{"id":26673,"date":"2024-06-20T08:21:13","date_gmt":"2024-06-20T08:21:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/initiatives-locales-et-numerisation-du-systeme-de-surveillance-des-maladies-epidemiques-etude-de-cas-de-la-e-sante-en-milieu-rural-au-burkina-faso\/"},"modified":"2026-05-09T15:15:59","modified_gmt":"2026-05-09T15:15:59","slug":"initiatives-locales-et-numerisation-du-systeme-de-surveillance-des-maladies-epidemiques-etude-de-cas-de-la-e-sante-en-milieu-rural-au-burkina-faso","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-6\/initiatives-locales-et-numerisation-du-systeme-de-surveillance-des-maladies-epidemiques-etude-de-cas-de-la-e-sante-en-milieu-rural-au-burkina-faso\/","title":{"rendered":"Initiatives locales et num\u00e9risation du syst\u00e8me de surveillance des maladies \u00e9pid\u00e9miques : \u00c9tude de cas de la e-sant\u00e9 en milieu rural au Burkina Faso"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction\u00a0\u00a0<\/h2>\n\n\n\n<p>La e-sant\u00e9 \u2013&nbsp;ou sant\u00e9 num\u00e9rique&nbsp;\u2013 fait r\u00e9f\u00e9rence aux syst\u00e8mes et services num\u00e9riques dans le domaine de la sant\u00e9 (OMS, 2009). Cela concerne les pratiques m\u00e9dicales et de sant\u00e9 publique prises en charge par des appareils mobiles tels que les t\u00e9l\u00e9phones portables, les tablettes et les ordinateurs portables, ainsi que la pratique de la m\u00e9decine \u00e0 distance <em>via<\/em> Internet avec des outils tels que les dossiers m\u00e9dicaux sous forme vid\u00e9o et \u00e9lectronique (OMS, 2011&nbsp;; Bajpai, 2012&nbsp;; Petersson, 2014). L\u2019utilisation d\u2019appareils mobiles pour fournir des services de sant\u00e9 a fait na\u00eetre l\u2019espoir d\u2019un nouvel avenir pour les soins dans les pays \u00e0 revenu faible ou interm\u00e9diaire. Cette promesse r\u00e9side dans la capacit\u00e9 de ces appareils \u00e0 s\u2019affranchir du temps et de la distance pour se connecter directement avec les patients, et cela est plus rentable pour les syst\u00e8mes de sant\u00e9. La technologie num\u00e9rique vise \u00e9galement \u00e0 rendre les syst\u00e8mes de sant\u00e9 nationaux davantage ax\u00e9s sur les donn\u00e9es gr\u00e2ce \u00e0 la collecte \u00ab&nbsp;en temps r\u00e9el&nbsp;\u00bb de certains indicateurs de sant\u00e9 (Neumark &amp; Prince, 2021). Plusieurs innovations m-sant\u00e9 \u2013&nbsp;ou sant\u00e9 mobile&nbsp;\u2013 ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9es pour accro\u00eetre l\u2019efficacit\u00e9 et la transparence (Al&nbsp;Dahdah et al., 2015&nbsp;; Lau et al<em>.<\/em>, 2020) dans les domaines de la sant\u00e9 maternelle et infantile, des maladies infectieuses, des maladies chroniques et de la sant\u00e9 mentale (Labrique et al<em>.<\/em>, 2013).<\/p>\n\n\n\n<p>La surveillance de la sant\u00e9 publique signifie \u00ab&nbsp;l\u2019identification, la collecte, le regroupement, l\u2019analyse et l\u2019interpr\u00e9tation syst\u00e9matiques et continues des donn\u00e9es sur l\u2019apparition de maladies et d\u2019\u00e9v\u00e9nements de sant\u00e9 publique dans le but de prendre, en temps opportun, des mesures efficaces [\u2026]&nbsp;\u00bb (OMS, 2019, p.&nbsp;1). La surveillance des maladies est l\u2019un des domaines dans lesquels la sant\u00e9 num\u00e9rique est de plus en plus appliqu\u00e9e, ceci suite \u00e0 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie d\u2019Ebola en Afrique de l\u2019Ouest et \u00e0 la pand\u00e9mie, plus r\u00e9cente, de Covid-19 (Schwamm et al<em>.<\/em>, 2020&nbsp;; Neumark &amp; Prince, 2021). Les approches de sant\u00e9 num\u00e9rique comprennent la communication, les initiatives \u00e9ducatives et les solutions num\u00e9riques de gestion des patients. Elles s\u2019appuient sur des applications telles que WhatsApp, Slack, Facebook, Twitter et Zoom. De telles innovations r\u00e9pondent \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de prot\u00e9ger les patients vuln\u00e9rables des risques associ\u00e9s \u00e0 l\u2019hospitalisation, de promouvoir les distances sociales et de prot\u00e9ger le personnel soignant (Kichloo et al<em>.<\/em>, 2020&nbsp;; Robbins et al<em>.<\/em>, 2020&nbsp;; Wood et al<em>.<\/em>, 2021). La mise en place d\u2019une infrastructure de surveillance num\u00e9rique vise \u00e0 proposer des d\u00e9cisions politiques de sant\u00e9 fond\u00e9es sur des donn\u00e9es pour am\u00e9liorer la r\u00e9ponse aux urgences sanitaires (Al&nbsp;Dahdah, 2019&nbsp;; Ortega et al<em>.<\/em>, 2020&nbsp;; Sittig &amp; Singh, 2020). Ces technologies se sont \u00e9galement r\u00e9v\u00e9l\u00e9es indispensables dans la r\u00e9ponse au Covid-19 (Lau et al<em>.<\/em>, 2020&nbsp;; Schwamm et al<em>.<\/em>, 2020).<\/p>\n\n\n\n<p>Avec l\u2019adoption de la t\u00e9l\u00e9phonie mobile, les interventions m-sant\u00e9 ont rapidement augment\u00e9 dans les pays en d\u00e9veloppement (Blanchet et al<em>.<\/em>, 2015&nbsp;; Meyer et al<em>.<\/em>, 2020&nbsp;; Ojo, 2022). Les recherches montrent que les pays africains sont devenus des terrains \u00e9mergents pour les approches de sant\u00e9 mobile gr\u00e2ce \u00e0 des projets financ\u00e9s par des organisations non gouvernementales (ONG) (Poggiali, 2016&nbsp;; Njoroge et al<em>.<\/em>, 2017&nbsp;; Friederici et al<em>.<\/em>, 2020). Ces innovations ne sont pas n\u00e9cessairement inclusives ou universelles, m\u00eame si elles pr\u00e9tendent produire des r\u00e9sultats de mani\u00e8re plus efficace et plus rentable (Neumark, 2020&nbsp;; Prince, 2020). Malgr\u00e9 l\u2019optimisme suscit\u00e9 par les technologies num\u00e9riques en mati\u00e8re de couverture sanitaire universelle, rien ne prouve pour l\u2019instant qu\u2019elles contribuent \u00e0 rendre les syst\u00e8mes nationaux plus robustes ou plus abordables (Friederici et al<em>.<\/em>, 2020). Des exp\u00e9riences de gestion des donn\u00e9es num\u00e9riques ont m\u00eame montr\u00e9 que les projets de m-sant\u00e9 emp\u00eachent l\u2019adoption de strat\u00e9gies plus fondamentales et \u00e9prouv\u00e9es en p\u00e9riode de crise de sant\u00e9 publique (Erikson, 2018, 2021). Les interventions de m-sant\u00e9 exacerbent la financiarisation et la privatisation des soins, r\u00e9v\u00e9lant le pouvoir croissant des entreprises technologiques pour influencer l\u2019agenda de sant\u00e9 publique (Al&nbsp;Dahdah, 2019&nbsp;; Storeng &amp; de&nbsp;Bengy Puyvall\u00e9e, 2021). Compte tenu des d\u00e9fis li\u00e9s \u00e0 la mise en place de projets de m-sant\u00e9, les agents de sant\u00e9 supportent les co\u00fbts de la \u00ab&nbsp;m-sant\u00e9 informelle&nbsp;\u00bb (Chib et al<em>.<\/em>, 2014) en utilisant, par exemple, leurs t\u00e9l\u00e9phones portables personnels pour rendre divers services num\u00e9riques (Silva &amp; Ben Ali, 2010&nbsp;; Blaschke &amp; Lucas, 2017&nbsp;; Hampshire et al<em>.<\/em>, 2017).<\/p>\n\n\n\n<p>Au Burkina Faso, de 1994 \u2013&nbsp;date d\u2019introduction de la t\u00e9l\u00e9phonie fixe&nbsp;\u2013 \u00e0 2001, la t\u00e9l\u00e9densit\u00e9 d\u2019une ligne t\u00e9l\u00e9phonique est rest\u00e9e faible. La majorit\u00e9 des t\u00e9l\u00e9centres (75&nbsp;%) \u00e9taient concentr\u00e9s dans la seule ville de Ouagadougou en 1998. L\u2019acc\u00e8s aux t\u00e9l\u00e9communications est rest\u00e9 pr\u00e9occupant, malgr\u00e9 quelques tentatives d\u2019implantation de t\u00e9l\u00e9centres dans certains villages (Ouedraogo, 2004). La lib\u00e9ralisation du secteur des t\u00e9l\u00e9communications s\u2019est accompagn\u00e9e de l\u2019av\u00e8nement de la t\u00e9l\u00e9phonie mobile et des connexions Internet en 1996 avec le r\u00e9seau Moov Africa. Plus tard, respectivement en 2000 et 2001, les r\u00e9seaux Telecel et Orange ont \u00e9t\u00e9 introduits (Ouedraogo, 2004). Tr\u00e8s vite, les chiffres indicatifs de l\u2019acc\u00e8s au t\u00e9l\u00e9phone portable ont augment\u00e9, faisant de celui-ci l\u2019outil de communication le plus accessible pour les populations desservies (MENPTD, 2020).<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9cision du gouvernement d\u2019introduire ces technologies mobiles et num\u00e9riques dans le syst\u00e8me de sant\u00e9 a \u00e9t\u00e9 prise en 2004, suite \u00e0 l\u2019adoption de la politique de e-sant\u00e9. L\u2019objectif de cette politique, r\u00e9vis\u00e9e en 2016, \u00e9tait de couvrir 95&nbsp;% des \u00e9tablissements de sant\u00e9 en solutions TIC d\u2019ici 2020 (MSHP, 2016). Avec l\u2019arriv\u00e9e du Covid-19 en 2020, une \u00e9tude a montr\u00e9 que l\u2019adoption de la m-sant\u00e9 a donn\u00e9 lieu \u00e0 une multitude de projets dans le syst\u00e8me de sant\u00e9 depuis l\u2019adoption de cette politique. Dans la surveillance des maladies (collecte de donn\u00e9es, stockage), par exemple, certaines de ces innovations ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9es pour pallier le Covid-19. La plupart de ces innovations sont con\u00e7ues, financ\u00e9es et mises en \u0153uvre par des donateurs \u00e9trangers (Map &amp; Match Data Sets, 2021). Or, \u00e0 notre connaissance, peu de recherches se sont concentr\u00e9es sur ce terrain exp\u00e9rimental des projets top-down de sant\u00e9 num\u00e9rique, malgr\u00e9 le fait que, aussi parfaites soient-elles techniquement, les innovations verticales subissent \u00ab&nbsp;une \u00e9preuve aux r\u00e9sultats impr\u00e9visibles, qui se transforme souvent en \u201crevanche des contextes\u201d&nbsp;\u00bb (Olivier de Sardan, 2022, p.&nbsp;6). En ce sens, des recherches ethnographiques dans le cadre de projets d\u2019ONG ou de centres de recherche ont montr\u00e9 que la sant\u00e9 mobile peine \u00e0 produire les r\u00e9sultats escompt\u00e9s et est sauv\u00e9e par des agents de sant\u00e9 qui adoptent des strat\u00e9gies adaptatives face \u00e0 divers d\u00e9fis (probl\u00e8mes de r\u00e9seau et d\u2019Internet, etc.) (Sanou et al<em>.<\/em>, 2016&nbsp;; Arnaert et al<em>.<\/em>, 2019&nbsp;; Sawadogo et al<em>.<\/em>, 2021). Au vu de ces efforts personnels, la sant\u00e9 num\u00e9rique se veut un ph\u00e9nom\u00e8ne dynamique et multiforme qui englobe l\u2019utilisation informelle des technologies num\u00e9riques pour les soins par un patient ou un professionnel soignant (Hampshire et al<em>.<\/em>, 2021).<\/p>\n\n\n\n<p>La surveillance des maladies potentiellement \u00e9pid\u00e9miques s\u2019effectue par le biais de formulaires de notification de cas, de formulaires d\u2019enqu\u00eate descriptive de cas, de tableaux synth\u00e9tiques et de graphiques pour l\u2019analyse chronologique des donn\u00e9es (MSHP, 2016). La surveillance \u00e9pid\u00e9miologique est mise en \u0153uvre \u00e0 tous les niveaux du syst\u00e8me de sant\u00e9&nbsp;: notamment au niveau de la communaut\u00e9 locale (agents de sant\u00e9 communautaires \u2013&nbsp;ASC&nbsp;\u2013 et dirigeants communautaires), des centres de sant\u00e9 p\u00e9riph\u00e9riques (agents de sant\u00e9 tels que l\u2019infirmier en chef, le responsable du PEV et les accoucheuses ou les sages-femmes), du district sanitaire (bureau des CISSE et laboratoire), et de la direction r\u00e9gionale de la sant\u00e9 (CISSE r\u00e9gionaux et laboratoires r\u00e9gionaux de r\u00e9f\u00e9rence). Des descriptions standardis\u00e9es des cas suspects, probables et confirm\u00e9s sont \u00e9labor\u00e9es et remises aux acteurs en fonction de leur niveau d\u2019\u00e9ducation, afin qu\u2019ils puissent assurer une d\u00e9tection et une notification harmonis\u00e9es. Toutefois, la d\u00e9claration d\u2019\u00e9pid\u00e9mie repose sur un certain nombre de cas notifi\u00e9s et confirm\u00e9s pour chaque maladie \u00e0 d\u00e9claration obligatoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Un seul cas de maladie d\u00e9couvert constitue une pr\u00e9somption d\u2019\u00e9pid\u00e9mie, n\u00e9cessitant une notification imm\u00e9diate, le traitement du patient, un examen sanguin en laboratoire et une investigation dans le but d\u2019identifier les facteurs de risque et de savoir les mesures \u00e0 prendre. Cependant, selon les maladies identifi\u00e9es, une \u00e9pid\u00e9mie est d\u00e9clar\u00e9e lorsqu\u2019un certain nombre de cas confirm\u00e9s est atteint en une semaine ou un mois. Seule l\u2019autorit\u00e9 sanitaire, le minist\u00e8re de la Sant\u00e9 et de l\u2019Hygi\u00e8ne publique (MSHP), a le pouvoir de d\u00e9clarer une \u00e9pid\u00e9mie apr\u00e8s analyse des donn\u00e9es disponibles. Toute confirmation d\u2019un cas doit d\u00e9clencher une r\u00e9ponse par le biais de mesures telles que des campagnes de vaccination et d\u2019\u00e9ducation d\u2019urgence, comme recommand\u00e9 par le syst\u00e8me SIMR (MSHP, 2016&nbsp;; Rasmussen &amp; Sahay, 2021).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019analyse du paysage num\u00e9rique du syst\u00e8me de sant\u00e9 du Burkina Faso a identifi\u00e9 31&nbsp;outils num\u00e9riques, dont au moins 18 ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9s pour lutter contre le Covid-19. Parmi ceux-ci, le logiciel d\u2019information sanitaire de district&nbsp;2 (LISD2) ou \u00ab&nbsp;line-list&nbsp;\u00bb (en jargon institutionnel) et le syst\u00e8me de tra\u00e7abilit\u00e9 des \u00e9chantillons de laboratoire (STELab) qui sont mis en \u0153uvre dans le SIMR et relient les districts sanitaires aux directions r\u00e9gionales de sant\u00e9 (Map &amp; Match, 2021). Ces applications, fruit de partenariats avec des ONG, ne sont pas encore mises en \u0153uvre au niveau des CSPS. Concernant la connexion des CSPS aux districts sanitaires, il s\u2019av\u00e8re que les tentatives de num\u00e9risation du SIMR sont rest\u00e9es m\u00e9diocres. Dans un tel contexte, cet article discute de l\u2019\u00e9mergence de la m-sant\u00e9 informelle dans le SIMR. Il accorde une attention particuli\u00e8re \u00e0 la fa\u00e7on dont les agents de sant\u00e9 g\u00e8rent les TIC face \u00e0 l\u2019insertion inad\u00e9quate des solutions technologiques dans le syst\u00e8me de sant\u00e9 du Burkina Faso. Plus sp\u00e9cifiquement, nous nous concentrerons sur les innovations en cours dans les CSPS o\u00f9 les projets verticaux m-sant\u00e9 sont mis en \u0153uvre au coup par coup, comme le montreront les r\u00e9sultats. Ce niveau institutionnel est au centre de la pr\u00e9sente \u00e9tude pour plusieurs raisons&nbsp;: 1)&nbsp;les CSPS sont les sous-entit\u00e9s institutionnelles o\u00f9 la surveillance est activement exerc\u00e9e et les donn\u00e9es sont collect\u00e9es au niveau de base du syst\u00e8me de sant\u00e9&nbsp;; 2)&nbsp;c\u2019est \u00e9galement \u00e0 ce niveau que s\u2019effectuent la prise en charge des patients et la r\u00e9ponse \u00e0 toute \u00e9pid\u00e9mie d\u00e9clar\u00e9e, g\u00e9n\u00e9rant ainsi plusieurs interactions entre les agents de sant\u00e9 du CSPS et ceux du district sanitaire.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les concepts de \u00ab\u00a0bricole\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0bricolage\u00a0\u00bb dans le syst\u00e8me de sant\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>Les technologies sont des instruments qui facilitent la r\u00e9alisation d\u2019objectifs donn\u00e9s. Leur efficacit\u00e9 d\u00e9pend, compte tenu des difficult\u00e9s rencontr\u00e9es dans l\u2019offre de soins, des possibilit\u00e9s innovantes qu\u2019elles permettent dans les pratiques m\u00e9dicales. L\u2019utilisation de ces outils num\u00e9riques sugg\u00e8re d\u2019utiliser la notion de \u00ab&nbsp;bricolage&nbsp;\u00bb et de \u00ab&nbsp;bricole&nbsp;\u00bb pour mieux caract\u00e9riser les pratiques d\u2019innovation (Benouniche et&nbsp;al<em>.<\/em>, 2014) des agents de sant\u00e9 du district sanitaire de Dand\u00e9 (DSD) dans un contexte national de mise en \u0153uvre fragment\u00e9e de la m-sant\u00e9. Selon Dom\u00ednguez-Guzm\u00e1n et al. (2022), le \u00ab&nbsp;bricolage&nbsp;\u00bb fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la compensation du caract\u00e8re pas tout \u00e0 fait moderne des infrastructures, tandis que \u00ab&nbsp;bricoler&nbsp;\u00bb signifie se contenter de ce qui est \u00e0 port\u00e9e de main. Selon ces auteurs, lorsque le contr\u00f4le pour lequel la technologie moderne est con\u00e7ue s\u2019av\u00e8re difficile \u00e0 r\u00e9aliser, les soins prodigu\u00e9s aux patients prennent la forme de bricolage du fait de l\u2019absence d\u2019information sur les infrastructures.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces deux notions font r\u00e9f\u00e9rence aux efforts que d\u00e9ploient les utilisateurs lorsque les infrastructures ne parviennent pas \u00e0 r\u00e9pondre au pr\u00e9tendu id\u00e9al moderniste (Mol, 2008&nbsp;; Dom\u00ednguez-Guzm\u00e1n et&nbsp;al<em>.<\/em>, 2022). En effet, le bricolage est un processus cr\u00e9atif et adaptatif qui se produit au quotidien dans la pratique sociale, tandis que l\u2019adaptation d\u00e9signe la fa\u00e7on dont les utilisateurs locaux apprennent \u00e0 faire fonctionner les \u00e9quipements (Mayaux et&nbsp;al<em>.<\/em>, 2023). Compte tenu des donn\u00e9es ethnographiques disponibles, les concepts de \u00ab&nbsp;bricolage&nbsp;\u00bb et de \u00ab&nbsp;bricole&nbsp;\u00bb sont appropri\u00e9s pour explorer la r\u00e9alit\u00e9 de la sant\u00e9 mobile informelle.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">M\u00e9thodologie de recherche\u00a0<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Pr\u00e9sentation de la zone d\u2019\u00e9tude<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Le district sanitaire de Dand\u00e9 est l\u2019une des zones d\u2019intervention de ce programme de recherche, de m\u00eame que le district de sant\u00e9 de Tenkodogo. Le DSD est situ\u00e9 dans la partie nord de la province du Houet et couvre une superficie de 3&nbsp;516&nbsp;km\u00b2. C\u2019est l\u2019un des huit districts de la r\u00e9gion sanitaire des Hauts-Bassins. Le DSD partage sa fronti\u00e8re nord avec le Mali et la province de Banwa (Burkina Faso), et sa fronti\u00e8re sud avec le district sanitaire de Do. Le DSD est \u00e9galement bord\u00e9 \u00e0 l\u2019est par les districts de sant\u00e9 de Dafra et L\u00e9na, et \u00e0 l\u2019ouest par le district de sant\u00e9 de N\u2019Dorola (province du K\u00e9n\u00e9dougou). L\u2019arrondissement couvre six communes rurales, sur les 13 que compte la province du Houet, et 97&nbsp;villages formant un continuum le long de la route nationale n<sup>o<\/sup>&nbsp;9 de Bobo jusqu\u2019\u00e0 la fronti\u00e8re malienne. La population du district est estim\u00e9e \u00e0 315&nbsp;370&nbsp;habitants en 2021(DHD, 2022).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019agriculture constitue la principale activit\u00e9 \u00e9conomique, elle repose essentiellement sur les cultures vivri\u00e8res (ma\u00efs, sorgho et mil), les cultures de rente (coton et arachide), l\u2019\u00e9levage extensif (bovins, ovins, caprins et porcins), etc. Le profil \u00e9pid\u00e9miologique de la population du district de Dand\u00e9 est aujourd\u2019hui domin\u00e9 par la r\u00e9\u00e9mergence de maladies potentiellement \u00e9pid\u00e9miques telles que la rougeole et la m\u00e9ningite, et l\u2019\u00e9mergence de la dengue, des infections respiratoires aigu\u00ebs s\u00e9v\u00e8res (SRAS) et des diarrh\u00e9es sanglantes (Sanou, 2023). Ebola et le coronavirus sont aussi des maladies \u00e9mergentes surveill\u00e9es au sein du DSD (DHD, 2022).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Collecte des donn\u00e9es<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Nos recherches se sont d\u00e9roul\u00e9es dans 15&nbsp;centres de sant\u00e9 et de promotion sociale du DSD. Au d\u00e9but de l\u2019enqu\u00eate, les crit\u00e8res de s\u00e9lection des centres de sant\u00e9 \u00e9taient la survenue d\u2019une \u00e9pid\u00e9mie de rougeole, de m\u00e9ningite, de fi\u00e8vre jaune ou de poliomy\u00e9lite dans les cinq ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dant la pr\u00e9sente \u00e9tude. Nous nous sommes rendus au CISSE o\u00f9 nous avons analys\u00e9 les statistiques de 2015 \u00e0 2019. Avec l\u2019aide du gestionnaire principal adjoint des donn\u00e9es du CISSE, nous avons consult\u00e9 des documents administratifs (formulaires de d\u00e9claration, rapports d\u2019enqu\u00eate, etc.). Hormis l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de rougeole signal\u00e9e \u00e0 Kimini en 2019, nous n\u2019avons identifi\u00e9 la survenue d\u2019aucune autre \u00e9pid\u00e9mie. En l\u2019absence d\u2019\u00e9pid\u00e9mie, nous avons enregistr\u00e9 tous les cas isol\u00e9s de chaque maladie \u00e9pid\u00e9mique par le CSPS. Nous avons s\u00e9lectionn\u00e9 les CSPS de Bama, Dand\u00e9, Faramana, Kimini, Lahirasso et Samandeni, qui ont enregistr\u00e9 le plus grand nombre de cas d\u00e9clar\u00e9s et confirm\u00e9s de maladies \u00e9pid\u00e9miques. D\u2019autres CSPS ont \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9s \u00e0 cette liste&nbsp;; ils ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 la technique d\u2019\u00e9chantillonnage cibl\u00e9, au fur et \u00e0 mesure que de nouveaux cas isol\u00e9s de maladies \u00e9pid\u00e9miques ont \u00e9t\u00e9 signal\u00e9s au cours de l\u2019\u00e9tude. Cette technique d\u2019\u00e9chantillonnage raisonn\u00e9 nous a permis d\u2019inclure 9&nbsp;CSPS suppl\u00e9mentaires o\u00f9 des cas de rougeole ou de m\u00e9ningite ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9s.&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les donn\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 collect\u00e9es du 1<sup>er<\/sup>&nbsp;d\u00e9cembre 2019 au 30&nbsp;mai 2020. Cette collecte s\u2019est appuy\u00e9e sur des entretiens semi-directifs aupr\u00e8s d\u2019agents de sant\u00e9 et de gestionnaires de donn\u00e9es du CISSE. Les entretiens ont port\u00e9 sur&nbsp;: les r\u00f4les des CSPS dans le syst\u00e8me de surveillance, la reconfiguration du syst\u00e8me par les TIC, les interactions dans la surveillance, les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es et les adaptations initi\u00e9es dans l\u2019utilisation des TIC. L\u2019objectif des entretiens \u00e9tait d\u2019obtenir des r\u00e9ponses riches et vari\u00e9es \u00e0 des questions plus ou moins ouvertes (Low, 2012). Les participants \u00e0 l\u2019\u00e9tude ont \u00e9t\u00e9 syst\u00e9matiquement inclus dans l\u2019enqu\u00eate et comprenaient 11&nbsp;ICP, 10&nbsp;gestionnaires du PEV, 2&nbsp;membres du CISSE et 15&nbsp;Agents de sant\u00e9 \u00e0 base communautaire (ASBC). Au total, 38&nbsp;participants ont \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9s. Les entretiens ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9s en fran\u00e7ais et enregistr\u00e9s \u00e0 l\u2019aide d\u2019un dictaphone.<\/p>\n\n\n\n<p>Les entretiens ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tay\u00e9s par des observations directes de l\u2019utilisation des TIC, notamment dans le contexte de la surveillance du Covid-19. Six mois de travail de terrain nous ont permis d\u2019observer les interactions socioprofessionnelles possibles gr\u00e2ce aux TIC. En adoptant cette h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de pratiques des sciences sociales, nous avons r\u00e9ussi \u00e0 rassembler des donn\u00e9es pouvant servir d\u2019\u00e9l\u00e9ments d\u2019appr\u00e9ciation aux initiatives locales de num\u00e9risation du syst\u00e8me de surveillance des maladies \u00e9pid\u00e9miques mis en place pour les analyses men\u00e9es dans le DSD.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Analyse des donn\u00e9es<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>La m\u00e9thode utilis\u00e9e a \u00e9t\u00e9 celle de l\u2019analyse des donn\u00e9es qualitatives. Les entretiens ont \u00e9t\u00e9 transcrits en respectant la confidentialit\u00e9. La premi\u00e8re \u00e9tape a \u00e9t\u00e9 l\u2019organisation et l\u2019indexation des donn\u00e9es. Nous avons utilis\u00e9 des m\u00e9thodes d\u2019analyse de contenu et th\u00e9matiques, en effectuant un codage des donn\u00e9es pertinentes. Cette analyse a permis de regrouper les codes sous des rubriques et de formuler une description g\u00e9n\u00e9rale du sujet de recherche (Elo &amp; Kyngas, 2008). Des extraits convaincants ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9s et analys\u00e9s manuellement en les reliant aux questions de recherche. Selon l\u2019analyse qualitative, l\u2019objectif est d\u2019identifier des tendances et des variations significatives, et non d\u2019atteindre une certaine repr\u00e9sentativit\u00e9 (Emerson et&nbsp;al<em>.<\/em>, 1995).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9sultats<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Fragments et temporalit\u00e9 de l\u2019adoption de la e-sant\u00e9 au Burkina Faso<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Le T\u00e9l\u00e9gramme-lettre officielle hebdomadaire (TLOH) fait r\u00e9f\u00e9rence aux donn\u00e9es collect\u00e9es au cours d\u2019une semaine sur les maladies potentiellement \u00e9pid\u00e9miques comme la rougeole, la m\u00e9ningite, la poliomy\u00e9lite, la fi\u00e8vre jaune, etc. Ce sont ces donn\u00e9es qui permettent aux CSPS de suivre l\u2019\u00e9volution des maladies afin de ne se laisser surprendre par aucune \u00e9pid\u00e9mie.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceci est le T\u00e9l\u00e9gramme-lettre officielle hebdomadaire [\u2026]. Du lundi au dimanche, lorsque les unit\u00e9s de sant\u00e9 collectent des donn\u00e9es sur ces cas, elles les compilent. [\u2026] Lundi matin avant 10h, il leur est demand\u00e9 de nous transmettre ces donn\u00e9es. En fait, ce sont des donn\u00e9es \u00e9pid\u00e9miologiques, et nous les r\u00e9cup\u00e9rons et les transmettons au niveau sup\u00e9rieur. L\u2019\u00e9chelon sup\u00e9rieur imm\u00e9diat, \u00e0 savoir la r\u00e9gion, transmet ces donn\u00e9es au plus tard le mardi qui suit \u00e0 10h. [\u2026] En analysant le TLOH, nous pouvons tracer des courbes de maladies \u00e0 potentiel \u00e9pid\u00e9mique pour voir o\u00f9 se situe la menace. (Substitut, CISSE du district de sant\u00e9 de Dand\u00e9)<\/p>\n\n\n\n<p>La collecte hebdomadaire des donn\u00e9es est r\u00e9alis\u00e9e par les infirmiers en chef. Les donn\u00e9es TLOH doivent \u00eatre transmises au CISSE d\u2019arrondissement au plus tard \u00e0 10h chaque lundi matin. Les horaires fixes (10h et 17h) constituent l\u2019unit\u00e9 de mesure de l\u2019indicateur \u00e9pid\u00e9miologique de rapidit\u00e9. Le principe de surveillance \u00e9pid\u00e9miologique \u00e9tablit une fourchette de d\u00e9lais \u00e0 respecter pour chaque niveau du syst\u00e8me de sant\u00e9. Du CSPS au district sanitaire, l\u2019heure limite est 10h. Du district au bureau r\u00e9gional du CISSE, les TLOH doivent \u00eatre transmis le m\u00eame lundi avant 17h au plus tard. Du bureau r\u00e9gional au MSHP, les donn\u00e9es doivent \u00eatre transmises au plus tard le mardi \u00e0 10h.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, chaque lundi matin, les ICP des 33&nbsp;CSPS du DSD doivent transmettre les donn\u00e9es saisies de la semaine pr\u00e9c\u00e9dente au CISSE. Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019adoption des t\u00e9l\u00e9phones fixes en 1994, les TLOH \u00e9taient transmis <em>via<\/em> des moyens de transport tels que les motos. La r\u00e9volution des communications provoqu\u00e9e par l\u2019av\u00e8nement du t\u00e9l\u00e9phone fixe \u00e9tait limit\u00e9e aux grands centres urbains. Les t\u00e9l\u00e9centres, par exemple, n\u2019ont pas pu p\u00e9n\u00e9trer dans les villages en raison du co\u00fbt d\u2019installation. L\u2019exclusion des villages du Burkina a entra\u00een\u00e9 des disparit\u00e9s dans la surveillance des maladies, notamment dans la transmission des donn\u00e9es de sant\u00e9. Des districts sanitaires aux r\u00e9gions sanitaires, les donn\u00e9es TLOH \u00e9taient transmises par t\u00e9l\u00e9phones fixes, qui n\u2019existaient que dans les chefs-lieux de province o\u00f9 \u00e9taient situ\u00e9s les districts sanitaires.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord, c\u2019\u00e9tait le t\u00e9l\u00e9phone fixe. Je sais qu\u2019avec les lignes fixes, on allait dans les t\u00e9l\u00e9centres et on transmettait. Apr\u00e8s cela, les t\u00e9l\u00e9phones portables sont devenus disponibles. [\u2026] Sinon, avant que les CSPS ne soient \u00e9quip\u00e9s de t\u00e9l\u00e9phones portables, vous savez qu\u2019\u00e0 Passor\u00e9, au d\u00e9but, je communiquais avec mon propre t\u00e9l\u00e9phone portable. Vous aviez le choix entre le t\u00e9l\u00e9centre ou votre propre mobile. Vous allez l\u00e0 o\u00f9 se trouve le r\u00e9seau, vous appelez. [\u2026] il n\u2019y avait qu\u2019\u00e0 Yako qu\u2019il y avait un t\u00e9l\u00e9phone fixe. Donc tous les CSPS n\u2019avaient pas de t\u00e9l\u00e9phone fixe. \u00c0&nbsp;l\u2019\u00e9poque, le t\u00e9l\u00e9phone \u00e9tait un luxe. La communication avec le fixe, c\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre le district avec le niveau central ou le district avec le service interne de Yako [\u2026] mais ce n\u2019\u00e9tait pas vers le CSPS.<\/p>\n\n\n\n<p>Les agents de sant\u00e9 du CSPS ont d\u00fb collecter les donn\u00e9es manuellement sur des bouts de papier, mettre du carburant dans les motos et se d\u00e9placer pour les livrer aux districts sanitaires. Ce trajet pour l\u2019acheminement des donn\u00e9es \u00e9tait financi\u00e8rement co\u00fbteux et p\u00e9nible pour les CSPS \u00e9loign\u00e9s, notamment ceux situ\u00e9s \u00e0 plus de 50&nbsp;km avec des routes d\u00e9grad\u00e9es, comme les CSPS de Lahirasso, Kimini et Koroba.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand j\u2019ai quitt\u00e9 l\u2019\u00e9cole en 1986, il n\u2019y avait pas de t\u00e9l\u00e9phone. Alors notre TLOH, T\u00e9l\u00e9gramme-lettre officielle hebdomadaire, pour la d\u00e9claration des maladies \u00e0 d\u00e9claration obligatoire, vous la r\u00e9digiez apr\u00e8s et vous preniez votre moto pour retourner au centre afin de la remettre au responsable. (Gestionnaire, PEV r\u00e9gional)<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0&nbsp;l\u2019\u00e9chelle nationale, les transmissions des donn\u00e9es n\u2019\u00e9taient pas homog\u00e8nes. Dans les districts sanitaires o\u00f9 servaient certains de nos interlocuteurs (infirmiers dipl\u00f4m\u00e9s devenus ICP CSPS dans le DSD ou responsables r\u00e9gionaux du PEV), les agents de sant\u00e9 (l\u2019ICP ou tout autre agent d\u00e9sign\u00e9) allaient eux-m\u00eames remettre les donn\u00e9es hebdomadaires. Dans d\u2019autres districts sanitaires, des agents d\u00e9sign\u00e9s par les CISSE faisaient le tour des CSPS pour collecter les TLOH. D\u2019autres syst\u00e8mes ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9s, obligeant les CSPS \u00e0 s\u2019organiser de telle sorte que l\u2019infirmier du CSPS le plus \u00e9loign\u00e9 collecte les donn\u00e9es des autres CSPS sur le m\u00eame trajet, au fur et \u00e0 mesure de sa progression vers le district.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais infirmi\u00e8re en chef. En f\u00e9vrier 1996 [\u2026]. \u00c0&nbsp;l\u2019\u00e9poque, il existait un syst\u00e8me organis\u00e9 au niveau des quartiers. Autrement dit, chaque lundi matin, il y avait un agent qui quittait le quartier et faisait le tour des formations sanitaires pour r\u00e9cup\u00e9rer les TLOH. Ainsi, il se rendait dans chaque formation sanitaire, et vous, vous r\u00e9digiez votre TLOH et vous le lui remettiez. Il le rapportait le soir au niveau du district et les compilait, et le niveau du district \u00e9tait ainsi inform\u00e9. C\u2019\u00e9tait comme cela en 1997-1998. C\u2019\u00e9tait organis\u00e9 de telle fa\u00e7on qu\u2019il y avait un agent qui faisait le tour de toutes les structures sanitaires pour r\u00e9cup\u00e9rer le TLOH. C\u2019est vrai que chaque quartier avait sa propre organisation. Dans certains districts, c\u2019est l\u2019infirmier en chef du poste le plus \u00e9loign\u00e9 qui r\u00e9cup\u00e9rait le TLOH aupr\u00e8s des autres structures sanitaires. Mais c\u2019\u00e9tait fait de telle fa\u00e7on que c\u2019\u00e9tait sur le m\u00eame axe. [\u2026]. (Gestionnaire, PEV r\u00e9gional)<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la base de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, ces pratiques de communication dites traditionnelles ont m\u00eame perdur\u00e9 jusqu\u2019en 1997-1998, alors que la t\u00e9l\u00e9phonie mobile a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e en 1996 au Burkina Faso (Ouedraogo, 2004). Compte tenu de l\u2019importance des indicateurs de rapidit\u00e9 et d\u2019exhaustivit\u00e9 en \u00e9pid\u00e9miologie, on a alors tent\u00e9 d\u2019innover avec le syst\u00e8me t\u00e9l\u00e9phonique filaire pour permettre aux CSPS de t\u00e9l\u00e9communiquer avec les districts sanitaires. Au lieu d\u2019adaptations contextuelles fond\u00e9es sur l\u2019effort humain, le minist\u00e8re de la Sant\u00e9 a mis en place le \u00ab&nbsp;RAC&nbsp;\u00bb, un syst\u00e8me de communication con\u00e7u exclusivement pour permettre aux CSPS les plus \u00e9loign\u00e9s des districts d\u2019\u00eatre prompts \u00e0 transmettre les TLOH. Selon les infirmiers qui ont vu le RAC sans en faire l\u2019exp\u00e9rience, c\u2019\u00e9tait comme un t\u00e9l\u00e9centre fonctionnant avec une antenne. \u00c0&nbsp;cet effet, un CSPS a \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9 pour l\u2019h\u00e9berger, en fonction de sa localisation m\u00e9diane par rapport aux autres CSPS avec lesquels il formait une circonscription RAC.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0&nbsp;l\u2019\u00e9poque, nos a\u00een\u00e9s connaissaient le RAC. Ce n\u2019\u00e9tait pas facile. Le RAC \u00e9tait un t\u00e9l\u00e9phone fixe dot\u00e9 de grandes antennes au niveau du CSPS. Et pour appeler, je pense que lorsque vous appeliez, presque tout le monde en ligne pouvait vous entendre. C\u2019\u00e9tait donc tr\u00e8s compliqu\u00e9. Et nous avons connu des agents de sant\u00e9 qui parcouraient des kilom\u00e8tres pour transmettre le TLOH. Ils pouvaient parcourir pr\u00e8s de 55&nbsp;km. Pour transmettre le TLOH en son temps. C\u2019\u00e9tait il y a quinze \u00e0 vingt ans [\u2026]. (Substitut, district de sant\u00e9 CISSE de Dand\u00e9)<\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait un t\u00e9l\u00e9phone fixe \u00e0 Yako, mais pas dans les CSPS. Je sais qu\u2019avec les t\u00e9l\u00e9centres qui ont d\u00e9marr\u00e9, il y a eu d\u2019abord le r\u00e9seau des t\u00e9l\u00e9centres. Je sais qu\u2019autrefois, nous allions dans les t\u00e9l\u00e9centres pour communiquer des donn\u00e9es avant l\u2019apparition des t\u00e9l\u00e9phones portables. Et l\u00e0, on avait pay\u00e9 nos portables et on les utilisait. S\u2019il y avait des probl\u00e8mes, nous appelions le district avec [\u2026], et ensuite les CSPS avaient leurs t\u00e9l\u00e9phones de flotte. Sinon, autrefois [\u2026], quand j\u2019allais \u00e0 Yako, il n\u2019y avait qu\u2019\u00e0 Yako qu\u2019il y avait un t\u00e9l\u00e9phone fixe. Donc tous les CSPS n\u2019avaient pas de t\u00e9l\u00e9phone fixe. \u00c0&nbsp;l\u2019\u00e9poque, le t\u00e9l\u00e9phone \u00e9tait un luxe. La communication maintenant avec le t\u00e9l\u00e9phone fixe, c\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre le district avec le niveau central ou le district avec le service interne de Yako [\u2026]. Le RAC ou le carburant pour venir donner le TLOH. Parce que le RAC, ce n\u2019\u00e9tait pas tous les CSPS comme je le disais. C\u2019est la zone Bokin qui en disposait. Je pense que pour les autres CSPS c\u2019est le carburant qu\u2019il fallait pour assurer la transmission des donn\u00e9es. Lorsqu\u2019il y a une campagne, nous fournissons le carburant n\u00e9cessaire pour transmettre les donn\u00e9es. L\u00e0, chaque soir, tu partais, tu transmettais, tu revenais. C\u2019\u00e9tait laborieux. Je sais que j\u2019\u00e9tais \u00e0 23&nbsp;km de Yako. Chaque soir, il fallait trouver quelqu\u2019un pour transmettre les donn\u00e9es [\u2026]. (ICP, CSPS Dand\u00e9)<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00ab&nbsp;cabine t\u00e9l\u00e9phonique&nbsp;\u00bb \u00e9vitait aux infirmiers de parcourir de longues distances et leur permettait de communiquer les TLOH. Cependant, les limites conceptuelles n\u2019ont gu\u00e8re contribu\u00e9 \u00e0 promouvoir l\u2019appropriation de ce syst\u00e8me t\u00e9l\u00e9phonique. Par exemple, le RAC soulevait des questionnements sur le temps d\u2019attente des transmetteurs de donn\u00e9es, oblig\u00e9s de faire la queue en respectant l\u2019ordre d\u2019arriv\u00e9e. La communication avec le RAC posait \u00e9galement le probl\u00e8me de la correction des erreurs commises lors de la transmission des donn\u00e9es. Une fois les donn\u00e9es transmises et les infirmiers-transmetteurs retourn\u00e9s dans leurs CSPS, nous nous sommes demand\u00e9 comment le r\u00e9cepteur du CISSE de district parvenait \u00e0 corriger les donn\u00e9es erron\u00e9es. Le RAC pr\u00e9sentait d\u2019autres limites conceptuelles, telles que l\u2019interf\u00e9rence des lignes t\u00e9l\u00e9phoniques entre les diff\u00e9rents districts sanitaires du pays. Par exemple, l\u2019infirmier du CSPS de Dand\u00e9 pouvait se retrouver \u00e0 communiquer avec le CISSE d\u2019un autre district sanitaire.<\/p>\n\n\n\n<p>En attendant, il y a le RAC. Le syst\u00e8me RAC, c\u2019est-\u00e0-dire que vous appelez et tout le monde entend. Nous l\u2019avons install\u00e9 de gauche \u00e0 droite. C\u2019est comme une radio. Vous y \u00eates, vous appelez \u00ab&nbsp;allo allo, voil\u00e0, voil\u00e0&nbsp;\u00bb, et on vous intercepte. \u00ab&nbsp;Nous prenons vos donn\u00e9es.&nbsp;\u00bb Je n\u2019utilisais pas personnellement le RAC \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Mais \u00e0 mon arriv\u00e9e, certains CSPS en avaient. Apparemment, c\u2019est un appareil de communication, mais je ne m\u2019en souviens pas vraiment. Maintenant, c\u2019est un appareil qui est install\u00e9 avec une antenne, et quand on l\u2019allume, on commence \u00e0 appeler le district sanitaire de Dand\u00e9\u2026 Comme il y en a beaucoup, il y a des interf\u00e9rences. S\u2019ils sont concern\u00e9s eux aussi, ils r\u00e9pondent \u00ab&nbsp;oui oui allo&nbsp;\u00bb, c\u2019est le CSPS de tant de personnes [\u2026]. Ils peuvent intercepter des choses qui ne les concernent m\u00eame pas [\u2026]. C\u2019est le RAC [\u2026]. Comme une radio, il est connect\u00e9 \u00e0 un microphone [\u2026]. Nous ne pouvions pas l\u2019utiliser. Mais quand [\u2026] je suis arriv\u00e9 \u00e0 Yako, n\u2019\u00e9taient-ils pas deux avec le RAC&nbsp;? Peut-\u00eatre dans des zones recul\u00e9es o\u00f9 il y avait des difficult\u00e9s dans la zone. Certains d\u2019entre eux se r\u00e9unissaient et c\u2019\u00e9tait tout. Mais ensuite, \u00e7a n\u2019est pas all\u00e9 loin. (ICP, CSPS Dand\u00e9)<\/p>\n\n\n\n<p>Les propos de nos interlocuteurs montrent que l\u2019ouverture des villages sur l\u2019ext\u00e9rieur a \u00e9t\u00e9 rendue possible par la t\u00e9l\u00e9phonie mobile dans les ann\u00e9es&nbsp;2000. \u00c0&nbsp;l\u2019\u00e9poque, le co\u00fbt de la communication t\u00e9l\u00e9phonique \u00e9tait de \u00ab&nbsp;250&nbsp;FCFA [environ 0,42&nbsp;USD)] la minute&nbsp;\u00bb et le prix des cartes de cr\u00e9dit \u00e9tait relativement cher&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019\u00e9tait au moins 2&nbsp;500&nbsp;FCFA (environ 4,25&nbsp;USD) car un an auparavant c\u2019\u00e9tait 5&nbsp;000&nbsp;FCFA [environ 8,5&nbsp;USD]. Il faut avoir 5&nbsp;000&nbsp;FCFA pour mettre des unit\u00e9s.&nbsp;\u00bb (ICP, CSPS Dand\u00e9). Malgr\u00e9 le co\u00fbt \u00e9lev\u00e9 de la consommation mobile et des t\u00e9l\u00e9phones portables, qui r\u00e9sultaient d\u2019un march\u00e9 moins comp\u00e9titif \u00e0 l\u2019\u00e9poque (2000-2005), certains agents de sant\u00e9 avaient d\u00e9j\u00e0 per\u00e7u la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019int\u00e9grer cette technologie dans leurs pratiques professionnelles, et ont commenc\u00e9 \u00e0 surveiller les maladies \u00e9pid\u00e9miques \u00ab&nbsp;par t\u00e9l\u00e9phone&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026] Je sais qu\u2019avec le fixe, on allait dans les t\u00e9l\u00e9centres pour transmettre les donn\u00e9es. Apr\u00e8s cela, les t\u00e9l\u00e9phones portables sont devenus disponibles. Maintenant, nous avons commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9quiper les CSPS de [t\u00e9l\u00e9phones]. Sinon, avant que les CSPS ne soient \u00e9quip\u00e9s de t\u00e9l\u00e9phones portables, vous savez qu\u2019\u00e0 Passor\u00e9, au d\u00e9but, je communiquais avec mon propre t\u00e9l\u00e9phone portable. Vous aviez le choix entre le t\u00e9l\u00e9centre ou votre propre mobile. Vous allez l\u00e0 o\u00f9 il y a du r\u00e9seau, vous appelez la commune et ensuite vous donnez l\u2019information. Maintenant \u00e7a va tr\u00e8s bien. Nous pensons que cela s\u2019am\u00e9liore chaque jour. Sinon c\u2019est l\u2019avantage. On voit qu\u2019il y avait trop de gymnastique dans le pass\u00e9, avec tous les risques. Tout d\u2019abord, c\u2019\u00e9tait cher, et puis il y avait tous les risques que quelqu\u2019un prenait. (ICP, CSPS Dand\u00e9)<\/p>\n\n\n\n<p>Le dynamisme du march\u00e9 t\u00e9l\u00e9phonique s\u2019est traduit par une baisse du co\u00fbt des appels \u00e0 100&nbsp;FCFA (environ 0,17&nbsp;USD) par minute et des prix des combin\u00e9s (t\u00e9l\u00e9phone mod\u00e8le standard) \u00e0 25&nbsp;000 (environ 42,5&nbsp;USD), 10&nbsp;000 (environ 17&nbsp;USD) et m\u00eame 5&nbsp;000&nbsp;FCFA (environ 8,5&nbsp;USD). Ainsi, la plupart de nos interview\u00e9s poss\u00e8dent d\u00e9sormais au moins deux t\u00e9l\u00e9phones (standard et smartphones)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous avons des petits t\u00e9l\u00e9phones en plus de nos Android.&nbsp;\u00bb (ICP, CSPS Samandeni). Cette popularisation du t\u00e9l\u00e9phone portable par un march\u00e9 plus concurrentiel a conduit la quasi-totalit\u00e9 des infirmiers \u00e0 mettre leur t\u00e9l\u00e9phone portable personnel au service des unit\u00e9s de soin. Initialement, les moyens mobiles de transfert de TLOH \u00e9taient les appels et les messages (SMS). Tout ce dont les ICP avaient besoin \u00e9tait du cr\u00e9dit pour appeler ou envoyer ces donn\u00e9es hebdomadaires par SMS.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait vraiment essentiel, car la transmission [\u2026] passe par la communication. Si on ne communique pas, je ne peux pas transmettre car la distance est compliqu\u00e9e. Depuis Kimini-Dand\u00e9, aller et retour, c\u2019est 180&nbsp;km. Imaginez chaque soir, je prends ma moto pour aller transmettre les donn\u00e9es [\u2026]. Avec le t\u00e9l\u00e9phone, c\u2019est rapide. Je viens d\u2019appeler. \u00c7a nous fait gagner du temps, c\u2019est moins fatigant. (ICP, CSPS Kimini)<\/p>\n\n\n\n<p>Imaginez aujourd\u2019hui sans t\u00e9l\u00e9phone. Ah&nbsp;! car tout en d\u00e9pend d\u00e9sormais. Je sais qu\u2019avant, quand nous avons commenc\u00e9 \u00e0 travailler [\u2026], il n\u2019y avait pas de t\u00e9l\u00e9phone comme \u00e7a. La flotte ne l\u2019a pas fait. Nous avions l\u2019habitude de mettre du carburant dans une moto pour que quelqu\u2019un puisse aller livrer le TLOH tous les lundis matins [\u2026]. C\u2019\u00e9tait donc plus cher. Imaginez 5&nbsp;000&nbsp;FCFA par mois, alors que quelqu\u2019un \u00e0 Banwali, s\u2019il doit mettre du carburant tous les lundis matin pour venir transmettre les donn\u00e9es TLOH [\u2026]. Comme vous pouvez le constater, les choses ont vraiment chang\u00e9. (ICP, CSPS Dand\u00e9)<\/p>\n\n\n\n<p>Selon nos r\u00e9pondants, l\u2019utilisation de leur t\u00e9l\u00e9phone personnel pour effectuer les transactions TLOH leur a permis non seulement d\u2019\u00e9viter les risques li\u00e9s au trajet, mais \u00e9galement d\u2019\u00e9conomiser et de rationaliser les ressources du CSPS. Ces pratiques individuelles ont finalement inspir\u00e9 le projet de \u00ab&nbsp;r\u00e9seau de communication pour la transmission des donn\u00e9es de sant\u00e9&nbsp;\u00bb du minist\u00e8re de la Sant\u00e9. Cette initiative a \u00e9t\u00e9 entreprise avec le soutien du programme d\u2019appui au d\u00e9veloppement sanitaire (PADS). Dans le cadre de la mise en place de ce r\u00e9seau de communication, le PADS a \u00e9quip\u00e9 les \u00e9tablissements de sant\u00e9 de puces t\u00e9l\u00e9phoniques et d\u2019abonnements \u00e0 un syst\u00e8me d\u2019appels pr\u00e9pay\u00e9s. Ce syst\u00e8me d\u2019appels gratuits, appel\u00e9 \u00ab&nbsp;flotte nationale&nbsp;\u00bb par certains infirmiers, permet aux agents de sant\u00e9 de ne pas payer la consommation t\u00e9l\u00e9phonique lors de la transmission de leurs donn\u00e9es&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le t\u00e9l\u00e9phone. Chaque CSPS poss\u00e8de sa propre flotte, et le COGES g\u00e8re la flotte du d\u00e9partement. Au d\u00e9but, c\u2019\u00e9tait le PADS. Ce budget a \u00e9t\u00e9 \u00e0 la charge du PADS. D\u00e9sormais, c\u2019est aux frais du COGES. (ICP, CSPS Kimini)<\/p>\n\n\n\n<p>Selon cet enqu\u00eat\u00e9, les CSPS n\u2019ont pas re\u00e7u les t\u00e9l\u00e9phones cellulaires adapt\u00e9s aux cartes SIM de la flotte pr\u00e9pay\u00e9e. C\u2019est le comit\u00e9 de gestion des centres de sant\u00e9 (COGES) qui leur a achet\u00e9 les t\u00e9l\u00e9phones. Par ailleurs, il ressort de cet extrait d\u2019entretien que les PADS ont support\u00e9 les frais d\u2019abonnement \u00e0 la flotte mobile pendant un certain temps, et lorsque ces frais sont devenus insupportables, le minist\u00e8re de la Sant\u00e9 a d\u00fb recommander aux COGES de prendre en charge les frais de consommation t\u00e9l\u00e9phonique pr\u00e9pay\u00e9e qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent \u00e0 5&nbsp;000&nbsp;FCFA (environ 8,5&nbsp;USD) par mois. Le contrat pour la flotte mobile est avec l\u2019op\u00e9rateur t\u00e9l\u00e9phonique Moov Africa. Les t\u00e9l\u00e9phones utilis\u00e9s sont standards avec une seule puce et la flotte fonctionne exclusivement pour les appels t\u00e9l\u00e9phoniques, ce qui ne permet pas d\u2019envoyer de SMS. \u00c9tant donn\u00e9 que ces t\u00e9l\u00e9phones sont r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 la lettre hebdomadaire officielle de T\u00e9l\u00e9gram, les agents de sant\u00e9 les appellent \u00ab&nbsp;t\u00e9l\u00e9phones TLOH&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;flotte TLOH&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;num\u00e9ros verts&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Outre l\u2019achat de t\u00e9l\u00e9phones, les CSPS sont autoris\u00e9s \u00e0 entreprendre d\u2019autres projets visant \u00e0 moderniser leur environnement de travail, en pr\u00e9levant des ressources financi\u00e8res sur les b\u00e9n\u00e9fices g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par la tarification des actes de sant\u00e9. Pour ce faire, le COGES doit obtenir l\u2019accord de l\u2019\u00e9quipe-cadre du district (ECD) avant d\u2019ex\u00e9cuter toute d\u00e9pense d\u00e9passant 25&nbsp;000&nbsp;FCFA (environ 42,5&nbsp;USD). Lors de notre travail de terrain, nous avons constat\u00e9 que le CSPS de Dand\u00e9 avait pu acqu\u00e9rir un ordinateur et une imprimante.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le SMC. Nous avons fait une demande aupr\u00e8s de la commune. Ils ont vraiment approuv\u00e9 et puis le COGES a achet\u00e9 \u00e7a&nbsp;: l\u2019ordinateur. Puis vint l\u2019imprimante [\u2026]. Selon les r\u00e8gles du COGES, lorsque vous souhaitez d\u00e9penser plus de 25&nbsp;000&nbsp;FCFA, vous devez en faire la demande \u00e0 la hi\u00e9rarchie qui approuve en fonction de votre capacit\u00e9 financi\u00e8re. (ICP, CSPS Dand\u00e9)<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0&nbsp;part Dand\u00e9, aucun autre CSPS n\u2019a pu mettre en \u0153uvre de tels projets. En effet, malgr\u00e9 l\u2019ambition du minist\u00e8re de promouvoir les solutions TIC dans le syst\u00e8me de sant\u00e9, les CSPS ne b\u00e9n\u00e9ficient des puces t\u00e9l\u00e9phoniques que depuis l\u2019adoption de la strat\u00e9gie e-sant\u00e9. C\u2019est aussi le seul t\u00e9l\u00e9phone standard que la plupart des COGES ont pu proposer \u00e0 leurs CSPS du district de Dand\u00e9. Le t\u00e9l\u00e9phone TLOH est m\u00eame utilis\u00e9 pour tous les autres services de sant\u00e9. Cependant, lorsqu\u2019il s\u2019agit de surveiller des maladies \u00e9pid\u00e9miques, de nombreuses pratiques m\u00e9dicales n\u00e9cessitent rapidit\u00e9 et interactivit\u00e9. Face \u00e0 l\u2019absence de l\u2019\u00c9tat dans la mise en \u0153uvre de la politique de e-sant\u00e9, les agents de sant\u00e9 se retrouvent contraints d\u2019innover avec leurs propres outils. La section suivante analyse les innovations des infirmiers dans le syst\u00e8me de surveillance \u00e9pid\u00e9miologique.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Gestion des innovations \u00e9manant du syst\u00e8me de gestion des TLOH<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Compte tenu du manque de financement pour la mise en \u0153uvre des activit\u00e9s telles que d\u00e9crites dans la politique de e-sant\u00e9, les professionnels de sant\u00e9 sont oblig\u00e9s d\u2019initier des actions leur permettant de r\u00e9affecter les activit\u00e9s dans le cadre de la gestion des TLOH. Dans un premier temps, les appels pass\u00e9s avec la flotte mobile \u00e9tant au c\u0153ur des \u00e9changes de donn\u00e9es hebdomadaires entre les CSPS et la circonscription, il s\u2019av\u00e8re qu\u2019en raison du probl\u00e8me r\u00e9current de faible signal du r\u00e9seau, certains ICP \u00e9changent des puces t\u00e9l\u00e9phoniques pour envoyer des SMS ou appeler le num\u00e9ro personnel du CISSE. Les num\u00e9ros utilis\u00e9s appartiennent aux ICP. Ces num\u00e9ros personnels n\u2019\u00e9tant pas enregistr\u00e9s dans le syst\u00e8me de la flotte mobile, les ICP sont contraints de supporter le co\u00fbt des appels et des SMS.<\/p>\n\n\n\n<p>La difficult\u00e9 ici est la communication, et les r\u00e9seaux sont tels qu\u2019ils sont aujourd\u2019hui. Il y a souvent un probl\u00e8me de r\u00e9seau. Vous savez, il existe des TLOH pour lesquels nous sommes souvent oblig\u00e9s d\u2019utiliser d\u2019autres num\u00e9ros. Si c\u2019est le Telmob qui a des probl\u00e8mes, il faut passer par d\u2019autres r\u00e9seaux qui n\u2019existent pas [la flotte]. Ce sont vos unit\u00e9s que vous utiliserez pour appeler. \u00c7a fait un, et deux, il y a aussi des CSPS o\u00f9 je ne sais m\u00eame pas ce que c\u2019est le TLOH, ce sont des num\u00e9ros Telmob, alors qu\u2019il se trouve qu\u2019il y a des zones o\u00f9 il n\u2019y a pas de Telmob, c\u2019est Airtel. C\u2019est d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019ICP de trouver les moyens d\u2019appeler avec les num\u00e9ros Airtel. (ICP, CSPS Dand\u00e9)<\/p>\n\n\n\n<p>Les difficult\u00e9s se situent au niveau des hameaux de cultures. Je peux souvent appeler mon ASBC cinq fois par jour sans pouvoir le joindre car il n\u2019y a pas de r\u00e9seau. Mais Kimini ici va bien pendant un moment. Ce sont tous les r\u00e9seaux. Mais j\u2019utilise principalement Telmob car c\u2019est le plus fiable, m\u00eame s\u2019il y a des difficult\u00e9s. En cas d\u2019urgence, il faut se d\u00e9placer pour voir. Surtout \u00e0 Silgass\u00e9. (ICP, CSPS Kimini)<\/p>\n\n\n\n<p>De telles pratiques ont \u00e9t\u00e9 observ\u00e9es lors de nos travaux sur le terrain, notamment au CISSE. \u00c0&nbsp;titre d\u2019illustration, le 12&nbsp;f\u00e9vrier 2019, un lundi matin \u00e0 8h48, nous avons retrouv\u00e9 le responsable suppl\u00e9ant du CISSE dans son bureau, assis sur une chaise, un smartphone dans la main gauche&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai jusqu\u2019\u00e0 10h pour tout enregistrer et jusqu\u2019\u00e0 17h pour l\u2019envoyer au niveau r\u00e9gional.&nbsp;\u00bb Il r\u00e9cup\u00e9rait les TLOH. Il les recevait des ICP et les saisissait en m\u00eame temps dans son ordinateur. Lorsqu\u2019il remarquait des incoh\u00e9rences statistiques, il prenait un stylo rouge pour faire des additions ou des soustractions, et interrogeait directement les ICP concern\u00e9s sur les erreurs dans leurs calculs. En raison de la saturation des appels sur le num\u00e9ro de la flotte mobile du \u00ab&nbsp;rempla\u00e7ant&nbsp;\u00bb, certains ICP l\u2019ont appel\u00e9 et d\u2019autres lui ont envoy\u00e9 des SMS sur son (ses) num\u00e9ro(s) personnel(s). Les ICP qui envoyaient les SMS \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement ceux qui essayaient d\u2019appeler en vain \u00e0 cause du r\u00e9seau ou de la file d\u2019attente des appels. Tout le monde a essay\u00e9 d\u2019\u00eatre prompt dans la \u00ab&nbsp;t\u00e9l\u00e9communication&nbsp;\u00bb TLOH. Jusqu\u2019\u00e0 10h, lorsqu\u2019il n\u2019avait pas re\u00e7u les donn\u00e9es de tel ou tel CSPS, il les rappelait pour les r\u00e9cup\u00e9rer. Il rappelait \u00e9galement les \u00e9metteurs du SMS pour accuser r\u00e9ception des donn\u00e9es envoy\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lundi matin de la semaine suivante, chaque ICP [\u2026] tente de joindre le responsable CISSE qui dispose de son masque de saisie TLOH. Chaque ICP transmet soit par appel, soit par SMS. (Substitut, CISSE du district de sant\u00e9 de Dand\u00e9)<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est selon un certain nombre d\u2019heures, normalement au plus tard \u00e0 10h, ce que nous transmettons au district tous les lundis. Donc, si vous terminez votre TLOH, vous arrivez le matin, vous parvenez \u00e0 calculer votre TLOH, vous appelez la circonscription ou vous appelez le CISSE. Il faut souvent insister. Il existe de nombreux CSPS. Il faut souvent insister deux ou trois fois. Si vous l\u2019appelez et qu\u2019il est en ligne, vous devez attendre [\u2026]. (ICP, CSPS Dand\u00e9)<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019analyse des adaptations en l\u2019absence de solutions TIC par le haut implique de mettre en lumi\u00e8re les pratiques locales \u00e0 l\u2019\u00e8re de la convergence num\u00e9rique. WhatsApp, par exemple, est apparu comme une strat\u00e9gie palliative au probl\u00e8me des files d\u2019attente et du r\u00e9seau instable. D\u00e8s le dimanche soir, les ICP transf\u00e8rent leurs TLOH pour ne pas avoir \u00e0 \u00ab&nbsp;se battre&nbsp;\u00bb le lendemain. Les utilisateurs de cette application la trouvent pr\u00e9f\u00e9rable au SMS, car elle dispose d\u2019un syst\u00e8me de preuve irr\u00e9futable de r\u00e9ception ou de non-r\u00e9ception d\u2019un message envoy\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019heure actuelle, nous utilisons le t\u00e9l\u00e9phone car, comme je l\u2019ai dit, le TLOH consiste avant tout \u00e0 transmettre des informations par t\u00e9l\u00e9phone. Avec la simplicit\u00e9 des choses, comment dire, m\u00eame les formulaires de surveillance des maladies, il y a des moments, avant m\u00eame que l\u2019\u00e9chantillon ne sorte, on remplit le formulaire d\u2019enqu\u00eate, on l\u2019envoie par WhatsApp. Nous le scannons et l\u2019envoyons. Et m\u00eame le TLOH. Les gens, au lieu d\u2019appeler et de commencer \u00e0 dicter l\u00e0-bas, scannent simplement la page de la semaine qu\u2019ils ont d\u00e9j\u00e0 remplie et envoient sur WhatsApp. Nous avons cr\u00e9\u00e9 un groupe appel\u00e9 \u00ab&nbsp;TLOH&nbsp;\u00bb. (ICP, CM Bama)<\/p>\n\n\n\n<p>Selon cet ICP, outre le TLOH, plusieurs autres types de donn\u00e9es \u00e9pid\u00e9miologiques sont d\u00e9mat\u00e9rialis\u00e9es <em>via<\/em> cette technologie WhatsApp. Il s\u2019agit notamment de celles sur les patients recueillies apr\u00e8s la d\u00e9tection d\u2019une maladie au CSPS et enregistr\u00e9es sur les fiches de suivi, ainsi que des donn\u00e9es recueillies par le biais des fiches d\u2019enqu\u00eate. Le groupe WhatsApp \u00ab&nbsp;TLOH DS DANDE&nbsp;\u00bb, comme son nom l\u2019indique, est exclusivement d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l\u2019envoi de donn\u00e9es TLOH. L\u2019observation des interactions montre par ailleurs que certains ICP envoient leur TLOH sur le compte personnel WhatsApp du rempla\u00e7ant du responsable du CISSE.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cadre de la surveillance du Covid-19, la num\u00e9risation des informations de sant\u00e9 <em>via<\/em> WhatsApp a \u00e9t\u00e9 pratiqu\u00e9e, et s\u2019est concentr\u00e9e, par exemple, sur les donn\u00e9es vaccinales. Le 18&nbsp;juillet 2021, dans un autre groupe WhatsApp, nous lisons le message suivant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Bonsoir cher ICP, juste pour vous informer que les donn\u00e9es Covid-19 seront d\u00e9sormais collect\u00e9es en m\u00eame temps que TLOH. Merci pour vos efforts.&nbsp;\u00bb (Du responsable CISSE, groupe \u00ab&nbsp;INFO_CISSE DS DANDE&nbsp;\u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p>Suite \u00e0 ce message, certains ICP ont post\u00e9 leurs donn\u00e9es de vaccination sur \u00ab&nbsp;INFO_CISSE DS DANDE&nbsp;\u00bb. Apr\u00e8s avoir observ\u00e9 les interactions au sein de ce groupe, du 3&nbsp;avril 2020 (date de notre adh\u00e9sion) au 15&nbsp;novembre 2021 (date de notre retrait du groupe), nous avons \u00e9galement constat\u00e9 qu\u2019il y avait des ICP qui transf\u00e9raient leurs TLOH dans ce groupe WhatsApp alors qu\u2019il \u00e9tait recommand\u00e9 de les envoyer au groupe \u00ab&nbsp;TLOH DS DANDE&nbsp;\u00bb consacr\u00e9 exclusivement au partage d\u2019informations li\u00e9es au syst\u00e8me de sant\u00e9. En revanche, nous avons remarqu\u00e9 que dans les deux groupes, les donn\u00e9es \u00e9taient communiqu\u00e9es sous forme de manuscrits pris en photo, de fichiers Excel ou Word, ou encore par retranscription directe des donn\u00e9es. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, nous constatons que le bricolage effectu\u00e9 par les agents de sant\u00e9 s\u2019adapte au peu de smartphones fournis par l\u2019\u00c9tat et aux limites des \u00ab&nbsp;t\u00e9l\u00e9phones TLOH&nbsp;\u00bb, qui ne permettent pas aux agents d\u2019appeler d\u2019autres num\u00e9ros que ceux enregistr\u00e9s dans le syst\u00e8me d\u2019appel pr\u00e9pay\u00e9 gratuit, encore moins d\u2019\u00e9crire des messages entre les num\u00e9ros de la flotte mobile et ceux personnels. Face \u00e0 ces \u00ab&nbsp;bricolages adaptatifs&nbsp;\u00bb (Dom\u00ednguez-Guzm\u00e1n et al., 2022), nous pouvons d\u00e9crire les agents de sant\u00e9 comme des \u00ab&nbsp;bricoleurs-adaptants&nbsp;\u00bb ou des \u00ab&nbsp;acteurs-bricoleurs&nbsp;\u00bb qui se d\u00e9brouillent avec ce qu\u2019ils ont pour d\u00e9passer les limites du syst\u00e8me \u00ab&nbsp;flotte TLOH&nbsp;\u00bb.&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>TIC personnelles&nbsp;: utilisations dans d\u2019autres domaines de la surveillance \u00e9pid\u00e9miologique<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Nos observations montrent que leurs pratiques de sant\u00e9 mobile englobent presque tous les autres aspects de la surveillance \u00e9pid\u00e9miologique, y compris les informations et les connaissances biom\u00e9dicales essentielles au syst\u00e8me de vigilance sanitaire. C\u2019est le cas du DSD o\u00f9, au lieu des dispositifs techniques fournis par l\u2019\u00c9tat, les agents de sant\u00e9 utilisent leurs TIC personnelles pour acc\u00e9der aux informations sur la sant\u00e9. Pour ce faire, ils se connectent \u00e0 Google ou Facebook pour obtenir des informations. Ces outils num\u00e9riques leur permettent de se tenir au courant des profils \u00e9pid\u00e9miologiques des maladies \u00e9mergentes dans le monde. L\u2019exemple illustratif est que jusqu\u2019\u00e0 ce que le Covid-19 se r\u00e9pande au Burkina Faso \u2013&nbsp;m\u00eame pendant qu\u2019elle s\u00e9vissait \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale&nbsp;\u2013, les agents de sant\u00e9 surveillaient r\u00e9guli\u00e8rement son \u00e9volution dans le monde entier. Ces informations sont \u00e9galement partag\u00e9es \u00e0 travers le groupe \u00ab&nbsp;INFO_CISSE DS DANDE&nbsp;\u00bb qui reste le canal privil\u00e9gi\u00e9 des agents de sant\u00e9 pour partager ce type d\u2019informations.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cas du Covid, la plupart des informations que nous avons obtenues sur la maladie se trouvaient sur le Net. C\u2019est au t\u00e9l\u00e9phone qu\u2019on lisait, sinon on peut bien le dire maintenant, c\u2019est la fiabilit\u00e9 de cette information qui reste \u00e0 v\u00e9rifier. Mais comme ce sont les informations dont nous disposons, nous nous y appuyons. Nous nous fondons \u00e9galement l\u00e0-dessus. Lorsqu\u2019il y a des informations, par exemple sur le Covid-19, nous les partageons. Par exemple, on trouve fr\u00e9quemment des notes d\u2019information sur le nombre de cas, le nombre de d\u00e9c\u00e8s. Chaque jour, ils sortent. D\u00e8s que quelqu\u2019un re\u00e7oit l\u2019information, il la partage avec le groupe, et chacun a alors une id\u00e9e de la situation&nbsp;: nombre total de cas enregistr\u00e9s dans le pays, nombre total de gu\u00e9risons, nombre total de d\u00e9c\u00e8s, etc. (ICP, CM Bama)<\/p>\n\n\n\n<p>Le CISSE a \u00e9galement constitu\u00e9 un groupe, tout comme la pharmacie, et c\u2019est au niveau du district. Mais il existe \u00e9galement d\u2019autres groupes dans lesquels je suis actif et o\u00f9 nous partageons des informations. Dans le cas du Covid, je l\u2019utilise surtout lorsqu\u2019il y a de nouvelles informations. Nous les recevions <em>via<\/em> les TIC. (ICP, CSPS Faramana)<\/p>\n\n\n\n<p>Comme on peut le d\u00e9duire des citations ci-dessus, compte tenu de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 sanitaire dans un contexte de coronavirus, la communication \u00e9lectronique a \u00e9t\u00e9 recommand\u00e9e par le minist\u00e8re de la Sant\u00e9 \u00e0 son personnel (note d\u2019information N<sup>o<\/sup>&nbsp;2020\/0386\/MS\/SG\/DRH\/SAD publi\u00e9e sur le groupe \u00ab&nbsp;INFO_CISSE DS DANDE&nbsp;\u00bb). Selon les informateurs, cette communication <em>via<\/em> WhatsApp induit une sorte d\u2019\u00e9quit\u00e9 d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019information, car elle contourne les difficult\u00e9s g\u00e9ographiques (distance \u00e0 parcourir, al\u00e9as routiers, risque d\u2019accident) que rencontrent certains CSPS avec les moyens de transport traditionnels (moto, tierce personne interpos\u00e9e). Sans avoir \u00e0 se d\u00e9placer, les agents de sant\u00e9 recevaient des notes d\u2019information, des rapports de situation, des formulaires de notification sur le profil \u00e9pid\u00e9miologique du Covid-19 au Burkina Faso, et des protocoles de gestion de cette urgence sanitaire mondiale. Les informations re\u00e7ues par voie num\u00e9rique du minist\u00e8re de la Sant\u00e9 couvraient \u00e9galement la strat\u00e9gie de r\u00e9ponse \u00e0 adopter et la campagne de vaccination contre la pand\u00e9mie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres aspects de la surveillance \u00e9pid\u00e9miologique infiltr\u00e9s par les pratiques de e-sant\u00e9 comprennent la surveillance de la sant\u00e9 et la gestion des personnes atteintes de maladies. Dans le cadre de ces activit\u00e9s, les agents de sant\u00e9 doivent reconna\u00eetre les signes cliniques des maladies \u00e9pid\u00e9miques, \u00eatre capables de les d\u00e9tecter lors des soins curatifs et de les traiter selon les protocoles de prise en charge. Cependant, le niveau de ma\u00eetrise de ces maladies reste (parfois) th\u00e9orique pour la plupart des agents de sant\u00e9. Lors de nos \u00e9changes avec les ICP, il est ressorti que la majorit\u00e9 des infirmiers en poste au DSD n\u2019ont re\u00e7u qu\u2019une formation de base \u00e0 l\u2019\u00c9cole nationale de sant\u00e9 publique (ENSP) et n\u2019ont pas suffisamment d\u2019exp\u00e9rience, car avec le PEV, les maladies potentiellement \u00e9pid\u00e9miques sont devenues rares. Afin de pouvoir diagnostiquer ces maladies et administrer les m\u00e9dicaments adapt\u00e9s aux patients, certains agents de sant\u00e9 sont oblig\u00e9s de demander l\u2019aide d\u2019un coll\u00e8gue ou d\u2019un sup\u00e9rieur <em>via<\/em> les technologies de t\u00e9l\u00e9consultation (appels t\u00e9l\u00e9phoniques, appels vid\u00e9o ou envoi de photos des patients <em>via<\/em> WhatsApp), ou d\u2019effectuer des recherches Google sur les maladies auxquelles ils sont confront\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des photos que les ICP m\u2019envoient souvent sur WhatsApp. Par exemple, un ICP peut soup\u00e7onner un cas de rougeole, mais il n\u2019est pas s\u00fbr qu\u2019il s\u2019agisse bien de la rougeole. Pour avoir la confirmation, il prend des photos du patient et me les envoie sur WhatsApp, et quand je les regarde, je peux lui dire s\u2019il s\u2019agit d\u2019un cas de varicelle ou de rougeole. Voici un exemple. \u00c0&nbsp;[XXX], l\u2019ICP a eu un enfant pr\u00e9sentant une \u00e9ruption cutan\u00e9e g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Un enfant de 5&nbsp;ans [\u2026]. Maintenant, il avait peur que ce soit la rougeole. J\u2019ai dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Eh bien, si vous n\u2019\u00eates pas s\u00fbr, puisque vous avez WhatsApp, vous pouvez prendre une photo et me l\u2019envoyer. Je vais jeter un coup d\u2019\u0153il pour vous rassurer.&nbsp;\u00bb Et quand il l\u2019a fait, j\u2019ai regard\u00e9 et j\u2019ai vite compris qu\u2019il ne s\u2019agissait pas d\u2019un cas de rougeole. J\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 que c\u2019\u00e9tait un cas de furoncles. Cela signifie que certains enfants naissent dans la chaleur et que des v\u00e9sicules apparaissent sur leur corps. Je lui ai rapidement dit que ce n\u2019\u00e9tait pas la rougeole. (Substitut, CISSE du district sanitaire de Dand\u00e9)<\/p>\n\n\n\n<p>Prenez la rougeole, par exemple. Vous pouvez entrer le nom et nous vous donnerons des d\u00e9tails sur la maladie, des explications, la p\u00e9riode d\u2019incubation, plein de d\u00e9tails en tout cas. Quand j\u2019ai eu le cas, en tout cas, j\u2019ai essay\u00e9 d\u2019aller sur Internet pour en savoir plus sur la maladie. Sur Internet, plus de d\u00e9tails sont donn\u00e9s. En rentrant chez moi, on m\u2019a dit que \u00e7a attaquait les yeux. En attendant, \u00e7a change la coloration. \u00c0&nbsp;l\u2019\u00e9cole, on ne rentre pas assez dans les d\u00e9tails. Nous faisons des recherches sur d\u2019autres maladies comme la polio, par exemple. Surtout pour les maladies PEV, j\u2019y vais souvent, je tape le nom et ils me donnent les d\u00e9tails. (Responsable PEV, CSPS Kimini)<\/p>\n\n\n\n<p>La surveillance \u00e9pid\u00e9miologique comprend \u00e9galement des investigations dans les lieux o\u00f9 surviennent des maladies \u00e9pid\u00e9miologiques. Cette \u00e9tape consiste \u00e0 visiter le domicile des malades pour voir s\u2019il y a d\u2019autres personnes contamin\u00e9es. L\u2019enqu\u00eate s\u2019accompagne d\u2019une campagne de sensibilisation sur les pr\u00e9cautions intra-r\u00e9sidentielles \u00e0 prendre comme la mise en quarantaine des malades et l\u2019interdiction d\u2019utiliser leurs objets ou leurs v\u00eatements. Dans le cadre d\u2019une enqu\u00eate, les ASC prennent en charge la surveillance communautaire et interagissent avec les agents de sant\u00e9. D\u00e8s qu\u2019une maladie \u00e9pid\u00e9mique est suspect\u00e9e, les activit\u00e9s \u00e9pid\u00e9miologiques de ces relais communautaires incluent l\u2019identification des foyers des malades et des agents de sant\u00e9 qui les accompagnent pour une premi\u00e8re enqu\u00eate nomm\u00e9e \u00ab&nbsp;enqu\u00eate primaire&nbsp;\u00bb. Cette enqu\u00eate est dite primaire car elle est r\u00e9alis\u00e9e en premier lieu par les acteurs locaux en charge de la sant\u00e9 dans les villages o\u00f9 s\u00e9vit la maladie&nbsp;: infirmiers et ASBC. Elle est r\u00e9alis\u00e9e en continu par les ASBC dans les quartiers jusqu\u2019\u00e0 ce que le nombre de cas suspects oblige les autorit\u00e9s sanitaires du district (m\u00e9decin-chef du district \u2013&nbsp;MCD&nbsp;\u2013, CISSE, responsable PEV) \u00e0 mener une autre enqu\u00eate. Cela se fait par la recherche dans les registres de consultation d\u2019autres cas de la maladie suspect\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 des signes cliniques, et par la visite des familles touch\u00e9es par la maladie, dans le but de d\u00e9clarer ou non une \u00e9pid\u00e9mie. Les ASBC participent \u00e0 cette enqu\u00eate finale, accompagnant l\u2019\u00e9quipe d\u2019enqu\u00eate dans les m\u00e9nages, faisant parfois office de traducteurs, et apportant des r\u00e9ponses \u00e0 certaines questions, notamment sur la participation des m\u00e8res d\u2019enfants infect\u00e9s au PEV. Si les enfants infect\u00e9s n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 vaccin\u00e9s, les ASBC sont charg\u00e9s de les mobiliser pour leur donner des doses de vaccin non re\u00e7ues, organis\u00e9 par le CSPS. Nos donn\u00e9es discursives montrent que dans les localit\u00e9s \u00e9loign\u00e9es, les agents de sant\u00e9 utilisent les TIC pour interagir avec les parents des patients et les ASBC.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand on parle de communaut\u00e9, ce n\u2019est plus la flotte. Il devient le t\u00e9l\u00e9phone personnel que vous utilisez. C\u2019est un appel local aux agents de sant\u00e9 communautaires en charge de la zone [\u2026]. L\u2019ASBC en charge de la zone est dans le quartier Mossi. [\u2026] Je l\u2019appelle et il vient voir la concession de temps en temps [\u2026]. Ce cas [de rougeole], disons [\u2026] qu\u2019on donne des informations sur les personnes d\u00e9plac\u00e9es. Nous avons d\u00fb passer quelques appels. On l\u2019appelle, on lui dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Bonjour, il y a eu un cas qui est venu en consultation, tu peux venir voir&nbsp;?&nbsp;\u00bb Ou nous prenons contact avec la personne concern\u00e9e si n\u00e9cessaire. Mais c\u2019est l\u2019ASBC qui se charge de nous accompagner dans la cour. Ils en savent plus sur les maisons des gens que nous [\u2026]. (PCI, CSPS Samandeni)<\/p>\n\n\n\n<p>Comme le sugg\u00e8re la citation ci-dessus, les interactions communautaires virtuelles entre les infirmiers et les ASBC, qu\u2019ils d\u00e9crivent comme \u00ab&nbsp;leurs yeux et leurs oreilles&nbsp;\u00bb, reposent sur des appels t\u00e9l\u00e9phoniques, la communication num\u00e9rique n\u2019\u00e9tant pas suffisamment d\u00e9velopp\u00e9e dans les villages. L\u2019utilisation du t\u00e9l\u00e9phone personnel contribue \u00e0 contenir la propagation d\u2019une maladie suspect\u00e9e, car elle permet d\u2019anticiper les actions. Il faut toutefois souligner que les ASBC ne re\u00e7oivent pas de t\u00e9l\u00e9phone des COGES, pour toute t\u00e9l\u00e9communication avec les agents de sant\u00e9, ils utilisent leurs propres t\u00e9l\u00e9phones et supportent le co\u00fbt des appels qu\u2019ils passent. Lorsqu\u2019ils n\u2019ont plus de cr\u00e9dit, ils bipent les agents de sant\u00e9 qui les rappellent, tout en payant le co\u00fbt de la communication.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019utilise mes propres t\u00e9l\u00e9phones [\u2026] car l\u2019ASBC n\u2019a pas de flotte [\u2026]. S\u2019ils avaient eux aussi une flotte, nous pourrions communiquer avec la flotte de l\u2019CSPS. Mes unit\u00e9s sont sur mon portable donc je peux les contacter [\u2026]. (Officier du PEV, CSPS Lahirasso)<\/p>\n\n\n\n<p>Nous payons nos unit\u00e9s de notre propre poche et souvent il arrive que nous n\u2019ayons m\u00eame pas d\u2019argent [\u2026]. Ce n\u2019est que le 7&nbsp;janvier 2020 que nous avons \u00e9t\u00e9 pay\u00e9s six mois depuis janvier 2019 et il reste encore 6 mois. (ASBC, CSPS Kimini)<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de l\u2019analyse des extraits d\u2019entretiens, il convient de pr\u00e9ciser qu\u2019il ne s\u2019agit que de cartes SIM que les ASBC ont re\u00e7ues de l\u2019\u00c9tat pour le transfert de leurs motivations financi\u00e8res de 20&nbsp;000&nbsp;FCFA (environ 32,11&nbsp;USD). Ces \u00ab&nbsp;salaires mensuels&nbsp;\u00bb ne sont m\u00eame pas pay\u00e9s de fa\u00e7on r\u00e9guli\u00e8re par leur employeur, l\u2019\u00c9tat. Ainsi, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019appels ou de SMS, il s\u2019av\u00e8re que les factures (unit\u00e9s et m\u00e9gadonn\u00e9es) sont support\u00e9es par les agents de sant\u00e9 et dans une moindre mesure par les ASBC&nbsp;; ce qui renforce encore les sacrifices des acteurs de la sant\u00e9 p\u00e9riph\u00e9rique dans l\u2019application de la sant\u00e9 mobile dans le syst\u00e8me de surveillance des maladies.<\/p>\n\n\n\n<p>Le t\u00e9l\u00e9phone&nbsp;? C\u2019est comme \u00e7a qu\u2019on communique, les ASBC, les autres CSPS. Nous utilisons nos propres ressources. Le major poss\u00e8de une flotte. La flotte elle-m\u00eame est au niveau du district. Ce n\u2019est pas avec les agents de base [les ASBC]. (PCI, CSPS Kimini)<\/p>\n\n\n\n<p>En revanche, lorsqu\u2019une maladie est suspect\u00e9e dans une localit\u00e9 \u00e9loign\u00e9e (un village ou un hameau agricole), certains agents de sant\u00e9 interagissent par t\u00e9l\u00e9phone avec les proches des patients. Il leur suffit d\u2019\u00eatre nombreux pour surmonter les contraintes spatio-temporelles r\u00e9currentes qui freinent l\u2019efficacit\u00e9 des strat\u00e9gies de veille \u00e9pid\u00e9miologique. Ce fut le cas de la prise en charge de la rougeole dans la famille d\u2019un agriculteur habitant un hameau agricole \u00e0 2&nbsp;km du CSPS de Dand\u00e9. Sept enfants \u00e9taient soup\u00e7onn\u00e9s d\u2019avoir contract\u00e9 la rougeole. Une fois les premiers cas port\u00e9s au CSPS, le t\u00e9l\u00e9phone a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 pour informer le village et recommander que d\u2019autres enfants pr\u00e9sentant des sympt\u00f4mes de rougeole soient amen\u00e9s au CSPS.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons utilis\u00e9 le t\u00e9l\u00e9phone pour contacter les parents, car apparemment c\u2019\u00e9tait la m\u00e8re qui \u00e9tait la premi\u00e8re \u00e0 venir avec l\u2019enfant, et nous avons pris le num\u00e9ro du p\u00e8re avec la m\u00e8re et avons ensuite contact\u00e9 le p\u00e8re. Comme le p\u00e8re \u00e9tait l\u00e0, nous avions besoin de quelques renseignements de sa part. \u00c9tant au CSPS, il a appel\u00e9 chez lui pour demander ce que les enfants avaient mang\u00e9. Avec qui ils couchent. (Responsable PEV, CSPS Dand\u00e9)<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est la notification puis l\u2019\u00e9change avec les parents. Si nous en avons besoin, nous les appelons [\u2026]. Les \u00e9changes peuvent \u00eatre des rendez-vous. Quand les choses ne vont pas bien, quand nous avons besoin d\u2019informations sur les cahiers, etc., nous appelons parce qu\u2019il y a des enfants l\u00e0-bas et nous n\u2019avions aucune information. Il fallait retrouver les carnets, c\u2019est tout [\u2026] Nous avons pu retrouver certains enfants. Maintenant qu\u2019il a trouv\u00e9 les cahiers, il les a apport\u00e9s. C\u2019est l\u2019essentiel. C\u2019\u00e9tait \u00e0 Dand\u00e9 [ce cas de rougeole]. (ICP, CSPS Dand\u00e9)<\/p>\n\n\n\n<p>Bien qu\u2019il s\u2019agisse du seul exemple d\u2019utilisation des TIC entre infirmiers et population dans le cadre de la surveillance \u00e9pid\u00e9miologique, on peut d\u00e9duire que la faible fr\u00e9quence des interactions mobiles et num\u00e9riques entre soignants et patients s\u2019explique par la raret\u00e9 des \u00e9pisodes \u00e9pid\u00e9miques. Cela se justifie \u00e9galement par le fait que les infirmiers utilisent de plus en plus le t\u00e9l\u00e9phone dans leur prestation quotidienne de soins aux patients.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons les num\u00e9ros des ASBC. Ils sont l\u2019interface entre nous et la communaut\u00e9. Souvent, les patients passent par eux pour nous joindre. Dans certains cas, il dira&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ah&nbsp;! Major&nbsp;: voil\u00e0 une affaire. La personne est l\u00e0. Elle est g\u00ean\u00e9e de venir.&nbsp;\u00bb (ICP, CSPS Dand\u00e9)<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, en plus d\u2019\u00eatre les yeux et les oreilles du syst\u00e8me de sant\u00e9 dans leurs communaut\u00e9s, les ASBC agissent \u00e9galement comme m\u00e9diateurs pour rapprocher les gens des services de sant\u00e9. Ces ASBC utilisent leurs t\u00e9l\u00e9phones personnels comme t\u00e9l\u00e9centres au service de la sant\u00e9 communautaire pour faciliter le contact entre les agents et ceux qui recherchent des services de sant\u00e9. Cet usage partag\u00e9 du t\u00e9l\u00e9phone est pratiqu\u00e9 par les agents de sant\u00e9 dans les centres de sant\u00e9. G\u00e9n\u00e9ralement, les num\u00e9ros de t\u00e9l\u00e9phone des accompagnants des patients sont inscrits dans les registres de consultation. Pour faire face \u00e0 certaines urgences, les agents portent secours \u00e0 certains accompagnants qui n\u2019ont pas de t\u00e9l\u00e9phone ou qui n\u2019ont plus de cr\u00e9dit d\u2019appel. Ces astuces pour inventer des modes communautaires d\u2019appropriation des TIC font du t\u00e9l\u00e9phone un bien public et non plus un bien priv\u00e9. De tels bricolages de la part des agents de sant\u00e9 ne s\u2019adaptent pas aux limites des solutions num\u00e9riques propos\u00e9es pour faciliter les activit\u00e9s de surveillance communautaire ou la r\u00e9ponse \u00e0 une \u00e9pid\u00e9mie potentielle. Ils sont plut\u00f4t innovants dans le sens o\u00f9 ils comblent le vide laiss\u00e9 par l\u2019absence d\u2019infrastructure num\u00e9rique \u00e9tatique. Puisque les agents de sant\u00e9 remplacent l\u2019\u00c9tat en faisant de la bricole avec leurs t\u00e9l\u00e9phones, leurs cr\u00e9dits de communication et leurs m\u00e9gadonn\u00e9es, cette \u00ab&nbsp;fa\u00e7on de faire&nbsp;\u00bb peut \u00eatre qualifi\u00e9e de bricolage, et \u00e9l\u00e8ve par la suite les agents de sant\u00e9 au rang de bricoleurs.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Discussion<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019objectif de cet article \u00e9tait d\u2019\u00e9tudier comment les t\u00e9l\u00e9phones portables sont utilis\u00e9s dans le cadre de la surveillance \u00e9pid\u00e9mique et des soins de sant\u00e9 dans le district sanitaire de Dand\u00e9 (DHD). Au vu des \u00e9l\u00e9ments d\u2019analyse, plusieurs syst\u00e8mes de communication mobiles et num\u00e9riques \u00e0 la disposition des agents de sant\u00e9 sont appliqu\u00e9s \u00e0 la surveillance des maladies potentiellement \u00e9pid\u00e9miques. Il s\u2019agit notamment du t\u00e9l\u00e9phone (appels et SMS), d\u2019Internet et de WhatsApp. Au vu des r\u00e9sultats obtenus, ces technologies ouvrent de nouveaux horizons pour le renforcement des capacit\u00e9s des professionnels de sant\u00e9. Surtout, elles transforment les pratiques de prise en charge des maladies en permettant aux soignants de t\u00e9l\u00e9consulter coll\u00e8gues et sup\u00e9rieurs et de participer activement \u00e0 la production de connaissances. La sant\u00e9 mobile <em>via<\/em> WhatsApp, en hausse dans le DSD, prouve encore que les TIC favorisent l\u2019autonomie des professionnels de sant\u00e9, comme le d\u00e9montrent d\u2019autres \u00e9tudes (Duclos, 2013&nbsp;; Ngabo et&nbsp;al<em>.<\/em>, 2012).<\/p>\n\n\n\n<p>Pour discuter des r\u00e9sultats, nous devons nous concentrer sur les concepts de bricolage, d\u2019adaptation et de bricolage adaptatif. En r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la th\u00e9orisation l\u00e9gu\u00e9e par Mol (2008), il faut dire que dans le cadre de cette recherche, le concept de bricolage d\u00e9signe une variante h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne des efforts d\u00e9ploy\u00e9s par les agents de sant\u00e9 dans le processus de num\u00e9risation du syst\u00e8me de surveillance des maladies potentiellement \u00e9pid\u00e9miques. Tout aussi diff\u00e9rent de l\u2019adaptation, nous avons vu comment le bricolage peut \u00eatre adaptatif, comme le montre la th\u00e9orisation de Dom\u00ednguez-Guzm\u00e1n et&nbsp;al<em>.<\/em> (2022).<\/p>\n\n\n\n<p>La notion de bricolage adaptatif signifie, dans notre contexte, que les agents de sant\u00e9 ont adopt\u00e9 des strat\u00e9gies alternatives aux d\u00e9fis technologiques rencontr\u00e9s par le t\u00e9l\u00e9phone TLOH. Contrairement au bricolage adaptatif, le bricolage fait \u00ab&nbsp;simplement&nbsp;\u00bb r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la forme de sant\u00e9 mobile informelle qui \u00e9merge pour compenser l\u2019incapacit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat \u00e0 fournir des solutions TIC comme promis en 2016 (MSHP, 2016). En effet, le bricolage consiste \u00e0 utiliser des technologies personnelles pour am\u00e9liorer la surveillance des maladies en cas de manque d\u2019infrastructures publiques. Le bricolage devient adaptatif lorsqu\u2019une m\u00e9diation inventive avec les TIC personnelles est initi\u00e9e en r\u00e9ponse aux difficult\u00e9s d\u2019utilisation des infrastructures propos\u00e9es par l\u2019\u00c9tat pour une am\u00e9lioration optimale de la surveillance \u00e9pid\u00e9miologique.<\/p>\n\n\n\n<p>Nos enqu\u00eates montrent que le bricolage du t\u00e9l\u00e9phone et de WhatsApp est une entreprise collective des agents de sant\u00e9, pour la simple raison que ces technologies sont ancr\u00e9es dans le quotidien et modifient fondamentalement leurs conditions de travail. Ces mesures collectives de bricole ou de bricolage contribuent \u00e0 am\u00e9liorer la surveillance des maladies, mais parmi ces bricoleurs et bricoleurs collectifs, on ne parvient pas \u00e0 identifier les innovateurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, dans le cas du TLOH, on sait bien que le minist\u00e8re a \u00e9t\u00e9 l\u2019innovateur avant que le CSPS ne prenne en charge le financement de la flotte mobile. On sait aussi que le CISSE a initi\u00e9 la cr\u00e9ation de groupes WhatsApp. Compte tenu de l\u2019existence de ces groupes nationaux, il est impossible de dire qui est \u00e0 l\u2019origine de l\u2019introduction de ce m\u00e9dia dans le syst\u00e8me de sant\u00e9. Cependant, nous pouvons affirmer avec certitude que tous ces bricolages collectifs sont informels et montrent les limites de la capacit\u00e9 financi\u00e8re ou, pour parler franchement, le manque de volont\u00e9 de l\u2019\u00c9tat de moderniser le syst\u00e8me de sant\u00e9 gr\u00e2ce aux TIC. C\u2019est dans ce sens que nous convenons que le bricolage est coproduit par l\u2019\u00c9tat et la soci\u00e9t\u00e9 (Benouniche et&nbsp;al<em>.<\/em>, 2014 ; Mayaux et&nbsp;al<em>.<\/em>, 2023). Dans la surveillance et la r\u00e9ponse aux maladies, la bricole et le bricolage sont des processus continus impliquant de multiples acteurs (ICP, gestionnaires de donn\u00e9es et, dans une moindre mesure, ASC) interconnect\u00e9s pour surveiller les maladies et produire des donn\u00e9es \u00e0 diff\u00e9rents niveaux du syst\u00e8me de sant\u00e9 dans le DSD.<\/p>\n\n\n\n<p>Concernant le syst\u00e8me de gestion des donn\u00e9es de sant\u00e9, au vu des interactions observ\u00e9es \u00e0 travers les groupes WhatsApp, on peut en d\u00e9duire que les TIC ont institu\u00e9 un sch\u00e9ma de communication transformant les \u00e9metteurs TLOH et leurs r\u00e9cepteurs en producteurs de donn\u00e9es \u00e9pid\u00e9miologiques. Le r\u00f4le des infirmiers du CSPS ne se limite plus \u00e0 remplir des formulaires papier, mais inclut une certaine activit\u00e9 autour des donn\u00e9es num\u00e9ris\u00e9es. Modifiant radicalement le \u00ab&nbsp;syst\u00e8me nerveux&nbsp;\u00bb (Nora &amp; Minc, 1978) de la surveillance \u00e9pid\u00e9miologique, cette technologie r\u00e9duit le d\u00e9calage spatial et temporel entre la collecte et le transfert des donn\u00e9es (Ganesan et&nbsp;al<em>.<\/em>, 2012&nbsp;; Matthew et al<em>.<\/em>, 2007). L\u2019application WhatsApp s\u2019est donc r\u00e9v\u00e9l\u00e9e indispensable dans la r\u00e9ponse nationale au coronavirus. Comme l\u2019ont montr\u00e9 plusieurs \u00e9tudes de recherche sur les TIC en contexte pand\u00e9mique, les approches mises en \u0153uvre sont la communication num\u00e9rique, les initiatives \u00e9ducatives num\u00e9riques et les solutions num\u00e9riques de gestion des patients (Lau et al<em>.<\/em>, 2020&nbsp;; Schwamm et al<em>.<\/em>, 2020). Ces approches, dans le contexte de nos recherches, ont \u00e9galement abord\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 de promouvoir les distances sociales et de prot\u00e9ger les travailleurs de la sant\u00e9 (Kichloo et al<em>.<\/em>, 2020&nbsp;; Robbins et al<em>.<\/em>, 2020&nbsp;; Wood et al<em>.<\/em>, 2021).<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si entre-temps les autorit\u00e9s sanitaires ont recommand\u00e9 l\u2019utilisation des TIC pour la gestion sp\u00e9cifique du Covid-19, notre analyse montre qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une sorte de formalisme, dans la mesure o\u00f9 la recommandation n\u2019a \u00e9t\u00e9 suivie d\u2019aucune mesure d\u2019accompagnement sp\u00e9cifique. Au lieu de cela, un partenaire au d\u00e9veloppement, l\u2019Agence des \u00c9tats-Unis pour le d\u00e9veloppement international (USAID), a fourni au CISSE des tablettes pour g\u00e9rer les donn\u00e9es sur le Covid-19, mais pas aux agents de sant\u00e9 qui collectent les donn\u00e9es au niveau local et qui sont confront\u00e9s \u00e0 des difficult\u00e9s dues \u00e0 la distance, aux conditions routi\u00e8res, etc. Cela t\u00e9moigne du fait que les interventions exp\u00e9rimentales de sant\u00e9 mobile en Afrique, financ\u00e9es par des ONG (Friederici et al<em>.<\/em>, 2020&nbsp;; Njoroge et al<em>.<\/em>, 2017&nbsp;; Poggiali, 2016), ne sont pas inclusives (Neumark, 2020&nbsp;; Prince, 2020). Cette fragmentation des projets exp\u00e9rimentaux est parfaitement illustr\u00e9e par le projet RAPISMS, qui a \u00e9quip\u00e9 les CSPS de tablettes de gestion des d\u00e9p\u00f4ts pharmaceutiques, sans pour l\u2019instant inclure les activit\u00e9s li\u00e9es \u00e0 la surveillance des maladies potentiellement \u00e9pid\u00e9miques.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9tant donn\u00e9 le caract\u00e8re fragment\u00e9 des projets num\u00e9riques verticaux, les personnels soignants situ\u00e9s en p\u00e9riph\u00e9rie du syst\u00e8me de sant\u00e9 sont oblig\u00e9s de bricoler les moyens technologiques dont ils disposent. Comme le montrent les r\u00e9sultats, les adaptations impliquent des sacrifices personnels en termes de consommation t\u00e9l\u00e9phonique et Internet. Il ressort que ce que Chib et al<em>.<\/em> (2014) ont qualifi\u00e9 de \u00ab&nbsp;sant\u00e9 mobile informelle&nbsp;\u00bb est soutenu par les infirmiers du DSD. C\u2019est le cas des agents de sant\u00e9 qui utilisent leurs t\u00e9l\u00e9phones portables personnels pour fournir divers services num\u00e9riques (Blaschke &amp; Lucas, 2017&nbsp;; Hampshire et al<em>.<\/em>, 2017). Ces usages informels des technologies num\u00e9riques dans la surveillance \u00e9pid\u00e9miologique montrent que les critiques adress\u00e9es aux TIC, incapables de justifier l\u2019optimisme plac\u00e9 en elles (Friederici et al<em>.<\/em>, 2020), ne concernent que les projets top-down des ONG. Au lieu de solutions TIC verticales, ce sont les efforts personnels des agents de sant\u00e9 qui dynamisent le syst\u00e8me de surveillance des maladies, le rendant plus efficace et plus rentable, et rendant les donn\u00e9es \u00e9pid\u00e9miologiques plus accessibles. Dans cette logique de substitution \u00e0 une infrastructure nationale de e-sant\u00e9, les usages informels des TIC favorisent l\u2019\u00e9mergence d\u2019une culture num\u00e9rique, une communication rapide moins formelle, des \u00e9changes imm\u00e9diats et un travail coop\u00e9ratif (Silva &amp; Ben Ali, 2010).<\/p>\n\n\n\n<p>De nombreuses \u00e9tudes se sont pench\u00e9es sur l\u2019appropriation des TIC telles que les t\u00e9l\u00e9phones et les logiciels interactifs dans le syst\u00e8me de sant\u00e9 du Burkina Faso. Ces \u00e9tudes se sont principalement concentr\u00e9es sur des projets de d\u00e9veloppement verticaux men\u00e9s par des ONG ou des centres de recherche (Arnaert et al<em>.<\/em>, 2019&nbsp;; Sanou et al<em>.<\/em>, 2016&nbsp;; Sawadogo et al<em>.<\/em>, 2021). Cependant, peu de projets mis en \u0153uvre ont exp\u00e9riment\u00e9 l\u2019utilisation de WhatsApp. Pourtant, nos r\u00e9sultats montrent que l\u2019application devient la technologie num\u00e9rique rurale qui contribuera \u00e0 la mise en place d\u2019un syst\u00e8me d\u2019information intelligent sur la sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9tant donn\u00e9 que les efforts de num\u00e9risation d\u00e9pendent de l\u2019initiative personnelle des agents de sant\u00e9, on peut dire qu\u2019un syst\u00e8me de t\u00e9l\u00e9surveillance alternatif a \u00e9t\u00e9 construit \u00e0 partir de l\u2019utilisation r\u00e9elle des TIC par les agents de sant\u00e9 du district sanitaire de Dand\u00e9. Ces pratiques de t\u00e9l\u00e9surveillance des \u00e9pid\u00e9mies s\u2019appuient sur la ma\u00eetrise de la culture num\u00e9rique et la \u00ab&nbsp;repr\u00e9sentation partag\u00e9e&nbsp;\u00bb (Olivier de Sardan, 1998) qui sous-tend les discours et comportements \u00ab&nbsp;non observateurs&nbsp;\u00bb des soignants (Olivier de Sardan, 2022). Cette image bien ancr\u00e9e des TIC se justifie en outre par le fait que leurs usages concernent les interactions avec les ASC et, de plus en plus, celles avec les populations b\u00e9n\u00e9ficiant des services de sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019analyse des dysfonctionnements du RAC et du t\u00e9l\u00e9phone TLOH a montr\u00e9 que les projets verticaux peinaient \u00e0 r\u00e9pondre aux enjeux centraux du syst\u00e8me de sant\u00e9. L\u2019\u00ab&nbsp;\u00e9preuve des contextes&nbsp;\u00bb, subie par ces TIC dans le DSD de 1996 \u00e0 nos jours, porte sur la probl\u00e9matique du r\u00e9seau t\u00e9l\u00e9phonique, le faible niveau de solutions TIC dans les \u00e9tablissements de sant\u00e9 et la d\u00e9pendance du d\u00e9veloppement de l\u2019infrastructure num\u00e9rique \u00e0 l\u2019aide ext\u00e9rieure. Le fait m\u00eame qu\u2019il existe un d\u00e9calage entre les normes officielles de ces technologies num\u00e9riques et les pratiques courantes du personnel soignant a fait \u00e9merger une expertise du quotidien. Cette expertise contextuelle a permis d\u2019appr\u00e9cier les CSPS du DSD dans la recherche des indicateurs de rapidit\u00e9 et d\u2019exhaustivit\u00e9 si chers au syst\u00e8me SIMR. C\u2019est la \u00ab&nbsp;revanche des contextes&nbsp;\u00bb dans lesquels s\u2019inscrit l\u2019ing\u00e9nierie de la e-sant\u00e9. Cette revanche contextuelle s\u2019explique par le fait que les infirmiers sont critiques \u00e0 l\u2019\u00e9gard des conditions quotidiennes de surveillance des \u00e9pid\u00e9mies qu\u2019ils connaissent directement et souhaitent innover pour compenser les insuffisances des solutions verticales TIC (Lasdel, 2023).<\/p>\n\n\n\n<p>Cela sous-tend les r\u00e9formes internes men\u00e9es par les agents de sant\u00e9 en utilisant leurs propres ressources. Ces innovations se sont d\u00e9roul\u00e9es progressivement et en coh\u00e9rence avec la dynamique appropriative des TIC et ont permis aux innovateurs contextuels de s\u2019adapter \u00e0 la probl\u00e9matique de correspondance entre les cartes SIM de la flotte mobile TLOH et les t\u00e9l\u00e9phones personnels, et au contexte d\u2019insuffisance et, parfois, m\u00eame en l\u2019absence de r\u00e9seau. Ils ont \u00e9galement permis \u00e0 ces \u00ab&nbsp;r\u00e9formateurs de l\u2019int\u00e9rieur&nbsp;\u00bb de r\u00e9soudre le probl\u00e8me des files d\u2019attente pour les appels t\u00e9l\u00e9phoniques et des risques de retard dans la transmission des donn\u00e9es hebdomadaires. D\u2019o\u00f9 des normes pratiques comme l\u2019utilisation de smartphones personnels \u00e0 la place du t\u00e9l\u00e9phone TLOH (Olivier de Sardan, 2003).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion\u00a0<\/h2>\n\n\n\n<p>Notre analyse montre que, en r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019incapacit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat \u00e0 doter les \u00e9tablissements de sant\u00e9 de solutions TIC, les agents de sant\u00e9 investissent leurs ressources technologiques personnelles pour rendre le syst\u00e8me SIMR plus efficace et plus rentable en termes d\u2019indicateurs \u00e9pid\u00e9miologiques tels que la rapidit\u00e9 dans la transmission et l\u2019exhaustivit\u00e9 des donn\u00e9es. Ces pratiques informelles de surveillance des maladies potentiellement \u00e9pid\u00e9miques appellent ainsi l\u2019\u00c9tat \u00e0 construire une infrastructure num\u00e9rique publique ind\u00e9pendante des approches des projets d\u2019ONG qui se r\u00e9v\u00e8lent jusqu\u2019ici fragment\u00e9es et exclusives vis-\u00e0-vis des CSPS, lieux de production des donn\u00e9es, de surveillance active des maladies \u00e9pid\u00e9miques et de mise en \u0153uvre de strat\u00e9gies de r\u00e9ponse \u00e0 toute \u00e9pid\u00e9mie qui pourrait \u00eatre d\u00e9clar\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame s\u2019il s\u2019av\u00e8re que l\u2019\u00c9tat est quelque peu incapable de construire seul une telle infrastructure, et qu\u2019il a besoin de l\u2019aide de partenaires techniques et financiers comme les ONG, il devrait n\u00e9anmoins donner, selon nous, la priorit\u00e9 aux \u00e9tablissements de sant\u00e9 p\u00e9riph\u00e9riques qui font face \u00e0 la plupart des d\u00e9fis, notamment les difficult\u00e9s d\u2019acc\u00e8s \u00e0 certaines zones o\u00f9 se trouvent certains districts sanitaires.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Liste des abr\u00e9viations&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>ASBC<\/strong> : Agent de sant\u00e9 \u00e0 base communautaire&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>BF<\/strong> : Burkina Faso<\/p>\n\n\n\n<p><strong>CISSE<\/strong> : Centres d&rsquo;Information Sanitaire et de Surveillance Epid\u00e9miologique<\/p>\n\n\n\n<p><strong>CSPS<\/strong> : Centre de Sant\u00e9 et de Promotion Sociale<\/p>\n\n\n\n<p><strong>CM:<\/strong> Centre m\u00e9dical<\/p>\n\n\n\n<p><strong>DSD<\/strong> : District sanitaire de Dand\u00e9&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>PEV<\/strong> : Programme Elargi de Vaccination&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ICP<\/strong> : Infirmier Responsable de Poste&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>TIC<\/strong> : Technologies de l&rsquo;information et de la communication&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>MSP<\/strong> : Minist\u00e8re de la Sant\u00e9 et de l&rsquo;Hygi\u00e8ne Publique<\/p>\n\n\n\n<p><strong>MPHH<\/strong> : Minist\u00e8re de la sant\u00e9 et de l\u2019hygi\u00e8ne publique&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ONG<\/strong> : Organisation non gouvernementale&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SIM<\/strong> : Module d&rsquo;identit\u00e9\/identification de l&rsquo;abonn\u00e9 (\u00ab\u00a0carte \u00e0 puce\u00a0\u00bb)&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SIMR<\/strong> : Surveillance Int\u00e9gr\u00e9e de la Maladie et la Riposte&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SMS<\/strong> : Short Message Service (service de messages courts)&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>TLOH <\/strong>: T\u00e9l\u00e9gramme Lettre officielle Hebdomadaire&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u00e9clarations&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Approbation \u00e9thique et consentement<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;approbation \u00e9thique de cette \u00e9tude a \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e par le Comit\u00e9 d&rsquo;\u00e9thique de l&rsquo;Institut de Recherche en Science de la Sant\u00e9 (N\u00b02019-012\/MESRSI\/SG\/CNRST\/IRSS\/CEIRES) de BF. Nous avons \u00e9galement obtenu l&rsquo;autorisation de collecte de donn\u00e9es du minist\u00e8re de la sant\u00e9. Conform\u00e9ment aux directives \u00e9thiques, les objectifs de l&rsquo;\u00e9tude ont \u00e9t\u00e9 clairement expliqu\u00e9s aux participants qui ont donn\u00e9 leur consentement verbal avant d&rsquo;\u00eatre interview\u00e9s. Les personnes qui n&rsquo;ont pas accept\u00e9 de participer ont \u00e9t\u00e9 exclues de l&rsquo;\u00e9tude. Le consentement obtenu de tous les participants \u00e9tait oral et \u00e9clair\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Contributions des auteurs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tous les auteurs ont particip\u00e9 activement \u00e0 la r\u00e9alisation de cette \u00e9tude. HS a contribu\u00e9 \u00e0 la conception de l&rsquo;\u00e9tude, \u00e0 la collecte et \u00e0 l&rsquo;analyse des donn\u00e9es, et a r\u00e9dig\u00e9 le manuscrit initial. GK et DWM ont coordonn\u00e9 l&rsquo;\u00e9tude et contribu\u00e9 \u00e0 la collecte et \u00e0 l&rsquo;analyse des donn\u00e9es. HSa a contribu\u00e9 \u00e0 la conception de l&rsquo;\u00e9tude, \u00e0 la supervision de l&rsquo;\u00e9tude et \u00e0 la r\u00e9daction du manuscrit.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Financement<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9tude a \u00e9t\u00e9 financ\u00e9e par le minist\u00e8re danois des affaires \u00e9trang\u00e8res (subvention Danida n\u00b0 17-07-KU).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Remerciements<\/strong>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9sente \u00e9tude fait partie d&rsquo;un projet de recherche financ\u00e9 par le Minist\u00e8re danois des Affaires \u00e9trang\u00e8res sous le titre \u00ab\u00a0Emerging epidemics : Improving Preparedness in Burkina Faso\u00a0\u00bb (Danida Fellowship project number : 17-07-KU). Nous tenons \u00e0 remercier l&rsquo;Universit\u00e9 de Copenhague, le Groupe de recherche sur les initiatives locales (GRIL) de l&rsquo;Universit\u00e9 Joseph Ki-Zerbo et l&rsquo;Institut de recherche en science de la sant\u00e9 (IRSS) pour leur collaboration au programme. Nous tenons \u00e9galement \u00e0 souligner le travail effectu\u00e9 par les chercheurs et le personnel de soutien du GRIL. Une mention sp\u00e9ciale va \u00e0 tous les membres de l&rsquo;\u00e9quipe de recherche \u00ab\u00a0Epid\u00e9mies \u00e9mergentes\u00a0\u00bb. Enfin, les auteurs remercient les personnes interrog\u00e9es qui ont donn\u00e9 de leur temps pour participer aux entrevues.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u00e9claration de divulgation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Aucun conflit d&rsquo;int\u00e9r\u00eat potentiel n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 signal\u00e9 par les auteurs.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":25939,"template":"","meta":[],"series-categories":[1345],"cat-articles":[1015],"keywords":[1105,1707,1709,1629,1708],"ppma_author":[460,463,462,461],"class_list":["post-26673","series-issues","type-series-issues","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","series-categories-numero-6","cat-articles-analyses-critiques","keywords-burkina-faso","keywords-m-sante-e-sante","keywords-maladies-a-potentiel-epidemique","keywords-numerique","keywords-sante","author-dan-wolf-meyrowitsch-fr","author-helle-samuelsen-fr","author-hamidou-sanou-fr","author-gabin-korbeogo-fr"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.6 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Initiatives locales et num\u00e9risation du syst\u00e8me de surveillance des maladies \u00e9pid\u00e9miques : \u00c9tude de cas de la e-sant\u00e9 en milieu rural au Burkina Faso | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-6\/initiatives-locales-et-numerisation-du-systeme-de-surveillance-des-maladies-epidemiques-etude-de-cas-de-la-e-sante-en-milieu-rural-au-burkina-faso\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Initiatives locales et num\u00e9risation du syst\u00e8me de surveillance des maladies \u00e9pid\u00e9miques : \u00c9tude de cas de la e-sant\u00e9 en milieu rural au Burkina Faso | Global Africa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Introduction\u00a0\u00a0 La e-sant\u00e9 \u2013&nbsp;ou sant\u00e9 num\u00e9rique&nbsp;\u2013 fait r\u00e9f\u00e9rence aux syst\u00e8mes et services num\u00e9riques dans le domaine de la sant\u00e9 (OMS, 2009). Cela concerne les pratiques m\u00e9dicales et de sant\u00e9 publique prises en charge par des appareils mobiles tels que les t\u00e9l\u00e9phones portables, les tablettes et les ordinateurs portables, ainsi que la pratique de la m\u00e9decine \u00e0 distance via Internet avec des outils tels que les dossiers m\u00e9dicaux sous forme vid\u00e9o et \u00e9lectronique (OMS, 2011&nbsp;; Bajpai, 2012&nbsp;; Petersson, 2014). L\u2019utilisation d\u2019appareils mobiles pour fournir des services de sant\u00e9 a fait na\u00eetre l\u2019espoir d\u2019un nouvel avenir pour les soins dans les pays \u00e0 revenu faible ou interm\u00e9diaire. Cette promesse r\u00e9side dans la capacit\u00e9 de ces appareils \u00e0 s\u2019affranchir du temps et de la distance pour se connecter directement avec les patients, et cela est plus rentable pour les syst\u00e8mes de sant\u00e9. La technologie num\u00e9rique vise \u00e9galement \u00e0 rendre les syst\u00e8mes de sant\u00e9 nationaux davantage ax\u00e9s sur les donn\u00e9es gr\u00e2ce \u00e0 la collecte \u00ab&nbsp;en temps r\u00e9el&nbsp;\u00bb de certains indicateurs de sant\u00e9 (Neumark &amp; Prince, 2021). Plusieurs innovations m-sant\u00e9 \u2013&nbsp;ou sant\u00e9 mobile&nbsp;\u2013 ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9es pour accro\u00eetre l\u2019efficacit\u00e9 et la transparence (Al&nbsp;Dahdah et al., 2015&nbsp;; Lau et al., 2020) dans les domaines de la sant\u00e9 maternelle et infantile, des maladies infectieuses, des maladies chroniques et de la sant\u00e9 mentale (Labrique et al., 2013). La surveillance de la sant\u00e9 publique signifie \u00ab&nbsp;l\u2019identification, la collecte, le regroupement, l\u2019analyse et l\u2019interpr\u00e9tation syst\u00e9matiques et continues des donn\u00e9es sur l\u2019apparition de maladies et d\u2019\u00e9v\u00e9nements de sant\u00e9 publique dans le but de prendre, en temps opportun, des mesures efficaces [\u2026]&nbsp;\u00bb (OMS, 2019, p.&nbsp;1). La surveillance des maladies est l\u2019un des domaines dans lesquels la sant\u00e9 num\u00e9rique est de plus en plus appliqu\u00e9e, ceci suite \u00e0 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie d\u2019Ebola en Afrique de l\u2019Ouest et \u00e0 la pand\u00e9mie, plus r\u00e9cente, de Covid-19 (Schwamm et al., 2020&nbsp;; Neumark &amp; Prince, 2021). Les approches de sant\u00e9 num\u00e9rique comprennent la communication, les initiatives \u00e9ducatives et les solutions num\u00e9riques de gestion des patients. Elles s\u2019appuient sur des applications telles que WhatsApp, Slack, Facebook, Twitter et Zoom. De telles innovations r\u00e9pondent \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de prot\u00e9ger les patients vuln\u00e9rables des risques associ\u00e9s \u00e0 l\u2019hospitalisation, de promouvoir les distances sociales et de prot\u00e9ger le personnel soignant (Kichloo et al., 2020&nbsp;; Robbins et al., 2020&nbsp;; Wood et al., 2021). La mise en place d\u2019une infrastructure de surveillance num\u00e9rique vise \u00e0 proposer des d\u00e9cisions politiques de sant\u00e9 fond\u00e9es sur des donn\u00e9es pour am\u00e9liorer la r\u00e9ponse aux urgences sanitaires (Al&nbsp;Dahdah, 2019&nbsp;; Ortega et al., 2020&nbsp;; Sittig &amp; Singh, 2020). Ces technologies se sont \u00e9galement r\u00e9v\u00e9l\u00e9es indispensables dans la r\u00e9ponse au Covid-19 (Lau et al., 2020&nbsp;; Schwamm et al., 2020). Avec l\u2019adoption de la t\u00e9l\u00e9phonie mobile, les interventions m-sant\u00e9 ont rapidement augment\u00e9 dans les pays en d\u00e9veloppement (Blanchet et al., 2015&nbsp;; Meyer et al., 2020&nbsp;; Ojo, 2022). Les recherches montrent que les pays africains sont devenus des terrains \u00e9mergents pour les approches de sant\u00e9 mobile gr\u00e2ce \u00e0 des projets financ\u00e9s par des organisations non gouvernementales (ONG) (Poggiali, 2016&nbsp;; Njoroge et al., 2017&nbsp;; Friederici et al., 2020). Ces innovations ne sont pas n\u00e9cessairement inclusives ou universelles, m\u00eame si elles pr\u00e9tendent produire des r\u00e9sultats de mani\u00e8re plus efficace et plus rentable (Neumark, 2020&nbsp;; Prince, 2020). Malgr\u00e9 l\u2019optimisme suscit\u00e9 par les technologies num\u00e9riques en mati\u00e8re de couverture sanitaire universelle, rien ne prouve pour l\u2019instant qu\u2019elles contribuent \u00e0 rendre les syst\u00e8mes nationaux plus robustes ou plus abordables (Friederici et al., 2020). Des exp\u00e9riences de gestion des donn\u00e9es num\u00e9riques ont m\u00eame montr\u00e9 que les projets de m-sant\u00e9 emp\u00eachent l\u2019adoption de strat\u00e9gies plus fondamentales et \u00e9prouv\u00e9es en p\u00e9riode de crise de sant\u00e9 publique (Erikson, 2018, 2021). Les interventions de m-sant\u00e9 exacerbent la financiarisation et la privatisation des soins, r\u00e9v\u00e9lant le pouvoir croissant des entreprises technologiques pour influencer l\u2019agenda de sant\u00e9 publique (Al&nbsp;Dahdah, 2019&nbsp;; Storeng &amp; de&nbsp;Bengy Puyvall\u00e9e, 2021). Compte tenu des d\u00e9fis li\u00e9s \u00e0 la mise en place de projets de m-sant\u00e9, les agents de sant\u00e9 supportent les co\u00fbts de la \u00ab&nbsp;m-sant\u00e9 informelle&nbsp;\u00bb (Chib et al., 2014) en utilisant, par exemple, leurs t\u00e9l\u00e9phones portables personnels pour rendre divers services num\u00e9riques (Silva &amp; Ben Ali, 2010&nbsp;; Blaschke &amp; Lucas, 2017&nbsp;; Hampshire et al., 2017). Au Burkina Faso, de 1994 \u2013&nbsp;date d\u2019introduction de la t\u00e9l\u00e9phonie fixe&nbsp;\u2013 \u00e0 2001, la t\u00e9l\u00e9densit\u00e9 d\u2019une ligne t\u00e9l\u00e9phonique est rest\u00e9e faible. La majorit\u00e9 des t\u00e9l\u00e9centres (75&nbsp;%) \u00e9taient concentr\u00e9s dans la seule ville de Ouagadougou en 1998. L\u2019acc\u00e8s aux t\u00e9l\u00e9communications est rest\u00e9 pr\u00e9occupant, malgr\u00e9 quelques tentatives d\u2019implantation de t\u00e9l\u00e9centres dans certains villages (Ouedraogo, 2004). La lib\u00e9ralisation du secteur des t\u00e9l\u00e9communications s\u2019est accompagn\u00e9e de l\u2019av\u00e8nement de la t\u00e9l\u00e9phonie mobile et des connexions Internet en 1996 avec le r\u00e9seau Moov Africa. Plus tard, respectivement en 2000 et 2001, les r\u00e9seaux Telecel et Orange ont \u00e9t\u00e9 introduits (Ouedraogo, 2004). Tr\u00e8s vite, les chiffres indicatifs de l\u2019acc\u00e8s au t\u00e9l\u00e9phone portable ont augment\u00e9, faisant de celui-ci l\u2019outil de communication le plus accessible pour les populations desservies (MENPTD, 2020). La d\u00e9cision du gouvernement d\u2019introduire ces technologies mobiles et num\u00e9riques dans le syst\u00e8me de sant\u00e9 a \u00e9t\u00e9 prise en 2004, suite \u00e0 l\u2019adoption de la politique de e-sant\u00e9. L\u2019objectif de cette politique, r\u00e9vis\u00e9e en 2016, \u00e9tait de couvrir 95&nbsp;% des \u00e9tablissements de sant\u00e9 en solutions TIC d\u2019ici 2020 (MSHP, 2016). Avec l\u2019arriv\u00e9e du Covid-19 en 2020, une \u00e9tude a montr\u00e9 que l\u2019adoption de la m-sant\u00e9 a donn\u00e9 lieu \u00e0 une multitude de projets dans le syst\u00e8me de sant\u00e9 depuis l\u2019adoption de cette politique. Dans la surveillance des maladies (collecte de donn\u00e9es, stockage), par exemple, certaines de ces innovations ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9es pour pallier le Covid-19. La plupart de ces innovations sont con\u00e7ues, financ\u00e9es et mises en \u0153uvre par des donateurs \u00e9trangers (Map &amp; Match Data Sets, 2021). Or, \u00e0 notre connaissance, peu de recherches se sont concentr\u00e9es sur ce terrain exp\u00e9rimental des projets top-down de sant\u00e9 num\u00e9rique, malgr\u00e9 le fait que, aussi parfaites soient-elles techniquement, les innovations verticales subissent \u00ab&nbsp;une \u00e9preuve aux r\u00e9sultats impr\u00e9visibles, qui se transforme souvent en \u201crevanche des contextes\u201d&nbsp;\u00bb (Olivier de Sardan, 2022, p.&nbsp;6). 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Cela concerne les pratiques m\u00e9dicales et de sant\u00e9 publique prises en charge par des appareils mobiles tels que les t\u00e9l\u00e9phones portables, les tablettes et les ordinateurs portables, ainsi que la pratique de la m\u00e9decine \u00e0 distance via Internet avec des outils tels que les dossiers m\u00e9dicaux sous forme vid\u00e9o et \u00e9lectronique (OMS, 2011&nbsp;; Bajpai, 2012&nbsp;; Petersson, 2014). L\u2019utilisation d\u2019appareils mobiles pour fournir des services de sant\u00e9 a fait na\u00eetre l\u2019espoir d\u2019un nouvel avenir pour les soins dans les pays \u00e0 revenu faible ou interm\u00e9diaire. Cette promesse r\u00e9side dans la capacit\u00e9 de ces appareils \u00e0 s\u2019affranchir du temps et de la distance pour se connecter directement avec les patients, et cela est plus rentable pour les syst\u00e8mes de sant\u00e9. La technologie num\u00e9rique vise \u00e9galement \u00e0 rendre les syst\u00e8mes de sant\u00e9 nationaux davantage ax\u00e9s sur les donn\u00e9es gr\u00e2ce \u00e0 la collecte \u00ab&nbsp;en temps r\u00e9el&nbsp;\u00bb de certains indicateurs de sant\u00e9 (Neumark &amp; Prince, 2021). Plusieurs innovations m-sant\u00e9 \u2013&nbsp;ou sant\u00e9 mobile&nbsp;\u2013 ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9es pour accro\u00eetre l\u2019efficacit\u00e9 et la transparence (Al&nbsp;Dahdah et al., 2015&nbsp;; Lau et al., 2020) dans les domaines de la sant\u00e9 maternelle et infantile, des maladies infectieuses, des maladies chroniques et de la sant\u00e9 mentale (Labrique et al., 2013). La surveillance de la sant\u00e9 publique signifie \u00ab&nbsp;l\u2019identification, la collecte, le regroupement, l\u2019analyse et l\u2019interpr\u00e9tation syst\u00e9matiques et continues des donn\u00e9es sur l\u2019apparition de maladies et d\u2019\u00e9v\u00e9nements de sant\u00e9 publique dans le but de prendre, en temps opportun, des mesures efficaces [\u2026]&nbsp;\u00bb (OMS, 2019, p.&nbsp;1). La surveillance des maladies est l\u2019un des domaines dans lesquels la sant\u00e9 num\u00e9rique est de plus en plus appliqu\u00e9e, ceci suite \u00e0 l\u2019\u00e9pid\u00e9mie d\u2019Ebola en Afrique de l\u2019Ouest et \u00e0 la pand\u00e9mie, plus r\u00e9cente, de Covid-19 (Schwamm et al., 2020&nbsp;; Neumark &amp; Prince, 2021). Les approches de sant\u00e9 num\u00e9rique comprennent la communication, les initiatives \u00e9ducatives et les solutions num\u00e9riques de gestion des patients. Elles s\u2019appuient sur des applications telles que WhatsApp, Slack, Facebook, Twitter et Zoom. De telles innovations r\u00e9pondent \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de prot\u00e9ger les patients vuln\u00e9rables des risques associ\u00e9s \u00e0 l\u2019hospitalisation, de promouvoir les distances sociales et de prot\u00e9ger le personnel soignant (Kichloo et al., 2020&nbsp;; Robbins et al., 2020&nbsp;; Wood et al., 2021). La mise en place d\u2019une infrastructure de surveillance num\u00e9rique vise \u00e0 proposer des d\u00e9cisions politiques de sant\u00e9 fond\u00e9es sur des donn\u00e9es pour am\u00e9liorer la r\u00e9ponse aux urgences sanitaires (Al&nbsp;Dahdah, 2019&nbsp;; Ortega et al., 2020&nbsp;; Sittig &amp; Singh, 2020). Ces technologies se sont \u00e9galement r\u00e9v\u00e9l\u00e9es indispensables dans la r\u00e9ponse au Covid-19 (Lau et al., 2020&nbsp;; Schwamm et al., 2020). Avec l\u2019adoption de la t\u00e9l\u00e9phonie mobile, les interventions m-sant\u00e9 ont rapidement augment\u00e9 dans les pays en d\u00e9veloppement (Blanchet et al., 2015&nbsp;; Meyer et al., 2020&nbsp;; Ojo, 2022). Les recherches montrent que les pays africains sont devenus des terrains \u00e9mergents pour les approches de sant\u00e9 mobile gr\u00e2ce \u00e0 des projets financ\u00e9s par des organisations non gouvernementales (ONG) (Poggiali, 2016&nbsp;; Njoroge et al., 2017&nbsp;; Friederici et al., 2020). Ces innovations ne sont pas n\u00e9cessairement inclusives ou universelles, m\u00eame si elles pr\u00e9tendent produire des r\u00e9sultats de mani\u00e8re plus efficace et plus rentable (Neumark, 2020&nbsp;; Prince, 2020). Malgr\u00e9 l\u2019optimisme suscit\u00e9 par les technologies num\u00e9riques en mati\u00e8re de couverture sanitaire universelle, rien ne prouve pour l\u2019instant qu\u2019elles contribuent \u00e0 rendre les syst\u00e8mes nationaux plus robustes ou plus abordables (Friederici et al., 2020). Des exp\u00e9riences de gestion des donn\u00e9es num\u00e9riques ont m\u00eame montr\u00e9 que les projets de m-sant\u00e9 emp\u00eachent l\u2019adoption de strat\u00e9gies plus fondamentales et \u00e9prouv\u00e9es en p\u00e9riode de crise de sant\u00e9 publique (Erikson, 2018, 2021). Les interventions de m-sant\u00e9 exacerbent la financiarisation et la privatisation des soins, r\u00e9v\u00e9lant le pouvoir croissant des entreprises technologiques pour influencer l\u2019agenda de sant\u00e9 publique (Al&nbsp;Dahdah, 2019&nbsp;; Storeng &amp; de&nbsp;Bengy Puyvall\u00e9e, 2021). Compte tenu des d\u00e9fis li\u00e9s \u00e0 la mise en place de projets de m-sant\u00e9, les agents de sant\u00e9 supportent les co\u00fbts de la \u00ab&nbsp;m-sant\u00e9 informelle&nbsp;\u00bb (Chib et al., 2014) en utilisant, par exemple, leurs t\u00e9l\u00e9phones portables personnels pour rendre divers services num\u00e9riques (Silva &amp; Ben Ali, 2010&nbsp;; Blaschke &amp; Lucas, 2017&nbsp;; Hampshire et al., 2017). Au Burkina Faso, de 1994 \u2013&nbsp;date d\u2019introduction de la t\u00e9l\u00e9phonie fixe&nbsp;\u2013 \u00e0 2001, la t\u00e9l\u00e9densit\u00e9 d\u2019une ligne t\u00e9l\u00e9phonique est rest\u00e9e faible. La majorit\u00e9 des t\u00e9l\u00e9centres (75&nbsp;%) \u00e9taient concentr\u00e9s dans la seule ville de Ouagadougou en 1998. L\u2019acc\u00e8s aux t\u00e9l\u00e9communications est rest\u00e9 pr\u00e9occupant, malgr\u00e9 quelques tentatives d\u2019implantation de t\u00e9l\u00e9centres dans certains villages (Ouedraogo, 2004). La lib\u00e9ralisation du secteur des t\u00e9l\u00e9communications s\u2019est accompagn\u00e9e de l\u2019av\u00e8nement de la t\u00e9l\u00e9phonie mobile et des connexions Internet en 1996 avec le r\u00e9seau Moov Africa. Plus tard, respectivement en 2000 et 2001, les r\u00e9seaux Telecel et Orange ont \u00e9t\u00e9 introduits (Ouedraogo, 2004). Tr\u00e8s vite, les chiffres indicatifs de l\u2019acc\u00e8s au t\u00e9l\u00e9phone portable ont augment\u00e9, faisant de celui-ci l\u2019outil de communication le plus accessible pour les populations desservies (MENPTD, 2020). La d\u00e9cision du gouvernement d\u2019introduire ces technologies mobiles et num\u00e9riques dans le syst\u00e8me de sant\u00e9 a \u00e9t\u00e9 prise en 2004, suite \u00e0 l\u2019adoption de la politique de e-sant\u00e9. L\u2019objectif de cette politique, r\u00e9vis\u00e9e en 2016, \u00e9tait de couvrir 95&nbsp;% des \u00e9tablissements de sant\u00e9 en solutions TIC d\u2019ici 2020 (MSHP, 2016). Avec l\u2019arriv\u00e9e du Covid-19 en 2020, une \u00e9tude a montr\u00e9 que l\u2019adoption de la m-sant\u00e9 a donn\u00e9 lieu \u00e0 une multitude de projets dans le syst\u00e8me de sant\u00e9 depuis l\u2019adoption de cette politique. Dans la surveillance des maladies (collecte de donn\u00e9es, stockage), par exemple, certaines de ces innovations ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9es pour pallier le Covid-19. La plupart de ces innovations sont con\u00e7ues, financ\u00e9es et mises en \u0153uvre par des donateurs \u00e9trangers (Map &amp; Match Data Sets, 2021). 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