{"id":26678,"date":"2024-06-20T11:45:39","date_gmt":"2024-06-20T11:45:39","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/ramer-a-contre-courant-du-marchandage-des-services-publics-au-cameroun-la-gestion-de-la-circulation-routiere-selon-pointinin\/"},"modified":"2026-05-09T15:00:15","modified_gmt":"2026-05-09T15:00:15","slug":"ramer-a-contre-courant-du-marchandage-des-services-publics-au-cameroun-la-gestion-de-la-circulation-routiere-selon-pointinini","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-6\/ramer-a-contre-courant-du-marchandage-des-services-publics-au-cameroun-la-gestion-de-la-circulation-routiere-selon-pointinini\/","title":{"rendered":"Ramer \u00e0 contre-courant du marchandage des services publics au Cameroun : La gestion de la circulation routi\u00e8re selon Pointinini"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Des services publics critiqu\u00e9s\u2026&nbsp;;<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>De nombreux textes ont analys\u00e9 empiriquement les dysfonctionnements des services publics en termes de privatisation (Plane, 1996), du lien entre \u00c9tat et corruption (Blundo &amp; Olivier de Sardan, 2007&nbsp;; Bayart, 2006, 1985), d\u2019efforts inachev\u00e9s dans la lutte contre la corruption (Mgba Ndjie, 2018), de client\u00e9lisme (M\u00e9dard, 2007) ou de n\u00e9o-patrimonialisme (Awono, 2012). Blundo et Olivier de Sardan (2007), par exemple, indiquent que la rente d\u00e9veloppementiste et humanitaire produit l\u2019extension de la corruption et emp\u00eache le d\u00e9veloppement d\u2019initiatives internes au sein des administrations et des services publics africains.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le Cameroun n\u2019est pas en reste. Qu\u2019il soit \u00ab&nbsp;semi-autoritariste&nbsp;\u00bb (Ottaway, 2003), \u00ab&nbsp;client\u00e9liste&nbsp;\u00bb (M\u00e9dard, 2007), \u00ab&nbsp;patrimonialis\u00e9&nbsp;\u00bb (M\u00e9dard, 1990) ou m\u00eame \u00ab&nbsp;n\u00e9o-patrimonialiste&nbsp;\u00bb (Awono, 2012&nbsp;; M\u00e9dard, 1998), les qualificatifs ne manquent pas pour d\u00e9signer le syst\u00e8me politique de Yaound\u00e9. Pour certains observateurs, les maux dont souffre l\u2019\u00c9tat du Cameroun, \u00e0 l\u2019image d\u2019autres pays subsahariens, sont li\u00e9s \u00e0 sa gouvernance corrompue (Bayart, 2006, 1985&nbsp;; Ela, 1998). En d\u00e9pit d\u2019un arsenal institutionnel de lutte contre la corruption, celle-ci reste un fl\u00e9au pour l\u2019\u00e9conomie et freine le d\u00e9veloppement du Cameroun. Selon l\u2019indice de perception de la corruption (IPC) en 2021, le Cameroun a progress\u00e9 de deux points par rapport \u00e0 2020, passant du 146<sup>e<\/sup> au 144<sup>e<\/sup>&nbsp;rang mondial. Comparativement aux ann\u00e9es&nbsp;1998-1999 o\u00f9 le Cameroun tr\u00f4nait en t\u00eate des pays les plus corrompus au monde, l\u2019on peut illusoirement penser que la corruption y a recul\u00e9. Mais le pays figure toujours parmi les pays les plus corrompus au monde. Pour lutter contre cette pratique gangr\u00e9nant les m\u00e9tiers de l\u2019\u00c9tat en \u00ab&nbsp;construction&nbsp;\u00bb (Belomo Essono, 2007), la Commission nationale anti-corruption (Conac) a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par d\u00e9cret pr\u00e9sidentiel<em> <\/em>n\u00b0&nbsp;2006\/088 du 11&nbsp;mars 2006.<em> <\/em>Cette entit\u00e9 publie chaque ann\u00e9e un classement des administrations les plus corrompues au Cameroun. Dans le rapport annuel 2020 de la Conac, le secteur des transports routiers est le premier secteur le plus corrompu avec un pourcentage de d\u00e9nonciation des actes de corruption de 17,10&nbsp;%. Il est suivi par les affaires fonci\u00e8res (14,60&nbsp;%), les forces de maintien de l\u2019ordre (13,60&nbsp;%), les finances (12,60&nbsp;%), la justice (11,30&nbsp;%), etc. L\u2019\u00c9tat a subi un pr\u00e9judice financier global de 17,611&nbsp;milliards de francs&nbsp;CFA d\u00fb \u00e0 la corruption et aux infractions assimil\u00e9es (Conac, 2021). Les forces de maintien de l\u2019ordre figurent toujours en bonne place du fait que les agents de cette administration sont tr\u00e8s impliqu\u00e9s dans les actes de corruption dans les transports routiers. Cela n\u2019est gu\u00e8re surprenant puisque&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>La confusion du public et du priv\u00e9 est en effet le commun d\u00e9nominateur \u00e0 tout un ensemble de pratiques caract\u00e9ristiques de l\u2019\u00c9tat camerounais et de sa logique de fonctionnement, \u00e0 savoir la corruption, qu\u2019elle soit purement \u00e9conomique ou li\u00e9e \u00e0 un \u00e9change social, ou encore le client\u00e9lisme, le patronage, le copinage, le n\u00e9potisme, le tribalisme ou le pr\u00e9bendalisme. (Awono, 2012, p.&nbsp;44)<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9sultats d\u2019une \u00e9tude coordonn\u00e9e par Titi Nwel et publi\u00e9e par la Fondation Friedrich Ebert Stiftung montraient d\u00e9j\u00e0 que \u00ab&nbsp;la corruption au sein des forces de l\u2019ordre et dans l\u2019arm\u00e9e&nbsp;\u00bb commencent d\u00e8s l\u2019entr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cole de formation (Titi Nwel, 1999, p.&nbsp;53). La corruption s\u2019est complexifi\u00e9e aujourd\u2019hui au point o\u00f9 Eb\u00e9l\u00e9 Onana (2020) parle de sa mutualisation, qui renvoie aux r\u00e9seaux (verticaux et horizontaux) de corruption que forment les corrompus et les corrupteurs. Eb\u00e9l\u00e9 Onana se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 certaines \u00e9quipes mixtes impliquant policiers et gendarmes pour montrer comment fonctionnent ces espaces de mutualisation de la corruption. Ainsi, selon lui&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Ces r\u00e9seaux sont constitu\u00e9s des alliances tiss\u00e9es par les agents d\u2019un m\u00eame service ou qui partagent un espace commun de travail dans l\u2019optique de partager les gains. C\u2019est ce qui est observable dans les contr\u00f4les mixtes policiers-gendarmerie-douane-agents du minist\u00e8re des Transports-agents du minist\u00e8re des For\u00eats et de la Faune. (Eb\u00e9l\u00e9 Onana, 2020, p.&nbsp;68)&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 des autorit\u00e9s, la corruption des forces de police est m\u00eame parfois reconnue et d\u00e9plor\u00e9e, comme en t\u00e9moigne ce message radio-port\u00e9 r\u00e9cent du d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 la S\u00fbret\u00e9 nationale (DGSN)&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Suite multiples plaintes usagers pour tracasseries polici\u00e8res, actes d\u00e9nonciation corruption sur voie publique par Commission nationale anti-corruption (Conac), honneur vous demander, primo, bien vouloir rappeler aux diff\u00e9rents postes mixtes instructions contenues message port\u00e9\/fax n<sup>o<\/sup>&nbsp;291\/DGSN\/CAB\/SG\/IG\/DSCS\/UC\/SL\/BEB date 19&nbsp;juin 2023 proscrivant formellement retrait pi\u00e8ces identit\u00e9s m\u00eame expir\u00e9es aux usagers lors contr\u00f4les&nbsp;; secundo, prendre toutes mesures n\u00e9cessaires en vue lutter efficacement contre corruption diverses tracasseries polici\u00e8res sur voie publique, me rendre compte vos diligences.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce message souligne bien l\u2019importance des faits index\u00e9s. Il s\u2019inscrit dans un contexte o\u00f9 les usagers sont menac\u00e9s et rackett\u00e9s pour d\u00e9faut de carte nationale d\u2019identit\u00e9 (CNI). Valide, difficile de se la faire d\u00e9livrer aujourd\u2019hui. En effet, la CNI, cens\u00e9e \u00eatre d\u00e9livr\u00e9e en trois mois, n\u2019est parfois obtenue qu\u2019au bout de deux ann\u00e9es. Le demandeur n\u2019a alors en sa possession que le r\u00e9c\u00e9piss\u00e9 de d\u00e9livrance, cens\u00e9 \u00eatre prorog\u00e9 une seule fois, pour une dur\u00e9e totale valide de six mois. Cependant, lors des contr\u00f4les de police ou de gendarmerie, les usagers doivent monnayer s\u2019ils n\u2019ont pas de CNI ou de r\u00e9c\u00e9piss\u00e9 encore valides. Conscient de ces tracasseries injustes, le DGSN a d\u2019abord interdit en juin&nbsp;2023 l\u2019interpellation des citoyens pour ce motif. Cette interdiction n\u2019a pas prosp\u00e9r\u00e9, cette norme pratique ayant persist\u00e9 et il revient \u00e0 la charge avec ce nouveau message datant du 4 mars 2024.<\/p>\n\n\n\n<p>Toute une s\u00e9miologie populaire en rapport avec la corruption existe au Cameroun. Ainsi par exemple, dans le parler camerounais le \u00ab&nbsp;<em>mb\u00e9r\u00e9, gni\u00e8h&nbsp;<\/em>\u00bb<em> <\/em>ou \u00ab<em>&nbsp;mange mil\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb d\u00e9signe un homme en tenue et plus sp\u00e9cifiquement le gendarme ou le policier. \u00ab&nbsp;<em>Tchoco<\/em>&nbsp;\u00bb,<em> <\/em>\u00ab&nbsp;mouiller la barbe&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;la bi\u00e8re&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;donner la bi\u00e8re&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;parler bien&nbsp;\u00bb sont des expressions qui d\u00e9signent le \u00ab&nbsp;monnayage&nbsp;\u00bb. Cette s\u00e9miologie participe de la banalisation de la corruption d\u00e9sormais observ\u00e9e ou v\u00e9cue comme une pratique ordinaire.&nbsp;Depuis les ann\u00e9es&nbsp;1980, on sait que l\u2019on ne peut rien obtenir dans l\u2019administration au Cameroun sans \u00ab&nbsp;godasses&nbsp;\u00bb ni \u00ab&nbsp;parapluie&nbsp;\u00bb, selon l\u2019expression consacr\u00e9e alors par l\u2019humoriste populaire Dave&nbsp;K. Mocto\u00ef dans son c\u00e9l\u00e8bre spectacle <em>L\u2019homme bien de l\u00e0-bas<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Aux cas exemplaires qui se d\u00e9marquent mais peu document\u00e9s\u00a0<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, il existe des \u00ab&nbsp;r\u00e9formateurs [ou] innovateurs de l\u2019int\u00e9rieur&nbsp;\u00bb dans les services publics au Cameroun comme en Afrique subsaharienne. Tr\u00e8s peu de travaux ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9s sur ces acteurs souvent peu visibles. Un \u00e9tat des savoirs sur les innovations sociales en Afrique subsaharienne a \u00e9t\u00e9 dress\u00e9 par Ndongo et Klein pour qui \u00ab&nbsp;les recherches sur ce th\u00e8me sont encore en jach\u00e8re&nbsp;\u00bb (2020, p.&nbsp;57). Men\u00e9s dans d\u2019autres contextes, les travaux sur les innovations dans les services publics ont fait l\u2019objet de synth\u00e8ses par Droege et&nbsp;al. (2009), Gallouj et Djellal (2010). Les travaux \u00e0 dominance th\u00e9orique ou conceptuelle ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9s par des auteurs comme Desmarchelier et&nbsp;al., (2020), Denis et Touati (2013), Djellal et Gallouj (2012, 2011), Becheikh et&nbsp;al. (2009), Aschhoff et Sofka (2009). Djellal et Gallouj, par exemple, tout en indiquant les faiblesses de la litt\u00e9rature sur cette probl\u00e9matique, se sont propos\u00e9s \u00ab&nbsp;d\u2019examiner la mani\u00e8re dont les principaux travaux r\u00e9alis\u00e9s durant deux d\u00e9cennies de recherche sur l\u2019innovation dans les services prennent explicitement en compte (ou peuvent \u00eatre extrapol\u00e9s pour prendre en compte) l\u2019innovation dans les services publics&nbsp;\u00bb. Ils revisitent les \u00ab&nbsp;quatre perspectives th\u00e9oriques (assimilation, d\u00e9marcation, inversion et int\u00e9gration)&nbsp;\u00bb sur lesquelles \u00ab&nbsp;le champ des \u201c<em>service innovation studies<\/em>\u201d s\u2019est \u00e9tabli&nbsp;\u00bb (2012, p.&nbsp;99). Ces travaux sont caract\u00e9ris\u00e9s par leur ancrage th\u00e9orique et leurs perspectives \u00e9conomiques. Parmi les rares travaux consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019innovation dans les services publics en Afrique, l\u2019accent est souvent mis, d\u2019une part, sur les innovations de l\u2019ext\u00e9rieur et leurs d\u00e9connexions ou incoh\u00e9rences avec les r\u00e9alit\u00e9s locales (Olivier de Sardan, 2022, 2021, 2015, 2014) ou leur extraversion (Ndongo &amp; Klein, 2020)&nbsp;; et, d\u2019autre part, sur les secteurs comme l\u2019\u00e9ducation ou la sant\u00e9 (Olivier de Sardan et&nbsp;al., 2017&nbsp;; Olivier de Sardan &amp; Ridde, 2014&nbsp;; Ridde, 2010&nbsp;; Bradol &amp; Le&nbsp;Pape, 2009&nbsp;; Walker &amp; Gilson, 2004 ).<\/p>\n\n\n\n<p>Cet article propose d\u2019inverser le regard port\u00e9 sur les services publics en Afrique, en se d\u00e9marquant des analyses sur leurs pesanteurs ou dysfonctionnements reposant sur la corruption, la privatisation ou la marchandisation. Il se d\u00e9marque \u00e9galement des analyses purement th\u00e9oriques et conceptuelles en proposant une \u00e9tude de cas empirique d\u2019innovation de l\u2019int\u00e9rieur dans la s\u00e9curit\u00e9 publique et routi\u00e8re, privil\u00e9giant une approche socio-anthropologique et mettant en exergue un citoyen qualifiable de \u00ab&nbsp;<em>street-level bureaucrat&nbsp;<\/em>\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire en contact direct avec les usagers (Lipsky, 1980). Il s\u2019inscrit dans la perspective impuls\u00e9e par Olivier de Sardan qui, dans un article publi\u00e9 par la revue <em>Global Africa<\/em>, invite \u00e0 renouveler la strat\u00e9gie du \u00ab&nbsp;compter sur ses propres forces&nbsp;\u00bb face \u00e0 la d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019aide, et \u00e0 promouvoir les experts contextuels (Olivier de Sardan, 2022). En reconnaissant que l\u2019analyse des \u00ab&nbsp;r\u00e9formateurs de l\u2019int\u00e9rieur&nbsp;\u00bb est encore un champ en friche, il indique qu\u2019\u00ab&nbsp;il existe des exceptions parmi les agents de l\u2019\u00c9tat, et on rencontre parfois ici ou l\u00e0 des r\u00e9formateurs de l\u2019int\u00e9rieur, qui connaissent les contextes locaux et veulent les modifier de fa\u00e7on r\u00e9aliste&nbsp;\u00bb (2022, pp.&nbsp;97-98).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Le cas empirique de Pointinini<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tude de cas que nous proposons pour le Cameroun concerne la police, consid\u00e9r\u00e9e comme une des administrations les plus corrompues, accus\u00e9e de marchandage et de racket. Pourtant, il serait injuste et h\u00e2tif de penser que tous ceux qui y travaillent le sont \u00e9galement. Certains agents se d\u00e9marquent par une certaine rectitude, exemplarit\u00e9 et probit\u00e9 dans l\u2019exercice de leur m\u00e9tier. Il ne s\u2019agit pas d\u2019innovations \u00ab&nbsp;<em>top-down&nbsp;<\/em>\u00bb, mais d\u2019innovations \u00e0 partir du bas. C\u2019est le cas de Pointinini<em>,<\/em> actuellement officier de police, qui se distingue par ses pratiques positives dans la gestion de la circulation routi\u00e8re \u00e0 Yaound\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet officier de police est depuis quelques ann\u00e9es le responsable de l\u2019\u00e9quipe en charge de la circulation routi\u00e8re au carrefour Coron \u00e0 Yaound\u00e9. Pointinini y est connu pour sa rigueur et y imprime sa marque par son charisme et sa probit\u00e9 morale reconnus des usagers. Son comportement semble plus \u00e9ducatif, sensibilisateur, moralisateur que r\u00e9pressif ou corruptible. Lorsqu\u2019un automobiliste est en infraction, il lui parle avec autorit\u00e9 pour attirer son attention sur son \u00e9cart de comportement. Il lui arrive tr\u00e8s souvent d\u2019exiger de l\u2019usager fautif un retour \u00e0 la queue du rang prescrit. Jamais il ne l\u2019intimide pour le lib\u00e9rer contre \u00ab&nbsp;monnayage&nbsp;\u00bb. Il pr\u00e9f\u00e8re l\u2019amener \u00e0 reconna\u00eetre son acte d\u2019incivilit\u00e9 ou son \u00e9cart pour les \u00e9viter \u00e0 l\u2019avenir. Celui qui essaie de le corrompre (pratique courante face \u00e0 la police) se complique la vie. Pointinini<em> <\/em>s\u2019irritera et l\u2019affaire prendra d\u2019autres tournures pour tentative de corruption. Mais, puisque \u00ab&nbsp;le r\u00e8gne de l\u2019impunit\u00e9&nbsp;\u00bb ne facilite plus rien et que \u00ab&nbsp;le contexte impose des strat\u00e9gies d\u2019adaptation&nbsp;[\u2026], il faut \u00eatre atypique pour vivre autrement&nbsp;\u00bb (Ela, 1998, p.&nbsp;277). Dans ce contexte o\u00f9 la norme est devenue l\u2019\u00e9cart, et l\u2019\u00e9cart, la norme, comme le dit si bien Hubert Mono Ndjana, le comportement de Pointinini suscite des interrogations. En quoi sa pratique peut-elle \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une innovation interne&nbsp;? Quels peuvent \u00eatre les ressorts de ce comportement incorruptible dans un environnement o\u00f9 la corruption semble la r\u00e8gle&nbsp;? S\u2019agit-il d\u2019une norme pratique individuelle ou d\u2019un retour \u00e0 l\u2019orthodoxie d\u00e9ontologique polici\u00e8re&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e9thode de Pointinini dans la gestion de la circulation routi\u00e8re \u00e0 Yaound\u00e9 montre que, m\u00eame dans un service public discr\u00e9dit\u00e9, des \u00eelots d\u2019int\u00e9grit\u00e9, de probit\u00e9 ou d\u2019exemplarit\u00e9 existent. Il faut une enqu\u00eate de terrain fine pour les identifier et les documenter, les rendre plus visibles, et discuter de leur potentielle r\u00e9plicabilit\u00e9. Il s\u2019agit ici de rendre plus intelligible cette pratique en ce qu\u2019elle a d\u2019innovant. \u00c0&nbsp;partir de cette \u00e9tude de cas, nous voulons montrer qu\u2019au-del\u00e0 des innovations techniques ou technologiques souvent import\u00e9es comme des \u00ab&nbsp;mod\u00e8les voyageurs&nbsp;\u00bb (Olivier de Sardan, 2021&nbsp;; Olivier de Sardan &amp; Vari-Lavoisier, 2022), \u00ab&nbsp;les innovations sociales&nbsp;\u00bb (Ela, 1998) peuvent jaillir du bas ou des <em>outsiders<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Consid\u00e9rations m\u00e9thodologiques<\/h2>\n\n\n\n<p>Sur le plan m\u00e9thodologique, cette contribution privil\u00e9gie une d\u00e9marche qualitative reposant sur un corpus de 17&nbsp;entretiens libres. Ils ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9s aupr\u00e8s des usagers de la voie publique, des coll\u00e8gues (hi\u00e9rarchie et collaborateurs) de Pointinini, ainsi que d\u2019autres personnes menant leurs activit\u00e9s quotidiennes autour du carrefour Coron, zone de son poste de travail. Nous avons interrog\u00e9 06 automobilistes, 02 sup\u00e9rieurs hi\u00e9rarchiques, 03 collaborateurs, 02 autres agents de police charg\u00e9s de la circulation \u00e0 d\u2019autres endroits de la ville de Yaound\u00e9 et 03 commer\u00e7antes ainsi qu\u2019un commer\u00e7ant ambulant exer\u00e7ant leurs activit\u00e9s autour du carrefour Coron. Les commer\u00e7ants interrog\u00e9s avaient une anciennet\u00e9 d\u2019au moins dix ann\u00e9es \u00e0 cet endroit et ceux qui y sont bien avant l\u2019affectation de Pointinini<em> <\/em>\u00e0 ce poste \u00e9taient privil\u00e9gi\u00e9s<em>.<\/em> Ces entretiens libres ont \u00e9t\u00e9 compl\u00e9t\u00e9s par plusieurs entretiens r\u00e9p\u00e9t\u00e9s avec Pointinini lui-m\u00eame, ainsi qu\u2019un corpus des coupures de presse et des observations directes. Les entretiens ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9s entre juin&nbsp;2022 et septembre&nbsp;2023, alors que l\u2019observation s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e de mani\u00e8re discontinue de f\u00e9vrier&nbsp;2022 \u00e0 novembre&nbsp;2023. Les mat\u00e9riaux ainsi collect\u00e9s lors des entretiens ont \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s puis soumis \u00e0 une analyse de contenu pour parvenir aux r\u00e9sultats pr\u00e9sent\u00e9s ici.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La m\u00e9thode de Pointinini dans la gestion de la circulation routi\u00e8re au Cameroun\u00a0: entre contestation et r\u00e9volution silencieuses<\/h2>\n\n\n\n<p>Pour mieux pr\u00e9senter la m\u00e9thode Pointinini, il faut passer en revue le parcours de l\u2019innovateur, et d\u00e9crire en d\u00e9tail sa pratique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Le parcours de Pointinini<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>De sources concordantes, dans son vid\u00e9oclip ayant pour titre <em>La chaussure qui parle, <\/em>l\u2019artiste ivoirien Abou Nidal faisait la promotion d\u2019une chaussure nomm\u00e9e \u00ab&nbsp;Pointinini&nbsp;\u00bb. Cette chaussure se caract\u00e9risait par son bout bien pointu et quelque peu sur\u00e9lev\u00e9 ou par sa mati\u00e8re parfois en peau de crocodile. Cette expression s\u2019est r\u00e9pandue et qualifie, dans le contexte camerounais, toute chaussure d\u2019homme pointue ou bien dress\u00e9e. Cette d\u00e9nomination a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9e par le public \u00e0 un agent de la police camerounaise dirigeant la circulation routi\u00e8re \u00e0 Yaound\u00e9. Difficile de dire qui en est l\u2019auteur, mais il est certain que cet officier de police est bien connu de tous par ce pseudonyme. \u00c0&nbsp;l\u2019observer de pr\u00e8s, il est ainsi nomm\u00e9 par rapport \u00e0 ses chaussures car il porte quotidiennement des chaussures pointues et bien cir\u00e9es. Qui est Pointinini<em>&nbsp;<\/em>?<\/p>\n\n\n\n<p>Pointinini, de son vrai pr\u00e9nom Fabrice, est un jeune Camerounais n\u00e9 d\u2019un p\u00e8re enseignant et d\u2019une m\u00e8re m\u00e9nag\u00e8re. Aujourd\u2019hui officier de police de 2<sup>e<\/sup>&nbsp;grade, mais recrut\u00e9 en octobre&nbsp;2002 comme inspecteur de police de 1<sup>er<\/sup>&nbsp;grade, il a int\u00e9gr\u00e9 ce corps sur concours direct de niveau BEPC (brevet d\u2019\u00e9tudes du premier cycle), le seul d\u2019ailleurs de la fonction publique qu\u2019il ait pass\u00e9. Au sein de la police, il travaille pour la direction de la s\u00e9curit\u00e9 publique. \u00c0&nbsp;sa sortie de l\u2019\u00e9cole de formation, il exerce \u00ab&nbsp;d\u2019abord au commissariat de Nkoldongo, ensuite au groupement r\u00e9gional de la voie publique et de la circulation du centre&nbsp;\u00bb o\u00f9 il travaille actuellement. Il travaille au sein de ce groupement r\u00e9gional depuis 2006, soit dix-sept ans d\u00e9j\u00e0 qu\u2019il dirige la circulation routi\u00e8re au carrefour Coron. Il est titulaire de la m\u00e9daille de la Force publique. Sur le plan physique, il mesure environ 1,80&nbsp;m. Toujours la mine serr\u00e9e et s\u00e9rieuse, son autorit\u00e9 impose respect \u00e0 tout usager de la voie publique.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>S\u2019engager pour la contradiction dans une r\u00e9volution silencieuse&nbsp;?<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Trois ma\u00eetres-mots d\u00e9finissent Pointinini<em> <\/em>sur la voie publique&nbsp;: \u00ab&nbsp;respect, rigueur, s\u00e9rieux&nbsp;\u00bb. Pour r\u00e9ussir sa mission d\u2019agent de police, il s\u2019est prescrit de respecter tous les usagers. Sa rigueur lui impose une certaine objectivit\u00e9 dans ses interactions avec les usagers de la voie publique en refusant le favoritisme. Enfin, son s\u00e9rieux impose en retour le respect de tous. Par cette attitude, il accomplit sa mission sur la voie publique, v\u00e9ritable ar\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Trois pratiques essentielles d\u00e9crites ci-dessous constituent la m\u00e9thode de Pointinini. Elles reposent sur sa connaissance du contexte dans lequel il exerce.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><em>Infliger une perte de temps volontaire \u00e0 l\u2019usager indisciplin\u00e9<\/em><\/h4>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La mani\u00e8re dont je punis un indisciplin\u00e9 ou contrevenant de la voie publique, c\u2019est en lui perdant le temps, la perte de temps.&nbsp;\u00bb Ainsi, lorsqu\u2019un usager viole la prescription de suivre l\u2019alignement autoris\u00e9, Pointinini peut le faire attendre de deux mani\u00e8res. Soit il se place devant le v\u00e9hicule, l\u2019emp\u00eachant d\u2019avancer jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il d\u00e9cide de le lib\u00e9rer. Soit, dans des cas rares, il prend le dossier du v\u00e9hicule ou les pi\u00e8ces personnelles du chauffeur. Il ne les restituera que lorsqu\u2019il estimera que l\u2019usager a appris de son incivisme. S\u2019il lui arrive de prendre le dossier du v\u00e9hicule ou les pi\u00e8ces personnelles du conducteur, celui-ci est oblig\u00e9 de stationner sur le c\u00f4t\u00e9 pendant que Pointinini<em> <\/em>continue tranquillement son travail. En pleine chauss\u00e9e, le conducteur ne peut l\u2019approcher et s\u2019il le fait, Pointinini lui dira d\u2019aller attendre dans sa voiture. Il ne remettra les pi\u00e8ces qu\u2019apr\u00e8s avoir fait perdre du temps \u00e0 l\u2019usager. Il affirme d\u2019ailleurs qu\u2019il a \u00ab&nbsp;d\u00e9j\u00e0 jet\u00e9 le dossier du v\u00e9hicule d\u2019un automobiliste dans un camion Hysacam, mais une fois seulement. Il fallait que le chauffeur aille chercher son dossier l\u00e0-bas&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><em>R\u00e9trogradation de l\u2019usager \u00e0 la queue du rang<\/em><\/h4>\n\n\n\n<p>L\u2019automobiliste d\u00e9viant peut se voir r\u00e9trograd\u00e9 \u00e0 la queue du rang prescrit par l\u2019agent de police en poste dans la circulation. G\u00e9n\u00e9ralement, Pointinini impose une marche arri\u00e8re au mis en cause et l\u2019accompagne jusqu\u2019\u00e0 la queue des rangs autoris\u00e9s. Pour faire ces man\u0153uvres, il se place devant le v\u00e9hicule tout en exigeant, par des signes et paroles autoritaires, de reculer jusqu\u2019au bout de la file d\u2019attente.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><em>Auto-interdiction du marchandage du service ou du trafic d\u2019influence<\/em><\/h4>\n\n\n\n<p>Pointinini se distingue par le refus de prendre des pots-de-vin&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les automobilistes tentent toujours fr\u00e9quemment de me corrompre mais je n\u2019ai jamais c\u00e9d\u00e9.&nbsp;\u00bb En se d\u00e9marquant des pratiques habituelles de ses confr\u00e8res, il s\u2019est fix\u00e9 une ligne de conduite pour sensibiliser, \u00e9duquer et moraliser les usagers de la voie publique.<\/p>\n\n\n\n<p>Pointinini s\u2019engage par sa conduite professionnelle \u00e0 contester la banalisation des comportements corrompus. Ses pratiques l\u2019inscrivent au c\u0153ur de \u00ab&nbsp;l\u2019invention du quotidien&nbsp;\u00bb (De Certeau, 1990), dans sa r\u00e9appropriation de l\u2019usage de la voie publique. Ses attitudes au travail soumettent les conducteurs \u00e0 un effort civique de respect du Code de la route lorsqu\u2019ils sont dans son p\u00e9rim\u00e8tre de comp\u00e9tence. Par son comportement incorruptible visible, il s\u2019oppose \u00e0 \u00ab&nbsp;la privatisation des services publics&nbsp;\u00bb (Plane, 1996), soignant individuellement l\u2019image de son corps de m\u00e9tier. Il amorce \u00e0 sa mani\u00e8re une r\u00e9volution silencieuse perceptible avec plus d\u2019attention, car des pratiques aussi localis\u00e9es peuvent passer inaper\u00e7ues ou \u00eatre per\u00e7ues comme des faits divers, des mises en sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Ressorts du r\u00e9pertoire d\u2019actions et motivations de Pointinini<\/h2>\n\n\n\n<p>Les ressorts de l\u2019action et les motivations de Pointinini permettent de mieux situer la singularit\u00e9 de sa pratique.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>Ressorts du r\u00e9pertoire d\u2019actions choisi par Pointinini<\/strong><\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>Pour mieux comprendre les ressorts de ce type de comportement dans l\u2019environnement camerounais, il faut l\u2019inscrire dans \u00ab&nbsp;des parcours singuliers&nbsp;\u00bb qui favorisent l\u2019accomplissement de&nbsp;\u00ab&nbsp;l\u2019identit\u00e9 personnelle&nbsp;\u00bb (Bajoit, 2019). Trois principales entr\u00e9es permettent ici d\u2019interroger la pratique qui inscrit Pointinini parmi les innovateurs de l\u2019int\u00e9rieur&nbsp;: la socialisation, la vocation et la conscience professionnelle. En s\u2019articulant avec les travaux de Bajoit, ces trois ressorts participent \u00e0 l\u2019analyse des pratiques de Pointinini comme une d\u00e9marcation, une strat\u00e9gie pour \u00e9chapper \u00e0 l\u2019image r\u00e9pandue d\u2019une police racketteuse afin de s\u2019accomplir en tant que sujet et acteur de son existence personnelle. Ce refus du conformisme pratique inscrit Pointinini dans \u00ab&nbsp;des parcours singuliers&nbsp;\u00bb (Bajoit, 2019, p.&nbsp;97) et lui \u00e9vite \u00ab&nbsp;un malaise identitaire&nbsp;\u00bb (Bajoit, 2019, p.&nbsp;191).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>De la socialisation primaire\u00a0: \u00ab\u00a0\u00e9ducation parentale\u00a0\u00bb<\/strong><\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>Pointinini doit beaucoup \u00e0 l\u2019\u00e9ducation re\u00e7ue de ses parents et plus sp\u00e9cifiquement de son p\u00e8re enseignant. Cette \u00e9ducation a consid\u00e9rablement influenc\u00e9 son parcours et sa conduite car il semble tr\u00e8s attach\u00e9 aux valeurs re\u00e7ues. Il ne tarit pas d\u2019\u00e9loges vis-\u00e0-vis de son p\u00e8re qui l\u2019a rigoureusement \u00e9duqu\u00e9 en lui inculquant certaines valeurs comme la rigueur ou le respect&nbsp;: \u00ab<em>&nbsp;<\/em>En un mot, c\u2019est l\u2019\u00e9ducation et la rigueur qui me guident dans mon travail. C\u2019est l\u2019\u00e9ducation, la rigueur que le papa nous a donn\u00e9es.&nbsp;\u00bb Ce r\u00e9cit souligne l\u2019importance de la socialisation (primaire) sur les parcours personnels et montre bien qu\u2019une partie de la personnalit\u00e9 et de l\u2019identit\u00e9 sociale de Pointinini se serait construite pendant cette phase. Comme le dit Riutort (2013, p.&nbsp;63)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>La socialisation primaire est la plus d\u00e9terminante puisqu\u2019elle fournit \u00e0 l\u2019enfant ses premiers rep\u00e8res sociaux qui le marqueront durant toute son existence et agiront ensuite comme \u00ab&nbsp;un filtre&nbsp;\u00bb&nbsp;: les exp\u00e9riences v\u00e9cues ult\u00e9rieurement sont appr\u00e9hend\u00e9es, en effet, en r\u00e9f\u00e9rence aux premi\u00e8res qui ont contribu\u00e9 \u00e0 structurer durablement les mani\u00e8res de penser et d\u2019agir de l\u2019individu.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019emphase sur l\u2019\u00e9ducation parentale dans son discours montre bien l\u2019importance de la socialisation sur la trajectoire individuelle de Pointinini. Son existence personnelle dont il est enti\u00e8rement acteur aujourd\u2019hui prend sa source dans ce qu\u2019il doit de plus cher \u00e0 son g\u00e9niteur&nbsp;: l\u2019\u00e9ducation et la rigueur.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>De la vocation et du d\u00e9vouement<\/strong><\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>Le ch\u00f4mage est un ph\u00e9nom\u00e8ne end\u00e9mique aujourd\u2019hui au Cameroun avec un taux de 5,9&nbsp;% en 2021 (INS, 2022). Cependant, ce taux peut masquer la r\u00e9alit\u00e9 du march\u00e9 du travail car il s\u2019accompagne d\u2019une augmentation de la population travaillant dans le secteur informel qui est pass\u00e9e de 56&nbsp;% en 1993 \u00e0 90&nbsp;% en 2017 (OIT, 2017), puis \u00e0 86,6&nbsp;% en 2021 (INS, 2022). La raret\u00e9 des emplois d\u00e9cents fragilise la vocation et impose aux populations de vivre \u00ab&nbsp;au-del\u00e0 de la d\u00e9brouille&nbsp;\u00bb (Ela, 1998, p.&nbsp;142). Cette situation montre qu\u2019au Cameroun le travail par vocation s\u2019effrite. Certains comportements dysfonctionnels dans les administrations publiques peuvent s\u2019expliquer par le fait que certains agents s\u2019y retrouvent par d\u00e9faut ou \u00ab&nbsp;effraction&nbsp;\u00bb, l\u2019enjeu \u00e9tant souvent la survie, parfois au m\u00e9pris de la d\u00e9ontologie. Dans l\u2019imaginaire populaire, la fonction publique est la meilleure garantie et une fois recrut\u00e9 on peut briller par absent\u00e9isme, par marchandage du service public, dans ce \u00ab&nbsp;r\u00e8gne de l\u2019impunit\u00e9&nbsp;\u00bb (Ela, 1998, p.&nbsp;275). Un jeune Camerounais qui int\u00e8gre \u00ab&nbsp;sur monnayage&nbsp;\u00bb une \u00e9cole de formation par concours direct se livre \u00e0 des pratiques peu orthodoxes pour r\u00e9cup\u00e9rer son investissement d\u00e8s les premi\u00e8res ann\u00e9es de prise de fonction. Cela semble plus connu chez les gendarmes, policiers, personnels des imp\u00f4ts, magistrats, douaniers, etc. o\u00f9 la corruption conditionne souvent l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9cole de formation (Titi Nwel, 1999). Ce n\u2019est visiblement pas le cas pour Pointinini qui d\u00e9clare au contraire exercer son m\u00e9tier par vocation&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019\u00e9tait mon destin c\u2019est tout. Et j\u2019aime ce m\u00e9tier \u00e9norm\u00e9ment.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>Entre conscience professionnelle et respect de la d\u00e9ontologie\u00a0<\/strong><\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>En int\u00e9grant son m\u00e9tier par vocation, conscience professionnelle et respect de la d\u00e9ontologie guideraient sa pratique au quotidien. C\u2019est le cas pour Pointinini qui affirme&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;<\/em>Mon comportement est guid\u00e9 par la conscience professionnelle, la d\u00e9ontologie, la rigueur, c\u2019est tout.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9ducation, vocation et conscience professionnelle constituent trois ressorts d\u00e9terminants pour impulser un changement de l\u2019int\u00e9rieur au sein des administrations publiques.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Motivations ou r\u00e9tributions de Pointinini<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>Du d\u00e9sir d\u2019affirmation de soi par le don de soi sans un contre-don\u00a0?<\/strong><\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>Pointinini<em> <\/em>s\u2019est fabriqu\u00e9 lui-m\u00eame en donnant le meilleur de lui<em> <\/em>\u00ab&nbsp;Je n\u2019ai pas de mod\u00e8le dans la police. Je me suis fabriqu\u00e9 moi-m\u00eame dans la police.&nbsp;\u00bb Dans cette perspective, il para\u00eet int\u00e9ressant d\u2019analyser son d\u00e9sir d\u2019auto-accomplissement en revisitant le concept du \u00ab&nbsp;don et contre-don&nbsp;\u00bb th\u00e9oris\u00e9 en 1923 par Mauss (2007), repris et actualis\u00e9 dans de nombreux travaux (Mahieu, 2020&nbsp;; Caill\u00e9, 2004&nbsp;; Mayade-Claustre, 2002&nbsp;; Alter, 2002&nbsp;; Weber, 2000&nbsp;; Cam, 1994). Pointinini ne refuse pas des dons ou cadeaux spontan\u00e9s des usagers admiratifs de son engagement au m\u00e9tier&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je leur rappelle toujours, s\u2019ils veulent m\u2019offrir des dons, qu\u2019ils le fassent de leur propre gr\u00e9.&nbsp;\u00bb Ce don libre, d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9,&nbsp;\u00ab&nbsp;pur et parfait&nbsp;\u00bb (Mahieu, 2020), peut exprimer la reconnaissance du d\u00e9vouement au travail et se fait sans humiliation ni appel au contre-don (Dufy &amp; Weber, 2023). Il s\u2019apparente \u00e0 \u00ab&nbsp;un don sans contre-don&nbsp;\u00bb (Cam, 1994). Dans ce contexte, le don est li\u00e9 \u00e0 une utilit\u00e9 immat\u00e9rielle (le bon service rendu) et qui implique la personnalisation dudit don (Mahieu, 2020, p.&nbsp;67). Cette personnalisation du don envers Pointinini<em> <\/em>tient au fait que si certains usagers lui offrent spontan\u00e9ment des cadeaux (souvent en liquide), d\u2019autres se pr\u00e9parent pour le faire et peuvent passer plusieurs fois au poste avant de le lui remettre. Si Pointinini est absent, ces usagers conservent le cadeau destin\u00e9 \u00e0 Pointinini<em> <\/em>en attendant l\u2019occasion de le rencontrer personnellement afin de le lui remettre en mains propres. Dans l\u2019acte de donner, Pointinini<em> <\/em>privil\u00e9gie l\u2019autonomie du donneur envers le receveur, et ce don peut \u00eatre anonyme. En revanche, il refuse le don impos\u00e9, sous caution, sous contrainte qui pr\u00eaterait un caract\u00e8re transactionnel au travail ou service rendu, pour lequel il per\u00e7oit un salaire mensuel. Il s\u2019oppose aux dons int\u00e9ress\u00e9s, qui \u00ab&nbsp;ne sont pas purement symboliques ou sociaux, d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9s&nbsp;\u00bb (Alter, 2002, p.&nbsp;270), au \u00ab&nbsp;dons impurs&nbsp;\u00bb (Mahieu, 2020, p.&nbsp;71), qui sont contraints pour le donneur et impos\u00e9s par le receveur. Les dons que re\u00e7oit Pointinini ne sont ni contraints pour le donneur, ni recherch\u00e9s par le receveur. En revanche, le don offert \u00e0 Pointinini rel\u00e8ve du bon vouloir du donneur exprimant sa gratitude pour le bon travail accompli par ce fonctionnaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Pointinini a donn\u00e9 son temps, son \u00e9nergie pour recevoir la formation qui lui permet de rendre service aux usagers de la voie publique. Ce travail abattu a une contrepartie que l\u2019on peut appeler \u00ab&nbsp;contre-don&nbsp;\u00bb d\u00e9passant le simple salaire. Dans cette perspective, le travail ne serait plus une simple marchandise que l\u2019on \u00e9change ponctuellement, mais une part de soi que l\u2019on investit dans une relation de fonctionnaire \u00e0 usagers. Cet effort dans le travail suscite et motive une \u00ab&nbsp;g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 non humiliante&nbsp;\u00bb oppos\u00e9e \u00e0 une \u00ab&nbsp;g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 humiliante&nbsp;\u00bb (Weber, 2007) qui peut se manifester \u00e0 l\u2019endroit des mendiants. Dans les \u00e9tudes sur la corruption, il est g\u00e9n\u00e9ralement postul\u00e9 que les agents de police ou de gendarmerie partagent leur moisson corruptive avec leurs patrons. Pointinini<em> <\/em>ne partage ses dons ni avec sa hi\u00e9rarchie ni avec ses collaborateurs parce que les donneurs sont libres de donner directement \u00e0 qui ils veulent. Il pense que ce sont des dons personnels, d\u2019autant que certains usagers, au moment de lui remettre un cadeau, lui rappellent souvent l\u2019avoir rat\u00e9 plusieurs fois. Si ces dons \u00e9taient destin\u00e9s \u00e0 toute l\u2019\u00e9quipe de ce poste de police, les donneurs les remettraient \u00e0 n\u2019importe quel agent de police, en cas d\u2019absence de Pointinini. Il reconna\u00eet n\u00e9anmoins avoir souvent \u00ab&nbsp;fait un geste \u00e0 un collaborateur pour payer le taxi, prendre un jus ou autre rafra\u00eechissement&nbsp;\u00bb. Cependant, cela est fait par \u00e9lan de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et non dans l\u2019esprit de partager une quelconque retomb\u00e9e avec quiconque. En d\u00e9finitive, le don souhait\u00e9 ou promu par Pointinini est une r\u00e9tribution de l\u2019engagement personnel pour le travail accompli (Gaxie, 2005&nbsp;; Stark, 1990), le respect de la norme officielle dans un contexte domin\u00e9 par des normes pratiques.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>Une confiance en soi et une volont\u00e9 de gagner sa vie par \u00ab\u00a0l\u2019argent propre\u00a0\u00bb\u00a0?<\/strong><\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>Cette confiance en soi qu\u2019affiche Pointinini est une fa\u00e7on de \u00ab&nbsp;compter sur ses propres forces&nbsp;\u00bb qui le stimule dans son travail quotidien. Au Cameroun, il y a des expressions populaires qualifiant la fortune ou l\u2019accumulation selon qu\u2019on la juge licite ou illicite. C\u2019est ainsi qu\u2019on peut parler de \u00ab&nbsp;l\u2019argent propre&nbsp;\u00bb <em>versus <\/em>\u00ab&nbsp;l\u2019argent sale&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;L\u2019argent propre&nbsp;\u00bb est alors le fruit du travail bien fait et m\u00e9rit\u00e9, synonyme de gagner sa vie \u00e0 la sueur de son front. Cela s\u2019oppose \u00e0 \u00ab&nbsp;l\u2019argent sale&nbsp;\u00bb qui s\u2019accumule par des trajectoires, des activit\u00e9s ou des pratiques compromettantes (d\u00e9tournements, corruption, vol, etc.). Certains informateurs estiment que Pointinini est motiv\u00e9 par une volont\u00e9 de vivre de \u00ab&nbsp;l\u2019argent propre&nbsp;\u00bb, raison pour laquelle il se refuse d\u2019imposer le monnayage par quelques strat\u00e9gies que ce soit aux usagers. Cela appara\u00eet clairement dans son discours lorsqu\u2019il d\u00e9clare n\u2019avoir jamais c\u00e9d\u00e9 aux tentatives de corruption des usagers, mais ils peuvent lui faire des dons de leur propre gr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>Une volont\u00e9 de rendre hommage et faire honneur \u00e0 ses parents<\/strong><\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9sir d\u2019affirmation de soi s\u2019accompagne d\u2019une volont\u00e9 de rendre hommage aux parents. Dans un processus du \u00ab&nbsp;don et contre-don&nbsp;\u00bb, ses parents lui ont donn\u00e9 une \u00e9ducation digne. Il se doit de leur rendre la pareille par un comportement honorable. La m\u00e9daille de la Force publique re\u00e7ue participe de cette logique. C\u2019est la premi\u00e8re distinction honorifique d\u00e9cern\u00e9e \u00e0 un agent public sur sa demande. Savoir que ses parents le citent en exemple est une satisfaction pour Pointinini qui accomplit ses missions professionnelles et familiales avec la certitude que ses \u00ab&nbsp;parents aujourd\u2019hui sont extr\u00eamement fiers&nbsp;\u00bb de lui.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pointinini a re\u00e7u d\u2019autres r\u00e9tributions symboliques comme l\u2019encouragement de la hi\u00e9rarchie, la reconnaissance des coll\u00e8gues. De nombreux t\u00e9moignages des usagers le confortent dans sa posture. Il a d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 \u00ab&nbsp;meilleur fonctionnaire de la d\u00e9cennie 2012-2022&nbsp;\u00bb par Camer Natal, une plateforme servant de \u00ab&nbsp;vitrine de promotion de l\u2019image du Cameroun&nbsp;\u00bb. Sur cette plateforme, un post sur Pointinini a recueilli un r\u00e9sultat exceptionnel de 3&nbsp;799&nbsp;commentaires positifs, lui reconnaissant des qualit\u00e9s partag\u00e9es comme la propret\u00e9, la disponibilit\u00e9, l\u2019exemplarit\u00e9 ou la rectitude.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Circulation et capitalisation de la m\u00e9thode de Pointinini<\/h2>\n\n\n\n<p>Avant d\u2019analyser la capitalisation de la m\u00e9thode de Pointinini<em> <\/em>au sein de la police camerounaise, il faut essayer de la situer dans l\u2019histoire. Il ressort des entretiens que d\u2019autres policiers ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 Pointinini en se distinguant aussi bien par leur rigueur que par leurs m\u00e9thodes dans la r\u00e9gulation de la circulation routi\u00e8re \u00e0 Yaound\u00e9 autour des ann\u00e9es&nbsp;2000. Trois figures ont \u00e9t\u00e9 retenues.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>\u00ab&nbsp;Haute Tension&nbsp;\u00bb au niveau de la poste centrale<\/em><\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Il y a un qu\u2019on appelait \u00ab&nbsp;Haute Tension&nbsp;\u00bb. Il a servi vers Acropole, la gare routi\u00e8re d\u00e9plac\u00e9e \u00e0 Mvan \u00e9tait encore par l\u00e0 mais il y avait trop d\u2019embouteillages. Quand il disait que c\u2019est un rang de Mvog-Mbi pour la poste centrale, c\u2019\u00e9tait un rang, tout le monde respectait. M\u00eame si tu es ministre tu respectes car il disait que les Camerounais se valent, il n\u2019y a pas plus camerounais que d\u2019autres. Il se place devant ton v\u00e9hicule et tu ne peux passer, sinon tu le cognes, pour passer. On ne l\u2019influen\u00e7ait pas.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Telle est la description que nous avons recueillie d\u2019un autre agent de la police connu des usagers \u00e0 Yaound\u00e9 entre la poste centrale, au c\u0153ur de la ville, et le carrefour Mvog-Mbi. Sa rigueur et l\u2019\u00e9galit\u00e9 dans le traitement des usagers de la voie publique l\u2019ont singularis\u00e9. Dans ce contexte o\u00f9 le trafic d\u2019influence est end\u00e9mique, o\u00f9 les v\u00e9hicules immatricul\u00e9s \u00ab&nbsp;corps administratifs&nbsp;\u00bb (CA) s\u2019imposent souvent comme prioritaires, \u00ab&nbsp;Haute Tension&nbsp;\u00bb \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 affronter toute situation pour faire r\u00e9gner l\u2019ordre, car pour lui tous les citoyens sont \u00e9gaux devant la loi. Cette d\u00e9nomination de \u00ab&nbsp;Haute Tension&nbsp;\u00bb tenait \u00e0 son courage pour discipliner tous les usagers sans discrimination et sans se laisser influencer ou intimider. Il \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 affronter les \u00ab&nbsp;gros poissons, grands ou <em>b\u00f4b\u00f4hs<\/em>&nbsp;\u00bb de la R\u00e9publique s\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas en cort\u00e8ge ou dans des v\u00e9hicules prioritaires, d\u2019o\u00f9 son pseudonyme de \u00ab&nbsp;Haute Tension&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>\u00ab&nbsp;Djobalard&nbsp;\u00bb au carrefour Mvog-Mbi<\/em><\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Djobalard est \u00e9galement cit\u00e9 comme un officier de police qui a marqu\u00e9 son temps et son poste de travail. Il \u00e9tait charg\u00e9 de diriger la circulation routi\u00e8re au carrefour Mvog-Mbi, non loin de celui o\u00f9 Pointinini est post\u00e9 au quotidien, une zone toujours caract\u00e9ris\u00e9e par des embouteillages. \u00ab&nbsp;Il y avait un autre au niveau du carrefour Mvog-Mbi, on l\u2019appelait \u201cDjobalard\u201d, il aimait tirer le pantalon jusqu\u2019au nombril, il travaillait bien aussi.&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Djobalard&nbsp;\u00bb est un pseudonyme qui d\u00e9coulerait de son mode vestimentaire marqu\u00e9 par la ceinture toujours au niveau du nombril. Comme pour Pointinini<em>,<\/em> les usagers lui ont donn\u00e9 un surnom relatif \u00e0 son habillement. Il a marqu\u00e9 les esprits par sa d\u00e9termination et sa rigueur au travail.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0&nbsp;c\u00f4t\u00e9 de ces deux policiers, qui jouissent d\u00e9j\u00e0 de leur retraite, il y a un commissaire encore en fonction \u00e0 Yaound\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Commissaire Baba&nbsp;<\/em><\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Il est le patron qui coordonne la circulation routi\u00e8re dans la ville de Yaound\u00e9. De ce fait, il sillonne toute la ville et est bien connu pour son bon travail. \u00ab&nbsp;S\u2019il te trouve gar\u00e9 sur le passage clout\u00e9, il prend ton dossier et tu iras payer la contravention. Mais tu peux le supplier et il te remet ton dossier. Il est tr\u00e8s rapide et patrouille dans toute la ville. Parfois il se comporte comme \u00e0 Mutengu\u00e9n\u00e9 car il coache souvent les agents de police dans des carrefours. Il attrape la main d\u2019un policier ou d\u2019une polici\u00e8re pour lui montrer s\u00e9ance tenante comment diriger la circulation. Chaque fois qu\u2019il arrive dans un carrefour bouch\u00e9, les agents de police post\u00e9s \u00e0 cet endroit souffrent car ils vont travailler doublement sous son impulsion. Il impose de travailler comme cela s\u2019apprend \u00e0 l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, son comportement p\u00e9dagogique est appr\u00e9ci\u00e9 des usagers de la voie publique. Il ne se laisse pas corrompre, il fait payer la contravention ou il sensibilise le mis en cause en lui accordant des circonstances att\u00e9nuantes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0&nbsp;partir de l\u2019analyse de la circulation de ces innovations d\u2019en bas, se d\u00e9gage leur tr\u00e8s faible capitalisation. Dans ce contexte, la r\u00e9plication de ces comportements jusque-l\u00e0 isol\u00e9s ne peut qu\u2019\u00eatre improbable. L\u2019absence de volont\u00e9 de capitalisation de telles innovations au sein de la police et de l\u2019administration peut se justifier par cinq constats majeurs&nbsp;: 1)&nbsp;l\u2019absence de leur documentation&nbsp;; 2)&nbsp;la non-implication de ces innovateurs dans les instances de formation des agents de police&nbsp;; 3)&nbsp;la faible verticalit\u00e9 des innovations individuelles, except\u00e9 ici le cas du commissaire Baba \u2013&nbsp;ces trois premiers constats peuvent expliquer en partie le fait que Pointinini d\u00e9clare s\u2019\u00eatre construit lui-m\u00eame, bien que l\u2019on retrouve chez lui certaines m\u00e9thodes aussi utilis\u00e9es par ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs&nbsp;\u2013&nbsp;; 4)&nbsp;l\u2019absence d\u2019un syst\u00e8me ou m\u00e9canisme clair de sanction positive sp\u00e9cifique en faveur des agents de police se d\u00e9marquant particuli\u00e8rement par leurs bonnes pratiques professionnelles&nbsp;; 5)&nbsp;l\u2019absence de (ou la faible) volont\u00e9 politique de promouvoir les innovations internes au m\u00eame titre que les innovations \u00ab&nbsp;top-down&nbsp;\u00bb et les \u00ab&nbsp;mod\u00e8les voyageurs&nbsp;\u00bb import\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des critiques<\/h2>\n\n\n\n<p>La m\u00e9thode de Pointinini n\u2019est pas appr\u00e9ci\u00e9e de tous, certains agents de police la consid\u00e8rent comme une exhibition. C\u2019est ce qui transpara\u00eet de cet extrait d\u2019entretien&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pointinini veut montrer qu\u2019il travaille plus que qui&nbsp;? S\u2019il pense bien travailler, c\u2019est pour lui et sa famille. Chacun sait comment il est entr\u00e9 dans la police. Les gens ont fait plus que lui avant, mais ils sont o\u00f9&nbsp;?&nbsp;\u00bb Cet extrait laisse penser que le respect de la d\u00e9ontologie ou retour \u00e0 l\u2019orthodoxie n\u2019est pas bien per\u00e7u par tous. Les habitudes ayant la peau dure, Pointinini peut \u00eatre per\u00e7u comme un dissident, un anticonformiste. Dans ce contexte, le message du d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 nationale, cit\u00e9 plus haut, illustre la persistance des actes de corruption, traduisant une certaine r\u00e9sistance au changement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>Cet article s\u2019est int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 une \u00e9tude de cas d\u2019innovation d\u2019en bas. Il a voulu inverser l\u2019approche en se d\u00e9marquant des travaux sur la corruption, sur les innovations \u00ab&nbsp;top-down&nbsp;\u00bb pour se concentrer sur un cas qui d\u00e9savoue des comportements habituels (critiqu\u00e9s par les usagers) dans les services publics en Afrique. Ce travail a permis d\u2019analyser un comportement louable dans une perspective subjectiviste (Bajoit, 2019) au sein de la police. L\u2019objectif \u00e9tait ici non seulement de contribuer \u00e0 documenter les innovations de l\u2019int\u00e9rieur dans les m\u00e9tiers de l\u2019\u00c9tat en Afrique, mais aussi de montrer que les <em>outsiders<\/em> peuvent \u00eatre porteurs d\u2019innovations. Qu\u2019ils sont \u00e9galement les acteurs du changement et que celui-ci peut venir de la p\u00e9riph\u00e9rie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce cas atteste bien l\u2019\u00e9largissement et la diversification des formes d\u2019innovations qu\u2019il convient de documenter, et conteste \u00ab&nbsp;la pr\u00e9tendue incapacit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s africaines \u00e0 changer \u00e0 partir de leurs dynamiques internes&nbsp;\u00bb (Ela, 1998, p.&nbsp;70). Il montre bien que les acteurs p\u00e9riph\u00e9riques ou d\u2019en bas innovent au quotidien, mais sans curiosit\u00e9 scientifique, ces innovations passeraient inaper\u00e7ues.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette mise en perspective d\u2019un comportement singulier a permis de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 des concepts d\u2019action individuelle et d\u2019action collective (Birnbaum, 1991&nbsp;; Sommier, 2014), d\u2019autonomie individuelle et d\u2019action collective (Coton, 2011), de comportement rationnel (M\u00e9nard, 1994&nbsp;; Demeulenaere, 2003) ou de rationalit\u00e9 (Boudon, 2009), mais aussi de comportement subjectiviste (Bajoit, 2019).<\/p>\n\n\n\n<p>Les donn\u00e9es collect\u00e9es et analys\u00e9es permettent certaines conclusions. Ainsi, Pointinini est entr\u00e9 dans la police par amour pour ce corps de m\u00e9tier et non par opportunisme professionnel dans un contexte o\u00f9 le ch\u00f4mage end\u00e9mique ne laisse pas tr\u00e8s souvent le choix au chercheur d\u2019emploi, parfois pr\u00eat \u00e0 accepter un d\u00e9classement. Il accomplit son r\u00eave et fait son m\u00e9tier avec d\u00e9vouement. Il souhaite inspirer les autres citoyens. Il doit en partie son parcours professionnel \u00e0 cette attitude incorruptible qui se raconte au quotidien. Cette pratique ne peut pas se comprendre en dehors de sa trajectoire personnelle et de la pr\u00e9\u00e9minence de la socialisation primaire sur la construction de la personnalit\u00e9 ou de l\u2019identit\u00e9 sociale chez l\u2019individu. Cette action, au d\u00e9part individuelle, a une port\u00e9e collective au regard de l\u2019\u00e9cho qu\u2019elle suscite, qui exprime bien une soif d\u2019\u00e9quit\u00e9 ou de justice sociale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les innovations de l\u2019int\u00e9rieur sont pour la plupart port\u00e9es par des acteurs p\u00e9riph\u00e9riques, d\u2019o\u00f9 leur faible capacit\u00e9 de circulation verticale. Elles se diffusent de mani\u00e8re lat\u00e9rale sans v\u00e9ritable impact durable sur la soci\u00e9t\u00e9, bien que modifiant les perceptions. Ceci pose le probl\u00e8me de leur capitalisation. Les d\u00e9cideurs semblent s\u2019en pr\u00e9occuper peu, ayant plus d\u2019int\u00e9r\u00eat pour les innovations import\u00e9es, parfois porteuses de rentes. Ce d\u00e9sint\u00e9r\u00eat pour les innovations endog\u00e8nes ainsi que les illustrations apport\u00e9es ci-dessus montrent bien que la lutte contre la corruption reste un \u00ab&nbsp;effort inachev\u00e9&nbsp;\u00bb (Mgba Ndjie, 2018) au Cameroun.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, \u00ab&nbsp;l\u2019interaction des ressources locales et exog\u00e8nes&nbsp;\u00bb (Ndongo &amp; Klein, 2020, p.&nbsp;73) pourrait \u00eatre constructive dans la qu\u00eate d\u2019une am\u00e9lioration des services publics en Afrique. Cependant, l\u2019inattention du politique vis-\u00e0-vis des innovations ou r\u00e9formes d\u2019en bas pourrait au contraire conforter \u00ab&nbsp;l\u2019assujettissement et les formes de sa validation&nbsp;\u00bb (Mbembe, 2020, p.&nbsp;96).<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":25941,"template":"","meta":[],"series-categories":[1345],"cat-articles":[1015],"keywords":[1643,1640,1641,1639,1642],"ppma_author":[455],"class_list":["post-26678","series-issues","type-series-issues","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","series-categories-numero-6","cat-articles-analyses-critiques","keywords-circulation-routiere","keywords-corruption","keywords-marchandage","keywords-pointinini","keywords-services-publics","author-idrissou-mounpe-chare-fr"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.6 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Ramer \u00e0 contre-courant du marchandage des services publics au Cameroun : La gestion de la circulation routi\u00e8re selon Pointinini | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-6\/ramer-a-contre-courant-du-marchandage-des-services-publics-au-cameroun-la-gestion-de-la-circulation-routiere-selon-pointinini\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Ramer \u00e0 contre-courant du marchandage des services publics au Cameroun : La gestion de la circulation routi\u00e8re selon Pointinini | Global Africa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Introduction Des services publics critiqu\u00e9s\u2026&nbsp;; De nombreux textes ont analys\u00e9 empiriquement les dysfonctionnements des services publics en termes de privatisation (Plane, 1996), du lien entre \u00c9tat et corruption (Blundo &amp; Olivier de Sardan, 2007&nbsp;; Bayart, 2006, 1985), d\u2019efforts inachev\u00e9s dans la lutte contre la corruption (Mgba Ndjie, 2018), de client\u00e9lisme (M\u00e9dard, 2007) ou de n\u00e9o-patrimonialisme (Awono, 2012). Blundo et Olivier de Sardan (2007), par exemple, indiquent que la rente d\u00e9veloppementiste et humanitaire produit l\u2019extension de la corruption et emp\u00eache le d\u00e9veloppement d\u2019initiatives internes au sein des administrations et des services publics africains.&nbsp; Le Cameroun n\u2019est pas en reste. Qu\u2019il soit \u00ab&nbsp;semi-autoritariste&nbsp;\u00bb (Ottaway, 2003), \u00ab&nbsp;client\u00e9liste&nbsp;\u00bb (M\u00e9dard, 2007), \u00ab&nbsp;patrimonialis\u00e9&nbsp;\u00bb (M\u00e9dard, 1990) ou m\u00eame \u00ab&nbsp;n\u00e9o-patrimonialiste&nbsp;\u00bb (Awono, 2012&nbsp;; M\u00e9dard, 1998), les qualificatifs ne manquent pas pour d\u00e9signer le syst\u00e8me politique de Yaound\u00e9. Pour certains observateurs, les maux dont souffre l\u2019\u00c9tat du Cameroun, \u00e0 l\u2019image d\u2019autres pays subsahariens, sont li\u00e9s \u00e0 sa gouvernance corrompue (Bayart, 2006, 1985&nbsp;; Ela, 1998). En d\u00e9pit d\u2019un arsenal institutionnel de lutte contre la corruption, celle-ci reste un fl\u00e9au pour l\u2019\u00e9conomie et freine le d\u00e9veloppement du Cameroun. Selon l\u2019indice de perception de la corruption (IPC) en 2021, le Cameroun a progress\u00e9 de deux points par rapport \u00e0 2020, passant du 146e au 144e&nbsp;rang mondial. Comparativement aux ann\u00e9es&nbsp;1998-1999 o\u00f9 le Cameroun tr\u00f4nait en t\u00eate des pays les plus corrompus au monde, l\u2019on peut illusoirement penser que la corruption y a recul\u00e9. Mais le pays figure toujours parmi les pays les plus corrompus au monde. Pour lutter contre cette pratique gangr\u00e9nant les m\u00e9tiers de l\u2019\u00c9tat en \u00ab&nbsp;construction&nbsp;\u00bb (Belomo Essono, 2007), la Commission nationale anti-corruption (Conac) a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par d\u00e9cret pr\u00e9sidentiel n\u00b0&nbsp;2006\/088 du 11&nbsp;mars 2006. Cette entit\u00e9 publie chaque ann\u00e9e un classement des administrations les plus corrompues au Cameroun. Dans le rapport annuel 2020 de la Conac, le secteur des transports routiers est le premier secteur le plus corrompu avec un pourcentage de d\u00e9nonciation des actes de corruption de 17,10&nbsp;%. Il est suivi par les affaires fonci\u00e8res (14,60&nbsp;%), les forces de maintien de l\u2019ordre (13,60&nbsp;%), les finances (12,60&nbsp;%), la justice (11,30&nbsp;%), etc. L\u2019\u00c9tat a subi un pr\u00e9judice financier global de 17,611&nbsp;milliards de francs&nbsp;CFA d\u00fb \u00e0 la corruption et aux infractions assimil\u00e9es (Conac, 2021). Les forces de maintien de l\u2019ordre figurent toujours en bonne place du fait que les agents de cette administration sont tr\u00e8s impliqu\u00e9s dans les actes de corruption dans les transports routiers. Cela n\u2019est gu\u00e8re surprenant puisque&nbsp;: La confusion du public et du priv\u00e9 est en effet le commun d\u00e9nominateur \u00e0 tout un ensemble de pratiques caract\u00e9ristiques de l\u2019\u00c9tat camerounais et de sa logique de fonctionnement, \u00e0 savoir la corruption, qu\u2019elle soit purement \u00e9conomique ou li\u00e9e \u00e0 un \u00e9change social, ou encore le client\u00e9lisme, le patronage, le copinage, le n\u00e9potisme, le tribalisme ou le pr\u00e9bendalisme. (Awono, 2012, p.&nbsp;44) Les r\u00e9sultats d\u2019une \u00e9tude coordonn\u00e9e par Titi Nwel et publi\u00e9e par la Fondation Friedrich Ebert Stiftung montraient d\u00e9j\u00e0 que \u00ab&nbsp;la corruption au sein des forces de l\u2019ordre et dans l\u2019arm\u00e9e&nbsp;\u00bb commencent d\u00e8s l\u2019entr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cole de formation (Titi Nwel, 1999, p.&nbsp;53). La corruption s\u2019est complexifi\u00e9e aujourd\u2019hui au point o\u00f9 Eb\u00e9l\u00e9 Onana (2020) parle de sa mutualisation, qui renvoie aux r\u00e9seaux (verticaux et horizontaux) de corruption que forment les corrompus et les corrupteurs. Eb\u00e9l\u00e9 Onana se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 certaines \u00e9quipes mixtes impliquant policiers et gendarmes pour montrer comment fonctionnent ces espaces de mutualisation de la corruption. Ainsi, selon lui&nbsp;: Ces r\u00e9seaux sont constitu\u00e9s des alliances tiss\u00e9es par les agents d\u2019un m\u00eame service ou qui partagent un espace commun de travail dans l\u2019optique de partager les gains. C\u2019est ce qui est observable dans les contr\u00f4les mixtes policiers-gendarmerie-douane-agents du minist\u00e8re des Transports-agents du minist\u00e8re des For\u00eats et de la Faune. (Eb\u00e9l\u00e9 Onana, 2020, p.&nbsp;68)&nbsp; Du c\u00f4t\u00e9 des autorit\u00e9s, la corruption des forces de police est m\u00eame parfois reconnue et d\u00e9plor\u00e9e, comme en t\u00e9moigne ce message radio-port\u00e9 r\u00e9cent du d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 la S\u00fbret\u00e9 nationale (DGSN)&nbsp;:&nbsp; Suite multiples plaintes usagers pour tracasseries polici\u00e8res, actes d\u00e9nonciation corruption sur voie publique par Commission nationale anti-corruption (Conac), honneur vous demander, primo, bien vouloir rappeler aux diff\u00e9rents postes mixtes instructions contenues message port\u00e9\/fax no&nbsp;291\/DGSN\/CAB\/SG\/IG\/DSCS\/UC\/SL\/BEB date 19&nbsp;juin 2023 proscrivant formellement retrait pi\u00e8ces identit\u00e9s m\u00eame expir\u00e9es aux usagers lors contr\u00f4les&nbsp;; secundo, prendre toutes mesures n\u00e9cessaires en vue lutter efficacement contre corruption diverses tracasseries polici\u00e8res sur voie publique, me rendre compte vos diligences.&nbsp; Ce message souligne bien l\u2019importance des faits index\u00e9s. Il s\u2019inscrit dans un contexte o\u00f9 les usagers sont menac\u00e9s et rackett\u00e9s pour d\u00e9faut de carte nationale d\u2019identit\u00e9 (CNI). Valide, difficile de se la faire d\u00e9livrer aujourd\u2019hui. En effet, la CNI, cens\u00e9e \u00eatre d\u00e9livr\u00e9e en trois mois, n\u2019est parfois obtenue qu\u2019au bout de deux ann\u00e9es. Le demandeur n\u2019a alors en sa possession que le r\u00e9c\u00e9piss\u00e9 de d\u00e9livrance, cens\u00e9 \u00eatre prorog\u00e9 une seule fois, pour une dur\u00e9e totale valide de six mois. Cependant, lors des contr\u00f4les de police ou de gendarmerie, les usagers doivent monnayer s\u2019ils n\u2019ont pas de CNI ou de r\u00e9c\u00e9piss\u00e9 encore valides. Conscient de ces tracasseries injustes, le DGSN a d\u2019abord interdit en juin&nbsp;2023 l\u2019interpellation des citoyens pour ce motif. Cette interdiction n\u2019a pas prosp\u00e9r\u00e9, cette norme pratique ayant persist\u00e9 et il revient \u00e0 la charge avec ce nouveau message datant du 4 mars 2024. Toute une s\u00e9miologie populaire en rapport avec la corruption existe au Cameroun. Ainsi par exemple, dans le parler camerounais le \u00ab&nbsp;mb\u00e9r\u00e9, gni\u00e8h&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;mange mil\u2026&nbsp;\u00bb d\u00e9signe un homme en tenue et plus sp\u00e9cifiquement le gendarme ou le policier. \u00ab&nbsp;Tchoco&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;mouiller la barbe&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;la bi\u00e8re&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;donner la bi\u00e8re&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;parler bien&nbsp;\u00bb sont des expressions qui d\u00e9signent le \u00ab&nbsp;monnayage&nbsp;\u00bb. Cette s\u00e9miologie participe de la banalisation de la corruption d\u00e9sormais observ\u00e9e ou v\u00e9cue comme une pratique ordinaire.&nbsp;Depuis les ann\u00e9es&nbsp;1980, on sait que l\u2019on ne peut rien obtenir dans l\u2019administration au Cameroun sans \u00ab&nbsp;godasses&nbsp;\u00bb ni \u00ab&nbsp;parapluie&nbsp;\u00bb, selon l\u2019expression consacr\u00e9e alors par l\u2019humoriste populaire Dave&nbsp;K. Mocto\u00ef dans son c\u00e9l\u00e8bre spectacle L\u2019homme bien de l\u00e0-bas.&nbsp; Aux cas exemplaires qui se d\u00e9marquent mais peu document\u00e9s\u00a0 N\u00e9anmoins, il existe des \u00ab&nbsp;r\u00e9formateurs [ou] innovateurs de l\u2019int\u00e9rieur&nbsp;\u00bb dans les services publics au Cameroun comme en Afrique subsaharienne. 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La corruption s\u2019est complexifi\u00e9e aujourd\u2019hui au point o\u00f9 Eb\u00e9l\u00e9 Onana (2020) parle de sa mutualisation, qui renvoie aux r\u00e9seaux (verticaux et horizontaux) de corruption que forment les corrompus et les corrupteurs. Eb\u00e9l\u00e9 Onana se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 certaines \u00e9quipes mixtes impliquant policiers et gendarmes pour montrer comment fonctionnent ces espaces de mutualisation de la corruption. Ainsi, selon lui&nbsp;: Ces r\u00e9seaux sont constitu\u00e9s des alliances tiss\u00e9es par les agents d\u2019un m\u00eame service ou qui partagent un espace commun de travail dans l\u2019optique de partager les gains. C\u2019est ce qui est observable dans les contr\u00f4les mixtes policiers-gendarmerie-douane-agents du minist\u00e8re des Transports-agents du minist\u00e8re des For\u00eats et de la Faune. (Eb\u00e9l\u00e9 Onana, 2020, p.&nbsp;68)&nbsp; Du c\u00f4t\u00e9 des autorit\u00e9s, la corruption des forces de police est m\u00eame parfois reconnue et d\u00e9plor\u00e9e, comme en t\u00e9moigne ce message radio-port\u00e9 r\u00e9cent du d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 la S\u00fbret\u00e9 nationale (DGSN)&nbsp;:&nbsp; Suite multiples plaintes usagers pour tracasseries polici\u00e8res, actes d\u00e9nonciation corruption sur voie publique par Commission nationale anti-corruption (Conac), honneur vous demander, primo, bien vouloir rappeler aux diff\u00e9rents postes mixtes instructions contenues message port\u00e9\/fax no&nbsp;291\/DGSN\/CAB\/SG\/IG\/DSCS\/UC\/SL\/BEB date 19&nbsp;juin 2023 proscrivant formellement retrait pi\u00e8ces identit\u00e9s m\u00eame expir\u00e9es aux usagers lors contr\u00f4les&nbsp;; secundo, prendre toutes mesures n\u00e9cessaires en vue lutter efficacement contre corruption diverses tracasseries polici\u00e8res sur voie publique, me rendre compte vos diligences.&nbsp; Ce message souligne bien l\u2019importance des faits index\u00e9s. Il s\u2019inscrit dans un contexte o\u00f9 les usagers sont menac\u00e9s et rackett\u00e9s pour d\u00e9faut de carte nationale d\u2019identit\u00e9 (CNI). Valide, difficile de se la faire d\u00e9livrer aujourd\u2019hui. En effet, la CNI, cens\u00e9e \u00eatre d\u00e9livr\u00e9e en trois mois, n\u2019est parfois obtenue qu\u2019au bout de deux ann\u00e9es. Le demandeur n\u2019a alors en sa possession que le r\u00e9c\u00e9piss\u00e9 de d\u00e9livrance, cens\u00e9 \u00eatre prorog\u00e9 une seule fois, pour une dur\u00e9e totale valide de six mois. Cependant, lors des contr\u00f4les de police ou de gendarmerie, les usagers doivent monnayer s\u2019ils n\u2019ont pas de CNI ou de r\u00e9c\u00e9piss\u00e9 encore valides. Conscient de ces tracasseries injustes, le DGSN a d\u2019abord interdit en juin&nbsp;2023 l\u2019interpellation des citoyens pour ce motif. Cette interdiction n\u2019a pas prosp\u00e9r\u00e9, cette norme pratique ayant persist\u00e9 et il revient \u00e0 la charge avec ce nouveau message datant du 4 mars 2024. Toute une s\u00e9miologie populaire en rapport avec la corruption existe au Cameroun. Ainsi par exemple, dans le parler camerounais le \u00ab&nbsp;mb\u00e9r\u00e9, gni\u00e8h&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;mange mil\u2026&nbsp;\u00bb d\u00e9signe un homme en tenue et plus sp\u00e9cifiquement le gendarme ou le policier. \u00ab&nbsp;Tchoco&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;mouiller la barbe&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;la bi\u00e8re&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;donner la bi\u00e8re&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;parler bien&nbsp;\u00bb sont des expressions qui d\u00e9signent le \u00ab&nbsp;monnayage&nbsp;\u00bb. Cette s\u00e9miologie participe de la banalisation de la corruption d\u00e9sormais observ\u00e9e ou v\u00e9cue comme une pratique ordinaire.&nbsp;Depuis les ann\u00e9es&nbsp;1980, on sait que l\u2019on ne peut rien obtenir dans l\u2019administration au Cameroun sans \u00ab&nbsp;godasses&nbsp;\u00bb ni \u00ab&nbsp;parapluie&nbsp;\u00bb, selon l\u2019expression consacr\u00e9e alors par l\u2019humoriste populaire Dave&nbsp;K. Mocto\u00ef dans son c\u00e9l\u00e8bre spectacle L\u2019homme bien de l\u00e0-bas.&nbsp; Aux cas exemplaires qui se d\u00e9marquent mais peu document\u00e9s\u00a0 N\u00e9anmoins, il existe des \u00ab&nbsp;r\u00e9formateurs [ou] innovateurs de l\u2019int\u00e9rieur&nbsp;\u00bb dans les services publics au Cameroun comme en Afrique subsaharienne. Tr\u00e8s peu de travaux ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9s sur","og_url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-6\/ramer-a-contre-courant-du-marchandage-des-services-publics-au-cameroun-la-gestion-de-la-circulation-routiere-selon-pointinini\/","og_site_name":"Global Africa","article_publisher":"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences","article_modified_time":"2026-05-09T15:00:15+00:00","og_image":[{"width":480,"height":640,"url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/12-Moyenne.jpeg","type":"image\/jpeg"}],"twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"28 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