{"id":25626,"date":"2024-12-20T04:08:26","date_gmt":"2024-12-20T04:08:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/the-digital-revolution-and-the-attention-economy-a-new-age-of-capitalism\/"},"modified":"2026-04-30T09:58:29","modified_gmt":"2026-04-30T09:58:29","slug":"the-digital-revolution-and-the-attention-economy-a-new-age-of-capitalism","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-8\/the-digital-revolution-and-the-attention-economy-a-new-age-of-capitalism\/","title":{"rendered":"R\u00e9volution num\u00e9rique et \u00e9conomie de l\u2019attention\u00a0: un nouvel \u00e2ge du capitalisme\u00a0?"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire des techniques montre \u00e0 profusion que les innovations majeures ne sont pas celles qui prolongent une tradition \u00e9tablie qu\u2019elles contribuent \u00e0 renforcer, mais celles qui sont porteuses de ruptures, lesquelles bouleversent l\u2019infrastructure des soci\u00e9t\u00e9s en g\u00e9n\u00e9rant des probl\u00e9matiques nouvelles qui ne peuvent plus \u00eatre comprises selon les termes et les canons de la culture ambiante. Quand de telles ruptures se produisent, l\u2019histoire change de r\u00e9gime et la radicale nouveaut\u00e9 des enjeux exige alors une reprise critique des outils et des concepts par lesquels le r\u00e9el \u00e9tait jusque-l\u00e0 appr\u00e9hend\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Au regard de la fa\u00e7on dont le num\u00e9rique est en train de bouleverser l\u2019ordonnancement de nos vies, non seulement en reconfigurant l\u2019architecture des savoirs, mais aussi tous les domaines de notre existence quotidienne, il est devenu courant d\u2019y voir une r\u00e9volution dont on peut dire qu\u2019elle a d\u00e9j\u00e0 des cons\u00e9quences qui pourraient \u00eatre sans commune mesure avec les grandes r\u00e9volutions techniques qui ont jalonn\u00e9 l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9. Pour l\u2019instant, l\u2019on ne peut en prendre l\u2019exacte mesure, d\u2019une part parce que, t\u00e9moins contemporains, nous manquons de suffisamment de recul historique pour juger, et d\u2019autre part parce qu\u2019elle n\u2019a pas encore fini de d\u00e9rouler tous ses effets. Mais l\u2019on peut voir d\u00e9j\u00e0 de grandes lignes se dessiner, en particulier celles d\u2019une \u00e9conomie nouvelle articul\u00e9e autour de la d\u00e9couverte d\u2019une nouvelle raret\u00e9 \u2013 l\u2019attention \u2013 qui se met en place, et dont on voit d\u00e9j\u00e0 qu\u2019elle est en train de reconfigurer nos modes de production, d\u2019\u00e9changes et de communication.<\/p>\n\n\n\n<p>Je voudrais faire voir dans ce qui suit que ce qu\u2019il est d\u00e9sormais convenu d\u2019appeler \u00ab&nbsp;<em>\u00e9conomie de l\u2019attention<\/em>&nbsp;\u00bb marque une \u00e9tape nouvelle dans l\u2019\u00e9volution du capitalisme, lequel, dans sa fr\u00e9n\u00e9sie de qu\u00eate de nouveaux territoires, se tourne d\u00e9sormais vers nos ressources psychiques. Pour cela, je proc\u00e9derai en un double mouvement&nbsp;: je montrerai d\u2019abord en quoi consiste la radicale nouveaut\u00e9 du num\u00e9rique, en faisant la g\u00e9n\u00e9alogie et en faisant voir de quelle histoire et de quelle \u00e9pist\u00e9mologie il proc\u00e8de&nbsp;; ensuite je caract\u00e9riserai l\u2019\u00e9conomie de l\u2019attention, en montrant en quoi elle constitue une nouvelle phase du d\u00e9veloppement du capitalisme, ce qui revient \u00e0 d\u00e9gager les strat\u00e9gies par lesquelles elle s\u2019est institu\u00e9e comme mod\u00e8le \u00e9conomique, avant de faire voir les dangers potentiels qu\u2019elle implique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>De la grammatisation<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Il peut para\u00eetre curieux, de prime abord, de voir dans l\u2019usage de l\u2019ordinateur et des usages qui lui sont associ\u00e9s une pratique r\u00e9volutionnaire qui plus est, impliquerait un nouvel \u00e2ge du capitalisme<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>. Il devrait pourtant \u00eatre clair que par d\u00e9finition, l\u2019objet technique, par essence, est pluriel, au sens o\u00f9, au-del\u00e0 de sa fonction utilitaire stricte, il se d\u00e9finit aussi par sa capacit\u00e9 \u00e0 reconfigurer les rapports sociaux et \u00e0 les redistribuer selon de nouvelles perspectives, ainsi que nous le montrerons plus loin. C\u2019est dans cette perspective qu\u2019il sera possible de faire un sort \u00e0 l\u2019hypoth\u00e8se centrale de ce travail, \u00e0 savoir que le num\u00e9rique, comme toutes les avanc\u00e9es technologiques majeures, mais peut-\u00eatre plus que celles qui l\u2019ont devanc\u00e9, se donne avant tout comme un \u00ab&nbsp;<em>constituant anthropologique&nbsp;\u00bb<\/em> au sens o\u00f9, par l\u2019interaction de la machine et du cerveau qu\u2019il \u00e9tablit, inaugure une nouvelle phase dans le processus d\u2019hominisation. Pour \u00e9tablir cela, nous proposons, \u00e0 la suite de Bernard Stiegler<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> et Sylvain Auroux, de le d\u00e9finir comme une nouvelle \u00e9tape dans le processus de grammatisation, du fait de l\u2019intelligence collective extr\u00eamement dynamique qu\u2019il met en \u0153uvre, et dont on voit \u00e0 quel point elle est en train de transformer compl\u00e8tement la physionomie de la culture contemporaine. Que faut-il entendre par grammatisation&nbsp;? Pour Sylvain Auroux, la grammatisation est \u00e0 l\u2019origine de l\u2019invention de l\u2019\u00e9criture. Elle se d\u00e9finit comme un processus d\u2019externalisation des contenus mentaux et comportementaux de l\u2019homme, en des unit\u00e9s discr\u00e8tes \u00e9tal\u00e9es dans l\u2019espace<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>. En d\u2019autres termes, il s\u2019agit plus g\u00e9n\u00e9ralement d\u2019un processus par lequel l\u2019on spatialise du mouvement, en isolant ses diff\u00e9rentes parties par des proc\u00e9d\u00e9s techniques de discr\u00e9tisation, de sorte \u00e0 le rendre visible et donc reproductible, ce qui le rend plus facilement manipulable puisqu\u2019on l\u2019a ainsi automatis\u00e9 de fait. Pour le dire d\u2019un mot, la grammatisation est un processus d\u2019externalisation de la vie de l\u2019esprit consistant \u00e0 mat\u00e9rialiser la pens\u00e9e, le langage ou des comportements dans des symboles manipulables. Par cette objectivation, il s\u2019agit de construire un objet de connaissance qui, sans cela, ne pourrait exister comme tel.&nbsp; C\u2019est ainsi que Sylvain Auroux d\u00e9montre que dans la mesure o\u00f9 l\u2019\u00e9criture manifeste la langue en la rendant pour ainsi dire visible sur un support mat\u00e9riel, <em>requ\u00e9rant alors le regard et non plus l\u2019audition<\/em>, elle permet de nous rendre visibles les structures qui l\u2019organisent et qui ne peuvent \u00eatre perceptibles du seul fait des vertus de la parole orale. C\u2019est cette spatialisation de la langue sur un support mat\u00e9riel que permet l\u2019\u00e9criture qui est au principe de l\u2019invention de la grammaire, puisque celle-ci dispose ainsi d\u2019un moyen d\u2019observation des structures de la langue qu\u2019elle se donne d\u00e8s lors comme objet. Ce que permet l\u2019objectivation, c\u2019est donc la constitution d\u2019un objet de science qui d\u00e9sormais se pr\u00eate \u00e0 la pratique de la manipulation. A l\u2019ordre cognitif, qui est celui du sens, vient alors se superposer un ordre mat\u00e9riel qui le reproduit pour ainsi dire, et rend possible la manipulation par des outils techniques.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, le num\u00e9rique est la derni\u00e8re \u00e9tape dans ce processus d\u2019externalisation de nos structures cognitives, qu\u2019il cl\u00f4t aussi d\u2019une certaine mani\u00e8re. Ce qui veut dire que l\u2019on ne peut en saisir toute la port\u00e9e que si l\u2019on arrive \u00e0 le situer dans l\u2019histoire des techniques, pr\u00e9cis\u00e9ment celle qui va de l\u2019apparition de l\u2019\u00e9criture \u00e0 l\u2019invention des ordinateurs. Pour cette raison, il importera de le d\u00e9finir, dans une premi\u00e8re approximation, comme une \u00e9criture dont la principale caract\u00e9ristique est son automaticit\u00e9. En effet, le num\u00e9rique est une \u00e9criture automatique qui fait appel \u00e0 de puissants algorithmes et \u00e0 des ressources computationnelles, une \u00e9criture effectu\u00e9e et transmissible en r\u00e9seaux, et dont la principale caract\u00e9ristique consiste \u00e0 convertir des informations d\u2019un support \u2013 texte, audio, vid\u00e9o ou image \u2013 ou d\u2019un signal \u00e9lectrique en donn\u00e9es num\u00e9riques que des dispositifs informatiques se chargent par la suite de traiter. Ces donn\u00e9es se pr\u00e9sentent comme une suite de caract\u00e8res et de chiffres qui repr\u00e9sentent ou symbolisent les informations en question. Plus que l\u2019\u00e9criture alphab\u00e9tique, le num\u00e9rique appara\u00eet ainsi comme une proth\u00e8se cognitive et m\u00e9morielle aux possibilit\u00e9s de reproduction et de stockage quasi infinies. Au regard des possibilit\u00e9s inou\u00efes en termes de stockage, de reproductibilit\u00e9 et de traitement et d\u2019acc\u00e8s aux donn\u00e9es, il inaugure un nouveau paradigme o\u00f9 la totalit\u00e9 des savoirs est en train de se reconfigurer selon des dynamiques qu\u2019il serait fastidieux d\u2019analyser ici.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Poser la question du num\u00e9rique dans le cadre g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019histoire des innovations techniques, histoire qui est \u00e0 la fois celle des diff\u00e9rentes grammatisations, c\u2019est faire l\u2019histoire de l\u2019hominisation par laquelle l\u2019humanit\u00e9 se s\u00e9pare de plus en plus de son origine naturelle par un processus d\u2019artificialisation de sa vie. Ce que cette approche devrait permettre de faire voir, c\u2019est que les grandes ruptures qui ont marqu\u00e9 l\u2019histoire intellectuelle de l\u2019humanit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 rendues possibles pour une grande part par des innovations techniques. On pourrait dire, pour r\u00e9sumer, que quand l\u2019humanit\u00e9 invente l\u2019\u00e9criture, la g\u00e9om\u00e9trie appara\u00eet&nbsp;; quand elle invente l\u2019imprimerie, les sciences exp\u00e9rimentales naissent avec Galil\u00e9e. Dans les deux cas, ce qui a rendu l\u2019invention possible, c\u2019est le fait que l\u2019esprit humain, d\u00e9charg\u00e9 de ses t\u00e2ches de m\u00e9morisation parce que disposant de proth\u00e8ses pour cela, s\u2019est rendu disponible pour cr\u00e9er une science nouvelle, ce qui, \u00e0 chaque fois, reconfigure l\u2019\u00e9conomie des savoirs. Aujourd\u2019hui que toutes nos fonctions cognitives ont \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement externalis\u00e9es et objectiv\u00e9es dans des machines, on peut penser que notre esprit est \u00e0 nouveau disponible pour cr\u00e9er du nouveau, ce qui veut dire que nous serions au seuil d\u2019une grande bifurcation qui pourrait d\u00e9sajuster le syst\u00e8me technique et les syst\u00e8mes sociaux<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>.<sup>&nbsp;&nbsp;<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>A ce propos, il faudrait prendre au s\u00e9rieux la th\u00e8se de Bertrand Gille<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> selon laquelle toute soci\u00e9t\u00e9 est fond\u00e9e sur un couplage plus ou moins stable entre l\u2019individu, le syst\u00e8me socioculturel et le syst\u00e8me technique, lequel \u00e9volue en permanence, parfois \u00e0 des rythmes prodigieusement rapides, en proc\u00e9dant souvent par des sauts et des bifurcations inattendus, ce qui produit des <em>d\u00e9sajustements<\/em> qui peuvent d\u00e9truire les syst\u00e8mes sociaux qui \u00e9voluent comme chacun sait \u00e0 des rythmes extr\u00eamement lents. Cela est particuli\u00e8rement vrai \u00e0 partir de la r\u00e9volution industrielle, \u00e9poque au cours de laquelle l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration du rythme des changements techniques prend des proportions jusque-l\u00e0 inconnues. On ne peut cependant prendre toute la mesure de ces d\u00e9sajustements entre syst\u00e8mes techniques et syst\u00e8mes sociaux que si l\u2019on se donne les trois moments de l\u2019histoire des techniques que sont le passage de l\u2019oralit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9criture qui remonte \u00e0 4&nbsp;000 ans, l\u2019invention de l\u2019imprimerie par Gutenberg \u00e0 la Renaissance et l\u2019av\u00e8nement du num\u00e9rique au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. En effet, nous avons l\u00e0 trois r\u00e9volutions qui ont chacune boulevers\u00e9 de fond en comble l\u2019\u00e9conomie des savoirs et les modes de transmission culturelle, c&rsquo;est-\u00e0-dire, en un mot, les habitudes de pens\u00e9e et les mani\u00e8res d\u2019\u00eatre qui, au fil du temps, se sont codifi\u00e9es en lois, coutumes et r\u00e8gles par lesquelles les hommes se comprennent eux-m\u00eames et d\u00e9finissent leur rapport au monde.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Historique<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Commen\u00e7ons par le passage de l\u2019oralit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9crit. Avant l\u2019apparition de l\u2019\u00e9criture, c\u2019est le corps humain lui-m\u00eame qui sert de support \u00e0 la pens\u00e9e. Les fonctions cognitives fondamentales que sont la production, le traitement, le stockage et la transmission de l\u2019information sont exclusivement le fait du cerveau. Dans un tel \u00e9cosyst\u00e8me, on comprend parfaitement la place tout \u00e0 fait centrale que doit occuper une fonction aussi strat\u00e9gique que la m\u00e9moire. Le type de cognition qui caract\u00e9rise cet \u00e9cosyst\u00e8me est la m\u00e9morisation, parce que l\u2019on se soucie plus de conservation que d\u2019innovation. On sait par exemple que quand Albert Le Grand, au Moyen \u00c2ge, faisait ses cours de cosmologie et de physique aristot\u00e9liciennes \u00e0 La Sorbonne, ses \u00e9tudiants ne prenaient pas de notes et se contentaient de l\u2019\u00e9couter, car m\u00eame si l\u2019\u00e9criture existait depuis des mill\u00e9naires, les parchemins \u00e9taient encore extr\u00eamement rares. Ils \u00e9taient capables de restituer la quasi-totalit\u00e9 de l\u2019enseignement re\u00e7u des ann\u00e9es plus tard, \u00e0 la virgule pr\u00e8s. Il en est de m\u00eame pour toutes les soci\u00e9t\u00e9s rest\u00e9es traditionnelles, notamment africaines, o\u00f9 le vieillard et le griot sont des personnages embl\u00e9matiques, pr\u00e9cis\u00e9ment du fait qu\u2019ils sont la m\u00e9moire vivante de leurs soci\u00e9t\u00e9s<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>En passant \u00e0 l\u2019\u00e9crit, la fonction de m\u00e9morisation d\u00e9volue au cerveau est externalis\u00e9e sur un support mat\u00e9riel. Ce n\u2019est plus le cerveau qui stocke l\u2019information, mais la pierre, la peau de b\u00eate, le papyrus ou le parchemin. On assiste alors \u00e0 la premi\u00e8re ext\u00e9riorisation sur de la mati\u00e8re inerte, d\u2019une fonction subjective qui jusque-l\u00e0 \u00e9tait d\u00e9volue \u00e0 l\u2019esprit humain. Ce passage du sujet \u00e0 l\u2019objet est gros de tous les changements qui vont transformer le mode d\u2019\u00eatre des hommes. Ce qui change, c\u2019est tout ce que l\u2019\u00e9criture va permettre comme inventions d\u00e9riv\u00e9es, et qui \u00e9tait rigoureusement impensable dans le stade de l\u2019oralit\u00e9. On peut citer l\u2019apparition de la monnaie chez les Ph\u00e9niciens, ce qui met fin \u00e0 l\u2019\u00e9conomie du troc, mais surtout la naissance de la g\u00e9om\u00e9trie, science de l\u2019\u00e9crit par excellence<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces inventions, rendues possibles gr\u00e2ce au couplage de l\u2019\u00e9crit et d\u2019un support mat\u00e9riel, ont fait faire \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 un bond incroyable en termes de progr\u00e8s culturel, social et politique. La constante qui se d\u00e9gage, \u00e0 la lumi\u00e8re de ces diff\u00e9rentes r\u00e9volutions, c\u2019est que lorsqu\u2019une rupture de cette envergure se produit, elle suscite toujours des r\u00e9sistances. Prenons un dialogue c\u00e9l\u00e8bre de Platon, le <em>Ph\u00e8dre<\/em><a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>. Alors que l\u2019\u00e9criture \u00e9tait invent\u00e9e depuis longtemps, on discute encore \u00e0 Ath\u00e8nes de ce que l\u2019on perd et de ce l\u2019on gagne en passant de l\u2019oralit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9criture. Socrate y d\u00e9veloppe la fameuse th\u00e9orie selon laquelle non seulement l\u2019\u00e9crit nous viderait la t\u00eate et nous ferait perdre la m\u00e9moire, mais qu\u2019en plus elle pourrait saper les fondements de la Cit\u00e9<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>. Socrate dans ce dialogue assimile l\u2019\u00e9crit \u00e0 un <em>pharmakon<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire, \u00e0 la fois un rem\u00e8de et un poison, autrement dit \u00e0 ce qui gu\u00e9rit et qui tue. En d\u2019autres termes, en m\u00eame temps qu\u2019elle est la raison de la constitution de la Cit\u00e9, parce qu\u2019elle a produit les savoirs positifs qui la fondent, elle pourrait aussi \u00eatre ce qui la d\u00e9truit. Voici les mots que Socrate met dans la bouche du dieu Thamous, qui s\u2019en prend \u00e0 Theuth, l\u2019inventeur de l\u2019\u00e9criture&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>En effet, cet art produira l\u2019oubli dans l\u2019\u00e2me de ceux qui l\u2019auront appris, parce qu\u2019ils cesseront d\u2019exercer leur m\u00e9moire&nbsp;: mettant, en effet, leur confiance dans l\u2019\u00e9crit, c\u2019est du dehors, gr\u00e2ce \u00e0 des empreintes \u00e9trang\u00e8res, et non du dedans, gr\u00e2ce \u00e0 eux-m\u00eames, qu\u2019ils feront acte de rem\u00e9moration&nbsp;; ce n\u2019est donc pas de la m\u00e9moire, mais de la rem\u00e9moration, que tu as trouv\u00e9 le rem\u00e8de. Quant \u00e0 la science, c\u2019en est la semblance que tu procures \u00e0 tes disciples, non la r\u00e9alit\u00e9. Lors donc que, gr\u00e2ce \u00e0 toi, ils auront entendu parler de beaucoup de choses, sans avoir re\u00e7u d\u2019enseignement, ils sembleront avoir beaucoup de science, alors que, dans la plupart des cas, ils n\u2019auront aucune science&nbsp;; de plus, ils seront insupportables dans leur commerce, parce qu\u2019ils seront devenus des semblants de savants, au lieu d\u2019\u00eatre des savants<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le paradoxe apparent ici, c\u2019est que l\u2019\u00e9criture qui est cens\u00e9e vaincre l\u2019oubli parce qu\u2019elle permet de tout archiver, va produire justement la perte de la m\u00e9moire, puisque celle-ci cesse de passer d\u00e9sormais dans l\u2019objet. Il faut toutefois pr\u00e9ciser que la m\u00e9moire dont parle Socrate, n\u2019est \u00e9videmment pas cette mn\u00e9motechnique gr\u00e2ce \u00e0 laquelle les \u00e9tudiants au Moyen \u00e2ge pouvaient restituer leurs cours des ann\u00e9es plus tard , mais ce qu\u2019il appelle dans le <em>Ph\u00e8dre<\/em> et dans le <em>Menon<\/em> l\u2019<em>anamnesis<\/em>, cette capacit\u00e9 \u00e0 s\u2019approprier un savoir, de sorte \u00e0 pouvoir le reproduire pour son propre compte, parce qu\u2019on le poss\u00e8de comme s\u2019il \u00e9tait \u00e9crit sur&nbsp; son \u00e2me, et que, pour cette raison, l\u2019on est en mesure d\u2019en produire la critique<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>. Ce que dit Socrate, c\u2019est que du fait de l\u2019\u00e9criture, cette aptitude \u00e0 reconstituer les circuits du savoir pourrait se perdre, au profit de <em>la simple r\u00e9p\u00e9tition de ce que l\u2019on ne comprend pas.<\/em> En un mot, ce qu\u2019il reproche aux sophistes, c\u2019est de d\u00e9velopper des techniques de manipulation qui consistent \u00e0 mettre des st\u00e9r\u00e9otypes dans la t\u00eate des Ath\u00e9niens, par le biais de cette science nouvelle que l\u2019\u00e9criture a rendu possible, la rh\u00e9torique, au d\u00e9triment des savoirs positifs qui fondent la Cit\u00e9. Pour Socrate, la <em>logographie<\/em> pratiqu\u00e9e par les sophistes revient \u00e0 court-circuiter la vie de l\u2019esprit telle qu\u2019elle devrait \u00eatre fond\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec le passage au num\u00e9rique c\u2019est une vieille utopie qui a longtemps hant\u00e9 la philosophie, au moins depuis les recherches au Moyen \u00c2ge sur la langue parfaite et les moyens de d\u00e9passer ce qu\u2019il \u00e9tait alors convenu d\u2019appeler la \u00ab&nbsp;<em>mal\u00e9diction de Babel<\/em>&nbsp;\u00bb qui se r\u00e9alise. Il s\u2019agissait de trouver une langue universelle univoque, susceptible de dissiper les quiproquos et les malentendus qui faussent l\u2019usage correct des langues naturelles<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>. Mais c\u2019est au XVII\u00b0 si\u00e8cle, avec Leibniz et son projet de formalisation et de m\u00e9canisation des op\u00e9rations de la pens\u00e9e que ce programme de recherches va s\u2019orienter de fa\u00e7on d\u00e9cisive vers sa phase de r\u00e9alisation technique. Leibniz part du principe que lorsque nous raisonnons, nous combinons en fait des symboles<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>. Toute pens\u00e9e peut donc \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une combinaison de symboles repr\u00e9sentant des notions simples. Sur la base de cette conviction, il affirme que si nous pouvions arriver \u00e0 dresser une table syst\u00e9matique des notions les plus simples et les plus \u00e9l\u00e9mentaires qui entrent dans nos pens\u00e9es, nous pourrions alors concevoir des <em>proc\u00e9d\u00e9s de calcul<\/em> permettant de d\u00e9couvrir toutes les combinaisons possibles et non-contradictoires, et donc toutes les pens\u00e9es possibles. La conviction de Leibniz c\u2019est que la pens\u00e9e est en r\u00e9alit\u00e9 un calcul, mais un calcul spontan\u00e9 et inconscient qui, de ce fait, peut \u00eatre amen\u00e9 \u00e0 errer, \u00e0 t\u00e2tonner et \u00e0 se fourvoyer. Il veut en faire un calcul conscient qui soit d\u2019une rigueur parfaite, <em>de sorte que l\u2019on puisse le confier \u00e0 une machine. <\/em>C\u2019est le tout premier projet de m\u00e9canisation de la pens\u00e9e qui, en passant par la logique binaire de Boole a abouti \u00e0 la fabrication des ordinateurs tels que nous les connaissons. Tels qu\u2019ils existent aujourd\u2019hui, les ordinateurs sont des machines de Turing. Le projet de Turing avait consist\u00e9 \u00e0 faire reproduire par une machine th\u00e9orique des calculs m\u00e9caniques. C\u2019est de ce projet qu\u2019est n\u00e9e l\u2019informatique et son corollaire, l\u2019Intelligence Artificielle, qui vont donner naissance aux ordinateurs. En 1969 le Pentagone met en place un vaste r\u00e9seau interconnect\u00e9 structur\u00e9 en rhizome, d\u00e9nomm\u00e9 <em>Advanced Research Project Network <\/em>(<em>ARPNET<\/em>) dans le but de rendre plus fluide et plus rapide les communications au sein de l\u2019arm\u00e9e am\u00e9ricaine. Ce projet sera absorb\u00e9 en 1986 par la <em>National Science Foundation<\/em>. Mais c\u2019est en 1993, lorsque l\u2019invention des protocoles HTTP (<em>Hyper Transfer<\/em> <em>Protocol)<\/em> et HTML (<em>Hypertext Markup Language<\/em>) permettant la cr\u00e9ation des sites et des adresses \u00e9lectroniques par des chercheurs du CERN est mise dans le domaine public que le r\u00e9seau Internet est devenu une r\u00e9alit\u00e9 accessible au grand public<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme toutes les grandes r\u00e9volutions techniques qui ont marqu\u00e9 l\u2019histoire des hommes, celle du num\u00e9rique a soulev\u00e9 toutes sortes de questions. Nous ne les aborderons pas ici. Nous montrerons cependant qu\u2019avec l\u2019automatisation de la production industrielle, nous entrons de plain-pied dans un nouvel \u00e2ge du capitalisme ainsi que nous l\u2019avons annonc\u00e9 plus haut, ce qui pose des questions d\u2019une tr\u00e8s grande complexit\u00e9 que les sciences sociales en Afrique n\u2019ont pas encore s\u00e9rieusement commenc\u00e9 \u00e0 investiguer. La nouveaut\u00e9, c\u2019est que les machines remplaceront progressivement les travailleurs dans la quasi-totalit\u00e9 des activit\u00e9s de production, ce que Marx avait pr\u00e9dit en 1857<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\"><sup>[15]<\/sup><\/a>. Il s\u2019agit donc d\u2019une tendance lourde, dans le sens de faire baisser les co\u00fbts du travail, et l\u2019on peut pr\u00e9sumer que dans un avenir pas tr\u00e8s lointain, si les co\u00fbts de production des robots baissent \u2013 ce qui est in\u00e9luctable \u2013, c\u2019est toute la production industrielle qui va s\u2019orienter dans cette direction. C\u2019est dans cette perspective que le journal belge <em>Le Soir<\/em> du 19 juillet 2014 annonce, sur la base d\u2019\u00e9tudes prospectives am\u00e9ricaines, que la France, la Belgique, l\u2019Italie, les Etats Unis et la Pologne pourraient perdre entre 40 et 50% de leurs emplois dans les prochaines ann\u00e9es. Dans la plupart des \u00e9conomies d\u00e9velopp\u00e9es, cette tendance est d\u00e9j\u00e0 nettement perceptible. Sur cette question, Bernard Stiegler attire l\u2019attention sur le fait que lorsque Marx parlait du processus de prol\u00e9tarisation des ouvriers au XIX<sup>e <\/sup>si\u00e8cle, il n\u2019avait pas seulement en vue la paup\u00e9risation de ces derniers, mais le fait, plus grave, que les savoirs ancestraux des artisans passent dans les machines qui les captent et les automatisent, pour les reproduire \u00e0 une \u00e9chelle industrielle<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\"><sup>[16]<\/sup><\/a>. Certes, de nouveaux types d\u2019emplois seront cr\u00e9\u00e9s du fait des innovations technologiques elles-m\u00eames. De la m\u00eame mani\u00e8re que la nouvelle \u00e9conomie du livre a fait dispara\u00eetre des m\u00e9tiers et en a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 de nouveaux, de nouveaux m\u00e9tiers appara\u00eetront du fait du num\u00e9rique. Mais nul ne sait pour le moment le temps que cela prendra, ni m\u00eame s\u2019ils pourront r\u00e9sorber le gap des emplois d\u00e9truits. Cons\u00e9quence \u00e9conomique imm\u00e9diate&nbsp;: ce sera peut-\u00eatre la fin du mod\u00e8le consum\u00e9riste fordo-keyn\u00e9sien, tel qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u et fond\u00e9 sur l\u2019id\u00e9e que la croissance ne peut que s\u2019appuyer sur la consommation, laquelle doit \u00eatre soutenue par les gains de productivit\u00e9 distribu\u00e9s sous forme de salaires aux travailleurs. Or, il est clair que s\u2019il y a de moins en moins de travailleurs, il y aura \u00e9videmment moins de consommation pour soutenir la croissance, et l\u2019on ne voit pas comment le capitalisme pourrait ne pas s\u2019effondrer dans une crise de surproduction de loin beaucoup plus grave que celle de 1929. Le g\u00e9nie de Henry Ford avait consist\u00e9 \u00e0 voir que pour faire face aux effets de la concurrence et relancer la machine de la production, il ne suffisait pas seulement de r\u00e9organiser le travail selon les fameux principes tayloriens. Il fallait aussi \u00e9tendre le march\u00e9 \u00e0 tous ceux qui en \u00e9taient exclus, en l\u2019occurrence les ouvriers en qui il voyait de potentiels consommateurs. Il fallait que ces derniers fussent suffisamment bien pay\u00e9s pour acheter \u2013 \u00e0 cr\u00e9dit &#8211; les voitures qu\u2019ils construisaient eux-m\u00eames. Ainsi, on arriverait de la sorte \u00e0 juguler, ou \u00e0 tout le moins \u00e0 retarder la fameuse pr\u00e9diction de Marx de la \u00ab&nbsp;<em>baisse tendancielle des taux de profit<\/em>&nbsp;\u00bb, dont l\u2019auteur du <em>Capital<\/em> a brillamment d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019elle est in\u00e9luctable, et qu\u2019\u00e0 terme, elle condamne le capitalisme \u00e0 une crise syst\u00e9mique dont il ne pourrait se relever. C\u2019est \u00e0 cette aporie que r\u00e9pond, selon nous, la n\u00e9cessit\u00e9 de toujours trouver de nouveaux march\u00e9s, de coloniser de nouveaux espaces, en l\u2019occurrence ici les espaces mentaux des consommateurs, c\u2019est-\u00e0-dire leurs capacit\u00e9s attentionnelles pour que l\u2019infernale dialectique de la production et de la consommation ne s\u2019arr\u00eate jamais.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une nouvelle phase du capitalisme&nbsp;?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Il faudrait donc savoir lier l\u2019automatisation de la production industrielle avec le d\u00e9veloppement des techniques modernes de captation et de manipulation de l\u2019attention induites par les nouvelles techniques publicitaires. Le neuromarketing par exemple, cette technique commerciale qui consiste \u00e0 submerger le consommateur de messages subliminaux, est une premi\u00e8re figuration de cette mort annonc\u00e9e du citoyen, et de son remplacement par le consommateur. En 2004, Patrick Le Lay, alors directeur de TF1 faisait cet aveu&nbsp;qui fit grand bruit :&nbsp;\u00ab<em> Dans une perspective \u2018\u2019business\u2019\u2019, soyons r\u00e9alistes&nbsp;: \u00e0 la base, le m\u00e9tier de TF1, c\u2019est d\u2019aider Coca-Cola par exemple \u00e0 vendre son produit. Or, pour qu\u2019un message soit per\u00e7u, il faut que le cerveau du t\u00e9l\u00e9spectateur soit disponible. Nos \u00e9missions ont pour vocation de le rendre disponible&nbsp;: c&rsquo;est-\u00e0-dire de le divertir, de le d\u00e9tendre pour le pr\u00e9parer entre deux messages<\/em>.&nbsp;<em>Ce que nous vendons \u00e0 Coca-cola c\u2019est du temps de cerveau disponible&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\"><sup><strong><sup>[17]<\/sup><\/strong><\/sup><\/a>. <\/em>Cela veut dire que les programmes t\u00e9l\u00e9 n\u2019ont qu\u2019une seule finalit\u00e9&nbsp;: conditionner le cerveau du t\u00e9l\u00e9spectateur et le pr\u00e9parer \u00e0 recevoir sans r\u00e9sistance les messages publicitaires. Aujourd\u2019hui Internet va plus loin, et c\u2019est tout l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me des nouveaux \u00e9crans qui nous expose \u00e0 cette publicit\u00e9 ubiquitaire devenue scientifique. Nous pensons que celle-ci d\u00e9truit les processus traditionnels d\u2019\u00e9ducation qu\u2019il court-circuite par le biais de techniques tr\u00e8s sophistiqu\u00e9es dont le but est de rendre l\u2019attention des citoyens \u00e9trang\u00e8re \u00e0 elle-m\u00eame parce que faite marchandise. L\u2019attention, devenue ainsi objet de convoitise, se retrouve au centre d\u2019enjeux d\u2019ordre commercial, politique et \u00e9ducatif, ce qui t\u00e9moigne d\u2019une mutation sans pr\u00e9c\u00e9dent du capitalisme. Jusque-l\u00e0, la raret\u00e9 ne concernait que la production des ressources mat\u00e9rielles. Tout indique qu\u2019il se serait produit une inversion qui l\u2019aurait d\u00e9plac\u00e9e de la production des biens vers des formes nouvelles plus <em>soft,<a href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\"><sup><strong><sup>[18]<\/sup><\/strong><\/sup><\/a><\/em> fond\u00e9es pour une grande part sur la communication.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, la question de savoir \u00e0 quoi l\u2019on accorde notre attention est devenue un enjeu si crucial que de nombreuses voies en appellent depuis quelques ann\u00e9es \u00e0 un d\u00e9passement des cat\u00e9gories h\u00e9rit\u00e9es de l\u2019\u00e9conomie classique pour penser cette r\u00e9alit\u00e9 nouvelle que l\u2019on subsume d\u00e9sormais sous le concept <em>d\u2019\u00e9conomie de l\u2019attention.<\/em> Voici comment Yves Citton r\u00e9sume cette situation&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>La nouvelle raret\u00e9 ne serait plus \u00e0 situer du c\u00f4t\u00e9 des biens mat\u00e9riels \u00e0 produire, mais de l\u2019attention n\u00e9cessaire \u00e0 les consommer. Avec cette cons\u00e9quence pratique quelque peu d\u00e9routante, qui prend rapidement la forme d\u2019une proph\u00e9tie&nbsp;: mon \u00e9diteur a profit\u00e9 de votre na\u00efvet\u00e9 et de notre id\u00e9ologie \u00e9conomiste ancestrale pour vous vendre le livre que vous tenez en mains (ou le fichier num\u00e9rique qui d\u00e9file actuellement dans votre tablette de lecture), comme si c\u2019\u00e9tait lui qui disposait de la ressource rare et pr\u00e9cieuse (le livre et son contenu)&nbsp;; en r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est vous, lecteurs et lectrices, qui tenez&nbsp; d\u00e9sormais le couteau par la manche, sans qu\u2019on ose vous le dire et sans que vous ne vous en soyez encore aper\u00e7us, puisque, devant la pl\u00e9thore d\u2019ouvrages r\u00e9dig\u00e9s et diffus\u00e9s chaque mois, c\u2019est votre attention, celle que vous mobilisez en ce moment pour suivre le d\u00e9roulement de cette phrase, qui est d\u00e9sormais la ressource la plus rare et la plus ardemment d\u00e9sir\u00e9e. En toute justice et en toute logique, c\u2019est moi, auteur de ces lignes, qui devrait non seulement vous remercier, mais vous payer pour la gr\u00e2ce que vous me faites de consacrer votre temps si pr\u00e9cieux \u00e0 la lecture de ce livre, plut\u00f4t qu\u2019aux millions de textes, de chansons et de films qui vous sont offerts sur internet. D\u2019o\u00f9 la proph\u00e9tie&nbsp;: d\u2019ici quelques ann\u00e9es ou d\u00e9cennies, nous pourrons demander \u00e0 \u00eatre pay\u00e9s pour accorder notre attention \u00e0 un bien culturel, au lieu d\u2019avoir \u00e0 payer le droit d\u2019y acc\u00e9der, comme on l\u2019exige encore de nous en cette \u00e9poque arri\u00e9r\u00e9e.<a href=\"#_ftn19\" id=\"_ftnref19\"><sup>[19]<\/sup><\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Si nous avons longuement cit\u00e9 ce texte, c\u2019est parce qu\u2019il nous semble caract\u00e9riser tr\u00e8s clairement le paradoxe apparent de cette nouvelle \u00e9conomie dans laquelle la proph\u00e9tie que fait l\u2019auteur est d\u00e9j\u00e0 en voie de r\u00e9alisation. Comme chacun sait, des moteurs de recherches et des plateformes comme <em>Google<\/em> et <em>YouTube<\/em> d\u00e9pensent chaque ann\u00e9e des millions de dollars pour pouvoir offrir gratuitement aux consommateurs toutes sortes de produits culturels (musique, livres, films etc.), <em>en \u00e9change de leur seule attention<\/em>. Parce que l\u2019attention est devenue l\u2019\u00e9talon de mesure qui permet d\u2019\u00e9valuer la valeur que l\u2019on accorde aux objets (mais aussi aux personnes), elle acquiert le statut de principal param\u00e8tre du nouvel ordre marchand. C\u2019est pourquoi Citton peut \u00e9crire, quelques lignes plus loin&nbsp;: \u00ab si un produit est gratuit, alors le vrai produit, c\u2019est vous&nbsp;!<em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn20\" id=\"_ftnref20\"><sup><strong><sup>[20]<\/sup><\/strong><\/sup><\/a>, <\/em>autrement dit, l\u2019attention que nous lui consacrons, et que les g\u00e9ants du Net, par le moyen d\u2019algorithmes extr\u00eamement sophistiqu\u00e9s, arrivent \u00e0 capter pour la revendre aux annonceurs. En d\u2019autres termes, c\u2019est le \u00ab&nbsp;<em>temps de cerveau disponible \u00bb <\/em>des t\u00e9l\u00e9spectateurs de <em>TF1<\/em> que l\u2019on capte pour le revendre \u00e0 <em>Coca-Cola<\/em><a href=\"#_ftn21\" id=\"_ftnref21\"><sup>[21]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut cependant signaler que si le num\u00e9rique a conf\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de l\u2019attention une dimension jusque-l\u00e0 insoup\u00e7onn\u00e9e, celle-ci existait pourtant bien avant, au moins \u00e0 partir des ann\u00e9es 1920, avec l\u2019invention de la radio, dans le contexte d\u2019\u00e9mergence du consum\u00e9risme. Il n\u2019\u00e9tait plus alors seulement question de produire, mais surtout de gagner des parts de march\u00e9, dans un environnement marqu\u00e9 par une concurrence de plus en plus agressive. Plus que les autres m\u00e9dias, la radio, lieu de naissance de la publicit\u00e9 devenue scientifique, d\u00e9veloppe par la constitution des audiences de masse, des strat\u00e9gies de captation de l\u2019attention et de contr\u00f4le des comportements jusque-l\u00e0 inconnues, exposant les auditeurs \u00e0 une sollicitation de plus en plus intense aux messages publicitaires. C\u2019est \u00e0 partir de ce contexte que les travaux d\u2019Herbert Simon, apr\u00e8s ceux, pr\u00e9curseurs de Gabriel Tarde au d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, ont pu jeter les bases de cette discipline. Dans une conf\u00e9rence publi\u00e9e en 1971, Herbert Simon pose ce qui va \u00eatre l\u2019axiome de base de l\u2019\u00e9conomie de l\u2019attention en ces termes&nbsp;:&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;<\/em>la richesse d\u2019informations entra\u00eene une p\u00e9nurie d\u2019autre chose, une raret\u00e9 de ce que l\u2019information consomme. Or ce que l\u2019information consomme est assez \u00e9vident&nbsp;: elle consomme l\u2019attention de ceux qui la re\u00e7oivent&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn22\" id=\"_ftnref22\"><sup>[22]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c\u2019est au milieu des ann\u00e9es 1990, \u00e0 la faveur de l\u2019explosion des technologies du num\u00e9rique, dont la puissance, infiniment plus grande que celle des m\u00e9dias traditionnels comme la radio et le cin\u00e9ma, a unifi\u00e9 la plan\u00e8te, que l\u2019\u00e9conomie de l\u2019attention acquiert droit de cit\u00e9, ce qui t\u00e9moigne d\u2019une mutation profonde du capitalisme vers une phase postindustrielle essentiellement ax\u00e9e sur la communication et l\u2019information. Or, dans cette nouvelle \u00ab \u00e9cologie de l\u2019attention \u00bb o\u00f9 tout est marchandise, la vie culturelle au sens large est n\u00e9cessairement parasit\u00e9e par un discours publicitaire ubiquitaire. Ce que nous appelons ici \u00e9cologie de l\u2019attention renvoie \u00e0 la fa\u00e7on dont notre environnement mat\u00e9riel actuel, largement d\u00e9termin\u00e9 par la publicit\u00e9 et la configuration des nouveaux m\u00e9dias, transforme les conditions d\u2019exercice de l\u2019attention, particuli\u00e8rement chez les jeunes \u2013 mais aussi chez les adultes \u2013 dont on d\u00e9plore de plus en plus les difficult\u00e9s \u00e0 se concentrer longuement. En effet, tout semble indiquer que c\u2019est la configuration du m\u00e9dium qu\u2019est Internet qui rend de plus en plus probl\u00e9matique l\u2019\u00e9ducation \u00e0 l\u2019attention et son corollaire, l\u2019aptitude \u00e0 la lecture profonde, ce qui ne va pas sans poser de graves probl\u00e8mes pour l\u2019\u00e9cole et plus g\u00e9n\u00e9ralement pour les d\u00e9mocraties.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un article particuli\u00e8rement \u00e9clairant, Katherine Hayles a tent\u00e9 de prendre la mesure de cette situation, en montrant que nous vivons une \u00e9poque particuli\u00e8rement cruciale, caract\u00e9ris\u00e9e par ce qu\u2019elle appelle une \u00ab&nbsp;<em>mutation g\u00e9n\u00e9rationnelle<\/em>&nbsp;\u00bb (<em>generational shift<\/em>) dans les modes de cognition, entre, d\u2019une part, ceux que l\u2019on d\u00e9signe souvent comme les <em>digital natives,<\/em> et d\u2019autre part les adultes dont l\u2019\u00e9ducation s\u2019\u00e9tait faite par les livres<a href=\"#_ftn23\" id=\"_ftnref23\"><sup>[23]<\/sup><\/a>. Pour cet auteur, la rupture g\u00e9n\u00e9rationnelle, qu\u2019il faut situer dans le passage de \u00ab<em>&nbsp;l\u2019attention profonde<\/em>&nbsp;\u00bb \u00e0 <em>\u00ab&nbsp;l\u2019hyper attention<\/em>&nbsp;\u00bb, se caract\u00e9rise de la fa\u00e7on suivante&nbsp;: l\u2019attention profonde se d\u00e9finit par la captation de notre int\u00e9r\u00eat par un seul objet, sur une longue dur\u00e9e, comme la lecture d\u2019un roman ou d\u2019un texte de philosophie, alors que l\u2019hyper attention se caract\u00e9rise au contraire par la dispersion de l\u2019attention, ce qui se traduit par des fluctuations et des oscillations rapides entre plusieurs activit\u00e9s et plusieurs objets, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de plusieurs flux d\u2019informations h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes<a href=\"#_ftn24\" id=\"_ftnref24\"><sup>[24]<\/sup><\/a>. La th\u00e8se de Katherine Hayles, c\u2019est que du fait de l\u2019usage g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 des outils num\u00e9riques, nous&nbsp; sommes, jeunes comme adultes, en train de passer de l\u2019attention profonde \u00e0 l\u2019hyper attention. Il importe de prendre la mesure de cette mutation parce qu\u2019il y va de la fa\u00e7on dont le cerveau se laisse d\u00e9terminer par les artefacts cognitifs qui prolongent notre esprit. Or, comme chacun sait, la caract\u00e9ristique principale du cerveau est sa capacit\u00e9 \u00e0 se reconfigurer en fonction des exp\u00e9riences v\u00e9cues et de l\u2019environnement mat\u00e9riel. Etant donn\u00e9 que les connexions synaptiques s\u2019\u00e9toffent et \u00e9voluent en fonction de l\u2019environnement mat\u00e9riel, on peut consid\u00e9rer que les enfants \u00e9duqu\u00e9s dans des environnements o\u00f9 dominent les outils num\u00e9riques auront certainement des cerveaux connect\u00e9s et configur\u00e9s selon des modalit\u00e9s diff\u00e9rentes de celles de leurs a\u00een\u00e9s (les <em>reading brain<\/em>) qui ont grandi et atteint la maturit\u00e9 dans des contextes o\u00f9 l\u2019\u00e9ducation \u00e9tait essentiellement fond\u00e9e sur le paradigme de la <em>deep attention<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9volution cognitive dont parle Katherine Hayles est donc \u00e0 prendre au s\u00e9rieux d\u2019autant plus que l\u2019apprentissage qui jadis, passait par le livre, et donc par l\u2019isolement et l\u2019effort intellectuel est devenu une exp\u00e9rience visuelle ludique et appauvrie. Pour saisir toute la port\u00e9e de ce contraste, il faudrait faire voir en quoi le livre a \u00e9t\u00e9 un op\u00e9rateur de progr\u00e8s pour l\u2019humanit\u00e9. Pour Daniel Bougnoux, cela tient pour l\u2019essentiel \u00e0 l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 typographique du livre, qui contraste point par point avec l\u2019exub\u00e9rance du discours oral.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Le texte \u00e9crit noir sur blanc, avec ses lignes de caract\u00e8res alphab\u00e9tiques nettement justifi\u00e9s, constitue peut-\u00eatre le proc\u00e9d\u00e9 le plus sensoriellement pauvre, le plus s\u00e9v\u00e8re que les hommes ont imagin\u00e9 pour repr\u00e9senter le monde ou leur histoire.&nbsp;En ne retenant de la cha\u00eene orale que sa mise en forme alphab\u00e9tique, le livre \u00e9lague la riche polyphonie de l\u2019orateur, le th\u00e9\u00e2tre de son corps et la chaleur relationnelle qui l\u2019entoure&nbsp;; il isole l\u2019\u00e9metteur du message, et du m\u00eame coup int\u00e9riorise sa conscience en concentrant celle-ci sur le seul contenu de l\u2019ouvrage et sur sa logique, au d\u00e9triment de toute s\u00e9duction ext\u00e9rieure<a href=\"#_ftn25\" id=\"_ftnref25\"><sup>[25]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p><a><\/a>Pour comprendre les ressorts par lesquels cette s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 typographique du livre va produire la r\u00e9volution \u00e9pist\u00e9mique de la <em>graphosph\u00e8re<\/em> (R\u00e9gis Debray), il faut comparer le texte \u00e9crit, comme Bougnoux nous y invite, au discours oral. Il n\u2019est pas difficile de voir alors comment, face \u00e0 un orateur dou\u00e9, un tribun, les \u00e9l\u00e9ments externes ou les \u00ab&nbsp;<em>bruits&nbsp;<\/em>\u00bb qui n\u2019ont cependant rien \u00e0 voir avec le contenu intrins\u00e8que du message en tant que tel, peuvent fausser et faussent effectivement la communication. Or, ces&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;bruits<\/em>&nbsp;\u00bb sont nombreux&nbsp;: les mimiques de l\u2019orateur, le timbre de sa voix et ses intonations, la fa\u00e7on dont il est habill\u00e9, l\u2019endroit o\u00f9 il se trouve, un amphith\u00e9\u00e2tre par exemple qui peut ajouter de la solennit\u00e9 au discours, bref, tous ces \u00e9l\u00e9ments ext\u00e9rieurs qui n\u2019ont pourtant aucune pertinence en termes stricts de contenu s\u00e9mantique, agissent sur le destinataire du message et l\u2019inclinent pour ainsi dire \u00e0 acquiescer \u00e0 ce qu\u2019on lui dit. Tout cela dispara\u00eet d\u00e8s qu\u2019il s\u2019agit de l\u2019acte solitaire qu\u2019est la lecture d\u2019un livre. En effet, un texte se r\u00e9duit \u00e0 peu de choses, de simples signes que l\u2019on d\u00e9code patiemment. L\u2019int\u00e9r\u00eat de ce d\u00e9pouillement du livre qui r\u00e9duit toute la floraison du discours oral \u00e0 des signes aust\u00e8res, c\u2019est de faire en sorte qu\u2019il ne puisse d\u00e9livrer que de la pens\u00e9e, et rien d\u2019autre qui pourrait offusquer celle-ci d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre. On voit alors dans quelle mesure ce face \u00e0 face avec le livre permet le d\u00e9veloppement de l\u2019esprit critique, parce que lire, ce n\u2019est jamais recevoir passivement des contenus de connaissance. Un tel exercice fortifie par cons\u00e9quent l\u2019autonomie, avec l\u2019acquisition d\u2019un savoir personnel, et d\u00e9veloppe l\u2019attention et les capacit\u00e9s d\u2019analyse et de synth\u00e8se, toutes choses qui constituent les conditions de possibilit\u00e9 de la lib\u00e9ration morale et spirituelle de <em>l\u2019individu\u2013citoyen<\/em>. Bref, ce qui fait la force du livre, c\u2019est que le lecteur n\u2019est pas un consommateur passif, mais un sujet actif qui participe \u00e0 l\u2019\u00e9laboration du savoir au moment o\u00f9 il l\u2019acquiert, ce qui veut dire qu\u2019il se cultive et devient ainsi un sujet autonome capable de s\u2019autod\u00e9terminer<a href=\"#_ftn26\" id=\"_ftnref26\"><sup>[26]<\/sup><\/a>. La lecture est donc sans doute l\u2019invention culturelle la plus d\u00e9cisive de l\u2019humanit\u00e9, celle qui montre le mieux \u00e0 quel point le processus d\u2019hominisation, loin d\u2019\u00eatre naturel, rel\u00e8ve plut\u00f4t d\u2019une dynamique continue d\u2019artificialisation de la vie par des moyens techniques. Si l\u2019usage de la parole est en un certain sens inn\u00e9 parce qu\u2019il est un produit de l\u2019\u00e9volution, la lecture et l\u2019\u00e9criture, acquisitions r\u00e9centes, sont des inventions purement culturelles qui ne doivent rien \u00e0 notre constitution naturelle. Le cerveau n\u2019ayant pas eu le temps d\u2019\u00e9voluer et d\u2019acqu\u00e9rir naturellement ces comp\u00e9tences, il ne dispose donc pas de neurones <em>naturellement <\/em>destin\u00e9s \u00e0 celles-ci. Ces derni\u00e8res doivent donc \u00eatre acquises sur des syst\u00e8mes du cerveau d\u00e9j\u00e0 existants, en particulier les modules visuel et auditif naturellement destin\u00e9s au d\u00e9part au traitement des sons et des formes.&nbsp; Cela veut dire que le cerveau a la capacit\u00e9 de recycler les neurones d\u00e9j\u00e0 sp\u00e9cialis\u00e9s en les r\u00e9orientant vers l\u2019acquisition de nouvelles aptitudes. Cette th\u00e9orie du <em>\u00ab&nbsp;recyclage neuronal&nbsp;<\/em>\u00bb est aujourd\u2019hui largement accept\u00e9e par la communaut\u00e9 des biologistes du cerveau<a href=\"#_ftn27\" id=\"_ftnref27\"><sup>[27]<\/sup><\/a>. Pour comprendre en quoi consiste cette th\u00e9orie, il faut voir comment interagissent les modules auditif et visuel pour rendre la lecture&nbsp;possible. Ces deux modules sont des zones de traitement dont la fonction consiste \u00e0 traiter des informations provenant de sous- modules comme les images et les sons. Mais pour que les connexions n\u00e9cessaires \u00e0 la lecture apparaissent, il faut que s\u2019\u00e9tablissent des circuits entre ces modules. Cette caract\u00e9ristique est un cas assez sp\u00e9cial de ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler la <em>plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale<\/em> ou <em>neuroplasticit\u00e9<\/em>, cette capacit\u00e9 prodigieuse par laquelle le cerveau se rend capable de se modifier et donc de se reconfigurer, ce qui veut dire que le <em>\u00ab&nbsp;c\u00e2blage<\/em>&nbsp;\u00bb des circuits neuronaux, loin de se figer une bonne fois pour toutes dans une forme d\u00e9finitive, comme on l\u2019a cru pendant longtemps, \u00e9volue constamment, en fonction des exp\u00e9riences et des apprentissages. En d\u2019autres termes<em>, tout se passe comme si le cerveau \u00e9tait programm\u00e9 \u00e0 se d\u00e9programmer, c&rsquo;es<\/em>t-\u00e0-dire \u00e0 \u00e9voluer et \u00e0 se transformer, non seulement en fonction de l\u2019environnement psycho-social, mais surtout du fait de l\u2019environnement technique. Or, ce que beaucoup de chercheurs en neurosciences soup\u00e7onnent aujourd\u2019hui, c\u2019est qu\u2019il se pourrait qu\u2019avec l\u2019av\u00e8nement du num\u00e9rique nous assistions \u00e0 une nouvelle phase de cette plasticit\u00e9 du cerveau, parce que la lecture sur ordinateur n\u2019exciterait pas les m\u00eames neurones, ni les m\u00eames zones de notre cortex que la lecture livresque, ce qui laisse pr\u00e9sager que nos enfants, ces <em>digital natives<\/em> dont les cerveaux ont \u00e9t\u00e9 peut-\u00eatre model\u00e9s \u00e0 l\u2019image des microprocesseurs seraient peut-\u00eatre comme l\u2019\u00e9bauche d\u2019une nouvelle \u00e9tape du processus d\u2019hominisation<a href=\"#_ftn28\" id=\"_ftnref28\"><sup>[28]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Si nous avons \u00e9largi la focale pour nous aventurer dans des champs disciplinaires tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s de l\u2019\u00e9conomie sur la carte des savoirs, c\u2019est que la question de l\u2019\u00e9conomie de l\u2019attention n\u2019est pas exclusivement \u00e9conomique. Par ses ramifications, elle est de fait une question de soci\u00e9t\u00e9 qui implique des consid\u00e9rations qui ne peuvent \u00eatre probl\u00e9matis\u00e9es que par une approche holistique qui emprunte aussi bien \u00e0 la philosophie de la technique qu\u2019\u00e0 la psychologie cognitive, \u00e0 la p\u00e9dagogie et \u00e0 la litt\u00e9rature ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019histoire des sciences et \u00e0 la biologie du cerveau.<\/p>\n\n\n\n<p>Que nous soyons au seuil d\u2019une grande bifurcation, ainsi que nous avons tent\u00e9 de le montrer est assez clair pour qui r\u00e9fl\u00e9chit aux cons\u00e9quences potentiellement d\u00e9sastreuses que peuvent engendrer les techniques de manipulation mises au service de logiques industrielles toujours plus innovantes et toujours plus efficaces. Il faut cependant affirmer avec la plus grande force qu\u2019il ne s\u2019agit pas ici, en attirant l\u2019attention sur les dangers de ces techniques et de la nouvelle \u00e9conomie ainsi induite de sombrer dans on ne sait quelle forme de technophobie. Que la technique soit un <em>pharmakon<\/em> tout comme l\u2019\u00e9criture, c\u2019est-\u00e0-dire, \u00e0 la fois poison et rem\u00e8de, ainsi que nous l\u2019avons signal\u00e9 plus haut, devrait montrer \u00e0 suffisance que notre propos est un examen critique au sens strict d\u2019une r\u00e9flexion qui cherche \u00e0 faire la part des choses comme on dit famili\u00e8rement, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 d\u00e9gager les enjeux politiques de cette nouvelle donne ainsi que le recommande l\u2019exigence \u00e9thique de lucidit\u00e9 th\u00e9orique.<\/p>\n\n\n\n<p>Que nos ressources psychiques soient devenues par la force des choses le champ de bataille des logiques capitalistes qui se les disputent pour se les soumettre, cela ne peut signifier qu\u2019une chose&nbsp;: nous sommes d\u00e9sormais les objets de convoitise du capitalisme nouveau. Impossible de ne pas (r\u00e9)entendre ici les antiques r\u00e9criminations de Socrate contre les sophistes car, aujourd\u2019hui comme hier, l\u2019enjeu reste le m\u00eame&nbsp;: <em>quoi \u00e9crire sur les \u00e2mes&nbsp;? Une science qui lib\u00e8re les citoyens, ou un savoir qui les manipule&nbsp;? Nous sommes donc \u00e0 la crois\u00e9e des chemins.<\/em><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> Bernard Stiegler a brillamment mis en lumi\u00e8re les raisons pour lesquelles la technique n\u2019a pas eu jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent les faveurs de la philosophie alors qu\u2019elle est constitutive de l\u2019objectivation de la \u00ab&nbsp;nature&nbsp;\u00bb humaine et pourquoi elle devrait \u00eatre au c\u0153ur de leurs pr\u00e9occupations.&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>Nous avons aujourd\u2019hui besoin de comprendre le processus de l\u2019\u00e9volution technique parce que nous \u00e9prouvons une forte opacit\u00e9 de la technique contemporaine&nbsp;: nous ne comprenons pas imm\u00e9diatement ce qui s\u2019y joue r\u00e9ellement et s\u2019y transforme en profondeur, alors m\u00eame que nous avons sans cesse \u00e0 prendre des d\u00e9cisions, dont nous avons de plus en plus souvent le sentiment que les cons\u00e9quences nous \u00e9chappent. Et dans l\u2019actualit\u00e9 technique quotidienne, nous ne pouvons distinguer spontan\u00e9ment des \u00e9v\u00e9nements spectaculaires mais \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, les processus de transformations engag\u00e9s pour une longue dur\u00e9e. (&#8230;) La question se pose de savoir si l\u2019on peut pr\u00e9voir et s\u2019il est possible d\u2019orienter l\u2019\u00e9volution de la technique \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire de la puissance. (\u2026) La confiance qui r\u00e9glait cette question depuis au moins Descartes n\u2019est plus de mise. Et cela tient aussi \u00e0 ce que la partition originairement op\u00e9r\u00e9e par la philosophie entre tekhn\u00e8 et \u00e9pist\u00e9m\u00e8 fait probl\u00e8me<\/em>. \u00bb&nbsp;Stiegler, B. (1994). <a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/oeuvre\/la-technique-et-le-temps-1\">La Technique et le temps<\/a>&nbsp;I. Galil\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> Stiegler, B. (1994). <em>La technique et le temps I<\/em>. Galil\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> Auroux, S. (1994). <em>La r\u00e9volution technologique de la grammatisation.<\/em> Mardaga.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> Voir \u00e0 ce propos Floridi, L. (2014). <em>The fourth revolution: how the infosphere is reshaping human reality<\/em>. Oxford University Press. <a href=\"http:\/\/nfwopdf.tomtattoo.eu\/the-fourth-revolution-how-the-luciano-53107176.pdf\">http:\/\/nfwopdf.tomtattoo.eu\/the-fourth-revolution-how-the-luciano-53107176.pdf<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> Gille, B. (1978). <em>Histoire des techniques. Techniques et civilisations, techniques et sciences<\/em>. Gallimard.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> Notons \u00e0 ce propos que si les dialogues de Platon ont cette tonalit\u00e9 orale assez particuli\u00e8re, c\u2019est parce qu\u2019ils sont avant tout des dialogues <em>racont\u00e9s,<\/em> que celui-ci reconstitue avec le g\u00e9nie litt\u00e9raire qui lui est propre. Deux interlocuteurs se rencontrent, et l\u2019un d\u2019eux pose une question \u00e0 propos de Socrate, des ann\u00e9es apr\u00e8s sa mort. Quand l\u2019autre r\u00e9pond, il restitue fid\u00e8lement une conversation qui a eu lieu des ann\u00e9es auparavant.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a> Quant aux monoth\u00e9ismes issus d\u2019Abraham, ces religions du Dieu unique qui se d\u00e9finissent comme religions du Livre (<em>Ahl al Kitab), <\/em>ilsne sont rigoureusement pas possibles sans l\u2019\u00e9criture. R\u00e9gis Debray qui situe la m\u00e9diologie dans la tradition de pens\u00e9e ouverte par Leroi-Gourhan, \u00e9crit que l\u2019apparition du Dieu unique peut \u00eatre comprise <em>jusqu\u2019\u00e0 un certain point<\/em> comme le r\u00e9sultat d\u2019un conditionnement technique qui en a favoris\u00e9 l\u2019expansion et l\u2019universalit\u00e9.&nbsp; Ce que l\u2019\u00e9criture permet, c\u2019est, de lib\u00e9rer le Divin de son ancrage territorial, c&rsquo;est-\u00e0-dire de son implantation sur un seul lieu. Pour cette raison, l\u2019on peut dire du Dieu des religions r\u00e9v\u00e9l\u00e9es, comme l\u2019affirme R\u00e9gis Debray, que c\u2019est \u00ab&nbsp;<em>un Dieu portatif, dans la mesure o\u00f9 il n\u2019est plus, comme dans l\u2019antiquit\u00e9 pa\u00efenne, inscrit dans des monuments, dans des autels en pierre, il est inscrit en lettres d\u2019alphabet sur du papyrus \u2013 plus tard du parchemin. On roule ce papyrus et on part avec, d\u2019autant mieux qu\u2019on a un charriot avec des roues. Donc Dieu = alphabet + invention de la roue. J\u2019admets que la formule est r\u00e9ductrice. Un m\u00e9diologue \u00e9tudie les conditionnements techniques de la culture et dans les deux sens&nbsp;: ce que la technique fait \u00e0 la culture et ce que la culture fait \u00e0 la technique. D\u2019o\u00f9 le mot de m\u00e9diation, d\u2019interface, etc. Mais quand vous regardez historiquement la formation de Dieu et l\u2019histoire du Dieu unique, vous butez sur le fait que la culture orale ne peut pas penser le Dieu unique parce qu\u2019elle a du mal \u00e0 produire de l\u2019universel, elle n\u2019a pas les outils de l\u2019abstraction et Dieu&nbsp;: quoi de plus abstrait&nbsp;? Les outils de l\u2019abstraction sont la pens\u00e9e analytique qui est la pens\u00e9e \u00e9crite. Les soci\u00e9t\u00e9s orales n\u2019ont pas de Dieu unique&nbsp;; le Dieu unique est je ne dis pas produit mais en tout cas induit par les soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 \u00e9criture<\/em>&nbsp;\u00bb.&nbsp;Il est clair qu\u2019il y a quelque chose de p\u00e9remptoire et d\u2019excessif dans cette affirmation, et le contre-exemple le plus \u00e9difiant que l\u2019on pourrait lui opposer est celui de l\u2019\u00e9criture id\u00e9ogrammatique chinoise qui n\u2019a pas produit de monoth\u00e9isme. On ne peut donc \u00e9tablir une relation de causalit\u00e9 stricte entre \u00e9criture et religion monoth\u00e9iste. Mais il est tout aussi clair que sans les commodit\u00e9s qu\u2019offre l\u2019\u00e9criture, et qui sont sans commune mesure avec tout ce que l\u2019on a connu jusque-l\u00e0, les religions r\u00e9v\u00e9l\u00e9es n\u2019auraient pas connu la diffusion qui en ont fait des religions universelles.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> On peut penser que c\u2019est dans leur appr\u00e9ciation respective de l\u2019\u00e9criture que Socrate et Platon s\u2019opposent. L\u00e0 o\u00f9 le premier pr\u00e9f\u00e8re la parole vivante et se m\u00e9fie de l\u2019\u00e9criture qu\u2019il accuse de p\u00e9trifier la pens\u00e9e dans des signes morts, le second, sans doute parce qu\u2019il est math\u00e9maticien, fonde une \u00e9cole de philosophie o\u00f9 la g\u00e9om\u00e9trie, science de l\u2019\u00e9criture par excellence, joue un r\u00f4le crucial. Dans le <em>Menon<\/em>, Socrate n\u2019arrive pas \u00e0 conduire jusqu\u2019au bout ses d\u00e9monstrations math\u00e9matiques, et se voit oblig\u00e9, \u00e0 un moment donn\u00e9, de tracer des figures sur le sol, comme pour garder en r\u00e9serve des acquis qu\u2019il aurait perdu sans cela. L\u2019\u00e9criture comme <em>support contre l\u2019oubli et comme condition de possibilit\u00e9 de la transmission<\/em> est la condition de la science.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\"><sup>[9]<\/sup><\/a> Dans la perspective ouverte par Leroi-Gourhan, cette perte est plut\u00f4t une bonne nouvelle, et doit \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e en termes de lib\u00e9ration. La perte de la m\u00e9moire est une lib\u00e9ration de l\u2019esprit de la corv\u00e9e de la m\u00e9morisation, ce qui fait qu\u2019il se rend disponible pour de nouvelles t\u00e2ches plus hautes et plus intelligentes. Elle se situe dans la lign\u00e9e des autres pertes, celle de la main pour la locomotion notamment, qui ont produit les aptitudes par lesquelles l\u2019homme s\u2019est constitu\u00e9 comme tel.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a><em> Th\u00e9\u00e9t\u00e8te<\/em>, 434a 435, GF- Flammarion, trad. fran\u00e7. Luc Brisson, Gallimard. Suivi de Jacques Derrida, <em>La pharmacie de Platon.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a> On peut penser que si l<em>\u2019anamn\u00e8se<\/em> est chez Platon la capacit\u00e9 \u00e0 int\u00e9rioriser et \u00e0 s\u2019approprier la connaissance, l\u2019<em>hypomn\u00e8se<\/em>, quant \u00e0 elle, est le support technique, par exemple l\u2019\u00e9crit par quoi on l\u2019ext\u00e9riorise, et dont Socrate dit dans le <em>Ph\u00e8dre<\/em> qu\u2019elle est la mort du savoir. C\u2019est cette opposition qui structure encore aujourd\u2019hui notre rapport aux technologies du savoir.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>&nbsp; Sur la question de ces programmes de recherches tout au long de l\u2019histoire europ\u00e9enne, voir Eco, U. (1994). <em>La recherche de la langue parfaite.<\/em> Seuil.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\"><sup>[13]<\/sup><\/a> Voir Couturat, L. (1901). <em>La logique de Leibniz d\u2019apr\u00e8s des documents in\u00e9dits<\/em>. Alcan.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\"><sup>[14]<\/sup><\/a> Pour de plus amples d\u00e9veloppements concernant l\u2019histoire d\u2019Internet, Hauben, R. (2003). \u00c0&nbsp;la recherche des p\u00e8res fondateurs d\u2019Internet. <em>Multitudes<\/em>, <em>11<\/em>(1), 193-199. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/mult.011.0193\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/mult.011.0193<\/a>. <a href=\"http:\/\/beq.ebooksgratuits.com\/auteurs\/Proust\/Proust-lecture.pdf\">http:\/\/beq.ebooksgratuits.com\/auteurs\/Proust\/Proust-lecture.pdf<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\"><sup>[15]<\/sup><\/a>Marx (2011). <em>Manuscrits de 1857 dits \u00ab&nbsp;Grundrisse&nbsp;\u00bb.<\/em> Les \u00e9ditions sociales.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\"><sup>[16]<\/sup><\/a>Stiegler, B. (2012). <em>\u00c9tats de choc. B\u00eatise et savoir au xxi<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle. <\/em>Fayard\/Mille et une nuits.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref17\" id=\"_ftn17\"><sup>[17]<\/sup><\/a><em>T\u00e9l\u00e9rama, <\/em>n\u00b0&nbsp;2852 &#8211; 9 septembre 2004<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref18\" id=\"_ftn18\"><sup>[18]<\/sup><\/a>Dans son livre remarquable, Jonathan Crary fait \u00e9tat d\u2019exp\u00e9riences insolites en cours aux Etats-Unis sur les possibilit\u00e9s de r\u00e9duire le besoin de sommeil des consommateurs, en vue de les exposer plus longtemps aux sollicitationsde la publicit\u00e9<strong>, <\/strong>d\u2019une part, et de cr\u00e9er un soldat-consommateur qui ne dort presque jamais d\u2019autre part. \u00ab&nbsp;Le sommeil est une interruption sans concession du vol de temps que le capitalisme commet \u00e0 nos d\u00e9pens. La plupart des n\u00e9cessit\u00e9s apparemment irr\u00e9ductibles de la vie humaine \u2013 la faim, la soif, le d\u00e9sir sexuel et, r\u00e9cemment d\u2019amiti\u00e9 \u2013 ont \u00e9t\u00e9 converties en formes marchandes ou financiaris\u00e9es. Le sommeil impose l\u2019id\u00e9e d\u2019un besoin humain et d\u2019un intervalle de temps qui ne peuvent \u00eatre ni colonis\u00e9s ni soumis \u00e0 une op\u00e9ration de profitabilit\u00e9 massive \u2013 raison pour laquelle celui-ci demeure une anomalie et un lieu de crise dans la monde actuel<em>&nbsp;\u00bb, <\/em>Crary, J. (2014). <em>24\/7. Le capitalisme \u00e0 l\u2019assaut du sommeil<\/em>. \u00c9ditions Zones,14.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref19\" id=\"_ftn19\"><sup>[19]<\/sup><\/a>Citton, Y. (2014). <em>Pour une \u00e9cologie de l\u2019attention. <\/em>Seuil, 25-26.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref20\" id=\"_ftn20\"><sup>[20]<\/sup><\/a>Citton, Y. (2014). <em>Pour une \u00e9cologie de l\u2019attention. <\/em>Seuil, 25-26.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref21\" id=\"_ftn21\"><sup>[21]<\/sup><\/a><em>Il faut signaler cependant que cette mutation vers l\u2019\u00e9conomie de l\u2019attention n\u2019est pas un basculement total et d\u00e9finitif vers une nouvelle forme d\u2019\u00e9conomie qui abolirait l\u2019\u00e9conomie traditionnelle. Il est clair que la premi\u00e8re ne pourrait exister sans la seconde qui lui permet d\u2019ailleurs jusqu\u2019\u00e0 un certain point d\u2019exister. Il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019un \u00e9largissement vers un domaine d\u2019activit\u00e9s jusque-l\u00e0 exclu des \u00e9changes marchands, ce qui reconfigure compl\u00e8tement la discipline.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref22\" id=\"_ftn22\"><sup>[22]<\/sup><\/a> Cit\u00e9 par Citton, Y. (2014, p. 21)<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref23\" id=\"_ftn23\"><sup>[23]<\/sup><\/a> \u00ab&nbsp;Hyper and deep attention&nbsp;: the generational divide in cognitive modes&nbsp;\u00bb, article en ligne&nbsp;: <a href=\"http:\/\/www.mlajournals.org\/doi\/abs\/10.1632\/prof.2007.2007.1.187\">http:\/\/www.mlajournals.org\/doi\/abs\/10.1632\/prof.2007.2007.1.187<\/a> . \u00ab&nbsp;(&#8230;) we are in the midst of a generational shift in cognitive styles that poses challenges to education at all levels, including colleges and universities. The younger the age group, the more pronounced the shift; it is already apparent in present-day college students, but its full effects are likely to be realized only when youngsters who are now twelve years old reach our institutions of higher education. To prepare, we need to become aware of the shift, understand its causes, and think creatively and innovatively about new educational strategies appropriate to the coming changes.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref24\" id=\"_ftn24\"><sup>[24]<\/sup><\/a><em>\u00ab&nbsp;Deep attention, the cognitive style traditionally associated with the humanities, is characterized by concentrating on a single object for long periods (say, a novel by Dickens), ignoring outside stimuli while so engaged, preferring a single information stream, and having a high tolerance for long focus times. Hyper attention is characterized by switching focus rapidly among different tasks, preferring multiple information streams, seeking a high level of stimulation, and having a low tolerance for boredom.<\/em>&nbsp;\u00bb,\u00ab Hyper and deep attention : the generational divide in cognitive modes \u00bb, article en ligne :<a href=\"http:\/\/www.mlajournals.org\/doi\/\"> <\/a><a href=\"http:\/\/www.mlajournals.org\/doi\/\">http:\/\/www.mlajournals.org\/doi\/<\/a> abs\/10.1632\/prof.2007.2007.1.187<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref25\" id=\"_ftn25\"><sup>[25]<\/sup><\/a> Bougnoux, D. (1998). <em>Introduction aux sciences de la communication. <\/em>La&nbsp;D\u00e9couverte, 92.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref26\" id=\"_ftn26\"><sup>[26]<\/sup><\/a> Marcel Proust fait r\u00e9sider le miracle de la lecture dans le fait qu\u2019elle nous donne \u00e0 penser plus que ce qu\u2019elle nous dit express\u00e9ment, comme si&nbsp; chaque texte \u00e9tait habit\u00e9 par une ambig\u00fcit\u00e9 s\u00e9mantique constitutive qui l\u2019ouvrait \u00e0 une pluralit\u00e9 de possibilit\u00e9s interpr\u00e9tatives&nbsp;que son auteur n\u2019\u00e9tait pas en mesure de pr\u00e9voir: \u00abNous sentons tr\u00e8s bien que notre sagesse commence o\u00f9 celle de l\u2019auteur finit, et nous voudrions qu\u2019il nous donn\u00e2t des r\u00e9ponses quand tout ce qu\u2019il peut faire est de nous donner des d\u00e9sirs. Et ces d\u00e9sirs, il ne peut les \u00e9veiller en nous qu\u2019en nous faisant contempler la beaut\u00e9 supr\u00eame \u00e0 laquelle le dernier effort de son art lui a permis d\u2019atteindre. Mais par une loi singuli\u00e8re et d\u2019ailleurs providentielle de l\u2019optique de esprits (loi qui signifie peut-\u00eatre que nous ne pouvons recevoir la v\u00e9rit\u00e9 de personne, et que nous devons la cr\u00e9er nous-m\u00eames), ce qui est le terme de leur sagesse ne nous appara\u00eet que comme le commencement de la n\u00f4tre, de sorte que c\u2019est au moment o\u00f9 ils nous ont dit tout ce qu\u2019ils pouvaient nous dire qu\u2019ils font na\u00eetre en nous le sentiment qu\u2019ils ne nous ont encore rien dit.&nbsp;\u00bb, <em>Sur la lecture<\/em>&nbsp;: <a href=\"http:\/\/beq.ebooksgratuits.com\/auteurs\/Proust\/Proust-lecture.pdf\">http:\/\/beq.ebooksgratuits.com\/auteurs\/Proust\/Proust-lecture.pdf<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref27\" id=\"_ftn27\"><sup>[27]<\/sup><\/a> Voir \u00e0 ce sujet les travaux de Stanislas Dehaene, en particulier, <em>Le code de la conscience<\/em>, Odile Jacob, 2014&nbsp;; <em>Apprendre \u00e0 lire<\/em>, Odile Jacob, 2011<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref28\" id=\"_ftn28\"><sup>[28]<\/sup><\/a>&nbsp; Sur la base de ces consid\u00e9rations, il semble que les <em>natifs du num\u00e9rique<\/em> n\u2019auraient pas la m\u00eame structure c\u00e9r\u00e9brale que les <em>natifs du livre<\/em>, d\u2019o\u00f9 l\u2019opposition entre \u00ab&nbsp;<em>reading brain<\/em>&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;<em>digital brain<\/em>&nbsp;\u00bb. Voir \u00e0 ce sujet le magnifique livre de Wolf, M. (2007). <em>Proust and the squid. The story and science of the reading brain. <\/em>Harper.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":25625,"template":"","meta":[],"series-categories":[1346],"cat-articles":[1442],"keywords":[1478,1476,1477],"ppma_author":[439],"class_list":["post-25626","series-issues","type-series-issues","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","series-categories-numero-8","cat-articles-rediscovery","keywords-capitalisme","keywords-economie-de-lattention","keywords-revolution-numerique","author-bado-ndoye-fr"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>R\u00e9volution num\u00e9rique et \u00e9conomie de l\u2019attention\u00a0: un nouvel \u00e2ge du capitalisme\u00a0? | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-8\/the-digital-revolution-and-the-attention-economy-a-new-age-of-capitalism\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"R\u00e9volution num\u00e9rique et \u00e9conomie de l\u2019attention\u00a0: un nouvel \u00e2ge du capitalisme\u00a0? | Global Africa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Introduction L\u2019histoire des techniques montre \u00e0 profusion que les innovations majeures ne sont pas celles qui prolongent une tradition \u00e9tablie qu\u2019elles contribuent \u00e0 renforcer, mais celles qui sont porteuses de ruptures, lesquelles bouleversent l\u2019infrastructure des soci\u00e9t\u00e9s en g\u00e9n\u00e9rant des probl\u00e9matiques nouvelles qui ne peuvent plus \u00eatre comprises selon les termes et les canons de la culture ambiante. Quand de telles ruptures se produisent, l\u2019histoire change de r\u00e9gime et la radicale nouveaut\u00e9 des enjeux exige alors une reprise critique des outils et des concepts par lesquels le r\u00e9el \u00e9tait jusque-l\u00e0 appr\u00e9hend\u00e9. Au regard de la fa\u00e7on dont le num\u00e9rique est en train de bouleverser l\u2019ordonnancement de nos vies, non seulement en reconfigurant l\u2019architecture des savoirs, mais aussi tous les domaines de notre existence quotidienne, il est devenu courant d\u2019y voir une r\u00e9volution dont on peut dire qu\u2019elle a d\u00e9j\u00e0 des cons\u00e9quences qui pourraient \u00eatre sans commune mesure avec les grandes r\u00e9volutions techniques qui ont jalonn\u00e9 l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9. Pour l\u2019instant, l\u2019on ne peut en prendre l\u2019exacte mesure, d\u2019une part parce que, t\u00e9moins contemporains, nous manquons de suffisamment de recul historique pour juger, et d\u2019autre part parce qu\u2019elle n\u2019a pas encore fini de d\u00e9rouler tous ses effets. Mais l\u2019on peut voir d\u00e9j\u00e0 de grandes lignes se dessiner, en particulier celles d\u2019une \u00e9conomie nouvelle articul\u00e9e autour de la d\u00e9couverte d\u2019une nouvelle raret\u00e9 \u2013 l\u2019attention \u2013 qui se met en place, et dont on voit d\u00e9j\u00e0 qu\u2019elle est en train de reconfigurer nos modes de production, d\u2019\u00e9changes et de communication. Je voudrais faire voir dans ce qui suit que ce qu\u2019il est d\u00e9sormais convenu d\u2019appeler \u00ab&nbsp;\u00e9conomie de l\u2019attention&nbsp;\u00bb marque une \u00e9tape nouvelle dans l\u2019\u00e9volution du capitalisme, lequel, dans sa fr\u00e9n\u00e9sie de qu\u00eate de nouveaux territoires, se tourne d\u00e9sormais vers nos ressources psychiques. Pour cela, je proc\u00e9derai en un double mouvement&nbsp;: je montrerai d\u2019abord en quoi consiste la radicale nouveaut\u00e9 du num\u00e9rique, en faisant la g\u00e9n\u00e9alogie et en faisant voir de quelle histoire et de quelle \u00e9pist\u00e9mologie il proc\u00e8de&nbsp;; ensuite je caract\u00e9riserai l\u2019\u00e9conomie de l\u2019attention, en montrant en quoi elle constitue une nouvelle phase du d\u00e9veloppement du capitalisme, ce qui revient \u00e0 d\u00e9gager les strat\u00e9gies par lesquelles elle s\u2019est institu\u00e9e comme mod\u00e8le \u00e9conomique, avant de faire voir les dangers potentiels qu\u2019elle implique. De la grammatisation Il peut para\u00eetre curieux, de prime abord, de voir dans l\u2019usage de l\u2019ordinateur et des usages qui lui sont associ\u00e9s une pratique r\u00e9volutionnaire qui plus est, impliquerait un nouvel \u00e2ge du capitalisme[1]. Il devrait pourtant \u00eatre clair que par d\u00e9finition, l\u2019objet technique, par essence, est pluriel, au sens o\u00f9, au-del\u00e0 de sa fonction utilitaire stricte, il se d\u00e9finit aussi par sa capacit\u00e9 \u00e0 reconfigurer les rapports sociaux et \u00e0 les redistribuer selon de nouvelles perspectives, ainsi que nous le montrerons plus loin. C\u2019est dans cette perspective qu\u2019il sera possible de faire un sort \u00e0 l\u2019hypoth\u00e8se centrale de ce travail, \u00e0 savoir que le num\u00e9rique, comme toutes les avanc\u00e9es technologiques majeures, mais peut-\u00eatre plus que celles qui l\u2019ont devanc\u00e9, se donne avant tout comme un \u00ab&nbsp;constituant anthropologique&nbsp;\u00bb au sens o\u00f9, par l\u2019interaction de la machine et du cerveau qu\u2019il \u00e9tablit, inaugure une nouvelle phase dans le processus d\u2019hominisation. Pour \u00e9tablir cela, nous proposons, \u00e0 la suite de Bernard Stiegler[2] et Sylvain Auroux, de le d\u00e9finir comme une nouvelle \u00e9tape dans le processus de grammatisation, du fait de l\u2019intelligence collective extr\u00eamement dynamique qu\u2019il met en \u0153uvre, et dont on voit \u00e0 quel point elle est en train de transformer compl\u00e8tement la physionomie de la culture contemporaine. Que faut-il entendre par grammatisation&nbsp;? Pour Sylvain Auroux, la grammatisation est \u00e0 l\u2019origine de l\u2019invention de l\u2019\u00e9criture. Elle se d\u00e9finit comme un processus d\u2019externalisation des contenus mentaux et comportementaux de l\u2019homme, en des unit\u00e9s discr\u00e8tes \u00e9tal\u00e9es dans l\u2019espace[3]. En d\u2019autres termes, il s\u2019agit plus g\u00e9n\u00e9ralement d\u2019un processus par lequel l\u2019on spatialise du mouvement, en isolant ses diff\u00e9rentes parties par des proc\u00e9d\u00e9s techniques de discr\u00e9tisation, de sorte \u00e0 le rendre visible et donc reproductible, ce qui le rend plus facilement manipulable puisqu\u2019on l\u2019a ainsi automatis\u00e9 de fait. Pour le dire d\u2019un mot, la grammatisation est un processus d\u2019externalisation de la vie de l\u2019esprit consistant \u00e0 mat\u00e9rialiser la pens\u00e9e, le langage ou des comportements dans des symboles manipulables. Par cette objectivation, il s\u2019agit de construire un objet de connaissance qui, sans cela, ne pourrait exister comme tel.&nbsp; C\u2019est ainsi que Sylvain Auroux d\u00e9montre que dans la mesure o\u00f9 l\u2019\u00e9criture manifeste la langue en la rendant pour ainsi dire visible sur un support mat\u00e9riel, requ\u00e9rant alors le regard et non plus l\u2019audition, elle permet de nous rendre visibles les structures qui l\u2019organisent et qui ne peuvent \u00eatre perceptibles du seul fait des vertus de la parole orale. C\u2019est cette spatialisation de la langue sur un support mat\u00e9riel que permet l\u2019\u00e9criture qui est au principe de l\u2019invention de la grammaire, puisque celle-ci dispose ainsi d\u2019un moyen d\u2019observation des structures de la langue qu\u2019elle se donne d\u00e8s lors comme objet. Ce que permet l\u2019objectivation, c\u2019est donc la constitution d\u2019un objet de science qui d\u00e9sormais se pr\u00eate \u00e0 la pratique de la manipulation. A l\u2019ordre cognitif, qui est celui du sens, vient alors se superposer un ordre mat\u00e9riel qui le reproduit pour ainsi dire, et rend possible la manipulation par des outils techniques. Or, le num\u00e9rique est la derni\u00e8re \u00e9tape dans ce processus d\u2019externalisation de nos structures cognitives, qu\u2019il cl\u00f4t aussi d\u2019une certaine mani\u00e8re. Ce qui veut dire que l\u2019on ne peut en saisir toute la port\u00e9e que si l\u2019on arrive \u00e0 le situer dans l\u2019histoire des techniques, pr\u00e9cis\u00e9ment celle qui va de l\u2019apparition de l\u2019\u00e9criture \u00e0 l\u2019invention des ordinateurs. Pour cette raison, il importera de le d\u00e9finir, dans une premi\u00e8re approximation, comme une \u00e9criture dont la principale caract\u00e9ristique est son automaticit\u00e9. En effet, le num\u00e9rique est une \u00e9criture automatique qui fait appel \u00e0 de puissants algorithmes et \u00e0 des ressources computationnelles, une \u00e9criture effectu\u00e9e et transmissible en r\u00e9seaux, et dont la principale caract\u00e9ristique consiste \u00e0 convertir des informations d\u2019un support \u2013 texte, audio, vid\u00e9o ou image \u2013 ou d\u2019un signal \u00e9lectrique en donn\u00e9es num\u00e9riques que des dispositifs informatiques se chargent\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-8\/the-digital-revolution-and-the-attention-economy-a-new-age-of-capitalism\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Global Africa\" \/>\n<meta property=\"article:publisher\" content=\"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2026-04-30T09:58:29+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Pages-de-Global-Africa-08.2024-scaled.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"1811\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"2560\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"40 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/issues\\\/numero-8\\\/the-digital-revolution-and-the-attention-economy-a-new-age-of-capitalism\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/issues\\\/numero-8\\\/the-digital-revolution-and-the-attention-economy-a-new-age-of-capitalism\\\/\",\"name\":\"R\u00e9volution num\u00e9rique et \u00e9conomie de l\u2019attention\u00a0: un nouvel \u00e2ge du capitalisme\u00a0? 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Quand de telles ruptures se produisent, l\u2019histoire change de r\u00e9gime et la radicale nouveaut\u00e9 des enjeux exige alors une reprise critique des outils et des concepts par lesquels le r\u00e9el \u00e9tait jusque-l\u00e0 appr\u00e9hend\u00e9. Au regard de la fa\u00e7on dont le num\u00e9rique est en train de bouleverser l\u2019ordonnancement de nos vies, non seulement en reconfigurant l\u2019architecture des savoirs, mais aussi tous les domaines de notre existence quotidienne, il est devenu courant d\u2019y voir une r\u00e9volution dont on peut dire qu\u2019elle a d\u00e9j\u00e0 des cons\u00e9quences qui pourraient \u00eatre sans commune mesure avec les grandes r\u00e9volutions techniques qui ont jalonn\u00e9 l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9. Pour l\u2019instant, l\u2019on ne peut en prendre l\u2019exacte mesure, d\u2019une part parce que, t\u00e9moins contemporains, nous manquons de suffisamment de recul historique pour juger, et d\u2019autre part parce qu\u2019elle n\u2019a pas encore fini de d\u00e9rouler tous ses effets. Mais l\u2019on peut voir d\u00e9j\u00e0 de grandes lignes se dessiner, en particulier celles d\u2019une \u00e9conomie nouvelle articul\u00e9e autour de la d\u00e9couverte d\u2019une nouvelle raret\u00e9 \u2013 l\u2019attention \u2013 qui se met en place, et dont on voit d\u00e9j\u00e0 qu\u2019elle est en train de reconfigurer nos modes de production, d\u2019\u00e9changes et de communication. Je voudrais faire voir dans ce qui suit que ce qu\u2019il est d\u00e9sormais convenu d\u2019appeler \u00ab&nbsp;\u00e9conomie de l\u2019attention&nbsp;\u00bb marque une \u00e9tape nouvelle dans l\u2019\u00e9volution du capitalisme, lequel, dans sa fr\u00e9n\u00e9sie de qu\u00eate de nouveaux territoires, se tourne d\u00e9sormais vers nos ressources psychiques. Pour cela, je proc\u00e9derai en un double mouvement&nbsp;: je montrerai d\u2019abord en quoi consiste la radicale nouveaut\u00e9 du num\u00e9rique, en faisant la g\u00e9n\u00e9alogie et en faisant voir de quelle histoire et de quelle \u00e9pist\u00e9mologie il proc\u00e8de&nbsp;; ensuite je caract\u00e9riserai l\u2019\u00e9conomie de l\u2019attention, en montrant en quoi elle constitue une nouvelle phase du d\u00e9veloppement du capitalisme, ce qui revient \u00e0 d\u00e9gager les strat\u00e9gies par lesquelles elle s\u2019est institu\u00e9e comme mod\u00e8le \u00e9conomique, avant de faire voir les dangers potentiels qu\u2019elle implique. De la grammatisation Il peut para\u00eetre curieux, de prime abord, de voir dans l\u2019usage de l\u2019ordinateur et des usages qui lui sont associ\u00e9s une pratique r\u00e9volutionnaire qui plus est, impliquerait un nouvel \u00e2ge du capitalisme[1]. Il devrait pourtant \u00eatre clair que par d\u00e9finition, l\u2019objet technique, par essence, est pluriel, au sens o\u00f9, au-del\u00e0 de sa fonction utilitaire stricte, il se d\u00e9finit aussi par sa capacit\u00e9 \u00e0 reconfigurer les rapports sociaux et \u00e0 les redistribuer selon de nouvelles perspectives, ainsi que nous le montrerons plus loin. C\u2019est dans cette perspective qu\u2019il sera possible de faire un sort \u00e0 l\u2019hypoth\u00e8se centrale de ce travail, \u00e0 savoir que le num\u00e9rique, comme toutes les avanc\u00e9es technologiques majeures, mais peut-\u00eatre plus que celles qui l\u2019ont devanc\u00e9, se donne avant tout comme un \u00ab&nbsp;constituant anthropologique&nbsp;\u00bb au sens o\u00f9, par l\u2019interaction de la machine et du cerveau qu\u2019il \u00e9tablit, inaugure une nouvelle phase dans le processus d\u2019hominisation. Pour \u00e9tablir cela, nous proposons, \u00e0 la suite de Bernard Stiegler[2] et Sylvain Auroux, de le d\u00e9finir comme une nouvelle \u00e9tape dans le processus de grammatisation, du fait de l\u2019intelligence collective extr\u00eamement dynamique qu\u2019il met en \u0153uvre, et dont on voit \u00e0 quel point elle est en train de transformer compl\u00e8tement la physionomie de la culture contemporaine. Que faut-il entendre par grammatisation&nbsp;? Pour Sylvain Auroux, la grammatisation est \u00e0 l\u2019origine de l\u2019invention de l\u2019\u00e9criture. Elle se d\u00e9finit comme un processus d\u2019externalisation des contenus mentaux et comportementaux de l\u2019homme, en des unit\u00e9s discr\u00e8tes \u00e9tal\u00e9es dans l\u2019espace[3]. En d\u2019autres termes, il s\u2019agit plus g\u00e9n\u00e9ralement d\u2019un processus par lequel l\u2019on spatialise du mouvement, en isolant ses diff\u00e9rentes parties par des proc\u00e9d\u00e9s techniques de discr\u00e9tisation, de sorte \u00e0 le rendre visible et donc reproductible, ce qui le rend plus facilement manipulable puisqu\u2019on l\u2019a ainsi automatis\u00e9 de fait. Pour le dire d\u2019un mot, la grammatisation est un processus d\u2019externalisation de la vie de l\u2019esprit consistant \u00e0 mat\u00e9rialiser la pens\u00e9e, le langage ou des comportements dans des symboles manipulables. 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