{"id":25629,"date":"2024-12-20T01:35:32","date_gmt":"2024-12-20T01:35:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/with-recognition-comes-hope\/"},"modified":"2026-04-30T10:25:53","modified_gmt":"2026-04-30T10:25:53","slug":"with-recognition-comes-hope","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-8\/with-recognition-comes-hope\/","title":{"rendered":"Avec la reconnaissance vient l&rsquo;espoir"},"content":{"rendered":"\n<p>Pour son dernier \u00e9ditorial de l\u2019ann\u00e9e 2024, le comit\u00e9 de r\u00e9daction offre \u00e0 ses lecteurs et lectrices la publication en exclusivit\u00e9 du Discours prononc\u00e9 par le&nbsp; professeur Mamadou Diouf, Pr\u00e9sident du <em>Comit\u00e9 pour la comm\u00e9moration du 80<sup>e<\/sup> anniversaire du massacre des tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais \u00e0 Thiaroye le 1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre 1944<\/em>. Le nouveau gouvernement du S\u00e9n\u00e9gal a en effet mis en place quelques mois apr\u00e8s son arriv\u00e9e au pouvoir, un comit\u00e9 charg\u00e9 du r\u00e9tablissement des faits sur ce massacre colonial de soldats africains provenant de seize (16) pays diff\u00e9rents. La c\u00e9r\u00e9monie de comm\u00e9moration s\u2019est tenue le 1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre 2024, sous l\u2019\u00e9gide du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique du S\u00e9n\u00e9gal. Le discours inaugural du professeur Mamadou Diouf, historien, au Camp militaire de Thiaroye a ouvert les c\u00e9l\u00e9brations pour honorer la m\u00e9moire des tirailleurs et rappeler leur r\u00f4le dans la qu\u00eate permanente de dignit\u00e9 et de justice de l\u2019Afrique. Cinq mesures phares ont \u00e9t\u00e9 prises par le chef de l\u2019\u00c9tat&nbsp;notamment \u00ab&nbsp;la cr\u00e9ation d\u2019un centre de documentation et de recherche charg\u00e9 de recueillir les archives, t\u00e9moignages et r\u00e9cits, tout en soutenant la recherche et l\u2019\u00e9ducation autour de cette histoire partag\u00e9e. L\u2019histoire de Thiaroye et des Tirailleurs sera par ailleurs enseign\u00e9e pour que les g\u00e9n\u00e9rations futures grandissent avec une compr\u00e9hension approfondie de cet \u00e9pisode de notre pass\u00e9&nbsp;\u00bb (extraits du discours pr\u00e9sidentiel).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Discours du pr\u00e9sident du Comit\u00e9 pour la comm\u00e9moration du 80eme anniversaire du massacre des tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais.<\/h2>\n\n\n\n<p>[Salutations protocolaires]<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9nigme du massacre des tirailleurs \u00e0 Thiaroye, le 1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre 1944, \u00e0 l\u2019aube, a tr\u00e8s t\u00f4t occup\u00e9 les hommes politiques, les intellectuels, et les artistes (Lamine Gueye, L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor, Keita Fod\u00e9ba), les historiens et sp\u00e9cialistes de litt\u00e9rature (Myron Echenberg, Mbaye Gueye, Cheikh Faty Fay, Armelle Mabon, feu Abdou Sow, Martin Mourre, Sabrina Parent\u2026), les \u00e9crivains et les cin\u00e9astes (Boubacar Boris Diop, Ben Diogaye Beye, Doumbi Fakoly, Semb\u00e8ne Ousmane et Thierno Faty Sow et, la derni\u00e8re en date, Diaka Ndiaye).<\/p>\n\n\n\n<p>Le 1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre 1944, \u00e0 5h30 du matin, 1 200 hommes des troupes coloniales fran\u00e7aises et de la gendarmerie prennent position autour du camp militaire de Thiaroye. Les soldats, arm\u00e9s et pr\u00eats, sont soutenus par trois v\u00e9hicules blind\u00e9s et deux chars.&nbsp; Dans l\u2019enceinte de la caserne, 1&nbsp;200 \u00e0 1 800 tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais ont r\u00e9pondu pr\u00e9sents \u00e0 l\u2019appel des officiers.<\/p>\n\n\n\n<p>La qualification \u00ab&nbsp;s\u00e9n\u00e9galais&nbsp;\u00bb gomme la diversit\u00e9 de leur provenance territoriale. Ils ont \u00e9t\u00e9 recrut\u00e9s, souvent de force, dans les possessions fran\u00e7aises d\u2019Afrique (AOF, AEF et Cameroun et au-del\u00e0). Ils ont \u00e9t\u00e9 les victimes des traitements racistes associ\u00e9s au syst\u00e8me colonial. Ils ont particip\u00e9 \u00e0 la guerre sur tous les fronts, en premier lieu, le front europ\u00e9en.<\/p>\n\n\n\n<p>Faits prisonniers \u00e0 la suite de la d\u00e9b\u00e2cle de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise en juin 1940, ils ont s\u00e9journ\u00e9 environ une ann\u00e9e en Allemagne&nbsp;; certains ont ensuite \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9s dans les \u00ab\u00a0Fronts-Stalags\u00a0\u00bb (des camps de travail) \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la France occup\u00e9e. Ils y ont \u00e9t\u00e9 contraints d&rsquo;effectuer des t\u00e2ches qui contribuent \u00e0 l&rsquo;effort de guerre allemand. \u00c0&nbsp; leur lib\u00e9ration, certains poursuivent la guerre avec les soldats de la France libre, d\u2019autres sont incorpor\u00e9s dans les unit\u00e9s de travail militaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis vient la lib\u00e9ration (\u00e9t\u00e9 et automne 1944). Regroup\u00e9s dans des centres au centre et au sud de la France, apr\u00e8s quatre ann\u00e9es dans les prisons allemandes, les tirailleurs sont rapatri\u00e9s en Afrique et cantonn\u00e9s \u00e0 Thiaroye attendant leur d\u00e9mobilisation et leur retour dans leurs territoires d\u2019origine.<\/p>\n\n\n\n<p>La revendication des tirailleurs portait sur plusieurs questions dont les plus significatives sont, les indemnit\u00e9s, les soldes, les primes ded\u00e9mobilisation et autres allocations, mais aussi les conditions du cantonnement \u00e0 Thiaroye et de retour aux pays d\u2019origine. La r\u00e9ponse des autorit\u00e9s coloniale ne s\u2019est pas fait attendre. La violence syst\u00e9matique de la gouvernance coloniale reprenait ses droits.&nbsp; Le paradoxe est que la c\u00e9l\u00e9bration de la \u00ab&nbsp;Lib\u00e9ration&nbsp;\u00bb, l\u2019embl\u00e8me distinctif de la France \u00e0 la fin de la guerre, signe le massacre des tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais \u00e0 Thiaroye. Nul compte n\u2019est tenu de la contribution des soldats \u00e0 la lib\u00e9ration de la France&nbsp;; encore moins des valeurs et engagements citoyens, et d\u00e9mocratiques encourag\u00e9s par la guerre. En t\u00e9moignent \u00ab&nbsp;les mutineries&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;r\u00e9voltes&nbsp;\u00bb qui ont secou\u00e9 les troupes coloniales.<\/p>\n\n\n\n<p>Les massacres sont r\u00e9currents dans l\u2019histoire des empires coloniaux. Thiaroye est pourtant un moment particulier. Il advient dans le contexte de la c\u00e9l\u00e9bration et de l\u2019euphorie de la lib\u00e9ration, du triomphe des animateurs de la r\u00e9sistance sous la conduite du G\u00e9n\u00e9ral De Gaulle. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 ce moment de refondation aliment\u00e9 par une certaine id\u00e9e de la France qu\u2019advient la r\u00e9pression sanglante de demandes l\u00e9gitimes, apr\u00e8s avoir subi les horreurs de la captivit\u00e9, des tortures et privations. Thiaroye an\u00e9antissait brutalement les r\u00eaves d\u2019\u00e9mancipation entretenus par la propagande des lib\u00e9rateurs de la France. La fin de la guerre, le retour de l\u2019image proph\u00e9tique d\u2019une France qui renoue avec son r\u00e9cit et surtout son tournant r\u00e9volutionnaire, les valeurs r\u00e9publicaines et le respect des droits humains laissaient les tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais et les peuples colonis\u00e9s sur le bord de la route.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les jours qui ont suivi le massacre, les autorit\u00e9s fran\u00e7aises ont tout fait pour dissimuler \u00ab&nbsp;le carnage et la tuerie&nbsp;\u00bb (Lamine Gueye)&nbsp;; elles modifient les registres, de d\u00e9part de Morlaix et d\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Dakar, du nombre de soldats pr\u00e9sents \u00e0 Thiaroye, les causes du rassemblement des tirailleurs&nbsp;\u2026 Un premier bilan fait \u00e9tat de trente-cinq (35) morts dans une \u00ab\u00a0mutinerie\u00a0\u00bb. Le bilan officiel fran\u00e7ais d\u00e9nombre 70 tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais. Les estimations les plus cr\u00e9dibles avanc\u00e9es par les historiens les chiffres de trois cents (300) \u00e0 quatre cents (400) victimes.&nbsp; Cette volont\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de dissimulation d\u00e9nonc\u00e9e par les historiens, se manifeste tr\u00e8s t\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<p>Les circonstances, l\u2019intensit\u00e9 des op\u00e9rations r\u00e9pressives, le nombre de morts demeurent incertains&nbsp;; certaines archives administratives et militaires sont inaccessibles, falsifi\u00e9es, disparues ou incoh\u00e9rentes. Lever le voile sur le massacre contre les man\u0153uvres de dissimulation de la v\u00e9rit\u00e9 est, aujourd\u2019hui, un imp\u00e9ratif cat\u00e9gorique. Nous en appelons \u00e0 une collaboration franche et enti\u00e8re de la France.<\/p>\n\n\n\n<p>Le gouvernement du S\u00e9n\u00e9gal a d\u00e9cid\u00e9 de revenir sur cet \u00e9v\u00e8nement avec la comm\u00e9moration du 80<sup>e<\/sup> anniversaire du massacre des tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais, \u00e0 Thiaroye, le 1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre 1944.<\/p>\n\n\n\n<p>Prendre l\u2019initiative relativement \u00e0 la production du r\u00e9cit portant sur ce moment de notre histoire, c\u2019est retourner l\u2019\u00e9v\u00e8nement \u00e0 l\u2019Afrique, en effa\u00e7ant la territorialisation coloniale, et en autorisant une mise en sc\u00e8ne m\u00e9morielle command\u00e9e par les Africains, hors des champs d\u2019honneur fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes l\u2019ancien pr\u00e9sident fran\u00e7ais Fran\u00e7ois Hollande, reconnaissait en 2014, que des balles fran\u00e7aises avaient tu\u00e9 les tirailleurs&nbsp;; sa pr\u00e9sence \u00e0 Thiaroye \u00e9tait un acte de \u00ab&nbsp;r\u00e9paration de l\u2019injustice&nbsp;\u00bb&nbsp;; que l\u2019intervention de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise \u00e9tait \u00e9pouvantable et insupportable. Cependant, la reconnaissance de la r\u00e9pression sanglante dont les victimes portaient l\u2019uniforme fran\u00e7ais semble avoir une valeur d\u2019absolution. La France ne se grandit-elle pas par le regard lucide qu\u2019elle porte sur son pass\u00e9&nbsp;?&nbsp;Aujourd\u2019hui, l\u2019ancien pr\u00e9sident Hollande s\u2019est r\u00e9solu \u00e0 reconna\u00eetre \u00ab qu\u2019il s&rsquo;agissait d\u2019un massacre \u00e0 la mitrailleuse, donc c\u2019est un massacre&nbsp;\u00bb (21 novembre 2024). Le pr\u00e9sident Emmanuel Macron lui a embo\u00eet\u00e9 le pas il y a quelques jours, dans une lettre adress\u00e9e \u00e0 son homologue s\u00e9n\u00e9galais, le pr\u00e9sident Bassirou Diomaye Diakhar Faye.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a>Le crime des tirailleurs&nbsp;: \u00ab&nbsp;un crime de d\u00e9sob\u00e9issance&nbsp;\u00bb dict\u00e9 par la confusion entretenue par la m\u00e9tropole, entre les valeurs qui lui sont exclusivement r\u00e9serv\u00e9es, d\u2019une part et la gouvernance et l\u2019arrogance imp\u00e9riales, d\u2019autre part, qui ont eu un co\u00fbt si terrible que ses r\u00e9percussions se font encore sentir de nos jours.<\/p>\n\n\n\n<p>En cons\u00e9quence, il est indispensable de briser le silence et d\u2019afficher, fortement, notre regard, nos commentaires et imaginations cr\u00e9atrices sur l\u2019\u00e9v\u00e8nement. Thiaroye est pour nous, S\u00e9n\u00e9galais, l\u2019occasion, aussi dramatique que majestueuse, d\u2019accorder aux victimes du massacre le statut de \u00ab&nbsp;morts pour l\u2019Afrique&nbsp;\u00bb et pour l\u2019esprit panafricain.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire est narr\u00e9e \u00e0 partir de l\u2019Afrique par L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor dans son po\u00e8me, <em>Tyaroye<\/em> (d\u00e9cembre 1944) et par Ke\u00efta Fod\u00e9ba (1948) dans son ballet-po\u00e8me, <em>Aube Noire<\/em>. (&#8230;). Les po\u00e8mes sont des vues africaines qui t\u00e9moignent, selon le premier pr\u00e9sident s\u00e9n\u00e9galais, de \u00ab&nbsp;l\u2019Afrique \u00e9ternelle, du monde \u00e0 venir \u2026 du monde nouveau qui sera demain&nbsp;\u00bb (Senghor). C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce monde \u00e0 venir, de l\u2019unit\u00e9, de la prosp\u00e9rit\u00e9, de la d\u00e9mocratie et de la diversit\u00e9 que nous voulons comm\u00e9morer et r\u00e9aliser ensemble. Cette m\u00e9moire que nous devons continuer \u00e0 \u00e9prouver pour notre histoire \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026.]. Une vaste entreprise&nbsp;; une entreprise difficile mais combien passionnante dont l\u2019animation n\u00e9cessitera des op\u00e9rations permanentes, susceptibles de participer au travail historique et m\u00e9moriel pour produire des r\u00e9cits, des le\u00e7ons civiques, culturelles et artistiques au service des communaut\u00e9s panafricaines. Une histoire partag\u00e9e que nourrit une p\u00e9dagogie pour \u00e9difier les fondations de l\u2019int\u00e9gration africaine&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;[Remerciements divers]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":9629,"template":"","meta":[],"series-categories":[1346],"cat-articles":[1064],"keywords":[],"ppma_author":[265],"class_list":["post-25629","series-issues","type-series-issues","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","series-categories-numero-8","cat-articles-editorial","author-global-africa"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Avec la reconnaissance vient l&#039;espoir | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-8\/with-recognition-comes-hope\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Avec la reconnaissance vient l&#039;espoir | Global Africa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Pour son dernier \u00e9ditorial de l\u2019ann\u00e9e 2024, le comit\u00e9 de r\u00e9daction offre \u00e0 ses lecteurs et lectrices la publication en exclusivit\u00e9 du Discours prononc\u00e9 par le&nbsp; professeur Mamadou Diouf, Pr\u00e9sident du Comit\u00e9 pour la comm\u00e9moration du 80e anniversaire du massacre des tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais \u00e0 Thiaroye le 1er d\u00e9cembre 1944. 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Cinq mesures phares ont \u00e9t\u00e9 prises par le chef de l\u2019\u00c9tat&nbsp;notamment \u00ab&nbsp;la cr\u00e9ation d\u2019un centre de documentation et de recherche charg\u00e9 de recueillir les archives, t\u00e9moignages et r\u00e9cits, tout en soutenant la recherche et l\u2019\u00e9ducation autour de cette histoire partag\u00e9e. L\u2019histoire de Thiaroye et des Tirailleurs sera par ailleurs enseign\u00e9e pour que les g\u00e9n\u00e9rations futures grandissent avec une compr\u00e9hension approfondie de cet \u00e9pisode de notre pass\u00e9&nbsp;\u00bb (extraits du discours pr\u00e9sidentiel). Discours du pr\u00e9sident du Comit\u00e9 pour la comm\u00e9moration du 80eme anniversaire du massacre des tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais. [Salutations protocolaires] L\u2019\u00e9nigme du massacre des tirailleurs \u00e0 Thiaroye, le 1er d\u00e9cembre 1944, \u00e0 l\u2019aube, a tr\u00e8s t\u00f4t occup\u00e9 les hommes politiques, les intellectuels, et les artistes (Lamine Gueye, L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor, Keita Fod\u00e9ba), les historiens et sp\u00e9cialistes de litt\u00e9rature (Myron Echenberg, Mbaye Gueye, Cheikh Faty Fay, Armelle Mabon, feu Abdou Sow, Martin Mourre, Sabrina Parent\u2026), les \u00e9crivains et les cin\u00e9astes (Boubacar Boris Diop, Ben Diogaye Beye, Doumbi Fakoly, Semb\u00e8ne Ousmane et Thierno Faty Sow et, la derni\u00e8re en date, Diaka Ndiaye). Le 1er d\u00e9cembre 1944, \u00e0 5h30 du matin, 1 200 hommes des troupes coloniales fran\u00e7aises et de la gendarmerie prennent position autour du camp militaire de Thiaroye. Les soldats, arm\u00e9s et pr\u00eats, sont soutenus par trois v\u00e9hicules blind\u00e9s et deux chars.&nbsp; Dans l\u2019enceinte de la caserne, 1&nbsp;200 \u00e0 1 800 tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais ont r\u00e9pondu pr\u00e9sents \u00e0 l\u2019appel des officiers. La qualification \u00ab&nbsp;s\u00e9n\u00e9galais&nbsp;\u00bb gomme la diversit\u00e9 de leur provenance territoriale. Ils ont \u00e9t\u00e9 recrut\u00e9s, souvent de force, dans les possessions fran\u00e7aises d\u2019Afrique (AOF, AEF et Cameroun et au-del\u00e0). Ils ont \u00e9t\u00e9 les victimes des traitements racistes associ\u00e9s au syst\u00e8me colonial. Ils ont particip\u00e9 \u00e0 la guerre sur tous les fronts, en premier lieu, le front europ\u00e9en. Faits prisonniers \u00e0 la suite de la d\u00e9b\u00e2cle de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise en juin 1940, ils ont s\u00e9journ\u00e9 environ une ann\u00e9e en Allemagne&nbsp;; certains ont ensuite \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9s dans les \u00ab\u00a0Fronts-Stalags\u00a0\u00bb (des camps de travail) \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la France occup\u00e9e. Ils y ont \u00e9t\u00e9 contraints d&rsquo;effectuer des t\u00e2ches qui contribuent \u00e0 l&rsquo;effort de guerre allemand. \u00c0&nbsp; leur lib\u00e9ration, certains poursuivent la guerre avec les soldats de la France libre, d\u2019autres sont incorpor\u00e9s dans les unit\u00e9s de travail militaire. Puis vient la lib\u00e9ration (\u00e9t\u00e9 et automne 1944). Regroup\u00e9s dans des centres au centre et au sud de la France, apr\u00e8s quatre ann\u00e9es dans les prisons allemandes, les tirailleurs sont rapatri\u00e9s en Afrique et cantonn\u00e9s \u00e0 Thiaroye attendant leur d\u00e9mobilisation et leur retour dans leurs territoires d\u2019origine. La revendication des tirailleurs portait sur plusieurs questions dont les plus significatives sont, les indemnit\u00e9s, les soldes, les primes ded\u00e9mobilisation et autres allocations, mais aussi les conditions du cantonnement \u00e0 Thiaroye et de retour aux pays d\u2019origine. La r\u00e9ponse des autorit\u00e9s coloniale ne s\u2019est pas fait attendre. La violence syst\u00e9matique de la gouvernance coloniale reprenait ses droits.&nbsp; Le paradoxe est que la c\u00e9l\u00e9bration de la \u00ab&nbsp;Lib\u00e9ration&nbsp;\u00bb, l\u2019embl\u00e8me distinctif de la France \u00e0 la fin de la guerre, signe le massacre des tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais \u00e0 Thiaroye. 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Le nouveau gouvernement du S\u00e9n\u00e9gal a en effet mis en place quelques mois apr\u00e8s son arriv\u00e9e au pouvoir, un comit\u00e9 charg\u00e9 du r\u00e9tablissement des faits sur ce massacre colonial de soldats africains provenant de seize (16) pays diff\u00e9rents. La c\u00e9r\u00e9monie de comm\u00e9moration s\u2019est tenue le 1er d\u00e9cembre 2024, sous l\u2019\u00e9gide du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique du S\u00e9n\u00e9gal. Le discours inaugural du professeur Mamadou Diouf, historien, au Camp militaire de Thiaroye a ouvert les c\u00e9l\u00e9brations pour honorer la m\u00e9moire des tirailleurs et rappeler leur r\u00f4le dans la qu\u00eate permanente de dignit\u00e9 et de justice de l\u2019Afrique. Cinq mesures phares ont \u00e9t\u00e9 prises par le chef de l\u2019\u00c9tat&nbsp;notamment \u00ab&nbsp;la cr\u00e9ation d\u2019un centre de documentation et de recherche charg\u00e9 de recueillir les archives, t\u00e9moignages et r\u00e9cits, tout en soutenant la recherche et l\u2019\u00e9ducation autour de cette histoire partag\u00e9e. L\u2019histoire de Thiaroye et des Tirailleurs sera par ailleurs enseign\u00e9e pour que les g\u00e9n\u00e9rations futures grandissent avec une compr\u00e9hension approfondie de cet \u00e9pisode de notre pass\u00e9&nbsp;\u00bb (extraits du discours pr\u00e9sidentiel). Discours du pr\u00e9sident du Comit\u00e9 pour la comm\u00e9moration du 80eme anniversaire du massacre des tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais. [Salutations protocolaires] L\u2019\u00e9nigme du massacre des tirailleurs \u00e0 Thiaroye, le 1er d\u00e9cembre 1944, \u00e0 l\u2019aube, a tr\u00e8s t\u00f4t occup\u00e9 les hommes politiques, les intellectuels, et les artistes (Lamine Gueye, L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor, Keita Fod\u00e9ba), les historiens et sp\u00e9cialistes de litt\u00e9rature (Myron Echenberg, Mbaye Gueye, Cheikh Faty Fay, Armelle Mabon, feu Abdou Sow, Martin Mourre, Sabrina Parent\u2026), les \u00e9crivains et les cin\u00e9astes (Boubacar Boris Diop, Ben Diogaye Beye, Doumbi Fakoly, Semb\u00e8ne Ousmane et Thierno Faty Sow et, la derni\u00e8re en date, Diaka Ndiaye). Le 1er d\u00e9cembre 1944, \u00e0 5h30 du matin, 1 200 hommes des troupes coloniales fran\u00e7aises et de la gendarmerie prennent position autour du camp militaire de Thiaroye. Les soldats, arm\u00e9s et pr\u00eats, sont soutenus par trois v\u00e9hicules blind\u00e9s et deux chars.&nbsp; Dans l\u2019enceinte de la caserne, 1&nbsp;200 \u00e0 1 800 tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais ont r\u00e9pondu pr\u00e9sents \u00e0 l\u2019appel des officiers. La qualification \u00ab&nbsp;s\u00e9n\u00e9galais&nbsp;\u00bb gomme la diversit\u00e9 de leur provenance territoriale. Ils ont \u00e9t\u00e9 recrut\u00e9s, souvent de force, dans les possessions fran\u00e7aises d\u2019Afrique (AOF, AEF et Cameroun et au-del\u00e0). Ils ont \u00e9t\u00e9 les victimes des traitements racistes associ\u00e9s au syst\u00e8me colonial. Ils ont particip\u00e9 \u00e0 la guerre sur tous les fronts, en premier lieu, le front europ\u00e9en. Faits prisonniers \u00e0 la suite de la d\u00e9b\u00e2cle de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise en juin 1940, ils ont s\u00e9journ\u00e9 environ une ann\u00e9e en Allemagne&nbsp;; certains ont ensuite \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9s dans les \u00ab\u00a0Fronts-Stalags\u00a0\u00bb (des camps de travail) \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la France occup\u00e9e. Ils y ont \u00e9t\u00e9 contraints d&rsquo;effectuer des t\u00e2ches qui contribuent \u00e0 l&rsquo;effort de guerre allemand. \u00c0&nbsp; leur lib\u00e9ration, certains poursuivent la guerre avec les soldats de la France libre, d\u2019autres sont incorpor\u00e9s dans les unit\u00e9s de travail militaire. Puis vient la lib\u00e9ration (\u00e9t\u00e9 et automne 1944). Regroup\u00e9s dans des centres au centre et au sud de la France, apr\u00e8s quatre ann\u00e9es dans les prisons allemandes, les tirailleurs sont rapatri\u00e9s en Afrique et cantonn\u00e9s \u00e0 Thiaroye attendant leur d\u00e9mobilisation et leur retour dans leurs territoires d\u2019origine. La revendication des tirailleurs portait sur plusieurs questions dont les plus significatives sont, les indemnit\u00e9s, les soldes, les primes ded\u00e9mobilisation et autres allocations, mais aussi les conditions du cantonnement \u00e0 Thiaroye et de retour aux pays d\u2019origine. La r\u00e9ponse des autorit\u00e9s coloniale ne s\u2019est pas fait attendre. La violence syst\u00e9matique de la gouvernance coloniale reprenait ses droits.&nbsp; Le paradoxe est que la c\u00e9l\u00e9bration de la \u00ab&nbsp;Lib\u00e9ration&nbsp;\u00bb, l\u2019embl\u00e8me distinctif de la France \u00e0 la fin de la guerre, signe le massacre des tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais \u00e0 Thiaroye. 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