{"id":26613,"date":"2024-06-20T03:38:49","date_gmt":"2024-06-20T03:38:49","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/decolonialite-ou-innovation-deux-nouvelles-perspectives-sur-les-administrations-africaines\/"},"modified":"2026-05-09T13:16:58","modified_gmt":"2026-05-09T13:16:58","slug":"decolonialite-ou-innovation-deux-nouvelles-perspectives-sur-les-administrations-africaines","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-6\/decolonialite-ou-innovation-deux-nouvelles-perspectives-sur-les-administrations-africaines\/","title":{"rendered":"D\u00e9colonialit\u00e9 ou innovation : Deux nouvelles perspectives sur les administrations africaines"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"viewer-usmo33765\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p id=\"viewer-d40tp3769\">Administrations et services publics sont des enjeux majeurs du pr\u00e9sent et de l\u2019avenir des pays africains. Ce sont aussi des th\u00e8mes centraux pour la recherche en science sociale. Pendant longtemps des chercheurs ont d\u00e9plor\u00e9 le peu de travaux portant sur les administrations africaines contemporaines (Darbon, 1985&nbsp;; Copans, 2001). Heureusement les temps changent&nbsp;: de plus en plus de th\u00e8ses, d\u2019articles ou de livres leur sont consacr\u00e9s, et les chercheurs africains sont d\u00e9sormais en premi\u00e8re ligne (entre beaucoup d\u2019autres, cf. Bako Arifari, 1999&nbsp;; Tidjani Alou, 2001, 2009 ; Kon\u00e9, 2003&nbsp;; Diarra, 2010&nbsp;; Hamani, 2011&nbsp;; Issaley, 2018). Ce num\u00e9ro de Global Africa s\u2019ins\u00e8re donc dans cette tendance, mais il entend aussi aller plus loin et proposer deux perspectives nouvelles et compl\u00e9mentaires sur ce sujet. L\u2019une porte sur les h\u00e9ritages coloniaux des administrations, et ouvre un d\u00e9bat autour du paradigme d\u00e9colonial et de son application aux \u00c9tats africains. L\u2019autre concerne les innovations internes et souhaite mettre sur l\u2019agenda scientifique de la recherche africaine l\u2019indentification et la documentation de r\u00e9formateurs au sein m\u00eame des administrations et des services publics.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-hbedn3771\">Les articles propos\u00e9s dans ce num\u00e9ro font en fait suite \u00e0 deux processus voisins. D\u2019une part l\u2019\u00c9cole Jeunes Chercheurs (EJC) de notre revue, qui offre la possibilit\u00e9 \u00e0 des jeunes chercheurs rigoureusement s\u00e9lectionn\u00e9s du continent de publier sous mentorat avis\u00e9 des articles de qualit\u00e9, a tenu une premi\u00e8re session \u00e0 Niamey en 2023 sur le th\u00e8me de la d\u00e9colonialit\u00e9 dans les administrations. D\u2019autre part, toujours en 2023 et \u00e0 Niamey, un colloque sur les innovations internes aux services publics, organis\u00e9 par le LASDEL, a port\u00e9 sur cette dimension&nbsp;endog\u00e8ne jusque-l\u00e0 n\u00e9glig\u00e9e du fonctionnement des administrations dans les pays africains. On peut consid\u00e9rer que ces deux initiatives sont des avanc\u00e9es dans la recherche sur les administrations publiques en Afrique, et qu\u2019elles vont dans le m\u00eame sens. La perspective d\u00e9coloniale participe d\u2019un diagnostic historique n\u00e9cessaire sur le fonctionnement des \u00c9tats et des services publics, afin de sortir des carcans du pass\u00e9. La focalisation sur les r\u00e9formes endog\u00e8nes ouvre des pistes alternatives \u00e0 la d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019aide ext\u00e9rieure et \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage colonial et n\u00e9o-colonial, afin d\u2019am\u00e9liorer la qualit\u00e9 des services d\u00e9livr\u00e9s aux usagers.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"viewer-vb8623775\"><strong>D\u00e9colonisation et administrations<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9cole jeunes chercheurs a permis \u00e0 de jeunes chercheurs de travailler sur la d\u00e9colonisation des futurs administratifs africains. Le sujet est redoutable puisqu\u2019il induit un faisceau de sp\u00e9cialit\u00e9s en sciences sociales, avec des conforts de pens\u00e9e in\u00e9gaux, mais heuristiques, donc f\u00e9conds pour la r\u00e9flexion, comme l\u2019ont montr\u00e9 les contributions propos\u00e9es lors de la premi\u00e8re session de l\u2019EJC. \u00c9videmment, elles \u00e9taient de qualit\u00e9 variable, et un seul texte figure dans ce num\u00e9ro.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La pens\u00e9e d\u00e9coloniale se veut avant tout une pens\u00e9e de rupture et de renouvellement. Elle est n\u00e9e en Am\u00e9rique latine et s\u2019est prolong\u00e9e dans les universit\u00e9s d\u2019Am\u00e9rique du Nord, d\u2019Europe mais aussi sur notre continent, notamment en Afrique du Sud, \u00e0 travers des luttes symboliques fortes qui ouvrent de nouvelles perspectives de pens\u00e9e et de recherche. Les axes propos\u00e9s aux jeunes chercheurs lors de cet atelier mettaient en avant des mots comme \u00ab&nbsp;soustraire&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;lib\u00e9rer&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;refonder&nbsp;\u00bb (soustraire les futurs administratifs de la biblioth\u00e8que bureaucratique, lib\u00e9rer les futures administratifs de l\u2019emprise de la r\u00e9forme permanente, refonder une nouvelle praxis administrative africaine). Il s\u2019agit donc de la promotion d\u2019une recherche militante, autonomis\u00e9e de l\u2019emprise dominante de la colonialit\u00e9 occidentale, et qui a l\u2019ambition de se d\u00e9ployer sur d\u2019autres savoirs, plus ancr\u00e9s dans les r\u00e9alit\u00e9s locales des pays concern\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, la d\u00e9colonialit\u00e9 fait partie des grilles de lecture qui provoquent des d\u00e9bats intenses mais aussi de fortes controverses dans les sciences sociales, d\u2019autant plus qu\u2019elle est issue des disciplines philosophiques et litt\u00e9raires. Diverses critiques ont \u00e9t\u00e9 \u00e9mises quant \u00e0 la capacit\u00e9 du paradigme d\u00e9colonial \u00e0 comprendre les Etats africains post-coloniaux (Taiwo, 2022).<\/p>\n\n\n\n<p>Il est donc logique que&nbsp;<em>Global Africa<\/em>&nbsp;propose un num\u00e9ro sp\u00e9cial qui examine le potentiel et les limites de la grille d\u00e9coloniale dans cette tentative commune de comprendre l\u2019une des reliques les plus remarquables de l\u2019\u00e8re coloniale en Afrique, \u00e0 savoir les administrations modernes. Sur une telle th\u00e9matique, il existe d\u00e9j\u00e0 de nombreux travaux&nbsp;qui ont permis de d\u00e9voiler et mieux comprendre les dynamiques de l\u2019\u00c9tat et de ses administrations en Afrique,&nbsp;de la colonisation \u00e0 nos jours. En effet, les administrations africaines demeurent des institutions puissamment travaill\u00e9es par les paradigmes de l\u2019importation (Badie, 2002), du manque (Anders, 2010 ; Bako-Arifari, 2001, 2006 ; Bayart, Hibou &amp; Ellis 1997), de la fragilit\u00e9 et de la carence (Cameron, 2010 ; Bayart, 1989), de l\u2019inertie et de l\u2019absence de doctrine (Darbon &amp; Crouzel, 2009). L\u2019analyse au quotidien des administrations r\u00e9v\u00e8le le plus souvent des appareils politiques et bureaucratiques d\u00e9faillants et d\u00e9viants, ainsi que des rapports de domination, voire de violence envers les usagers. L\u2019efficacit\u00e9, la diversit\u00e9, l\u2019\u00e9quit\u00e9 et l\u2019inclusion sont des d\u00e9fis loin d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 surmont\u00e9s. Ces invariants ont justifi\u00e9 une permanente et chaotique ing\u00e9nierie r\u00e9formatrice largement&nbsp;pilot\u00e9e&nbsp;par l\u2019industrie occidentale du d\u00e9veloppement, avec de graves cons\u00e9quences pratiques et symboliques (Easterly, 2010 ; Machikou, 2013, 2014 ; Darbon, 1985, 1990).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Bien entendu, il faut interroger la pertinence du paradigme d\u00e9colonial par rapport aux contextes africains, en d\u00e9passant sa dimension strictement id\u00e9ologique et en le mettant \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de solides programmes de recherche. Dans ce sens, l\u2019une des pistes consisterait \u00e0 orienter les activit\u00e9s de recherche vers des \u00e9tudes d\u00e9coloniales empiriquement fond\u00e9es, b\u00e2ties sur des probl\u00e9matiques et des hypoth\u00e8ses rigoureuses pour asseoir de fa\u00e7on durable leur pertinence scientifique.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019article publi\u00e9 dans ce num\u00e9ro issu de l\u2019\u00e9cole jeune chercheur se centre sur \u00ab&nbsp;la lutte contre les pratiques de corruption \u00e0 travers la num\u00e9risation de l\u2019administration publique en Afrique&nbsp;\u00bb et montre le type d\u2019usage qu\u2019on peut faire de la probl\u00e9matique d\u00e9coloniale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Des r\u00e9formateurs de l\u2019int\u00e9rieur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le second volet de ce num\u00e9ro, et le plus fourni, concerne les innovations internes aux administrations, et les r\u00e9formateurs d\u2019en bas. \u00c0 cet \u00e9gard, il faut admettre que les services publics fonctionnent gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019inventivit\u00e9 et \u00e0 l\u2019investissement personnel de certains agents. Un peu partout, on rencontre des exceptions admirables, des agents qui \u00ab&nbsp;se d\u00e9brouillent&nbsp;\u00bb et tentent dans le d\u00e9nuement de d\u00e9livrer des prestations de meilleure qualit\u00e9, de bricoler des am\u00e9liorations, m\u00eame mineures, au service des usagers, de mieux organiser le travail, de cr\u00e9er des collaborations avec les communaut\u00e9s et les collectivit\u00e9s locales, d\u2019impulser des dynamiques de changement au sein des routines des services, d\u2019adapter (\u00e0 leur fa\u00e7on) aux contextes particuliers des villages et des quartiers les \u00ab&nbsp;mod\u00e8les voyageurs&nbsp;\u00bb et les interventions standardis\u00e9es implant\u00e9s dans de nombreux pays par les partenaires ext\u00e9rieurs (Olivier de Sardan, 2021).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En fait, ces innovations endog\u00e8nes, ces initiatives locales, ces r\u00e9formes \u00ab&nbsp;de l\u2019int\u00e9rieur&nbsp;\u00bb qui existent d\u00e9j\u00e0 au sein des services de l\u2019Etat, mais elles sont souvent ignor\u00e9es ou m\u00e9connues. Ainsi, la recherche s\u2019oriente sur les conditions d\u2019\u00e9mergence de ces innovations, les acteurs qui les initient, les leviers qui favorisent leur adoption et\/ou leur rejet, les transformations qu\u2019elles induisent, leur p\u00e9rennit\u00e9, leur \u00e9ventuelle diffusion au-del\u00e0 de leur contexte initial.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ces innovations sont au c\u0153ur du fonctionnement des m\u00e9tiers du service public et du fr\u00e9quent d\u00e9nuement ambiant. Elles sont adapt\u00e9es aux contextes locaux et professionnels, \u00e0 la diff\u00e9rence de la plupart des programmes et protocoles introduits par les partenaires&nbsp;techniques et financiers. Mais elles peuvent aussi modifier ces derniers pour les rendre plus r\u00e9alistes et plus compatibles avec les pratiques quotidiennes du \u00ab&nbsp;monde r\u00e9el&nbsp;\u00bb. Nous devons donc prendre en compte les \u00ab&nbsp;adaptations cr\u00e9atrices&nbsp;\u00bb, lorsque des acteurs publics ajustent des r\u00e9formes \u00ab&nbsp;top-down&nbsp;\u00bb (venant de l\u2019Etat, des partenaires ou des deux) aux conditions concr\u00e8tes de travail, quitte \u00e0 en modifier les dispositions, les normes ou les p\u00e9rim\u00e8tres, ou \u00e0 les compl\u00e9ter avec des initiatives personnelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, quand on parle d\u2019innovations, il s\u2019agit en fait de toutes les initiatives prises par des acteurs publics afin d\u2019am\u00e9liorer la qualit\u00e9 du service d\u00e9livr\u00e9 aux citoyens&nbsp;: \u00e9laborer un nouveau protocole, initier une r\u00e9forme de l\u2019organisation du service, mieux accueillir, pr\u00e9venir des ruptures de stock, r\u00e9parer du mat\u00e9riel, modifier des d\u00e9cisions de la hi\u00e9rarchie ou des projets des PTF pour les adapter au personnel ou aux usagers, simplifier la bureaucratie ou les programmes informatiques, d\u00e9panner ou expliquer, diminuer ou supprimer les paiements informels\u2026 Ces initiatives sont souvent peu spectaculaires, informelles, relevant du \u00ab&nbsp;bricolage&nbsp;\u00bb. Mais il suffit d\u2019\u00e9couter les innombrables critiques des citoyens \u00e0 l\u2019encontre du comportement des agents de l\u2019Etat pour appr\u00e9cier \u00e0 leur juste valeur ces ajustements du quotidien qui permettent de meilleures prestations.<\/p>\n\n\n\n<p>Les textes propos\u00e9s dans ce num\u00e9ro vont clairement dans ce sens. Les articles montrent comment&nbsp;: 1) au Burkina Faso, les nouvelles technologies, sur initiatives locales, sont mises \u00e0 contribution dans les syst\u00e8mes de sant\u00e9 pour faire fonctionner les services d\u00e9di\u00e9s&nbsp;; 2) au Cameroun, \u00e0 l\u2019initiative d\u2019un agent de la circulation routi\u00e8re, l\u2019image de ce corps de m\u00e9tier s\u2019am\u00e9liore ; 3) au Niger et au B\u00e9nin, des acteurs d\u2019\u00ab en bas \u00bb du domaine de la sant\u00e9 adaptent au quotidien les r\u00e9formes import\u00e9es par des strat\u00e9gies cr\u00e9atrices, donc endog\u00e8nes, les rendent applicables pour am\u00e9liorer la d\u00e9livrance du service&nbsp;; 4) au Mali, \u00e0 travers les initiatives d\u2019un maire, l\u2019espace municipal est devenu un cadre d\u2019\u00e9changes et de d\u00e9bats permanents, suscitant la confiance des populations, pour ainsi obtenir leur adh\u00e9sion aux initiatives propos\u00e9es et le paiement des imp\u00f4ts&nbsp;; 5) au Burkina Faso, des quartiers pr\u00e9caires deviennent des espaces d\u2019actions novatrices dans le secteur de l\u2019eau. Ces actions se caract\u00e9risent par leur endog\u00e9n\u00e9it\u00e9, l\u2019\u00e9mergence&nbsp;<em>in situ<\/em>&nbsp;d\u2019experts contextuels, la dynamique collective des actions engag\u00e9es et la question de leur diffusion hors de leur site d\u2019identification.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p id=\"viewer-vb8623775\">Ainsi, l\u2019ensemble des textes retenus dans le cadre de ce num\u00e9ro participe d\u2019une m\u00eame qu\u00eate difficile&nbsp;: comment sortir des h\u00e9ritages coloniaux et de la d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019aide occidentale, comment transformer les administrations africaines pour les mettre au service des populations et les adapter \u00e0 des contextes locaux complexes&nbsp;? Il s\u2019agit ainsi de valoriser les r\u00e9sultats d\u00e9j\u00e0 acquis, de lancer des d\u00e9bats, de promouvoir de nouveaux programmes de recherche.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":25938,"template":"","meta":[],"series-categories":[1345],"cat-articles":[1329],"keywords":[],"ppma_author":[422,500,530,540],"class_list":["post-26613","series-issues","type-series-issues","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","series-categories-numero-6","cat-articles-introduction","author-mame-penda-ba-fr","author-mahaman-tidjani-alou-fr","author-jean-pierre-olivier-de-sardan-fr","author-cheikh-thiam-fr"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.6 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>D\u00e9colonialit\u00e9 ou innovation : Deux nouvelles perspectives sur les administrations africaines | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-6\/decolonialite-ou-innovation-deux-nouvelles-perspectives-sur-les-administrations-africaines\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"D\u00e9colonialit\u00e9 ou innovation : Deux nouvelles perspectives sur les administrations africaines | Global Africa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Introduction Administrations et services publics sont des enjeux majeurs du pr\u00e9sent et de l\u2019avenir des pays africains. Ce sont aussi des th\u00e8mes centraux pour la recherche en science sociale. Pendant longtemps des chercheurs ont d\u00e9plor\u00e9 le peu de travaux portant sur les administrations africaines contemporaines (Darbon, 1985&nbsp;; Copans, 2001). Heureusement les temps changent&nbsp;: de plus en plus de th\u00e8ses, d\u2019articles ou de livres leur sont consacr\u00e9s, et les chercheurs africains sont d\u00e9sormais en premi\u00e8re ligne (entre beaucoup d\u2019autres, cf. Bako Arifari, 1999&nbsp;; Tidjani Alou, 2001, 2009 ; Kon\u00e9, 2003&nbsp;; Diarra, 2010&nbsp;; Hamani, 2011&nbsp;; Issaley, 2018). Ce num\u00e9ro de Global Africa s\u2019ins\u00e8re donc dans cette tendance, mais il entend aussi aller plus loin et proposer deux perspectives nouvelles et compl\u00e9mentaires sur ce sujet. L\u2019une porte sur les h\u00e9ritages coloniaux des administrations, et ouvre un d\u00e9bat autour du paradigme d\u00e9colonial et de son application aux \u00c9tats africains. L\u2019autre concerne les innovations internes et souhaite mettre sur l\u2019agenda scientifique de la recherche africaine l\u2019indentification et la documentation de r\u00e9formateurs au sein m\u00eame des administrations et des services publics. Les articles propos\u00e9s dans ce num\u00e9ro font en fait suite \u00e0 deux processus voisins. D\u2019une part l\u2019\u00c9cole Jeunes Chercheurs (EJC) de notre revue, qui offre la possibilit\u00e9 \u00e0 des jeunes chercheurs rigoureusement s\u00e9lectionn\u00e9s du continent de publier sous mentorat avis\u00e9 des articles de qualit\u00e9, a tenu une premi\u00e8re session \u00e0 Niamey en 2023 sur le th\u00e8me de la d\u00e9colonialit\u00e9 dans les administrations. D\u2019autre part, toujours en 2023 et \u00e0 Niamey, un colloque sur les innovations internes aux services publics, organis\u00e9 par le LASDEL, a port\u00e9 sur cette dimension&nbsp;endog\u00e8ne jusque-l\u00e0 n\u00e9glig\u00e9e du fonctionnement des administrations dans les pays africains. On peut consid\u00e9rer que ces deux initiatives sont des avanc\u00e9es dans la recherche sur les administrations publiques en Afrique, et qu\u2019elles vont dans le m\u00eame sens. La perspective d\u00e9coloniale participe d\u2019un diagnostic historique n\u00e9cessaire sur le fonctionnement des \u00c9tats et des services publics, afin de sortir des carcans du pass\u00e9. La focalisation sur les r\u00e9formes endog\u00e8nes ouvre des pistes alternatives \u00e0 la d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019aide ext\u00e9rieure et \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage colonial et n\u00e9o-colonial, afin d\u2019am\u00e9liorer la qualit\u00e9 des services d\u00e9livr\u00e9s aux usagers. D\u00e9colonisation et administrations L\u2019\u00e9cole jeunes chercheurs a permis \u00e0 de jeunes chercheurs de travailler sur la d\u00e9colonisation des futurs administratifs africains. Le sujet est redoutable puisqu\u2019il induit un faisceau de sp\u00e9cialit\u00e9s en sciences sociales, avec des conforts de pens\u00e9e in\u00e9gaux, mais heuristiques, donc f\u00e9conds pour la r\u00e9flexion, comme l\u2019ont montr\u00e9 les contributions propos\u00e9es lors de la premi\u00e8re session de l\u2019EJC. \u00c9videmment, elles \u00e9taient de qualit\u00e9 variable, et un seul texte figure dans ce num\u00e9ro.&nbsp; La pens\u00e9e d\u00e9coloniale se veut avant tout une pens\u00e9e de rupture et de renouvellement. Elle est n\u00e9e en Am\u00e9rique latine et s\u2019est prolong\u00e9e dans les universit\u00e9s d\u2019Am\u00e9rique du Nord, d\u2019Europe mais aussi sur notre continent, notamment en Afrique du Sud, \u00e0 travers des luttes symboliques fortes qui ouvrent de nouvelles perspectives de pens\u00e9e et de recherche. Les axes propos\u00e9s aux jeunes chercheurs lors de cet atelier mettaient en avant des mots comme \u00ab&nbsp;soustraire&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;lib\u00e9rer&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;refonder&nbsp;\u00bb (soustraire les futurs administratifs de la biblioth\u00e8que bureaucratique, lib\u00e9rer les futures administratifs de l\u2019emprise de la r\u00e9forme permanente, refonder une nouvelle praxis administrative africaine). Il s\u2019agit donc de la promotion d\u2019une recherche militante, autonomis\u00e9e de l\u2019emprise dominante de la colonialit\u00e9 occidentale, et qui a l\u2019ambition de se d\u00e9ployer sur d\u2019autres savoirs, plus ancr\u00e9s dans les r\u00e9alit\u00e9s locales des pays concern\u00e9s.&nbsp; Aujourd\u2019hui, la d\u00e9colonialit\u00e9 fait partie des grilles de lecture qui provoquent des d\u00e9bats intenses mais aussi de fortes controverses dans les sciences sociales, d\u2019autant plus qu\u2019elle est issue des disciplines philosophiques et litt\u00e9raires. Diverses critiques ont \u00e9t\u00e9 \u00e9mises quant \u00e0 la capacit\u00e9 du paradigme d\u00e9colonial \u00e0 comprendre les Etats africains post-coloniaux (Taiwo, 2022). Il est donc logique que&nbsp;Global Africa&nbsp;propose un num\u00e9ro sp\u00e9cial qui examine le potentiel et les limites de la grille d\u00e9coloniale dans cette tentative commune de comprendre l\u2019une des reliques les plus remarquables de l\u2019\u00e8re coloniale en Afrique, \u00e0 savoir les administrations modernes. Sur une telle th\u00e9matique, il existe d\u00e9j\u00e0 de nombreux travaux&nbsp;qui ont permis de d\u00e9voiler et mieux comprendre les dynamiques de l\u2019\u00c9tat et de ses administrations en Afrique,&nbsp;de la colonisation \u00e0 nos jours. En effet, les administrations africaines demeurent des institutions puissamment travaill\u00e9es par les paradigmes de l\u2019importation (Badie, 2002), du manque (Anders, 2010 ; Bako-Arifari, 2001, 2006 ; Bayart, Hibou &amp; Ellis 1997), de la fragilit\u00e9 et de la carence (Cameron, 2010 ; Bayart, 1989), de l\u2019inertie et de l\u2019absence de doctrine (Darbon &amp; Crouzel, 2009). L\u2019analyse au quotidien des administrations r\u00e9v\u00e8le le plus souvent des appareils politiques et bureaucratiques d\u00e9faillants et d\u00e9viants, ainsi que des rapports de domination, voire de violence envers les usagers. L\u2019efficacit\u00e9, la diversit\u00e9, l\u2019\u00e9quit\u00e9 et l\u2019inclusion sont des d\u00e9fis loin d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 surmont\u00e9s. Ces invariants ont justifi\u00e9 une permanente et chaotique ing\u00e9nierie r\u00e9formatrice largement&nbsp;pilot\u00e9e&nbsp;par l\u2019industrie occidentale du d\u00e9veloppement, avec de graves cons\u00e9quences pratiques et symboliques (Easterly, 2010 ; Machikou, 2013, 2014 ; Darbon, 1985, 1990).&nbsp; Bien entendu, il faut interroger la pertinence du paradigme d\u00e9colonial par rapport aux contextes africains, en d\u00e9passant sa dimension strictement id\u00e9ologique et en le mettant \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de solides programmes de recherche. Dans ce sens, l\u2019une des pistes consisterait \u00e0 orienter les activit\u00e9s de recherche vers des \u00e9tudes d\u00e9coloniales empiriquement fond\u00e9es, b\u00e2ties sur des probl\u00e9matiques et des hypoth\u00e8ses rigoureuses pour asseoir de fa\u00e7on durable leur pertinence scientifique. L\u2019article publi\u00e9 dans ce num\u00e9ro issu de l\u2019\u00e9cole jeune chercheur se centre sur \u00ab&nbsp;la lutte contre les pratiques de corruption \u00e0 travers la num\u00e9risation de l\u2019administration publique en Afrique&nbsp;\u00bb et montre le type d\u2019usage qu\u2019on peut faire de la probl\u00e9matique d\u00e9coloniale.&nbsp; Des r\u00e9formateurs de l\u2019int\u00e9rieur Le second volet de ce num\u00e9ro, et le plus fourni, concerne les innovations internes aux administrations, et les r\u00e9formateurs d\u2019en bas. \u00c0 cet \u00e9gard, il faut admettre que les services publics fonctionnent gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019inventivit\u00e9 et \u00e0 l\u2019investissement personnel de certains agents. Un peu partout, on rencontre des exceptions admirables, des agents qui \u00ab&nbsp;se d\u00e9brouillent&nbsp;\u00bb et tentent dans le d\u00e9nuement de d\u00e9livrer des prestations de meilleure qualit\u00e9, de\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-6\/decolonialite-ou-innovation-deux-nouvelles-perspectives-sur-les-administrations-africaines\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Global Africa\" \/>\n<meta property=\"article:publisher\" content=\"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2026-05-09T13:16:58+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/IMG_8254-Moyenne.jpeg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"480\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"640\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"8 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/issues\\\/numero-6\\\/decolonialite-ou-innovation-deux-nouvelles-perspectives-sur-les-administrations-africaines\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/issues\\\/numero-6\\\/decolonialite-ou-innovation-deux-nouvelles-perspectives-sur-les-administrations-africaines\\\/\",\"name\":\"D\u00e9colonialit\u00e9 ou innovation : Deux nouvelles perspectives sur les administrations africaines | Global Africa\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/issues\\\/numero-6\\\/decolonialite-ou-innovation-deux-nouvelles-perspectives-sur-les-administrations-africaines\\\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/issues\\\/numero-6\\\/decolonialite-ou-innovation-deux-nouvelles-perspectives-sur-les-administrations-africaines\\\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2026\\\/03\\\/IMG_8254-Moyenne.jpeg\",\"datePublished\":\"2024-06-20T03:38:49+00:00\",\"dateModified\":\"2026-05-09T13:16:58+00:00\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/issues\\\/numero-6\\\/decolonialite-ou-innovation-deux-nouvelles-perspectives-sur-les-administrations-africaines\\\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/issues\\\/numero-6\\\/decolonialite-ou-innovation-deux-nouvelles-perspectives-sur-les-administrations-africaines\\\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/issues\\\/numero-6\\\/decolonialite-ou-innovation-deux-nouvelles-perspectives-sur-les-administrations-africaines\\\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2026\\\/03\\\/IMG_8254-Moyenne.jpeg\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2026\\\/03\\\/IMG_8254-Moyenne.jpeg\",\"width\":480,\"height\":640},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/issues\\\/numero-6\\\/decolonialite-ou-innovation-deux-nouvelles-perspectives-sur-les-administrations-africaines\\\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Home\",\"item\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/accueil\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Series issues\",\"item\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/series-issues\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":3,\"name\":\"D\u00e9colonialit\u00e9 ou innovation : Deux nouvelles perspectives sur les administrations africaines\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/#website\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/\",\"name\":\"Global Africa\",\"description\":\"Pan-African Scientific Journal\",\"publisher\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/#organization\"},\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Organization\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/#organization\",\"name\":\"Global Africa\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/\",\"logo\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/#\\\/schema\\\/logo\\\/image\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2024\\\/12\\\/Globalafrica.png\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2024\\\/12\\\/Globalafrica.png\",\"width\":1680,\"height\":750,\"caption\":\"Global Africa\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/#\\\/schema\\\/logo\\\/image\\\/\"},\"sameAs\":[\"https:\\\/\\\/www.facebook.com\\\/globalafricasciences\"]}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"D\u00e9colonialit\u00e9 ou innovation : Deux nouvelles perspectives sur les administrations africaines | Global Africa","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-6\/decolonialite-ou-innovation-deux-nouvelles-perspectives-sur-les-administrations-africaines\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"D\u00e9colonialit\u00e9 ou innovation : Deux nouvelles perspectives sur les administrations africaines | Global Africa","og_description":"Introduction Administrations et services publics sont des enjeux majeurs du pr\u00e9sent et de l\u2019avenir des pays africains. Ce sont aussi des th\u00e8mes centraux pour la recherche en science sociale. Pendant longtemps des chercheurs ont d\u00e9plor\u00e9 le peu de travaux portant sur les administrations africaines contemporaines (Darbon, 1985&nbsp;; Copans, 2001). Heureusement les temps changent&nbsp;: de plus en plus de th\u00e8ses, d\u2019articles ou de livres leur sont consacr\u00e9s, et les chercheurs africains sont d\u00e9sormais en premi\u00e8re ligne (entre beaucoup d\u2019autres, cf. Bako Arifari, 1999&nbsp;; Tidjani Alou, 2001, 2009 ; Kon\u00e9, 2003&nbsp;; Diarra, 2010&nbsp;; Hamani, 2011&nbsp;; Issaley, 2018). Ce num\u00e9ro de Global Africa s\u2019ins\u00e8re donc dans cette tendance, mais il entend aussi aller plus loin et proposer deux perspectives nouvelles et compl\u00e9mentaires sur ce sujet. L\u2019une porte sur les h\u00e9ritages coloniaux des administrations, et ouvre un d\u00e9bat autour du paradigme d\u00e9colonial et de son application aux \u00c9tats africains. L\u2019autre concerne les innovations internes et souhaite mettre sur l\u2019agenda scientifique de la recherche africaine l\u2019indentification et la documentation de r\u00e9formateurs au sein m\u00eame des administrations et des services publics. Les articles propos\u00e9s dans ce num\u00e9ro font en fait suite \u00e0 deux processus voisins. D\u2019une part l\u2019\u00c9cole Jeunes Chercheurs (EJC) de notre revue, qui offre la possibilit\u00e9 \u00e0 des jeunes chercheurs rigoureusement s\u00e9lectionn\u00e9s du continent de publier sous mentorat avis\u00e9 des articles de qualit\u00e9, a tenu une premi\u00e8re session \u00e0 Niamey en 2023 sur le th\u00e8me de la d\u00e9colonialit\u00e9 dans les administrations. D\u2019autre part, toujours en 2023 et \u00e0 Niamey, un colloque sur les innovations internes aux services publics, organis\u00e9 par le LASDEL, a port\u00e9 sur cette dimension&nbsp;endog\u00e8ne jusque-l\u00e0 n\u00e9glig\u00e9e du fonctionnement des administrations dans les pays africains. On peut consid\u00e9rer que ces deux initiatives sont des avanc\u00e9es dans la recherche sur les administrations publiques en Afrique, et qu\u2019elles vont dans le m\u00eame sens. La perspective d\u00e9coloniale participe d\u2019un diagnostic historique n\u00e9cessaire sur le fonctionnement des \u00c9tats et des services publics, afin de sortir des carcans du pass\u00e9. La focalisation sur les r\u00e9formes endog\u00e8nes ouvre des pistes alternatives \u00e0 la d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019aide ext\u00e9rieure et \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage colonial et n\u00e9o-colonial, afin d\u2019am\u00e9liorer la qualit\u00e9 des services d\u00e9livr\u00e9s aux usagers. D\u00e9colonisation et administrations L\u2019\u00e9cole jeunes chercheurs a permis \u00e0 de jeunes chercheurs de travailler sur la d\u00e9colonisation des futurs administratifs africains. Le sujet est redoutable puisqu\u2019il induit un faisceau de sp\u00e9cialit\u00e9s en sciences sociales, avec des conforts de pens\u00e9e in\u00e9gaux, mais heuristiques, donc f\u00e9conds pour la r\u00e9flexion, comme l\u2019ont montr\u00e9 les contributions propos\u00e9es lors de la premi\u00e8re session de l\u2019EJC. \u00c9videmment, elles \u00e9taient de qualit\u00e9 variable, et un seul texte figure dans ce num\u00e9ro.&nbsp; La pens\u00e9e d\u00e9coloniale se veut avant tout une pens\u00e9e de rupture et de renouvellement. Elle est n\u00e9e en Am\u00e9rique latine et s\u2019est prolong\u00e9e dans les universit\u00e9s d\u2019Am\u00e9rique du Nord, d\u2019Europe mais aussi sur notre continent, notamment en Afrique du Sud, \u00e0 travers des luttes symboliques fortes qui ouvrent de nouvelles perspectives de pens\u00e9e et de recherche. Les axes propos\u00e9s aux jeunes chercheurs lors de cet atelier mettaient en avant des mots comme \u00ab&nbsp;soustraire&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;lib\u00e9rer&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;refonder&nbsp;\u00bb (soustraire les futurs administratifs de la biblioth\u00e8que bureaucratique, lib\u00e9rer les futures administratifs de l\u2019emprise de la r\u00e9forme permanente, refonder une nouvelle praxis administrative africaine). Il s\u2019agit donc de la promotion d\u2019une recherche militante, autonomis\u00e9e de l\u2019emprise dominante de la colonialit\u00e9 occidentale, et qui a l\u2019ambition de se d\u00e9ployer sur d\u2019autres savoirs, plus ancr\u00e9s dans les r\u00e9alit\u00e9s locales des pays concern\u00e9s.&nbsp; Aujourd\u2019hui, la d\u00e9colonialit\u00e9 fait partie des grilles de lecture qui provoquent des d\u00e9bats intenses mais aussi de fortes controverses dans les sciences sociales, d\u2019autant plus qu\u2019elle est issue des disciplines philosophiques et litt\u00e9raires. Diverses critiques ont \u00e9t\u00e9 \u00e9mises quant \u00e0 la capacit\u00e9 du paradigme d\u00e9colonial \u00e0 comprendre les Etats africains post-coloniaux (Taiwo, 2022). Il est donc logique que&nbsp;Global Africa&nbsp;propose un num\u00e9ro sp\u00e9cial qui examine le potentiel et les limites de la grille d\u00e9coloniale dans cette tentative commune de comprendre l\u2019une des reliques les plus remarquables de l\u2019\u00e8re coloniale en Afrique, \u00e0 savoir les administrations modernes. Sur une telle th\u00e9matique, il existe d\u00e9j\u00e0 de nombreux travaux&nbsp;qui ont permis de d\u00e9voiler et mieux comprendre les dynamiques de l\u2019\u00c9tat et de ses administrations en Afrique,&nbsp;de la colonisation \u00e0 nos jours. En effet, les administrations africaines demeurent des institutions puissamment travaill\u00e9es par les paradigmes de l\u2019importation (Badie, 2002), du manque (Anders, 2010 ; Bako-Arifari, 2001, 2006 ; Bayart, Hibou &amp; Ellis 1997), de la fragilit\u00e9 et de la carence (Cameron, 2010 ; Bayart, 1989), de l\u2019inertie et de l\u2019absence de doctrine (Darbon &amp; Crouzel, 2009). L\u2019analyse au quotidien des administrations r\u00e9v\u00e8le le plus souvent des appareils politiques et bureaucratiques d\u00e9faillants et d\u00e9viants, ainsi que des rapports de domination, voire de violence envers les usagers. L\u2019efficacit\u00e9, la diversit\u00e9, l\u2019\u00e9quit\u00e9 et l\u2019inclusion sont des d\u00e9fis loin d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 surmont\u00e9s. Ces invariants ont justifi\u00e9 une permanente et chaotique ing\u00e9nierie r\u00e9formatrice largement&nbsp;pilot\u00e9e&nbsp;par l\u2019industrie occidentale du d\u00e9veloppement, avec de graves cons\u00e9quences pratiques et symboliques (Easterly, 2010 ; Machikou, 2013, 2014 ; Darbon, 1985, 1990).&nbsp; Bien entendu, il faut interroger la pertinence du paradigme d\u00e9colonial par rapport aux contextes africains, en d\u00e9passant sa dimension strictement id\u00e9ologique et en le mettant \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de solides programmes de recherche. Dans ce sens, l\u2019une des pistes consisterait \u00e0 orienter les activit\u00e9s de recherche vers des \u00e9tudes d\u00e9coloniales empiriquement fond\u00e9es, b\u00e2ties sur des probl\u00e9matiques et des hypoth\u00e8ses rigoureuses pour asseoir de fa\u00e7on durable leur pertinence scientifique. L\u2019article publi\u00e9 dans ce num\u00e9ro issu de l\u2019\u00e9cole jeune chercheur se centre sur \u00ab&nbsp;la lutte contre les pratiques de corruption \u00e0 travers la num\u00e9risation de l\u2019administration publique en Afrique&nbsp;\u00bb et montre le type d\u2019usage qu\u2019on peut faire de la probl\u00e9matique d\u00e9coloniale.&nbsp; Des r\u00e9formateurs de l\u2019int\u00e9rieur Le second volet de ce num\u00e9ro, et le plus fourni, concerne les innovations internes aux administrations, et les r\u00e9formateurs d\u2019en bas. \u00c0 cet \u00e9gard, il faut admettre que les services publics fonctionnent gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019inventivit\u00e9 et \u00e0 l\u2019investissement personnel de certains agents. Un peu partout, on rencontre des exceptions admirables, des agents qui \u00ab&nbsp;se d\u00e9brouillent&nbsp;\u00bb et tentent dans le d\u00e9nuement de d\u00e9livrer des prestations de meilleure qualit\u00e9, de","og_url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-6\/decolonialite-ou-innovation-deux-nouvelles-perspectives-sur-les-administrations-africaines\/","og_site_name":"Global Africa","article_publisher":"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences","article_modified_time":"2026-05-09T13:16:58+00:00","og_image":[{"width":480,"height":640,"url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/IMG_8254-Moyenne.jpeg","type":"image\/jpeg"}],"twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"8 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-6\/decolonialite-ou-innovation-deux-nouvelles-perspectives-sur-les-administrations-africaines\/","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-6\/decolonialite-ou-innovation-deux-nouvelles-perspectives-sur-les-administrations-africaines\/","name":"D\u00e9colonialit\u00e9 ou innovation : Deux nouvelles perspectives sur les administrations africaines | Global Africa","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-6\/decolonialite-ou-innovation-deux-nouvelles-perspectives-sur-les-administrations-africaines\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-6\/decolonialite-ou-innovation-deux-nouvelles-perspectives-sur-les-administrations-africaines\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/IMG_8254-Moyenne.jpeg","datePublished":"2024-06-20T03:38:49+00:00","dateModified":"2026-05-09T13:16:58+00:00","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-6\/decolonialite-ou-innovation-deux-nouvelles-perspectives-sur-les-administrations-africaines\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-6\/decolonialite-ou-innovation-deux-nouvelles-perspectives-sur-les-administrations-africaines\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-6\/decolonialite-ou-innovation-deux-nouvelles-perspectives-sur-les-administrations-africaines\/#primaryimage","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/IMG_8254-Moyenne.jpeg","contentUrl":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/IMG_8254-Moyenne.jpeg","width":480,"height":640},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/issues\/numero-6\/decolonialite-ou-innovation-deux-nouvelles-perspectives-sur-les-administrations-africaines\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Home","item":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/accueil\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Series issues","item":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/"},{"@type":"ListItem","position":3,"name":"D\u00e9colonialit\u00e9 ou innovation : Deux nouvelles perspectives sur les administrations africaines"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#website","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/","name":"Global Africa","description":"Pan-African Scientific Journal","publisher":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#organization"},"potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Organization","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#organization","name":"Global Africa","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/","logo":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#\/schema\/logo\/image\/","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Globalafrica.png","contentUrl":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Globalafrica.png","width":1680,"height":750,"caption":"Global Africa"},"image":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/#\/schema\/logo\/image\/"},"sameAs":["https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences"]}]}},"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series-issues\/26613","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series-issues"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/series-issues"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/25938"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=26613"}],"wp:term":[{"taxonomy":"series-categories","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series-categories?post=26613"},{"taxonomy":"cat-articles","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/cat-articles?post=26613"},{"taxonomy":"keywords","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/keywords?post=26613"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=26613"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}