{"id":25700,"date":"2024-09-20T10:37:22","date_gmt":"2024-09-20T10:37:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/from-climate-school-to-gaindesat1-a-physicist-at-the-forefront-of-the-senegalese-space-program\/"},"modified":"2026-04-30T11:32:12","modified_gmt":"2026-04-30T11:32:12","slug":"from-climate-school-to-gaindesat1-a-physicist-at-the-forefront-of-the-senegalese-space-program","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-7\/from-climate-school-to-gaindesat1-a-physicist-at-the-forefront-of-the-senegalese-space-program\/","title":{"rendered":"De l\u2019\u00e9cole du climat \u00e0 Gaindesat-1A : Un physicien \u00e0 l\u2019avant-garde du programme spatial s\u00e9n\u00e9galais"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Contexte\u00a0: <\/strong>Gaindesat-1A, le premier <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Miniaturisation_des_satellites\">nanosatellite<\/a> fabriqu\u00e9 par le S\u00e9n\u00e9gal, a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 le 16\u00a0ao\u00fbt 2024 \u00e0 18h56\u00a0GMT. C\u2019est une fus\u00e9e Falcon-9 de SpaceX qui a transport\u00e9 Gaindesat-1A lors de sa mission Transporter-11, depuis la base de Vandenberg en Californie (\u00c9tats-Unis). Cette prouesse technologique fait entrer le pays dans le groupe restreint des <a href=\"https:\/\/africa-news-agency.com\/spacial-le-senegal-bientot-parmi-les-15-pays-africains-qui-ont-lance-leur-satellite\/\">\u00c9tats africains qui ont lanc\u00e9 leur propre satellite<\/a>. Le S\u00e9n\u00e9gal est m\u00eame le premier pays d\u2019Afrique subsaharienne francophone \u00e0 rejoindre cette <em>Ivy League<\/em>. \u00ab\u00a0Cette avanc\u00e9e marque un pas majeur vers notre souverainet\u00e9 technologique. Je tiens \u00e0 exprimer toute ma fiert\u00e9 et ma reconnaissance \u00e0 tous ceux qui ont rendu ce projet possible\u00a0\u00bb, a tweet\u00e9 le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Bassirou Diomaye Faye.<\/p>\n\n\n\n<p>Professeur Amadou Thierno Gaye, physicien et ancien directeur g\u00e9n\u00e9ral de la recherche et de l\u2019innovation du S\u00e9n\u00e9gal, est l\u2019initiateur du programme spatial s\u00e9n\u00e9galais qui a abouti au projet satellitaire SenSAT. Dans cet entretien qu\u2019il nous a accord\u00e9, nous revenons sur son parcours scientifique, ses responsabilit\u00e9s institutionnelles et sur les origines du programme spatial s\u00e9n\u00e9galais. <strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mame-Penda Ba&nbsp;: <\/strong>Professeur Gaye, merci d\u2019avoir accept\u00e9 d\u2019\u00eatre interview\u00e9 pour ce dossier th\u00e9matique \u00ab&nbsp;Publier la recherche africaine&nbsp;\u00bb de la revue <em>Global Africa<\/em>. Nous pourrions commencer par \u00e9voquer votre parcours scientifique. Votre domaine d\u2019expertise englobe la physique de l\u2019atmosph\u00e8re, les sciences du climat, les changements climatiques, les \u00e9valuations d\u2019impacts du climat, la qualit\u00e9 de l\u2019air, l\u2019hydrologie, l\u2019observation de la Terre, entre autres. Pourriez-vous revenir sur votre parcours en tant que physicien et nous expliquer pourquoi les questions sur lesquelles vous travaillez sont aussi importantes, y compris pour un lectorat de sciences sociales&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a><strong>Amadou Thierno Gaye&nbsp;:<\/strong> Je suis physicien. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 form\u00e9 \u00e0 faire de la physique, \u00e0 utiliser les math\u00e9matiques pour traiter et r\u00e9soudre des probl\u00e8mes de physique. j\u2019ai pourtant rapidement emprunt\u00e9 un autre chemin en poursuivant un dipl\u00f4me d&rsquo;\u00e9tudes approfondies (DEA) en sciences de l\u2019ing\u00e9nieur (ce qui correspond \u00e0 un master aujourd\u2019hui), ce qui a \u00e9largi mes perspectives en appliquant les \u00e9quations de la physique et les outils math\u00e9matiques pour r\u00e9soudre des probl\u00e8mes concrets dans diff\u00e9rents domaines comme la m\u00e9canique des fluides, l\u2019\u00e9nergie, la thermodynamique, l\u2019environnement, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cadre de mon doctorat, je me suis orient\u00e9 vers la recherche en sciences physiques du climat. J\u2019ai cherch\u00e9 \u00e0 comprendre ce qui se passe au niveau du climat de notre plan\u00e8te, en particulier le climat ouest-africain, avec un focus initial sur l\u2019atmosph\u00e8re. Mais rapidement, j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 la complexit\u00e9 de ces questions, ce qui m\u2019a pouss\u00e9 \u00e0 \u00e9largir mon champ d\u2019\u00e9tudes \u00e0 diff\u00e9rentes composantes du syst\u00e8me climatique telles que la biosph\u00e8re, en regardant toujours l\u2019interaction de l\u2019atmosph\u00e8re avec celle-ci, l\u2019oc\u00e9an, mais aussi l\u2019eau de surface et diff\u00e9rentes \u00e9chelles de temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus r\u00e9cemment, je me suis int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 l\u2019impact du climat sur divers secteurs de d\u00e9veloppement, tels que l\u2019agriculture, les ressources en eau, la sant\u00e9, mais aussi les \u00e9tablissements humains. Ce cheminement a \u00e9t\u00e9 \u00e0 la fois scientifique et philosophique. Au d\u00e9part, comme beaucoup d\u2019\u00e9tudiants, je me suis lanc\u00e9 dans la physique du climat principalement pour des objectifs de carri\u00e8re, mais avec le temps, j\u2019ai compris l\u2019importance de mon travail dans la vie de tous les jours. En tant que S\u00e9n\u00e9galais n\u00e9 au Sahel et ayant grandi un peu partout au S\u00e9n\u00e9gal, j\u2019ai personnellement \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin des r\u00e9alit\u00e9s climatiques de la r\u00e9gion. Durant mon adolescence, je vivais en ville, mais je passais r\u00e9guli\u00e8rement du temps \u00e0 la campagne. Ma g\u00e9n\u00e9ration a v\u00e9cu de pr\u00e8s les bouleversements climatiques, notamment la forte variabilit\u00e9 des pr\u00e9cipitations au Sahel, marqu\u00e9e par une tr\u00e8s longue s\u00e9cheresse. \u00c0&nbsp;l\u2019\u00e9poque, nous n\u2019avions pas conscience de sa dur\u00e9e, nous la vivions simplement au quotidien, en constatant la d\u00e9t\u00e9rioration progressive des r\u00e9coltes et l\u2019impact croissant sur la vie des gens. La longue s\u00e9cheresse a appauvri nos parents des villages. Trente ans de s\u00e9cheresse, sans comprendre les causes de ces bouleversements et sans r\u00e9ponses ad\u00e9quates sur les plans \u00e9conomiques ou sociaux ont durement affect\u00e9 nos pays. Cela a largement contribu\u00e9 \u00e0 la pauvret\u00e9 de nos r\u00e9gions et des populations.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque j\u2019ai compris l\u2019ampleur de ces enjeux, ma passion pour ce domaine s\u2019est renforc\u00e9e. J\u2019ai eu la chance d\u2019int\u00e9grer le laboratoire de Physique de l\u2019Atmosph\u00e8re et de l\u2019Oc\u00e9an (LPAO-SF), un centre de recherche fond\u00e9 par Sim\u00e9on Fongang, un \u00e9minent professeur d\u2019origine camerounaise, dont le laboratoire porte d\u2019ailleurs le nom, mais qui a malheureusement disparu trop t\u00f4t en 2000, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 60&nbsp;ans. Assez jeune, j\u2019ai d\u00fb reprendre ce laboratoire et construire ce que j\u2019appelle presque une \u00ab&nbsp;\u00e9cole du climat en Afrique&nbsp;\u00bb, avec ses sp\u00e9cificit\u00e9s en comparaison des grands laboratoires de climat des grandes universit\u00e9s du Nord. Je n\u2019ai plus jamais vraiment quitt\u00e9 ce laboratoire, hormis pour quelques excursions administratives, notamment au minist\u00e8re, tout en restant actif dans la recherche. J\u2019ai pris la succession de professeur Fongang, avec une double mission&nbsp;: p\u00e9renniser ce laboratoire qui formait des \u00e9tudiants de toute la sous-r\u00e9gion, et acc\u00e9l\u00e9rer son d\u00e9veloppement pour r\u00e9pondre aux besoins de formation des jeunes scientifiques africains dans les domaines de l\u2019atmosph\u00e8re, du climat, et de l\u2019oc\u00e9anographie. Notre objectif a toujours \u00e9t\u00e9 de mener des recherches et de produire des travaux de rang international, publi\u00e9s dans les m\u00eames revues internationales lues par les chercheurs du monde entier.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 soutenu par des coll\u00e8gues d\u2019ici et des professeurs de la m\u00eame g\u00e9n\u00e9ration que le fondateur de notre laboratoire et qui m\u2019ont beaucoup aid\u00e9 \u00e0 lancer cette \u00e9cole de recherche sur l\u2019atmosph\u00e8re et le climat. Mon ambition et notre objectif \u00e9taient de donner la possibilit\u00e9 \u00e0 de nombreux jeunes S\u00e9n\u00e9galais, et Africains, de se lancer dans ce domaine, pour pouvoir disposer des ressources humaines dont nous avions tant besoin. Il est vrai que ce besoin est ressenti dans tous les secteurs de la recherche, mais dans le domaine du climat, le d\u00e9ficit \u00e9tait flagrant. \u00c0&nbsp;l\u2019\u00e9poque, nous avions au S\u00e9n\u00e9gal des m\u00e9t\u00e9orologues, des gens capables de faire des pr\u00e9visions \u00e0 court terme sur la pluie, mais pas de chercheurs capables de se poser des questions fondamentales&nbsp;: pourquoi il ne pleut plus&nbsp;? Quelles sont les causes des s\u00e9cheresses persistantes&nbsp;? Comment mieux pr\u00e9voir les pr\u00e9cipitations&nbsp;? Quelle est la dynamique de l\u2019oc\u00e9an proche&nbsp;? etc.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ce constat qui m\u2019a pouss\u00e9 \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer le d\u00e9veloppement des ressources humaines avec l\u2019aide de coll\u00e8gues s\u00e9n\u00e9galais mais aussi venant d\u2019un peu partout, de &nbsp;France, des \u00c9tats-Unis, d\u2019Europe pour offrir la meilleure formation possible aux jeunes chercheurs africains. Beaucoup d\u2019entre eux sont aujourd\u2019hui enseignants dans nos universit\u00e9s, ou travaillent dans de grands centres de recherche \u00e0 travers le monde. L\u2019objectif est qu\u2019ils continuent \u00e0 s\u2019attaquer \u00e0 ces questions, o\u00f9 qu\u2019ils soient, car les d\u00e9fis climatiques n\u2019ont pas fini de nous interpeller, surtout dans un&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;contexte de changement climatique. Maintenant que le monde entier prend conscience des impacts de l\u2019action de l\u2019homme sur le climat, en particulier notre continent qui est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s vuln\u00e9rable aux variabilit\u00e9s climatiques et va l\u2019\u00eatre encore davantage, nous avons encore besoin de travailler \u00e0 approfondir notre compr\u00e9hension de ces ph\u00e9nom\u00e8nes et d\u2019\u00e9valuer leurs impacts.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mame-Penda Ba&nbsp;:<\/strong> Effectivement, au S\u00e9n\u00e9gal et probablement dans toute la sous-r\u00e9gion, le LPAO-SF est l\u2019un des laboratoires les plus reconnus. Vous l\u2019avez dirig\u00e9 pendant plus d\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es. Pourriez-vous nous expliquer l\u2019impact de la recherche produite mais aussi votre exp\u00e9rience de la gestion d\u2019un laboratoire de recherche&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Amadou Thierno Gaye\u00a0:<\/strong> Beaucoup de facteurs ont jou\u00e9\u00a0: la chance, \u00e9norm\u00e9ment d\u2019\u00e9nergie et de travail. Quand Sim\u00e9on a disparu, nous avons tous, y compris moi, pens\u00e9 qu\u2019il serait tr\u00e8s difficile de maintenir ce laboratoire. Mais j\u2019ai compris qu\u2019il faudrait une volont\u00e9 in\u00e9branlable car il \u00e9tait indispensable de d\u00e9velopper les sciences du climat. Encore aujourd\u2019hui, il existe tr\u00e8s peu d\u2019\u00e9quipes de recherche qui travaillent sur ces questions. Je tiens \u00e0 rappeler que je n\u2019\u00e9tais alors que ma\u00eetre assistant et que je pr\u00e9parais encore ma th\u00e8se d\u2019\u00c9tat. Je n\u2019\u00e9tais donc m\u00eame pas habilit\u00e9 \u00e0 diriger des recherches. Mais j\u2019ai eu la chance de pouvoir compter sur le soutien de quatre personnes\u00a0: trois professeurs fran\u00e7ais, Pierre de F\u00e9lice, Alain Viltard et Henri Sauvageot, et Dr Jean Citeau, directeur de recherche de l\u2019Institut de recherche pour le d\u00e9veloppement (IRD), alors \u00e0 la retraite mais qui \u00e9tait encore \u00e0 Dakar. Les deux premiers \u00e9taient mes directeurs de th\u00e8se d\u2019\u00c9tat au laboratoire de m\u00e9t\u00e9orologie dynamique de l\u2019\u00e9cole polytechnique de Palaiseau. Le troisi\u00e8me \u00e9tait un grand physicien de l\u2019Observatoire Midi-Pyr\u00e9n\u00e9e bas\u00e9 \u00e0 Toulouse, sp\u00e9cialiste des radars. Ces mentors ont jou\u00e9 un r\u00f4le crucial dans ma carri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant les premi\u00e8res ann\u00e9es, ces professeurs nous ont aid\u00e9s pour les cours. Ils \u00e9taient r\u00e9guli\u00e8rement l\u00e0 pour enseigner, et mes coll\u00e8gues s\u00e9n\u00e9galais et moi en tant que ma\u00eetre assistant, nous nous occupions des travaux dirig\u00e9s et des travaux pratiques. Cela a dur\u00e9 deux ou trois ans, le temps que je termine ma th\u00e8se d\u2019\u00c9tat. D\u2019autres coll\u00e8gues au laboratoire se formaient \u00e9galement et partaient comme moi en s\u00e9jours r\u00e9guliers \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, principalement en France, pour revenir ensuite faire leurs enseignements. Cela m\u2019a permis de prendre du recul et de r\u00e9fl\u00e9chir sur l\u2019organisation des laboratoires que je fr\u00e9quentais, en observant ce qui s\u2019y faisait de mieux. Ces s\u00e9jours m\u2019ont \u00e9galement permis de nouer des collaborations et de rechercher des financements. Ce qui \u00e9tait fondamental pour moi, c\u2019\u00e9tait de ne pas simplement copier les mod\u00e8les des laboratoires du Nord mais de cr\u00e9er chez nous l\u2019environnement d\u2019un laboratoire de recherche adapt\u00e9 \u00e0 nos moyens et \u00e0 nos objectifs. Nous voulions avancer \u00e0 notre propre rythme et selon nos propres besoins. C\u2019est pourquoi, parfois, les collaborations avec des chercheurs du Nord ne fonctionnaient pas toujours. Il faut dire que certains partenaires viennent avec des pr\u00e9jug\u00e9s, en pensant qu\u2019ils peuvent traiter les chercheurs du Sud comme des ouvriers de recherche. Nous avons toujours refus\u00e9 cela. Nous avons cherch\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper un mod\u00e8le qui nous soit propre, avec l\u2019objectif de renforcer la recherche au S\u00e9n\u00e9gal, tout en restant totalement ouverts au partenariat, au soutien et \u00e0 la collaboration internationale. Heureusement, nous avons aussi rencontr\u00e9 des chercheurs de qualit\u00e9, notamment en France, aux \u00c9tats-Unis, en Angleterre, en Italie et en Espagne, qui nous ont apport\u00e9 un soutien pr\u00e9cieux et d\u00e9terminant.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui gr\u00e2ce \u00e0 cet effort collectif, nous avons pu former de jeunes chercheurs qui publient dans des revues de r\u00e9f\u00e9rence et qui sont invit\u00e9s dans des conf\u00e9rences internationales. Mais rien n\u2019est acquis. Tout cela repose sur un \u00e9quilibre fragile et non institutionnalis\u00e9. Le maintien de cette dynamique d\u00e9pend largement des efforts individuels et des partenariats que nous avons su nouer.<\/p>\n\n\n\n<p>Nos \u00e9tudiants se d\u00e9placent beaucoup et sont souvent accueillis dans les laboratoires du Nord dans le cadre de th\u00e8ses en cotutelle. Mais je me souviens de tr\u00e8s peu d\u2019\u00e9tudiants qui ont choisi de rester dans ces pays, y compris quand ils vont au Canada, aux \u00c9tats-Unis, ou en France. Ces chercheurs, une fois rentr\u00e9s, apportent une contribution pr\u00e9cieuse. Je pense qu\u2019il est essentiel de former des chercheurs comp\u00e9tents et ouverts sur ce qui se fait de mieux m\u00eame dans des conditions tr\u00e8s diff\u00e9rentes de celles du Nord, et qui sachent appliquer leurs comp\u00e9tences \u00e0 des contextes bien sp\u00e9cifiques. Nos \u00e9tudiants n\u2019apprennent pas seulement des disciplines scientifiques comme la physique, la chimie, l\u2019informatique ou le calcul scientifique. Ils apprennent d\u2019autres choses, ils apprennent le savoir-faire, ils apprennent \u00e0 comprendre l\u2019impact de leurs travaux sur leur environnement imm\u00e9diat. Ici, nous les encourageons \u00e0 participer \u00e0 des r\u00e9unions, \u00e0 collaborer avec les minist\u00e8res, les agences environnementales ou m\u00e9t\u00e9orologiques, et cela les bonifie. Ils comprennent ainsi l\u2019importance de leur travail pour leur pays et transmettent leurs connaissances \u00e0 travers les enseignements en tant que vacataires et contribuent ainsi \u00e0 am\u00e9liorer les taux d\u2019encadrement dans nos universit\u00e9s. Ils ont une influence sur la qualit\u00e9 de l\u2019enseignement et sur la qualit\u00e9 des services op\u00e9rationnels des minist\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pense d\u2019ailleurs que la qualit\u00e9 de certains services publics comme l\u2019Agence nationale de l\u2019aviation civile et de la m\u00e9t\u00e9orologie (ANACIM), qui est l\u2019une des meilleures agences m\u00e9t\u00e9orologiques en Afrique de l\u2019Ouest, est en partie due \u00e0 la pr\u00e9sence d\u2019un laboratoire comme le n\u00f4tre \u00e0 l\u2019universit\u00e9. Sans la recherche dans les universit\u00e9s, vous ne trouverez pas de services op\u00e9rationnels qui fonctionnent. Le leadership international des personnes qui dirigent ces structures est aussi influenc\u00e9 par leur capacit\u00e9 \u00e0 mener des \u00e9tudes localement. Depuis 1998, notre laboratoire produit des \u00e9tudes importantes pour le Comit\u00e9 national sur le changement climatique du S\u00e9n\u00e9gal (COMNACC), utilis\u00e9es dans des rapports nationaux \u00e0 la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), alors que d\u2019autres pays doivent souvent faire appel \u00e0 des experts \u00e9trangers.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 un exemple concret de l\u2019impact de la recherche sur le d\u00e9veloppement et les politiques publiques dans notre r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mame-Penda Ba&nbsp;:<\/strong> Vous avez parl\u00e9 du changement climatique, qui est une probl\u00e9matique centrale. Mais je voudrais la mettre en relation avec la question de la pluridisciplinarit\u00e9 et de l\u2019interdisciplinarit\u00e9. Vous \u00eates physicien, mais tr\u00e8s t\u00f4t dans votre parcours vous avez fait un d\u00e9tour du c\u00f4t\u00e9 des sciences de l\u2019ing\u00e9nieur. Ensuite, l\u2019informatique a naturellement suscit\u00e9 votre int\u00e9r\u00eat, tout comme les sciences environnementales. Il y a aussi une dimension suppl\u00e9mentaire&nbsp;: c\u2019est votre sensibilit\u00e9 aux conditions de vie, votre ancrage au territoire et aux r\u00e9alit\u00e9s socio-\u00e9conomiques. On pourrait presque qualifier cela de regard anthropologique. Pourquoi, selon vous, est-il important pour un chercheur de ne pas \u00eatre cloisonn\u00e9 dans une discipline unique, mais de s\u2019ouvrir \u00e0 la pluridisciplinarit\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Amadou Thierno Gaye&nbsp;:<\/strong> C\u2019est presque vital. On observe des situations et on se dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Comment puis-je y apporter une solution&nbsp;?&nbsp;\u00bb M\u00eame si on n\u2019a pas les moyens financiers pour y r\u00e9pondre directement, on ressent l\u2019importance des connaissances que l\u2019on acquiert et des recherches que l\u2019on m\u00e8ne dans le devenir de notre territoire. Cela devient une motivation intrins\u00e8que. On avance sans attendre de r\u00e9compense, sans aucun autre carburant que l\u2019\u00e9nergie in\u00e9puisable que l\u2019on tire de la certitude que ce que l\u2019on fait, on le fait pour soi, pour ses proches, pour son pays.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019autre \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 est l\u2019exp\u00e9rience. Bien s\u00fbr, je ne conseillerais pas \u00e0 un jeune chercheur de se lancer imm\u00e9diatement dans cette d\u00e9marche sans avoir acquis certaines bases solides. Il faut commencer quelque part. Un chercheur peut partir de la physique, un autre de l\u2019anthropologie ou encore de la m\u00e9decine, et chacun d\u00e9veloppe son expertise. Mais \u00e0 un moment donn\u00e9, en particulier dans nos pays o\u00f9 les d\u00e9fis sont complexes, il devient essentiel de lier les disciplines.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenons l\u2019exemple du changement climatique qui illustre bien cette complexit\u00e9. Il affecte tous les secteurs. D\u2019abord la sant\u00e9, avec des vagues de chaleur et des maladies comme le paludisme ou la dengue. Ainsi, tous les pays se demandent quelle sera la prochaine grande menace sanitaire. Les m\u00e9decins ne peuvent \u00e0 eux seuls comprendre les changements \u00e9cologiques ou climatiques, car ces ph\u00e9nom\u00e8nes sont complexes. Ce n\u2019est pas juste une question de temp\u00e9rature ou de pr\u00e9cipitations qui augmentent ou baissent. Les dynamiques sont bien plus compliqu\u00e9es. Le changement climatique pose des d\u00e9fis \u00e9normes \u00e0 l\u2019agriculture, surtout celle pluviale, o\u00f9 une seule mauvaise pluie peut ruiner une r\u00e9colte enti\u00e8re. Face \u00e0 cela, il ne suffit pas de dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous allons travailler sur des pr\u00e9visions m\u00e9t\u00e9orologiques ou climatiques.&nbsp;\u00bb Bien s\u00fbr, ces informations sont pr\u00e9cieuses, mais il y a trop d\u2019incertitudes dans les mod\u00e8les de climat et trop peu de donn\u00e9es fiables dans nos r\u00e9gions. Nous devons tout de m\u00eame fournir des informations utiles, que ce soit pour la prise de d\u00e9cision ou par exemple pour aider les services agricoles \u00e0 conseiller les paysans et \u00e0 \u00e9laborer des politiques adapt\u00e9es. Cependant, on ne peut pr\u00e9senter ces pr\u00e9visions comme des certitudes absolues. C\u2019est l\u00e0 que la pluridisciplinarit\u00e9 devient essentielle. Nous avons besoin de comprendre la soci\u00e9t\u00e9, de savoir pourquoi les pratiques agricoles h\u00e9rit\u00e9es des anc\u00eatres ne sont plus forc\u00e9ment optimales face aux changements climatiques. Peut-\u00eatre que ces connaissances ont \u00e9t\u00e9 perdues, ou peut-\u00eatre que les conditions ont tellement \u00e9volu\u00e9 qu\u2019elles ne sont plus adapt\u00e9es. Il faut donc cr\u00e9er des outils pour transf\u00e9rer de mani\u00e8re efficace les connaissances scientifiques d\u2019aujourd\u2019hui vers les utilisateurs. Ensuite, le changement climatique touche aussi l\u2019\u00e9conomie, car les n\u00e9gociations internationales visent \u00e0 orienter les trajectoires \u00e9conomiques vers la d\u00e9carbonation. D\u2019ici 2050, la plupart des \u00e9conomies majeures, y compris la Chine, fonctionneront principalement avec des \u00e9nergies sobres en carbone. Cela repr\u00e9sente un enjeu consid\u00e9rable pour nos \u00e9conomies. C\u2019est une probl\u00e9matique complexe qui ne peut \u00eatre r\u00e9solue en se limitant \u00e0 des sp\u00e9cialistes de l\u2019\u00e9nergie ou des d\u00e9cideurs politiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 pourquoi l\u2019interdisciplinarit\u00e9 est devenue incontournable. Sans elle, nous ne pourrons pas faire les progr\u00e8s n\u00e9cessaires et efficaces. Il ne s\u2019agit pas simplement de trouver des solutions d\u00e9j\u00e0 pr\u00eates&nbsp;; il faut apprendre \u00e0 les construire ensemble. Et c\u2019est le bon moment pour cela. Partout, on commence \u00e0 consid\u00e9rer cette d\u00e9marche collaborative. Bien s\u00fbr, aujourd\u2019hui notre approche a \u00e9volu\u00e9, on ne se demande plus seulement&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qu\u2019est-ce qu\u2019on produit pour l\u2019utilisateur&nbsp;?&nbsp;\u00bb Nous avons r\u00e9alis\u00e9 que cette m\u00e9thode ne fonctionne pas. Maintenant, l\u2019objectif est de travailler avec les diff\u00e9rents acteurs. On parle souvent de \u00ab&nbsp;coproduction&nbsp;\u00bb. Dans le cas des politiques publiques, il s\u2019agit de les \u00e9laborer en collaboration avec les scientifiques et, bien s\u00fbr, avec les b\u00e9n\u00e9ficiaires de ces politiques. Le d\u00e9fi du changement climatique est un excellent exemple pour appliquer ce processus. Encore une fois, nous sommes \u00e0 un moment critique, car ce ph\u00e9nom\u00e8ne fa\u00e7onne d\u00e9j\u00e0 l\u2019\u00e9conomie mondiale.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mame-Penda Ba&nbsp;: <\/strong>J\u2019aimerais maintenant aborder un moment cl\u00e9 de votre parcours, quand en 2016, vous avez \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 directeur g\u00e9n\u00e9ral de la recherche et de l\u2019innovation (DGRI) au S\u00e9n\u00e9gal. \u00c0&nbsp;partir de cette position, votre exp\u00e9rience et vos ambitions pour la recherche s\u00e9n\u00e9galaise et africaine ont vraiment eu l\u2019occasion de se concr\u00e9tiser. Pouvez-vous nous expliquer comment vous avez utilis\u00e9 ce levier pour initier et engager la discussion autour du programme satellitaire s\u00e9n\u00e9galais&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Amadou Thierno Gaye&nbsp;: <\/strong>Le programme satellitaire a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des axes majeurs pour le d\u00e9veloppement au S\u00e9n\u00e9gal de la science et surtout de la technologie, orient\u00e9 vers l\u2019innovation. Mais avant d\u2019y arriver, permettez-moi de revenir un peu en arri\u00e8re. J\u2019\u00e9tais directeur de l\u2019\u00c9cole sup\u00e9rieure polytechnique (ESP) quand on m\u2019a nomm\u00e9 directeur g\u00e9n\u00e9ral de la recherche. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 des projets de transformation de la recherche. J\u2019avais constat\u00e9 qu\u2019il y avait peu d\u2019\u00e9coles d\u2019ing\u00e9nieurs au S\u00e9n\u00e9gal. \u00c0&nbsp;cette p\u00e9riode, on parlait beaucoup du Plan S\u00e9n\u00e9gal \u00e9mergent (PSE) et de la n\u00e9cessit\u00e9 de transformer l\u2019\u00e9conomie et d\u2019industrialiser le pays. Mais je ne voyais pas comment cela pouvait se faire sans d\u00e9velopper les ressources humaines. En analysant des exemples comme celui de l\u2019Inde, on constate qu\u2019elle s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e tr\u00e8s rapidement en misant sur le d\u00e9veloppement de la formation de ses ing\u00e9nieurs et scientifiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Le S\u00e9n\u00e9gal venait juste de terminer sa <a href=\"https:\/\/mesr.gouv.sn\/objectifs-strategiques\/\">concertation nationale sur l\u2019enseignement sup\u00e9rieur<\/a> (2014) et avait d\u00e9cid\u00e9 de mettre l\u2019accent sur les STEM (sciences, technologies, ing\u00e9nierie et math\u00e9matiques). Quand le Pr.&nbsp;Mary Teuw Niane, alors ministre de l\u2019Enseignement sup\u00e9rieur de la Recherche et de l\u2019Innovation (ESRI), m\u2019a propos\u00e9 de rejoindre la DGRI, j\u2019ai ressenti une certaine appr\u00e9hension. J\u2019avais amorc\u00e9 \u00e0 l\u2019ESP des initiatives pour acc\u00e9l\u00e9rer le d\u00e9veloppement des comp\u00e9tences, notamment en encourageant l\u2019entrepreneuriat. Mon ambition \u00e9tait que les ing\u00e9nieurs form\u00e9s ne se contentent pas de travailler dans nos grandes entreprises comme Sonatel, mais qu\u2019ils deviennent eux-m\u00eames des entrepreneurs. Nous avions m\u00eame commenc\u00e9 \u00e0 organiser des concours d\u2019entrepreneuriat pour les jeunes, avec des r\u00e9sultats prometteurs. L\u2019id\u00e9e \u00e9tait de montrer aux \u00e9tudiants qu\u2019ils pouvaient entreprendre et ne pas se limiter \u00e0 occuper des bureaux dans de grandes entreprises o\u00f9 il n\u2019y avait que peu de recherche et d\u00e9veloppement (R&amp;D). En effet, dans la plupart des grandes entreprises au S\u00e9n\u00e9gal, les processus sont souvent import\u00e9s, sans r\u00e9elle innovation locale. Mon objectif \u00e9tait de former des ing\u00e9nieurs et scientifiques capables de contribuer \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019industries locales, comme l\u2019a fait l\u2019Inde en reprenant des technologies tomb\u00e9es dans le domaine public.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019on m\u2019a propos\u00e9 le poste de directeur g\u00e9n\u00e9ral, j\u2019ai donc eu quelques h\u00e9sitations, mais j\u2019y ai vu une opportunit\u00e9 de passer \u00e0 une autre \u00e9chelle et d\u2019\u00e9largir cette vision au niveau national. Bien que plusieurs projets, tels que ceux de la Cit\u00e9 du savoir, le supercalculateur et d\u2019autres \u00e9quipements scientifiques aient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 initi\u00e9s avant mon arriv\u00e9e, mon r\u00f4le a \u00e9t\u00e9 de les porter, de rassembler les diff\u00e9rentes communaut\u00e9s acad\u00e9miques et de recherche autour de ces initiatives.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis, nous avons commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la mani\u00e8re dont le S\u00e9n\u00e9gal pourrait capitaliser l\u2019usage des donn\u00e9es satellites, tr\u00e8s abondantes au niveau mondial. Nous voulions d\u00e9velopper une culture de l\u2019utilisation des donn\u00e9es satellitaires, faciliter l\u2019acc\u00e8s \u00e0 ces donn\u00e9es et former des \u00e9tudiants \u00e0 la g\u00e9omatique, un domaine encore peu d\u00e9velopp\u00e9 dans nos universit\u00e9s. Ce projet m\u2019a fortement enthousiasm\u00e9. Nous avons commenc\u00e9 \u00e0 travailler sur une strat\u00e9gie nationale spatiale, avec pour objectif de cr\u00e9er un \u00e9cosyst\u00e8me de l\u2019innovation technologique au S\u00e9n\u00e9gal en partant du d\u00e9veloppement des technologies spatiales. Je voyais le secteur spatial non pas seulement comme un projet de d\u00e9veloppement de technologies, mais un levier pour stimuler l\u2019innovation et l\u2019industrie dans le pays. Ce projet, en int\u00e9grant des sciences et technologies de pointe comme l\u2019intelligence artificielle, les objets connect\u00e9s, les syst\u00e8mes embarqu\u00e9s et les syst\u00e8mes de t\u00e9l\u00e9communication, des connaissances scientifiques telles que les sciences atmosph\u00e9riques, la t\u00e9l\u00e9d\u00e9tection, les sciences des donn\u00e9es, pouvait avoir un impact significatif sur l\u2019\u00e9conomie s\u00e9n\u00e9galaise.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre vision \u00e9tait claire et tournait autour de trois axes&nbsp;: 1)&nbsp;d\u00e9velopper un \u00e9cosyst\u00e8me spatial capable d\u2019entra\u00eener tout un \u00e9cosyst\u00e8me d\u2019innovation et d\u2019industrialisation&nbsp;; 2)&nbsp;accentuer la formation d\u2019une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d\u2019ing\u00e9nieurs sp\u00e9cialis\u00e9s dans les technologies spatiales ainsi que des formateurs&nbsp;; et 3)&nbsp;mettre en place les infrastructures spatiales ainsi que des structures de gouvernance comme une agence spatiale \u00e0 terme.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans ce cadre que j\u2019ai eu \u00e0 discuter avec un ing\u00e9nieur fran\u00e7ais d\u2019Airbus, avec qui j\u2019avais collabor\u00e9 sur un projet de d\u00e9veloppement d\u2019un fablab \u00e0 l\u2019ESP. Il m\u2019a mis en contact avec Ariane Group, qui travaillait sur des projets de fabrication et d\u2019int\u00e9gration de nanosatellites. Avec Ariane Group, nous avons d\u2019abord envisag\u00e9 la cr\u00e9ation au S\u00e9n\u00e9gal d\u2019un centre de fabrication de nanosatellites, \u00e9quip\u00e9 de technologies avanc\u00e9es permettant de r\u00e9aliser des tests avant lancement. Cela nous a conduits \u00e0 la signature d\u2019accords entre le minist\u00e8re et plusieurs acteurs, dont le CNES (Centre national d\u2019\u00e9tudes spatiales fran\u00e7ais) et Ariane Group. Par la suite, \u00e0 partir de juillet 2019, nous avons revu nos objectifs et Ariane Group a bien voulu nous mettre en contact avec le <a href=\"https:\/\/csum.umontpellier.fr\/\">Centre spatial universitaire de Montpellier<\/a> (CSUM), compos\u00e9 d\u2019universitaires avec qui nous \u00e9tions plus \u00e0 l\u2019aise pour collaborer, ainsi nous avons \u00e9chang\u00e9 sur un accord de coop\u00e9ration en 2020, avec l\u2019objectif de lancer le premier nanosatellite s\u00e9n\u00e9galais en 2022. C\u2019est le lieu de remercier vivement Dr Laurent Dusseau, Directeur du CSUM, pour son professionnalisme et sa collaboration franche \u00e0 l\u2019entame du projet. Il me semble qu\u2019il en a \u00e9t\u00e9 de m\u00eame tout le long du d\u00e9roulement du projet.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet accord global visait \u00e0 d\u00e9velopper des comp\u00e9tences dans trois axes&nbsp;: la formation d\u2019ing\u00e9nieurs et de techniciens, la formation de formateurs, et enfin, le lancement d\u2019un microsatellite \u00e0 titre de d\u00e9monstration. En ma qualit\u00e9 de DGRI, j\u2019ai n\u00e9goci\u00e9 cet accord avec Montpellier, et mis en place un comit\u00e9 technique compos\u00e9 d\u2019enseignants-chercheurs des trois \u00e9coles d\u2019ing\u00e9nieurs du S\u00e9n\u00e9gal (ESP de Dakar, EPT de Thi\u00e8s et IPSL de Saint-Louis). N\u2019ayant pas d\u2019expertise sur les questions spatiales au sein de la DGRI, j\u2019ai fait appel \u00e0 Dr <a href=\"https:\/\/annuairechercheurs.ucad.sn\/gayane.faye\">Gayane Faye<\/a>, que je connaissais bien (j\u2019ai \u00e9t\u00e9 son pr\u00e9sident de jury de th\u00e8se). Il avait travaill\u00e9 sur le traitement des donn\u00e9es d\u2019un radar embarqu\u00e9 sur satellite pour d\u00e9tecter les ressources en eau de surface pour sa th\u00e8se. Il est aujourd\u2019hui le coordinateur du projet, mais pendant longtemps il est venu b\u00e9n\u00e9volement m\u2019accompagner tout au long du processus. Le comit\u00e9 technique a s\u00e9lectionn\u00e9 les ing\u00e9nieurs et techniciens du programme. Cette s\u00e9lection s\u2019est faite apr\u00e8s mon d\u00e9part de la DGRI, mais l\u2019\u00e9quipe technique autour du coordonnateur est rest\u00e9e la m\u00eame, ce qui est rare au S\u00e9n\u00e9gal et m\u00e9rite d\u2019\u00eatre soulign\u00e9, car la continuit\u00e9 de l\u2019\u00e9quipe a permis de maintenir la coh\u00e9rence du travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Les ing\u00e9nieurs ont compl\u00e9t\u00e9 leur formation en France en s\u2019ouvrant aux technologies spatiales, m\u00eame s\u2019ils avaient d\u00e9j\u00e0 des comp\u00e9tences solides. Leur projet de fin d\u2019\u00e9tudes commun a abouti \u00e0 la fabrication du premier nanosatellite s\u00e9n\u00e9galais. Chaque membre de l\u2019\u00e9quipe avait un r\u00f4le pr\u00e9cis&nbsp;et essentiel : chef de projet, responsable de l\u2019assemblage, etc. Les dix ing\u00e9nieurs form\u00e9s, ainsi que les techniciens, sont aujourd\u2019hui capables de travailler dans n\u2019importe quel projet spatial dans le monde. Concernant la formation des formateurs, des coll\u00e8gues devaient r\u00e9guli\u00e8rement partir se former \u00e0 Montpellier, afin de pouvoir, \u00e0 terme, offrir ces m\u00eames formations dans les \u00e9coles d\u2019ing\u00e9nieurs du S\u00e9n\u00e9gal. Je pense que cette partie n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 faite. La troisi\u00e8me partie du projet concerne le d\u00e9veloppement d\u2019une fili\u00e8re locale. Une station au sol a \u00e9t\u00e9 mise en place pour r\u00e9cup\u00e9rer les donn\u00e9es du satellite, et des \u00e9quipes form\u00e9es sont pr\u00eates \u00e0 les exploiter. Cependant, il est essentiel de former \u00e9galement des communaut\u00e9s capables de traiter ces donn\u00e9es, en particulier les enseignants et \u00e9tudiants des fili\u00e8res concern\u00e9es dans nos universit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien qu\u2019un nanosatellite ne puisse pas r\u00e9soudre \u00e0 lui seul tous les d\u00e9fis du S\u00e9n\u00e9gal, il constitue une \u00e9tape importante dans le d\u00e9veloppement d\u2019un \u00e9cosyst\u00e8me. Il est n\u00e9cessaire de former davantage de personnes et de cr\u00e9er des formations, sans toujours d\u00e9pendre de Montpellier.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 plus ou moins long terme, le S\u00e9n\u00e9gal devra envisager le d\u00e9veloppement de satellites plus grands, notamment pour des applications cruciales dans les t\u00e9l\u00e9communications, l\u2019observation de la Terre, l\u2019agriculture, l\u2019\u00e9levage et la gestion de l\u2019environnement, de la d\u00e9fense. Cela n\u00e9cessitera des chercheurs, des ing\u00e9nieurs et des programmes de master d\u00e9di\u00e9s. Je ne suis pas favorable \u00e0 l\u2019achat de technologies cl\u00e9s sans avoir d\u00e9velopp\u00e9\u00a0les comp\u00e9tences.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mame-Penda Ba&nbsp;:<\/strong> D\u2019o\u00f9 provenait le financement de ce projet&nbsp;? Pourquoi est-il crucial que l\u2019\u00c9tat continue \u00e0 financer ce type d\u2019initiative, en investissant de mani\u00e8re significative et sur le long terme&nbsp;? &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><br><strong>Amadou Thierno Gaye&nbsp;:<\/strong> Pour ce projet, tout l\u2019investissement provenait du gouvernement du S\u00e9n\u00e9gal. Mais cela n\u2019a pas n\u00e9cessit\u00e9 de gros fonds, car il s\u2019agissait d\u2019un projet universitaire. Je vous ai mentionn\u00e9 un autre projet, plus ambitieux, qui visait la construction d\u2019un centre de fabrication de microsatellites au S\u00e9n\u00e9gal. Cela aurait co\u00fbt\u00e9 bien plus cher et nous ne disposions pas encore de personnes form\u00e9es pour le mener \u00e0 bien. C\u2019est souvent le probl\u00e8me&nbsp;: il faut \u00e9viter les mauvais investissements, comme acheter une Rolls-Royce sans avoir un chauffeur capable de la conduire. Nous avons tir\u00e9 des le\u00e7ons de ce que nous ne devons plus faire.<\/p>\n\n\n\n<p>La strat\u00e9gie adopt\u00e9e ici \u00e9tait ax\u00e9e sur la formation et le transfert de technologie. Certes, nous n\u2019avons pas encore les \u00e9quipements n\u00e9cessaires au S\u00e9n\u00e9gal, mais si le pays investit aujourd\u2019hui dans ce domaine, ce ne sera pas du gaspillage. Nous avons besoin d\u2019un financement efficace et rationnel, dirig\u00e9 vers des objectifs de recherche pr\u00e9cis, avec des strat\u00e9gies bien d\u00e9finies et en s\u2019appuyant sur des collaborations internationales. Il faut aussi veiller \u00e0 ne pas imposer trop de contraintes, car l\u2019innovation peut venir de n\u2019importe o\u00f9. Il importe d\u2019avoir des objectifs clairs, de bien organiser nos efforts et de concentrer les investissements sur le d\u00e9veloppement de la recherche. Cela passe avant tout par la formation des ressources humaines. Nous ne pourrons faire avancer la recherche sans cela. Il faut donc un financement soutenu et coh\u00e9rent de la formation sur le long terme, ainsi que des programmes de recherche nationaux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mame-Penda Ba&nbsp;:<\/strong> Concernant le financement endog\u00e8ne de la recherche africaine, vous nous dites que nous n\u2019avons pas besoin de milliards pour accomplir de grandes choses, \u00e0 condition de bien penser nos actions et de bien utiliser les ressources disponibles. Cependant, le probl\u00e8me est que ces ressources restent extraordinairement limit\u00e9es. Vous avez \u00e9t\u00e9 \u00e0 la DGRI et vous savez bien que le budget de votre direction et celui de la DGES (direction g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019Enseignement sup\u00e9rieur) sont extr\u00eamement in\u00e9gaux. Pourtant, si l\u2019on veut inspirer les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations de chercheurs, mieux repr\u00e9senter certaines disciplines, promouvoir l\u2019interdisciplinarit\u00e9, susciter des vocations, supprimer les asym\u00e9tries entre chercheurs du Nord, et ceux du Sud et d\u00e9coloniser la science, cela n\u00e9cessite plus que de la bonne volont\u00e9 et une vision, il faut des moyens. Comment, alors, interpeller le gouvernement du S\u00e9n\u00e9gal \u00e0 respecter la vieille recommandation de l\u2019Union africaine de consacrer au moins 1&nbsp;% du PIB \u00e0 la science et aux technologies&nbsp;? Est-ce encore pertinent selon vous&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Amadou Thierno Gaye&nbsp;:<\/strong> Je pense que les 1&nbsp;% sont avant tout symboliques. Bien s\u00fbr, cela ne suffit pas pour atteindre les objectifs \u00e0 l\u2019\u00e9chelle africaine, mais c\u2019\u00e9tait un premier pas significatif. Il est essentiel de remettre ce sujet sur la table et d\u2019encourager chaque \u00c9tat \u00e0 s\u2019efforcer de r\u00e9aliser cet objectif, car c\u2019est le strict minimum. J\u2019ai parfois recours \u00e0 des d\u00e9monstrations par l\u2019absurde pour illustrer l\u2019impact qu\u2019un laboratoire bien financ\u00e9 peut avoir sur le d\u00e9veloppement socio-\u00e9conomique. Beaucoup de personnes le savent, mais n\u2019en prennent pas toujours conscience.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenons un exemple simple\u00a0: si nous n\u2019avions pas form\u00e9 des ing\u00e9nieurs en t\u00e9l\u00e9communications, il n\u2019y aurait pas eu la Sonatel. Sans la Sonatel, il n\u2019y aurait pas eu les transferts d\u2019argent qui g\u00e9n\u00e8rent des milliards chaque jour, sans parler de la possibilit\u00e9 de dispenser des cours en ligne pendant la pand\u00e9mie de Covid-19, et bien d\u2019autres choses encore. Le progr\u00e8s a un co\u00fbt, tout comme l\u2019innovation. La connaissance et les ressources humaines circulent \u00e0 travers le monde de fa\u00e7on asym\u00e9trique, g\u00e9n\u00e9rant\u00a0non seulement des cons\u00e9quences sur le plan \u00e9conomique, mais aussi dans la distribution des talents.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un cercle vicieux qu\u2019il faut rompre, et pour y parvenir, il est indispensable d\u2019avoir des strat\u00e9gies claires, de savoir ce que l\u2019on veut, et de cr\u00e9er un environnement propice \u00e0 la recherche. Cela n\u00e9cessite un minimum de ressources, mais celles-ci doivent \u00eatre d\u00e9pens\u00e9es efficacement. Il ne s\u2019agit pas de r\u00e9aliser des actions ponctuelles comme l\u2019achat d\u2019\u00e9quipements performants ou de se lancer dans des op\u00e9rations de prestige. Ce qu\u2019il faut, ce sont des strat\u00e9gies sur le long terme, une volont\u00e9 d\u2019investir de mani\u00e8re progressive mais soutenue pour la production de connaissances et la recherche.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, il est crucial de bien gouverner ces efforts. Aujourd\u2019hui, les rares ressources humaines dont nous disposons travaillent souvent pour la recherche du Nord, contribuant ainsi \u00e0 creuser cette asym\u00e9trie sans m\u00eame s\u2019en rendre compte.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour en lire plus sur Professeur Gaye :<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"http:\/\/ecoledessavoirs.blogs.rfi.fr\/article\/2010\/03\/19\/amadou-thierno-gaye-ou-comment-la-physique-de-latmosphere-peut-c.html\">http:\/\/ecoledessavoirs.blogs.rfi.fr\/article\/2010\/03\/19\/amadou-thierno-gaye-ou-comment-la-physique-de-latmosphere-peut-c.html<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":25683,"template":"","meta":[],"series-categories":[1350],"cat-articles":[1143],"keywords":[1482,1479,1480,1481],"ppma_author":[443,422],"class_list":["post-25700","series-issues","type-series-issues","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","series-categories-numero-7","cat-articles-champ","keywords-amadou-thierno-gaye","keywords-gaindesat-1a","keywords-programme-spatial-senegalais","keywords-souverainete-technologique-transporter-11-spacex-falcon-9","author-amadou-thierno-gaye-fr","author-mame-penda-ba-fr"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>De l\u2019\u00e9cole du climat \u00e0 Gaindesat-1A : Un physicien \u00e0 l\u2019avant-garde du programme spatial s\u00e9n\u00e9galais | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-7\/from-climate-school-to-gaindesat1-a-physicist-at-the-forefront-of-the-senegalese-space-program\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"De l\u2019\u00e9cole du climat \u00e0 Gaindesat-1A : Un physicien \u00e0 l\u2019avant-garde du programme spatial s\u00e9n\u00e9galais | Global Africa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Contexte\u00a0: Gaindesat-1A, le premier nanosatellite fabriqu\u00e9 par le S\u00e9n\u00e9gal, a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 le 16\u00a0ao\u00fbt 2024 \u00e0 18h56\u00a0GMT. C\u2019est une fus\u00e9e Falcon-9 de SpaceX qui a transport\u00e9 Gaindesat-1A lors de sa mission Transporter-11, depuis la base de Vandenberg en Californie (\u00c9tats-Unis). Cette prouesse technologique fait entrer le pays dans le groupe restreint des \u00c9tats africains qui ont lanc\u00e9 leur propre satellite. Le S\u00e9n\u00e9gal est m\u00eame le premier pays d\u2019Afrique subsaharienne francophone \u00e0 rejoindre cette Ivy League. \u00ab\u00a0Cette avanc\u00e9e marque un pas majeur vers notre souverainet\u00e9 technologique. Je tiens \u00e0 exprimer toute ma fiert\u00e9 et ma reconnaissance \u00e0 tous ceux qui ont rendu ce projet possible\u00a0\u00bb, a tweet\u00e9 le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Bassirou Diomaye Faye. Professeur Amadou Thierno Gaye, physicien et ancien directeur g\u00e9n\u00e9ral de la recherche et de l\u2019innovation du S\u00e9n\u00e9gal, est l\u2019initiateur du programme spatial s\u00e9n\u00e9galais qui a abouti au projet satellitaire SenSAT. Dans cet entretien qu\u2019il nous a accord\u00e9, nous revenons sur son parcours scientifique, ses responsabilit\u00e9s institutionnelles et sur les origines du programme spatial s\u00e9n\u00e9galais. Mame-Penda Ba&nbsp;: Professeur Gaye, merci d\u2019avoir accept\u00e9 d\u2019\u00eatre interview\u00e9 pour ce dossier th\u00e9matique \u00ab&nbsp;Publier la recherche africaine&nbsp;\u00bb de la revue Global Africa. Nous pourrions commencer par \u00e9voquer votre parcours scientifique. Votre domaine d\u2019expertise englobe la physique de l\u2019atmosph\u00e8re, les sciences du climat, les changements climatiques, les \u00e9valuations d\u2019impacts du climat, la qualit\u00e9 de l\u2019air, l\u2019hydrologie, l\u2019observation de la Terre, entre autres. Pourriez-vous revenir sur votre parcours en tant que physicien et nous expliquer pourquoi les questions sur lesquelles vous travaillez sont aussi importantes, y compris pour un lectorat de sciences sociales&nbsp;? Amadou Thierno Gaye&nbsp;: Je suis physicien. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 form\u00e9 \u00e0 faire de la physique, \u00e0 utiliser les math\u00e9matiques pour traiter et r\u00e9soudre des probl\u00e8mes de physique. j\u2019ai pourtant rapidement emprunt\u00e9 un autre chemin en poursuivant un dipl\u00f4me d&rsquo;\u00e9tudes approfondies (DEA) en sciences de l\u2019ing\u00e9nieur (ce qui correspond \u00e0 un master aujourd\u2019hui), ce qui a \u00e9largi mes perspectives en appliquant les \u00e9quations de la physique et les outils math\u00e9matiques pour r\u00e9soudre des probl\u00e8mes concrets dans diff\u00e9rents domaines comme la m\u00e9canique des fluides, l\u2019\u00e9nergie, la thermodynamique, l\u2019environnement, etc. Dans le cadre de mon doctorat, je me suis orient\u00e9 vers la recherche en sciences physiques du climat. J\u2019ai cherch\u00e9 \u00e0 comprendre ce qui se passe au niveau du climat de notre plan\u00e8te, en particulier le climat ouest-africain, avec un focus initial sur l\u2019atmosph\u00e8re. Mais rapidement, j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 la complexit\u00e9 de ces questions, ce qui m\u2019a pouss\u00e9 \u00e0 \u00e9largir mon champ d\u2019\u00e9tudes \u00e0 diff\u00e9rentes composantes du syst\u00e8me climatique telles que la biosph\u00e8re, en regardant toujours l\u2019interaction de l\u2019atmosph\u00e8re avec celle-ci, l\u2019oc\u00e9an, mais aussi l\u2019eau de surface et diff\u00e9rentes \u00e9chelles de temps. Plus r\u00e9cemment, je me suis int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 l\u2019impact du climat sur divers secteurs de d\u00e9veloppement, tels que l\u2019agriculture, les ressources en eau, la sant\u00e9, mais aussi les \u00e9tablissements humains. Ce cheminement a \u00e9t\u00e9 \u00e0 la fois scientifique et philosophique. Au d\u00e9part, comme beaucoup d\u2019\u00e9tudiants, je me suis lanc\u00e9 dans la physique du climat principalement pour des objectifs de carri\u00e8re, mais avec le temps, j\u2019ai compris l\u2019importance de mon travail dans la vie de tous les jours. En tant que S\u00e9n\u00e9galais n\u00e9 au Sahel et ayant grandi un peu partout au S\u00e9n\u00e9gal, j\u2019ai personnellement \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin des r\u00e9alit\u00e9s climatiques de la r\u00e9gion. Durant mon adolescence, je vivais en ville, mais je passais r\u00e9guli\u00e8rement du temps \u00e0 la campagne. Ma g\u00e9n\u00e9ration a v\u00e9cu de pr\u00e8s les bouleversements climatiques, notamment la forte variabilit\u00e9 des pr\u00e9cipitations au Sahel, marqu\u00e9e par une tr\u00e8s longue s\u00e9cheresse. \u00c0&nbsp;l\u2019\u00e9poque, nous n\u2019avions pas conscience de sa dur\u00e9e, nous la vivions simplement au quotidien, en constatant la d\u00e9t\u00e9rioration progressive des r\u00e9coltes et l\u2019impact croissant sur la vie des gens. La longue s\u00e9cheresse a appauvri nos parents des villages. Trente ans de s\u00e9cheresse, sans comprendre les causes de ces bouleversements et sans r\u00e9ponses ad\u00e9quates sur les plans \u00e9conomiques ou sociaux ont durement affect\u00e9 nos pays. Cela a largement contribu\u00e9 \u00e0 la pauvret\u00e9 de nos r\u00e9gions et des populations. Lorsque j\u2019ai compris l\u2019ampleur de ces enjeux, ma passion pour ce domaine s\u2019est renforc\u00e9e. J\u2019ai eu la chance d\u2019int\u00e9grer le laboratoire de Physique de l\u2019Atmosph\u00e8re et de l\u2019Oc\u00e9an (LPAO-SF), un centre de recherche fond\u00e9 par Sim\u00e9on Fongang, un \u00e9minent professeur d\u2019origine camerounaise, dont le laboratoire porte d\u2019ailleurs le nom, mais qui a malheureusement disparu trop t\u00f4t en 2000, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 60&nbsp;ans. Assez jeune, j\u2019ai d\u00fb reprendre ce laboratoire et construire ce que j\u2019appelle presque une \u00ab&nbsp;\u00e9cole du climat en Afrique&nbsp;\u00bb, avec ses sp\u00e9cificit\u00e9s en comparaison des grands laboratoires de climat des grandes universit\u00e9s du Nord. Je n\u2019ai plus jamais vraiment quitt\u00e9 ce laboratoire, hormis pour quelques excursions administratives, notamment au minist\u00e8re, tout en restant actif dans la recherche. J\u2019ai pris la succession de professeur Fongang, avec une double mission&nbsp;: p\u00e9renniser ce laboratoire qui formait des \u00e9tudiants de toute la sous-r\u00e9gion, et acc\u00e9l\u00e9rer son d\u00e9veloppement pour r\u00e9pondre aux besoins de formation des jeunes scientifiques africains dans les domaines de l\u2019atmosph\u00e8re, du climat, et de l\u2019oc\u00e9anographie. Notre objectif a toujours \u00e9t\u00e9 de mener des recherches et de produire des travaux de rang international, publi\u00e9s dans les m\u00eames revues internationales lues par les chercheurs du monde entier. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 soutenu par des coll\u00e8gues d\u2019ici et des professeurs de la m\u00eame g\u00e9n\u00e9ration que le fondateur de notre laboratoire et qui m\u2019ont beaucoup aid\u00e9 \u00e0 lancer cette \u00e9cole de recherche sur l\u2019atmosph\u00e8re et le climat. Mon ambition et notre objectif \u00e9taient de donner la possibilit\u00e9 \u00e0 de nombreux jeunes S\u00e9n\u00e9galais, et Africains, de se lancer dans ce domaine, pour pouvoir disposer des ressources humaines dont nous avions tant besoin. Il est vrai que ce besoin est ressenti dans tous les secteurs de la recherche, mais dans le domaine du climat, le d\u00e9ficit \u00e9tait flagrant. \u00c0&nbsp;l\u2019\u00e9poque, nous avions au S\u00e9n\u00e9gal des m\u00e9t\u00e9orologues, des gens capables de faire des pr\u00e9visions \u00e0 court terme sur la pluie, mais pas de chercheurs capables de se poser des questions fondamentales&nbsp;: pourquoi il ne pleut plus&nbsp;? Quelles sont les causes des s\u00e9cheresses persistantes&nbsp;? Comment mieux pr\u00e9voir les pr\u00e9cipitations&nbsp;? Quelle est la dynamique de l\u2019oc\u00e9an proche&nbsp;? etc.\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-7\/from-climate-school-to-gaindesat1-a-physicist-at-the-forefront-of-the-senegalese-space-program\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Global Africa\" \/>\n<meta property=\"article:publisher\" content=\"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2026-04-30T11:32:12+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Pages-de-Global-Africa-07.2024-scaled.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"1811\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"2560\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Dur\u00e9e de lecture 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C\u2019est une fus\u00e9e Falcon-9 de SpaceX qui a transport\u00e9 Gaindesat-1A lors de sa mission Transporter-11, depuis la base de Vandenberg en Californie (\u00c9tats-Unis). Cette prouesse technologique fait entrer le pays dans le groupe restreint des \u00c9tats africains qui ont lanc\u00e9 leur propre satellite. Le S\u00e9n\u00e9gal est m\u00eame le premier pays d\u2019Afrique subsaharienne francophone \u00e0 rejoindre cette Ivy League. \u00ab\u00a0Cette avanc\u00e9e marque un pas majeur vers notre souverainet\u00e9 technologique. Je tiens \u00e0 exprimer toute ma fiert\u00e9 et ma reconnaissance \u00e0 tous ceux qui ont rendu ce projet possible\u00a0\u00bb, a tweet\u00e9 le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Bassirou Diomaye Faye. Professeur Amadou Thierno Gaye, physicien et ancien directeur g\u00e9n\u00e9ral de la recherche et de l\u2019innovation du S\u00e9n\u00e9gal, est l\u2019initiateur du programme spatial s\u00e9n\u00e9galais qui a abouti au projet satellitaire SenSAT. Dans cet entretien qu\u2019il nous a accord\u00e9, nous revenons sur son parcours scientifique, ses responsabilit\u00e9s institutionnelles et sur les origines du programme spatial s\u00e9n\u00e9galais. Mame-Penda Ba&nbsp;: Professeur Gaye, merci d\u2019avoir accept\u00e9 d\u2019\u00eatre interview\u00e9 pour ce dossier th\u00e9matique \u00ab&nbsp;Publier la recherche africaine&nbsp;\u00bb de la revue Global Africa. Nous pourrions commencer par \u00e9voquer votre parcours scientifique. Votre domaine d\u2019expertise englobe la physique de l\u2019atmosph\u00e8re, les sciences du climat, les changements climatiques, les \u00e9valuations d\u2019impacts du climat, la qualit\u00e9 de l\u2019air, l\u2019hydrologie, l\u2019observation de la Terre, entre autres. Pourriez-vous revenir sur votre parcours en tant que physicien et nous expliquer pourquoi les questions sur lesquelles vous travaillez sont aussi importantes, y compris pour un lectorat de sciences sociales&nbsp;? Amadou Thierno Gaye&nbsp;: Je suis physicien. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 form\u00e9 \u00e0 faire de la physique, \u00e0 utiliser les math\u00e9matiques pour traiter et r\u00e9soudre des probl\u00e8mes de physique. j\u2019ai pourtant rapidement emprunt\u00e9 un autre chemin en poursuivant un dipl\u00f4me d&rsquo;\u00e9tudes approfondies (DEA) en sciences de l\u2019ing\u00e9nieur (ce qui correspond \u00e0 un master aujourd\u2019hui), ce qui a \u00e9largi mes perspectives en appliquant les \u00e9quations de la physique et les outils math\u00e9matiques pour r\u00e9soudre des probl\u00e8mes concrets dans diff\u00e9rents domaines comme la m\u00e9canique des fluides, l\u2019\u00e9nergie, la thermodynamique, l\u2019environnement, etc. Dans le cadre de mon doctorat, je me suis orient\u00e9 vers la recherche en sciences physiques du climat. J\u2019ai cherch\u00e9 \u00e0 comprendre ce qui se passe au niveau du climat de notre plan\u00e8te, en particulier le climat ouest-africain, avec un focus initial sur l\u2019atmosph\u00e8re. Mais rapidement, j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 la complexit\u00e9 de ces questions, ce qui m\u2019a pouss\u00e9 \u00e0 \u00e9largir mon champ d\u2019\u00e9tudes \u00e0 diff\u00e9rentes composantes du syst\u00e8me climatique telles que la biosph\u00e8re, en regardant toujours l\u2019interaction de l\u2019atmosph\u00e8re avec celle-ci, l\u2019oc\u00e9an, mais aussi l\u2019eau de surface et diff\u00e9rentes \u00e9chelles de temps. Plus r\u00e9cemment, je me suis int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 l\u2019impact du climat sur divers secteurs de d\u00e9veloppement, tels que l\u2019agriculture, les ressources en eau, la sant\u00e9, mais aussi les \u00e9tablissements humains. Ce cheminement a \u00e9t\u00e9 \u00e0 la fois scientifique et philosophique. Au d\u00e9part, comme beaucoup d\u2019\u00e9tudiants, je me suis lanc\u00e9 dans la physique du climat principalement pour des objectifs de carri\u00e8re, mais avec le temps, j\u2019ai compris l\u2019importance de mon travail dans la vie de tous les jours. En tant que S\u00e9n\u00e9galais n\u00e9 au Sahel et ayant grandi un peu partout au S\u00e9n\u00e9gal, j\u2019ai personnellement \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin des r\u00e9alit\u00e9s climatiques de la r\u00e9gion. Durant mon adolescence, je vivais en ville, mais je passais r\u00e9guli\u00e8rement du temps \u00e0 la campagne. Ma g\u00e9n\u00e9ration a v\u00e9cu de pr\u00e8s les bouleversements climatiques, notamment la forte variabilit\u00e9 des pr\u00e9cipitations au Sahel, marqu\u00e9e par une tr\u00e8s longue s\u00e9cheresse. \u00c0&nbsp;l\u2019\u00e9poque, nous n\u2019avions pas conscience de sa dur\u00e9e, nous la vivions simplement au quotidien, en constatant la d\u00e9t\u00e9rioration progressive des r\u00e9coltes et l\u2019impact croissant sur la vie des gens. La longue s\u00e9cheresse a appauvri nos parents des villages. Trente ans de s\u00e9cheresse, sans comprendre les causes de ces bouleversements et sans r\u00e9ponses ad\u00e9quates sur les plans \u00e9conomiques ou sociaux ont durement affect\u00e9 nos pays. Cela a largement contribu\u00e9 \u00e0 la pauvret\u00e9 de nos r\u00e9gions et des populations. Lorsque j\u2019ai compris l\u2019ampleur de ces enjeux, ma passion pour ce domaine s\u2019est renforc\u00e9e. J\u2019ai eu la chance d\u2019int\u00e9grer le laboratoire de Physique de l\u2019Atmosph\u00e8re et de l\u2019Oc\u00e9an (LPAO-SF), un centre de recherche fond\u00e9 par Sim\u00e9on Fongang, un \u00e9minent professeur d\u2019origine camerounaise, dont le laboratoire porte d\u2019ailleurs le nom, mais qui a malheureusement disparu trop t\u00f4t en 2000, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 60&nbsp;ans. Assez jeune, j\u2019ai d\u00fb reprendre ce laboratoire et construire ce que j\u2019appelle presque une \u00ab&nbsp;\u00e9cole du climat en Afrique&nbsp;\u00bb, avec ses sp\u00e9cificit\u00e9s en comparaison des grands laboratoires de climat des grandes universit\u00e9s du Nord. Je n\u2019ai plus jamais vraiment quitt\u00e9 ce laboratoire, hormis pour quelques excursions administratives, notamment au minist\u00e8re, tout en restant actif dans la recherche. J\u2019ai pris la succession de professeur Fongang, avec une double mission&nbsp;: p\u00e9renniser ce laboratoire qui formait des \u00e9tudiants de toute la sous-r\u00e9gion, et acc\u00e9l\u00e9rer son d\u00e9veloppement pour r\u00e9pondre aux besoins de formation des jeunes scientifiques africains dans les domaines de l\u2019atmosph\u00e8re, du climat, et de l\u2019oc\u00e9anographie. Notre objectif a toujours \u00e9t\u00e9 de mener des recherches et de produire des travaux de rang international, publi\u00e9s dans les m\u00eames revues internationales lues par les chercheurs du monde entier. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 soutenu par des coll\u00e8gues d\u2019ici et des professeurs de la m\u00eame g\u00e9n\u00e9ration que le fondateur de notre laboratoire et qui m\u2019ont beaucoup aid\u00e9 \u00e0 lancer cette \u00e9cole de recherche sur l\u2019atmosph\u00e8re et le climat. Mon ambition et notre objectif \u00e9taient de donner la possibilit\u00e9 \u00e0 de nombreux jeunes S\u00e9n\u00e9galais, et Africains, de se lancer dans ce domaine, pour pouvoir disposer des ressources humaines dont nous avions tant besoin. Il est vrai que ce besoin est ressenti dans tous les secteurs de la recherche, mais dans le domaine du climat, le d\u00e9ficit \u00e9tait flagrant. \u00c0&nbsp;l\u2019\u00e9poque, nous avions au S\u00e9n\u00e9gal des m\u00e9t\u00e9orologues, des gens capables de faire des pr\u00e9visions \u00e0 court terme sur la pluie, mais pas de chercheurs capables de se poser des questions fondamentales&nbsp;: pourquoi il ne pleut plus&nbsp;? Quelles sont les causes des s\u00e9cheresses persistantes&nbsp;? Comment mieux pr\u00e9voir les pr\u00e9cipitations&nbsp;? 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