{"id":26680,"date":"2022-12-16T13:46:55","date_gmt":"2022-12-16T13:46:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/the-pandemic-a-moment-of-truth-for-the-world\/"},"modified":"2026-05-09T14:59:40","modified_gmt":"2026-05-09T14:59:40","slug":"the-pandemic-a-moment-of-truth-for-the-world","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-2\/the-pandemic-a-moment-of-truth-for-the-world\/","title":{"rendered":"La pand\u00e9mie : un moment de v\u00e9rit\u00e9 pour le monde"},"content":{"rendered":"\n<p>La pand\u00e9mie de Covid-19 n\u2019a pas seulement \u00e9t\u00e9 un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9pid\u00e9miologique d\u2019ampleur consid\u00e9rable \u00e0 travers la plan\u00e8te. Elle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 uniquement un fait social global marqu\u00e9 par des suspensions temporaires d\u2019activit\u00e9s humaines et de libert\u00e9s fondamentales. Elle a aussi \u00e9t\u00e9 un moment de v\u00e9rit\u00e9 pour le monde (Fassin, 2021). Ce moment de v\u00e9rit\u00e9 s\u2019est manifest\u00e9 d\u2019au moins deux fa\u00e7ons, qui prennent un sens particulier pour le continent africain.<\/p>\n\n\n\n<p>Premi\u00e8rement, il y a eu la focalisation de toute l\u2019attention m\u00e9diatique et m\u00eame, plus largement, de toute l\u2019attention mentale du public sur un seul ph\u00e9nom\u00e8ne : l\u2019expansion de la maladie, avec la comptabilit\u00e9 de ses nouveaux cas, de ses patients hospitalis\u00e9s en soins intensifs, et de ses d\u00e9c\u00e8s, ou du moins d\u2019une partie d\u2019entre eux, puisque que les personnes \u00e2g\u00e9es en institution ont initialement \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9es et leurs morts occult\u00e9es. La soci\u00e9t\u00e9 vivait au rythme des chiffres, des graphiques, des projections, qui ne servaient pas seulement \u00e0 d\u00e9crire l\u2019\u00e9volution du fl\u00e9au, mais aussi \u00e0 prescrire les r\u00e9ponses, comme si la science pouvait d\u00e9terminer la politique, alors m\u00eame que les pr\u00e9dictions statistiques variaient manifestement d\u2019un institut de recherche \u00e0 un autre : en fait, c\u2019\u00e9tait souvent la politique qui choisissait la science qui lui convenait. Le public s\u2019\u00e9tonnait du ton martial de certains chefs d\u2019\u00c9tat, s\u2019inqui\u00e9tait des annonces gouvernementales, s\u2019indignait des restrictions \u00e0 son droit de circuler, s\u2019enthousiasmait du d\u00e9vouement des professionnels de sant\u00e9. Les m\u00e9dias multipliaient les reportages dans les services de r\u00e9animation des h\u00f4pitaux, les journalistes racontaient des drames familiaux les larmes aux yeux, les gens confiaient \u00e0 la radio, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision ou sur les r\u00e9seaux sociaux leur exp\u00e9rience du confinement. Il n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re question que de soi, un soi national ou un soi individuel. La pand\u00e9mie avait absorb\u00e9 presque enti\u00e8rement l\u2019\u00e9conomie de l\u2019attention.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019\u00e9tait toutefois pas uniforme. Il \u00e9tait \u00e0 la fois exclusif et s\u00e9lectif. Il \u00e9tait exclusif, au sens o\u00f9 il rel\u00e9guait au second plan tous les autres probl\u00e8mes du monde. Des bombardements massifs par les avions russes des villes oppos\u00e9es au r\u00e9gime de Bachar el-Assad, des cons\u00e9quences tragiques de la guerre men\u00e9e par l\u2019Arabie saoudite au Y\u00e9men, de la progression des talibans en Afghanistan \u00e0 mesure du retrait des troupes \u00e9tats-uniennes, de la d\u00e9tresse des Rohingyas au Bangladesh, de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 chronique en Ha\u00efti, de la famine au Sud-Soudan, des exil\u00e9s africains se noyant dans la M\u00e9diterran\u00e9e, il n\u2019\u00e9tait plus question. Du continent africain, on ne voulait plus rien savoir du paludisme ou de la tuberculose. Mais l\u2019attraction exerc\u00e9e par la pand\u00e9mie \u00e9tait aussi s\u00e9lective, au sens o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat des m\u00e9dias et la fascination du public concernaient avant tout les pays occidentaux, ainsi que quelques grandes nations au premier rang desquelles la Chine avec sa politique draconienne de confinement radical de r\u00e9gions enti\u00e8res. On n\u2019entendait gu\u00e8re parler de l\u2019Afrique dans les organes de presse internationaux, sauf pour, dans un premier temps, pr\u00e9dire une catastrophe au regard de l\u2019imp\u00e9ritie des autorit\u00e9s et de l\u2019indiscipline de la population, puis, dans un second temps, chercher les explications de la non-survenue du d\u00e9sastre annonc\u00e9. Entre ignorance et m\u00e9connaissance, le fl\u00e9au, dont on ne savait gu\u00e8re s\u2019il avait \u00e9pargn\u00e9 le continent ou si sa gravit\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 sous-estim\u00e9e, s\u2019inscrivait dans la longue histoire des repr\u00e9sentations de la sant\u00e9 publique en Afrique.<\/p>\n\n\n\n<p>Deuxi\u00e8mement, il y a eu la justification de la r\u00e9ponse \u00e0 la pand\u00e9mie qui n\u2019a probablement pas de pr\u00e9c\u00e9dent \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la plan\u00e8te : interrompre les activit\u00e9s \u00e9conomiques, interdire les rassemblements et les d\u00e9placements, et priver les citoyens de leurs droits \u00e9l\u00e9mentaires, y compris celui de visiter leurs malades et d\u2019honorer leurs morts, tout ce bouleversement de la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019avait qu\u2019une raison d\u2019\u00eatre : prot\u00e9ger les populations et sauver des vies. Si c\u2019est bien s\u00fbr la mission qu\u2019on attend de la sant\u00e9 publique, c\u2019\u00e9tait probablement la premi\u00e8re fois qu\u2019elle se trouvait pr\u00e9valoir sur toutes les autres r\u00e9alit\u00e9s. Dans un monde o\u00f9 le capitalisme et le n\u00e9olib\u00e9ralisme \u00e9taient triomphants, on arr\u00eatait pourtant la machine productive et on valorisait m\u00eame les biens publics. Du moins le faisait-on gr\u00e2ce \u00e0 de massifs apports financiers pour soutenir les entreprises en difficult\u00e9 et limiter les cons\u00e9quences sur l\u2019emploi dans les pays disposant des moyens de le faire, m\u00eame dans ceux qui, tels les \u00c9tats-Unis, avaient jusqu\u2019alors d\u00e9fendu les lois du march\u00e9 et d\u00e9nonc\u00e9 les interventions de l\u2019\u00c9tat. La vie \u00e9tait devenue une valeur supr\u00eame, celle pour laquelle on \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 sacrifier aussi bien les principes de la libert\u00e9 \u00e9conomique que ceux du lib\u00e9ralisme politique. La pand\u00e9mie marquait l\u2019av\u00e8nement de la biol\u00e9gitimit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire de la reconnaissance de la vie comme bien le plus pr\u00e9cieux. On mesure la r\u00e9volution morale qui \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u0153uvre quand on pense \u00e0 la mani\u00e8re dont, il n\u2019y a pas si longtemps, dans les deux guerres mondiales, on envoyait des millions de soldats au combat et on n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 exposer au danger les civils de son propre pays. Encore s\u2019agissait-il d\u00e9sormais de prot\u00e9ger les siens en fermant les yeux sur les morts provoqu\u00e9es chez l\u2019ennemi en Afghanistan comme en Irak. Cependant, m\u00eame face \u00e0 la pand\u00e9mie, l\u2019av\u00e8nement de la biol\u00e9gitimit\u00e9 avait ses limites.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9volution morale qui faisait de la vie un bien supr\u00eame justifiant les mesures les plus radicales avait en effet deux s\u00e9rieux revers. Premier revers : elle \u00e9tait marqu\u00e9e par de profondes disparit\u00e9s. S\u2019il est un fait que la pand\u00e9mie a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 pour une grande partie de la population, ce sont les in\u00e9galit\u00e9s devant la maladie, la m\u00e9decine et la mort. Certes, elles lui pr\u00e9existaient : en France, les 5 % les plus modestes vivaient en moyenne 13 ans de moins que les 5 % les plus riches, et aux \u00c9tats-Unis, entre les hommes noirs ayant interrompu leur scolarit\u00e9 et les hommes blancs ayant un dipl\u00f4me universitaire, l\u2019\u00e9cart d\u2019esp\u00e9rance de vie \u00e0 la naissance \u00e9tait de 15 ans. Personne ne semblait pourtant s\u2019int\u00e9resser \u00e0 ce qui aurait d\u00fb conduire \u00e0 des r\u00e9ponses politiques majeures. Mais en raison de l\u2019attention dont a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 la pand\u00e9mie, l\u2019\u00e9vidence des in\u00e9galit\u00e9s est devenue \u00e9clatante. En France, la mortalit\u00e9 dans les villes pauvres \u00e9tait jusqu\u2019\u00e0 trois fois sup\u00e9rieure \u00e0 la moyenne nationale, et aux \u00c9tats-Unis, le taux de d\u00e9c\u00e8s des personnes noires ou am\u00e9rindiennes \u00e9tait le triple de celui des personnes blanches. Autrement dit, ces in\u00e9galit\u00e9s ont une double composante : socio-\u00e9conomique et ethnoraciale. Comme une s\u00e9rie d\u2019enqu\u00eates le montraient, ces disparit\u00e9s s\u2019exprimaient dans la pr\u00e9valence des facteurs de risque, dans le recours \u00e0 la m\u00e9decine, dans la qualit\u00e9 des soins, et <em>in fine<\/em>, dans la probabilit\u00e9 de mourir. Second revers : la solidarit\u00e9 internationale a tr\u00e8s souvent \u00e9t\u00e9 prise en d\u00e9faut. Les fronti\u00e8res se sont ferm\u00e9es, les aides se sont rar\u00e9fi\u00e9es, les rivalit\u00e9s se sont intensifi\u00e9es. Le gouvernement \u00e9tats-unien a annonc\u00e9 qu\u2019il se donnerait \u00e0 lui-m\u00eame la priorit\u00e9 dans la distribution des vaccins puisque sa contribution \u00e0 la recherche avait \u00e9t\u00e9 la plus importante. Les \u00c9tats de ce pays se sont livr\u00e9 une concurrence farouche dans l\u2019acc\u00e8s aux ventilateurs pour leurs services de r\u00e9animation. On pourrait multiplier les exemples de ce d\u00e9faut de solidarit\u00e9. L\u2019Union europ\u00e9enne a cependant fait exception dans la mesure o\u00f9 des transferts de malades en situation critique ont pu se faire entre les pays et les commandes de vaccins ont \u00e9t\u00e9 group\u00e9es avec une redistribution en fonction de la d\u00e9mographie de chacun. Mais c\u2019est l\u2019Afrique qui a \u00e9t\u00e9 la principale victime de ces \u00e9go\u00efsmes nationaux. En septembre 2001, un an et demi apr\u00e8s le d\u00e9but de la pand\u00e9mie et neuf mois apr\u00e8s le d\u00e9but des immunisations, le continent n\u2019avait re\u00e7u que 2 % des 6 milliards de doses distribu\u00e9es dans le monde, alors qu\u2019il compte 18 % de la population mondiale.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux faits majeurs, donc : la concentration de l\u2019attention autour de la pand\u00e9mie, mais sur un mode exclusif et s\u00e9lectif ; la reconnaissance de la valeur sup\u00e9rieure de la vie humaine, mais avec de profondes in\u00e9galit\u00e9s et de graves d\u00e9ficits de solidarit\u00e9. Ces deux faits ont particuli\u00e8rement touch\u00e9 l\u2019Afrique. Pourtant, le continent a sembl\u00e9 moins affect\u00e9 qu\u2019on aurait pu l\u2019imaginer. Il existe certes une sous-d\u00e9claration des d\u00e9c\u00e8s et plus encore des infections, laquelle varie cependant beaucoup selon les pays. Un mod\u00e8le math\u00e9matique r\u00e9alis\u00e9 par une \u00e9quipe du bureau africain de l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9 \u00e9tablit qu\u2019en 2020 et 2021, le nombre de cas dans 47 pays du continent aurait \u00e9t\u00e9 de 505 millions, dont seulement 1,4 % avait effectivement \u00e9t\u00e9 notifi\u00e9, avec un nombre de d\u00e9c\u00e8s s\u2019\u00e9levant \u00e0 440 000, dont 35,3 % notifi\u00e9s (Cabore et al., 2002). Le taux de l\u00e9talit\u00e9 serait, selon cette \u00e9tude, de 0,87 \u2030. Par comparaison, selon les donn\u00e9es de l\u2019universit\u00e9 Johns Hopkins, ce taux est de 11 \u2030 aux \u00c9tats-Unis, soit pr\u00e8s de 13 fois plus. On a parfois critiqu\u00e9 ces chiffres en les consid\u00e9rant eux aussi sous-estim\u00e9s. En utilisant une m\u00e9thode plus directe, qui consiste \u00e0 calculer l\u2019exc\u00e8s de mortalit\u00e9 par rapport \u00e0 la mortalit\u00e9 attendue au regard des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, exc\u00e8s qu\u2019on attribue \u00e0 la pand\u00e9mie, une autre \u00e9quipe met en \u00e9vidence sur 117 pays une surmortalit\u00e9 de 101 pour 100 000 en Afrique subsaharienne, soit significativement moins que les 140 de l\u2019Europe de l\u2019Ouest, les 167 de l\u2019Am\u00e9rique du Nord et les 345 de l\u2019Europe de l\u2019Est, pour se limiter \u00e0 ces trois r\u00e9gions du monde tr\u00e8s contrast\u00e9es (Covid-19 Excess Mortality Collaborators, 2022). Mais, fait remarquable, il existe une tr\u00e8s grande disparit\u00e9 au niveau du continent, avec des extr\u00eames de 53 pour 100 000 en Afrique de l\u2019Ouest contre 308 en Afrique australe, soit pr\u00e8s de 6 fois plus. En somme, le continent, dans son ensemble, semble bien \u00eatre moins affect\u00e9 que tous les autres, \u00e0 l\u2019exception de l\u2019Oc\u00e9anie, mais on ne peut g\u00e9n\u00e9raliser le constat \u00e0 tous les pays, et il faut certainement se montrer beaucoup plus sp\u00e9cifique dans les commentaires qu\u2019on peut faire sur la situation \u00e9pid\u00e9miologique, pays par pays, ou tout au moins sous-r\u00e9gion par sous-r\u00e9gion. Pour rendre compte du choc \u00e9pid\u00e9miologique relativement moindre en Afrique \u2013 \u00e0 l\u2019exception, il faut y insister, de sa partie australe \u2013 et ce, alors m\u00eame que les mesures de pr\u00e9vention paraissaient plus difficiles \u00e0 mettre en \u0153uvre, que le syst\u00e8me de sant\u00e9 \u00e9tait moins adapt\u00e9 aux n\u00e9cessit\u00e9s de la r\u00e9animation et que les vaccins n\u2019\u00e9taient pratiquement pas disponibles, on a beaucoup, et certainement \u00e0 juste titre, insist\u00e9 sur la jeunesse de la population du continent : la l\u00e9talit\u00e9 de l\u2019infection est en effet chez les 18-29 ans 60 fois plus faible que chez les 65-74 ans et 140 fois plus faible que chez les 75-84 ans.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres \u00e9l\u00e9ments ont pu jouer, mais il faut bien reconna\u00eetre que subsiste une part significative d\u2019incertitude. Mais, \u00e0 l\u2019inverse, on ne peut sous-estimer les cons\u00e9quences n\u00e9gatives de l\u2019application de mesures contraignantes trop vite adopt\u00e9es par reproduction des recettes utilis\u00e9es dans les nations industrialis\u00e9es. Cependant, alors que dans ces derniers, les cons\u00e9quences du confinement et de l\u2019inactivit\u00e9 pouvaient \u00eatre partiellement compens\u00e9es par des interventions financi\u00e8res de l\u2019\u00c9tat au prix d\u2019une aggravation de la dette publique, une telle r\u00e9ponse \u00e9tait impossible dans des pays d\u00e9j\u00e0 lourdement endett\u00e9s pour lesquels les organismes internationaux et les pays riches se montraient peu enclins \u00e0 des all\u00e9gements de dettes. Pour les populations, la pand\u00e9mie est alors devenue une double peine : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, le risque de la maladie sans les ressources sanitaires n\u00e9cessaires, et de l\u2019autre, la perte de revenus par impossibilit\u00e9 d\u2019exercice des petits m\u00e9tiers. Dans certains cas, les protestations sont venues r\u00e9v\u00e9ler les formes de survie auxquels beaucoup se trouvaient r\u00e9duits.<\/p>\n\n\n\n<p>Rendre compte de ce qui s\u2019est jou\u00e9 et se joue encore en Afrique autour de la pand\u00e9mie de Covid-19, c\u2019est ce \u00e0 quoi se sont attel\u00e9s les autrices et les auteurs de ce num\u00e9ro de <em>Global Africa<\/em> \u00e0 travers des articles scientifiques, des entretiens avec des personnalit\u00e9s \u00e9minentes, et m\u00eame des performances artistiques. S\u2019il n\u2019\u00e9tait nullement question pour eux d\u2019\u00eatre exhaustifs, leurs contributions \u00e0 ce dossier, qui nous transportent de C\u00f4te d\u2019ivoire au Burkina Faso, de la r\u00e9publique de Guin\u00e9e \u00e0 la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, et du S\u00e9n\u00e9gal en Tunisie, nous \u00e9clairent sur le r\u00f4le du climat dans la pand\u00e9mie et le regard des commer\u00e7ants sur les march\u00e9s, les al\u00e9as de la pr\u00e9vention et les \u00e9checs de la gouvernance, les it\u00e9rations historiques de l\u2019hygi\u00e9nisme et le futur inqui\u00e9tant de l\u2019anthropoc\u00e8ne. L\u2019introduction fournit un cadre th\u00e9orique remarquable \u00e0 l\u2019ensemble. Un puzzle se dessine ainsi, qui rendra ce dossier incontournable pour qui s\u2019attache \u00e0 comprendre les multiples dimensions de la pand\u00e9mie de Covid-19 sur le sol africain.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Bibliographie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cabore, J. W., Karamagi, H. C., Kipruto, H. K., Mungatu, J. K., Asamani, J. A., Droti, B., &amp; Moeti, M. R. (2022). COVID-19 in the 47 countries of the WHO African region: a modelling analysis of past trends and future patterns.&nbsp;<em>The Lancet Global Health<\/em>,&nbsp;<em>10<\/em>(8), 109-114. 10.1016\/S2214-109X(22)00233-9.<\/p>\n\n\n\n<p>Covid-19 Excess Mortality Collaborators. (2022). Estimating excess mortality due to the Covid-19 pandemic: a systematic analysis of Covid-19-related mortality, 2020-21. <em>The Lancet<\/em>, (399), pp. 1513-1536. https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(21)02796-3.<\/p>\n\n\n\n<p>Fassin, D. (2021).&nbsp;<em>Les Mondes de la sant\u00e9 publique. Excursions anthropologiques. Cours au coll\u00e8ge de France 2020-2021<\/em>. Seuil.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"template":"","meta":[],"series-categories":[1344],"cat-articles":[1644],"keywords":[1696,1695],"ppma_author":[509],"class_list":["post-26680","series-issues","type-series-issues","status-publish","hentry","series-categories-numero-2","cat-articles-postface","keywords-moment-de-verite","keywords-pandemie","author-didier-fassin-fr"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.6 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>La pand\u00e9mie : un moment de v\u00e9rit\u00e9 pour le monde | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-2\/the-pandemic-a-moment-of-truth-for-the-world\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"La pand\u00e9mie : un moment de v\u00e9rit\u00e9 pour le monde | Global Africa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"La pand\u00e9mie de Covid-19 n\u2019a pas seulement \u00e9t\u00e9 un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9pid\u00e9miologique d\u2019ampleur consid\u00e9rable \u00e0 travers la plan\u00e8te. 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La soci\u00e9t\u00e9 vivait au rythme des chiffres, des graphiques, des projections, qui ne servaient pas seulement \u00e0 d\u00e9crire l\u2019\u00e9volution du fl\u00e9au, mais aussi \u00e0 prescrire les r\u00e9ponses, comme si la science pouvait d\u00e9terminer la politique, alors m\u00eame que les pr\u00e9dictions statistiques variaient manifestement d\u2019un institut de recherche \u00e0 un autre : en fait, c\u2019\u00e9tait souvent la politique qui choisissait la science qui lui convenait. Le public s\u2019\u00e9tonnait du ton martial de certains chefs d\u2019\u00c9tat, s\u2019inqui\u00e9tait des annonces gouvernementales, s\u2019indignait des restrictions \u00e0 son droit de circuler, s\u2019enthousiasmait du d\u00e9vouement des professionnels de sant\u00e9. Les m\u00e9dias multipliaient les reportages dans les services de r\u00e9animation des h\u00f4pitaux, les journalistes racontaient des drames familiaux les larmes aux yeux, les gens confiaient \u00e0 la radio, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision ou sur les r\u00e9seaux sociaux leur exp\u00e9rience du confinement. Il n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re question que de soi, un soi national ou un soi individuel. La pand\u00e9mie avait absorb\u00e9 presque enti\u00e8rement l\u2019\u00e9conomie de l\u2019attention. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019\u00e9tait toutefois pas uniforme. Il \u00e9tait \u00e0 la fois exclusif et s\u00e9lectif. Il \u00e9tait exclusif, au sens o\u00f9 il rel\u00e9guait au second plan tous les autres probl\u00e8mes du monde. Des bombardements massifs par les avions russes des villes oppos\u00e9es au r\u00e9gime de Bachar el-Assad, des cons\u00e9quences tragiques de la guerre men\u00e9e par l\u2019Arabie saoudite au Y\u00e9men, de la progression des talibans en Afghanistan \u00e0 mesure du retrait des troupes \u00e9tats-uniennes, de la d\u00e9tresse des Rohingyas au Bangladesh, de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 chronique en Ha\u00efti, de la famine au Sud-Soudan, des exil\u00e9s africains se noyant dans la M\u00e9diterran\u00e9e, il n\u2019\u00e9tait plus question. Du continent africain, on ne voulait plus rien savoir du paludisme ou de la tuberculose. Mais l\u2019attraction exerc\u00e9e par la pand\u00e9mie \u00e9tait aussi s\u00e9lective, au sens o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat des m\u00e9dias et la fascination du public concernaient avant tout les pays occidentaux, ainsi que quelques grandes nations au premier rang desquelles la Chine avec sa politique draconienne de confinement radical de r\u00e9gions enti\u00e8res. On n\u2019entendait gu\u00e8re parler de l\u2019Afrique dans les organes de presse internationaux, sauf pour, dans un premier temps, pr\u00e9dire une catastrophe au regard de l\u2019imp\u00e9ritie des autorit\u00e9s et de l\u2019indiscipline de la population, puis, dans un second temps, chercher les explications de la non-survenue du d\u00e9sastre annonc\u00e9. Entre ignorance et m\u00e9connaissance, le fl\u00e9au, dont on ne savait gu\u00e8re s\u2019il avait \u00e9pargn\u00e9 le continent ou si sa gravit\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 sous-estim\u00e9e, s\u2019inscrivait dans la longue histoire des repr\u00e9sentations de la sant\u00e9 publique en Afrique. Deuxi\u00e8mement, il y a eu la justification de la r\u00e9ponse \u00e0 la pand\u00e9mie qui n\u2019a probablement pas de pr\u00e9c\u00e9dent \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la plan\u00e8te : interrompre les activit\u00e9s \u00e9conomiques, interdire les rassemblements et les d\u00e9placements, et priver les citoyens de leurs droits \u00e9l\u00e9mentaires, y compris celui de visiter leurs malades et d\u2019honorer leurs morts, tout ce bouleversement de la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019avait qu\u2019une raison d\u2019\u00eatre : prot\u00e9ger les populations et sauver des vies. Si c\u2019est bien s\u00fbr la mission qu\u2019on attend de la sant\u00e9 publique, c\u2019\u00e9tait probablement la premi\u00e8re fois qu\u2019elle se trouvait pr\u00e9valoir sur toutes les autres r\u00e9alit\u00e9s. Dans un monde o\u00f9 le capitalisme et le n\u00e9olib\u00e9ralisme \u00e9taient triomphants, on arr\u00eatait pourtant la machine productive et on valorisait m\u00eame les biens publics. Du moins le faisait-on gr\u00e2ce \u00e0 de massifs apports financiers pour soutenir les entreprises en difficult\u00e9 et limiter les cons\u00e9quences sur l\u2019emploi dans les pays disposant des moyens de le faire, m\u00eame dans ceux qui, tels les \u00c9tats-Unis, avaient jusqu\u2019alors d\u00e9fendu les lois du march\u00e9 et d\u00e9nonc\u00e9 les interventions de l\u2019\u00c9tat. La vie \u00e9tait devenue une valeur supr\u00eame, celle pour laquelle on \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 sacrifier aussi bien les principes de la libert\u00e9 \u00e9conomique que ceux du lib\u00e9ralisme politique. La pand\u00e9mie marquait l\u2019av\u00e8nement de la biol\u00e9gitimit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire de la reconnaissance de la vie comme bien le plus pr\u00e9cieux. On mesure la r\u00e9volution morale qui \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u0153uvre quand on pense \u00e0 la mani\u00e8re dont, il n\u2019y a pas si longtemps, dans les deux guerres mondiales, on envoyait des millions de soldats au combat et on n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 exposer au danger les civils de son propre pays. Encore s\u2019agissait-il d\u00e9sormais de prot\u00e9ger les siens en fermant les yeux sur les morts provoqu\u00e9es chez l\u2019ennemi en Afghanistan comme en Irak. Cependant, m\u00eame face \u00e0 la pand\u00e9mie, l\u2019av\u00e8nement de la biol\u00e9gitimit\u00e9 avait ses limites. La r\u00e9volution morale qui faisait de la vie un bien supr\u00eame justifiant les mesures les plus radicales avait en effet deux s\u00e9rieux revers. Premier revers : elle \u00e9tait marqu\u00e9e par de profondes disparit\u00e9s. S\u2019il est un fait que la pand\u00e9mie a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 pour une grande partie de la population, ce sont les in\u00e9galit\u00e9s devant la maladie, la m\u00e9decine et la mort. Certes, elles lui pr\u00e9existaient : en France, les 5 % les plus modestes vivaient en moyenne 13 ans de moins que les 5 % les plus riches, et aux \u00c9tats-Unis, entre les hommes noirs ayant interrompu leur scolarit\u00e9 et les hommes blancs ayant un dipl\u00f4me universitaire, l\u2019\u00e9cart d\u2019esp\u00e9rance de vie \u00e0 la naissance \u00e9tait de 15 ans. Personne ne semblait pourtant s\u2019int\u00e9resser \u00e0 ce qui aurait d\u00fb conduire \u00e0 des r\u00e9ponses politiques majeures. Mais en raison de l\u2019attention dont a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 la pand\u00e9mie, l\u2019\u00e9vidence des in\u00e9galit\u00e9s est devenue \u00e9clatante. 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Mais l\u2019attraction exerc\u00e9e par la pand\u00e9mie \u00e9tait aussi s\u00e9lective, au sens o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat des m\u00e9dias et la fascination du public concernaient avant tout les pays occidentaux, ainsi que quelques grandes nations au premier rang desquelles la Chine avec sa politique draconienne de confinement radical de r\u00e9gions enti\u00e8res. On n\u2019entendait gu\u00e8re parler de l\u2019Afrique dans les organes de presse internationaux, sauf pour, dans un premier temps, pr\u00e9dire une catastrophe au regard de l\u2019imp\u00e9ritie des autorit\u00e9s et de l\u2019indiscipline de la population, puis, dans un second temps, chercher les explications de la non-survenue du d\u00e9sastre annonc\u00e9. Entre ignorance et m\u00e9connaissance, le fl\u00e9au, dont on ne savait gu\u00e8re s\u2019il avait \u00e9pargn\u00e9 le continent ou si sa gravit\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 sous-estim\u00e9e, s\u2019inscrivait dans la longue histoire des repr\u00e9sentations de la sant\u00e9 publique en Afrique. Deuxi\u00e8mement, il y a eu la justification de la r\u00e9ponse \u00e0 la pand\u00e9mie qui n\u2019a probablement pas de pr\u00e9c\u00e9dent \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la plan\u00e8te : interrompre les activit\u00e9s \u00e9conomiques, interdire les rassemblements et les d\u00e9placements, et priver les citoyens de leurs droits \u00e9l\u00e9mentaires, y compris celui de visiter leurs malades et d\u2019honorer leurs morts, tout ce bouleversement de la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019avait qu\u2019une raison d\u2019\u00eatre : prot\u00e9ger les populations et sauver des vies. Si c\u2019est bien s\u00fbr la mission qu\u2019on attend de la sant\u00e9 publique, c\u2019\u00e9tait probablement la premi\u00e8re fois qu\u2019elle se trouvait pr\u00e9valoir sur toutes les autres r\u00e9alit\u00e9s. Dans un monde o\u00f9 le capitalisme et le n\u00e9olib\u00e9ralisme \u00e9taient triomphants, on arr\u00eatait pourtant la machine productive et on valorisait m\u00eame les biens publics. Du moins le faisait-on gr\u00e2ce \u00e0 de massifs apports financiers pour soutenir les entreprises en difficult\u00e9 et limiter les cons\u00e9quences sur l\u2019emploi dans les pays disposant des moyens de le faire, m\u00eame dans ceux qui, tels les \u00c9tats-Unis, avaient jusqu\u2019alors d\u00e9fendu les lois du march\u00e9 et d\u00e9nonc\u00e9 les interventions de l\u2019\u00c9tat. La vie \u00e9tait devenue une valeur supr\u00eame, celle pour laquelle on \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 sacrifier aussi bien les principes de la libert\u00e9 \u00e9conomique que ceux du lib\u00e9ralisme politique. La pand\u00e9mie marquait l\u2019av\u00e8nement de la biol\u00e9gitimit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire de la reconnaissance de la vie comme bien le plus pr\u00e9cieux. On mesure la r\u00e9volution morale qui \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u0153uvre quand on pense \u00e0 la mani\u00e8re dont, il n\u2019y a pas si longtemps, dans les deux guerres mondiales, on envoyait des millions de soldats au combat et on n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 exposer au danger les civils de son propre pays. Encore s\u2019agissait-il d\u00e9sormais de prot\u00e9ger les siens en fermant les yeux sur les morts provoqu\u00e9es chez l\u2019ennemi en Afghanistan comme en Irak. Cependant, m\u00eame face \u00e0 la pand\u00e9mie, l\u2019av\u00e8nement de la biol\u00e9gitimit\u00e9 avait ses limites. La r\u00e9volution morale qui faisait de la vie un bien supr\u00eame justifiant les mesures les plus radicales avait en effet deux s\u00e9rieux revers. Premier revers : elle \u00e9tait marqu\u00e9e par de profondes disparit\u00e9s. S\u2019il est un fait que la pand\u00e9mie a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 pour une grande partie de la population, ce sont les in\u00e9galit\u00e9s devant la maladie, la m\u00e9decine et la mort. Certes, elles lui pr\u00e9existaient : en France, les 5 % les plus modestes vivaient en moyenne 13 ans de moins que les 5 % les plus riches, et aux \u00c9tats-Unis, entre les hommes noirs ayant interrompu leur scolarit\u00e9 et les hommes blancs ayant un dipl\u00f4me universitaire, l\u2019\u00e9cart d\u2019esp\u00e9rance de vie \u00e0 la naissance \u00e9tait de 15 ans. Personne ne semblait pourtant s\u2019int\u00e9resser \u00e0 ce qui aurait d\u00fb conduire \u00e0 des r\u00e9ponses politiques majeures. Mais en raison de l\u2019attention dont a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 la pand\u00e9mie, l\u2019\u00e9vidence des in\u00e9galit\u00e9s est devenue \u00e9clatante. 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