{"id":25726,"date":"2024-09-20T03:04:16","date_gmt":"2024-09-20T03:04:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/african-journal-publishing-infrastructures-visibility-resilience\/"},"modified":"2026-04-30T12:30:15","modified_gmt":"2026-04-30T12:30:15","slug":"african-journal-publishing-infrastructures-visibility-resilience","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-7\/african-journal-publishing-infrastructures-visibility-resilience\/","title":{"rendered":"Publier les revues scientifiques africaines : infrastructures, visibilit\u00e9 et r\u00e9silience \u00a0\u00a0"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s soixante-quinze ans d\u2019ind\u00e9pendance, l\u2019\u00e9dition de revues acad\u00e9miques africaines se trouve \u00e0 la crois\u00e9e des chemins. Ce n\u2019est pas de cette mani\u00e8re que Nkrumah envisageait la modernit\u00e9 scientifique de l\u2019Afrique. S\u2019exprimant en 1964 lors de la pose de la premi\u00e8re pierre du centre des r\u00e9acteurs atomiques du Ghana, il proposait une vision postcoloniale \u00e9largie pour une science africaine \u00ab&nbsp;qui ne peut pas se permettre d\u2019\u00eatre \u00e0 la tra\u00eene&nbsp;\u00bb (Nkrumah, 2007). Le projet de r\u00e9acteur fut annul\u00e9 trois ans plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains font r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un pr\u00e9tendu \u00ab&nbsp;\u00e2ge d\u2019or&nbsp;\u00bb de l\u2019acad\u00e9mie africaine \u00e9mergente dans les premi\u00e8res ann\u00e9es qui ont suivi l\u2019ind\u00e9pendance, avec des congr\u00e8s scientifiques, des d\u00e9partements de recherche entreprenants, des revues litt\u00e9raires dynamiques et de nouvelles presses universitaires (Yanney-Wilson, 1961&nbsp;; Eisemon, 1979&nbsp;; Sharp, 2019). Si l\u2019\u00e9dition ind\u00e9pendante et universitaire africaine a connu des progr\u00e8s significatifs avant l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 impos\u00e9e par les ajustements structurels, une partie de cette nostalgie peut para\u00eetre exag\u00e9r\u00e9e. Caroline Davis (2020) a montr\u00e9, par exemple, comment les organisations \u00e9crans financ\u00e9es par la Central Intelligence Agency (CIA) ont encourag\u00e9 \u00ab&nbsp;la cr\u00e9ation de nouveaux noyaux litt\u00e9raires \u00e0 travers l\u2019Afrique qui ont favoris\u00e9 la gestion locale et la production litt\u00e9raire locale&nbsp;\u00bb. Nombre de ces revues, de <em>Drum<\/em> \u00e0 <em>Black Orpheus<\/em>, ont en effet connu un succ\u00e8s commercial, cr\u00e9ant \u00ab&nbsp;l\u2019illusion de la cr\u00e9ation d\u2019une culture d\u00e9centralis\u00e9e et avant-gardiste de la petite presse&nbsp;\u00bb (Davis, 2020).<\/p>\n\n\n\n<p>Les ann\u00e9es 1960 et 1970 ne sont plus qu\u2019un lointain souvenir. Pourtant, de nombreux d\u00e9fis subsistent. Malgr\u00e9 les premiers appels de Nkrumah en faveur de la d\u00e9colonisation de la production de connaissances, la recherche publi\u00e9e sur le continent, en particulier dans le domaine des sciences humaines et sociales (SHS), reste invisible et marginalis\u00e9e. Il est beaucoup plus difficile, et par cons\u00e9quent beaucoup moins \u00e9vident, de publier en langues africaines et dans les autres principales langues utilis\u00e9es sur le continent (fran\u00e7ais, portugais, arabe) que de publier en anglais (Asubiaro &amp; Onaolapo, 2023&nbsp;; Asubiaro et al., 2024). Avec un financement discontinu, de nombreuses revues scientifiques du continent sont \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, ce qui rend difficile le maintien des conversations scientifiques, la cr\u00e9ation d\u2019une communaut\u00e9 intellectuelle et la pr\u00e9servation des connaissances.<\/p>\n\n\n\n<p>Bourdieu a d\u00e9plor\u00e9 la \u00ab&nbsp;scolastique&nbsp;\u00bb incons\u00e9quente de ses homologues europ\u00e9ens (1990). En revanche, la plupart des chercheurs africains sont parfaitement conscients que leurs conditions de travail universitaire \u2013&nbsp;et l\u2019absence d\u2019infrastructures de recherche favorables&nbsp;\u2013 font qu\u2019il est difficile d\u2019\u00e9crire et de publier, sans parler de l\u2019\u00e9dition de revues ou de l\u2019examen par les pairs. Et pourtant, comme le soulignent Mbembe et Sarr, le temps presse&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il n\u2019y a aucune raison d\u2019attendre. Nous sommes nos propres t\u00e9moins. Nous devons absolument nous unir si nous voulons reprendre cette t\u00e2che essentielle que nous ne pouvons pas simplement d\u00e9l\u00e9guer \u00e0 d\u2019autres \u2013&nbsp;\u00e0 savoir&nbsp;: lire, \u00e9crire, d\u00e9chiffrer, d\u00e9crypter, dessiner et remettre en question notre \u00e9poque.&nbsp;\u00bb (Mbembe &amp; Sarr, 2023, p.&nbsp;3).<\/p>\n\n\n\n<p>Beaucoup de choses ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 dites. Hountondji a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 \u00e9voquer l\u2019\u00ab&nbsp;extraversion&nbsp;\u00bb des connaissances, affirmant que \u00ab&nbsp;les chercheurs africains sont condamn\u00e9s \u00e0 rester des touristes scientifiques permanents&nbsp;\u00bb, \u00e9tant donn\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 de quitter \u00ab&nbsp;les marges pour aller au c\u0153ur de la connaissance&nbsp;\u00bb (1990, p.&nbsp;6). Nyamnjoh a pr\u00e9sent\u00e9 le dilemme des universitaires africains comme un dilemme consistant \u00e0 \u00ab&nbsp;sacrifier la pertinence pour la reconnaissance, ou la reconnaissance pour la pertinence&nbsp;\u00bb (2004, p.&nbsp;333). La n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019indexer les revues africaines est \u00e9voqu\u00e9e depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;2000 (par exemple, Le Roux, 2006&nbsp;; Le&nbsp;Roux &amp; Nwosu, 2006), tout en reconnaissant que tous les index n\u2019ont pas la m\u00eame cr\u00e9dibilit\u00e9 ou la m\u00eame stabilit\u00e9 financi\u00e8re. Depuis 2000, il y a eu de nombreuses rencontres&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; , d\u00e9clarations et chartes traitant de la nature in\u00e9quitable de la production mondiale de connaissances&nbsp;; des conf\u00e9rences du Conseil pour le d\u00e9veloppement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA) sur l\u2019\u00e9dition \u00e9lectronique et le libre acc\u00e8s en 2008 et 2016, \u00e0 la d\u00e9claration de Dakar sur la science ouverte soutenue par l\u2019Unesco en 2016, en passant par la charte africaine pour les collaborations transformatrices de 2024. Les in\u00e9galit\u00e9s demeurent et, dans de nombreux cas, continuent \u00e0 prendre encore plus d\u2019ampleur.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis la p\u00e9riode coloniale, l&rsquo;Afrique a \u00e9t\u00e9 un paysage sur lequel ont \u00e9t\u00e9 projet\u00e9s de vastes r\u00eaves ambitieux de d\u00e9veloppement, scientifiques et bureaucratiques (Geissler &amp; Tousignant, 2020). Les universit\u00e9s africaines ont souvent \u00e9t\u00e9 des lieux centraux pour ces imaginaires : de Jong et Valente-Quinn les qualifient d&rsquo;\u00ab infrastructures de l&rsquo;utopie \u00bb (2018). Leur r\u00e9cit des vestiges en ruine de l&rsquo;\u00ab Universit\u00e9 du futur africain \u00bb au S\u00e9n\u00e9gal, un projet initi\u00e9 par le pr\u00e9sident Abdoulaye Wade en 2000, d\u00e9peint sa construction inachev\u00e9e et ses infrastructures d\u00e9labr\u00e9es comme des \u00ab palimpsestes des futurs africains imagin\u00e9s \u00bb (2018, p. 333). La tension g\u00e9n\u00e9rative qu&rsquo;ils d\u00e9crivent entre \u00ab les temporalit\u00e9s de la ruine et de la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration \u00bb (2018, p. 348) est \u00e9galement visible sous forme num\u00e9rique. Au fur et \u00e0 mesure que les technologies \u00e9voluent et changent, le web acad\u00e9mique africain accr\u00e9dite des palimpsestes de futurs ambitieux en mati\u00e8re de recherche. Une multiplication de portails et de sites web de revues universitaires, qui se chevauchent et diff\u00e8rent les uns des autres, r\u00e9v\u00e8le une histoire faite de lancements et de relances. Le dynamisme \u00e9ditorial est ponctu\u00e9 de longues p\u00e9riodes d\u2019inactivit\u00e9, et les traces num\u00e9riques deviennent l\u2019affaire des archivistes bibliographiques (Zell, 2020 ; 2022).<\/p>\n\n\n\n<p>Ce num\u00e9ro sp\u00e9cial de <em>Global Africa<\/em> est \u00e9labor\u00e9 \u00e0 un moment critique pour le mouvement en faveur du libre acc\u00e8s \u00ab&nbsp;Diamant&nbsp;\u00bb (libre de lire, libre de publier). Pour certains membres de cette &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;communaut\u00e9 strat\u00e9gique, la promesse d\u2019une \u00ab&nbsp;science ouverte&nbsp;\u00bb rendue possible par des infrastructures num\u00e9riques &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;offre un avenir acad\u00e9mique plus \u00e9galitaire. Le premier sommet mondial sur le libre acc\u00e8s \u00ab&nbsp;Diamant&nbsp;\u00bb s\u2019est tenu \u00e0 Toluca en 2023 et a adopt\u00e9 un manifeste dans lequel la science est consid\u00e9r\u00e9e comme un bien public mondial. Pourtant, la valeur commerciale g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par la num\u00e9risation de la communication universitaire et l\u2019essor de l\u2019intelligence artificielle (IA) renforcent les logiques commerciales d\u2019\u00e9dition.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce num\u00e9ro, nous rassemblons six articles et sept auteurs, chacun ayant son propre point de vue sur la meilleure voie \u00e0 suivre. Nos contributeurs viennent d\u2019Afrique, d\u2019Europe et d\u2019Am\u00e9rique du Nord, et travaillent sur diff\u00e9rents sites et \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9chelles. Nombre d\u2019entre eux reviennent sur le chemin parcouru en mati\u00e8re d\u2019\u00e9dition et sur les voies \u00e0 venir \u00e0 partir de la digitalisation&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; . Plusieurs d\u2019entre eux sont r\u00e9dacteurs en chef ou \u00e9diteurs de revues et s\u2019appuient donc sur une exp\u00e9rience pratique solidement acquise. Le premier article de ce num\u00e9ro (El-Aroui) offre une vue d\u2019ensemble des tendances r\u00e9centes en mati\u00e8re de publication \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du continent, en s\u2019appuyant sur les donn\u00e9es des principaux index de citations. L\u2019article suivant (Mills &amp; Asubiaro) explique pourquoi ces indices nous renseignent si peu sur l\u2019\u00e9conomie de la recherche en Afrique. Le troisi\u00e8me article (Hamdaoui) propose une analyse historique de la publication des sciences humaines au Maroc. Deux autres (Makulilo &amp; Henry, Leedy) racontent l\u2019histoire de revues d\u2019\u00e9tudes africaines individuelles, bas\u00e9es respectivement \u00e0 Dar es&nbsp;Salaam et \u00e0 Gainesville, en Floride. Enfin, Markey nous ram\u00e8ne \u00e0 la question des donn\u00e9es, plaidant pour la valeur qu\u2019elles apportent aux chercheurs, aux r\u00e9dacteurs en chef et aux \u00e9diteurs. Tous les auteurs proposent des perspectives sur l\u2019histoire et l\u2019\u00e9conomie politique de la publication des revues africaines de sciences humaines et sociales, sur l\u2019essor de l\u2019\u00e9dition commerciale, sur les possibilit\u00e9s offertes par la num\u00e9risation et sur les d\u00e9fis que pose le maintien de revues dirig\u00e9es par des chercheurs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En lisant ces articles, vous remarquerez que nos contributeurs accordent une grande attention aux infrastructures et aux possibilit\u00e9s \u201cd\u2019infrastructurer\u201d l\u2019\u00e9dition universitaire&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; . Transformer un nom en verbe n\u2019est pas simplement une attitude universitaire. C\u2019est une fa\u00e7on d\u2019attirer l\u2019attention et de compliquer la compr\u00e9hension ordinaire des infrastructures en tant que \u00ab&nbsp;choses&nbsp;\u00bb physiques. Les infrastructures d\u2019\u00e9dition comprennent le mat\u00e9riel informatique et les logiciels d\u2019\u00e9dition, les imprimantes laser et num\u00e9riques et les connexions wifi, mais aussi les relations humaines et sociales qui sous-tendent le travail d\u2019\u00e9criture, de r\u00e9vision par les pairs et d\u2019\u00e9dition. Dans la lign\u00e9e des travaux de chercheurs en \u00e9tudes des sciences et technologies (STS) comme Star (1999), nous adh\u00e9rons \u00e0 une d\u00e9finition inclusive et plus qu\u2019humaine des infrastructures, dans laquelle l\u2019infrastructure est consid\u00e9r\u00e9e comme int\u00e9gr\u00e9e, apprise et personnalis\u00e9e. La compr\u00e9hension du terme par Star est issue de son travail d\u2019\u00e9tude des pratiques scientifiques d\u2019une communaut\u00e9 de biologistes am\u00e9ricains \u2013&nbsp;des sp\u00e9cialistes des vers de terre&nbsp;\u2013 dans les toutes premi\u00e8res ann\u00e9es de l\u2019internet. Elle parle des \u00ab&nbsp;plateformes incompatibles, des centres informatiques locaux r\u00e9calcitrants et des ressources engorg\u00e9es&nbsp;\u00bb (1999, p.&nbsp;380) dont ses interlocuteurs ont fait l\u2019exp\u00e9rience, autant de th\u00e8mes qui pourraient sembler familiers \u00e0 ceux qui utilisent des outils de publication \u00e0 code source ouvert. Star d\u00e9crit les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par les biologistes pour t\u00e9l\u00e9charger des fichiers et explique comment elle les a aid\u00e9s en scannant leurs bulletins trimestriels pour cr\u00e9er des archives num\u00e9riques, mais qu\u2019elle a ensuite \u00e9t\u00e9 confront\u00e9e \u00e0 des probl\u00e8mes d\u2019incompatibilit\u00e9 pour ceux qui utilisaient des ordinateurs Mac. Tout cela l\u2019a aid\u00e9e \u00e0 \u00ab&nbsp;percevoir l\u2019infrastructure comme une partie de l\u2019organisation humaine, tout aussi probl\u00e9matique que n\u2019importe quelle autre&nbsp;\u00bb (1999, p.&nbsp;380).<\/p>\n\n\n\n<p>Ceux d\u2019entre nous qui se souviennent du combat qu\u2019ils ont men\u00e9 contre les syst\u00e8mes d\u2019\u00e9dition obsol\u00e8tes de la fin des ann\u00e9es&nbsp;1990 et du d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;2000 se reconna\u00eetront dans le r\u00e9cit de Star. Aujourd\u2019hui, les r\u00e9dacteurs en chef et les \u00e9diteurs de revues doivent s\u2019adapter \u00e0 un ensemble de normes technologiques et de logiciels \u00e9voluant rapidement dans un monde d\u2019informatique virtuelle qui exige des r\u00e9f\u00e9rences et des liens DOI, Onix 3.0 (pour l\u2019\u00e9dition de livres) et l\u2019interop\u00e9rabilit\u00e9 des m\u00e9tadonn\u00e9es. Les derni\u00e8res perspectives en mati\u00e8re d\u2019intelligence artificielle peuvent appara\u00eetre comme &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;des pr\u00e9sages lointains pour ceux qui s\u2019efforcent d\u2019\u00e9diter une revue avec peu de ressources et de temps libre, une situation courante sur le continent africain aujourd\u2019hui&nbsp;; et pourtant, nous savons que l\u2019IA d\u00e9terminera une grande partie des pratiques futures.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9crivant sur les luttes de la vie quotidienne \u00e0 Johannesburg, Simone (2004&nbsp;; 2021) est all\u00e9 plus loin que Star, d\u00e9crivant \u00ab&nbsp;les gens comme des infrastructures&nbsp;\u00bb, afin de souligner l\u2019importance du collectif urbain et la mani\u00e8re dont les activit\u00e9s quotidiennes de chacun cr\u00e9aient une \u00ab&nbsp;constellation d\u2019accompagnements \u00e0 la vie urbaine mouvement\u00e9e&nbsp;\u00bb (2021, p.&nbsp;1343). Cela fait \u00e9cho \u00e0 un th\u00e8me r\u00e9current dans les \u00e9tudes africaines, celui de la \u00ab&nbsp;richesse humaine&nbsp;\u00bb (Guyer, 1995). De m\u00eame, l\u2019\u00e9dition est une r\u00e9alisation collective et coordonn\u00e9e qui s\u2019adapte, change et \u00e9volue. Les technologies d\u2019\u00e9dition se sont d\u00e9velopp\u00e9es parall\u00e8lement \u00e0 l\u2019augmentation de la puissance informatique, \u00e0 la concurrence commerciale, \u00e0 la demande croissante des auteurs, \u00e0 l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration du processus de recherche et \u00e0 la course aux armements en mati\u00e8re d\u2019int\u00e9grit\u00e9 de la recherche. En r\u00e9ponse, les \u00e9diteurs commerciaux ont d\u00e9velopp\u00e9 leurs revues pour int\u00e9grer verticalement leurs propres infrastructures de recherche (voir Mills et Asubiaro dans ce num\u00e9ro). Les activit\u00e9s de Clarivate sont un bon exemple de cette int\u00e9gration entre la recherche, les donn\u00e9es et les index de citations, qui rivalisent pour contr\u00f4ler l\u2019ensemble du cycle de vie de la recherche et de la publication (Chen et al., 2019).<\/p>\n\n\n\n<p>La mise en place et l\u2019infrastructure des revues num\u00e9riques sont exigeantes. M\u00eame avec des outils de publication \u00e0 code source ouvert, tels que le logiciel Open Journals Systems, un \u00e9diteur de revue a besoin d\u2019h\u00e9bergements web fiables et s\u00fbres, d\u2019une connaissance des normes techniques, de flux de travail de soumission et de r\u00e9daction fiables et d\u2019un engagement \u00e0 fournir le travail cons\u00e9quent n\u00e9cessaire au maintien et \u00e0 la mise \u00e0 jour de ces outils. Les \u00e9diteurs doivent \u00e9galement \u00e9tablir des relations avec les biblioth\u00e9caires, entretenir leurs r\u00e9seaux de recherche personnels afin d\u2019attirer des soumissions et des \u00e9valuateurs de qualit\u00e9, impliquer les comit\u00e9s \u00e9ditoriaux, ainsi que soutenir et encadrer les chercheurs en d\u00e9but de carri\u00e8re. Puis il y a les d\u00e9fis de la diffusion, de la cr\u00e9ation des m\u00e9tadonn\u00e9es qui sont essentielles pour que les articles soient trouvables, et de l\u2019indexation. Ces t\u00e2ches sont beaucoup plus difficiles pour les r\u00e9dacteurs en chef des institutions africaines que pour leurs homologues du Nord. Ces derniers peuvent b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un soutien institutionnel important (voir Leedy, dans ce num\u00e9ro) et, dans de nombreux cas, les presses universitaires et les \u00e9diteurs de revues commerciales s\u2019occupent des aspects techniques de la production de m\u00e9tadonn\u00e9es et de la gestion des abonnements, tout en fournissant un flux de revenus pour soutenir les r\u00e9dacteurs ou les ateliers de r\u00e9daction.<\/p>\n\n\n\n<p>La plupart de ces questions sont illustr\u00e9es par des \u00e9tudes de cas de revues individuelles. Il suffit de comparer l\u2019\u00e9volution de deux revues d\u2019\u00e9tudes &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;sur les m\u00e9dias \u2013&nbsp;<em>Africa Media Review<\/em> et <em>Critical Arts&nbsp;<\/em>\u2013 au cours des quatre derni\u00e8res d\u00e9cennies. La <em>Revue africaine des m\u00e9dias<\/em> a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e \u00e0 Nairobi en 1984 par le Conseil africain de l\u2019\u00e9ducation \u00e0 la communication, un r\u00e9seau cr\u00e9\u00e9 en 1976 pour soutenir la formation au journalisme sur le continent. Dans son num\u00e9ro de lancement, le r\u00e9dacteur en chef, bas\u00e9 \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Lagos, promettait que la <em>Revue africaine des m\u00e9dias<\/em> inciterait les intellectuels africains \u00e0 mettre au point des outils de communication pour r\u00e9soudre les probl\u00e8mes de d\u00e9veloppement de l\u2019Afrique (Ugboajah, 1986). Apr\u00e8s onze ann\u00e9es, la revue a \u00e9t\u00e9 suspendue, avant d\u2019\u00eatre relanc\u00e9e par le CODESRIA en 2004 avec un nouveau r\u00e9dacteur en chef. La revue a dur\u00e9 neuf ans dans cette deuxi\u00e8me version, et seules ses traces d\u2019archives subsistent.&nbsp; En revanche, <em>Critical Arts<\/em>, cr\u00e9\u00e9 par un petit groupe d\u2019universitaires sud-africains sp\u00e9cialis\u00e9s dans les m\u00e9dias en 1980, a entrepris de d\u00e9velopper une \u00ab&nbsp;perspective radicale sur les arts&nbsp;\u00bb inspir\u00e9e par le travail de Marshall McLuhan, tout en se concentrant sur \u00ab&nbsp;les m\u00e9dias et la communication dans un contexte de tiers monde&nbsp;\u00bb (Critical Arts Collective, 1980).<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s plus de quarante ans, cette vision \u00e9ditoriale a \u00e9volu\u00e9 vers un engagement plus large en faveur des dialogues \u00ab&nbsp;Sud-Nord&nbsp;\u00bb et des \u00e9pist\u00e9mologies transdisciplinaires au sein des \u00e9tudes culturelles. La revue a \u00e9t\u00e9 co\u00e9dit\u00e9e par UNISA Press en collaboration avec Routledge de 2002 \u00e0 2005, puis par Routledge exclusivement, ce qui lui a permis de b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un financement r\u00e9gulier pour soutenir l\u2019assistance \u00e9ditoriale. Index\u00e9e \u00e0 partir de 2009 dans Scopus et \u00e0 partir de 2011 dans Science Citation Index (SCI), cela a contribu\u00e9 \u00e0 renforcer sa visibilit\u00e9 internationale. Elle publie d\u00e9sormais six num\u00e9ros par an, avec un comit\u00e9 de r\u00e9daction international et un profil d\u2019auteurs diversifi\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La question de la visibilit\u00e9 est abord\u00e9e dans ce num\u00e9ro sp\u00e9cial. Les analyses de la visibilit\u00e9 des travaux universitaires africains remontent au d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;1970, lorsque les chercheurs ont commenc\u00e9 \u00e0 utiliser les donn\u00e9es du SCI pour comparer les citations de la recherche dans diff\u00e9rentes r\u00e9gions du monde. Rabkin et al. (1979) ont constat\u00e9 que les recherches en zoologie et en botanique men\u00e9es \u00e0 Ibadan et \u00e0 Nairobi \u00e9taient, de mani\u00e8re peut-\u00eatre assez surprenante, visibles et cit\u00e9es de mani\u00e8re disproportionn\u00e9e en Grande-Bretagne et dans la r\u00e9gion, et qu\u2019elles \u00e9taient au moins comparables \u00e0 celles men\u00e9es dans d\u2019autres \u00ab&nbsp;universit\u00e9s p\u00e9riph\u00e9riques du Commonwealth&nbsp;\u00bb. Ils ont reconnu les efforts significatifs d\u00e9ploy\u00e9s par les deux pays pour d\u00e9velopper leurs propres cultures scientifiques, mais ont accord\u00e9 moins d\u2019attention aux r\u00e9seaux patrimoniaux cr\u00e9\u00e9s par un \u00ab&nbsp;empire de savants&nbsp;\u00bb britannique expansif (Pietsch, 2013). Des \u00e9tudes ult\u00e9rieures (Wayt Gibbs, 1995) ont sugg\u00e9r\u00e9 que les index&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;nuisaient \u00e0 l\u2019impact et \u00e0 la qualit\u00e9 des revues dans le Sud.<\/p>\n\n\n\n<p>La visibilit\u00e9 de la recherche tourne d\u00e9sormais autour des m\u00e9tadonn\u00e9es, ce qui permet de s\u2019assurer que les revues peuvent \u00eatre trouv\u00e9es via&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;les portails et les moteurs de recherche utilis\u00e9s par les chercheurs. Les biblioth\u00e9caires et les scientifiques de l\u2019information ont \u00e0 maintes reprises appel\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019index et d\u2019infrastructures de donn\u00e9es centr\u00e9s sur l\u2019Afrique (Le&nbsp;Roux &amp; Nwosu, 2006). Un index africain est depuis longtemps le r\u00eave de sp\u00e9cialistes de l\u2019information comme Nwagwu (2010) et Asubiaro (voir Asubiaro et Mills, dans ce num\u00e9ro), mais de telles initiatives sont extr\u00eamement co\u00fbteuses et difficiles \u00e0 mettre en place. La visibilit\u00e9 est rendue possible \u00e0 la fois par les infrastructures techniques g\u00e9n\u00e9rant des m\u00e9tadonn\u00e9es et par les relations sociales exprim\u00e9es par les r\u00e9seaux de citations. Les d\u00e9cisions concernant les travaux \u00e0 lire et \u00e0 valider sont aussi bien sociales ou politiques qu\u2019acad\u00e9miques. La cr\u00e9ation d\u2019un index de citations africain ne changera pas n\u00e9cessairement des zones g\u00e9ographiques de cr\u00e9dibilit\u00e9 et de r\u00e9putation profond\u00e9ment ancr\u00e9es (Mills &amp; Robinson, 2021).<\/p>\n\n\n\n<p>Pour que la recherche soit visible et accessible \u00e0 l\u2019\u00e8re num\u00e9rique, les universit\u00e9s et les \u00e9diteurs doivent produire des \u00ab&nbsp;m\u00e9tadonn\u00e9es&nbsp;\u00bb d\u00e9taill\u00e9es&nbsp;: des informations contextuelles sur un article, notamment son titre, les auteurs, la date de publication, le statut des droits d\u2019auteur et des licences, et bien plus encore. La pr\u00e9occupation concernant la visibilit\u00e9 est renforc\u00e9e par le volume croissant d\u2019articles publi\u00e9s \u2013&nbsp;40&nbsp;% des articles publi\u00e9s dans des revues index\u00e9es par le Web of Science n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 cit\u00e9s (Chen et al., 2023). Les infrastructures de publication donnent des possibilit\u00e9s, mais elles excluent aussi. De plus en plus de m\u00e9tadonn\u00e9es sont g\u00e9n\u00e9r\u00e9es et exig\u00e9es par les collecteurs de recherche et les plateformes de publication, de Crossref (pour les liens de r\u00e9f\u00e9rence et Google Scholar) \u00e0 Clarivate (pour les facteurs d\u2019impact), Elsevier (pour Scopus), EBSCO et JSTOR (pour l\u2019agr\u00e9gation et la distribution). Certains d\u2019entre eux exigent que les journaux se conforment \u00e0 des normes et \u00e0 des infrastructures techniques et de publication en constante \u00e9volution \u2013&nbsp;y compris l\u2019\u00e9mission de DOI et d\u2019autres identificateurs num\u00e9riques. M\u00eame les DOI, une norme technique introduite par les \u00e9diteurs commerciaux, centralisent le contr\u00f4le des pratiques de publication, en exigeant des processus d\u2019enregistrement et des paiements complexes (Okune &amp; Chan, 2023).<\/p>\n\n\n\n<p>Quel est l\u2019int\u00e9r\u00eat pour les petits \u00e9diteurs de construire leurs propres infrastructures d\u2019\u00e9dition&nbsp;? Et compte tenu de l\u2019\u00e9volution rapide des normes techniques, les appels \u00e0 la construction d\u2019une nouvelle infrastructure d\u2019\u00e9dition africaine \u00e0 code source ouvert et \u00e0 libre acc\u00e8s appartenant \u00e0 la communaut\u00e9 sont-ils r\u00e9alistes&nbsp;? Il existe des pr\u00e9c\u00e9dents dans d\u2019autres r\u00e9gions du monde, notamment Scielo et Redalyc en Am\u00e9rique latine (Nwagwu, 2010). Les revues africaines h\u00e9berg\u00e9es par des universit\u00e9s peuvent-elles d\u00e9velopper des mod\u00e8les d\u2019\u00e9dition en libre acc\u00e8s \u00ab&nbsp;Diamant&nbsp;\u00bb durables sans le soutien de biblioth\u00e8ques et de presses universitaires disposant de ressources suffisantes&nbsp;? Okune et al. (2018) sont optimistes concernant le d\u00e9veloppement d\u2019\u00ab&nbsp;infrastructures de connaissances inclusives&nbsp;\u00bb sur le continent. Ils appellent les \u00e9diteurs du Sud \u00e0 utiliser \u00ab&nbsp;des outils, des plateformes, des r\u00e9seaux et d\u2019autres m\u00e9canismes sociotechniques qui permettent d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment de multiples formes de participation parmi un ensemble diversifi\u00e9 d\u2019acteurs, et qui reconnaissent et cherchent \u00e0 corriger les in\u00e9galit\u00e9s de pouvoir dans un contexte donn\u00e9&nbsp;\u00bb (Okune et al., 2018). Cette vision a \u00e9merg\u00e9 du r\u00e9seau Open and Collaborative Science in Development Network, financ\u00e9 par le Canada et le Royaume-Uni, qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 de 2014 \u00e0 2017 et a soutenu douze projets de science ouverte organis\u00e9s autour d\u2019objectifs de d\u00e9veloppement, en mettant fortement l\u2019accent sur la justice cognitive. Il est peut-\u00eatre plus facile d\u2019\u00eatre confiant et ambitieux lorsque l\u2019on travaille au sein d\u2019un r\u00e9seau de recherche international. Le d\u00e9fi consistera \u00e0 trouver les ressources n\u00e9cessaires pour soutenir \u00e0 long terme la mise en place d\u2019infrastructures sur l\u2019ensemble du continent.<\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me th\u00e8me abord\u00e9 dans ce num\u00e9ro sp\u00e9cial est la r\u00e9silience des revues. L\u00e0 encore, il s\u2019agit d\u2019une question d\u2019infrastructure. Les universit\u00e9s africaines donnent \u00e0 juste titre la priorit\u00e9 \u00e0 l\u2019enseignement et \u00e0 l\u2019employabilit\u00e9 dans le contexte d\u2019importantes cohortes d\u2019\u00e9tudiants, ce qui laisse peu de temps ou de fonds pour la recherche universitaire (Rachik &amp; Bourquia, 2011). Les chercheurs ont appris \u00e0 faire plusieurs choses \u00e0 la fois et \u00e0 devenir des g\u00e9n\u00e9ralistes, en menant des recherches en tant que consultants, bien que ces connaissances soient rarement publi\u00e9es sous format acad\u00e9mique. Avec peu de soutien, les \u00e9diteurs africains travaillent avec des moyens limit\u00e9s et luttent pour s\u2019en sortir&nbsp;: de nombreuses revues ont une dur\u00e9e de vie tr\u00e8s courte. Plus de 20&nbsp;% des revues h\u00e9berg\u00e9es sur la plateforme AJOL sont inactives, n\u2019ayant pas publi\u00e9 de num\u00e9ro depuis au moins un an. Cela refl\u00e8te les situations de travail pr\u00e9caires auxquelles sont confront\u00e9s les chercheurs&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;dans de nombreuses universit\u00e9s africaines, le manque de ressources pour soutenir ces revues ou le manque de soumissions d\u2019articles ad\u00e9quats. \u00c0&nbsp;l\u2019\u00e8re du num\u00e9rique, les difficult\u00e9s li\u00e9es \u00e0 la mise \u00e0 jour des sites web peuvent \u00e9galement \u00eatre une cons\u00e9quence d\u2019un syst\u00e8me scientifique international in\u00e9quitable.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9dition et la publication de revues universitaires est un travail difficile dans les circonstances les plus favorables, mais beaucoup plus difficile dans des environnements o\u00f9 les ressources sont limit\u00e9es. Les difficult\u00e9s d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019internet, la p\u00e9nurie ou la perte de comp\u00e9tences en mati\u00e8re de gestion et d\u2019\u00e9dition, l\u2019externalisation de la r\u00e9daction, de la correction d\u2019\u00e9preuves et de la composition, ainsi que le co\u00fbt du respect des normes d\u2019int\u00e9grit\u00e9 de l\u2019\u00e9dition du \u00ab&nbsp;Nord&nbsp;\u00bb, sont autant de facteurs qui p\u00e8sent sur le travail de l\u2019\u00e9diteur. Une recherche et une publication de qualit\u00e9 exigent du temps, des comp\u00e9tences, un encadrement et des ressources. Pourtant, certaines revues africaines et celles consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019Afrique, certains r\u00e9dacteurs en chef et certaines communaut\u00e9s ont r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 ces exigences. Quelles le\u00e7ons peut-on tirer de <em>The African Review<\/em> et de <em>African Studies Quarterly<\/em>, ainsi que des revues soutenues par Taylor &amp; Francis&nbsp;? Quelles ressources et quel soutien les \u00e9diteurs commerciaux peuvent-ils apporter pour soutenir et construire des \u00e9cosyst\u00e8mes de connaissances r\u00e9gionales \u00e0 travers le continent&nbsp;? Les auteurs r\u00e9pondent \u00e0 toutes ces questions et \u00e0 bien d\u2019autres encore.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019un des th\u00e8mes non explor\u00e9s dans ces &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;articles est de savoir si l\u2019\u00e9chelle et la taille sont des voies vers la r\u00e9silience et la visibilit\u00e9. L\u2019attention que nous portons \u00e0 la visibilit\u00e9 \u00ab&nbsp;globale&nbsp;\u00bb repose implicitement sur l\u2019hypoth\u00e8se que les infrastructures africaines doivent \u00eatre observ\u00e9es de loin. Pourtant, comme nous l\u2019expliquons ailleurs (Kitchen et al., \u00e0 para\u00eetre), en ce qui concerne l\u2019\u00e9dition ind\u00e9pendante de livres en Afrique, \u00ab&nbsp;ce qui est petit \u201cpeut \u00eatre\u201d beau&nbsp;\u00bb. La r\u00e9silience d\u00e9pend-elle de la mise \u00e0 l\u2019\u00e9chelle, ou est-il possible de \u00ab&nbsp;mettre les choses \u00e0 petite \u00e9chelle&nbsp;\u00bb, comme le disent Adema et Moore (2021)&nbsp;? Remettant en question l\u2019id\u00e9e re\u00e7ue selon laquelle la croissance organisationnelle est motiv\u00e9e par des \u00ab&nbsp;\u00e9conomies d\u2019\u00e9chelle&nbsp;\u00bb, ces auteurs se demandent s\u2019il est possible de cr\u00e9er des projets d\u2019\u00e9dition durables dirig\u00e9s par la communaut\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 \u00ab&nbsp;la d\u00e9pendance mutuelle, la prise en charge et d\u2019autres formes de mutualisation&nbsp;\u00bb (2021 p.&nbsp;27). Selon Adema et Moore, cette croissance entra\u00eene une perte de contexte et de diversit\u00e9. Au lieu de cela, ils proposent de \u00ab&nbsp;cultiver l\u2019\u00e9chelle&nbsp;\u00bb par le biais de \u00ab&nbsp;collaborations intentionnelles entre des projets men\u00e9s par la communaut\u00e9 qui favorisent un \u00e9cosyst\u00e8me bibliodiversifi\u00e9 tout en assurant la r\u00e9silience par le partage des ressources et d\u2019autres types de collaboration&nbsp;\u00bb (Adema &amp; Moore, 2021). Ils offrent une vision attrayante d\u2019une infrastructure collective non hi\u00e9rarchique. Adema et Moore remettent en question les d\u00e9finitions des connaissances r\u00e9put\u00e9es du Nord et se demandent si les appels \u00e0 travailler \u00e0 une \u00ab&nbsp;\u00e9chelle mondiale&nbsp;\u00bb ne renforcent pas les g\u00e9ographies in\u00e9gales et les relations entre le centre et la p\u00e9riph\u00e9rie. Pourtant, les communaut\u00e9s qu\u2019ils imaginent reposent sur des ressources \u00e0 partager et du temps \u00e0 consacrer \u00e0 la collaboration, et sont peut-\u00eatre plus r\u00e9alisables dans des universit\u00e9s telles que Cambridge (l\u2019une des universit\u00e9s les plus riches et les plus prestigieuses d\u2019Europe, dot\u00e9e d\u2019une presse et d\u2019une biblioth\u00e8que universitaires renomm\u00e9es et bien dot\u00e9es en ressources) et Coventry (une universit\u00e9 britannique dot\u00e9e d\u2019un centre pionnier pour les cultures post-num\u00e9riques et d\u2019un historique d\u2019exp\u00e9riences innovantes en mati\u00e8re d\u2019\u00e9dition), o\u00f9 Moore et Adema sont respectivement affili\u00e9s, que dans les \u00e9tablissements d\u2019enseignement sup\u00e9rieur de Conakry ou de Calabar.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe une litt\u00e9rature critique \u00e9mergente sur la classification des donn\u00e9es (Sadowski, 2019) et l\u2019utilisation commerciale que les \u00e9diteurs peuvent faire des m\u00e9tadonn\u00e9es des utilisateurs. Taylor &amp; Francis dispose d\u00e9sormais d\u2019une s\u00e9rie de 60&nbsp;revues ax\u00e9es sur l\u2019Afrique, ce qui lui permet d\u2019attirer davantage d\u2019auteurs africains, et&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;d\u2019offrir des programmes group\u00e9s de \u00ab&nbsp;paiement \u00e0 la publication&nbsp;\u00bb dans des revues OA commerciales ou m\u00e9ga, et la plateforme F1000 Research<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pooley d\u00e9crit la \u00ab&nbsp;publication de surveillance&nbsp;\u00bb comme une pratique dans laquelle un \u00e9diteur \u00ab&nbsp;tire une part substantielle de ses revenus de produits pr\u00e9dictifs, aliment\u00e9s par des donn\u00e9es extraites du comportement des chercheurs&nbsp;\u00bb (Pooley, 2022). Lamdan, dans une analyse approfondie d\u2019Elsevier, qui se qualifie d\u00e9sormais d\u2019\u00ab&nbsp;entreprise d\u2019analyse de l\u2019information&nbsp;\u00bb, et de son propri\u00e9taire RELX, la qualifie de \u00ab&nbsp;cartel de donn\u00e9es&nbsp;\u00bb (Lamdan, 2022). Mirowski (2018) va plus loin et rejette le mouvement de la science ouverte tout court, le consid\u00e9rant comme un moyen pour les entreprises de cr\u00e9er des infrastructures de recherche int\u00e9gr\u00e9es et de r\u00e9organiser la science sur le mod\u00e8le d\u2019une plateforme de type Amazon, tout en pr\u00e9tendant ouvrir la science \u00e0 un public plus large.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Mesurer ce qui compte&nbsp;?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Les deux premiers articles explorent ce que les donn\u00e9es de citation et de classement, g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par ces infrastructures commerciales, r\u00e9v\u00e8lent, et ne r\u00e9v\u00e8lent pas, sur la recherche africaine. Mhamed-Ali El-Aroui utilise les donn\u00e9es scientom\u00e9triques g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par Web of Science et Scopus pour suivre deux d\u00e9cennies de publications universitaires r\u00e9alis\u00e9es par des chercheurs bas\u00e9s sur l\u2019ensemble du continent, mais pas n\u00e9cessairement des publications ou des revues bas\u00e9es sur le continent. Il montre que les niveaux de \u00ab&nbsp;productivit\u00e9&nbsp;\u00bb sont tr\u00e8s diff\u00e9rents d\u2019un pays africain \u00e0 l\u2019autre. L\u2019Afrique du Sud poss\u00e8de depuis longtemps une culture de l\u2019\u00e9dition dynamique, en partie gr\u00e2ce \u00e0 un mod\u00e8le de subvention qui remonte \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019apartheid. Les universit\u00e9s d\u2019Afrique du Nord, et en particulier d\u2019\u00c9gypte, attendent de leurs chercheurs chevronn\u00e9s qu\u2019ils publient dans des revues de premier plan (c\u2019est-\u00e0-dire index\u00e9es dans le Science Citation Index et class\u00e9es dans les deux premiers quartiles de leur domaine) s\u2019ils veulent \u00eatre promus. Les chercheurs de tout le continent, du Nigeria \u00e0 l\u2019\u00c9thiopie, sont contraints de choisir entre la publication \u00ab&nbsp;\u00e0 \u00e9chelle internationale&nbsp;\u00bb et l\u2019engagement dans des communaut\u00e9s de recherche nationales et r\u00e9gionales (Omobowale et al., 2014&nbsp;; Ssentongo, 2020). Ces politiques ont progressivement sap\u00e9 le statut et la qualit\u00e9 des revues \u00ab&nbsp;locales&nbsp;\u00bb \u00e9tablies de longue date (Mills et al., 2023).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019analyse d\u2019El-Aroui sur la croissance de la recherche met en \u00e9vidence le productivisme des chercheurs sud-africains en termes de volume et d\u2019impact de la recherche, en particulier pour les publications en SHS, ainsi que la croissance de la recherche scientifique \u00e9gyptienne. L\u2019article&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;commente \u00e9galement les positions relatives du Nigeria (en d\u00e9clin) et des trois pays du Maghreb (en croissance). El-Aroui souligne que certains pays, comme l\u2019\u00c9thiopie, ont une \u00ab&nbsp;production&nbsp;\u00bb de publications qui s\u2019acc\u00e9l\u00e8re, tandis que d\u2019autres (dont le Ghana et le Kenya) ont un taux de croissance plus stable. Ce que l\u2019analyse d\u2019El-Aroui n\u2019aborde pas, c\u2019est la faible proportion de r\u00e9sultats publi\u00e9s dans des revues bas\u00e9es dans ces pays. Le document souligne \u00e9galement l\u2019invisibilit\u00e9 relative de l\u2019\u00e9dition en langues francophones et lusophones. Le S\u00e9n\u00e9gal appara\u00eet comme l\u2019un des leaders continentaux en nombre de chercheurs par habitant, mais manque de visibilit\u00e9 en termes d\u2019impact scientifique. Dans son analyse, El-Aroui ne m\u00e2che pas ses mots quant \u00e0 l\u2019invisibilit\u00e9 de la recherche en SHS publi\u00e9e dans des revues index\u00e9es du continent&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tous les autres pays africains [\u00e0 l\u2019exception de l\u2019Afrique du Sud] (y compris l\u2019\u00c9gypte et le Maghreb) semblent avoir des \u00e9cosyst\u00e8mes de sciences humaines et sociales invisibles, soit en raison de leur immaturit\u00e9, soit parce qu\u2019ils utilisent des canaux alternatifs ou non index\u00e9s pour la diffusion de leurs r\u00e9sultats de recherche&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un article qui approfondit cette question de la visibilit\u00e9, David Mills et Toluwase Asubiaro se demandent pourquoi les revues africaines sont beaucoup moins visibles que les autres dans le syst\u00e8me scientifique mondial, et comment cela a une incidence sur la recherche africaine. D\u00e9veloppant une histoire critique de l\u2019indexation des citations, ils reviennent sur les d\u00e9cisions initiales prises par Eugene Garfield concernant les revues \u00e0 inclure dans le premier index des citations scientifiques (Science Citation Index). Sa d\u00e9cision d\u2019indexer un groupe restreint de revues \u00ab&nbsp;de base&nbsp;\u00bb \u00e9tait largement motiv\u00e9e par des raisons financi\u00e8res, et le premier index ne contenait pratiquement aucune revue du Sud, tout comme aucune revue d\u2019Afrique. Au fil du temps, la r\u00e9putation de nombreuses revues en Am\u00e9rique latine, en Afrique et en Inde s\u2019en est ressentie (Wayt Gibbs, 1995). Dans les ann\u00e9es&nbsp;1990, le Science Citation Index a \u00e9t\u00e9 num\u00e9ris\u00e9, ce qui a permis d\u2019exploiter et d\u2019analyser les donn\u00e9es relatives aux citations de mani\u00e8re beaucoup plus approfondie. La cr\u00e9ation des premiers classements universitaires en 2003 a amplifi\u00e9 l\u2019importance de la r\u00e9putation et la valeur commerciale des index. Aujourd\u2019hui, Web of Science et Scopus ont des crit\u00e8res de s\u00e9lection de plus en plus rigoureux, utilisant les donn\u00e9es de citations pour \u00e9clairer les d\u00e9cisions de s\u00e9lection. En cons\u00e9quence, les revues publi\u00e9es dans les p\u00e9riph\u00e9ries mondiales, dans des domaines restreints ou dans des langues autres que l\u2019anglais, peinent \u00e0 \u00eatre index\u00e9es. En 2023, si l\u2019on exclut l\u2019Afrique du Sud, seule une soixantaine des plus de 30&nbsp;000&nbsp;revues index\u00e9es dans Web of Science ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es en Afrique au sud du Sahara. Mills et Asubiaro explorent les raisons pour lesquelles l\u2019indexation des citations est importante pour les \u00e9diteurs et les chercheurs. Ils se demandent si la solution consiste \u00e0 cr\u00e9er un indice de citation africain alternatif ou s\u2019il existe d\u2019autres moyens de promouvoir la visibilit\u00e9 et la lisibilit\u00e9 des revues africaines.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me article commence par des donn\u00e9es frappantes sur le syst\u00e8me de recherche marocain, contrastant la croissance de la productivit\u00e9 de la recherche \u00ab&nbsp;internationale&nbsp;\u00bb \u2013&nbsp;comme le signale El-Aroui&nbsp;\u2013 avec la raret\u00e9 des publications en sciences humaines bas\u00e9es au Maroc. Yousra Hamdaoui explore cette contradiction \u00e0 travers l\u2019histoire des universit\u00e9s marocaines et du financement de la recherche, en tenant compte de l\u2019impact des changements r\u00e9p\u00e9t\u00e9s de politique et des r\u00e9formes universitaires. La capacit\u00e9 d\u2019\u00e9dition du pays a souffert de cette situation, les presses universitaires \u00e9tant largement en sommeil. Tr\u00e8s peu de revues marocaines sont index\u00e9es au niveau international (Scopus n\u2019en indexe que trois, toutes des revues scientifiques). Plus positivement, elle propose une \u00e9tude de cas perspicace sur les fortunes de la revue d\u2019histoire marocaine <em>Hesperis Tamuda<\/em> et de l\u2019\u00e9diteur de livres En Toutes Lettres. Hamdaoui termine par des suggestions pour reconstruire l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me de l\u2019\u00e9dition des sciences humaines et sociales au Maroc.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>R\u00e9duire la dimension de la publication&nbsp;? \u00c9tudes de cas de revues et d\u2019\u00e9diteurs<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Ce num\u00e9ro sp\u00e9cial pr\u00e9sente ensuite trois \u00e9tudes de cas d\u2019initiatives d\u2019\u00e9dition scientifique africaines ou ax\u00e9es sur l\u2019Afrique. La premi\u00e8re est <em>The African Review<\/em> (<em>TARE<\/em>), une revue lanc\u00e9e \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Dar es&nbsp;Salaam en 1971, et la deuxi\u00e8me est <em>African Studies Quarterly<\/em> (<em>ASQ<\/em>), une revue en ligne pionni\u00e8re en libre acc\u00e8s lanc\u00e9e \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Floride en 1997. La troisi\u00e8me est une analyse des donn\u00e9es de publication g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par les 15&nbsp;revues d\u2019\u00e9tudes africaines publi\u00e9es par Taylor &amp; Francis. Ensemble, ces articles explorent la question du maintien des revues et des initiatives dirig\u00e9es par des universitaires, ainsi que les opportunit\u00e9s offertes par les partenariats commerciaux, tels que ceux forg\u00e9s par Brill-De&nbsp;Gruyter, ainsi que Taylor &amp; Francis.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>TARE<\/em> a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e par le d\u00e9partement de sciences politiques de l\u2019universit\u00e9 de Dar es&nbsp;Salaam (UDSM) en 1971. Elle avait pour objectif de proposer une analyse radicale de la politique africaine et d\u2019attirer des chercheurs postcoloniaux de premier plan. Aujourd\u2019hui, la revue traite de la mondialisation, du d\u00e9veloppement et des affaires africaines, en s\u2019attaquant \u00e0 la fracture du savoir entre le Nord et le Sud. Pendant la majeure partie de son existence, elle s\u2019est appuy\u00e9e sur un comit\u00e9 de r\u00e9daction&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;restreint et un seul r\u00e9dacteur en chef, avec peu ou pas de soutien professionnel en mati\u00e8re d\u2019\u00e9dition. Alexander Makulilo et Rodrick Henry d\u00e9crivent comment, malgr\u00e9 les contraintes impos\u00e9es au r\u00e9dacteur en chef, <em>TARE<\/em> a continu\u00e9 \u00e0 attirer des articles du monde entier. En juin 2019, <em>TARE<\/em> a sign\u00e9 un accord avec Brill pour prendre en charge l\u2019\u00e9dition, renfor\u00e7ant ainsi la qualit\u00e9 de sa production, de son indexation, de sa visibilit\u00e9 et de sa distribution mondiale. L\u2019UDSM reste propri\u00e9taire de ses droits d\u2019auteur et de ses activit\u00e9s \u00e9ditoriales. Makuliko et Henry affirment que l\u2019avenir de revues africaines solides d\u00e9pend des collaborations avec des \u00e9diteurs \u00e9tablis, dans ce cas, bas\u00e9s dans les pays du Nord.<\/p>\n\n\n\n<p><em>ASQ<\/em>, fond\u00e9e par le Centre d\u2019\u00e9tudes africaines de l\u2019universit\u00e9 de Floride \u00e0 Gainesville en 1997, a \u00e9t\u00e9 une revue pionni\u00e8re en mati\u00e8re de libre acc\u00e8s, bien avant que le terme ne soit invent\u00e9. Dans son article, Todd Leedy parle de mani\u00e8re franche&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;des obstacles techniques et sociaux que l\u2019\u00e9quipe \u00e9ditoriale a surmont\u00e9s au cours du dernier quart de si\u00e8cle. Au d\u00e9part, le d\u00e9fi consistait \u00e0 d\u00e9terminer comment publier sur le web et \u00e0 prendre de l\u2019avance, tout en accordant une attention particuli\u00e8re \u00e0 l\u2019infrastructure \u00ab&nbsp;humaine&nbsp;\u00bb \u2013&nbsp;auteurs, \u00e9quipe \u00e9ditoriale et travail des \u00e9tudiants de troisi\u00e8me cycle. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;L\u2019\u00e9quipe de la revue s\u2019est heurt\u00e9e au scepticisme concernant le format uniquement en ligne et au manque de revenus d\u2019abonnement qui en r\u00e9sultait, au manque de connectivit\u00e9 num\u00e9rique en Afrique, ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019incertitude quant \u00e0 l\u2019impact et \u00e0 la reconnaissance. R\u00e9trospectivement, l\u2019<em>ASQ <\/em>\u00e9tait tr\u00e8s en avance sur son temps. Leedy note que plus de 75&nbsp;% des articles soumis \u00e0 <em>ASQ<\/em> en 2021-2022 provenaient de chercheurs bas\u00e9s en Afrique. La revue a su faire face aux changements rapides de l\u2019environnement de l\u2019\u00e9dition universitaire et \u00e0 la pand\u00e9mie de Covid-19, et avec le soutien des autorit\u00e9s universitaires&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; , <em>ASQ<\/em> devrait continuer \u00e0 \u00eatre un espace important pour la recherche dans le domaine des \u00e9tudes africaines.<\/p>\n\n\n\n<p>Le dernier article, r\u00e9dig\u00e9 par Madeleine Markey, qui travaille pour Taylor &amp; Francis, explore quel r\u00f4le une grande maison d\u2019\u00e9dition commerciale comme Taylor &amp; Francis peut jouer dans le soutien d\u2019un \u00e9cosyst\u00e8me d\u2019\u00e9dition africain. Elle offre une vision experte des informations que les grands \u00e9diteurs peuvent tirer de diff\u00e9rentes formes de donn\u00e9es sur les auteurs et le grand public g\u00e9n\u00e9r\u00e9es \u00e0 partir de sa collection de 15&nbsp;revues d\u2019\u00e9tudes africaines. L\u2019article lui-m\u00eame est un exemple des donn\u00e9es essentielles, mais aussi de haute qualit\u00e9, que ces soci\u00e9t\u00e9s d\u2019\u00e9dition interconnect\u00e9es poss\u00e8dent, g\u00e9n\u00e8rent et exploitent en vue d\u2019une croissance future. La plupart des \u00e9diteurs et des chercheurs, et pas seulement en Afrique, seraient bien en peine de fournir des donn\u00e9es comparables, car elles d\u00e9pendent de logiciels co\u00fbteux (tels que l\u2019interface Scholar One pour les manuscrits de revues, un service fourni par Clarivate), ainsi que d\u2019un personnel poss\u00e9dant les comp\u00e9tences en mati\u00e8re de statistiques et d\u2019analyse n\u00e9cessaires pour exploiter ces donn\u00e9es. Markey montre en outre que les donn\u00e9es des \u00e9diteurs peuvent fournir un pr\u00e9cieux feedback aux auteurs, aux r\u00e9dacteurs en chef et aux \u00e9diteurs, en mettant en \u00e9vidence les in\u00e9galit\u00e9s g\u00e9ographiques en mati\u00e8re de soumission et d\u2019acceptation, et qu\u2019il est possible d\u2019utiliser ces r\u00e9sultats pour promouvoir une plus grande \u00e9quit\u00e9 en mati\u00e8re d\u2019\u00e9dition et de diversit\u00e9 des auteurs.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Quelle voie suivre maintenant&nbsp;?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Quel avenir s\u2019offre \u00e0 l\u2019\u00e9dition de revues acad\u00e9miques africaines&nbsp;? Certaines contributions (El-Aroui, Makuliko et Henry, Markey) offrent une vision du continent plus int\u00e9gr\u00e9e et contribuant \u00e0 la \u00ab&nbsp;science mondiale&nbsp;\u00bb. Elles reconnaissent implicitement la n\u00e9cessit\u00e9 des infrastructures de publication commerciales d\u2019aujourd\u2019hui pour permettre la communication scientifique. D\u2019autres (Hamdaoui, Leedy, Mills et Asubiaro) plaident (explicitement ou implicitement) en faveur d\u2019\u00e9cosyst\u00e8mes scientifiques ax\u00e9s sur l\u2019Afrique et dot\u00e9s de ressources et d\u2019un soutien ad\u00e9quats. Tous seraient peut-\u00eatre d\u2019accord sur la n\u00e9cessit\u00e9 de disposer d\u2019\u00e9cosyst\u00e8mes africains dynamiques dans les domaines de la recherche, de la connaissance et de l\u2019\u00e9dition.<\/p>\n\n\n\n<p>Les d\u00e9bats sur l\u2019avenir se polarisent autour des questions d\u2019infrastructure, de ressources et d\u2019\u00e9chelle \u2013&nbsp;la petite est peut-\u00eatre belle, mais est-elle durable&nbsp;? Les initiatives d\u2019\u00e9dition \u00ab&nbsp;dirig\u00e9es par la communaut\u00e9&nbsp;\u00bb (ce qui signifie g\u00e9n\u00e9ralement \u00ab&nbsp;\u00e0 but non lucratif&nbsp;\u00bb) sont-elles plus vuln\u00e9rables \u00e0 un moment o\u00f9 les changements techniques s\u2019acc\u00e9l\u00e8rent et o\u00f9 les outils d\u2019intelligence artificielle sont de plus en plus adopt\u00e9s&nbsp;? Les questions d\u2019\u00e9chelle pr\u00eatent de plus en plus \u00e0 confusion. Au niveau mondial, des acteurs gouvernementaux disposant de ressources importantes \u2013&nbsp;tels que l\u2019Union europ\u00e9enne&nbsp;\u2013 ont commenc\u00e9 \u00e0 promouvoir une vision d\u2019infrastructures de communication en libre acc\u00e8s \u00ab&nbsp;locales&nbsp;\u00bb appartenant \u00e0 la communaut\u00e9. Le mouvement \u00ab&nbsp;Diamant&nbsp;\u00bb de l\u2019Open Access a une vision similaire de l\u2019acc\u00e8s libre. Cependant, l\u2019ampleur des investissements dans la recherche et le d\u00e9veloppement r\u00e9alis\u00e9s par les grands \u00e9diteurs commerciaux et leur d\u00e9pendance croissante \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la valeur g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par l\u2019analyse des donn\u00e9es rendent ce sc\u00e9nario improbable \u00e0 court et \u00e0 moyen terme. Nombre de ces entreprises sont situ\u00e9es et r\u00e9glement\u00e9es en Europe et en Am\u00e9rique, o\u00f9 elles emploient beaucoup de personnel et g\u00e9n\u00e8rent des recettes fiscales. Les associations professionnelles et les soci\u00e9t\u00e9s savantes d\u00e9pendent des b\u00e9n\u00e9fices g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par les contrats d\u2019\u00e9dition commerciale pour soutenir leur travail, et les universitaires du monde entier publient dans leurs revues index\u00e9es. Bien qu\u2019il y ait eu quelques d\u00e9fections tr\u00e8s m\u00e9diatis\u00e9es d\u2019\u00e9quipes \u00e9ditoriales des grands \u00e9diteurs commerciaux, les tentatives plus larges de boycott d\u2019\u00e9diteurs tels qu\u2019Elsevier ont \u00e9chou\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le \u00ab&nbsp;mouvement&nbsp;\u00bb mondial pour le libre acc\u00e8s, renforc\u00e9 par son premier sommet \u00ab&nbsp;mondial&nbsp;\u00bb et le manifeste de Toluca de 2023, est la derni\u00e8re version du projet de science ouverte. La vision de l\u2019Open Science d\u2019une publication acad\u00e9mique d\u00e9colonis\u00e9e et non commerciale (Meagher, 2021) est attrayante pour beaucoup, mais peu s\u2019attardent sur les implications financi\u00e8res de cette transition.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9diteurs commerciaux, qui ont r\u00e9ussi \u00e0 faire passer leurs revues \u00e0 l\u2019acc\u00e8s libre \u00ab&nbsp;gold&nbsp;\u00bb financ\u00e9 par l\u2019APC, exp\u00e9rimentent \u00e9galement l\u2019acc\u00e8s libre gratuit, ce qui pourrait ramener le secteur \u00e0 un mod\u00e8le de financement bas\u00e9 sur l\u2019abonnement. Brill et Sage sont parmi ceux qui testent le \u00ab&nbsp;subscribe to open&nbsp;\u00bb (s\u2019abonner \u00e0 l\u2019acc\u00e8s libre). Les portails de revues h\u00e9berg\u00e9s et sponsoris\u00e9s par les universit\u00e9s nord-am\u00e9ricaines (tels que Project Muse et JSTOR) ont \u00e9t\u00e9 les premiers \u00e0 promouvoir la num\u00e9risation des revues dans les ann\u00e9es&nbsp;1990. Eux aussi explorent aujourd\u2019hui les possibilit\u00e9s de renforcer le soutien \u00e0 la publication gratuite de revues en acc\u00e8s libre. Le logiciel de publication Open Journal Systems (OJS) du projet canadien Public Knowledge est d\u00e9sormais utilis\u00e9 par plus de 30&nbsp;000&nbsp;revues en libre acc\u00e8s dans le monde entier. En Afrique, il existe de nouveaux portails d\u2019acc\u00e8s libre tels que la plateforme africaine pour l\u2019enseignement libre fond\u00e9e par l\u2019universit\u00e9 du Cap (UCT).<\/p>\n\n\n\n<p>En 2024, l\u2019Electronic Information for Libraries (EIFL) a men\u00e9 une grande enqu\u00eate sur l\u2019\u00e9dition de revues africaines en libre acc\u00e8s et sans frais (EIFL, 2024). Les r\u00e9sultats provenant de 200&nbsp;revues ayant r\u00e9pondu \u00e0 l\u2019enqu\u00eate ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une communaut\u00e9 d\u2019\u00e9diteurs travaillant avec des contraintes financi\u00e8res et de ressources humaines tr\u00e8s lourdes. 65&nbsp;% publient moins de 20&nbsp;articles par an, et la plupart (60&nbsp;%) s\u2019appuient sur le travail de b\u00e9n\u00e9voles. Seuls 45&nbsp;% d\u2019entre eux b\u00e9n\u00e9ficiaient d\u2019un financement institutionnel, ce qui explique que 40&nbsp;% d\u2019entre eux aient d\u00e9clar\u00e9 se sentir en situation d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 financi\u00e8re. Seuls 30&nbsp;% disposaient d\u2019un budget annuel. 53&nbsp;% sont r\u00e9pertori\u00e9s dans AJOL, ce qui confirme la valeur de ce portail, mais seulement 10&nbsp;% sont index\u00e9s dans Web of Science. En Afrique, le \u00ab&nbsp;mouvement&nbsp;\u00bb du libre acc\u00e8s reste pr\u00e9caire et instable.<\/p>\n\n\n\n<p>De nombreuses questions restent en suspens. Les revues et les communaut\u00e9s scientifiques africaines francophones et lusophones seront-elles en mesure de maintenir leur profil et leur r\u00e9putation dans un environnement d\u2019\u00e9dition universitaire anglophone&nbsp;? L\u2019\u00e9dition universitaire dans les nombreuses autres langues africaines peut-elle \u00eatre prot\u00e9g\u00e9e, p\u00e9rennis\u00e9e et d\u00e9velopp\u00e9e&nbsp;? Quelles sont les cons\u00e9quences et les co\u00fbts du respect des normes techniques et d\u2019int\u00e9grit\u00e9 (des DOI aux services d\u2019h\u00e9bergement web) d\u00e9finies par les infrastructures d\u2019\u00e9dition contr\u00f4l\u00e9es par le Nord (Okune &amp; Chan, 2023)&nbsp;? Les collaborations internationales en mati\u00e8re d\u2019\u00e9dition \u2013&nbsp;qu\u2019elles soient commerciales ou institutionnelles&nbsp;\u2013 renforcent-elles les capacit\u00e9s d\u2019\u00e9dition de l\u2019Afrique&nbsp;? Les mod\u00e8les d\u2019infrastructures d\u2019\u00e9dition communautaires d\u00e9velopp\u00e9s en Am\u00e9rique latine pourraient-ils fonctionner en Afrique&nbsp;? Qu\u2019en est-il des bases de donn\u00e9es de citations de revues et de langues nationales d\u00e9velopp\u00e9es en Chine et en Malaisie&nbsp;? Et quelles sont les priorit\u00e9s lorsque les ressources sont rares&nbsp;: l\u2019acc\u00e8s ou la qualit\u00e9, la capacit\u00e9 de d\u00e9couverte ou les citations&nbsp;? Enfin, sur quelle base et o\u00f9 les revues du continent devraient-elles \u00eatre publi\u00e9es et diffus\u00e9es&nbsp;? En dehors de l\u2019Afrique du Sud, le continent manque d\u2019\u00e9diteurs de revues de taille moyenne ou de presses universitaires comparables ayant des programmes de publication. Notre num\u00e9ro sp\u00e9cial ne peut que sugg\u00e9rer des r\u00e9ponses, mais les questions sont br\u00fblantes et importantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Les gouvernements africains et les bailleurs de fonds de la recherche d\u00e9termineront en fin de compte la voie que prendront les syst\u00e8mes de recherche du continent. Les dilemmes auxquels sont confront\u00e9es les universit\u00e9s africaines sont bien connus (Olukoshi &amp; Zeleza, 2004&nbsp;; Arowosegbe, 2023), mais les solutions sont moins claires. En analysant les plans strat\u00e9giques de dix nouvelles universit\u00e9s africaines, Soudien sugg\u00e8re que leur capacit\u00e9 d\u2019imagination est limit\u00e9e par les mod\u00e8les propos\u00e9s par les universit\u00e9s \u00ab&nbsp;plus anciennes et \u00e9litistes&nbsp;\u00bb, et qu\u2019il y a \u00ab&nbsp;peu d\u2019attention critique accord\u00e9e au local&nbsp;\u00bb (2023, p.&nbsp;196). Les visions innovantes sont in\u00e9vitablement risqu\u00e9es. Les \u00ab&nbsp;manifestes&nbsp;\u00bb ambitieux de la science ouverte, les \u00ab&nbsp;chartes transformatives&nbsp;\u00bb et les \u00ab&nbsp;alliances globales en faveur de l\u2019acc\u00e8s libre Diamant&nbsp;\u00bb peuvent devenir les utopies rat\u00e9es de demain. Les strat\u00e9gies scientifiques nationales doivent \u00eatre correctement financ\u00e9es et soutenues (Moja &amp; Okunade, 2023). Sans un soutien financier de la part des gouvernements ou des donateurs, ou des investissements provenant d\u2019autres sources, les r\u00eaves et les espoirs des presses universitaires, des biblioth\u00e8ques et des \u00e9diteurs ind\u00e9pendants d\u2019Afrique seront r\u00e9duits \u00e0 n\u00e9ant. Pour que les ambitions soient nuanc\u00e9es par le souci de r\u00e9alisme, la premi\u00e8re \u00e9tape consiste \u00e0 mettre en place des infrastructures d\u2019\u00e9dition r\u00e9silientes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Remerciements<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce num\u00e9ro est constitu\u00e9 d\u2019articles pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 l\u2019origine lors de la Conf\u00e9rence europ\u00e9enne sur les \u00e9tudes africaines, qui s\u2019est tenue \u00e0 Cologne, en Allemagne, en juillet&nbsp;2023. Une table ronde avait \u00e9t\u00e9 organis\u00e9e par Mame Penda&nbsp;Ba et Stephanie Kitchen sur le th\u00e8me \u00ab&nbsp;Publier l\u2019Afrique&nbsp;: d\u00e9fis et avenirs&nbsp;\u00bb. Nous remercions tous les participants \u00e0 la table ronde, y compris ceux qui ne sont pas repr\u00e9sent\u00e9s dans ce num\u00e9ro, pour leur engagement et leurs contributions. Tous les d\u00e9tails sont disponibles \u00e0 l\u2019adresse suivante&nbsp;: https:\/\/ <a href=\"http:\/\/www.ecasconference.org\/2023\/programme#12379\">www.ecasconference.org\/2023\/programme#12379<\/a>&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Bibliographie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Adema, J., &amp; Moore, S. (2021). Scaling small; or how to envision new relationalities for knowledge production. <em>Westminster Papers in Communication and Culture<\/em>, <em>16<\/em>(1),&nbsp;27-45.<\/p>\n\n\n\n<p>Arowosegbe, J. O. (2023) African universities and the challenge of postcolonial development.&nbsp;<em>Africa<\/em>,&nbsp;591-614.<\/p>\n\n\n\n<p>Asubiaro, T. V., &amp; Onaolapo, S. (2023). A comparative study of the coverage of African journals in Web of Science, Scopus, and CrossRef. <em>Journal of the Association for Information Science and Technology<\/em>. <em>74<\/em>(7),&nbsp;745-758.&nbsp;<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/asi.24758\">https:\/\/doi.org\/10.1002\/asi.24758<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Asubiaro, T., Onaolapo, S., &amp; Mills, D. (2024). Regional disparities in Web of Science and Scopus journal coverage. <em>Scientometrics<\/em>, <em>129<\/em>(3), 1469-1491.<\/p>\n\n\n\n<p>Bourdieu, P. (1990). The scholastic point of view. <em>Cultural Anthropology<\/em>, <em>5<\/em>(4),&nbsp;380-391.<\/p>\n\n\n\n<p>Chen, G., Posada, A., &amp; Chan, L. (2019). Vertical Integration in Academic Publishing: Implications for Knowledge Inequality Connecting the Knowledge Commons \u2014 From Projects to Sustainable Infrastructure : The 22nd International Conference on Electronic Publishing \u2013 Revised Selected Papers Marseille, Open Edition Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Chen, Y., Koch, T., Zakiyeva, N., Liu, K., Xu, Z., Chen, C. H., &#8230; &amp; Honda, K. (2023). Article scientific prestige: measuring the impact of individual articles in the web of science. <em>Journal of Informetrics, 17<\/em>(1), 101379.<\/p>\n\n\n\n<p>Critical Acts Collective (1980). Editorial<em>. Critical Arts, 1<\/em>(1). <a href=\"https:\/\/n2t.net\/ark:\/85335\/m5445mk3z\">https:\/\/n2t.net\/ark:\/85335\/m5445mk3z<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Davis, C. (2020). <em>African Literature and the CIA : networks of authorship and publishing<\/em>. Cambridge University Press.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>De Jong, F., &amp; Valente-Quinn, B. (2018). Infrastructures of utopia : ruination and regeneration of the African future.&nbsp;<em>Africa<\/em>,&nbsp;<em>88<\/em>(2), 332-351.<\/p>\n\n\n\n<p>EIFL (2024). Landscape of no-fee Open Access publishing in Africa. EIFL. www.eifl.info\/programme\/oa-publishing-africa\/landscape-no-fee-open-access-publishing-africa<\/p>\n\n\n\n<p>Eisemon, T. O. (1979). The Implantation of Science in Nigeria and Kenya. <em>Minerva<\/em>, <em>17<\/em>(4), 504-526.<\/p>\n\n\n\n<p>Geissler P. W., &amp; Tousignant, N. (2020). Beyond realism : Africa\u2019s medical dreams Introduction.&nbsp;<em>Africa<\/em>, <em>90<\/em>(1), 1-17.<\/p>\n\n\n\n<p>Hountondji, P. J. (1990). Scientific dependence in Africa today. <em>Research in African Literatures<\/em>, <em>21<\/em>, 5-15.<\/p>\n\n\n\n<p>Kitchen, S., Mills, D., &amp; Ail, A. (\u00e0 para\u00eetre). Small is beautiful? Portraits of Africa\u2019s independent publishers. <em>Logos<\/em>: <em>Journal of the World Publishing Community<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Lamdan, S. (2022). <em>Data Cartels : the companies that control and monopolize our information<\/em>. Stanford University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Roux, E. H. (2006). Visibility, credibility, prestige : evaluating the implications of indexing African journals. <em>Africa Media Review<\/em>, <em>14<\/em>(1, 2), 49-59.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Roux, E. H., &amp; Nwosu, P.&nbsp;O. (2006). Indexing Africa : revisiting the issue of knowledge production and distribution.&nbsp;<em>Africa Media Review<\/em>,&nbsp;<em>14<\/em>(1, 2).<\/p>\n\n\n\n<p>Mbembe, A., &amp; Sarr, F. (2023). <em>To Write the Africa World<\/em>. Polity.<\/p>\n\n\n\n<p>Meagher, K. (2021). Introduction: the politics of Open Access \u2014 decolonizing research or corporate capture? <em>Development and Change<\/em>, <em>52<\/em>, 340-358.<\/p>\n\n\n\n<p>Mills, D., &amp; Robinson, N. (2021). Democratising monograph publishing or preying on Researchers? Scholarly recognition and global \u00ab credibility Economies \u00bb. <em>Science as Culture<\/em>, <em>31<\/em>,&nbsp;187-211.<\/p>\n\n\n\n<p>Mills, D., Kingori, P., Branford, A., Chatio, S. T., Robinson, N., &amp; Tindana, P. (2023). <em>Who Counts? Ghanaian academic publishing and global science<\/em>. African Minds.<\/p>\n\n\n\n<p>Mirowski, P. (2018). The future(s) of open science. <em>Social Studies of Science<\/em>, <em>48<\/em>(2), 171-203.<\/p>\n\n\n\n<p>Moja, T., &amp; Okunade, S. K., (2023). <em>African Science Granting Councils: towards sustainable development in Africa.<\/em> African Minds.<\/p>\n\n\n\n<p>Nkrumah, K. (2007) Speech made in 1964 at the launch of Ghana\u2019s Atomic Reactor Centre. https:\/\/www.ghanaweb.com\/GhanaHomePage\/NewsArchive\/Nkrumah-lays-foundation-for-atomic-reactor-in-1964-122255<\/p>\n\n\n\n<p>Nwagwu, W. E. (2010). Cybernating the academe: centralized scholarly ranking and visibility of scholars in the developing world. <em>Journal of Information Science<\/em>,<em> 36<\/em>(2),&nbsp;228-241.<\/p>\n\n\n\n<p>Nyamnjoh, F. (2004). From publish or perish to publish and perish: what \u00ab Africa\u2019s 100 best books \u00bb tell us about publishing Africa<em>. Journal of Asian and African Studies<\/em>, <em>39<\/em>,&nbsp;331-355.<\/p>\n\n\n\n<p>Okune, A., &amp; Chan, L. (2023). Digital Object Identifier : privatising knowledge governance through infrastructuring<em>.<\/em> <em>Routledge Handbook of Academic Knowledge Circulation<\/em>, Routledge, 278-287.<\/p>\n\n\n\n<p>Okune, A., Hillyer, R., Albornoz, D., Posada, A., &amp; Chan, L. (2018). Whose infrastructure? Towards inclusive and collaborative knowledge infrastructures in open science. <em>ELectronic PUBlishing<\/em> (Long Papers). 10.4000\/proceedings.elpub.2018.31ff. hal-01816808<\/p>\n\n\n\n<p>Olukoshi, A., &amp; Zeleza, P. (2004). The African university in the twenty-first century. Dans P. Zeleza &amp; A. Olukoshi (eds), <em>African Universities in the Twenty-first Century<\/em>, Vol. II: knowledge and society (pp.&nbsp;595-618). CODESRIA.<\/p>\n\n\n\n<p>Omobowale, A. O., Akanle, O., Adeniran, A. I., &amp; Adegboyega, K. (2014). Peripheral scholarship and the context of foreign paid publishing in Nigeria. <em>Current Sociology<\/em>, <em>62<\/em>(5),&nbsp;666-684.<\/p>\n\n\n\n<p>Pietsch, T. (2013). <em>Empire of Scholars: universities, networks and the British academic world 1850-1939<\/em>. Manchester University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Pooley, J. (2022). Surveillance publishing. <em>The Journal of Electronic Publishing<\/em>, <em>25<\/em>(1).<\/p>\n\n\n\n<p>Rabkin, Y. M., Eisemon, T. O., Lafitte-Houssat, J. J., &amp; McLean Rathgeber, E. (1979). Citation visibility of Africa\u2019s science. <em>Social Studies of Science<\/em>, <em>9<\/em>(4),&nbsp;499-506.<\/p>\n\n\n\n<p>Rachik, H., &amp; Bourqia, R., (2011). La sociologie au Maroc. Grandes \u00e9tapes et jalons th\u00e9matiques. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/sociologies.3719\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/sociologies.3719<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Sadowski, J. (2019). When data is capital: datafication, accumulation, and extraction.&nbsp;<em>Big Data &amp; Society<\/em>,&nbsp;<em>6<\/em>(1), &nbsp;2053951718820549. https:\/\/doi.org\/10.1177\/2053951718820549<\/p>\n\n\n\n<p>Sharp, J. O. (2019). Practicing Subalternity? Nyerere\u2019s Tanzania, the Dar School, and postcolonial geopolitical imaginations. <em>Subaltern Geographies<\/em>. T. Jazeel and S. Legg, University of Georgia Press,&nbsp;74-93.<\/p>\n\n\n\n<p>Simone, A. (2004). People as infrastructure : intersecting fragments in Johannesburg. <em>Public Culture<\/em>, <em>16<\/em>,&nbsp;407-429.<\/p>\n\n\n\n<p>Simone, A. (2021). Ritornello:&nbsp; \u00ab people as infrastructure \u00bb.&nbsp;<em>Urban Geography<\/em>,&nbsp;<em>42<\/em>(9), 1341-1348.<\/p>\n\n\n\n<p>Soudien, C. (2023). Emergent priorities of the new African university. <em>Creating the New African University<\/em>, <em>16<\/em>,&nbsp;175.<\/p>\n\n\n\n<p>Ssentongo, J. S. (2020). \u00ab Which journal is that? \u00bb Politics of academic promotion in Uganda and the predicament of African publication outlets. <em>Critical African Studies<\/em>, <em>12<\/em>(3), 283-301.<\/p>\n\n\n\n<p>Star, S. L. (1999). The ethnography of infrastructure. <em>American Behavioral Scientist<\/em>, <em>43<\/em>(3), 377-391.<\/p>\n\n\n\n<p>Wayt Gibbs, W. (1995). Lost science in the Third World. <em>Scientific American<\/em>, <em>273<\/em>(2), 76-83.<\/p>\n\n\n\n<p>Yanney-Wilson, J. (1961). Ghana Science Association. <em>Nature<\/em>, <em>190<\/em>(4781),&nbsp;1064-1065.<\/p>\n\n\n\n<p>Zell, H. M. (2020). Publishing in Africa: where are we now ? An update for 2019 Part 1. <em>Logos<\/em>, <em>30<\/em>(3), 7-25.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a>Zell, H. M. (2022). Nigerian university presses : a bleak picture. <em>Africa Bibliography, Research and Documentation<\/em>, <em>1<\/em>, 12-30.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/openaccess\/f1000\">https:\/\/www.tandfonline.com\/openaccess\/f1000<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":4872,"template":"","meta":[],"series-categories":[1350],"cat-articles":[1329],"keywords":[],"ppma_author":[449,453,452],"class_list":["post-25726","series-issues","type-series-issues","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","series-categories-numero-7","cat-articles-introduction","author-david-mills-fr","author-stephanie-kitchen-fr","author-bouchra-sidi-hida-fr"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Publier les revues scientifiques africaines : infrastructures, visibilit\u00e9 et r\u00e9silience \u00a0\u00a0 | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-7\/african-journal-publishing-infrastructures-visibility-resilience\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Publier les revues scientifiques africaines : infrastructures, visibilit\u00e9 et r\u00e9silience \u00a0\u00a0 | Global Africa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Introduction Apr\u00e8s soixante-quinze ans d\u2019ind\u00e9pendance, l\u2019\u00e9dition de revues acad\u00e9miques africaines se trouve \u00e0 la crois\u00e9e des chemins. Ce n\u2019est pas de cette mani\u00e8re que Nkrumah envisageait la modernit\u00e9 scientifique de l\u2019Afrique. S\u2019exprimant en 1964 lors de la pose de la premi\u00e8re pierre du centre des r\u00e9acteurs atomiques du Ghana, il proposait une vision postcoloniale \u00e9largie pour une science africaine \u00ab&nbsp;qui ne peut pas se permettre d\u2019\u00eatre \u00e0 la tra\u00eene&nbsp;\u00bb (Nkrumah, 2007). Le projet de r\u00e9acteur fut annul\u00e9 trois ans plus tard. Certains font r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un pr\u00e9tendu \u00ab&nbsp;\u00e2ge d\u2019or&nbsp;\u00bb de l\u2019acad\u00e9mie africaine \u00e9mergente dans les premi\u00e8res ann\u00e9es qui ont suivi l\u2019ind\u00e9pendance, avec des congr\u00e8s scientifiques, des d\u00e9partements de recherche entreprenants, des revues litt\u00e9raires dynamiques et de nouvelles presses universitaires (Yanney-Wilson, 1961&nbsp;; Eisemon, 1979&nbsp;; Sharp, 2019). Si l\u2019\u00e9dition ind\u00e9pendante et universitaire africaine a connu des progr\u00e8s significatifs avant l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 impos\u00e9e par les ajustements structurels, une partie de cette nostalgie peut para\u00eetre exag\u00e9r\u00e9e. Caroline Davis (2020) a montr\u00e9, par exemple, comment les organisations \u00e9crans financ\u00e9es par la Central Intelligence Agency (CIA) ont encourag\u00e9 \u00ab&nbsp;la cr\u00e9ation de nouveaux noyaux litt\u00e9raires \u00e0 travers l\u2019Afrique qui ont favoris\u00e9 la gestion locale et la production litt\u00e9raire locale&nbsp;\u00bb. Nombre de ces revues, de Drum \u00e0 Black Orpheus, ont en effet connu un succ\u00e8s commercial, cr\u00e9ant \u00ab&nbsp;l\u2019illusion de la cr\u00e9ation d\u2019une culture d\u00e9centralis\u00e9e et avant-gardiste de la petite presse&nbsp;\u00bb (Davis, 2020). Les ann\u00e9es 1960 et 1970 ne sont plus qu\u2019un lointain souvenir. Pourtant, de nombreux d\u00e9fis subsistent. Malgr\u00e9 les premiers appels de Nkrumah en faveur de la d\u00e9colonisation de la production de connaissances, la recherche publi\u00e9e sur le continent, en particulier dans le domaine des sciences humaines et sociales (SHS), reste invisible et marginalis\u00e9e. Il est beaucoup plus difficile, et par cons\u00e9quent beaucoup moins \u00e9vident, de publier en langues africaines et dans les autres principales langues utilis\u00e9es sur le continent (fran\u00e7ais, portugais, arabe) que de publier en anglais (Asubiaro &amp; Onaolapo, 2023&nbsp;; Asubiaro et al., 2024). Avec un financement discontinu, de nombreuses revues scientifiques du continent sont \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, ce qui rend difficile le maintien des conversations scientifiques, la cr\u00e9ation d\u2019une communaut\u00e9 intellectuelle et la pr\u00e9servation des connaissances. Bourdieu a d\u00e9plor\u00e9 la \u00ab&nbsp;scolastique&nbsp;\u00bb incons\u00e9quente de ses homologues europ\u00e9ens (1990). En revanche, la plupart des chercheurs africains sont parfaitement conscients que leurs conditions de travail universitaire \u2013&nbsp;et l\u2019absence d\u2019infrastructures de recherche favorables&nbsp;\u2013 font qu\u2019il est difficile d\u2019\u00e9crire et de publier, sans parler de l\u2019\u00e9dition de revues ou de l\u2019examen par les pairs. Et pourtant, comme le soulignent Mbembe et Sarr, le temps presse&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il n\u2019y a aucune raison d\u2019attendre. Nous sommes nos propres t\u00e9moins. Nous devons absolument nous unir si nous voulons reprendre cette t\u00e2che essentielle que nous ne pouvons pas simplement d\u00e9l\u00e9guer \u00e0 d\u2019autres \u2013&nbsp;\u00e0 savoir&nbsp;: lire, \u00e9crire, d\u00e9chiffrer, d\u00e9crypter, dessiner et remettre en question notre \u00e9poque.&nbsp;\u00bb (Mbembe &amp; Sarr, 2023, p.&nbsp;3). Beaucoup de choses ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 dites. Hountondji a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 \u00e9voquer l\u2019\u00ab&nbsp;extraversion&nbsp;\u00bb des connaissances, affirmant que \u00ab&nbsp;les chercheurs africains sont condamn\u00e9s \u00e0 rester des touristes scientifiques permanents&nbsp;\u00bb, \u00e9tant donn\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 de quitter \u00ab&nbsp;les marges pour aller au c\u0153ur de la connaissance&nbsp;\u00bb (1990, p.&nbsp;6). Nyamnjoh a pr\u00e9sent\u00e9 le dilemme des universitaires africains comme un dilemme consistant \u00e0 \u00ab&nbsp;sacrifier la pertinence pour la reconnaissance, ou la reconnaissance pour la pertinence&nbsp;\u00bb (2004, p.&nbsp;333). La n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019indexer les revues africaines est \u00e9voqu\u00e9e depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;2000 (par exemple, Le Roux, 2006&nbsp;; Le&nbsp;Roux &amp; Nwosu, 2006), tout en reconnaissant que tous les index n\u2019ont pas la m\u00eame cr\u00e9dibilit\u00e9 ou la m\u00eame stabilit\u00e9 financi\u00e8re. Depuis 2000, il y a eu de nombreuses rencontres&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; , d\u00e9clarations et chartes traitant de la nature in\u00e9quitable de la production mondiale de connaissances&nbsp;; des conf\u00e9rences du Conseil pour le d\u00e9veloppement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA) sur l\u2019\u00e9dition \u00e9lectronique et le libre acc\u00e8s en 2008 et 2016, \u00e0 la d\u00e9claration de Dakar sur la science ouverte soutenue par l\u2019Unesco en 2016, en passant par la charte africaine pour les collaborations transformatrices de 2024. Les in\u00e9galit\u00e9s demeurent et, dans de nombreux cas, continuent \u00e0 prendre encore plus d\u2019ampleur. Depuis la p\u00e9riode coloniale, l&rsquo;Afrique a \u00e9t\u00e9 un paysage sur lequel ont \u00e9t\u00e9 projet\u00e9s de vastes r\u00eaves ambitieux de d\u00e9veloppement, scientifiques et bureaucratiques (Geissler &amp; Tousignant, 2020). Les universit\u00e9s africaines ont souvent \u00e9t\u00e9 des lieux centraux pour ces imaginaires : de Jong et Valente-Quinn les qualifient d&rsquo;\u00ab infrastructures de l&rsquo;utopie \u00bb (2018). Leur r\u00e9cit des vestiges en ruine de l&rsquo;\u00ab Universit\u00e9 du futur africain \u00bb au S\u00e9n\u00e9gal, un projet initi\u00e9 par le pr\u00e9sident Abdoulaye Wade en 2000, d\u00e9peint sa construction inachev\u00e9e et ses infrastructures d\u00e9labr\u00e9es comme des \u00ab palimpsestes des futurs africains imagin\u00e9s \u00bb (2018, p. 333). La tension g\u00e9n\u00e9rative qu&rsquo;ils d\u00e9crivent entre \u00ab les temporalit\u00e9s de la ruine et de la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration \u00bb (2018, p. 348) est \u00e9galement visible sous forme num\u00e9rique. Au fur et \u00e0 mesure que les technologies \u00e9voluent et changent, le web acad\u00e9mique africain accr\u00e9dite des palimpsestes de futurs ambitieux en mati\u00e8re de recherche. 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Ce n\u2019est pas de cette mani\u00e8re que Nkrumah envisageait la modernit\u00e9 scientifique de l\u2019Afrique. S\u2019exprimant en 1964 lors de la pose de la premi\u00e8re pierre du centre des r\u00e9acteurs atomiques du Ghana, il proposait une vision postcoloniale \u00e9largie pour une science africaine \u00ab&nbsp;qui ne peut pas se permettre d\u2019\u00eatre \u00e0 la tra\u00eene&nbsp;\u00bb (Nkrumah, 2007). Le projet de r\u00e9acteur fut annul\u00e9 trois ans plus tard. Certains font r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un pr\u00e9tendu \u00ab&nbsp;\u00e2ge d\u2019or&nbsp;\u00bb de l\u2019acad\u00e9mie africaine \u00e9mergente dans les premi\u00e8res ann\u00e9es qui ont suivi l\u2019ind\u00e9pendance, avec des congr\u00e8s scientifiques, des d\u00e9partements de recherche entreprenants, des revues litt\u00e9raires dynamiques et de nouvelles presses universitaires (Yanney-Wilson, 1961&nbsp;; Eisemon, 1979&nbsp;; Sharp, 2019). Si l\u2019\u00e9dition ind\u00e9pendante et universitaire africaine a connu des progr\u00e8s significatifs avant l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 impos\u00e9e par les ajustements structurels, une partie de cette nostalgie peut para\u00eetre exag\u00e9r\u00e9e. Caroline Davis (2020) a montr\u00e9, par exemple, comment les organisations \u00e9crans financ\u00e9es par la Central Intelligence Agency (CIA) ont encourag\u00e9 \u00ab&nbsp;la cr\u00e9ation de nouveaux noyaux litt\u00e9raires \u00e0 travers l\u2019Afrique qui ont favoris\u00e9 la gestion locale et la production litt\u00e9raire locale&nbsp;\u00bb. Nombre de ces revues, de Drum \u00e0 Black Orpheus, ont en effet connu un succ\u00e8s commercial, cr\u00e9ant \u00ab&nbsp;l\u2019illusion de la cr\u00e9ation d\u2019une culture d\u00e9centralis\u00e9e et avant-gardiste de la petite presse&nbsp;\u00bb (Davis, 2020). Les ann\u00e9es 1960 et 1970 ne sont plus qu\u2019un lointain souvenir. Pourtant, de nombreux d\u00e9fis subsistent. Malgr\u00e9 les premiers appels de Nkrumah en faveur de la d\u00e9colonisation de la production de connaissances, la recherche publi\u00e9e sur le continent, en particulier dans le domaine des sciences humaines et sociales (SHS), reste invisible et marginalis\u00e9e. Il est beaucoup plus difficile, et par cons\u00e9quent beaucoup moins \u00e9vident, de publier en langues africaines et dans les autres principales langues utilis\u00e9es sur le continent (fran\u00e7ais, portugais, arabe) que de publier en anglais (Asubiaro &amp; Onaolapo, 2023&nbsp;; Asubiaro et al., 2024). Avec un financement discontinu, de nombreuses revues scientifiques du continent sont \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, ce qui rend difficile le maintien des conversations scientifiques, la cr\u00e9ation d\u2019une communaut\u00e9 intellectuelle et la pr\u00e9servation des connaissances. Bourdieu a d\u00e9plor\u00e9 la \u00ab&nbsp;scolastique&nbsp;\u00bb incons\u00e9quente de ses homologues europ\u00e9ens (1990). En revanche, la plupart des chercheurs africains sont parfaitement conscients que leurs conditions de travail universitaire \u2013&nbsp;et l\u2019absence d\u2019infrastructures de recherche favorables&nbsp;\u2013 font qu\u2019il est difficile d\u2019\u00e9crire et de publier, sans parler de l\u2019\u00e9dition de revues ou de l\u2019examen par les pairs. Et pourtant, comme le soulignent Mbembe et Sarr, le temps presse&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il n\u2019y a aucune raison d\u2019attendre. Nous sommes nos propres t\u00e9moins. Nous devons absolument nous unir si nous voulons reprendre cette t\u00e2che essentielle que nous ne pouvons pas simplement d\u00e9l\u00e9guer \u00e0 d\u2019autres \u2013&nbsp;\u00e0 savoir&nbsp;: lire, \u00e9crire, d\u00e9chiffrer, d\u00e9crypter, dessiner et remettre en question notre \u00e9poque.&nbsp;\u00bb (Mbembe &amp; Sarr, 2023, p.&nbsp;3). Beaucoup de choses ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 dites. Hountondji a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 \u00e9voquer l\u2019\u00ab&nbsp;extraversion&nbsp;\u00bb des connaissances, affirmant que \u00ab&nbsp;les chercheurs africains sont condamn\u00e9s \u00e0 rester des touristes scientifiques permanents&nbsp;\u00bb, \u00e9tant donn\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 de quitter \u00ab&nbsp;les marges pour aller au c\u0153ur de la connaissance&nbsp;\u00bb (1990, p.&nbsp;6). Nyamnjoh a pr\u00e9sent\u00e9 le dilemme des universitaires africains comme un dilemme consistant \u00e0 \u00ab&nbsp;sacrifier la pertinence pour la reconnaissance, ou la reconnaissance pour la pertinence&nbsp;\u00bb (2004, p.&nbsp;333). La n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019indexer les revues africaines est \u00e9voqu\u00e9e depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;2000 (par exemple, Le Roux, 2006&nbsp;; Le&nbsp;Roux &amp; Nwosu, 2006), tout en reconnaissant que tous les index n\u2019ont pas la m\u00eame cr\u00e9dibilit\u00e9 ou la m\u00eame stabilit\u00e9 financi\u00e8re. Depuis 2000, il y a eu de nombreuses rencontres&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; , d\u00e9clarations et chartes traitant de la nature in\u00e9quitable de la production mondiale de connaissances&nbsp;; des conf\u00e9rences du Conseil pour le d\u00e9veloppement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA) sur l\u2019\u00e9dition \u00e9lectronique et le libre acc\u00e8s en 2008 et 2016, \u00e0 la d\u00e9claration de Dakar sur la science ouverte soutenue par l\u2019Unesco en 2016, en passant par la charte africaine pour les collaborations transformatrices de 2024. Les in\u00e9galit\u00e9s demeurent et, dans de nombreux cas, continuent \u00e0 prendre encore plus d\u2019ampleur. Depuis la p\u00e9riode coloniale, l&rsquo;Afrique a \u00e9t\u00e9 un paysage sur lequel ont \u00e9t\u00e9 projet\u00e9s de vastes r\u00eaves ambitieux de d\u00e9veloppement, scientifiques et bureaucratiques (Geissler &amp; Tousignant, 2020). Les universit\u00e9s africaines ont souvent \u00e9t\u00e9 des lieux centraux pour ces imaginaires : de Jong et Valente-Quinn les qualifient d&rsquo;\u00ab infrastructures de l&rsquo;utopie \u00bb (2018). Leur r\u00e9cit des vestiges en ruine de l&rsquo;\u00ab Universit\u00e9 du futur africain \u00bb au S\u00e9n\u00e9gal, un projet initi\u00e9 par le pr\u00e9sident Abdoulaye Wade en 2000, d\u00e9peint sa construction inachev\u00e9e et ses infrastructures d\u00e9labr\u00e9es comme des \u00ab palimpsestes des futurs africains imagin\u00e9s \u00bb (2018, p. 333). La tension g\u00e9n\u00e9rative qu&rsquo;ils d\u00e9crivent entre \u00ab les temporalit\u00e9s de la ruine et de la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration \u00bb (2018, p. 348) est \u00e9galement visible sous forme num\u00e9rique. Au fur et \u00e0 mesure que les technologies \u00e9voluent et changent, le web acad\u00e9mique africain accr\u00e9dite des palimpsestes de futurs ambitieux en mati\u00e8re de recherche. Une multiplication de portails et de sites web de revues universitaires, qui se chevauchent et diff\u00e8rent les uns des autres, r\u00e9v\u00e8le une histoire faite de lancements et de relances. Le dynamisme \u00e9ditorial est ponctu\u00e9 de longues p\u00e9riodes d\u2019inactivit\u00e9, et les traces num\u00e9riques deviennent l\u2019affaire des archivistes bibliographiques (Zell, 2020 ; 2022). Ce num\u00e9ro sp\u00e9cial de Global Africa est \u00e9labor\u00e9 \u00e0 un moment critique pour le mouvement en faveur du libre acc\u00e8s \u00ab&nbsp;Diamant&nbsp;\u00bb (libre de lire, libre de publier). Pour certains membres de cette &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;communaut\u00e9 strat\u00e9gique, la promesse d\u2019une \u00ab&nbsp;science ouverte&nbsp;\u00bb rendue possible par des infrastructures num\u00e9riques &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;offre un avenir acad\u00e9mique plus \u00e9galitaire. Le premier sommet mondial sur le libre acc\u00e8s \u00ab&nbsp;Diamant&nbsp;\u00bb s\u2019est tenu \u00e0 Toluca en 2023 et a adopt\u00e9 un manifeste dans lequel la science est consid\u00e9r\u00e9e comme un bien public mondial. Pourtant, la valeur commerciale g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par la num\u00e9risation de la communication universitaire et l\u2019essor de l\u2019intelligence artificielle (IA) renforcent les logiques commerciales d\u2019\u00e9dition.&nbsp; Dans ce num\u00e9ro, nous rassemblons six articles et sept auteurs, chacun ayant son propre point de vue sur la meilleure voie \u00e0 suivre. 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