{"id":26634,"date":"2023-09-20T05:27:22","date_gmt":"2023-09-20T05:27:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/queering-africa-through-homo-inclusio-africanus-a-reading-of-osvalde-lewats-les-aquatiques-pan-african-grand-prize-for-literature\/"},"modified":"2026-05-09T14:20:54","modified_gmt":"2026-05-09T14:20:54","slug":"queering-africa-through-homo-inclusio-africanus-a-reading-of-osvalde-lewats-les-aquatiques-pan-african-grand-prize-for-literature","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-3\/queering-africa-through-homo-inclusio-africanus-a-reading-of-osvalde-lewats-les-aquatiques-pan-african-grand-prize-for-literature\/","title":{"rendered":"\u00a0\u00ab\u00a0Queeriser\u00a0\u00bb l\u2019Afrique par l\u2019homo inclusio africanus :Une lecture des Aquatiques d\u2019Osvalde Lewat, Grand Prix panafricain de litt\u00e9rature"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Parce que les prix litt\u00e9raires jouent un r\u00f4le essentiel dans la l\u00e9gitimation et la promotion des \u0153uvres litt\u00e9raires, cet article analyse l\u2019enjeu du Grand Prix panafricain de litt\u00e9rature d\u00e9cern\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9crivaine d\u2019origine camerounaise Osvalde Lewat pour son roman <em>Les&nbsp;Aquatiques<\/em> (2021). Ce prix, initi\u00e9 par l\u2019UA \u00e0 travers F\u00e9lix-Antoine Tshisekedi Tshilombo \u2013&nbsp;actuel pr\u00e9sident de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo et pr\u00e9sident de l\u2019UA en 2022&nbsp;\u2013 \u00ab&nbsp;[est] ouvert aux Africains d\u2019ici et d\u2019ailleurs, du continent et de sa diaspora&nbsp;\u00bb. Le Jury \u00e9tait compos\u00e9 de cinq&nbsp;personnes. La raison d\u2019\u00eatre id\u00e9ologique de cette r\u00e9compense litt\u00e9raire stipule, dans l\u2019article&nbsp;3 de son r\u00e8glement, que l\u2019ouvrage prim\u00e9 \u00ab&nbsp;doit refl\u00e9ter les grandes valeurs consacr\u00e9es par la charte de l\u2019Union africaine, la solidarit\u00e9, le panafricanisme, la cohabitation pacifique des peuples&nbsp;\u00bb. Ce Grand Prix, pens\u00e9 comme un projet f\u00e9d\u00e9rateur des Afriques et de ses historicit\u00e9s, s\u2019adresse \u00e0 tout Africain au-del\u00e0 des fronti\u00e8res nationales arbitrairement fix\u00e9es depuis la conf\u00e9rence de Berlin et h\u00e9rit\u00e9es des colonisations. Son but est surtout de montrer que la litt\u00e9rature africaine a un r\u00f4le majeur \u00e0 jouer dans la partition du programme politique de l\u2019UA, et partant, contribuer \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de \u00ab&nbsp;l\u2019Afrique que nous voulons<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Une telle \u00e9nonciation fait \u00e9cho au projet panafricain pris au sens large \u2013&nbsp;malgr\u00e9 ses variations, (r\u00e9)interpr\u00e9tations, multiples acceptions et parfois balbutiements&nbsp;\u2013 d\u2019\u00e9mancipation et de r\u00e9habilitation des peuples d\u2019origine africaine. Fond\u00e9 en r\u00e9action \u00e0 la domination (post)coloniale subie par les Africain.e.s et les afrodescendant.e.s \u00e0 travers le monde, domination bas\u00e9e sur la ligne de couleur<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> ou race, le panafricanisme lutte pour le bien-\u00eatre des peuples issus d\u2019Afrique et de sa diaspora. Cela \u00e0 travers la recherche, la propagation de l\u2019id\u00e9e d\u2019une \u00e9mancipation, d\u2019une lib\u00e9ration totale, d\u2019une reconstruction des identit\u00e9s et cultures d\u00e9truites, et surtout d\u2019une unit\u00e9 des Africain.e.s, voire des populations noires, au-del\u00e0 des fronti\u00e8res g\u00e9ographiques et linguistiques. Ce mouvement, ouvert \u00e0 tous les Africains, concerne leur vie \u00e9conomique, politique, sociale et culturelle. Ce prix est donc, pour le continent politiquement et le panafricanisme id\u00e9ologiquement, un moment de grand rayonnement. D\u2019une part, il permet \u00e0 l\u2019UA, gr\u00e2ce \u00e0 une dotation de 30&nbsp;000&nbsp;dollars allou\u00e9s au laur\u00e9at, de solidifier son influence et son leadership en se hissant comme alli\u00e9e ardente du panafricanisme. Le prix est l\u2019un des premiers en son genre, sinon le plus grand prix litt\u00e9raire cr\u00e9\u00e9 par un groupement inter\u00e9tatique africain, destin\u00e9 \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer des \u00e9crivain.e.s d\u2019origine africaine. D\u2019autre part, il offre une grande visibilit\u00e9 \u00e0 un.e auteur.e africain.e en affirmant que la litt\u00e9rature africaine a un r\u00f4le \u00e0 jouer dans l\u2019\u00e9dification de l\u2019Afrique r\u00eav\u00e9e. En d\u00e9cernant le Grand Prix panafricain de litt\u00e9rature \u00e0 Osvalde Lewat, le dix-neuvi\u00e8me pr\u00e9sident de l\u2019UA indique que <em>Les&nbsp;Aquatiques<\/em> est une \u0153uvre d\u00e9terminante dans la red\u00e9finition du panafricanisme, pr\u00e9cis\u00e9ment au moment o\u00f9 beaucoup d\u2019Africain.e.s veulent voir \u00e9clore des id\u00e9ologies panafricanistes adapt\u00e9es aux d\u00e9fis structurels.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0&nbsp;l\u2019issue de ce constat et d\u2019un point de vue herm\u00e9neutique, l\u2019enjeu sera donc d\u2019identifier le message port\u00e9 par <em>Les&nbsp;Aquatiques<\/em> au sujet de l\u2019Afrique contemporaine, et comment il pourrait \u00eatre source d\u2019inspiration d\u2019un panafricanisme contemporain. Pour cela, penchons-nous sur quelques r\u00e9f\u00e9rences majeures de la communication litt\u00e9raire. Tout d\u2019abord, la ric\u0153urienne Ioana Vultur (2014) explore la litt\u00e9rature comme une forme de communication, elle propose de l\u2019appr\u00e9hender en rapport avec la situation discursive de la communication quotidienne. Dans cette derni\u00e8re, trois&nbsp;piliers sont mis en jeu&nbsp;: le message, la soci\u00e9t\u00e9, et les individus qui l\u2019habitent&nbsp;; ainsi, la communication quotidienne consistera pour Vultur \u00e0 dire quelque chose (un message), sur quelque chose (notre monde, la soci\u00e9t\u00e9), \u00e0 quelqu\u2019un. Toutefois, parce que la communication litt\u00e9raire est m\u00e9taphorique et indirecte, l\u2019auteure rappelle qu\u2019elle n\u00e9cessite un travail de d\u00e9codage&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le lecteur doit chercher le sens du texte et non pas l\u2019intention de l\u2019auteur [\u2026] Les lecteurs sont appel\u00e9s \u00e0 se figurer et \u00e0 configurer l\u2019\u0153uvre. \u00bb Dans la (re)contextualisation des<em> Aquatiques<\/em>,il est retenu, entre autres, l\u2019invitation donn\u00e9e au lecteur d\u2019embrasser une position interactionnelle avec l\u2019\u0153uvre, en lien avec son contexte sociohistorique&nbsp;; la qu\u00eate du sens de la communication litt\u00e9raire sera toujours pour lui un travail de (r\u00e9)actualisation. Ensuite, Yves Citton (2007, p.&nbsp;265) d\u00e9finit ce proc\u00e9d\u00e9 d\u2019actualisation comme une exploitation des \u00ab&nbsp;diff\u00e9rences entre l\u2019actualit\u00e9 de la lecture et le contexte historique de l\u2019\u00e9criture dans le but d\u2019apporter un \u00e9clairage d\u00e9paysant sur le pr\u00e9sent&nbsp;\u00bb. Il appelle le lecteur \u00e0 s\u2019interroger sur l\u2019\u0153uvre en r\u00e9sonance avec la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle il \u00e9volue, en favorisant un mouvement de va-et-vient. C\u2019est pourquoi, pour \u00eatre efficace, il revient \u00e0 la critique litt\u00e9raire d\u2019en saisir le relai discursif pour cerner et mettre en exergue les jeux, les enjeux, les messages et la pertinence de l\u2019\u0153uvre prim\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s lors, cet article d\u00e9crypte un pan critique de la quintessence du message des <em>Aquatiques<\/em>,\u00e0 travers ce que nous d\u00e9signons comme \u00ab&nbsp;<em>homo inclusio africanus<\/em>&nbsp;\u00bb, entendu comme l\u2019appel \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019un.e citoyen.ne africain.e fondamentalement indocile, \u0153uvrant de fa\u00e7on intentionnelle \u00e0 r\u00e9parer son monde pour inclure tou.te.s les Africain.e.s, y compris les homosexuel.le.s longtemps exclu.e.s. Dans cet appel qui est au c\u0153ur du roman, la focalisation est mise sur l\u2019aspect <em>inclusio. <\/em>Il est d\u00e9clin\u00e9 comme la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un processus d\u2019enfermement de la m\u00eamet\u00e9 sociosexuelle en Afrique en tant que partie du <em>holon<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire le \u00ab&nbsp;tout-africain&nbsp;\u00bb. Toute tentative d\u2019exclusion des identit\u00e9s des m\u00eames sociosexuels dans la construction du jeu id\u00e9ologique panafricain ali\u00e8ne un pan significatif des vrais Africains dont on clame paradoxalement \u00ab&nbsp;la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une f\u00e9d\u00e9ration&nbsp;\u00bb. <em>In&nbsp;fine<\/em>, cette exclusion propose une vision d\u2019une Afrique fallacieusement \u00e9pur\u00e9e. L\u2019<em>homo inclusio africanus<\/em> que stipule <em>Les&nbsp;Aquatiques<\/em> est donc pos\u00e9 en parall\u00e8le d\u2019autres id\u00e9ologies panafricanistes m\u00e9diatis\u00e9es, ayant une vision antith\u00e9tique d\u2019un panafricanisme vrai, s\u0153ur jumelle du sentiment anti-homosexuel, parce que la r\u00e9alit\u00e9 homosexuelle serait une importation de l\u2019Occident, et ceux qui, en Afrique, s\u2019en r\u00e9clameraient identitairement deviendraient <em>de&nbsp;facto<\/em> des parias. Parias dont le continent aurait pour mission d\u2019extirper des corps sociaux. Cette saign\u00e9e sociale dot\u00e9e d\u2019une violence permanente du corps et de la psych\u00e9 des homosexuel.le.s africain.e.s serait per\u00e7ue comme un acte de salubrit\u00e9 publique, pour garder l\u2019immacul\u00e9e mystique puret\u00e9 de ce tout-Afrique se construisant.<\/p>\n\n\n\n<p>Partant de ce constat, nous proposons d\u2019appr\u00e9hender l\u2019<em>homo inclusio africanus <\/em>d\u2019une part par la lecture du roman de Lewat en insistant sur la fa\u00e7on queer et inclusive de (re)penser le panafricanisme et l\u2019Afrique en tant qu\u2019espaces \u00ab&nbsp;\u00e9quitablement ouverts \u00e0 tous les Africain(e)s&nbsp;\u00bb (Mbembe, 2013, p.&nbsp;242), ind\u00e9pendamment de leurs (homo)sexualit\u00e9s. D\u2019autre part, par l\u2019\u00e9mergence d\u2019un nouveau citoyen qu\u2019est l\u2019Africain.e ordinaire, profond\u00e9ment indign\u00e9.e des normes anti-homosexuelles \u00e9tablies, qui consid\u00e8re les homosexuel.le.s comme des personnes parfaitement normales, alli\u00e9es importantes des luttes dans la construction et l\u2019\u00e9mancipation du continent. Dans ce sens, l\u2019<em>homo inclusio africanus<\/em> se rapproche de l\u2019\u00ab&nbsp;homocritique&nbsp;\u00bb de Marcel Kouassi N\u2019Dri (2016) qui est, lui aussi, un Africain ordinaire se caract\u00e9risant par \u00ab&nbsp;des attitudes de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, critiques et pertinentes \u00e0 l\u2019\u00e9gard des homosexuels&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;23). Cependant, l\u2019<em>homo inclusio africanus<\/em> se veut \u00eatre un.e Africain.e r\u00e9solument d\u00e9cid\u00e9.e \u00e0 ne pas ob\u00e9ir aux lois homophobes et injustes de sa soci\u00e9t\u00e9, ce qui n\u2019est pas le cas chez Kouassi N\u2019Dri. Cette posture de non-conformit\u00e9 est dot\u00e9e d\u2019un potentiel subversif contre l\u2019h\u00e9t\u00e9ronormativit\u00e9 en vigueur dans la plupart des soci\u00e9t\u00e9s africaines contemporaines. Ce qui fait basculer <em>Les<\/em>&nbsp;<em>Aquatiques<\/em> dans le champ des litt\u00e9ratures de r\u00e9sistance, plus sp\u00e9cifiquement celui de la litt\u00e9rature africaine francophone queer.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u00e9gitimation du roman africain queer&nbsp;<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>C\u2019est un truisme de rappeler que le prix litt\u00e9raire est une instance de l\u00e9gitimation importante. En octroyant son premier Grand Prix \u00e0 Osvalde Lewat<em>,<\/em> l\u2019UA indique que l\u2019une des probl\u00e9matiques majeures dans <em>Les&nbsp;Aquatiques<\/em>, \u00e0 savoir la d\u00e9nonciation des homophobies, m\u00e9rite d\u2019\u00eatre prise en consid\u00e9ration. \u00c0&nbsp;ce propos, nous avan\u00e7ons l\u2019hypoth\u00e8se que la valeur de l\u2019\u0153uvre de Lewat r\u00e9side avant tout dans sa queerisation<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> de l\u2019Afrique, qui place le roman au rang de porte-parole des voix LGBTQI+<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> africaines rendues silencieuses par des lois iniques h\u00e9rit\u00e9es de l\u2019\u00e8re coloniale. L\u2019ouvrage ravive et nourrit le d\u00e9bat public sur la condition homosexuelle en Afrique tout en militant pour l\u2019\u00e9mergence d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 plus inclusive. Telle est, par ailleurs, la port\u00e9e de la litt\u00e9rature africaine queer, vaste champ incluant l\u2019\u00e9criture des homosexualit\u00e9s africaines qu\u2019il faudrait mettre en lumi\u00e8re.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a>Bien que le terme \u00ab&nbsp;queer&nbsp;\u00bb ne se d\u00e9finisse plus aujourd\u2019hui uniquement par des sexualit\u00e9s dites transgressives, nous avons n\u00e9anmoins choisi de parler d\u2019un roman africain queer pour sugg\u00e9rer que dans une production litt\u00e9raire africaine, les orientations sexuelles non h\u00e9t\u00e9ronormatives sont red\u00e9ploy\u00e9es comme dialogue entre le sexuel et le non sexuel (Altman, 2001). Ce dialogue cr\u00e9e un espace dans l\u2019entre-deux (probl\u00e9matiques autour des minorit\u00e9s sexuelles et les r\u00e9alit\u00e9s sociales), pour \u00eatre plac\u00e9 en parall\u00e8le de ce qui est id\u00e9ologiquement projet\u00e9 et politiquement r\u00e9clam\u00e9 comme \u00e9tant la norme en Afrique. Notre approche du queer converge davantage vers celles d\u00e9velopp\u00e9es par Samuel Minne (2023), Muriel Plana et Fr\u00e9d\u00e9ric Souna (2015) qui insistent sur le fait que le queer ne se limite pas \u00e0 la simple repr\u00e9sentation ou \u00e9tude de l\u2019homosexualit\u00e9 dans la litt\u00e9rature. Il d\u00e9signe \u00able pervers&nbsp;\u00bb, les strat\u00e9gies par lesquelles les \u0153uvres subvertissent les cat\u00e9gorisations sexuelles et le syst\u00e8me de genre (Minne, 2023)&nbsp;: \u00ab\u2009Tout ce qui \u00e9chappe \u00e0 la norme sexuelle, la perturbe ou la remet en question.\u2009\u00bb (Plana &amp; Souna, 2015, p.&nbsp;7). D\u00e8s lors, le roman africain queer, tel que nous l\u2019entendons, consid\u00e8rera deux points.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a>Il s\u2019att\u00e8lera tout d\u2019abord \u00e0 repr\u00e9senter les homosexualit\u00e9s africaines, ce qui n\u2019est pas anodin dans le contexte africain francophone o\u00f9 celles-ci sont encore violemment r\u00e9prim\u00e9es dans la plupart des pays. Boniface Mongo-Mboussa, au sujet de l\u2019\u00e9criture des homosexualit\u00e9s en Afrique francophone, rappelle qu\u2019il persiste un \u00ab&nbsp;d\u00e9ni de la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;\u00bb (Cr\u00e9mieux, 2013, p.&nbsp;129) des \u00e9crivain.e.s qui, pour la plupart, ont une position ambig\u00fce sur la question. Ceci explique d\u2019ailleurs en partie la raret\u00e9 des homosexualit\u00e9s dans la litt\u00e9rature africaine francophone, mais aussi les multiples silences, d\u00e9tours et autres stratag\u00e8mes que ces auteur.e.s utilisent pour les (d\u00e9s)\u00e9crire. Dans ce sens, le choix de repr\u00e9senter les homosexualit\u00e9s de mani\u00e8re frontale, \u00e0 l\u2019instar de Ken Bugul, Max Lobe, Fatou Diome, Mohamed Mbougar Sarr (2018), Karim Deya et bien d\u2019autres, est forc\u00e9ment subversif.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a>Ensuite, l\u2019audace de \u00ab&nbsp;transgression de tabous&nbsp;\u00bb leur vaut le qualificatif de roman queer africain. Dans cette perspective, la queerisation de l\u2019Afrique que propose Lewat passe par une formulation alternative du continent&nbsp;: d\u00e9sormais l\u2019homosexuel est le h\u00e9ros, et ce non h\u00e9t\u00e9ronormatif est mis en parall\u00e8le avec d\u2019autres r\u00e9alit\u00e9s sociales, telles que la mauvaise gouvernance, l\u2019homophobie, la pauvret\u00e9 ou l\u2019oppression par la classe dominante.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Les&nbsp;Aquatiques <\/em>s&rsquo;ouvrent surla signature d\u2019un pacte d\u2019amiti\u00e9 entre deux jeunes lyc\u00e9ens&nbsp;: Samy et Katm\u00e9. Pour sceller ce lien, ils se d\u00e9voilent leurs secrets&nbsp;: Samy avoue \u00e0 Katm\u00e9 son homosexualit\u00e9 et Katm\u00e9 lui r\u00e9v\u00e8le que sa m\u00e8re actuelle n\u2019est pas sa vraie m\u00e8re, la v\u00e9ritable est morte depuis longtemps. Autour de ces confidences va se tisser une forte amiti\u00e9 durable. Apr\u00e8s le lyc\u00e9e, les deux amis prennent des chemins diff\u00e9rents&nbsp;: Samy devient artiste et professeur d\u2019arts plastiques, Katm\u00e9 quant \u00e0 elle sera enseignante. Mari\u00e9e au pr\u00e9fet de la capitale du Zambuena<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>elle a deux filles dont Samy est le parrain. La narratrice d\u00e9crit une forte amiti\u00e9 \u00ab&nbsp;totale&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;exclusive&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;147). Cependant, un \u00e9v\u00e9nement grave fait basculer le destin de Samy&nbsp;: la presse locale publie un article r\u00e9v\u00e9lant son homosexualit\u00e9. L\u2019article cr\u00e9e un toll\u00e9, il vaut mieux \u00eatre accus\u00e9 \u00ab&nbsp;de d\u00e9tournement de fonds publics ou de meurtre&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;107) que d\u2019\u00eatre soup\u00e7onn\u00e9 de pratiques homosexuelles. Samy est arr\u00eat\u00e9 et jet\u00e9 en prison sans avoir \u00e9t\u00e9 jug\u00e9. Apr\u00e8s sa lib\u00e9ration, une meute de pr\u00e9adolescents et leurs parents l\u2019assaillent dans son atelier du quartier des Aquatiques, le torturent, le br\u00fblent \u00e0 l\u2019aide d\u2019un fer \u00e0 repasser, avant de r\u00e9duire sa t\u00eate en bouillie, parce qu\u2019il \u00e9tait \u00ab&nbsp;un gar\u00e7on-fille&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;258), un \u00ab&nbsp;sale p\u00e9d\u00e9&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;261) qui n\u2019a pas le droit de \u00ab&nbsp;respirer le m\u00eame air&nbsp;\u00bb qu\u2019eux (p.&nbsp;211). Relatant le meurtre de Samy, l\u2019un des enfants meurtriers d\u00e9clare&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>C\u2019est les filles qui plantent les fleurs, pas les gar\u00e7ons [\u2026] il a sali notre quartier\u2026 il met les mains sur les hanches [\u2026] Nous, \u00e7a nous \u00e9nerve un gar\u00e7on qui n\u2019est m\u00eame pas un vrai gar\u00e7on nous dit \u00e7a, \u00e7a nous \u00e9nerve [\u2026] on voulait seulement qu\u2019il ne mette plus les fleurs violets [<em>sic<\/em>] dans notre quartier [\u2026] on l\u2019a pouss\u00e9 un peu seulement [\u2026] il est tomb\u00e9, sa t\u00eate a fait boum\u00a0! [\u2026] Nous on n\u2019a pas eu piti\u00e9 parce qu\u2019un gar\u00e7on-fille c\u2019est pas comme nous les vrais gar\u00e7ons\u2026 \u00e7a nous \u00e9nervait qu\u2019un grand nous supplie comme \u00e7a, on a laiss\u00e9 tomber \u00e7a sur son zizi. Le sang est sorti, pouff\u00a0! il pleurait comme une fille [\u2026] nous on riait [\u2026] Apr\u00e8s, **** a dit qu\u2019on va \u00eatre en retard \u00e0 l\u2019\u00e9cole, qu\u2019on part.\u00a0(pp.\u00a0255-259).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Katm\u00e9 se lance dans la qu\u00eate de la v\u00e9rit\u00e9 et de la r\u00e9habilitation de la m\u00e9moire de son ami-fr\u00e8re. En consid\u00e9rant ce meurtre comme l\u2019un des crimes les plus graves, la mort de Samy, dont le seul crime est d\u2019\u00eatre n\u00e9 homosexuel, constitue incontestablement l\u2019\u00e9v\u00e9nement tragique du roman qui aurait aussi bien pu s\u2019intituler&nbsp;: <em>La question homosexuelle en Afrique, le cas du Zambuena<\/em><a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a><em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce r\u00e9cit, Osvalde Lewat, \u00e0 travers l\u2019histoire de Samy, \u00e9tablit un diagnostic exhaustif sans complaisance de la condition homosexuelle en Afrique noire contemporaine. Le constat est effroyable. Pr\u00e8s de soixante&nbsp;ans apr\u00e8s les ind\u00e9pendances, le plus grand danger qui p\u00e8se sur l\u2019homosexuel.le africain.e n\u2019est ni la d\u00e9pression, ni le Sida, ni la pauvret\u00e9, encore moins le suicide, mais plut\u00f4t le lynchage m\u00e9diatique et le meurtre, sous le regard complice d\u2019un pouvoir qui materne une homophobie institutionnelle h\u00e9rit\u00e9e des colonisations allemande (Beachy, 2010), fran\u00e7aise (Aldrich, 2001), et britannique (Phillips, 1997). La narratrice avertit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dans l\u2019imaginaire populaire africain, torturer et tuer un.e homosexuel.le est de nos jours un acte patriotique qui fait l\u2019unanimit\u00e9, qu\u2019on applaudit.&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;263). Ce constat se v\u00e9rifie suite \u00e0 un sondage effectu\u00e9 par la narratrice o\u00f9 elle demande aux passants s\u2019il faut aujourd\u2019hui continuer d\u2019arr\u00eater les homosexuel.le.s.&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab\u00a0Les arr\u00eater seulement\u00a0? Il faut leur arracher l\u2019anus, apr\u00e8s on verse la soude caustique sur \u00e7a, d\u00e9clara un jeune homme torse nu, en sueur qui transportait des r\u00e9gimes de plantains dans un pousse-pousse. \u2014 Si mon fils est homosexuel, je vais moi-m\u00eame le d\u00e9noncer \u00e0 la police, assura une dame qui s\u2019appr\u00eatait \u00e0 monter \u00e0 l\u2019arri\u00e8re d\u2019un taxi et s\u2019\u00e9tait interrompue pour apporter sa pierre \u00e0 la r\u00e9flexion commune. &#8211; Ces gens-l\u00e0, ces gens-l\u00e0, c\u2019est comme le cancer, il faut les \u00e9radiquer, chimioth\u00e9rapie int\u00e9grale des parties g\u00e9nitales, pr\u00e9conisa l\u2019homme au n\u0153ud papillon orang\u00e9. &#8211; Les homosexuels sont des sorciers, ils pratiquent la magie noire, il faut les exorciser, exhorta un autre. \u2014 Bien s\u00fbr, quelle question vous posez m\u00eame l\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb s\u2019indigna la jeune femme aux l\u00e8vres br\u00fbl\u00e9es par l\u2019alcool. (p.\u00a0120).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>La mise \u00e0 mort de l\u2019homosexuel.le continue de faire l\u2019unanimit\u00e9. Certes, l\u2019Afrique a souvent \u00e9t\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre d\u2019appels \u00e0 de telles violences (Gueboguo, 2011, pp.&nbsp;130-150), comme en t\u00e9moignent les multiples campagnes, projets de lois et slogans tel \u00ab&nbsp;<em>Kill the Gays&nbsp;<\/em>\u00bb (\u00ab&nbsp;Tuer les homosexuels&nbsp;\u00bb) en Ouganda. Toutefois, Lewat montre que l\u2019homophobie en Afrique est en train de prendre une tournure singuli\u00e8re inqui\u00e9tante avec l\u2019\u00e9mergence de nouveaux justiciers impitoyables&nbsp;: les enfants tueurs ou enfants meurtriers. Dans le roman, la mort de Samy n\u2019est pas initi\u00e9e par des adultes, mais par cinq&nbsp;pr\u00e9adolescents homophobes. Cela illustre l\u2019avertissement que donne Awondo (2019, avant-propos) lorsqu\u2019il parle de \u00ab&nbsp;l\u2019ensauvagement de la soci\u00e9t\u00e9 par l\u2019homophobie&nbsp;\u00bb. \u00c0&nbsp;ce titre, l\u2019apparition de ces tueurs pr\u00e9coces suscite nombre d\u2019interrogations&nbsp;: qui sont-ils&nbsp;? Comment et pourquoi tuent-ils&nbsp;? Que pense la soci\u00e9t\u00e9 de leurs meurtres&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Homophobie et fabrique d\u2019enfants tueurs<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne des tueurs juv\u00e9niles n\u2019est pas un fait nouveau en Afrique postcoloniale. Depuis les ann\u00e9es&nbsp;1990, l\u2019\u00e9mergence de milliers d\u2019enfants-soldats est fortement d\u00e9cri\u00e9e par plusieurs acteurs sociaux et \u00e9crivains tels Ahmadou Kourouma ou Emmanuel Dongala<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>. Selon un rapport de l\u2019Unicef paru en novembre&nbsp;2021, c\u2019est en Afrique que l\u2019on recense le plus grand nombre d\u2019enfants-soldats, soit plus de 21&nbsp;000 entre 2016 et 2020<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>. Cependant, si l\u2019enfant-soldat est g\u00e9n\u00e9ralement issu d\u2019un contexte familial difficile et instable, l\u2019enfant tueur d\u2019homosexuel.le.s est quant \u00e0 lui issu d\u2019un noyau familial stable. Quoique n\u2019\u00e9tant pas de classe ais\u00e9e, ses parents veillent sur lui et son \u00e9ducation, le prot\u00e8gent des homosexuel.le.s qui cherchent \u00e0 \u00ab&nbsp;g\u00e2ter&nbsp;[leurs] enfants&nbsp;\u00bb (Lewat, 2021, p.&nbsp;210), mais aussi lui transmettent les \u00ab&nbsp;valeurs&nbsp;\u00bb fondamentales de la soci\u00e9t\u00e9, \u00e9veillent sa conscience morale et surtout, ne lui cachent rien sur la marche de la soci\u00e9t\u00e9. Ces enfants sont donc au courant de l\u2019actualit\u00e9 de leur pays, et surtout des d\u00e9m\u00eal\u00e9s des homosexuel.le.s avec la justice.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Les&nbsp;Aquatiques<\/em>, les cinq&nbsp;enfants qui initient le meurtre de Samy sont tous \u00e0 l\u2019\u00e9cole primaire, en bonne sant\u00e9 et vivent une enfance ordinaire. D\u00e8s lors, pourquoi de tels agissements barbares&nbsp;? Leur \u00e9tude psychologique r\u00e9v\u00e8le une enfance berc\u00e9e par des discours de haine envers les homosexuel.le.s servis par les adultes. Pour pr\u00e9senter l\u2019ampleur des d\u00e9g\u00e2ts, Lewat donne la parole aux enfants. Cette parole passe par la mise en ab\u00eeme du r\u00e9cit du compte-rendu du meurtre de Samy que la police fait para\u00eetre dans le journal qui, de mani\u00e8re ironique, s\u2019appelle <em>\u00c9mancipations<\/em>. Ce r\u00e9cit d\u00e9voile leur ressenti envers les homosexuel.le.s&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Ils ont honte d\u2019\u00eatre associ\u00e9s aux homosexuel.le.s, de vivre dans le m\u00eame quartier&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si nos amis des autres quartiers savent qu\u2019il est sorti de la [prison] centrale et il est revenu dans notre quartier, la honte va seulement nous tuer \u00e0 l\u2019\u00e9cole.\u2009\u00bb (p.&nbsp;208). Les tout-petits ont d\u00e9j\u00e0 compris que l\u2019homosexuel.le est <em>persona non grata<\/em>. Un paria \u00e0 qui ils ne devraient jamais s\u2019identifier. Le tol\u00e9rer dans leur quartier signifierait qu\u2019ils sont eux-m\u00eames homosexuels&nbsp;;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Ils abhorrent la vue des homosexuel.le.s. Cela suscite en eux beaucoup de col\u00e8re de voir un gar\u00e7on qui \u00ab&nbsp;faisait vraiment comme une fille&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;207). Cela justifierait non pas leur protection, mais plut\u00f4t un acharnement, avec la m\u00eame violence faite aux femmes. Ici, l\u2019assurance de la perp\u00e9tuation du patriarcat avec sa violence physique et symbolique est garantie&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Ils per\u00e7oivent l\u2019homosexuel.le comme un sous-homme qui n\u2019\u00ab&nbsp;est m\u00eame pas un homme [il] est moins qu\u2019un chien, moins que la souris&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;211). Pour cette raison, les enfants savent qu\u2019ils doivent combattre les homosexuel.le.s et ne pas les laisser \u00ab&nbsp;respirer le m\u00eame air&nbsp;\u00bb qu\u2019eux (p.&nbsp;211). Ce sont des \u00ab&nbsp;souris&nbsp;\u00bb nuisibles, aussi, leur d\u00e9cimation est preuve de salubrit\u00e9 sociale. Cette \u00ab&nbsp;d\u00e9ratisation&nbsp;\u00bb de l\u2019homosexuel.le du champ social fait \u00e9cho \u00e0 la \u00ab&nbsp;d\u00e9cafardisation&nbsp;\u00bb lors du g\u00e9nocide des Tutsis au Rwanda<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>. Le meurtre d\u2019un groupe trouve ainsi sa l\u00e9gitimation d\u2019abord par sa d\u00e9shumanisation, son animalisation, ce qui par la suite justifiera moralement la d\u00e9sinfestation de l\u2019espace pour la salubrit\u00e9 et la p\u00e9rennisation du grand groupe&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;D\u00e8s le primaire, ils ont int\u00e9gr\u00e9 qu\u2019on ne d\u00e9fend pas \u00ab&nbsp;un sale p\u00e9d\u00e9&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;211). On ne prend pas le parti d\u2019une bestiole nuisible, autrement c\u2019est elle qui empi\u00e8tera sur votre espace et corrompra votre prog\u00e9niture. Il s\u2019agit d\u2019un choix moral entre la sauvegarde de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de son espace, et partant de l\u2019avenir de sa descendance, et accepter la cohabitation avec l\u2019autre qu\u2019on a d\u00e9j\u00e0 jug\u00e9 corruptible. L\u2019alt\u00e9ricide semble ici le moindre mal&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Ils sont \u00e9lev\u00e9s de mani\u00e8re \u00e0 n\u2019\u00e9prouver aucun sentiment positif vis-\u00e0-vis de l\u2019homosexuel.le. L\u2019homosexuel.le est et demeure \u00ab&nbsp;mauvais m\u00eame s\u2019il [Samy] nous a appris \u00e0 fabriquer des calebasses&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;210). En effet, lorsque Samy s\u2019installe dans le quartier des Aquatiques, il enseigne \u00e0 ses futurs bourreaux la fabrication de calebasses qu\u2019ils pourront par la suite vendre. Le service donn\u00e9 par le sujet victime n\u2019est jamais d\u2019aucune utilit\u00e9. L\u2019existence de l\u2019homosexuel.le devient un p\u00e9riple kafka\u00efen o\u00f9 la seule issue viable semble \u00eatre fatale&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Enfin, ils ont compris qu\u2019ils pourraient agir en toute impunit\u00e9 car l\u2019assentiment du grand groupe op\u00e8re comme immunit\u00e9 sociale&nbsp;: \u00ab&nbsp;Moi, mon ma\u00eetre a demand\u00e9 \u00e0 toute la classe de m\u2019applaudir.&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;213). Un autre ajoute&nbsp;: \u00ab&nbsp;N\u2019est-ce pas qu\u2019on peut tuer un gar\u00e7on-fille&nbsp;? Un gar\u00e7on-fille qui parle avec les fleurs comme un demi-fou, ce n\u2019est pas une vraie-vraie personne, n\u2019est-ce pas&nbsp;? Vous allez nous arr\u00eater&nbsp;? [\u2026] Dans ma classe, \u00e0 l\u2019\u00e9cole, le ma\u00eetre a dit qu\u2019on avait fait \u0153uvre de salubrit\u00e9 publique.&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;213).&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On le voit, l\u2019\u00e9cole, au lieu d\u2019\u00eatre un rempart \u00e0 l\u2019homophobie institutionnelle, constitue plut\u00f4t son instrument significatif. Elle n\u2019a pas pour but d\u2019apprendre aux jeunes enfants le droit \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique de la personne humaine&nbsp;; bien au contraire, elle se veut complice de l\u2019\u00e9puration des homosexuel.le.s en Afrique. Parce qu\u2019une \u00e9ducation inclusive et de qualit\u00e9 est vitale pour pr\u00e9server la paix et favoriser la stabilit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9, on ne peut que se lamenter de ce constat. Aussi, ne peut-on s\u2019emp\u00eacher de penser que l\u2019\u00e9cole (post)coloniale en Afrique n\u2019agit pas sous le joug de la \u00ab&nbsp;r\u00e9ussite scolaire, mais [d\u2019une] faillite morale et sociale&nbsp;\u00bb (Azeyeh, 2010), dans la mesure o\u00f9 elle peine, depuis son instauration coloniale, \u00e0 embrasser le d\u00e9fi de la promotion des Africain.e.s qui ch\u00e9rissent la dignit\u00e9 et le bien-\u00eatre de tou.te.s. Par cons\u00e9quent, l\u2019irruption de l\u2019enfant tueur et des immunit\u00e9s sociales appara\u00eet comme le point culminant de l\u2019homophobie en Afrique postcoloniale.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce sens, le message de Lewat s\u2019apparente \u00e0 celui d\u2019Aim\u00e9 C\u00e9saire dans son <em>Discours sur le colonialisme<\/em>&nbsp;: l\u2019homophobie d\u00e9shumanise autant les homosexuel.le.s qui en sont victimes que les homophobes qui la perp\u00e9tuent. On est face \u00e0 un mouvement cyclique d\u2019ensauvagement des victimes et des bourreaux, qui ne s\u2019\u00e9puisera qu\u2019avec l\u2019\u00e9clatement de tout l\u2019espace social. Au lieu de \u00ab&nbsp;prot\u00e9ger et pr\u00e9server la jeunesse africaine&nbsp;\u00bb, l\u2019homophobie ainsi transfus\u00e9e \u00e0 ces enfants en fait plut\u00f4t des tueurs pr\u00e9coces dont on ne peut pr\u00e9dire o\u00f9 s\u2019arr\u00eatera leur soif de sang. Leur \u00e9mergence sur la sc\u00e8ne sociopolitique amoindrit s\u00e9rieusement l\u2019espoir d\u2019une paix et d\u2019une coh\u00e9sion durables. En&nbsp;invitant les Africain.e.s \u00e0 sortir des verrous de l\u2019homophobie, Osvalde Lewat pose comme horizon la construction d\u2019une Afrique inclusive par le biais de l<em>\u2019homo inclusio africanus<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u2019<em>homo inclusio africanus&nbsp;<\/em>: \u00e9l\u00e9ments d\u2019un portrait<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Bien cerner l<em>\u2019homo inclusio africanus<\/em> ne peut se faire qu\u2019\u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019homophobie que d\u00e9nonce Lewat\u00a0: dans la plupart des pays du continent, les homosexualit\u00e9s sont souvent r\u00e9gies par des peines s\u00e9v\u00e8res avec pour cons\u00e9quence une homophobie acerbe. Face \u00e0 ces violences, l\u2019ind\u00e9fendabilit\u00e9 des victimes est mise en avant. Leurs meurtres restent impunis et toute personne s\u2019engageant pour leur cause s\u2019expose aux m\u00eames p\u00e9rils. Ainsi, il est fr\u00e9quent d\u2019entendre parler d\u2019un \u00ab\u00a0fr\u00e8re de p\u00e9d\u00e9 assassin\u00e9\u00a0\u00bb (Lewat, 2021, p.\u00a043). L\u2019homosexualit\u00e9 reste une r\u00e9alit\u00e9 anxiog\u00e8ne, aussi bien pour l\u2019homosexuel.le que pour ses proches. Le discours romanesque de Lewat est tout aussi pr\u00e9occupant que r\u00e9aliste. Il refl\u00e8te les violences homophobes, et il est rarement question d\u2019indignation de la part des populations et des pouvoirs publics. Attirant notre attention sur cette hypocrisie collective, Awondo (2019) nous fait remarquer que, de nos jours en Afrique, ces violences sont abord\u00e9es de mani\u00e8re unilat\u00e9rale. Face \u00e0 de tels agissements, la r\u00e9action des diff\u00e9rents acteurs \u00e9ludera toujours la brutalit\u00e9, pour mettre en exergue \u00ab\u00a0l\u2019immoralit\u00e9 de l\u2019homosexualit\u00e9\u00a0\u00bb (p.\u00a04). Comment ne pas voir dans ce leitmotiv une illustration de la dictature de la pens\u00e9e\u00a0: si on ne r\u00e9agit pas ainsi, on est consid\u00e9r\u00e9 comme tra\u00eetre faisant l\u2019apologie de l\u2019homosexualit\u00e9 en Afrique. On comprend d\u00e8s lors pourquoi il est rare de voir des Africain.e.s s\u2019indigner du sort des homosexuel.le.s., certains pr\u00e9f\u00e9rant ne pas prendre le risque de s\u2019exposer \u00e0 de telles violences.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette attitude l\u00e2che p\u00e9rennise le continent dans l\u2019impasse, et montre que le d\u00e9fi d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 (pan)africaine inclusive reste probl\u00e9matique, remettant en cause la paix, la s\u00e9curit\u00e9 et le bien-\u00eatre de ses citoyen.ne.s homosexuel.le.s. Lewat propose des solutions qui s\u2019imposent. En&nbsp;l\u2019\u00e9tat actuel, contrer l\u2019homophobie en Afrique ne sera ni le travail des politicien.ne.s, ni celui de la communaut\u00e9 internationale, encore moins celui des activistes. Le changement, semble-t-elle dire, s&rsquo;op\u00e9rera surtout \u00ab&nbsp;par le bas&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire par des individus r\u00e9fractaires. En effet, seules des amiti\u00e9s solides entre h\u00e9t\u00e9rosexuel.le.s et homosexuel.le.s conduiront \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 africaine inclusive. Ces amiti\u00e9s ont le potentiel de faire \u00e9merger l\u2019<em>homo inclusio africanus<\/em>, incarn\u00e9 par le personnage de Katm\u00e9. Tout d\u2019abord, l\u2019<em>homo inclusio africanus<\/em> est un individu indocile. Katm\u00e9 d\u00e9sob\u00e9it aux lois homophobes de son pays et refuse de regarder les homosexualit\u00e9s comme un probl\u00e8me. Pour elle, chaque individu a le droit de disposer de son corps. C\u2019est ce qu\u2019elle dira plus tard \u00e0 Samy lorsque celui-ci lui demande si elle peut se battre pour lui&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne m\u00e8ne pas un combat pour la reconnaissance des droits des homosexuels ou la d\u00e9p\u00e9nalisation de l\u2019homosexualit\u00e9 dans ce pays. Chacun fait ce qu\u2019il veut de son corps, je m\u2019en fiche.&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;130). Ici, l\u2019h\u00e9ro\u00efne refuse de s\u2019attaquer \u00e0 la question de la d\u00e9p\u00e9nalisation. En revanche, on note bien le paradoxe lorsqu\u2019elle dit ne pas s\u2019attaquer \u00e0 la question des droits des homosexuel.le.s, alors que c\u2019est justement ce qu\u2019elle fait en professant que chaque adulte devrait faire ce qu\u2019il veut de son corps. Clairement, au nom du respect de la vie priv\u00e9e de l\u2019adulte, Katm\u00e9 refuse de respecter la politique des droits de l\u2019homme qui d\u00e9nie ceux des homosexuel.le.s. On comprend pourquoi elle n\u2019est ni horrifi\u00e9e ni \u00e9tonn\u00e9e lorsque Samy lui avoue son homosexualit\u00e9, elle est au contraire interpel\u00e9e par la situation de son ami. Non seulement elle garde le secret, mais elle r\u00e9alise surtout que cet aveu l\u2019appelle \u00e0 s\u2019investir d\u2019une mission&nbsp;: se transformer \u00ab&nbsp;en petite maman, en s\u0153ur d\u2019\u00e9lection, en grande s\u0153ur tut\u00e9laire qui aime, veille [et] prot\u00e8ge&nbsp;\u00bb son ami (p.&nbsp;95). Cette d\u00e9cision peut \u00eatre regard\u00e9e comme un moyen de contrer l\u2019intrusion gouvernementale dans l\u2019intimit\u00e9 de l\u2019homosexuel.le, \u00e0 qui elle reconna\u00eet le droit d\u2019entretenir des relations sexuelles avec d\u2019autres adultes consentants du m\u00eame sexe. Sa r\u00e9action rappelle la responsabilit\u00e9 individuelle, celle dont dispose tout un chacun d\u2019ob\u00e9ir ou pas aux lois injustes de sa soci\u00e9t\u00e9. Elle d\u00e9montre aussi que l\u2019<em>homo inclusio africanus<\/em> est un.e citoyen.ne empathique, touch\u00e9.e par le sort des homosexuel.le.s. Katm\u00e9 comprend qu\u2019en tant qu\u2019homosexuel, Samuel a besoin de sa protection et de son soutien. \u00c0&nbsp;l\u2019empathie s\u2019ajoute l\u2019acuit\u00e9 du regard critique sur la question homosexuelle. En effet, si Katm\u00e9 et Samuel parviennent \u00e0 faire perdurer leur amiti\u00e9, c\u2019est avant tout parce que katm\u00e9 a su garder secr\u00e8te l\u2019identit\u00e9 homosexuelle de son \u00ab&nbsp;fr\u00e8re&nbsp;\u00bb. Vivant dans une soci\u00e9t\u00e9 homophobe, Katm\u00e9 sait comment y naviguer tout en prot\u00e9geant son ami homosexuel. Elle a su prendre le recul n\u00e9cessaire face \u00e0 ces diverses croyances erron\u00e9es, \u00e0 commencer par celle qui consid\u00e8re l\u2019homosexuel.le comme un pervers vou\u00e9 \u00e0 \u00ab&nbsp;g\u00e2ter les enfants&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;210). Elle ouvre les portes de sa maison, de sa vie \u00e0 Samuel. Il sera par ailleurs le parrain de ses deux filles, cela suppose qu\u2019il n\u2019est en rien une menace pour elle et sa famille. La seconde croyance erron\u00e9e est celle qui consid\u00e8re l\u2019homosexualit\u00e9 comme \u00ab&nbsp;contagieuse&nbsp;\u00bb&nbsp;: apr\u00e8s plus de dix&nbsp;ans d\u2019amiti\u00e9 avec Samuel, Katm\u00e9 n\u2019est pas devenue homosexuelle, son mari non plus. C\u2019est dire que l\u2019<em>homo inclusio africanus<\/em> est un individu \u00e9clair\u00e9 qui sait prendre du recul par rapport aux mythes homophobes. Enfin, m\u00eame si Katm\u00e9 dit ne se battre ni pour la d\u00e9p\u00e9nalisation ni pour les homosexuel.le.s, la narration se ferme sur une note d\u2019espoir, comme en t\u00e9moigne l\u2019excipit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je courus d\u00e9verrouiller la porte&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;297). L\u2019auteure sugg\u00e8re ici une ouverture&nbsp;: tant que les personnes LGBTQI+ africaines seront opprim\u00e9es, l\u2019Afrique ne sera pas libre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, avec la cr\u00e9ation et l\u2019octroi du Grand Prix panafricain de litt\u00e9rature \u00e0 Osvalde Lewat, c\u2019est cette \u00ab&nbsp;porte&nbsp;\u00bb qu\u2019ouvre l\u2019Union africaine vers un avenir plus radieux pour tous les Africain.e.s \u2013&nbsp;homosexuel.le.s inclus.e.s.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>La condition homosexuelle dans l\u2019Afrique d\u2019aujourd\u2019hui&nbsp;: l\u2019urgence du d\u00e9bat<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>En s\u2019interrogeant sur l\u2019int\u00e9r\u00eat du roman de Lewat au regard du panafricanisme et des politiques sociales actuelles en Afrique, rien ne semble plus urgent que le d\u00e9cryptage des positionnements id\u00e9ologiques face \u00e0 l\u2019\u00e9pineuse question homosexuelle, et plus sp\u00e9cifiquement celle des violences et discriminations fond\u00e9es sur l\u2019orientation sexuelle et le genre. La situation critique des LGBTQI+ en Afrique est tout d\u2019abord la cons\u00e9quence du cadre l\u00e9gal r\u00e9pressif. \u00c0&nbsp;ce sujet, Christine Nad\u00e8ge Ada (2015) identifie trois types de pays&nbsp;: 1)&nbsp;ceux qui la reconnaissent, notamment l\u2019Afrique du Sud par le biais de sa constitution&nbsp;; 2)&nbsp;ceux qui ne la p\u00e9nalisent pas, mais qui ne r\u00e9priment pas pour autant les abus dont sont victimes ces personnes, ce sont le Cap-Vert qui a d\u00e9p\u00e9nalis\u00e9 l\u2019homosexualit\u00e9 en&nbsp;2004, Madagascar, la C\u00f4te d\u2019Ivoire, le Burkina Faso, la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, le Gabon et quelques autres. Dans ces pays, les personnes homosexuelles sont pour la plupart du temps \u00e0 l\u2019abri d\u2019une \u00ab&nbsp;chasse&nbsp;\u00bb institutionnelle, mais subissent des discriminations sociales&nbsp;; et 3)&nbsp;les pays \u00ab&nbsp;radicaux&nbsp;\u00bb qui condamnent l\u2019homosexualit\u00e9 de diverses mani\u00e8res, ils sont pr\u00e8s d\u2019une trentaine. Ada montre que dans ces pays, l\u2019homosexualit\u00e9 reste un d\u00e9lit&nbsp;: tout acte homo\u00e9rotique entre adultes consentants est juridictionnellement condamnable. \u00c0&nbsp;titre d\u2019exemple, en Mauritanie, au Nigeria, au Soudan, en Somalie, et plus r\u00e9cemment en Ouganda, ces actes sont passibles de la peine de mort. La Tanzanie, le Sud-Soudan, le Kenya, le Malawi, la Zambie et la Sierra Leone pr\u00e9voient eux des peines pouvant aller de dix&nbsp;ans d\u2019emprisonnement jusqu\u2019\u00e0 la peine de mort.<\/p>\n\n\n\n<p>En&nbsp;2023, la condition des homosexuel.le.s africain.e.s reste d\u00e9plorable et porteuse de danger. Alice Nkom (2021), avocate camerounaise et fondatrice de l\u2019Association de d\u00e9fense des homosexuels (Adefho), affirme \u00e0 ce propos&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00catre homosexuel en Afrique aujourd\u2019hui, c\u2019est vivre dans la terreur et la violence.&nbsp;\u00bb Au-del\u00e0 de l\u2019impact n\u00e9gatif qu\u2019ont ces l\u00e9gislations discordantes, elles constituent un v\u00e9ritable obstacle \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une Afrique solidaire et id\u00e9ologiquement unie dans ses diversit\u00e9s&nbsp;; ce qui est non seulement l\u2019un des axes majeurs du projet d\u2019int\u00e9gration de l\u2019UA illustr\u00e9 dans son Agenda&nbsp;2063, mais aussi un objectif du projet panafricain. En effet, par diff\u00e9rentes campagnes homophobes, il ressort que ces r\u00e9gimes juridiques rendent fertile la forte instrumentalisation politique de l\u2019homosexualit\u00e9. Elles contribuent \u00e0 la cristallisation de l\u2019\u00ab&nbsp;image monolithique d\u2019une Afrique homophobe&nbsp;\u00bb (Awondo et&nbsp;al., 2013, p.&nbsp;6). Tout se passe comme si l\u2019africanit\u00e9 nouvelle aurait pour leitmotiv&nbsp;: \u00ab&nbsp;Africains du monde entier, unissez-vous tous contre le r\u00e9el homosexuel.&nbsp;\u00bb Ainsi, l\u2019analyse des politiques africaines montre qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 du nouveau cri de ralliement et de diff\u00e9renciation des nouveaux chantres autoproclam\u00e9s du panafricanisme de l\u2019\u00e8re num\u00e9rique<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>. Ces derniers n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 int\u00e9grer leur homophobie au projet panafricain, en posant aujourd\u2019hui l\u2019\u00e9quation&nbsp;pernicieuse selon laquelle&nbsp;: \u00eatre (pan)africain.e \u00e9gale \u00eatre anti-homosexuel, et \u00eatre pour une lib\u00e9ralisation ou d\u00e9p\u00e9nalisation des homosexualit\u00e9s \u00e9quivaut \u00e0 \u00eatre anti-(pan)africain.e.<\/p>\n\n\n\n<p>On retrouve par exemple cette rh\u00e9torique chez Paul Ella-Meny\u00e9, un compatriote d\u2019Osvalde Lewat, pr\u00e9sident du mouvement African Revival qui se d\u00e9finit comme une \u00ab&nbsp;organisation essentiellement panafricaine travaillant sans rel\u00e2che au rayonnement du Continent<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb. Dans une \u00e9mission<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a> diffus\u00e9e sur YouTubele 5&nbsp;juillet 2022 par Panafricanistes&nbsp;TV, Ella-Meny\u00e9 donne son avis sur les Africain.e.s qui luttent pour la d\u00e9fense des droits des homosexuel.le.s, dans le cadre d\u2019organisations non gouvernementales op\u00e9rant sur le sol africain&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Ces gens-l\u00e0 font la honte de l\u2019Afrique. Ce sont des mis\u00e9rables [\u2026] pour la simple et bonne raison que, d\u00e8s que vous vendez votre \u00e2me pour un int\u00e9r\u00eat personnel, au d\u00e9triment de l\u2019int\u00e9r\u00eat public, au d\u00e9triment de votre peuple, alors vous \u00eates un mis\u00e9rable. Ces gens sont [\u2026] les commerciaux de cette d\u00e9ferlante horrifiante que sont les LGBT et toutes les autres pratiques contre-nature. Ce ne sont pas des gens qu\u2019il faut consid\u00e9rer comme Africains, parce que comme le disait un certain Steve Biko, et Malcom\u00a0X \u00e9galement, ce n\u2019est pas parce que vous avez la peau noire que vous \u00eates Africains. Il suffit de voir, d\u2019analyser et de conclure par vos actes [\u2026] que vous ne plaidez pas pour l\u2019Afrique et que vous roulez pour les puissances \u00e9trang\u00e8res. C\u2019est exactement le cas de ces gens qui en fait se font [\u2026] placer dans le camp des ennemis de l\u2019Afrique, des ennemis de l\u2019humanit\u00e9 tout court et ce n\u2019est juste pas acceptable [\u2026] Il faut les combattre jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re \u00e9nergie pour pr\u00e9server la libert\u00e9 et la dignit\u00e9 de l\u2019Afrique.\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>On est donc l\u00e0 au c\u0153ur de la \u00ab&nbsp;caricature&nbsp;\u00bb (Mbembe, 2008) que plusieurs leaders d\u2019opinion tr\u00e8s suivis font aujourd\u2019hui du panafricanisme. Avec leur fixation sur les (homo)sexualit\u00e9s africaines, non seulement ils r\u00e9duisent le panafricanisme \u00e0 un mouvement pour h\u00e9t\u00e9rosexuel.le.s, mais ils proc\u00e8dent aussi \u00e0 la diabolisation qui est l\u2019acte de \u00ab&nbsp;d\u00e9noncer et condamner un individu ou un groupe assimil\u00e9 \u00e0 une incarnation du Mal. Et, partant, cr\u00e9er un ennemi absolu, absolument redoutable et ha\u00efssable, contre lequel tout est permis [et qu\u2019il faut] combattre&nbsp;\u00bb (Taguieff, 2014).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le propos d\u2019Ella-Meny\u00e9, l\u2019homosexuel.le incarne la honte, le d\u00e9testable, le contre-nature, l\u2019\u00e9tranget\u00e9 \u00e0 l\u2019Afrique et surtout, le grand ennemi de l\u2019Afrique et de la race humaine. Aussi appelle-t-il \u00e0 leur exclusion, portant un discours que l\u2019on pourrait qualifier de g\u00e9nocidaire contre un pan de la population qu\u2019il d\u00e9clare ennemi de la race sup\u00e9rieure africaine, n\u00e9cessairement h\u00e9t\u00e9rosexuelle. Paul Ella-Meny\u00e9, positionn\u00e9 en Hitler des tropiques, se fait d\u00e8s lors le chantre d\u2019un discours de domination d\u2019un groupe sur un autre, qui tient paradoxalement ses origines de l\u2019id\u00e9ologie raciale des supr\u00e9macistes blancs. Cette id\u00e9ologie a men\u00e9 les peuples africains noirs vers l\u2019esclavage, la colonisation, et les g\u00e9nocides, dont le plus r\u00e9cent est celui des Tutsis au Rwanda (Diop, 2021). Une telle position donne encore raison \u00e0 Aim\u00e9 C\u00e9saire qui soulignait qu\u2019on est enclin \u00e0 penser qu\u2019Hitler n\u2019est pas mort, quand on constate et tol\u00e8re les atrocit\u00e9s commises sur certains groupes sociaux. Pire, cela sugg\u00e8re que les g\u00e9nocides en Afrique auraient encore de beaux jours devant eux, parce que nous ne savons pas apprendre de l\u2019histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Paul Ella-Meny\u00e9 assigne le r\u00f4le d\u2019\u00e9purateurs des homosexuels aux \u00ab&nbsp;vrai.e.s&nbsp;\u00bb Africain.e.s qui sont, \u00e0 ses yeux, tous ceux qui les combattent vigoureusement, \u00ab&nbsp;jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re \u00e9nergie&nbsp;\u00bb. Le combat contre les homosexuel.le.s est sugg\u00e9r\u00e9 comme une question morale de vie ou de mort, puisque ce n\u2019est pas seulement l\u2019africanit\u00e9 qui serait attaqu\u00e9e, mais l\u2019humanit\u00e9 elle-m\u00eame. Pareille invitation \u00e0 soustraire des personnes gay de l\u2019espace social en Afrique n\u2019a rien de nouveau, elle rappelle le \u00ab&nbsp;<em>Kill the Gays&nbsp;<\/em>\u00bb des ann\u00e9es&nbsp;2010. Le paradoxe est qu\u2019elle est faite \u00e0 l\u2019aune du paradigme discursif \u00e9cul\u00e9 de la suppos\u00e9e sup\u00e9riorit\u00e9 de la blancheur&nbsp;: la fabrique des esclavages, des colonisations et des g\u00e9nocides a toujours \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9e sur ce mod\u00e8le. L\u2019id\u00e9e \u00e9tait, et l\u2019est apparemment encore, d\u2019\u00e9liminer tout ce qui n\u2019est pas de la droite extr\u00eame, et \u00e0 la droite extr\u00eame (c\u2019est-\u00e0-dire h\u00e9t\u00e9rosexuel) de leur id\u00e9ologie racialiste fond\u00e9e sur cette domination blanche. Les tenants africanistes de tels discours de haine se pensent originaux en ceci qu\u2019ils s\u2019efforcent de noircir cette posture raciale blanche de domination, dont ils sont les fiers porte-flambeaux, \u00e0 coups de discours tropicalisant sur l\u2019homosexualit\u00e9 qui ne serait pas africaine. Qu\u2019ils en soient conscients ou non, les adeptes de ces diatribes se posent dans le prolongement de ce sentiment de sup\u00e9riorit\u00e9 blanc, et ce \u00e0 travers leur positionnement homophobe pour une Afrique pure, sans taches&nbsp;: la belle Afrique primitive et \u00e9pur\u00e9e qui n\u2019aurait jamais connu la \u00ab&nbsp;corruption&nbsp;\u00bb homosexuelle (Gueboguo, 2006), ou toutes autres formes de \u00ab&nbsp;souillures&nbsp;\u00bb venues de l\u2019Occident.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019id\u00e9e est comparable aux tenants des orientalismes \u00e0 propos du Moyen-Orient (Sa\u00efd, 2005), en ceci qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un discours racialiste empreint de sup\u00e9riorit\u00e9 paternaliste. Ils se dotent du pouvoir de parler pour et au nom d\u2019un groupe, avec la pr\u00e9tention de mieux le ma\u00eetriser, d\u2019identifier ses tares, d\u2019avoir droit de vie ou de mort. De ce fait, ces \u00e9purateurs d\u2019homosexuel.le.s font \u00e9cho au Code noir napol\u00e9onien qui a r\u00e9duit les Noirs au statut de meubles&nbsp;; ou encore \u00e0 l\u2019aryanisme hitl\u00e9rien porteur d\u2019une pr\u00e9tendue race sup\u00e9rieure. Autrement dit, l\u2019id\u00e9ologie de l\u2019homophobie dont ils se r\u00e9clament est une importation de l\u2019Occident en Afrique \u00e0 travers ses lois coloniales, ses repr\u00e9sentations des religions abrahamiques, tout cela sous des relents de l\u2019id\u00e9e de sup\u00e9riorit\u00e9 des Blancs sur les autres groupes non Blancs (Altman, 2001). Ainsi, l\u2019appel d\u2019Ella-Meny\u00e9 \u00e0 une \u00e9puration totale incluant toute personne rendant d\u2019importants services aux membres de la communaut\u00e9 LGBTQI+ ram\u00e8ne \u00e0 ce que d\u00e9plorait Alice Nkom, \u00e0 savoir qu\u2019\u00eatre homosexuel en Afrique, c\u2019est vivre dans la terreur et la violence. Cette terreur est aussi pr\u00e9monitoire. Elle pr\u00e9sage un \u00ab&nbsp;grand jour&nbsp;\u00bb, o\u00f9 les \u00ab&nbsp;vrai.e.s&nbsp;\u00bb Africain.e.s et panafricanistes proc\u00e9deront au nettoyage syst\u00e9matique des personnes LGBTQI+ et de leurs alli\u00e9.e.s, poursuivant ainsi l\u2019action horrifiante des supr\u00e9macistes blancs. Ils devront r\u00e9pondre au tribunal de l\u2019Histoire et des Humains pour appels aux crimes g\u00e9nocidaires. Cette possibilit\u00e9 demeure d\u2019actualit\u00e9, nombre d\u2019\u00e9crivain.e.s du continent se sentent interpell\u00e9.e.s par ce d\u00e9bat&nbsp;; ce qui explique sans doute le choix de Lewat d\u2019\u00e9laborer un roman transposant la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019homophobie en Afrique, tout en pr\u00f4nant un traitement diff\u00e9rent des homosexualit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a>Son roman est un moyen de conscientisation. Dans un entretien accord\u00e9 au journal <em>Jeune Afrique<\/em> le 25&nbsp;janvier 2022 au sujet des <em>Aquatiques<\/em>, Lewat affirme avoir voulu \u00ab&nbsp;construire un pays avec des r\u00e9alit\u00e9s communes&nbsp;: l\u2019homophobie, le poids du groupe sur l\u2019individu, les injonctions faites aux femmes, le bal des apparences&nbsp;\u00bb. L\u2019\u00e9crivaine d\u00e9nonce donc ces violences comme \u00e9tant les derni\u00e8res grandes barbaries dont le continent devrait se lib\u00e9rer au plus t\u00f4t, au risque d\u2019\u00eatre, une fois de plus, le th\u00e9\u00e2tre d\u2019une \u00e9puration tragique de ces communaut\u00e9s LGBTQI+. Plus grave encore, nous dit Lewat, cette \u00e9puration se fera par les jeunes africains transform\u00e9s en oppresseurs despotes par les discours homophobes actuels \u00e0 la Ella-Meny\u00e9, sous le regard complice et complaisant des adultes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Quoi qu\u2019on puisse reprocher au pr\u00e9sident F\u00e9lix Tshisekedi, l\u2019histoire retiendra que c\u2019est sous son impulsion et ses efforts qu\u2019a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 le Grand Prix panafricain de litt\u00e9rature qui choisit de couronner pour son prix inaugural un ouvrage qui s\u2019insurge contre l\u2019homophobie en Afrique. C\u2019est ici le moment de revenir sur le sens de ce texte qui au fond est un cri de douleur, un hommage \u00e0 la m\u00e9moire de tous les homosexuel.le.s africain.e.s ayant perdu la vie sur leur continent. Dans cet hommage, Osvalde Lewat commence par rappeler que Samy ne saurait \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 \u00ab&nbsp;un homosexuel&nbsp;\u00bb, car il \u00e9tait surtout un fils ch\u00e9ri par sa m\u00e8re, un fr\u00e8re, un ami fid\u00e8le, un parrain, un oncle, un professeur de coll\u00e8ge et un artiste. Dans le quartier des Aquatiques, c\u2019\u00e9tait un leader. Samy \u00e9tait aussi celui qui utilisait son art pour sensibiliser les dirigeants du Zambuena sur la condition mis\u00e9rable des habitants du quartier. Enfin,Samy \u00e9tait tout simplement celui qui voulait embellir la vie des autres. Embellir la vie des jeunes en leur apprenant des m\u00e9tiers. Embellir le quartier en y plantant des fleurs. Embellir l\u2019Afrique en lui redonnant formes, couleurs, visibilit\u00e9 et vie. Or, avec la mort de Samy, c\u2019est l\u2019Afrique en devenir qu\u2019on assassine. Venant de la plus haute instance politique panafricaine, ce premier Grand Prix panafricain de litt\u00e9rature invite les Africain.e.s \u00e0 (re)imaginer un nouveau mod\u00e8le de soci\u00e9t\u00e9, en tenant compte des droits des personnes LGBTQI+.Seront-ils \u00e0 la hauteur de cet appel&nbsp;? Et surtout, qu\u2019adviendra-t-il de ce prix qui cristallise tant d\u2019espoirs, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 F\u00e9lix Tshisekedi est remplac\u00e9 \u00e0 la t\u00eate de l\u2019UA, d\u2019abord par le pr\u00e9sident Macky Sall et maintenant par Azali Assoumani&nbsp;? L\u2019actuel pr\u00e9sident de l\u2019UA saura-t-il travailler \u00e0 consolider le r\u00f4le et la place de ce nouveau prix en tant que r\u00e9f\u00e9rence en mati\u00e8re de litt\u00e9rature (pan)africaine pour la renaissance du continent&nbsp;? Seule la post\u00e9rit\u00e9 le dira.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Bibliographie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ada, C.-N. (2015). Homosexualit\u00e9 en Afrique&nbsp;: une forte p\u00e9nalisation, de timides progr\u00e8s. <em>Hommes &amp; Libert\u00e9s<\/em>, <em>170<\/em>,&nbsp;27-29.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2009<a href=\"https:\/\/www.ldh-france.org\/hl-numero-170\/\">https:\/\/www.ldh-france.org\/hl-numero-170\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>African Revival<em>.<\/em> Consult\u00e9 le 11 mai 2023 sur <a href=\"https:\/\/african-revival.org\/\">https:\/\/african-revival.org\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Aldrich, R. (2001). Homosexuality in the French Colonies.\u2009 <em>Journal of Homosexuality<\/em>, <em>41<\/em>(3-4), 201-218.<\/p>\n\n\n\n<p>Altman, D. (2001). Global Gaze\/Global Gays. Dans Hawley, J&nbsp;C. (dir.), <em>Postcolonial and Queer Theories: Intersections and Essays<\/em> (pp.&nbsp;1-18). Wesport\/London: Greenwood Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Awondo, P. (2019). <em>Le Sexe et ses doubles&nbsp;: (Homo)sexualit\u00e9s en postcolonie<\/em>. ENS \u00c9ditions.<\/p>\n\n\n\n<p>Awondo, P., Geschiere, P., Reid, G., Jaunait, A., Le&nbsp;Renard, S.&nbsp;A., Marteu, \u00c9. (2013). Une Afrique homophobe&nbsp;? Sur quelques trajectoires de politisation de l\u2019homosexualit\u00e9&nbsp;: Cameroun, Ouganda, S\u00e9n\u00e9gal et Afrique du Sud. <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-raisons-politiques.htm\"><em>Raisons politiques<\/em><\/a>, <em>1<\/em>(49),&nbsp;95-118. <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-raisons-politiques-2013-1-page-95.htm\">https:\/\/www.cairn.info\/revue-raisons-politiques-2013-1-page-95.htm<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Azeyeh, A. (2010). <em>R\u00e9ussite scolaire, faillite sociale&nbsp;: g\u00e9n\u00e9alogie mentale de la crise de l\u2019Afrique noire francophone<\/em>. Langaa RPCIG.<\/p>\n\n\n\n<p>Beachy, R. (2010). The German Invention of Homosexuality. <em>The Journal of Modern History<\/em>,<em> 82<\/em>(4),&nbsp;801-838.<\/p>\n\n\n\n<p>Citton, Y. (2007). <em>Lire, interpr\u00e9ter, actualiser&nbsp;: <\/em><em>Pourquoi les \u00e9tudes litt\u00e9raires&nbsp;?<\/em> Amsterdam Eds.<\/p>\n\n\n\n<p>Cowell, F. (2010). Colonial Sodomy: Homophobic Threat within Common Law. <em>Polity.org.za.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Cr\u00e9mieux, A. (2013). Homosexualit\u00e9s en Afrique. <em>Africultures<\/em>, <em>96<\/em>. L\u2019Harmattan.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a>Du&nbsp;Bois, W.&nbsp;E.B (1996). <em>The Souls of Black Folk<\/em>. Modern Library.<\/p>\n\n\n\n<p>Grand Prix panafricain de litt\u00e9rature (2021). <a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/photo\/?fbid=118670983615231&amp;set=ecnf.100064250126585\">https:\/\/www.facebook.com\/photo\/?fbid=118670983615231&amp;set=ecnf.100064250126585<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Gueboguo, C. (2006). L\u2019homosexualit\u00e9 en Afrique&nbsp;: sens et variations d\u2019hier \u00e0 nos jours. <em>Socio-Logos<\/em>, <em>1<\/em>.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <a href=\"http:\/\/socio-logos.revues.org\/37\">http:\/\/socio-logos.revues.org\/37<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Gueboguo, C. (2011). Penser les \u00a0\u00bb Droits \u00a0\u00bb des homosexuel.le.s en Afrique&nbsp;: du sens et de la puissance de l\u2019action associative militante au Cameroun. <em>Taylor&nbsp;&amp;&nbsp;Francis.<\/em> <em>Canadian Journal of African Studies\/Revue canadienne des \u00e9tudes africaines<\/em>, <em>43<\/em>(1), 129-150. <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/abs\/10.1080\/00083968.2010.9707586\">https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/abs\/10.1080\/00083968.2010.9707586<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Kouassi, N\u2019dri M. (2016). <em>L\u2019homosexualit\u00e9 en Afrique Tome&nbsp;1<\/em>. Connaissances et Savoirs.<\/p>\n\n\n\n<p>Kouassi, N\u2019dri M. (2016). <em>L\u2019homosexualit\u00e9 en Afrique Tome&nbsp;2<\/em>. Connaissances et Savoirs.<\/p>\n\n\n\n<p>Lewat, O. (2021). <em>Les Aquatiques.<\/em> Les Escales.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a>Mbembe, A. (2008). Qu\u2019est-ce que la pens\u00e9e postcoloniale&nbsp;? Propos recueillis par Olivier Mongin, Nathalie Lempereur et Jean-Louis Schlegel. <em>Eurozine<\/em>. <a href=\"https:\/\/www.eurozine.com\/quest-ce-que-la-pensee-postcoloniale\/\">https:\/\/www.eurozine.com\/quest-ce-que-la-pensee-postcoloniale\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a>Mbembe, A. (2013).<em> Sortir de la grande nuit. Essai sur l\u2019Afrique d\u00e9colonis\u00e9e<\/em>. La D\u00e9couverte.<\/p>\n\n\n\n<p>Mbougar Sarr, M. (2018). <em>De purs hommes<\/em>. Philippe Rey.<\/p>\n\n\n\n<p>Minne, S. (2023). \u00ab\u00a0Queer Readings\u00a0\u00bb&nbsp;: lectures de la diff\u00e9rence.<em> Fabula, La recherche en Litt\u00e9rature.<\/em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <a href=\"https:\/\/www.fabula.org\/ressources\/atelier\/?Queer_readings\">https:\/\/www.fabula.org\/ressources\/atelier\/?Queer_readings<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Nkom, A. (2021). \u00catre homosexuel au Cameroun, c\u2019est vivre dans la terreur et la violence. France&nbsp;24.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=u_ur6DWhmpk\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=u_ur6DWhmpk<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Phillips, O. (1997). Zimbabwean Law and the Production of a White Man\u2019s Disease. <em>Social and Legal Studies<\/em>, <em>6<\/em>,&nbsp;471-491.<\/p>\n\n\n\n<p>Plana, M., Sounac, F. (2015). <em>Esth\u00e9tique(s) <\/em>queer<em> dans la litt\u00e9rature et les arts&nbsp;: sexualit\u00e9s et politiques du trouble<\/em>. \u00c9critures, \u00c9ditions universitaires Dijon.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa\u00efd, E.&nbsp;W. (2005). <em>L\u2019Orientalisme. L\u2019Orient cr\u00e9\u00e9 par l&rsquo;Occident<\/em>. Seuil.<\/p>\n\n\n\n<p>Taguieff, P.-A. (2014). Diaboliser et \u00eatre diabolis\u00e9&nbsp;: le cercle de la haine. <em>IPhilo<\/em>. <a href=\"http:\/\/iphilo.fr\/2014\/05\/31\/diaboliser-et-etre-diabolise-le-cercle-de-la-haine\/\">http:\/\/iphilo.fr\/2014\/05\/31\/diaboliser-et-etre-diabolise-le-cercle-de-la-haine\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Vultur, I. (2014). La litt\u00e9rature comme forme de communication. Dans, <em>Le xx<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle saisi par la communication. Vol.&nbsp;1&nbsp;: Les r\u00e9volutions de l\u2019expression<\/em>.<em> Herm\u00e8s, La Revue.<\/em> CNRS \u00c9ditions. <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-hermes-la-revue-2014-3-page-144.htm\">https:\/\/www.cairn.info\/revue-hermes-la-revue-2014-3-page-144.htm<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> Pr\u00e9ambule du Grand Prix panafricain de litt\u00e9rature (2021).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> Au chapitre&nbsp;2 de son livre, Du&nbsp;Bois (1996) soutient que le probl\u00e8me du xx<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle est celui de la ligne du partage des couleurs entre races.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> Le terme est adopt\u00e9 et largement utilis\u00e9 dans les \u00e9tudes queers en fran\u00e7ais. Il appara\u00eet dans Plana et Souna (2015, p.&nbsp;309).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> Sigle utilis\u00e9 pour d\u00e9signer de mani\u00e8re inclusive les personnes lesbiennes, gay, bisexuelles, transgenres, queers, intersexes, et toutes autres personnes non h\u00e9t\u00e9rosexuelles ou non cisgenres.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> Pays fictif d\u2019Afrique subsaharienne.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> Une allusion \u00e0 l\u2019ouvrage de Charles Guebeguo (2006). <em>La question homosexuelle en Afrique&nbsp;: le cas du Cameroun<\/em>. L\u2019Harmattan.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a> Lire <em>Johnny chien m\u00e9chant<\/em> (2002) d\u2019Emmanuel Dongala h<em>lah n\u2019est pas oblig\u00e9<\/em> (2000) d\u2019Ahmadou Kourouma.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> <a href=\"https:\/\/www.unicef.org\/press-releases\/west-and-central-africa-region-among-most-affected-grave-violations-against-children\">https:\/\/www.unicef.org\/press-releases\/west-and-central-africa-region-among-most-affected-grave-violations-against-children<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\"><sup>[9]<\/sup><\/a> Les Tutsis \u00e9taient d\u00e9sign\u00e9s par les bourreaux Hutus comme les \u00ab&nbsp;cafards&nbsp;\u00bb. Les populations \u00e9taient invit\u00e9es \u00e0 faire la chasse aux cafards pour la salubrit\u00e9 publique.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a> https:\/\/ici.radio-canada.ca\/nouvelle\/1718621\/panafricanisme-numerique-afrique-franc-cfa-mwazulu<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a> On retrouve cette citation sur la page d\u2019accueil du site web du mouvement : https:\/\/african-revival.org\/<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\"><sup>[12]<\/sup><\/a> \u00ab&nbsp;Homosexualit\u00e9&nbsp;: Les USA en mode LGBT en C\u00f4te d\u2019Ivoire. Que peut l\u2019\u00c9glise catholique&nbsp;?&nbsp;\u00bb <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=YEao_Q73Bqc\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=YEao_Q73Bqc<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":4530,"template":"","meta":[],"series-categories":[1349],"cat-articles":[1015],"keywords":[1527,1580,1622,1582,1621],"ppma_author":[505,504],"class_list":["post-26634","series-issues","type-series-issues","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","series-categories-numero-3","cat-articles-analyses-critiques","keywords-afrique","keywords-homo-inclusio-africanus","keywords-homosexualites","keywords-inclusion","keywords-les-aquatiques-2","author-patrick-h-moneyang-fr","author-charles-gueboguo-fr"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.6 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>\u00a0\u00ab\u00a0Queeriser\u00a0\u00bb l\u2019Afrique par l\u2019homo inclusio africanus :Une lecture des Aquatiques d\u2019Osvalde Lewat, Grand Prix panafricain de litt\u00e9rature | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-3\/queering-africa-through-homo-inclusio-africanus-a-reading-of-osvalde-lewats-les-aquatiques-pan-african-grand-prize-for-literature\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"\u00a0\u00ab\u00a0Queeriser\u00a0\u00bb l\u2019Afrique par l\u2019homo inclusio africanus :Une lecture des Aquatiques d\u2019Osvalde Lewat, Grand Prix panafricain de litt\u00e9rature | Global Africa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Introduction Parce que les prix litt\u00e9raires jouent un r\u00f4le essentiel dans la l\u00e9gitimation et la promotion des \u0153uvres litt\u00e9raires, cet article analyse l\u2019enjeu du Grand Prix panafricain de litt\u00e9rature d\u00e9cern\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9crivaine d\u2019origine camerounaise Osvalde Lewat pour son roman Les&nbsp;Aquatiques (2021). Ce prix, initi\u00e9 par l\u2019UA \u00e0 travers F\u00e9lix-Antoine Tshisekedi Tshilombo \u2013&nbsp;actuel pr\u00e9sident de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo et pr\u00e9sident de l\u2019UA en 2022&nbsp;\u2013 \u00ab&nbsp;[est] ouvert aux Africains d\u2019ici et d\u2019ailleurs, du continent et de sa diaspora&nbsp;\u00bb. Le Jury \u00e9tait compos\u00e9 de cinq&nbsp;personnes. La raison d\u2019\u00eatre id\u00e9ologique de cette r\u00e9compense litt\u00e9raire stipule, dans l\u2019article&nbsp;3 de son r\u00e8glement, que l\u2019ouvrage prim\u00e9 \u00ab&nbsp;doit refl\u00e9ter les grandes valeurs consacr\u00e9es par la charte de l\u2019Union africaine, la solidarit\u00e9, le panafricanisme, la cohabitation pacifique des peuples&nbsp;\u00bb. Ce Grand Prix, pens\u00e9 comme un projet f\u00e9d\u00e9rateur des Afriques et de ses historicit\u00e9s, s\u2019adresse \u00e0 tout Africain au-del\u00e0 des fronti\u00e8res nationales arbitrairement fix\u00e9es depuis la conf\u00e9rence de Berlin et h\u00e9rit\u00e9es des colonisations. Son but est surtout de montrer que la litt\u00e9rature africaine a un r\u00f4le majeur \u00e0 jouer dans la partition du programme politique de l\u2019UA, et partant, contribuer \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de \u00ab&nbsp;l\u2019Afrique que nous voulons[1]&nbsp;\u00bb. Une telle \u00e9nonciation fait \u00e9cho au projet panafricain pris au sens large \u2013&nbsp;malgr\u00e9 ses variations, (r\u00e9)interpr\u00e9tations, multiples acceptions et parfois balbutiements&nbsp;\u2013 d\u2019\u00e9mancipation et de r\u00e9habilitation des peuples d\u2019origine africaine. Fond\u00e9 en r\u00e9action \u00e0 la domination (post)coloniale subie par les Africain.e.s et les afrodescendant.e.s \u00e0 travers le monde, domination bas\u00e9e sur la ligne de couleur[2] ou race, le panafricanisme lutte pour le bien-\u00eatre des peuples issus d\u2019Afrique et de sa diaspora. Cela \u00e0 travers la recherche, la propagation de l\u2019id\u00e9e d\u2019une \u00e9mancipation, d\u2019une lib\u00e9ration totale, d\u2019une reconstruction des identit\u00e9s et cultures d\u00e9truites, et surtout d\u2019une unit\u00e9 des Africain.e.s, voire des populations noires, au-del\u00e0 des fronti\u00e8res g\u00e9ographiques et linguistiques. Ce mouvement, ouvert \u00e0 tous les Africains, concerne leur vie \u00e9conomique, politique, sociale et culturelle. Ce prix est donc, pour le continent politiquement et le panafricanisme id\u00e9ologiquement, un moment de grand rayonnement. D\u2019une part, il permet \u00e0 l\u2019UA, gr\u00e2ce \u00e0 une dotation de 30&nbsp;000&nbsp;dollars allou\u00e9s au laur\u00e9at, de solidifier son influence et son leadership en se hissant comme alli\u00e9e ardente du panafricanisme. Le prix est l\u2019un des premiers en son genre, sinon le plus grand prix litt\u00e9raire cr\u00e9\u00e9 par un groupement inter\u00e9tatique africain, destin\u00e9 \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer des \u00e9crivain.e.s d\u2019origine africaine. D\u2019autre part, il offre une grande visibilit\u00e9 \u00e0 un.e auteur.e africain.e en affirmant que la litt\u00e9rature africaine a un r\u00f4le \u00e0 jouer dans l\u2019\u00e9dification de l\u2019Afrique r\u00eav\u00e9e. En d\u00e9cernant le Grand Prix panafricain de litt\u00e9rature \u00e0 Osvalde Lewat, le dix-neuvi\u00e8me pr\u00e9sident de l\u2019UA indique que Les&nbsp;Aquatiques est une \u0153uvre d\u00e9terminante dans la red\u00e9finition du panafricanisme, pr\u00e9cis\u00e9ment au moment o\u00f9 beaucoup d\u2019Africain.e.s veulent voir \u00e9clore des id\u00e9ologies panafricanistes adapt\u00e9es aux d\u00e9fis structurels. \u00c0&nbsp;l\u2019issue de ce constat et d\u2019un point de vue herm\u00e9neutique, l\u2019enjeu sera donc d\u2019identifier le message port\u00e9 par Les&nbsp;Aquatiques au sujet de l\u2019Afrique contemporaine, et comment il pourrait \u00eatre source d\u2019inspiration d\u2019un panafricanisme contemporain. Pour cela, penchons-nous sur quelques r\u00e9f\u00e9rences majeures de la communication litt\u00e9raire. Tout d\u2019abord, la ric\u0153urienne Ioana Vultur (2014) explore la litt\u00e9rature comme une forme de communication, elle propose de l\u2019appr\u00e9hender en rapport avec la situation discursive de la communication quotidienne. Dans cette derni\u00e8re, trois&nbsp;piliers sont mis en jeu&nbsp;: le message, la soci\u00e9t\u00e9, et les individus qui l\u2019habitent&nbsp;; ainsi, la communication quotidienne consistera pour Vultur \u00e0 dire quelque chose (un message), sur quelque chose (notre monde, la soci\u00e9t\u00e9), \u00e0 quelqu\u2019un. Toutefois, parce que la communication litt\u00e9raire est m\u00e9taphorique et indirecte, l\u2019auteure rappelle qu\u2019elle n\u00e9cessite un travail de d\u00e9codage&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le lecteur doit chercher le sens du texte et non pas l\u2019intention de l\u2019auteur [\u2026] Les lecteurs sont appel\u00e9s \u00e0 se figurer et \u00e0 configurer l\u2019\u0153uvre. \u00bb Dans la (re)contextualisation des Aquatiques,il est retenu, entre autres, l\u2019invitation donn\u00e9e au lecteur d\u2019embrasser une position interactionnelle avec l\u2019\u0153uvre, en lien avec son contexte sociohistorique&nbsp;; la qu\u00eate du sens de la communication litt\u00e9raire sera toujours pour lui un travail de (r\u00e9)actualisation. Ensuite, Yves Citton (2007, p.&nbsp;265) d\u00e9finit ce proc\u00e9d\u00e9 d\u2019actualisation comme une exploitation des \u00ab&nbsp;diff\u00e9rences entre l\u2019actualit\u00e9 de la lecture et le contexte historique de l\u2019\u00e9criture dans le but d\u2019apporter un \u00e9clairage d\u00e9paysant sur le pr\u00e9sent&nbsp;\u00bb. Il appelle le lecteur \u00e0 s\u2019interroger sur l\u2019\u0153uvre en r\u00e9sonance avec la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle il \u00e9volue, en favorisant un mouvement de va-et-vient. C\u2019est pourquoi, pour \u00eatre efficace, il revient \u00e0 la critique litt\u00e9raire d\u2019en saisir le relai discursif pour cerner et mettre en exergue les jeux, les enjeux, les messages et la pertinence de l\u2019\u0153uvre prim\u00e9e. D\u00e8s lors, cet article d\u00e9crypte un pan critique de la quintessence du message des Aquatiques,\u00e0 travers ce que nous d\u00e9signons comme \u00ab&nbsp;homo inclusio africanus&nbsp;\u00bb, entendu comme l\u2019appel \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019un.e citoyen.ne africain.e fondamentalement indocile, \u0153uvrant de fa\u00e7on intentionnelle \u00e0 r\u00e9parer son monde pour inclure tou.te.s les Africain.e.s, y compris les homosexuel.le.s longtemps exclu.e.s. Dans cet appel qui est au c\u0153ur du roman, la focalisation est mise sur l\u2019aspect inclusio. Il est d\u00e9clin\u00e9 comme la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un processus d\u2019enfermement de la m\u00eamet\u00e9 sociosexuelle en Afrique en tant que partie du holon, c\u2019est-\u00e0-dire le \u00ab&nbsp;tout-africain&nbsp;\u00bb. Toute tentative d\u2019exclusion des identit\u00e9s des m\u00eames sociosexuels dans la construction du jeu id\u00e9ologique panafricain ali\u00e8ne un pan significatif des vrais Africains dont on clame paradoxalement \u00ab&nbsp;la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une f\u00e9d\u00e9ration&nbsp;\u00bb. In&nbsp;fine, cette exclusion propose une vision d\u2019une Afrique fallacieusement \u00e9pur\u00e9e. L\u2019homo inclusio africanus que stipule Les&nbsp;Aquatiques est donc pos\u00e9 en parall\u00e8le d\u2019autres id\u00e9ologies panafricanistes m\u00e9diatis\u00e9es, ayant une vision antith\u00e9tique d\u2019un panafricanisme vrai, s\u0153ur jumelle du sentiment anti-homosexuel, parce que la r\u00e9alit\u00e9 homosexuelle serait une importation de l\u2019Occident, et ceux qui, en Afrique, s\u2019en r\u00e9clameraient identitairement deviendraient de&nbsp;facto des parias. Parias dont le continent aurait pour mission d\u2019extirper des corps sociaux. Cette saign\u00e9e sociale dot\u00e9e d\u2019une violence permanente du corps et de la psych\u00e9 des homosexuel.le.s africain.e.s serait per\u00e7ue comme un acte de salubrit\u00e9 publique, pour garder l\u2019immacul\u00e9e mystique puret\u00e9 de ce tout-Afrique se construisant. Partant de ce constat, nous proposons d\u2019appr\u00e9hender l\u2019homo inclusio africanus d\u2019une part par la lecture du roman de Lewat en insistant sur la fa\u00e7on\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-3\/queering-africa-through-homo-inclusio-africanus-a-reading-of-osvalde-lewats-les-aquatiques-pan-african-grand-prize-for-literature\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Global Africa\" \/>\n<meta property=\"article:publisher\" content=\"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2026-05-09T14:20:54+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/ga.03.couv_.00-scaled.webp\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"2560\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"1707\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta 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Les&nbsp;Aquatiques (2021). Ce prix, initi\u00e9 par l\u2019UA \u00e0 travers F\u00e9lix-Antoine Tshisekedi Tshilombo \u2013&nbsp;actuel pr\u00e9sident de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo et pr\u00e9sident de l\u2019UA en 2022&nbsp;\u2013 \u00ab&nbsp;[est] ouvert aux Africains d\u2019ici et d\u2019ailleurs, du continent et de sa diaspora&nbsp;\u00bb. Le Jury \u00e9tait compos\u00e9 de cinq&nbsp;personnes. La raison d\u2019\u00eatre id\u00e9ologique de cette r\u00e9compense litt\u00e9raire stipule, dans l\u2019article&nbsp;3 de son r\u00e8glement, que l\u2019ouvrage prim\u00e9 \u00ab&nbsp;doit refl\u00e9ter les grandes valeurs consacr\u00e9es par la charte de l\u2019Union africaine, la solidarit\u00e9, le panafricanisme, la cohabitation pacifique des peuples&nbsp;\u00bb. Ce Grand Prix, pens\u00e9 comme un projet f\u00e9d\u00e9rateur des Afriques et de ses historicit\u00e9s, s\u2019adresse \u00e0 tout Africain au-del\u00e0 des fronti\u00e8res nationales arbitrairement fix\u00e9es depuis la conf\u00e9rence de Berlin et h\u00e9rit\u00e9es des colonisations. Son but est surtout de montrer que la litt\u00e9rature africaine a un r\u00f4le majeur \u00e0 jouer dans la partition du programme politique de l\u2019UA, et partant, contribuer \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de \u00ab&nbsp;l\u2019Afrique que nous voulons[1]&nbsp;\u00bb. Une telle \u00e9nonciation fait \u00e9cho au projet panafricain pris au sens large \u2013&nbsp;malgr\u00e9 ses variations, (r\u00e9)interpr\u00e9tations, multiples acceptions et parfois balbutiements&nbsp;\u2013 d\u2019\u00e9mancipation et de r\u00e9habilitation des peuples d\u2019origine africaine. Fond\u00e9 en r\u00e9action \u00e0 la domination (post)coloniale subie par les Africain.e.s et les afrodescendant.e.s \u00e0 travers le monde, domination bas\u00e9e sur la ligne de couleur[2] ou race, le panafricanisme lutte pour le bien-\u00eatre des peuples issus d\u2019Afrique et de sa diaspora. Cela \u00e0 travers la recherche, la propagation de l\u2019id\u00e9e d\u2019une \u00e9mancipation, d\u2019une lib\u00e9ration totale, d\u2019une reconstruction des identit\u00e9s et cultures d\u00e9truites, et surtout d\u2019une unit\u00e9 des Africain.e.s, voire des populations noires, au-del\u00e0 des fronti\u00e8res g\u00e9ographiques et linguistiques. Ce mouvement, ouvert \u00e0 tous les Africains, concerne leur vie \u00e9conomique, politique, sociale et culturelle. Ce prix est donc, pour le continent politiquement et le panafricanisme id\u00e9ologiquement, un moment de grand rayonnement. D\u2019une part, il permet \u00e0 l\u2019UA, gr\u00e2ce \u00e0 une dotation de 30&nbsp;000&nbsp;dollars allou\u00e9s au laur\u00e9at, de solidifier son influence et son leadership en se hissant comme alli\u00e9e ardente du panafricanisme. Le prix est l\u2019un des premiers en son genre, sinon le plus grand prix litt\u00e9raire cr\u00e9\u00e9 par un groupement inter\u00e9tatique africain, destin\u00e9 \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer des \u00e9crivain.e.s d\u2019origine africaine. D\u2019autre part, il offre une grande visibilit\u00e9 \u00e0 un.e auteur.e africain.e en affirmant que la litt\u00e9rature africaine a un r\u00f4le \u00e0 jouer dans l\u2019\u00e9dification de l\u2019Afrique r\u00eav\u00e9e. En d\u00e9cernant le Grand Prix panafricain de litt\u00e9rature \u00e0 Osvalde Lewat, le dix-neuvi\u00e8me pr\u00e9sident de l\u2019UA indique que Les&nbsp;Aquatiques est une \u0153uvre d\u00e9terminante dans la red\u00e9finition du panafricanisme, pr\u00e9cis\u00e9ment au moment o\u00f9 beaucoup d\u2019Africain.e.s veulent voir \u00e9clore des id\u00e9ologies panafricanistes adapt\u00e9es aux d\u00e9fis structurels. \u00c0&nbsp;l\u2019issue de ce constat et d\u2019un point de vue herm\u00e9neutique, l\u2019enjeu sera donc d\u2019identifier le message port\u00e9 par Les&nbsp;Aquatiques au sujet de l\u2019Afrique contemporaine, et comment il pourrait \u00eatre source d\u2019inspiration d\u2019un panafricanisme contemporain. Pour cela, penchons-nous sur quelques r\u00e9f\u00e9rences majeures de la communication litt\u00e9raire. Tout d\u2019abord, la ric\u0153urienne Ioana Vultur (2014) explore la litt\u00e9rature comme une forme de communication, elle propose de l\u2019appr\u00e9hender en rapport avec la situation discursive de la communication quotidienne. Dans cette derni\u00e8re, trois&nbsp;piliers sont mis en jeu&nbsp;: le message, la soci\u00e9t\u00e9, et les individus qui l\u2019habitent&nbsp;; ainsi, la communication quotidienne consistera pour Vultur \u00e0 dire quelque chose (un message), sur quelque chose (notre monde, la soci\u00e9t\u00e9), \u00e0 quelqu\u2019un. Toutefois, parce que la communication litt\u00e9raire est m\u00e9taphorique et indirecte, l\u2019auteure rappelle qu\u2019elle n\u00e9cessite un travail de d\u00e9codage&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le lecteur doit chercher le sens du texte et non pas l\u2019intention de l\u2019auteur [\u2026] Les lecteurs sont appel\u00e9s \u00e0 se figurer et \u00e0 configurer l\u2019\u0153uvre. \u00bb Dans la (re)contextualisation des Aquatiques,il est retenu, entre autres, l\u2019invitation donn\u00e9e au lecteur d\u2019embrasser une position interactionnelle avec l\u2019\u0153uvre, en lien avec son contexte sociohistorique&nbsp;; la qu\u00eate du sens de la communication litt\u00e9raire sera toujours pour lui un travail de (r\u00e9)actualisation. Ensuite, Yves Citton (2007, p.&nbsp;265) d\u00e9finit ce proc\u00e9d\u00e9 d\u2019actualisation comme une exploitation des \u00ab&nbsp;diff\u00e9rences entre l\u2019actualit\u00e9 de la lecture et le contexte historique de l\u2019\u00e9criture dans le but d\u2019apporter un \u00e9clairage d\u00e9paysant sur le pr\u00e9sent&nbsp;\u00bb. Il appelle le lecteur \u00e0 s\u2019interroger sur l\u2019\u0153uvre en r\u00e9sonance avec la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle il \u00e9volue, en favorisant un mouvement de va-et-vient. C\u2019est pourquoi, pour \u00eatre efficace, il revient \u00e0 la critique litt\u00e9raire d\u2019en saisir le relai discursif pour cerner et mettre en exergue les jeux, les enjeux, les messages et la pertinence de l\u2019\u0153uvre prim\u00e9e. D\u00e8s lors, cet article d\u00e9crypte un pan critique de la quintessence du message des Aquatiques,\u00e0 travers ce que nous d\u00e9signons comme \u00ab&nbsp;homo inclusio africanus&nbsp;\u00bb, entendu comme l\u2019appel \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019un.e citoyen.ne africain.e fondamentalement indocile, \u0153uvrant de fa\u00e7on intentionnelle \u00e0 r\u00e9parer son monde pour inclure tou.te.s les Africain.e.s, y compris les homosexuel.le.s longtemps exclu.e.s. Dans cet appel qui est au c\u0153ur du roman, la focalisation est mise sur l\u2019aspect inclusio. Il est d\u00e9clin\u00e9 comme la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un processus d\u2019enfermement de la m\u00eamet\u00e9 sociosexuelle en Afrique en tant que partie du holon, c\u2019est-\u00e0-dire le \u00ab&nbsp;tout-africain&nbsp;\u00bb. Toute tentative d\u2019exclusion des identit\u00e9s des m\u00eames sociosexuels dans la construction du jeu id\u00e9ologique panafricain ali\u00e8ne un pan significatif des vrais Africains dont on clame paradoxalement \u00ab&nbsp;la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une f\u00e9d\u00e9ration&nbsp;\u00bb. In&nbsp;fine, cette exclusion propose une vision d\u2019une Afrique fallacieusement \u00e9pur\u00e9e. L\u2019homo inclusio africanus que stipule Les&nbsp;Aquatiques est donc pos\u00e9 en parall\u00e8le d\u2019autres id\u00e9ologies panafricanistes m\u00e9diatis\u00e9es, ayant une vision antith\u00e9tique d\u2019un panafricanisme vrai, s\u0153ur jumelle du sentiment anti-homosexuel, parce que la r\u00e9alit\u00e9 homosexuelle serait une importation de l\u2019Occident, et ceux qui, en Afrique, s\u2019en r\u00e9clameraient identitairement deviendraient de&nbsp;facto des parias. Parias dont le continent aurait pour mission d\u2019extirper des corps sociaux. Cette saign\u00e9e sociale dot\u00e9e d\u2019une violence permanente du corps et de la psych\u00e9 des homosexuel.le.s africain.e.s serait per\u00e7ue comme un acte de salubrit\u00e9 publique, pour garder l\u2019immacul\u00e9e mystique puret\u00e9 de ce tout-Afrique se construisant. Partant de ce constat, nous proposons d\u2019appr\u00e9hender l\u2019homo inclusio africanus d\u2019une part par la lecture du roman de Lewat en insistant sur la fa\u00e7on","og_url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-3\/queering-africa-through-homo-inclusio-africanus-a-reading-of-osvalde-lewats-les-aquatiques-pan-african-grand-prize-for-literature\/","og_site_name":"Global Africa","article_publisher":"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences","article_modified_time":"2026-05-09T14:20:54+00:00","og_image":[{"width":2560,"height":1707,"url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/ga.03.couv_.00-scaled.webp","type":"image\/jpeg"}],"twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"35 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