8res. Ici, on n\u2019aime pas trop les bavettes. Il vaut mieux ne pas porter. Il y a eu des manifestations contre \u00e7a et depuis, \u00e7a n\u2019est pas bien vu d\u2019avoir \u00e7a. Mme Camara, la sage-femme, me jette un regard lourd de sens tandis que je range mon masque chirurgical dans mon sac. Nous sommes le 9 d\u00e9cembre 2020, en pleine vague de Covid-19 et, alors que les mesures barri\u00e8res sont cens\u00e9es \u00eatre renforc\u00e9es dans tout le pays par d\u00e9cret pr\u00e9sidentiel, personne, au CSA dans lequel je m\u00e8ne mon ethnographie, ne porte de masque ou ne respecte les mesures de distanciation. Cela fait plusieurs jours que je suis pr\u00e9sente dans le service de la maternit\u00e9 avec les sage-femmes, les m\u00e9decins, les agents techniques de sant\u00e9 (ATS) et les hygi\u00e9nistes. 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