{"id":26683,"date":"2022-12-16T12:42:15","date_gmt":"2022-12-16T12:42:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/preserving-biological-life-against-the-society-analysis-of-prevention-measures-against-covid-19-in-conakry-republic-of-guinea\/"},"modified":"2026-05-09T15:06:54","modified_gmt":"2026-05-09T15:06:54","slug":"preserving-biological-life-against-the-society-analysis-of-prevention-measures-against-covid-19-in-conakry-republic-of-guinea","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-2\/preserving-biological-life-against-the-society-analysis-of-prevention-measures-against-covid-19-in-conakry-republic-of-guinea\/","title":{"rendered":"Pr\u00e9server la vie biologique contre la soci\u00e9t\u00e9 ? : Analyse des mesures de pr\u00e9vention contre la Covid-19 \u00e0 Conakry, R\u00e9publique de Guin\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Contexte<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Conakry<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>, le 12 mars 2020, le premier cas de Covid-19 est enregistr\u00e9, il s\u2019agit d\u2019une fonctionnaire de l\u2019Union europ\u00e9enne entr\u00e9e en Guin\u00e9e apr\u00e8s des cong\u00e9s en France et en Belgique. Lorsque survient la Covid-19 en Guin\u00e9e, le pays sort du traumatisme de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de la maladie \u00e0 virus \u00c9bola. Cela co\u00efncide \u00e9galement avec une p\u00e9riode de crise sociopolitique cons\u00e9cutive \u00e0 l\u2019organisation d\u2019un r\u00e9f\u00e9rendum constitutionnel contest\u00e9 autorisant le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique d\u2019alors, Alpha Cond\u00e9, \u00e0 mener une campagne \u00e9lectorale qui le conduira \u00e0 un troisi\u00e8me mandat. La tenue des \u00e9lections a engendr\u00e9 un sentiment de politisation de la Covid-19 (Kamano, 2020). Nombre de personnes per\u00e7urent la mise en place du couvre-feu sanitaire et l\u2019interdiction de rassemblements pourtant autoris\u00e9s dans les march\u00e9s comme une conspiration du pouvoir, en arguant que ces mesures sanitaires visaient en fait \u00e0 museler les manifestations politiques. Aux premi\u00e8res heures de la pand\u00e9mie, l\u2019ensemble des personnes qui ont \u00e9t\u00e9 test\u00e9es et identifi\u00e9es comme positives \u00e0 la Covid-19 (qu\u2019elles soient symptomatiques, paucisymptomatiques ou asymptomatiques) a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en quarantaine dans des sites d\u00e9di\u00e9s et mis sous traitement. Cette situation s\u2019inspire de la riposte contre \u00c9bola, durant laquelle les centres de traitement ont \u00e9t\u00e9 mis en place d\u00e8s le d\u00e9but de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie comme une \u00e9vidence, tant pour soigner les malades que pour contenir la diffusion du virus sur le territoire (Gomez-Temesio &amp; Le Marcis, 2017). Ces centres ont \u00e9t\u00e9, \u00e7\u00e0 et l\u00e0, qualifi\u00e9s de \u00ab&nbsp;mouroirs \u00bb (Mbaye et al., 2017). La mise en quarantaine des cas positifs \u00e0 la Covid-19 a \u00e9t\u00e9 en effet per\u00e7ue comme un emprisonnement. Les personnes asymptomatiques, en particulier, ont contest\u00e9 leur infection et mis en doute la n\u00e9cessit\u00e9 de leur traitement (Attas et al., 2021). En cons\u00e9quence, la relation avec le personnel de soins a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par des situations conflictuelles qui ont pris la forme de disputes, d\u2019\u00e9vasions, de destruction des \u00e9quipements des centres et de refus des traitements.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette relation entre patients et soignants fait \u00e9cho au rapport singulier entre la population guin\u00e9enne et l\u2019\u00c9tat (Gomez-Temesio &amp; Le Marcis, 2017), caract\u00e9ris\u00e9 par un manque de confiance (Sompar\u00e9, 2020). La gestion de la pand\u00e9mie est per\u00e7ue comme un instrument d\u2019oppression, une perception renforc\u00e9e par la crise de confiance d\u00e9j\u00e0 ancienne entre le peuple, d\u2019une part, et les autorit\u00e9s et l\u2019\u00e9lite politique d\u2019autre part (Attas et al., 2022, p. 28). Pour avoir plac\u00e9 en quarantaine les patients test\u00e9s positifs \u00e0 la Covid-19, le gouvernement a \u00e9t\u00e9 soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019avoir eu l\u2019intention d\u2019intoxiquer des personnes, en particulier dans les fiefs de l\u2019opposition. Cette perception n\u2019est pas sp\u00e9cifique \u00e0 la Guin\u00e9e, elle a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9e dans d\u2019autres pays africains. En Ouganda par exemple, Melissa Leach et al., (2022, p. 10) mentionnent que la mise en quarantaine ou l\u2019hospitalisation forc\u00e9e des malades asymptomatiques ont suscit\u00e9 des discussions concernant l\u2019intention, attribu\u00e9e au gouvernement, d\u2019empoisonner les opposants politiques. Cette situation s\u2019est traduite en Guin\u00e9e par le refus du test Covid, le non-respect des mesures sanitaires, et des manifestations, ce qui a fortement favoris\u00e9 la circulation du virus. \u00c0 la date du 19 juin 2022, le pays d\u00e9nombre 37 123 cas confirm\u00e9s, 443 d\u00e9c\u00e8s hospitaliers, 338 d\u00e9c\u00e8s communautaires positifs<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> (ANSS, 2022). La ville de Conakry concentre 80 % des cas confirm\u00e9s avec un taux de contamination en population g\u00e9n\u00e9rale de 42 % (Soumah et al., 2022).<\/p>\n\n\n\n<p>Partant de ce constat, je me demande par quels facteurs, notamment sociaux, les personnes s\u2019exposent au risque de contamination par le virus de la Covid-19. Pourquoi les mesures pr\u00e9ventives sont-elles per\u00e7ues de fa\u00e7on mitig\u00e9e par diff\u00e9rents acteurs ? En quoi le respect des mesures barri\u00e8res s\u2019apparente- t-il \u00e0 un choix tragique entre vivre biologiquement (vivre en bonne sant\u00e9) et mourir socialement ou vivre socialement au risque de mourir ? Ces questions sont trait\u00e9es \u00e0 partir de donn\u00e9es collect\u00e9es entre les mois de juin 2020 et de septembre 2021 dans le cadre des programmes de recherche :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab L\u2019ombre port\u00e9e d\u2019\u00c9bola sur l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de Sars-CoV-2<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> \u00bb et \u00ab Dynamique de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie \u00e0 Sars-CoV-2 \u00e0 Conakry, Guin\u00e9e (COVEPIGUI)<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> \u00bb. J\u2019ai men\u00e9 une ethnographie \u00e9tablie sur des entretiens ouverts et des observations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es dans les m\u00e9nages des personnes identifi\u00e9es comme positives \u00e0 la Covid-19 dans le cadre de l\u2019\u00e9tude de s\u00e9ropr\u00e9valence COVEPIGUI. J\u2019ai reconstitu\u00e9 les conditions de contamination par le biais d\u2019une \u00e9tude r\u00e9trospective appuy\u00e9e par une approche descriptive. L\u2019identit\u00e9 des enqu\u00eat\u00e9s a fait l\u2019objet d\u2019une anonymisation, les informations permettant de les reconna\u00eetre ayant \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9es et les \u00e9l\u00e9ments sociologiques n\u00e9cessaires conserv\u00e9s. Les noms et les adresses mentionn\u00e9s dans le texte sont fictifs, mais vraisemblables.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pr\u00e9sente dans un premier temps les \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9s de la difficile gestion de la Covid-19, ainsi que la vari\u00e9t\u00e9 des circonstances, des conditions de la contamination des personnes (telles qu\u2019elles se pr\u00e9sentent d\u2019un point de vue mat\u00e9riel, mais \u00e9galement telles que les personnes les pensent), sans toutefois pr\u00e9tendre expliquer de mani\u00e8re d\u00e9finitive l\u2019origine des contaminations. Cet exercice d\u00e9montre combien l\u2019exp\u00e9rience de la contamination est une r\u00e9alit\u00e9 aussi bien objective que subjective. En second lieu, je propose d\u2019analyser la notion de \u00ab r\u00e9seau social \u00bb, pourvoyeur d\u2019opportunit\u00e9s, mais aussi facteur de risque de contamination dans un contexte de crise sanitaire, en Guin\u00e9e, o\u00f9 l\u2019\u00c9tat providence et un syst\u00e8me de sant\u00e9 ad\u00e9quat font d\u00e9faut (Diakit\u00e9, 2016 ; Sompar\u00e9, 2017 ; Diallo, 2021). Enfin, dans la derni\u00e8re partie, je discute de la Covid-19 en Guin\u00e9e pour aborder la tension entre vie biologique et vie sociale. Le respect des mesures barri\u00e8res au nom de la pr\u00e9servation de la vie biologique comporte en effet un risque pour l\u2019entretien de la vie sociale, alors m\u00eame que celle-ci garantit aux individus ressources et moyens de survie ou de r\u00e9ponse aux \u00e9ventuelles difficult\u00e9s sanitaires rencontr\u00e9es par eux en l\u2019absence de r\u00e9ponse \u00e9tatique \u00e0 ces al\u00e9as. Ce faisant, je porte une attention particuli\u00e8re aux perceptions des gestes barri\u00e8res par les populations.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une maladie tr\u00e8s mobile qui d\u00e9fie les croyances populaires<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9mergence de la maladie de Covid-19 a surpris le monde entier, comme si ce genre de crise \u00e9tait d\u00e9pass\u00e9 et ne concernait que les grandes crises sanitaires du Moyen \u00c2ge (Misturelli, 2020). Le premier cas suspect est enregistr\u00e9 le 17 novembre 2019 \u00e0 Wuhan dans la province du Hubei en Chine (Dumont, 2020) et officiellement d\u00e9clar\u00e9 par les autorit\u00e9s le 23 d\u00e9cembre (Offner et al., 2020). Le confinement n\u2019y est appliqu\u00e9 qu\u2019\u00e0 partir du 23 janvier 2020. Le virus a donc eu largement le temps de se propager \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pays et dans le monde entier (Dumont, 2020) en suivant les d\u00e9placements des voyageurs internationaux (Lemey et al., 2020). L\u2019am\u00e9lioration des transports, favorisant l\u2019hypermobilit\u00e9 des personnes, a servi de support \u00e0 la diffusion de la Covid-19. Cette derni\u00e8re serait rest\u00e9e strictement \u00ab chinoise \u00bb si la Chine, particuli\u00e8rement Wuhan (\u00e9picentre de la maladie), n\u2019\u00e9tait pas fortement connect\u00e9e aux autres villes du pays et au monde \u00e0 travers ses divers r\u00e9seaux de transports (Dumont, 2020). Vers la fin du premier trimestre 2020, la Covid-19 touchera de nombreux pays, constituant un danger pour la sant\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 mondiale. Le 11 mars 2020, profond\u00e9ment pr\u00e9occup\u00e9e par la rapidit\u00e9 de la diffusion et par la gravit\u00e9 de la maladie, l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 (OMS) d\u00e9clare une pand\u00e9mie (OMS, 2021). Au d\u00e9but de la pand\u00e9mie, certains consid\u00e9raient la maladie comme une menace lointaine (Goulard, 2019), ou croyaient qu\u2019elle ne toucherait pas leur localit\u00e9. Cette croyance sera tr\u00e8s vite mise en question. Profond\u00e9ment marqu\u00e9e par l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de la maladie \u00e0 virus \u00c9bola qui a frapp\u00e9 de plein fouet trois pays de l\u2019Union du fleuve Mano (Liberia, Sierra Leone et Guin\u00e9e) entre mars 2014 et mars 2016 (Gasquet-Blanchard, 2017 ; Gomez-Temesio &amp; Le Marcis, 2017), la soci\u00e9t\u00e9 guin\u00e9enne incr\u00e9dule observait avec inqui\u00e9tude l\u2019\u00e9volution de la Covid-19 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale et esp\u00e9rait y \u00e9chapper, mais elle allait faire avec le reste du monde l\u2019exp\u00e9rience de la pand\u00e9mie (Sylla, 2020). Aux premi\u00e8res heures de la maladie, les voyageurs internationaux et les hauts commis de l\u2019\u00c9tat ont \u00e9t\u00e9 les plus touch\u00e9s. Ils ont alors \u00e9t\u00e9 per\u00e7us comme \u00e9tant les plus expos\u00e9s au risque et comme des responsables de la transmission du virus. Une partie de la population ne se sentait pas concern\u00e9e par la maladie et consid\u00e9rait que sa situation socio\u00e9conomique lui permettrait d\u2019y \u00e9chapper, car elle r\u00e9duisait son exposition au risque de contamination virale. Une vieille femme malink\u00e9, habitant dans la banlieue de Conakry, affirme : \u00ab <em>on conna\u00eet les personnes qui contractent cette diankaro djou <\/em>(mauvaise maladie).<em> Nous, on ne la conna\u00eetra pas, car il n\u2019y a aucune condition qui nous expose<\/em> \u00bb. Un fonctionnaire \u00e0 la retraite, rencontr\u00e9 \u00e0 la fin du mois de mai 2021, se demande :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>D\u2019apr\u00e8s ce qu\u2019on voit et entend au travers des m\u00e9dias, la Covid-19 est grave. Mais il est impossible de la contracter si on ne voyage pas \u00e0 l\u2019\u00e9tranger (Asie et Occident) et si on n\u2019est pas un cadre qui assiste aux r\u00e9unions. Moi, je passe toute ma journ\u00e9e entre la mosqu\u00e9e et la maison. Comment pourrais-je la contracter avec cette situation ? <\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Pendant les quatre premiers mois de la survenue de la maladie, les communes de Dixinn et de Ratoma, abritant des expatri\u00e9s, hauts fonctionnaires, grands commer\u00e7ants et\/ou hommes d\u2019affaires, pr\u00e9sentent les taux de contamination les plus \u00e9lev\u00e9s, comme le montre la carte 1. Cependant, en d\u00e9pit des mesures prises et de la volont\u00e9 politique affich\u00e9e de contenir la diffusion du virus, l\u2019ensemble des quartiers \u2013 aux profils socio\u00e9conomiques contrast\u00e9s \u2013 de Conakry est touch\u00e9, apr\u00e8s plusieurs mois d\u2019incursion de la maladie. Et au-del\u00e0 de la capitale, la propagation s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e et a atteint plusieurs villes de l\u2019int\u00e9rieur du pays (carte 2). Au courant du mois de septembre 2020, les observateurs \u00e9voquent une \u00ab transmission communautaire \u00bb (MVAT\/DATU et UN-Habitat , 2020) qui touche toutes les couches de la population. La diffusion du virus de la Covid-19 en Guin\u00e9e est donc verticale et descendante, allant de l\u2019\u00e9lite aux couches sociales les plus populaires.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les mesures pr\u00e9ventives contre la Covid-19 : une menace pour la vie sociale pourtant garante de la vie biologique<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>D\u00e8s le 25 mars, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique de l\u2019\u00e9poque, Alpha Cond\u00e9, d\u00e9cr\u00e8te l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence sanitaire, et le 18 avril, des mesures restrictives sont \u00e9dict\u00e9es (Ciss\u00e9, 2020) sur ordre du minist\u00e8re de la Sant\u00e9 par l\u2019entremise de l\u2019Agence nationale de s\u00e9curit\u00e9 sanitaire (ANSS). Les autorit\u00e9s suivent, ce faisant, les recommandations de l\u2019OMS. Ces mesures consistaient en : l\u2019instauration d\u2019un couvre-feu ; le lavage syst\u00e9matique des mains ; la fermeture des lieux de culte et des \u00e9tablissements \u00e9ducatifs ; l\u2019interdiction, faute de pr\u00e9senter un test n\u00e9gatif \u00e0 la Covid-19, des rassemblements, des vols commerciaux et des voyages entre Conakry et les pr\u00e9fectures du pays ; la r\u00e9duction du nombre des passagers dans les transports en commun, des d\u00e9placements et visites chez les proches (MVAT\/DATU et UN-Habitat, 2020). Ces mesures s\u2019inscrivent dans une approche classique de gestion des crises sanitaires (Diouf et al., 2021) et suivent le rythme impos\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale, qui est plus adapt\u00e9 aux pays du Nord (Casciarri, 2020) qu\u2019aux pays du Sud. Au Soudan, par exemple, elles se sont montr\u00e9es redoutables au regard de pratiques locales caract\u00e9ris\u00e9es par une importante sociabilit\u00e9 et convivialit\u00e9 (Casciarri, 2020). En Guin\u00e9e, elles apparaissent comme inadapt\u00e9es \u00e0 la vie des personnes. En effet, elles placent les individus face \u00e0 un choix entre la vie physique de l\u2019\u00eatre vivant et la vie de l\u2019humain en tant qu\u2019\u00eatre politique, qui vit \u00e0 sa propre mani\u00e8re, individuellement comme collectivement (Dubreuil, 2005 ; Fassin, 2006). Ces deux termes renvoient \u00e0 la vie biologique et sociale. Mais la fronti\u00e8re entre ces deux d\u00e9finitions de la vie est moins tranch\u00e9e dans la r\u00e9alit\u00e9 : pour les Guin\u00e9ens, entretenir la vie sociale, c\u2019est aussi garantir la vie biologique. L\u2019inscription dans un r\u00e9seau social suppose d\u2019entretenir fr\u00e9quentations et interactions, et cette inscription permet de b\u00e9n\u00e9ficier de soutien moral et financier lorsque des difficult\u00e9s se pr\u00e9sentent (perte d\u2019emploi, probl\u00e8me avec la justice, probl\u00e8me de logement, probl\u00e8me sanitaire ou d\u00e9c\u00e8s, etc.). Dans un contexte d\u2019absence de filets de protection sociale, le fait de refuser de participer \u00e0 ce r\u00e9seau ou d\u2019\u00e9viter d\u2019interagir et d\u2019accueillir des proches, c\u2019est pour un individu mettre en p\u00e9ril les voies d\u2019un soutien futur. \u00c9tablir une distance avec ses proches au nom de la gestion d\u2019une maladie entraine le risque de perdre leur soutien en cas d\u2019embarras. Un homme d\u2019une soixante d\u2019ann\u00e9es, commer\u00e7ant de profession, rencontr\u00e9 pendant le second semestre 2020, affirme :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Personnellement, je ne peux pas couper le pont avec mes proches pour \u00e9viter Corona. Si je le fais et je rencontre des difficult\u00e9s ensuite, personne ne viendra en secours.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Si la Covid-19 reste une menace ailleurs (OMS, 2021), le discours sur la gestion en Guin\u00e9e prend une tout autre forme : dans le langage populaire, les mesures pr\u00e9ventives renvoient au \u00ab tournevis \u00bb \u00e9conomique et social, elles deviennent de plus en plus difficiles \u00e0 respecter, car elles entravent largement les pratiques locales (Attas et al., 2022, p. 27), constituantes d\u2019\u00ab amortisseurs sociaux \u00bb. De l\u00e0, les actes de r\u00e9sistance vis-\u00e0-vis de ces mesures. Les acteurs vont en effet privil\u00e9gier la vie sociale au d\u00e9triment de l\u2019application des gestes recommand\u00e9s. \u00c0 partir de quatre \u00e9tudes de cas, je rends compte dans un premier temps du lien entre r\u00f4le social au sein de son r\u00e9seau local et exposition au risque de contamination par la Covid-19. Deux exemples contrast\u00e9s sont discut\u00e9s : celui d\u2019une personne au statut social \u00e9lev\u00e9 et celui d\u2019une personne au statut socio\u00e9conomique pr\u00e9caire. J\u2019\u00e9voque ensuite la difficile pr\u00e9vention de la Covid-19 en raison des conditions objectives d\u2019habitation, puis au regard des modes d\u2019habiter. Au travers de ces diff\u00e9rents cas, les mesures pr\u00e9ventives se montrent sourdes au contexte et d\u00e9connect\u00e9es des r\u00e9alit\u00e9s locales.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les \u00ab r\u00e9seaux sociaux \u00bb en Guin\u00e9e : une source d\u2019opportunit\u00e9s et de risques dans un contexte d\u2019\u00e9pid\u00e9mie<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>La notion de r\u00e9seau social \u00e9voque aujourd\u2019hui le num\u00e9rique (Facebook, LinkedIn, Twitter, etc.) ; pourtant, celui-ci n\u2019en est qu\u2019une forme sp\u00e9cifique (Kiyindou, 2011). Le r\u00e9seau social d\u00e9signe un groupe d\u2019individus qui entretiennent des liens divers et vari\u00e9s (Merckl\u00e9, 2016).En l\u2019absence d\u2019\u00c9tat-providence, les individus se tournent vers leurs r\u00e9seaux d\u2019appartenance qui op\u00e8rent comme des organismes de solidarit\u00e9 et d\u2019entre-aide pourvoyeurs de soutien financier, mat\u00e9riel et sanitaire.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"514\" height=\"344\" src=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/image-20.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-26720\" srcset=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/image-20.jpeg 514w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/image-20-300x201.jpeg 300w\" sizes=\"(max-width: 514px) 100vw, 514px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Carte 1 : R\u00e9partition spatiale des cas confirm\u00e9s de Covid-19 \u00e0 Conakry et en Guin\u00e9e du 12 mars au 5 juin 2020 (source : minist\u00e8re de la Sant\u00e9 2020).<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9seau social fonctionne donc comme un filet social, une protection favorisant l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des ressources (Marie et al., 1997 ; Bidart et al., 2011). Il implique \u00e9videmment des logiques de r\u00e9ciprocit\u00e9, de contrainte ou d\u2019obligation rendant les individus redevables les uns vis-\u00e0-vis des autres. Dans la soci\u00e9t\u00e9 guin\u00e9enne, les membres d\u2019un r\u00e9seau sont oblig\u00e9s de participer aux \u00e9v\u00e9nements sociaux (hospitalisation, mariage, bapt\u00eame, obs\u00e8ques\u2026) de chacun. Celui qui refuse tout en ayant les moyens financiers ou mat\u00e9riels se verra mis \u00e0 l\u2019index par les membres de son r\u00e9seau et prend le risque de ne recevoir aucun soutien lorsqu\u2019il fera lui-m\u00eame face \u00e0 des difficult\u00e9s. Dans une telle configuration, les individus en viennent \u00e0 s\u2019exposer au risque sanitaire (Faye et al., 2015). De nombreuses contaminations \u00e0 la maladie \u00e0 virus \u00c9bola (OMS, 2014 ; Thys &amp; Boelaert, 2017 ; Desclaux &amp; Barranca, 2020) et \u00e0 la Covid-19 (Galmiche et al., 2020 ; Dumont, 2020) se sont en effet produites dans l\u2019accomplissement des obligations sociales. Le cas de Marie et de sa ni\u00e8ce, toutes deux d\u00e9clar\u00e9es positives \u00e0 la Covid-19, d\u00e9montre comment l\u2019accomplissement des obligations dans le cadre du r\u00e9seau expose au risque de contamination.<\/p>\n\n\n\n<p>Marie est veuve depuis six ans, elle vend du riz local au d\u00e9tail. Elle habite dans une cour collective \u00e0 T\u00e2khoui<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>, un sous-quartier situ\u00e9 dans la commune de Kaloum. En juillet 2020, elle est partie avec quelques membres de sa famille \u00e9largie \u00e0 Nz\u00e9r\u00e9kor\u00e9 (ville situ\u00e9e \u00e0 864 km de Conakry) en transport collectif interurbain pour participer aux obs\u00e8ques de son grand fr\u00e8re d\u00e9c\u00e9d\u00e9 des suites d\u2019une courte maladie. \u00c0 ce moment, pour contenir la propagation du virus, l\u2019interdiction des voyages entre Conakry et les villes de l\u2019int\u00e9rieur \u00e9tait en vigueur.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img decoding=\"async\" width=\"467\" height=\"316\" src=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/image-21.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-26721\" srcset=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/image-21.jpeg 467w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/image-21-300x203.jpeg 300w\" sizes=\"(max-width: 467px) 100vw, 467px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Carte 2 : R\u00e9partition spatiale des cas confirm\u00e9s de Covid-19 en Guin\u00e9e du 12 mars 2020 au 28 mars 2021 (Source : ANSS, 2021).<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le fr\u00e8re de Marie \u00e9tait pr\u00eatre et tr\u00e8s connu dans la r\u00e9gion de Nz\u00e9r\u00e9kor\u00e9. Il \u00e9tait le \u00ab baobab \u00bb<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> de la famille et un important soutien pour elle, dit-elle. Ses obs\u00e8ques ont donn\u00e9 lieu \u00e0 une grande rencontre \u00e0 laquelle ses proches venus de partout ont particip\u00e9. Elles ont \u00e9t\u00e9 \u00e9galement un moment d\u2019\u00e9changes intenses entre les visiteurs. Peu d\u2019entre eux appliquaient les mesures sanitaires, pr\u00e9cise-t-elle. Marie a s\u00e9journ\u00e9 pendant deux semaines \u00e0 Nz\u00e9r\u00e9kor\u00e9. Refuser d\u2019assister aux obs\u00e8ques de son fr\u00e8re n\u2019\u00e9tait pas une option envisageable. Lors de son s\u00e9jour, elle et ses s\u0153urs, assist\u00e9es par des proches, se sont occup\u00e9es de l\u2019accueil des visiteurs et de la cuisine. Les femmes sont en effet davantage impliqu\u00e9es dans les c\u00e9r\u00e9monies ou dans les rencontres conviviales (Dessertine, 2021). \u00c0 son retour \u00e0 Conakry, elle a d\u00e9velopp\u00e9 un rhume et des douleurs musculaires. Elle estime avoir \u00e9t\u00e9 en contact avec le virus au cours de son s\u00e9jour :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>J\u2019ai contract\u00e9 cette maladie pendant mon voyage parce que j\u2019\u00e9tais largement expos\u00e9e.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Pour appr\u00e9hender les logiques suppos\u00e9es de la contamination de Marie, il faut comprendre comment s\u2019articulent le statut \u00e9conomique et le genre. Apr\u00e8s un long voyage collectif, afin d\u2019assurer l\u2019accueil et des travaux de pr\u00e9paration des repas en raison de son statut de femme, Marie s\u2019est retrouv\u00e9e de nouveau ins\u00e9r\u00e9e dans un groupe dense. Par ailleurs, pour se mettre davantage \u00e0 l\u2019abri sur le plan \u00e9conomique, les femmes s\u2019ins\u00e8rent activement dans l\u2019espace social global en entretenant, au-del\u00e0 de la sph\u00e8re parentale, un r\u00e9seau de relations, telles que des associations de type contractuel (Marie et al., 1998). C\u2019est le cas du s\u00e8r\u00e8, un type d\u2019organisation f\u00e9minine largement r\u00e9pandue en Guin\u00e9e, caract\u00e9ris\u00e9e par de l\u2019entraide, des tontines et des rencontres r\u00e9guli\u00e8res entre les membres. Ces rencontres ont aussi contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019exposition \u00e0 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie et \u00e0 la propagation de celle-ci. La ni\u00e8ce de Marie a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9e comme positive \u00e0 la Covid-19. Elle a seize ans, ses parents vivent \u00e0 Nz\u00e9r\u00e9kor\u00e9 et elle est confi\u00e9e \u00e0 Marie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le \u00ab confiage \u00bb consiste en une pratique ancienne, tr\u00e8s r\u00e9pandue dans les soci\u00e9t\u00e9s africaines (Jacquemin, 2000). Certains acteurs recourent au confiage pour renforcer la solidarit\u00e9 familiale. D\u2019autres le font pour des int\u00e9r\u00eats personnels en transformant la jeune fille en \u00ab petite bonne \u00bb, qui participe aux travaux m\u00e9nagers (Vidal, 2013) et \u00e0 certaines activit\u00e9s \u00e9conomiques (Jacquemin, 2000). Marie et sa ni\u00e8ce pr\u00e9parent et partagent la m\u00eame assiette de nourriture quand elles sont toutes deux pr\u00e9sentes \u00e0 la maison. La ni\u00e8ce entretient la maison, lave les linges et rejoint souvent sa tante au march\u00e9 pour l\u2019assister dans ses activit\u00e9s commerciales. La ni\u00e8ce estime avoir contract\u00e9 le virus dans leurs interactions, elle affirme ainsi :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Je pense [\u00eatre] rentr\u00e9e en contact avec le virus en compagnie de ma tante. En [plus] des interactions \u00e0 la maison, je la rejoins souvent au march\u00e9 pour l\u2019aider dans la vente de riz. Je sers et r\u00e9cup\u00e8re l\u2019argent des clients.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Elle est entr\u00e9e en contact avec le virus parce qu\u2019elle est dans une situation de service et occupe une position inf\u00e9rieure dans son r\u00e9seau. Cependant, d\u2019autres personnes ayant une position \u00e9lev\u00e9e dans leur r\u00e9seau entrent aussi en contact avec le virus en raison de leur r\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Assumer le r\u00f4le du Kountigi (doyen du village) au risque de contracter la Covid-19 et de la diffuser<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Le r\u00f4le du <em>Kountigi<\/em> est assur\u00e9 par la famille fondatrice du village. Le <em>Kountigi<\/em> est l\u2019\u00ab autorit\u00e9 morale \u00bb et le \u00ab garant de la paix \u00bb dans le village. Il assure la m\u00e9diation entre les protagonistes et coordonne des activit\u00e9s d\u2019ordre social. Il s\u2019appuie sur un r\u00e9seau de chefs des principales familles composant le village (Bernus, 2005) pour assurer ses fonctions. Ainsi, le <em>Kountigi<\/em> se retrouve en interaction fr\u00e9quente avec plusieurs personnes : les membres du conseil de sages (collaborateurs directs) et les habitants du village. Une situation favorisant la contamination par la Covid-19. Tel est le cas de Elhadj, test\u00e9 positif par s\u00e9rologie avec quatre membres de sa famille vers la fin du mois de mai 2021. Elhadj habite dans la commune de Ratoma, \u00e0 <em>N\u2019n\u00f4ma<\/em><a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>, un quartier r\u00e9sidentiel de haut standing. Fonctionnaire \u00e0 la retraite, il vit de sa pension, des b\u00e9n\u00e9fices de sa plantation d\u2019anacardiers et des aides apport\u00e9es par ses enfants. Au sein de sa famille, Elhadj est le plus \u00e2g\u00e9 ; il est ainsi le <em>Kountigi<\/em> et pr\u00e9side le conseil des associations des ressortissants de son village r\u00e9sidant \u00e0 Conakry. \u00ab <em>\u00c0 mon \u00e2ge, je m\u2019occupe uniquement du social et [du] maintien de la paix dans le village. C\u2019est chez moi qu\u2019on organise toutes nos r\u00e9unions <\/em>\u00bb, indique-t-il. En cons\u00e9quence, les nombreuses responsabilit\u00e9s qui lui incombent le poussent \u00e0 faire des d\u00e9placements et \u00e0 entrer en interaction permanente avec d\u2019autres personnes, ce qui favorise son exposition \u00e0 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie. Pendant les premiers mois de la pand\u00e9mie, Elhadj a organis\u00e9 des mariages religieux et des bapt\u00eames qui demeurent des moments de convivialit\u00e9 et de retrouvailles. Il a \u00e9galement assist\u00e9 aux fun\u00e9railles de son beau-fr\u00e8re, qui ont eu lieu au village, et il a organis\u00e9 celles de son premier fils qui est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 Conakry. \u00c0 l\u2019occasion de celles-ci, les parents r\u00e9sidant au village, voisins et amis, sont venus massivement pr\u00e9senter leurs condol\u00e9ances et exprimer leur sympathie \u00e0 la famille. Certains parmi ces derniers sont rest\u00e9s plusieurs jours chez lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Les fun\u00e9railles constituent une occasion de regroupement des personnes et sont l\u2019expression ou la mise en sc\u00e8ne de la surface sociale des individus. Elles donnent \u00e0 voir concr\u00e8tement l\u2019\u00e9tendue du r\u00e9seau social de la famille. Ce faisant, elles raffermissent la sympathie, t\u00e9moignent de l\u2019affection et les liens de solidarit\u00e9 existant autour du d\u00e9funt (Le Marcis, 2015). Ce sont aussi des occasions d\u2019\u00e9valuer le degr\u00e9 d\u2019estime que les individus \u00e9prouvent envers la famille endeuill\u00e9e (Abdou, 2013).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la suite de ces \u00e9v\u00e9nements, Elhadj a d\u00e9velopp\u00e9 une toux s\u00e8che, des maux de t\u00eate violents et a perdu le go\u00fbt. Il a souffert de difficult\u00e9s respiratoires et ne pouvait pas marcher plus de quinze \u00e0 vingt m\u00e8tres sans s\u2019arr\u00eater plusieurs fois. Son \u00e9pouse, qui passait souvent la nuit \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, son fr\u00e8re, qui \u00e9tait \u00e0 son chevet, mais aussi sa belle-fille, qui s\u2019occupait de sa nourriture, ont aussi d\u00e9velopp\u00e9 des signes de Covid-19. Mais aucun d\u2019entre eux n\u2019acceptera de faire le test pour conna\u00eetre r\u00e9ellement la nature de sa maladie. Ils ont tous eu, dit Elhadj, recours \u00e0 l\u2019autom\u00e9dication en articulant les traitements modernes (comprim\u00e9s) et traditionnels (tisanes).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019autom\u00e9dication est largement partag\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9 guin\u00e9enne. Au quotidien, les patients mobilisent de fa\u00e7on simultan\u00e9e ou successive la m\u00e9decine moderne et la m\u00e9decine traditionnelle pour la prise en charge de leur maladie (Le Marcis et al., 2021, p. 42). L\u2019autom\u00e9dication est courante en Guin\u00e9e, mais elle a pris de l\u2019ampleur pendant cette crise sanitaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Elhadj, la Covid-19 est une maladie in\u00e9vitable, qu\u2019on peut contracter n\u2019importe o\u00f9 et \u00e0 n\u2019importe quel moment, dont la pr\u00e9vention rel\u00e8ve uniquement du pouvoir divin. Il suppose avoir contract\u00e9 la maladie et l\u2019avoir diffus\u00e9e au sein de sa famille \u00e0 la suite de sa participation aux \u00e9v\u00e9nements mentionn\u00e9s plus haut. Il explique :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>C\u2019est maintenant clair pour moi que je souffrais de la Covid-19 que j\u2019ai s\u00fbrement ramass\u00e9 [contract\u00e9] \u00e0 l\u2019occasion des c\u00e9r\u00e9monies, fun\u00e9railles et r\u00e9unions auxquelles j\u2019ai assist\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque, pour venir contaminer ma famille. La Covid-19 est dangereuse, mais il est im- possible de la pr\u00e9venir.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Elhadj dispose de conditions de vie d\u00e9centes en mati\u00e8re de logement et de moyens mat\u00e9riels et financiers qui devraient lui permettre de bien appliquer ou suivre les mesures sanitaires recommand\u00e9es. Cependant, malgr\u00e9 la reconnaissance des r\u00e9alit\u00e9s de la Covid-19 sur le territoire national, il a continu\u00e9 \u00e0 exercer ses fonctions, \u00e0 maintenir ses d\u00e9placements et ses interactions habituelles. Ses perceptions concernant la Covid-19, \u00ab une maladie in\u00e9vitable \u00bb, son statut et son r\u00f4le au sein de son espace social, constituent des facteurs importants qui le poussent \u00e0 ne pas respecter les mesures pr\u00e9ventives. En tant que premier responsable, le fait de prendre le risque de privil\u00e9gier les mesures sanitaires au d\u00e9triment des fonctions qu\u2019il assume dans son r\u00e9seau aurait des effets n\u00e9fastes sur le bon fonctionnement du r\u00e9seau, car le geste serait mal vu et mal interpr\u00e9t\u00e9 par les membres. D\u00e8s lors, le respect de ces mesures est inad\u00e9quat au profil d\u2019Elhadj.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 des perceptions et du profil social, les donn\u00e9es collect\u00e9es montrent que certains individus s\u2019exposent \u00e0 la contamination en raison des conditions d\u2019habitation.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le quartier p\u00e9riph\u00e9rique et la difficile pr\u00e9vention de la contamination \u00e0 la Covid-19<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, plusieurs quartiers de Conakry sont soumis \u00e0 de fortes pressions sociod\u00e9mographiques (K\u00e9b\u00e9-Gangneux, 2016) qui ont occasionn\u00e9 une extension incontr\u00f4l\u00e9e de la ville, laissant les individus construire en l\u2019absence d\u2019un v\u00e9ritable plan r\u00e9gulateur (Sompar\u00e9, 2020) qui correspondrait \u00e0 une gestion ad\u00e9quate de l\u2019espace (Kouadio Oura, 2012). Cette situation reste tr\u00e8s favorable \u00e0 la circulation virale. Comme c\u2019est le cas \u00e0 T\u00e2fori<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>, un quartier p\u00e9riph\u00e9rique tr\u00e8s peupl\u00e9. Les ruelles sont anim\u00e9es : portes et fen\u00eatres des habitations s\u2019ouvrent sur la rue et, devant elles, les gens s\u2019assoient, discutent, mangent et vendent des beignets sans la moindre application des mesures sanitaires. T\u00e2fori est peu loti et l\u2019acc\u00e8s en est tr\u00e8s difficile en v\u00e9hicule. Il manque d\u2019\u00e9gouts ; ainsi, lorsqu\u2019il pleut, toutes les rues et la plupart des habitations sont inond\u00e9es. On aper\u00e7oit souvent aux carrefours des d\u00e9chets entass\u00e9s, en cours de combustion lente ou en attente d\u2019un ramassage hypoth\u00e9tique. L\u2019habitat est domin\u00e9 par d\u2019anciennes maisons sans cl\u00f4ture, construites en banco, compos\u00e9es de deux \u00e0 quatre chambres, d\u2019une petite terrasse, de murs noircis \u00e0 la peinture d\u00e9fra\u00eechie, de toitures rouill\u00e9es le plus souvent maintenues par des morceaux de bois, des cailloux et des pneus us\u00e9s. Dans chacune des cours du quartier, les toilettes sont communes. Les chambres sont collectives, abritant trois \u00e0 quatre personnes qui sont g\u00e9n\u00e9ralement les membres d\u2019une famille \u00e9largie, qui, au-del\u00e0 des \u00e9poux, des \u00e9pouses et des enfants, implique des petits-enfants, neveux, ni\u00e8ces, fr\u00e8res, s\u0153urs, cousins, cousines, oncles, tantes, etc. Le fait que plusieurs personnes partagent une m\u00eame chambre, pratique r\u00e9pandue dans les grandes agglom\u00e9rations guin\u00e9ennes (Barry, 2006), s\u2019explique par la solidarit\u00e9 (Janin, 2003), mais aussi par l\u2019absence de logements sociaux et la non-r\u00e9glementation du loyer.<\/p>\n\n\n\n<p>T\u00e2fori ne dispose ni de syst\u00e8me d\u2019adduction d\u2019eau potable ni de structures de sant\u00e9. Ses habitants se d\u00e9placent pour consulter un agent de sant\u00e9 dans un quartier voisin et se procurent de l\u2019eau dans d\u2019autres quartiers ou chez des personnes poss\u00e9dant un forage dans leur cour. Ces maisons sont envahies par une noria de porteurs d\u2019eau \u00e0 tout moment de la journ\u00e9e. La qu\u00eate d\u2019eau est donc l\u2019occasion d\u2019attroupements importants d\u2019individus venant de diff\u00e9rentes familles qui se \u00ab m\u00e9langent \u00bb et se \u00ab frottent<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a> \u00bb aux autres. Dans ce contexte, on observe une promiscuit\u00e9 extr\u00eame permettant l\u2019exposition au risque. Soumah, enseignant \u00e0 la retraite et \u00e9poux de trois femmes, ne d\u00e9roge pas \u00e0 cette situation. Une vingtaine de personnes composent sa famille \u00e9largie. Parmi elles, quinze sont d\u00e9clar\u00e9es positives \u00e0 la Covid-19. Il dispose d\u2019une pompe \u00e0 eau chez lui. Celle-ci est connect\u00e9e sur le forage d\u2019un voisin (riche) qui ferme toujours le portail de sa cour. Ainsi, les autres voisins (femmes et enfants), munis de bidons et de seaux, viennent puiser de l\u2019eau chez lui \u00e0 longueur de journ\u00e9e. Certains, attendant leur tour, s\u2019assoient sur la terrasse. D\u2019autres restent debout et \u00e9changent entre eux. Aucun d\u2019entre eux ne porte le masque de protection.<\/p>\n\n\n\n<p>Le manque de services sociaux de base pr\u00e9occupe beaucoup plus les habitants de T\u00e2fori que la pr\u00e9vention d\u2019une \u00e9ventuelle contamination par la Covid-19. Soumah se demande ainsi :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Que faire pour se prot\u00e9ger contre cette maladie (Covid-19) alors que nous vivons dans un quartier pr\u00e9caire o\u00f9 il y a un manque total d\u2019infrastructures et d\u2019aides sociales, et o\u00f9 la promiscuit\u00e9 et les interactions sociales sont importantes ?<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>T\u00e2fori abrite une forte densit\u00e9 d\u2019habitants. Il n\u2019y a pas d\u2019espaces publics ou d\u2019aires de jeu am\u00e9nag\u00e9s. De telles r\u00e9alit\u00e9s concernent la grande majorit\u00e9 des quartiers de Conakry, elles sont imputables \u00e0 l\u2019urbanisation anarchique et \u00e0 l\u2019am\u00e9nagement incontr\u00f4l\u00e9 du territoire, emp\u00eachant toute initiative de r\u00e9novation urbaine, surtout dans les bidonvilles (Diop, 2015). \u00c0 T\u00e2fori, les habitants, entass\u00e9s au salon ou sur la terrasse, passent toute leur journ\u00e9e, sans le moindre respect des mesures pr\u00e9ventives, notamment de la distanciation physique. La plupart des chambres qui s\u2019y trouvent sont collectives et peu a\u00e9r\u00e9es, une situation favorable \u00e0 la contamination virale. Au-del\u00e0 du manque d\u2019infrastructures, il faut noter que la grande majorit\u00e9 des habitants sont d\u00e9munis financi\u00e8rement et vivent au jour le jour, ce qui, d\u2019ailleurs, a un impact sur l\u2019obtention ou l\u2019usage des kits d\u2019hygi\u00e8ne. Leur quotidien est marqu\u00e9 par des interactions tr\u00e8s denses ; de fait, les mesures restrictives, surtout la limitation des d\u00e9placements et les visites chez des voisins ou des proches sont insupportables pour eux.<\/p>\n\n\n\n<p>En plus d\u2019habiter la p\u00e9riph\u00e9rie, le fait de rester \u00e0 domicile contribue aussi \u00e0 l\u2019exposition \u00e0 la contamination.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Partager son domicile : un facteur d\u2019exposition au risque de contamination \u00e0 la Covid-19<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Bangoura est chef de quartier. Il est commun\u00e9ment appel\u00e9 <em>m\u00e8ngu\u00e8<\/em> (chef). Lui et dix autres membres de sa famille sont d\u00e9clar\u00e9s positifs \u00e0 la Covid-19 dans le courant du mois de juin 2021. Ils logent dans une ancienne maison de petite taille. Celle-ci est compos\u00e9e de quatre chambres de trois \u00e0 quatre personnes chacune. Elles sont occup\u00e9es par les petits-enfants, les enfants et les trois \u00e9pouses de Bangoura (lui n\u2019a pas de chambre fixe, il partage alternativement, tous les trois jours, les chambres de ses \u00e9pouses). La maison dispose \u00e9galement d\u2019un salon o\u00f9 l\u2019on trouve des chaises en plastique et un t\u00e9l\u00e9viseur \u00e0 \u00e9cran plat connect\u00e9 au bouquet de cha\u00eenes Canal+, devant lequel la famille se r\u00e9unit dans la soir\u00e9e pour regarder les informations ou un film. Elle dispose aussi d\u2019une terrasse qui sert de lieu de r\u00e9ception des visiteurs, de lieu de rencontre et de causerie, de lieu de vente de sandwichs, de cuisine et de salle \u00e0 manger. On y observe une absence notable de kits d\u2019hygi\u00e8ne, ainsi qu\u2019une promiscuit\u00e9 intense et une interaction entre les membres de la famille, mais aussi entre eux et les habitants du quartier. Lorsque ceux-ci passent devant le domicile, certains s\u2019arr\u00eatent pour \u00e9changer quelques mots avec la famille. D\u2019autres, plus intimes, cherchent \u00e0 taquiner <em>m\u00e8ngu\u00e8<\/em> et se pr\u00e9sentent pour lui serrer la main.<\/p>\n\n\n\n<p><em>M\u00e8ngu\u00e8<\/em> se qualifie de <em>jatigi<\/em> (h\u00f4te) et de yama <em>higi<\/em> (espoir de tous les habitants du quartier), et consid\u00e8re son domicile comme une \u00ab maison commune \u00bb, un lieu de rencontre qui n\u2019est pas r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 sa seule famille (Houssay-Holzschuch, 1998). Les habitants du quartier viennent y passer plusieurs heures \u00e0 regarder la t\u00e9l\u00e9vision, \u00e0 partager les repas ou \u00e0 \u00e9changer avec la famille de Bangoura. Ses enfants ain\u00e9s, qui ne r\u00e9sident pas dans la maison, mais la consid\u00e8rent comme \u00ab unit\u00e9 d\u2019appartenance de base \u00bb (Dessertine, 2021, p. 21), viennent y passer de longs moments pour divers motifs : prendre des nouvelles des parents et des fr\u00e8res cadets, partager des repas, pris dans un m\u00eame grand plat, avec la famille, \u00e9changes autour des t\u00e2ches \u00e0 r\u00e9aliser et des sujets pr\u00e9occupant la famille (Brunet et al., 2013). C\u2019est aussi un espace de communication des mod\u00e8les de comportement exprimant les valeurs du r\u00e9seau familial (Barou &amp; Verhoeven, 1997), comme l\u2019entente et le respect mutuel entre les enfants. Par ailleurs, souffrant de la prostate, <em>m\u00e8ngu\u00e8<\/em> n\u2019accepte pas de s\u2019\u00e9loigner longtemps de son domicile. Il y organise des r\u00e9unions du conseil de quartier et re\u00e7oit des habitants pour des questions administratives et des questions de r\u00e8glement des situations conflictuelles. En Guin\u00e9e, les chefs de quartier fonctionnent comme un premier niveau de la justice de paix ; munis des r\u00e8glements, ils arbitrent les disputes et assurent la m\u00e9diation entre les protagonistes (Wisler et al., 2018). Ils participent \u00e9galement \u00e0 la gestion des affaires administratives et sanitaires (K\u00e9b\u00e9-Gangneux, 2016) dans leur localit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Un matin, je me suis rendu \u00e0 son domicile, <em>m\u00e8ngu\u00e8<\/em> est absent. Sa fille, assise sur la terrasse avec une amie (une voisine), m\u2019informe qu\u2019il s\u2019est rendu, comme \u00e0 son habitude, au bar-caf\u00e9 d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 et m\u2019invite \u00e0 prendre place. Une vieille femme et deux jeunes hommes sont assis pour attendre le retour de <em>m\u00e8ngu\u00e8<\/em>, qu\u2019ils sont venus consulter sur des questions administratives ; cinq autres jeunes gar\u00e7ons (voisins et fils de <em>m\u00e8ngu\u00e8<\/em>) sont assis et discutent entre eux, en attendant que les jeunes filles sortent du salon pour aller regarder un match de football sur Canal+. Sur le muret de la terrasse est assis le petit-fils de <em>m\u00e8ngu\u00e8<\/em>, avec trois autres petits gar\u00e7ons. L\u2019enfant joue avec le t\u00e9l\u00e9phone de sa grand-m\u00e8re (la premi\u00e8re \u00e9pouse de <em>m\u00e8ngu\u00e8<\/em>). Devant elle, une table est dispos\u00e9e o\u00f9 reposent des marchandises propos\u00e9es \u00e0 la vente : un sac de riz contenant des baguettes de pain, deux paniers, dont l\u2019un est rempli de haricots et l\u2019autre de rago\u00fbt, que les habitants du quartier viennent acheter pour le petit-d\u00e9jeuner. Cinq clients font la queue pour \u00eatre servis. Tout comme elle, aucun d\u2019entre eux ne porte de masque de protection, n\u2019utilise de solution hydroalcoolis\u00e9e, ne respecte la distanciation physique.<\/p>\n\n\n\n<p>Habill\u00e9s en pantacourt et tee-shirt, <em>m\u00e8ngu\u00e8<\/em> et son secr\u00e9taire viennent nous retrouver \u00e0 la terrasse. <em>M\u00e8ngu\u00e8<\/em> demande \u00e0 sa petite fille d\u2019apporter deux chaises pour eux. Ils s\u2019assoient l\u2019un aupr\u00e8s de l\u2019autre, son homonyme (petit-fils<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>), toujours proche de lui, vient s\u2019asseoir sur ses jambes. Ensuite, ils commencent \u00e0 discuter avec la vieille femme et les deux jeunes qui attendaient <em>m\u00e8ngu\u00e8<\/em>. L\u00e0 encore, personne ne porte de masque de protection ni ne respecte la distanciation physique. Pendant qu\u2019ils discutent, une jeune femme vient sans masque demander un certificat de r\u00e9sidence<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a> ; <em>m\u00e8ngu\u00e8<\/em> le signe avant de le remettre \u00e0 la jeune femme. Il commence \u00e0 pleuvoir plus tard, et <em>m\u00e8ngue<\/em> invite tous ses h\u00f4tes \u00e0 rejoindre le salon, malgr\u00e9 sa taille restreinte. Certains restent debout. D\u2019autres s\u2019assoient sur les chaises disponibles. \u00c0 ce moment, nous sommes une quinzaine de personnes, aucun d\u2019entre nous ne porte de masque et le maintien d\u2019une quelconque distanciation physique est tout simplement impossible.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Je suis inform\u00e9 sur les r\u00e9alit\u00e9s de la Covid-19 \u00e0 travers des m\u00e9dias et des gens que je ren- contre. Mais, je suis yama higi. Tout le monde vient chez moi pour r\u00e9soudre ses probl\u00e8mes, il est tr\u00e8s difficile pour moi de mettre fin \u00e0 cela. En tant que responsable local, plus on est loin des gens, plus on est d\u00e9test\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>La survenue de la Covid-19 n\u2019a rien modifi\u00e9 chez <em>m\u00e8ngu\u00e8<\/em>. Pourtant, il est inform\u00e9 sur la pand\u00e9mie. La gestion de la Covid-19 constitue pour lui une pr\u00e9occupation secondaire compar\u00e9e \u00e0 son statut local. On per\u00e7oit ici la difficult\u00e9 de faire des responsables locaux un des maillons forts et n\u00e9cessaires de la pr\u00e9vention contre les \u00e9pid\u00e9mies sans s\u2019interroger sur la nature m\u00eame de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie. Ici, pr\u00e9venir la contamination pour le <em>m\u00e8ngu\u00e8<\/em> supposerait simplement pour lui de ne plus assumer son r\u00f4le social. Si les responsables locaux ont, par endroits, fait preuve d\u2019une grande efficacit\u00e9 au cours des \u00e9pid\u00e9mies pr\u00e9c\u00e9dentes, notamment celle d\u2019\u00c9bola (Mbaye et al., 2017), la reproduction des m\u00eames m\u00e9canismes sans prendre en compte la nature de la Covid-19 nous am\u00e8ne \u00e0 nous interroger. Par ailleurs, la propagation du virus au sein de la famille de <em>m\u00e8ngu\u00e8<\/em> s\u2019explique par l\u2019impossible respect des mesures barri\u00e8res et les conditions mat\u00e9rielles d\u2019habitat, de subsistance, par les activit\u00e9s (commerciales) de sa femme, les visites\/fr\u00e9quentations et interactions intenses au sein de la maisonn\u00e9e, mais aussi par les responsabilit\u00e9s et le statut social.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but de la pand\u00e9mie de la Covid-19 en Guin\u00e9e, les autorit\u00e9s ont pris des mesures pour pr\u00e9venir l\u2019extension du virus. Mais le contexte sociopolitique dans lequel la maladie s\u2019est d\u00e9ploy\u00e9e et les conditions objectives de vie de la population de Conakry ont mis \u00e0 mal l\u2019application des mesures barri\u00e8res mises en place pour contenir la propagation du virus. Celles-ci entravent des valeurs et pratiques bien ancr\u00e9es dans la soci\u00e9t\u00e9 guin\u00e9enne, notamment les interactions ordinaires et l\u2019accomplissement des obligations sociales. Le respect des mesures restrictives implique donc pour les individus une prise de risque qu\u2019ils ne sont pas pr\u00eats \u00e0 accepter. Impossible pour eux de ne pas entretenir leurs relations sociales alors que le quotidien de la grande majorit\u00e9 des individus est marqu\u00e9 par la solidarit\u00e9 et la r\u00e9ciprocit\u00e9, sans lesquelles les personnes se retrouveraient dans une situation difficile. L\u2019entretien de ces r\u00e9seaux est donc privil\u00e9gi\u00e9 au d\u00e9triment de la pr\u00e9vention de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie, per\u00e7ue comme un objet de man\u0153uvres politiques. La transposition des recommandations internationales en mati\u00e8re de gestion \u00e9pid\u00e9mique ne peut pas faire abstraction des contextes locaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Contredisant la conception initiale de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de la Covid-19 au sein de la soci\u00e9t\u00e9 guin\u00e9enne faisant de cette maladie la pathologie des riches et des \u00e9lites, la contamination s\u2019est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e au sein de la population de Conakry, ind\u00e9pendamment du statut social et de l\u2019activit\u00e9. La g\u00e9n\u00e9ralisation de la contamination n\u2019invalide cependant pas l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019une r\u00e9flexion articulant r\u00e9seaux sociaux et Covid-19. Aujourd\u2019hui, la soci\u00e9t\u00e9 guin\u00e9enne doit faire face \u00e0 la gestion des s\u00e9quelles de la Covid-19 (Brown et al., 2022) ou Covid longue (Leperre et al., 2020). Celle-ci se traduit par des sympt\u00f4mes<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a> nouveaux, temporaires ou permanents (Thallapureddy et al., 2022), dont la gestion par les individus reposera en partie sur leurs r\u00e9seaux. Il importe ainsi dans ce contexte de comprendre quelles capacit\u00e9s cognitives et mat\u00e9rielles seront \u00e0 leur disposition pour prendre en charge des s\u00e9quelles m\u00e9connues.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Remerciements<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Je tiens \u00e0 remercier le professeur Fr\u00e9d\u00e9ric Le Marcis et le docteur Sidy Cissokho pour la lecture des pr\u00e9c\u00e9dentes versions de ce papier. Je remercie aussi les \u00e9valuateurs pour leurs contributions substantielles ainsi que les traducteurs et le comit\u00e9 de r\u00e9daction.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Bibliographie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Abdou, M. (2013). Le rite de la danse du cadavre et du transfert des g\u00e9nies d\u2019un d\u00e9funt chez les Baatomb\u00f9 du Nord-B\u00e9nin. <em>Journal des africanistes<\/em>, (83-2), pp. 142-162. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/africanistes.3429\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/africanistes.3429<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Attas, F., Curtis, M. Y., Koniono, N. L., &amp; Le Marcis, F. (2021). Covid-19 en Guin\u00e9e. Impact de l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des soins sur la perception de la prise en charge.&nbsp;<em>Note de politique ARIACOV<\/em>,&nbsp;<em>8<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Attas, F., Ke\u00efta-Diop, M., Curtis, M. Y., &amp; Le Marcis, F. (2022). Discours radiophoniques, cartographies \u00e9pid\u00e9miques et repr\u00e9sentations locales de la Covid-19 en Guin\u00e9e.&nbsp;<em>L\u2019Espace Politique. Revue en ligne de g\u00e9ographie politique et de g\u00e9opolitique<\/em>, <em>2<\/em>(44). <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/espacepolitique.10007\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/espacepolitique.10007<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Barou, J., &amp; Verhoeven, M. (1997). Alimentation et r\u00f4les familiaux : La cuisine familiale des immigr\u00e9s africains.&nbsp;<em>Ethnologie fran\u00e7aise<\/em>, <em>27<\/em>(1), 96-102. <a href=\"http:\/\/www.jstor.org\/stable\/40989832\">http:\/\/www.jstor.org\/stable\/40989832<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Barry, A. A. B. (2006). \u00c9tude situationnelle sur la famille en Guin\u00e9e.&nbsp;<em>Les sciences sociales contemporaines\/les classiques des sciences sociales. <\/em><a href=\"http:\/\/dx.doi.org\/.doi:10.1522\/030075733\">http:\/\/dx.doi.org\/.doi:10.1522\/030075733<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Bernus, E. (2005). Koban\u00e9 ou le temps arr\u00eat\u00e9.&nbsp;<em>Autrepart<\/em>, <em>2<\/em>(34), 151-172. 10.3917\/autr.034.151.<\/p>\n\n\n\n<p>Bidart, C., Degenne, A., &amp; Grossetti, M. (2011).&nbsp;<em>La vie en r\u00e9seau. Dynamique des relations sociales<\/em>. Le Lien social. 10.3917\/puf.bidar.2011.01.<\/p>\n\n\n\n<p>Brown, K., Yahyouche, A., Haroon, S., Camaradou, J., &amp; Turner, G. (2022). Long COVID and self-management.&nbsp;<em>Lancet (London, England)<\/em>,&nbsp;<em>399<\/em>(10322), 355.<\/p>\n\n\n\n<p>Brunet, F., Kertudo, P., &amp; Ramos, E. (2013). Adapter la ville aux modes de vie des familles contemporaines : enqu\u00eate sur les moments familiaux partag\u00e9s \u00e0 Paris.&nbsp;<em>Recherche sociale<\/em>, <em>1<\/em>(205), 6-101.&nbsp; <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/recsoc.205.0006\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/recsoc.205.0006<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Casciarri, B. (2020). Fin ou nouvel \u00e9lan d\u2019un processus r\u00e9volutionnaire au Soudan ?. Dans M. Selim (dirs.),<em> Anthropologie d\u2019une pand\u00e9mie,<\/em> Paris, L\u2019Harmattan, pp. 95\u2013117.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;CDC. (2020). Covid-19 and your health. <em>Centers for Disease Control and Prevention<\/em>. <a href=\"https:\/\/www.cdc.gov\/coronavirus\/2019-ncov\/long-term-effects.html\">https:\/\/www.cdc.gov\/coronavirus\/2019-ncov\/long-term-effects.html<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ciss\u00e9, I. (2020). Quand la Covid-19 donne \u00e0 la Guin\u00e9e l\u2019opportunit\u00e9 de faire un v\u00e9ritable virage num\u00e9rique.&nbsp;Dans S. K. Diakit\u00e9 (dirs.)<em>, Covid-19. T\u00e9moignages de Guin\u00e9e,<\/em> pp. 107\u2013115, Conakry, L\u2019Harmattan.<\/p>\n\n\n\n<p>Desclaux, A., &amp; Barranca, E. (2020). Des \u00abvrais\u00bb et \u00abfaux\u00bb survivants d\u2019Ebola ? Traces biologiques et conflits de preuves en Guin\u00e9e 1.&nbsp;<em>Ethnologie fran\u00e7aise<\/em>, <em>178<\/em>(2), 361-376. DOI : 10.3917\/ethn.202.0361.<\/p>\n\n\n\n<p>Dessertine, A. (2021).&nbsp;<em>A quoi tient le village. Espaces et mobilit\u00e9s en pays malink\u00e9 (Guin\u00e9e)<\/em>. Soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;ethnologie.<\/p>\n\n\n\n<p>Diakit\u00e9, A. S. (2016). Ebola in Guinea: a revealer of strengths and weaknesses. <em>Alternatives Humanitaires<\/em>, (1), pp. 56-65. <a href=\"http:\/\/alternatives-humanitaires.org\/en\/2016\/01\/13\/ebola-en-guinee-un-revelateur-des-forceset-faiblesses\">http:\/\/alternatives-humanitaires.org\/en\/2016\/01\/13\/ebola-en-guinee-un-revelateur-des-forceset-faiblesses<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Diallo, S. (2021). <em>Politiques de sant\u00e9 en Guin\u00e9e : de la colonisation au d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle<\/em>.&nbsp;L\u2019Harmattan.<\/p>\n\n\n\n<p>Diop, M. (2015). La violence ethnique de l\u2019\u00c9tat postcolonial : Le cas de la Guin\u00e9e. <em>Tumultes<\/em>, <em>1<\/em>(44), 103-115. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/tumu.044.0103\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/tumu.044.0103<\/a>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Diouf, W., Faye, S. L. B., &amp; Muyisa, B. S. (2022). Covid-19 and the crisis of humanitarian interventionism: governing public health emergencies in Africa differently.&nbsp;<em>International Review of Economic and Social Sciences<\/em>, (2), p. 23.<\/p>\n\n\n\n<p>Dubreuil, L. (2005). De la vie dans la vie: sur une \u00e9trange opposition entre z\u00f4\u00ea et bios.&nbsp;<em>Labyrinthe<\/em>, <em>3<\/em>(22), 47-52. 10.4000\/labyrinthe.1033.<\/p>\n\n\n\n<p>Dumont, G.-F. (2020). Covid-19: The end of the geography of hypermobility?. <em>Les Analyses de Population &amp; Avenir<\/em>, <em>11<\/em>(29), 1-13. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/lap.029.0001\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/lap.029.0001<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Fassin, D. (2006). La biopolitique n\u2019est pas une politique de la vie.&nbsp;<em>Sociologie et soci\u00e9t\u00e9s<\/em>,&nbsp;<em>38<\/em>(2), 35-48. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.7202\/016371ar\">https:\/\/doi.org\/10.7202\/016371ar<\/a>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Faye, O., Bo\u00eblle, P. Y., Heleze, E., Faye, O., Loucoubar, C., Magassouba, N. F., &amp; Cauchemez, S. (2015). Chains of transmission and control of Ebola virus disease in Conakry, Guinea, in 2014: an observational study.&nbsp;<em>The Lancet Infectious Diseases<\/em>,&nbsp;<em>15<\/em>(3), 320-326.<\/p>\n\n\n\n<p>Galmiche, S., Charmet, T., Schaeffer, L., Grant, R., Fontanet, A., Paireau, J., &amp; Levy-Bruhl, D. (2021).&nbsp;<em>Etude des facteurs sociod\u00e9mographiques, comportements et pratiques associ\u00e9s \u00e0 l\u2019infection par le SARS-CoV-2 (ComCor)<\/em>&nbsp;(Doctoral dissertation, Institut Pasteur; Caisse Nationale d&rsquo;Assurance Maladie; IPSOS; Institut Pierre Louis d&rsquo;Epid\u00e9miologie et de Sant\u00e9 Publique (IPLESP); Sant\u00e9 Publique France).<\/p>\n\n\n\n<p>Garnaud, S. (2021). Le baobab en Afrique, plus qu&rsquo;un symbole, une ressource : l&rsquo;arbre aux mille usages. <em>Futura Plan\u00e8te<\/em>, Dossiers, Baobab : l&rsquo;arbre pharmacien, l&rsquo;arbre de vie. <a href=\"https:\/\/www.futura-sciences.com\/planete\/dossiers\/botanique-baobab-arbre-pharmacien-arbre-vie-666\/page\/6\/\">https:\/\/www.futura-sciences.com\/planete\/dossiers\/botanique-baobab-arbre-pharmacien-arbre-vie-666\/page\/6\/<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Gasquet-Blanchard, C. (2017). The 2013-2016 Ebola epidemic in West Africa: critical analysis of a crisis primarily social.&nbsp;<em>Sante Publique<\/em>,&nbsp;<em>29<\/em>(4), 453-464. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/spub.174.0453\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/spub.174.0453<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Gomez-Temesio, V., &amp; Le Marcis, F. (2017). Encamping Guinea: Ebola and the Postcolonial Experience.&nbsp;<em>L\u2019Homme\u2014Revue fran\u00e7aise d\u2019anthropologie<\/em>, <em>2<\/em>(222) 57-90. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/lhomme.30147\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/lhomme.30147<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Goulard, S. (2019). Les d\u00e9fis que lance la crise de la COVID-19 \u00e0 New Delhi.&nbsp;<em>Outre-Terre<\/em>, <em>2<\/em>(57), 229-237. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/oute2.057.0229\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/oute2.057.0229<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Houssay-Holzschuch, M. (1998). Sociabilit\u00e9, solidarit\u00e9 : culture, identit\u00e9 et vie urbaine dans les quartiers noirs du Cap (Afrique du Sud).&nbsp;<em>Cybergeo: European Journal of Geography, <\/em>documents 95. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/cybergeo.4894\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/cybergeo.4894<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Jacquemin, M. (2000). \u00abPetites ni\u00e8ces\u00bb et petites bonnes : le travail des fillettes en milieu urbain de C\u00f4te-d&rsquo;Ivoire.&nbsp;<em>Journal des africanistes<\/em>,&nbsp;<em>70<\/em>(1), 105-122.<\/p>\n\n\n\n<p>Janin, P. (2003). Vivre ensemble ou la douleur d\u2019\u00eatre \u00aben grande famille\u00bb.&nbsp;<em>Politique africaine<\/em>, (91), pp. 33-50.<\/p>\n\n\n\n<p>Kamano, T. A. (2020). Essai sur la maladie \u00e0 coronavirus en Guin\u00e9e : constats, analyse et perspectives.&nbsp;Dans S. K. Diakit\u00e9 (dir<em>s<\/em>.),<em> Covid-19. T\u00e9moignages de Guin\u00e9e, <\/em>Conakry, pp. 91\u201397. L\u2019Harmattan.<\/p>\n\n\n\n<p>K\u00e9b\u00e9-Gangneux, J. (2016). Quand les citadins font et d\u00e9font la ville \u00e0 Conakry : le droit \u00e0 l&rsquo;espace.&nbsp;<em>Environnement Urbain\/Urban Environment<\/em>, <em>10<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Kiyindou, A. (2011). R\u00e9seaux socionum\u00e9riques et solidarit\u00e9.&nbsp;<em>Herm\u00e8s<\/em>, <em>1<\/em>(59), 117-122. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/herm.059.0117\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/herm.059.0117<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Kouadio Oura, R. (2012). Extension urbaine et protection naturelle. La difficile exp\u00e9rience d\u2019Abidjan.&nbsp;<em>VertigO<\/em>,&nbsp;<em>12<\/em>(2). <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/vertigo.12966\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/vertigo.12966<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Leach, M., MacGregor, H., Akello, G., Babawo, L., Baluku, M., Desclaux, A., &amp; Sow, K. (2022). Vaccine anxieties, vaccine preparedness: perspectives from Africa in a Covid-19 era.&nbsp;<em>Social science &amp; medicine<\/em>,&nbsp;<em>298<\/em>, 114826.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Marcis, F. (2015).\u201cTreating bodies like faggots\u201d: Social production of indifference in an Ebola context (Guinea). <em>Anthropology &amp; Health<\/em>, 11. 10.4000\/anthropologiesante.org\/1907.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le Marcis, F., &amp; Mar\u00ed-S\u00e1ez, A. (dirs.) (2021). <em>Final report: Study of the resurgence of the Ebola virus disease in the Nz\u00e9r\u00e9kor\u00e9 region: Ebola 2021: the resurgence and the communities<\/em>. Cerfig, RKI, IRD. 10.13140\/RG.2.2.14143.84641<\/p>\n\n\n\n<p>Lemey, P., Hong, S. L., Hill, V., Baele, G., Poletto, C., Colizza, V., &amp; Suchard, M. A. (2020). Accommodating individual travel history and unsampled diversity in Bayesian phylogeographic inference of SARS-CoV-2.&nbsp;<em>Nature communications<\/em>,&nbsp;<em>11<\/em>(1), 5110.<\/p>\n\n\n\n<p>Leperre, A., B\u00e9al, C., &amp; Krolak-Salmon, P. (2021). The Covid pandemic in long-term care. <em>Till death do us part<\/em>, <em>1<\/em>(144), 69\u201380. doi.org\/10.3917\/jalmalv.144.0069.<\/p>\n\n\n\n<p>Mbaye, E. M., Kone, S., K\u00e2, O., &amp; Mboup, S. (2017). Evolution of community involvement in the Ebola response.&nbsp;<em>Public Health<\/em>,&nbsp;<em>4<\/em>(29), 487-496.&nbsp; DOI: 10.3917\/spub.174.0487.<\/p>\n\n\n\n<p>Marie, A., &amp; Vuarin, R. (dirs.) (1997). <em>L&rsquo;Afrique des individus: itin\u00e9raires citadins dans l&rsquo;Afrique contemporaine (Abidjan, Bamako, Dakar, Niamey)<\/em>.&nbsp;Karthala, Collection Hommes et soci\u00e9t\u00e9s. <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/l-afrique-des-individus--9782865377589.htm\">https:\/\/www.cairn.info\/l-afrique-des-individus&#8211;9782865377589.htm<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Merckl\u00e9, P. (2016).&nbsp;<em>La sociologie des r\u00e9seaux sociaux<\/em>. La D\u00e9couverte. <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/la-sociologie-des-reseaux-sociaux--9782707188885.htm\">https:\/\/www.cairn.info\/la-sociologie-des-reseaux-sociaux&#8211;9782707188885.htm<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Misturelli, F. (2020). Des \u00e9l\u00e8ves confin\u00e9s \u00e0 Trieste en Italie.&nbsp;Dans M. Selim (dirs.), <em>&nbsp;Anthropologie d\u2019une pand\u00e9mie, L\u2019Harmattan<\/em>, pp. 245-258.<\/p>\n\n\n\n<p>MVAT\/DATU &amp; UN-HABITAT. (2020). Covid-19 : la Guin\u00e9e \u00e9branl\u00e9e, mais pas vaincue. <em>Special Issue on Covid-19 in Guinea, <\/em>No. 003, September.<\/p>\n\n\n\n<p>Offner, D., Merigo, E., Tardivo, D., Gros, C. I., Lupi, L., &amp; Musset, A. M. (2020). Oral care and the Coronavirus COVID-19 epidemic.&nbsp;<em>Sante Publique<\/em>,&nbsp;<em>32<\/em>(2), 247-251. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/spub.202.0247\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/spub.202.0247<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Sompar\u00e9, A. W. (2017). Health policy and practice in Guinea tested by the Ebola epidemic: the case of the city of Conakry. <em>Lien social et politiques<\/em>, (78), pp. 193\u2013210. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.7202\/1039345ar\">https:\/\/doi.org\/10.7202\/1039345ar<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Sompar\u00e9, A.W. (2020). <em>L\u2019\u00e9nigme d\u2019Ebola en Guin\u00e9e : une \u00e9tude socioanthropologique des r\u00e9ticenc<\/em>es. L\u2019Harmattan.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Sylla, G. (2020). What Covid-19 does to social relations: from an experiment to the revelation of the social stakes of the pandemic. Dans S. K. Diakat\u00e9 (dirs.), <em>Covid-19. T\u00e9moignages de Guin\u00e9e<\/em>. L\u2019Harmattan, pp. 33-44.<\/p>\n\n\n\n<p>Thallapureddy, K., Thallapureddy, K., Zerda, E., Suresh, N., Kamat, D., Rajasekaran, K., &amp; Moreira, A. (2022). Long-term complications of COVID-19 infection in adolescents and children.&nbsp;<em>Current Pediatrics Reports<\/em>,&nbsp;<em>10<\/em>(1), 11-17. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/s40124-021-00260-x\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/s40124-021-00260-x<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Thys, S., &amp; Boelaert, M. (2017). The origin of Ebola: Biomedical approach versus popular interpretations in Macenta, Guinea.&nbsp;<em>Sante Publique<\/em>,&nbsp;<em>29<\/em>(4), 497-507. DOI: 10.3917\/spub.174.0497.<\/p>\n\n\n\n<p>Vidal, D. (2013). \u00abPetites bonnes\u00bb d\u2019Abidjan. Sociologie des filles en service domestique. Dans, M. Jacquemin. L\u2019Harmattan, Paris (2012). 216 p. <em>Sociologie du travail<\/em>, <em>55<\/em>(4), 539-541.<\/p>\n\n\n\n<p>WHO. (2021). Chronology of WHO\u2019s response to Covid-19. <a href=\"https:\/\/www.who.int\/fr\/news\/item\/29-06-2020-covidtimeline\">https:\/\/www.who.int\/fr\/news\/item\/29-06-2020-covidtimeline<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>WHO. (2014). It all started in Guinea: the epidemic continued to simmer \u2013 undetected \u2013 for more than three months. <a href=\"https:\/\/www.who.int\/csr\/disease\/ebola\/ebola-6-months\/guinea\/fr\/\">https:\/\/www.who.int\/csr\/disease\/ebola\/ebola-6-months\/guinea\/fr\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Wisler, D., Koropogui, S. T., Sib, H. H., &amp; Coya, R. A. (2018). Four provincial towns in Guinea: from security to access to justice. <em>Salam Business Global<\/em>. <a href=\"http:\/\/www.coginta.org\">http:\/\/www.coginta.org<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> Conakry (capitale) abritant 1,6 million d\u2019habitants (RGPH-2014). \u00ab Le taux d\u2019accroissement annuel \u00e9tant de l\u2019ordre de 6,6 %, la population de Conakry avoisinerait les 2,3 millions d\u2019habitants en 2020, soit environ un sixi\u00e8me de la population guin\u00e9enne \u00bb (pr\u00e9sentation de Conakry \u2013 Guin\u00e9e politique, www.guineepolitique.org. consult\u00e9 le 10.05.2022).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> SITREP 802.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> Ce programme consiste \u00e0 analyser des politiques publiques, des pratiques des acteurs et des repr\u00e9sentations populaires relatives \u00e0 la Covid-19 pour une meilleure r\u00e9ponse guin\u00e9enne \u00e0 la pand\u00e9mie. Il a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un financement de l\u2019initiative \u00ab Covid-19 \u2013 Sant\u00e9 en commun \u00bb, port\u00e9e par l\u2019AFD. Coordonn\u00e9 par le professeur Fr\u00e9d\u00e9ric Le Marcis. Men\u00e9 en partenariat entre le CERFIG, l\u2019UGLSC, le CNFRS et l\u2019IRD. Il s\u2019inscrit dans le programme ARIACOV (www.ariacov.org).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> Ce programme consiste \u00e0 d\u00e9crire la dynamique et l\u2019expansion de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie \u00e0 SARS-CoV-2 en population \u00e0 Conakry. Il a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un financement de l\u2019ANRS COV16 COVEPIGUI. Pilot\u00e9 par le CERFIG, coordonn\u00e9 par les professeurs Jean-Fran\u00e7ois Etard et Abdoulaye Tour\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> Un terme soussou qui signifie \u00ab centre-ville \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> Le baobab est un arbre gros et de grande taille, il fournit des bois d\u2019\u0153uvre et de chauffage, de l\u2019huile, des noix, des fibres, des fruits, etc. Ses diff\u00e9rentes parties (racines, \u00e9corce et feuilles) sont exploit\u00e9es \u00e0 des fins th\u00e9rapeutiques et nutritionnelles pour les humains (Garnaud, 2021). C\u2019est un arbre qui sert \u00e9galement d\u2019abri pour certains animaux, surtout les oiseaux. La multiplicit\u00e9 des usages du baobab en fait l\u2019un des arbres les plus utiles en Afrique (Garnaud, 2021). De ce fait, on s\u2019en sert g\u00e9n\u00e9ralement en Guin\u00e9e pour magnifier la valeur des individus dans leurs r\u00e9seaux, familiaux surtout.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a> Expression soussou qui signifie \u00ab je peux \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> <em>T\u00e2fori<\/em> signifie en soussou ancien village ou ancienne ville.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\"><sup>[9]<\/sup><\/a> En Guin\u00e9e, les verbes \u00ab se m\u00e9langer \u00bb et \u00ab se frotter \u00bb sont employ\u00e9s pour d\u00e9crire des interactions fr\u00e9quentes et rapproch\u00e9es (par exemple entre deux amis ins\u00e9parables).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a> Dans la soci\u00e9t\u00e9 guin\u00e9enne les liens ou les relations entre les grands-parents et les petits-enfants sont caract\u00e9ris\u00e9s par des interactions quotidiennes qui impliquent le rapprochement, l\u2019affection, ainsi que la plaisanterie reposant sur des blagues, des taquineries et des simulacres de bagarres (Dessertine, 2021 : 74-75). Les liens entre <em>m\u00e8ngu\u00e8<\/em> et ses petits-enfants, notamment son homonyme, ne d\u00e9rogent pas \u00e0 cette r\u00e8gle.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a> Le certificat de r\u00e9sidence est d\u00e9livr\u00e9 par le chef de quartier.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\"><sup>[12]<\/sup><\/a> Les patients indiquent avoir ressenti diff\u00e9rentes combinaisons des sympt\u00f4mes suivants : \u00e9puisement, maux de t\u00eate, malaise post-exercice, difficult\u00e9 \u00e0 respirer, \u00e0 penser ou \u00e0 se concentrer, douleur \u00e0 la poitrine ou \u00e0 l\u2019estomac, palpitations cardiaques, douleurs articulaires ou musculaires, troubles du sommeil, vertiges en position debout, changements d\u2019humeur, d\u2019odeur et du go\u00fbt, etc. (CDC, 2020).<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"template":"","meta":[],"series-categories":[1344],"cat-articles":[1015],"keywords":[1698,1647,1697,1374,1699],"ppma_author":[510],"class_list":["post-26683","series-issues","type-series-issues","status-publish","hentry","series-categories-numero-2","cat-articles-analyses-critiques","keywords-acteurs-sociaux","keywords-conakry","keywords-contamination-virale","keywords-covid-19","keywords-ethnographie","author-gassim-sylla-fr"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.6 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Pr\u00e9server la vie biologique contre la soci\u00e9t\u00e9 ? : Analyse des mesures de pr\u00e9vention contre la Covid-19 \u00e0 Conakry, R\u00e9publique de Guin\u00e9e | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-2\/preserving-biological-life-against-the-society-analysis-of-prevention-measures-against-covid-19-in-conakry-republic-of-guinea\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Pr\u00e9server la vie biologique contre la soci\u00e9t\u00e9 ? : Analyse des mesures de pr\u00e9vention contre la Covid-19 \u00e0 Conakry, R\u00e9publique de Guin\u00e9e | Global Africa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Contexte Conakry[1], le 12 mars 2020, le premier cas de Covid-19 est enregistr\u00e9, il s\u2019agit d\u2019une fonctionnaire de l\u2019Union europ\u00e9enne entr\u00e9e en Guin\u00e9e apr\u00e8s des cong\u00e9s en France et en Belgique. Lorsque survient la Covid-19 en Guin\u00e9e, le pays sort du traumatisme de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de la maladie \u00e0 virus \u00c9bola. Cela co\u00efncide \u00e9galement avec une p\u00e9riode de crise sociopolitique cons\u00e9cutive \u00e0 l\u2019organisation d\u2019un r\u00e9f\u00e9rendum constitutionnel contest\u00e9 autorisant le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique d\u2019alors, Alpha Cond\u00e9, \u00e0 mener une campagne \u00e9lectorale qui le conduira \u00e0 un troisi\u00e8me mandat. La tenue des \u00e9lections a engendr\u00e9 un sentiment de politisation de la Covid-19 (Kamano, 2020). Nombre de personnes per\u00e7urent la mise en place du couvre-feu sanitaire et l\u2019interdiction de rassemblements pourtant autoris\u00e9s dans les march\u00e9s comme une conspiration du pouvoir, en arguant que ces mesures sanitaires visaient en fait \u00e0 museler les manifestations politiques. Aux premi\u00e8res heures de la pand\u00e9mie, l\u2019ensemble des personnes qui ont \u00e9t\u00e9 test\u00e9es et identifi\u00e9es comme positives \u00e0 la Covid-19 (qu\u2019elles soient symptomatiques, paucisymptomatiques ou asymptomatiques) a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en quarantaine dans des sites d\u00e9di\u00e9s et mis sous traitement. Cette situation s\u2019inspire de la riposte contre \u00c9bola, durant laquelle les centres de traitement ont \u00e9t\u00e9 mis en place d\u00e8s le d\u00e9but de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie comme une \u00e9vidence, tant pour soigner les malades que pour contenir la diffusion du virus sur le territoire (Gomez-Temesio &amp; Le Marcis, 2017). Ces centres ont \u00e9t\u00e9, \u00e7\u00e0 et l\u00e0, qualifi\u00e9s de \u00ab&nbsp;mouroirs \u00bb (Mbaye et al., 2017). La mise en quarantaine des cas positifs \u00e0 la Covid-19 a \u00e9t\u00e9 en effet per\u00e7ue comme un emprisonnement. Les personnes asymptomatiques, en particulier, ont contest\u00e9 leur infection et mis en doute la n\u00e9cessit\u00e9 de leur traitement (Attas et al., 2021). En cons\u00e9quence, la relation avec le personnel de soins a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par des situations conflictuelles qui ont pris la forme de disputes, d\u2019\u00e9vasions, de destruction des \u00e9quipements des centres et de refus des traitements. Cette relation entre patients et soignants fait \u00e9cho au rapport singulier entre la population guin\u00e9enne et l\u2019\u00c9tat (Gomez-Temesio &amp; Le Marcis, 2017), caract\u00e9ris\u00e9 par un manque de confiance (Sompar\u00e9, 2020). La gestion de la pand\u00e9mie est per\u00e7ue comme un instrument d\u2019oppression, une perception renforc\u00e9e par la crise de confiance d\u00e9j\u00e0 ancienne entre le peuple, d\u2019une part, et les autorit\u00e9s et l\u2019\u00e9lite politique d\u2019autre part (Attas et al., 2022, p. 28). Pour avoir plac\u00e9 en quarantaine les patients test\u00e9s positifs \u00e0 la Covid-19, le gouvernement a \u00e9t\u00e9 soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019avoir eu l\u2019intention d\u2019intoxiquer des personnes, en particulier dans les fiefs de l\u2019opposition. Cette perception n\u2019est pas sp\u00e9cifique \u00e0 la Guin\u00e9e, elle a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9e dans d\u2019autres pays africains. En Ouganda par exemple, Melissa Leach et al., (2022, p. 10) mentionnent que la mise en quarantaine ou l\u2019hospitalisation forc\u00e9e des malades asymptomatiques ont suscit\u00e9 des discussions concernant l\u2019intention, attribu\u00e9e au gouvernement, d\u2019empoisonner les opposants politiques. Cette situation s\u2019est traduite en Guin\u00e9e par le refus du test Covid, le non-respect des mesures sanitaires, et des manifestations, ce qui a fortement favoris\u00e9 la circulation du virus. \u00c0 la date du 19 juin 2022, le pays d\u00e9nombre 37 123 cas confirm\u00e9s, 443 d\u00e9c\u00e8s hospitaliers, 338 d\u00e9c\u00e8s communautaires positifs[2] (ANSS, 2022). La ville de Conakry concentre 80 % des cas confirm\u00e9s avec un taux de contamination en population g\u00e9n\u00e9rale de 42 % (Soumah et al., 2022). Partant de ce constat, je me demande par quels facteurs, notamment sociaux, les personnes s\u2019exposent au risque de contamination par le virus de la Covid-19. Pourquoi les mesures pr\u00e9ventives sont-elles per\u00e7ues de fa\u00e7on mitig\u00e9e par diff\u00e9rents acteurs ? En quoi le respect des mesures barri\u00e8res s\u2019apparente- t-il \u00e0 un choix tragique entre vivre biologiquement (vivre en bonne sant\u00e9) et mourir socialement ou vivre socialement au risque de mourir ? Ces questions sont trait\u00e9es \u00e0 partir de donn\u00e9es collect\u00e9es entre les mois de juin 2020 et de septembre 2021 dans le cadre des programmes de recherche : \u00ab L\u2019ombre port\u00e9e d\u2019\u00c9bola sur l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de Sars-CoV-2[3] \u00bb et \u00ab Dynamique de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie \u00e0 Sars-CoV-2 \u00e0 Conakry, Guin\u00e9e (COVEPIGUI)[4] \u00bb. J\u2019ai men\u00e9 une ethnographie \u00e9tablie sur des entretiens ouverts et des observations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es dans les m\u00e9nages des personnes identifi\u00e9es comme positives \u00e0 la Covid-19 dans le cadre de l\u2019\u00e9tude de s\u00e9ropr\u00e9valence COVEPIGUI. J\u2019ai reconstitu\u00e9 les conditions de contamination par le biais d\u2019une \u00e9tude r\u00e9trospective appuy\u00e9e par une approche descriptive. L\u2019identit\u00e9 des enqu\u00eat\u00e9s a fait l\u2019objet d\u2019une anonymisation, les informations permettant de les reconna\u00eetre ayant \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9es et les \u00e9l\u00e9ments sociologiques n\u00e9cessaires conserv\u00e9s. Les noms et les adresses mentionn\u00e9s dans le texte sont fictifs, mais vraisemblables. Je pr\u00e9sente dans un premier temps les \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9s de la difficile gestion de la Covid-19, ainsi que la vari\u00e9t\u00e9 des circonstances, des conditions de la contamination des personnes (telles qu\u2019elles se pr\u00e9sentent d\u2019un point de vue mat\u00e9riel, mais \u00e9galement telles que les personnes les pensent), sans toutefois pr\u00e9tendre expliquer de mani\u00e8re d\u00e9finitive l\u2019origine des contaminations. Cet exercice d\u00e9montre combien l\u2019exp\u00e9rience de la contamination est une r\u00e9alit\u00e9 aussi bien objective que subjective. En second lieu, je propose d\u2019analyser la notion de \u00ab r\u00e9seau social \u00bb, pourvoyeur d\u2019opportunit\u00e9s, mais aussi facteur de risque de contamination dans un contexte de crise sanitaire, en Guin\u00e9e, o\u00f9 l\u2019\u00c9tat providence et un syst\u00e8me de sant\u00e9 ad\u00e9quat font d\u00e9faut (Diakit\u00e9, 2016 ; Sompar\u00e9, 2017 ; Diallo, 2021). Enfin, dans la derni\u00e8re partie, je discute de la Covid-19 en Guin\u00e9e pour aborder la tension entre vie biologique et vie sociale. Le respect des mesures barri\u00e8res au nom de la pr\u00e9servation de la vie biologique comporte en effet un risque pour l\u2019entretien de la vie sociale, alors m\u00eame que celle-ci garantit aux individus ressources et moyens de survie ou de r\u00e9ponse aux \u00e9ventuelles difficult\u00e9s sanitaires rencontr\u00e9es par eux en l\u2019absence de r\u00e9ponse \u00e9tatique \u00e0 ces al\u00e9as. Ce faisant, je porte une attention particuli\u00e8re aux perceptions des gestes barri\u00e8res par les populations. Une maladie tr\u00e8s mobile qui d\u00e9fie les croyances populaires L\u2019\u00e9mergence de la maladie de Covid-19 a surpris le monde entier, comme si ce genre de crise \u00e9tait d\u00e9pass\u00e9 et ne concernait que les grandes crises sanitaires du Moyen\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-2\/preserving-biological-life-against-the-society-analysis-of-prevention-measures-against-covid-19-in-conakry-republic-of-guinea\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Global Africa\" \/>\n<meta property=\"article:publisher\" content=\"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2026-05-09T15:06:54+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/image-20.jpeg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"514\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"344\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"40 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/issues\\\/numero-2\\\/preserving-biological-life-against-the-society-analysis-of-prevention-measures-against-covid-19-in-conakry-republic-of-guinea\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/issues\\\/numero-2\\\/preserving-biological-life-against-the-society-analysis-of-prevention-measures-against-covid-19-in-conakry-republic-of-guinea\\\/\",\"name\":\"Pr\u00e9server la vie biologique contre la soci\u00e9t\u00e9 ? : Analyse des mesures de pr\u00e9vention contre la Covid-19 \u00e0 Conakry, R\u00e9publique de Guin\u00e9e | Global Africa\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/issues\\\/numero-2\\\/preserving-biological-life-against-the-society-analysis-of-prevention-measures-against-covid-19-in-conakry-republic-of-guinea\\\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/issues\\\/numero-2\\\/preserving-biological-life-against-the-society-analysis-of-prevention-measures-against-covid-19-in-conakry-republic-of-guinea\\\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2022\\\/12\\\/image-20.jpeg\",\"datePublished\":\"2022-12-16T12:42:15+00:00\",\"dateModified\":\"2026-05-09T15:06:54+00:00\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/issues\\\/numero-2\\\/preserving-biological-life-against-the-society-analysis-of-prevention-measures-against-covid-19-in-conakry-republic-of-guinea\\\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/issues\\\/numero-2\\\/preserving-biological-life-against-the-society-analysis-of-prevention-measures-against-covid-19-in-conakry-republic-of-guinea\\\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/issues\\\/numero-2\\\/preserving-biological-life-against-the-society-analysis-of-prevention-measures-against-covid-19-in-conakry-republic-of-guinea\\\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2022\\\/12\\\/image-20.jpeg\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2022\\\/12\\\/image-20.jpeg\"},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/issues\\\/numero-2\\\/preserving-biological-life-against-the-society-analysis-of-prevention-measures-against-covid-19-in-conakry-republic-of-guinea\\\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Home\",\"item\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/accueil\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Series issues\",\"item\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/series-issues\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":3,\"name\":\"Pr\u00e9server la vie biologique contre la soci\u00e9t\u00e9 ? : Analyse des mesures de pr\u00e9vention contre la Covid-19 \u00e0 Conakry, R\u00e9publique de Guin\u00e9e\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/#website\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/\",\"name\":\"Global Africa\",\"description\":\"Pan-African Scientific Journal\",\"publisher\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/#organization\"},\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Organization\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/#organization\",\"name\":\"Global Africa\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/\",\"logo\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/#\\\/schema\\\/logo\\\/image\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2024\\\/12\\\/Globalafrica.png\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2024\\\/12\\\/Globalafrica.png\",\"width\":1680,\"height\":750,\"caption\":\"Global Africa\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/#\\\/schema\\\/logo\\\/image\\\/\"},\"sameAs\":[\"https:\\\/\\\/www.facebook.com\\\/globalafricasciences\"]}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Pr\u00e9server la vie biologique contre la soci\u00e9t\u00e9 ? : Analyse des mesures de pr\u00e9vention contre la Covid-19 \u00e0 Conakry, R\u00e9publique de Guin\u00e9e | Global Africa","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-2\/preserving-biological-life-against-the-society-analysis-of-prevention-measures-against-covid-19-in-conakry-republic-of-guinea\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Pr\u00e9server la vie biologique contre la soci\u00e9t\u00e9 ? : Analyse des mesures de pr\u00e9vention contre la Covid-19 \u00e0 Conakry, R\u00e9publique de Guin\u00e9e | Global Africa","og_description":"Contexte Conakry[1], le 12 mars 2020, le premier cas de Covid-19 est enregistr\u00e9, il s\u2019agit d\u2019une fonctionnaire de l\u2019Union europ\u00e9enne entr\u00e9e en Guin\u00e9e apr\u00e8s des cong\u00e9s en France et en Belgique. Lorsque survient la Covid-19 en Guin\u00e9e, le pays sort du traumatisme de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de la maladie \u00e0 virus \u00c9bola. Cela co\u00efncide \u00e9galement avec une p\u00e9riode de crise sociopolitique cons\u00e9cutive \u00e0 l\u2019organisation d\u2019un r\u00e9f\u00e9rendum constitutionnel contest\u00e9 autorisant le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique d\u2019alors, Alpha Cond\u00e9, \u00e0 mener une campagne \u00e9lectorale qui le conduira \u00e0 un troisi\u00e8me mandat. La tenue des \u00e9lections a engendr\u00e9 un sentiment de politisation de la Covid-19 (Kamano, 2020). Nombre de personnes per\u00e7urent la mise en place du couvre-feu sanitaire et l\u2019interdiction de rassemblements pourtant autoris\u00e9s dans les march\u00e9s comme une conspiration du pouvoir, en arguant que ces mesures sanitaires visaient en fait \u00e0 museler les manifestations politiques. Aux premi\u00e8res heures de la pand\u00e9mie, l\u2019ensemble des personnes qui ont \u00e9t\u00e9 test\u00e9es et identifi\u00e9es comme positives \u00e0 la Covid-19 (qu\u2019elles soient symptomatiques, paucisymptomatiques ou asymptomatiques) a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en quarantaine dans des sites d\u00e9di\u00e9s et mis sous traitement. Cette situation s\u2019inspire de la riposte contre \u00c9bola, durant laquelle les centres de traitement ont \u00e9t\u00e9 mis en place d\u00e8s le d\u00e9but de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie comme une \u00e9vidence, tant pour soigner les malades que pour contenir la diffusion du virus sur le territoire (Gomez-Temesio &amp; Le Marcis, 2017). Ces centres ont \u00e9t\u00e9, \u00e7\u00e0 et l\u00e0, qualifi\u00e9s de \u00ab&nbsp;mouroirs \u00bb (Mbaye et al., 2017). La mise en quarantaine des cas positifs \u00e0 la Covid-19 a \u00e9t\u00e9 en effet per\u00e7ue comme un emprisonnement. Les personnes asymptomatiques, en particulier, ont contest\u00e9 leur infection et mis en doute la n\u00e9cessit\u00e9 de leur traitement (Attas et al., 2021). En cons\u00e9quence, la relation avec le personnel de soins a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par des situations conflictuelles qui ont pris la forme de disputes, d\u2019\u00e9vasions, de destruction des \u00e9quipements des centres et de refus des traitements. Cette relation entre patients et soignants fait \u00e9cho au rapport singulier entre la population guin\u00e9enne et l\u2019\u00c9tat (Gomez-Temesio &amp; Le Marcis, 2017), caract\u00e9ris\u00e9 par un manque de confiance (Sompar\u00e9, 2020). La gestion de la pand\u00e9mie est per\u00e7ue comme un instrument d\u2019oppression, une perception renforc\u00e9e par la crise de confiance d\u00e9j\u00e0 ancienne entre le peuple, d\u2019une part, et les autorit\u00e9s et l\u2019\u00e9lite politique d\u2019autre part (Attas et al., 2022, p. 28). Pour avoir plac\u00e9 en quarantaine les patients test\u00e9s positifs \u00e0 la Covid-19, le gouvernement a \u00e9t\u00e9 soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019avoir eu l\u2019intention d\u2019intoxiquer des personnes, en particulier dans les fiefs de l\u2019opposition. Cette perception n\u2019est pas sp\u00e9cifique \u00e0 la Guin\u00e9e, elle a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9e dans d\u2019autres pays africains. En Ouganda par exemple, Melissa Leach et al., (2022, p. 10) mentionnent que la mise en quarantaine ou l\u2019hospitalisation forc\u00e9e des malades asymptomatiques ont suscit\u00e9 des discussions concernant l\u2019intention, attribu\u00e9e au gouvernement, d\u2019empoisonner les opposants politiques. Cette situation s\u2019est traduite en Guin\u00e9e par le refus du test Covid, le non-respect des mesures sanitaires, et des manifestations, ce qui a fortement favoris\u00e9 la circulation du virus. \u00c0 la date du 19 juin 2022, le pays d\u00e9nombre 37 123 cas confirm\u00e9s, 443 d\u00e9c\u00e8s hospitaliers, 338 d\u00e9c\u00e8s communautaires positifs[2] (ANSS, 2022). La ville de Conakry concentre 80 % des cas confirm\u00e9s avec un taux de contamination en population g\u00e9n\u00e9rale de 42 % (Soumah et al., 2022). Partant de ce constat, je me demande par quels facteurs, notamment sociaux, les personnes s\u2019exposent au risque de contamination par le virus de la Covid-19. Pourquoi les mesures pr\u00e9ventives sont-elles per\u00e7ues de fa\u00e7on mitig\u00e9e par diff\u00e9rents acteurs ? En quoi le respect des mesures barri\u00e8res s\u2019apparente- t-il \u00e0 un choix tragique entre vivre biologiquement (vivre en bonne sant\u00e9) et mourir socialement ou vivre socialement au risque de mourir ? Ces questions sont trait\u00e9es \u00e0 partir de donn\u00e9es collect\u00e9es entre les mois de juin 2020 et de septembre 2021 dans le cadre des programmes de recherche : \u00ab L\u2019ombre port\u00e9e d\u2019\u00c9bola sur l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de Sars-CoV-2[3] \u00bb et \u00ab Dynamique de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie \u00e0 Sars-CoV-2 \u00e0 Conakry, Guin\u00e9e (COVEPIGUI)[4] \u00bb. J\u2019ai men\u00e9 une ethnographie \u00e9tablie sur des entretiens ouverts et des observations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es dans les m\u00e9nages des personnes identifi\u00e9es comme positives \u00e0 la Covid-19 dans le cadre de l\u2019\u00e9tude de s\u00e9ropr\u00e9valence COVEPIGUI. J\u2019ai reconstitu\u00e9 les conditions de contamination par le biais d\u2019une \u00e9tude r\u00e9trospective appuy\u00e9e par une approche descriptive. L\u2019identit\u00e9 des enqu\u00eat\u00e9s a fait l\u2019objet d\u2019une anonymisation, les informations permettant de les reconna\u00eetre ayant \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9es et les \u00e9l\u00e9ments sociologiques n\u00e9cessaires conserv\u00e9s. Les noms et les adresses mentionn\u00e9s dans le texte sont fictifs, mais vraisemblables. Je pr\u00e9sente dans un premier temps les \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9s de la difficile gestion de la Covid-19, ainsi que la vari\u00e9t\u00e9 des circonstances, des conditions de la contamination des personnes (telles qu\u2019elles se pr\u00e9sentent d\u2019un point de vue mat\u00e9riel, mais \u00e9galement telles que les personnes les pensent), sans toutefois pr\u00e9tendre expliquer de mani\u00e8re d\u00e9finitive l\u2019origine des contaminations. Cet exercice d\u00e9montre combien l\u2019exp\u00e9rience de la contamination est une r\u00e9alit\u00e9 aussi bien objective que subjective. En second lieu, je propose d\u2019analyser la notion de \u00ab r\u00e9seau social \u00bb, pourvoyeur d\u2019opportunit\u00e9s, mais aussi facteur de risque de contamination dans un contexte de crise sanitaire, en Guin\u00e9e, o\u00f9 l\u2019\u00c9tat providence et un syst\u00e8me de sant\u00e9 ad\u00e9quat font d\u00e9faut (Diakit\u00e9, 2016 ; Sompar\u00e9, 2017 ; Diallo, 2021). Enfin, dans la derni\u00e8re partie, je discute de la Covid-19 en Guin\u00e9e pour aborder la tension entre vie biologique et vie sociale. Le respect des mesures barri\u00e8res au nom de la pr\u00e9servation de la vie biologique comporte en effet un risque pour l\u2019entretien de la vie sociale, alors m\u00eame que celle-ci garantit aux individus ressources et moyens de survie ou de r\u00e9ponse aux \u00e9ventuelles difficult\u00e9s sanitaires rencontr\u00e9es par eux en l\u2019absence de r\u00e9ponse \u00e9tatique \u00e0 ces al\u00e9as. Ce faisant, je porte une attention particuli\u00e8re aux perceptions des gestes barri\u00e8res par les populations. Une maladie tr\u00e8s mobile qui d\u00e9fie les croyances populaires L\u2019\u00e9mergence de la maladie de Covid-19 a surpris le monde entier, comme si ce genre de crise \u00e9tait d\u00e9pass\u00e9 et ne concernait que les grandes crises sanitaires du Moyen","og_url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-2\/preserving-biological-life-against-the-society-analysis-of-prevention-measures-against-covid-19-in-conakry-republic-of-guinea\/","og_site_name":"Global Africa","article_publisher":"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences","article_modified_time":"2026-05-09T15:06:54+00:00","og_image":[{"width":514,"height":344,"url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/image-20.jpeg","type":"image\/jpeg"}],"twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"40 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-2\/preserving-biological-life-against-the-society-analysis-of-prevention-measures-against-covid-19-in-conakry-republic-of-guinea\/","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-2\/preserving-biological-life-against-the-society-analysis-of-prevention-measures-against-covid-19-in-conakry-republic-of-guinea\/","name":"Pr\u00e9server la vie biologique contre la soci\u00e9t\u00e9 ? : Analyse des mesures de pr\u00e9vention contre la Covid-19 \u00e0 Conakry, R\u00e9publique de Guin\u00e9e | Global Africa","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-2\/preserving-biological-life-against-the-society-analysis-of-prevention-measures-against-covid-19-in-conakry-republic-of-guinea\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-2\/preserving-biological-life-against-the-society-analysis-of-prevention-measures-against-covid-19-in-conakry-republic-of-guinea\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/image-20.jpeg","datePublished":"2022-12-16T12:42:15+00:00","dateModified":"2026-05-09T15:06:54+00:00","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-2\/preserving-biological-life-against-the-society-analysis-of-prevention-measures-against-covid-19-in-conakry-republic-of-guinea\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-2\/preserving-biological-life-against-the-society-analysis-of-prevention-measures-against-covid-19-in-conakry-republic-of-guinea\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-2\/preserving-biological-life-against-the-society-analysis-of-prevention-measures-against-covid-19-in-conakry-republic-of-guinea\/#primaryimage","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/image-20.jpeg","contentUrl":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/image-20.jpeg"},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-2\/preserving-biological-life-against-the-society-analysis-of-prevention-measures-against-covid-19-in-conakry-republic-of-guinea\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Home","item":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/accueil\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Series issues","item":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/"},{"@type":"ListItem","position":3,"name":"Pr\u00e9server la vie biologique contre la soci\u00e9t\u00e9 ? : Analyse des mesures de pr\u00e9vention contre la Covid-19 \u00e0 Conakry, R\u00e9publique de Guin\u00e9e"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#website","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/","name":"Global Africa","description":"Pan-African Scientific Journal","publisher":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#organization"},"potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Organization","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#organization","name":"Global Africa","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/","logo":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#\/schema\/logo\/image\/","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Globalafrica.png","contentUrl":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Globalafrica.png","width":1680,"height":750,"caption":"Global Africa"},"image":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#\/schema\/logo\/image\/"},"sameAs":["https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences"]}]}},"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series-issues\/26683","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series-issues"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/series-issues"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=26683"}],"wp:term":[{"taxonomy":"series-categories","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series-categories?post=26683"},{"taxonomy":"cat-articles","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/cat-articles?post=26683"},{"taxonomy":"keywords","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/keywords?post=26683"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=26683"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}