{"id":25583,"date":"2025-03-20T03:02:19","date_gmt":"2025-03-20T03:02:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/the-maintenance-of-patriarchal-order-through-silencing-literary-territories-of-female-subordination-in-cameroon\/"},"modified":"2026-04-29T10:55:36","modified_gmt":"2026-04-29T10:55:36","slug":"the-maintenance-of-patriarchal-order-through-silencing-literary-territories-of-female-subordination-in-cameroon","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-9\/the-maintenance-of-patriarchal-order-through-silencing-literary-territories-of-female-subordination-in-cameroon\/","title":{"rendered":"Le maintien de l\u2019ordre patriarcal par voie de silenciation\u00a0: territoires litt\u00e9raires de la subordination f\u00e9minine au Cameroun\u00a0"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Saisir une \u00e9criture comme fait social repr\u00e9sentant et reproduisant le r\u00e9el, porte \u00e0 poser la question suivante, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019un \u00e9v\u00e8nement litt\u00e9raire dans la partie septentrionale du Cameroun : est-il permis \u00e0 une jeune femme d\u2019\u00e9crire son d\u00e9sir d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la prison patriarcale&nbsp;par des \u00e9nonc\u00e9s fictionnels maladroitement mont\u00e9s<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> consid\u00e9r\u00e9s comme trop marqu\u00e9s par une inclinaison factuelle ? Une querelle, sur fond d\u2019une mi\u00e8vre production litt\u00e9raire, en est l\u2019occasion. L\u2019autorit\u00e9 de cette parole, dont la jeunesse n\u2019\u00e9chappe \u00e0 personne, est dans l\u2019art que l\u2019autrice d\u00e9ploie dans sa capacit\u00e9 \u00e0 faire passer par l\u2019\u00e9criture une v\u00e9rit\u00e9 strictement et radicalement ancr\u00e9e dans une trajectoire et une exp\u00e9rience personnelles qu\u2019elle rend intelligible. Cette occurrence est saisie \u00e0 partir de la notion de violence patriarcale, ici entendue comme violence subie par les filles et les femmes dans le cadre de syst\u00e8mes patriarcaux (Habeas Corpus Working Group, 2006)<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>. Les instigateurs en sont les p\u00e8res, fr\u00e8res, oncles, amis de la famille, \u00e9poux, compagnons, ex-\u00e9poux, amis, pairs, enseignants, coachs, coll\u00e8gues, voisins, superviseurs, mais aussi \u00e9trangers. Elle est physique (MacKinnon, 2007) et les aspects symboliques ont \u00e9t\u00e9 inscrits dans la m\u00e9canique de la domination masculine par Pierre Bourdieu (1997). Sous des expressions innombrables, cette violence genr\u00e9e a pour fonction id\u00e9ologique, montre Rona Kaufman, de cr\u00e9er, maintenir de la puissance patriarcale ou en venger la perte, en vue de la subordination f\u00e9minine<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Au c\u0153ur de cette production, le travail de r\u00e9silience cr\u00e9ative<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> d\u2019une \u00e9crivaine en herbe, Marzouka Oummou Hani, ayant choisi de rendre compte dans son premier roman, entre autres sujets, de certaines formes de la violence patriarcale. La r\u00e9ception sociopolitique et administrative de son \u0153uvre est prise en \u00e9tau par une machine de maintien de l\u2019ordre patriarcal et d\u2019assignation au silence. Dans la lign\u00e9e des travaux sur les dispositifs et dynamiques d\u2019invisibilisation, de marginalisation et de silenciation des cadets en tout genre<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>, il appara\u00eet que l\u2019injonction du silence s\u2019inscrit dans une \u00e9cologie de positions et de prises de positions patriarcales. Le cumul de trois traits sp\u00e9cifiques donne toute la mesure \u00e0 la force de cette parole f\u00e9minine de l\u2019\u00e9crivaine jug\u00e9e transgressive&nbsp;: jeune lyc\u00e9enne, musulmane, originaire du septentrion camerounais. Son roman jug\u00e9 transgressif est saisi par un syst\u00e8me de domination patriarcale pronon\u00e7ant non une <em>fatwa<\/em> mais saisissant le tribunal pour une condamnation judiciaire de la jeune autrice. Par-del\u00e0 la dimension et la valeur proprement linguistiques du texte et la jeunesse \u2013 voire la relative immaturit\u00e9 du r\u00e9cit \u2013, la controverse qu\u2019inaugure cette sortie litt\u00e9raire est un traceur puissant des dynamiques d\u2019autod\u00e9termination sous contr\u00f4le de forces patriarcales lorsqu\u2019elles sont le fait de cadets sociaux. A l\u2019origine de la pol\u00e9mique, la sortie d\u2019un roman dans lequel l\u2019autrice, jeune bacheli\u00e8re de 17 ans, raconte la vie d\u2019Astawabi confront\u00e9e au patriarcat oppressif et son lot de violences machistes \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans l\u2019espace rural \u00e0 partir d\u2019un rep\u00e8re, celui d\u2019un village de la commune de B\u00e9lel dans la r\u00e9gion de l\u2019Adamaoua. La r\u00e9ception par la communaut\u00e9 d\u2019Idool, village nomm\u00e9ment cit\u00e9 dans l\u2019ouvrage, est glaciale et s\u2019accompagne d\u2019une lourde proc\u00e9dure judiciaire, au c\u0153ur de laquelle la jeune autrice se voit r\u00e9clamer, en guise de r\u00e9paration, la somme de 150 millions de FCFA. Diverses n\u00e9gociations sont conduites et une issue obtenue sous la m\u00e9diation active d\u2019Asta Djam Saoudi, directrice des spectacles et des industries cr\u00e9atives au minist\u00e8re des Arts et de la Culture. Autant la plainte initi\u00e9e par la communaut\u00e9 que l\u2019intervention du gouvernement camerounais posent la question de la r\u00e9gulation \u00e9tatique du pouvoir d\u2019\u00e9nonciation litt\u00e9raire au f\u00e9minin. Cet \u00e9pisode r\u00e9v\u00e8le le poids des contraintes de la mise en r\u00e9cit de diverses formes de violence, manifestes ou cach\u00e9es, subies par les femmes dans les soci\u00e9t\u00e9s africaines, en particulier lorsqu\u2019elles sont jeunes. Il est assorti d\u2019une r\u00e9flexivit\u00e9 quant au co\u00fbt de la rupture d\u2019avec les structures qui tentent, de diverses mani\u00e8res, de les r\u00e9duire au silence (Lashgari, 1995).<\/p>\n\n\n\n<p>La mise en roman, \u00e0 travers laquelle transpire une revendication, celle d\u2019une libert\u00e9 d\u2019\u00e9nonciation, met parfois en tension valeur litt\u00e9raire et v\u00e9rit\u00e9 sociohistorique et anthropologique. La revendication de la nature fictionnelle du r\u00e9cit fonde une valeur de l\u2019\u0153uvre, intrins\u00e8que. Cette tension entre la valeur d\u2019une \u0153uvre et la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019\u00e9criture est l\u2019expression d\u2019un travail de composition et d\u2019agencement situ\u00e9 et signifiant. Soumise \u00e0 des r\u00e8gles, la libert\u00e9 d\u2019\u00e9crire portait Guy de Maupassant \u00e0 \u00eatre dubitatif et \u00e0 se demander \u00ab&nbsp;quelles sont ces fameuses r\u00e8gles ? D\u2019o\u00f9 viennent-elles ? Qui les a \u00e9tablies ? En vertu de quel principe, de quelle autorit\u00e9 et de quels raisonnements ? \u00bb (Maupassant, 1887, p. 17). Ces questions s\u2019expriment de mani\u00e8re singuli\u00e8re dans les espaces o\u00f9 l\u2019autorit\u00e9 de la parole fictionnelle, parole sur les \u00eatres et sur les choses, est d\u00e9termin\u00e9e par des structures pratiques et symboliques parfois \u00e9crasantes. Comme le rappelle tr\u00e8s justement Josette Gaudreault-Bourgeois, \u00ab&nbsp;le roman est cr\u00e9ateur de ses propres r\u00e8gles, de ses propres lois&nbsp;\u00bb (Gaudreault-Bourgeois,2018, p.&nbsp;104)<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>. Il faut bien reconna\u00eetre que la confrontation entre le pouvoir litt\u00e9raire et les r\u00e8gles de toutes sortes, formelles et informelles, se construit dans un espace disciplinaire, comme le montre une histoire sociale du champ litt\u00e9raire et de la figure l\u00e9gitime de l\u2019\u00e9crivain africain. Claire Ducournau en restitue les m\u00e9canismes mat\u00e9riels et symboliques qui assurent la publication et la reconnaissance d\u2019auteurs forg\u00e9es dans des dynamiques transnationales, mais aussi les \u00e9changes in\u00e9galitaires entre eux (Ducournau, 2017). Par-del\u00e0 ces dynamiques d\u2019extraversion dans les rapports de pouvoir au sein du champ litt\u00e9raire et des biais postcoloniaux divers qui les traversent, il para\u00eet important de souligner l\u2019importance des ressorts du dedans \u00e0 l\u2019\u0153uvre (Dabla, 1986 ; Wynchank &amp; Salazar, 1995 ; Lawson-Hellu, 2008&nbsp;; Ndiaye &amp; Samujanga, 2004), tout particuli\u00e8rement le poids de l\u2019engagement litt\u00e9raire comme crit\u00e8re performant de la valeur de l\u2019\u00e9criture (Kouvouama, 2004&nbsp;; Kesteloot, 2012&nbsp;; Leperlier, 2018). Nocky Djedanoum souligne \u00e0 ce titre que l\u2019engagement des \u00e9crivains contre la barbarie \u00ab&nbsp;peut conduire jusqu\u2019\u00e0 la mort, quand ce n\u2019est pas l\u2019exil forc\u00e9. Dans leur \u00e9crasante majorit\u00e9, ils ont tremp\u00e9 et continuent de tremper leur plume dans l\u2019encre de la r\u00e9sistance. Ce n\u2019est pas un hasard si la litt\u00e9rature appara\u00eet comme l\u2019expression majeure de la libert\u00e9 en Afrique&nbsp;\u00bb (Djedanoum, 2004, p. 12). Deux figures litt\u00e9raires camerounaises, \u00e0 deux \u00e9poques diff\u00e9rentes, en sont une illustration forte&nbsp;: Mongo B\u00e9ti et Patrice Nganang. Le premier a un parcours d\u2019engagement jalonn\u00e9 de frustrations et de vexations diverses, y compris apr\u00e8s son premier retour de 32 ans d\u2019exil en 1991 (Kemedjio, 2016) tandis que le deuxi\u00e8me, universitaire et \u00e9crivain, finit dans les ge\u00f4les de la prison centrale pour \u00ab&nbsp;apologie de crimes&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;menaces&nbsp;\u00bb apr\u00e8s un post sur son compte Facebook visant la plus haute autorit\u00e9 politique du Cameroun en d\u00e9cembre 2017 (Machikou, 2024).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9criture est aussi un m\u00e9canisme et un \u00ab&nbsp;point&nbsp;de&nbsp;d\u00e9sencastration, de&nbsp;fuite, d&rsquo;esquive&nbsp;\u00bb (C\u00e9saire, 1939) face \u00e0 l\u2019oppression du quotidien. En elle r\u00e9side le courage d\u2019une po\u00e9tique de l\u2019\u00e9nonciation litt\u00e9raire soumis \u00e0 une entreprise intensive de domestication structurelle. Au f\u00e9minin, l\u2019autonomie du sujet qui choisit par l\u2019\u00e9criture de s\u2019exprimer est essentiellement \u00e9prouv\u00e9e par les structures de la domination masculine. Rangira B\u00e9atrice Gallimore rappelle ainsi que le discours h\u00e9g\u00e9monique patriarcal est une contrainte majeure de l\u2019\u00e9criture f\u00e9minine en Afrique (Gallimore, 2001)avec comme traits \u00ab&nbsp;un topos, celui du silence, d\u00e9limite un espace, celui de la marginalit\u00e9. Le discours des femmes qui s\u2019\u00e9labore apr\u00e8s une trop longue p\u00e9riode de silence porte les marques de l\u2019ostracisme et se confronte au discours h\u00e9g\u00e9monique patriarcal&nbsp;\u00bb (Ou\u00e9draogo, 1998, p. 2). De Mariama B\u00e2, Aminata Sow Fall en passant par Calixthe Beyala, L\u00e9onora Miano, Ken Bugul, Hemley Boum, Dja\u00efli Amadou Amal par exemple, \u00e9crire ce que l\u2019on pourrait qualifier de condition f\u00e9minine en Afrique, est une \u00e9preuve. Cet afro-f\u00e9minisme litt\u00e9raire, est souvent un acte de transgression (voir notamment les analyses en la mati\u00e8re faites par Gafa\u00efti &amp; Crouzi\u00e8res-Igenthron, 2005&nbsp;; D\u00e9trez, 2010) dans une \u00e9conomie symbolique de l\u2019\u00e9criture travaill\u00e9e par des rapports sociopolitiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet article prolonge l\u2019exploration des territoires de l\u2019ordre (Pommerolle &amp; Machikou, 2015&nbsp;; Machikou, 2015&nbsp;; 2016&nbsp;; 2022) en s\u2019int\u00e9ressant \u00e0 la mani\u00e8re dont la gestion de la parole f\u00e9minine est un des sites les plus efficaces de maintien de l\u2019ordre patriarcal par voie d\u2019imposition du silence. Il op\u00e8re par la production sociale et politique du silence telle que le d\u00e9montre Alain Corbin dans son <em>Histoire du silence : de la Renaissance \u00e0 nos jours <\/em>(Corbin, 2016), et d\u2019autres (Vincent, 2017&nbsp;; Hern\u00e1ndez G\u00f3mez, 2023)<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>. C\u2019est un des traceurs les plus impens\u00e9s impr\u00e9gnant le fonctionnement des soci\u00e9t\u00e9s contemporaines. Il s\u2019agit ici d\u2019envisager, \u00e0 partir d\u2019une occurrence particuli\u00e8re, la mani\u00e8re dont la silenciation est une production de l\u2019absence et de l\u2019effacement du bruit de la condition f\u00e9minine. Envisag\u00e9e au sens d\u2019un ordre de discours (pour reprendre Michel Foucault) sur les territoires litt\u00e9raires de la subordination f\u00e9minine, la silenciation donne lieu \u00e0 l\u2019affrontement entre d\u00e9sir et institution. L\u2019\u00e9preuve, analyse l\u2019auteur, est dans le fait que \u00ab&nbsp;dans toute soci\u00e9t\u00e9, la production du discours est \u00e0 la fois contr\u00f4l\u00e9e, s\u00e9lectionn\u00e9e, organis\u00e9e et redistribu\u00e9e par un certain nombre de proc\u00e9dures qui ont pour r\u00f4le d\u2019en conjurer les pouvoirs et les dangers, d\u2019en ma\u00eetriser les \u00e9v\u00e9nements al\u00e9atoires, d\u2019en esquiver la lourde, la redoutable mat\u00e9rialit\u00e9&nbsp;\u00bb (Foucault, 1970)<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette analyse requiert une mise au point \u00e9pist\u00e9mologique relative au mat\u00e9riau qualitatif \u00e0 partir duquel le processus de remaniement autoritaire, fait in\u00e9dit au Cameroun<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>, est reconstitu\u00e9 et interpr\u00e9t\u00e9. La question de l\u2019inf\u00e9rence causale dans la tra\u00e7abilit\u00e9 des processus est \u00e9pineuse. L\u2019affirmation causale de la recherche de l\u2019harmonie patriarcale comme trame explicative est r\u00e9inscrite dans une observation ethnographique ant\u00e9rieure. Dans le cadre du programme <em>Contending Modernities Project<\/em> de l\u2019Universit\u00e9 Notre-Dame de l\u2019Indiana (\u00c9tats-Unis), j\u2019ai effectu\u00e9 deux s\u00e9jours de recherche dans le village d\u2019Idool (r\u00e9gion de l\u2019Adamaoua) en 2018 et par la suite des entretiens avec des ressortissants du village, y compris des membres de la famille princi\u00e8re<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>. La recherche portait sur l\u2019identification des points d\u2019entr\u00e9e \u00e0 partir desquels les femmes d\u2019Idool consolident leur communaut\u00e9, renforcent et\/ou remettent en question l\u2019autorit\u00e9 dans des contextes o\u00f9 elles font usage des outils de leur foi pour revendiquer leurs droits, s\u2019\u00e9manciper spirituellement, et s\u2019autonomiser \u00e9conomiquement et politiquement vis-\u00e0-vis des structures d\u2019autorit\u00e9 \u00e9tablies tant par l\u2019\u00c9tat que par les acteurs de l\u2019aide et du d\u00e9veloppement et les forces religieuses. L\u2019\u00e9pisode litt\u00e9raire vient relancer la question de la contextualisation des luttes f\u00e9ministes et la prise en charge des cadres et r\u00e9gimes, plus ou moins protecteurs, dans lesquels les femmes \u00e9voluent. La pr\u00e9caution \u00e0 laquelle appelle Fran\u00e7oise Verg\u00e8s, notamment vis-\u00e0-vis du paternalisme d\u00e9veloppementaliste et plus largement du f\u00e9minisme civilisateur d\u2019essence occidentale (Verg\u00e8s, 2019, p.15), a \u00e9t\u00e9 un prisme critique central dans le cadre de notre recherche ant\u00e9rieure sur les femmes du village Idool.<\/p>\n\n\n\n<p>La demande de libert\u00e9 sp\u00e9cifique et contextuelle, observ\u00e9e pendant ce terrain ethnographique six ans plus t\u00f4t, n\u2019est pas une sorte de pr\u00e9diction cr\u00e9atrice ou proph\u00e9tie autor\u00e9alisatrice au sens de Robert King Merton (1949)<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>. Cet \u00e9pisode n\u2019est pas une correspondance figurative de la qu\u00eate de libert\u00e9 des femmes d\u2019Idool. En tenant bout \u00e0 bout les r\u00e9sultats de ces deux terrains investis en six ans d\u2019\u00e9cart, il ne s\u2019agit pas de \u00ab&nbsp;r\u00e9-f\u00e9rer&nbsp;\u00bb (au sens de se rapporter) aux trouvailles ant\u00e9rieures dans l\u2019interpr\u00e9tation de ce moment litt\u00e9raire, mais de montrer comment cet \u00e9pisode autour de Marzouki Oummou Hani est un point d\u2019entr\u00e9e servant \u00e0 \u00ab&nbsp;pro-f\u00e9rer&nbsp;\u00bb (au sens de mettre au dehors) la difficult\u00e9 \u00e0 vivre dans et \u00e0 s\u2019affranchir de la prison patriarcale (Watzlawick, 1988). Le pr\u00e9sent article est une mise en dialogue et un retour r\u00e9flexif sur des trouvailles ethnographiques, \u00e9clair\u00e9s par la mise en r\u00e9cit contest\u00e9e de certaines de ces situations dans le roman de Marzouki Oummou Hani. Il se veut une chronique de ce processus de production de l\u2019assignation litt\u00e9raire d\u2019une cadette sociale<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a> dans un contexte de violence patriarcale. L\u2019analyse est centr\u00e9e sur le processus de maintien de l\u2019ordre patriarcal par un proc\u00e8s autour de la fictionnalisation revendiqu\u00e9e sans grand succ\u00e8s par une jeune autrice tentant de s\u2019affranchir d\u2019un carcan pos\u00e9 et renforc\u00e9 par des figures probables et improbables (I). L\u2019analyse entend mettre en \u00e9vidence l\u2019articulation entre transgression th\u00e9matique et transgression sociale comme moteur d\u2019autod\u00e9termination (II).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une fictionnalisation revendiqu\u00e9e sans succ\u00e8s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le roman, quelle qu\u2019en soit l\u2019envergure, n\u2019est pas seulement un acte artistique, mais aussi un \u00e9change symbolique au sein d\u2019une communaut\u00e9 qui l\u2019accueille ou non et lui conf\u00e8re une valeur donn\u00e9e. L\u2019\u00e9pisode camerounais de la construction et de la r\u00e9ception d\u2019une \u00e9criture amatrice ou \u00ab&nbsp;profane&nbsp;\u00bb, pour reprendre la formule de Claude F. Poliak (2006, p. 4), rappelle qu\u2019elle ne peut \u00eatre s\u00e9par\u00e9e des cadres de sa production, marqu\u00e9s par des situations de marginalisation et de subordination. Apr\u00e8s une chronique de la pol\u00e9mique (1), l\u2019on examinera comment elle a \u00e9t\u00e9 une occasion pour L\u2019\u00c9tat de se constituer en facilitateur de l\u2019harmonie patriarcale&nbsp;(2).<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Chronique d\u2019une controverse<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le 18 mai 2023, Mohaman Ahman, Djaourou (chef du village) d\u2019Idool, au nom de la chefferie et de la population de son village saisit le ministre des Arts et de la Culture sous couvert du d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 r\u00e9gional du minist\u00e8re pour la r\u00e9gion de l\u2019Adamaoua pour \u00ab&nbsp;<em>D\u00e9nonciation en vue du retrait de l\u2019\u0153uvre de Mlle Marzouka Oummou Hani, intitul\u00e9e \u2018\u2018Mon p\u00e8re ou mon destin\u2019\u2019 (tome 1), parue aux \u00e9ditions MD<\/em>&nbsp;\u00bb. Dans sa missive, il exprime sa d\u00e9solation et sa tristesse cons\u00e9cutives \u00e0 la parution du roman de la lyc\u00e9enne, qui y pr\u00e9sente&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;le village Idool et son p\u00e8re fondateur \u2018\u2018Sidi\u2019\u2019 (\u2026) de fa\u00e7on malsaine et blasph\u00e9matoire, toute chose qui est de nature \u00e0 induire en erreur le lectorat sur les faits scientifiques ou les faits historiques de mon village&nbsp;\u00bb. Dans un premier temps, le chef lui conteste ainsi qu\u2019\u00e0 ses parents la qualit\u00e9 de ressortissants de son village. Il souligne ensuite \u00ab l\u2019imposture&nbsp;\u00bb s\u2019accompagnant de la d\u00e9nonciation de faits non av\u00e9r\u00e9s. Le grief porte surtout sur l\u2019invocation de pratiques de sorcellerie dont le fondateur du village serait l\u2019auteur : \u00ab&nbsp;\u2018\u2018Mon p\u00e8re ou mon destin\u2019\u2019 n\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 que le r\u00e9sultat d\u2019un projet ubuesque et malsain planifi\u00e9 par des personnes tapies dans l\u2019ombre avec le seul objectif de retarder et freiner les projets et ambitions de d\u00e9veloppement&nbsp;\u00bb.La r\u00e9clamation contre ce \u00ab&nbsp;projet ubuesque&nbsp;\u00bb n\u2019est pas qu\u2019administrative. Le 20 juillet 2023, l\u2019autrice est convoqu\u00e9e en citation directe devant le tribunal de grande instance de Ngaound\u00e9r\u00e9 pour des faits de diffamation. Le Djaourou Mohaman Ahman introduit une demande de \u00ab&nbsp;confiscation de l&rsquo;ouvrage incrimin\u00e9 conform\u00e9ment aux dispositions de l&rsquo;article 35 du Code p\u00e9nal&nbsp;\u00bb et la r\u00e9paration d\u2019un pr\u00e9judice d\u2019un montant faramineux de 150 millions de FCFA. L\u2019exploit d\u2019huissier, servi par Me Youssoufou Ibrahim, indique une r\u00e9partition de ladite somme entre le Djaourou (50 millions) et la collectivit\u00e9 coutumi\u00e8re et villageoise d\u2019Idool (100 millions). Devant la pol\u00e9mique qui enfle, l\u2019ouvrage est retir\u00e9 de la vente mais continue de circuler sur les r\u00e9seaux sociaux. L\u2019\u0153uvre est fictionnelle et le choix d\u2019Idool, se d\u00e9fend l\u2019autrice, tient de son statut de \u00ab&nbsp;ville touristique&nbsp;\u00bb. Dans la foul\u00e9e, le Barreau camerounais, par la voix de la pr\u00e9sidente de la Commission des affaires sociales, Me Gladys Fri Mbuya, exprime sa sid\u00e9ration face aux poursuites judiciaires engag\u00e9es contre une jeune fille de 17 ans, \u00ab&nbsp;condamne fermement tout acte d&rsquo;intimidation \u00e0 son encontre, affirmant que la libert\u00e9 d\u2019expression est un droit constitutionnel qui ne doit jamais \u00eatre alt\u00e9r\u00e9 par qui que ce soit. Tra\u00eener devant les tribunaux une mineure qui est une d\u00e9fenseure prometteuse des droits des femmes constitue une v\u00e9ritable menace pour les droits de l\u2019homme et l\u2019\u00c9tat de droit et ne m\u00e9rite donc pas d&rsquo;\u00eatre \u00e9pargn\u00e9 d\u2019une cinglante condamnation \u00bb<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>. Elle enjoint le tribunal de mettre un terme \u00e0 cette proc\u00e9dure et demande au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique de garantir la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019autrice, de soutenir financi\u00e8rement l\u2019\u00e9dition du roman et d\u2019en garantir l\u2019acc\u00e8s gratuit dans les \u00e9coles du pays. Le droit \u00e0 la parole, y compris fictionnelle est avanc\u00e9e par un collectif d\u2019avocat, constitu\u00e9 <em>pro bono,<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\"><sup><strong><sup>[14]<\/sup><\/strong><\/sup><\/a> <\/em>voyant en la jeune autrice \u00ab un g\u00e9nie destin\u00e9 \u00e0 une grande carri\u00e8re d\u2019\u00e9crivaine&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\"><em><sup><strong><sup>[15]<\/sup><\/strong><\/sup><\/em><\/a>. Selon un membre de la famille de l\u2019autrice qui regrette la politisation de cette affaire par le chef d\u2019Idool, aucune force n\u2019est tapie dans l\u2019ombre et \u00ab&nbsp;Marzouka est une \u00e9crivaine.&nbsp;Quand elle ne va pas \u00e0 l\u2019\u00e9cole, elle s\u2019enferme dans sa chambre pour \u00e9crire des romans, des po\u00e8mes et des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre. Vous ne pouvez pas dire qu\u2019elle est guid\u00e9e par des personnes tapies dans l\u2019ombre&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\"><em><sup><strong><sup>[16]<\/sup><\/strong><\/sup><\/em><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Protestant contre toute forme de diffamation contre Yaya Oumarou fondateur du village, figure patriarcale sanctuaris\u00e9e et soustraite \u00e0 toute possibilit\u00e9 fictionnelle, mais que l\u2019autrice aurait profan\u00e9e en le d\u00e9crivant sous les traits du personnage de Sidi, elle se d\u00e9fend en mettant en avant le fragment de son texte incrimin\u00e9&nbsp;: &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>L\u2019histoire d\u2019un ancien sorcier qui vivait \u00e0 Idool&nbsp;; il se nommait Sidi, il mangeait les \u00e2mes de ceux qui ne l\u2019adoraient pas. Sidi se consid\u00e9rait comme un dieu. Bouba raconta le jour o\u00f9 une femme et sa fille \u00e9taient parties au march\u00e9 et sont tomb\u00e9es t\u00eate \u00e0 t\u00eate avec lui. Elles \u00e9taient nouvelles et ignoraient qui il \u00e9tait. Tous ceux qui croisaient le sorcier Sidi devraient s\u2019incliner. Surpris et en col\u00e8re de l\u2019indiff\u00e9rence de ces femmes, il les a tra\u00een\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 sa cabane et personne n\u2019a su la fin de ces derni\u00e8res. Le sorcier est mort un jour lorsqu\u2019il essayait de voler au-dessus d\u2019un arbre (\u2026) il s\u2019est \u00e9clabouss\u00e9 au sol. Astawabi \u00e9tait terrifi\u00e9e par cette histoire (p. 14).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cette transposition fictionnelle d\u2019un \u00ab&nbsp;ancien sorcier&nbsp;\u00bb est plusieurs fois pr\u00e9sent\u00e9e par l\u2019autrice, \u00e0 juste titre, comme un fragment tr\u00e8s superficiel au regard du poids \u00e9crasant de cette figure fondatrice \u00e0 Idool<a href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\"><sup>[17]<\/sup><\/a>. Son fils, le chef du village invoque l\u2019ordre traditionnel, mais dans une modalit\u00e9 qui prend la forme d\u2019une inquisition dans l\u2019ordre de la modernit\u00e9 postcoloniale&nbsp;; dont le traceur est la saisine de la justice. Alors que l\u2019affaire est renvoy\u00e9e au 17 ao\u00fbt 2023, diverses tractations sont engag\u00e9es en vue du d\u00e9sistement des plaignants.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>L\u2019\u00c9tat, facilitateur de l\u2019harmonie patriarcale au nom de la d\u00e9fense du patrimoine<\/em>&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La petite querelle litt\u00e9raire en recouvre une plus grande, celle de l\u2019investissement de l\u2019\u00c9tat en facilitateur d\u2019un processus de remaniement litt\u00e9raire. La mise au pas de la jeune \u00e9crivaine s\u2019ouvre sur les lieux communs de la brutalit\u00e9 patriarcale, celle des espaces traditionnels o\u00f9 par moult tractations, Marzouka Oummou Hani est invit\u00e9e \u00e0 revoir sa copie. Face \u00e0 une impasse, l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne de l\u2019\u00c9tat, qui se fait l\u2019interm\u00e9diaire entre les parties en pr\u00e9sence, est d\u00e9cisive, comme le relate un journaliste&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Lundi dernier, les deux parties en opposition ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9unies dans les services du gouverneur de la r\u00e9gion de l\u2019Adamaoua. C\u2019\u00e9tait au cours de la m\u00e9diation men\u00e9e par Asta Djam Saoudi, directrice des spectacles et des industries cr\u00e9atives au minist\u00e8re des Arts et de la Culture, en pr\u00e9sence de Kildadi Tagui\u00e9k\u00e9 Boukar, gouverneur de la r\u00e9gion de l\u2019Adamaoua.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Pour ce dernier, auxiliaire de l\u2019ordre patriarcal, la conciliation s\u2019inscrit dans une volont\u00e9 de parvenir \u00e0 l\u2019apaisement et \u00e0 la paix, et il promet, en d\u00e9plorant un \u00ab&nbsp;chapitre regrettable&nbsp;\u00bb, de poursuivre \u00ab&nbsp;le travail pour la coh\u00e9sion sociale et le vivre-ensemble cher au chef de l\u2019\u00c9tat, Paul Biya&nbsp;\u00bb. L\u2019argument \u00e9voqu\u00e9 par la repr\u00e9sentante du minist\u00e8re des Arts et de la Culture est \u00e9tonnant : \u00ab&nbsp;<em>Nous avons l\u2019obligation de prot\u00e9ger nos patrimoines culturels que sont les livres et la chefferie traditionnelle<\/em>&nbsp;\u00bb. Le roman aurait port\u00e9 atteinte \u00e0 l\u2019image du village, qu\u2019il convient de restaurer, y compris \u00e0 travers, promet-elle, une : &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Monographie officielle d\u2019Idool. Un livre va pr\u00e9senter l\u2019histoire du village Idool. Il sera \u00e9crit par les sp\u00e9cialistes du minist\u00e8re en \u00e9troite collaboration avec les composantes sociologiques du village. Ensuite, une Centrale de lecture et d\u2019animation culturelle (CLAC) sera \u00e9rig\u00e9e dans le village. Cette structure, constitu\u00e9e d\u2019une biblioth\u00e8que et d\u2019une salle d\u2019initiation aux valeurs patrimoniales, travaillera \u00e0 la pr\u00e9servation du patrimoine et se chargera de l\u2019animation culturelle. De m\u00eame, \u00e0 moyen terme, il est envisag\u00e9 la r\u00e9habilitation de la chefferie et la mise sur pied d\u2019un mus\u00e9e pour la conservation des objets<a href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\"><sup>[18]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>La m\u00e9diation donne lieu \u00e0 la pr\u00e9sentation de ses regrets par l\u2019autrice relativement au \u00ab\u00a0tort caus\u00e9 par son ouvrage \u00e0 la m\u00e9moire de Siddi, patriarche et fondateur du village Idool. Elle a promis de formaliser ses regrets dans une lettre et de r\u00e9\u00e9diter son ouvrage en retirant les fragments litigieux\u00a0\u00bb<sup><a href=\"#_ftn19\" id=\"_ftnref19\"><sup>[19]<\/sup><\/a><\/sup>. La seconde \u00e9tape a lieu le lendemain \u00e0 la chefferie, en pr\u00e9sence des habitants du village et sous la conduite de Boubakari Faribou, sous-pr\u00e9fet de Belel (ressort territorial de la localit\u00e9 d\u2019Idool). Mohaman Ahman, chef du village Idool, n\u2019en d\u00e9mord pas : d\u00e8s que l\u2019\u00e9crivaine va r\u00e9diger sa lettre d\u2019excuses et de pardon, nous allons retirer la plainte au tribunal. Nous avons eu \u00e0 discuter avec elle et sa m\u00e8re dans les services du gouverneur. Les \u00e9changes \u00e9taient riches d\u2019enseignements pour l\u2019avenir de nos relations. Nous sommes fiers parce que le gouvernement a pris toutes les mesures pour une fin heureuse<a href=\"#_ftn20\" id=\"_ftnref20\"><sup>[20]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s une m\u00e9diation ordonn\u00e9e par l\u2019\u00c9tat pour une r\u00e9\u00e9criture de fragments du livre litigieux, l\u2019autrice finira par dire&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>J\u2019ai appris avec beaucoup d\u2019honneur, les d\u00e9marches qui ont \u00e9t\u00e9 faites par le gouvernement pour arriver \u00e0 cette fin heureuse. J\u2019en profite pour remercier toutes les parties prenantes, notamment le minist\u00e8re des Arts et de la Culture, les autorit\u00e9s administratives locales en t\u00eate desquelles le gouverneur de la r\u00e9gion de l\u2019Adamaoua, qui a agi comme un papa. Je demande pardon \u00e0 Idool et \u00e0 ceux que mon ouvrage a bless\u00e9s. Je vais extraire la partie litigieuse avant une prochaine r\u00e9\u00e9dition<a href=\"#_ftn21\" id=\"_ftnref21\"><sup>[21]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Une lettre d\u2019excuses est exig\u00e9e par les autorit\u00e9s traditionnelles d\u2019Idool et finit par leur \u00eatre adress\u00e9 le 10 ao\u00fbt 2023, avec pour objet \u00ab&nbsp;Lettre d\u2019excuse publique relative \u00e0 la pol\u00e9mique sur certains passages de mon livre intitul\u00e9&nbsp;: \u2018\u2018<em>Mon p\u00e8re ou mon destin<\/em>\u2019\u2019&nbsp;\u00bb. L\u2019autrice s\u2019adresse \u00ab&nbsp;aux populations du village Idool S\/C S.M. Mohaman Ahman, chef traditionnel de 3<sup>e<\/sup> degr\u00e9 d\u2019Idool&nbsp;\u00bb en ces termes&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab&nbsp;En r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la lettre n\u00b0036\/L\/RA\/DRAC\/SALLP\/023 du 23 mai 2023 du d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 r\u00e9gional, du minist\u00e8re des Arts et de la Culture et conform\u00e9ment aux r\u00e9solutions \u00e0 la s\u00e9ance de travail tenue le 08 ao\u00fbt 2023 entre les diff\u00e9rentes parties ayant objet la m\u00e9diation et la r\u00e9conciliation entre la d\u00e9l\u00e9gation d\u2019IDOOL et l\u2019autrice que nous sommes, aux services du gouverneur de la r\u00e9gion de l\u2019Adamaoua, en pr\u00e9sence des \u00e9missaires du minist\u00e8re des Arts et de la Culture, sous la coordination de Monsieur le Gouverneur, j\u2019ai l\u2019insigne honneur de venir, par la pr\u00e9sente, cous [sic] pr\u00e9senter officiellement, solennellement et publiquement mes sinc\u00e8res excuses pour avoir heurt\u00e9 vos sensibilit\u00e9s, inconsciemment dans certains fragments de mon \u0153uvre romanesque, reposant sur la pure fiction litt\u00e9raire que j\u2019ai publi\u00e9 au mois de mai dernier, aux \u00e9ditions MD. (\u2026) Anim\u00e9e par un esprit de paix et de sinc\u00e9rit\u00e9, c\u2019est apr\u00e8s la publication de notre roman que l\u2019ampleur qu\u2019il a pris dans notre soci\u00e9t\u00e9 que nous nous sommes rendues compte du caract\u00e8re sensible et complexe de certains passages de cette \u0153uvre litt\u00e9raire. A pr\u00e9sent, nous avons d\u00e9couvert avec regret que notre ouvrage a heurt\u00e9 la sensibilit\u00e9 des nobles populations du village Idool, qui promeuvent et sauvegardent leurs valeurs culturelles s\u00e9culaires. Ainsi, compte tenu des faits et des circonstances, je voudrais \u00e0 nouveau implorer votre pardon. Je vous r\u00e9affirme ma disponibilit\u00e9 \u00e0 entreprendre toutes les d\u00e9marches visant \u00e0 renforcer la coh\u00e9sion sociale, le respect de la dignit\u00e9 humaine et le vivre-ensemble. Pour cela, je prends l\u2019engagement d\u2019apporter toutes les corrections n\u00e9cessaires afin de restaurer \u00e0 ces populations leur dignit\u00e9 et \u00e0 notre roman, son genre litt\u00e9raire. Veuillez agr\u00e9e [sic], l\u2019expression de mon profond respect&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Les ampliations sont opulentes, signe d\u2019une volont\u00e9 de communiquer \u00e0 tr\u00e8s large spectre mais aussi traceur d\u2019une cha\u00eene patriarcale plus ou moins consciente d\u2019elle-m\u00eame, actrice ou int\u00e9ress\u00e9e par l\u2019issue de l\u2019affaire : Services du premier Ministre, minist\u00e8re des Arts et de la Culture, minist\u00e8re de la Justice, Service du gouverneur de l\u2019Adamaoua, Pr\u00e9fecture de la Vina, Sous\/ Pr\u00e9fecture de B\u00e9lel, D\u00e9l\u00e9gation des arts et de la culture de l\u2019Adamaoua, Lamidat de Ngaound\u00e9r\u00e9. Ces multiples destinataires t\u00e9moignant d\u2019un faisceau de surveillance reposant sur des institutions administratives, judiciaires, traditionnelles et religieuses, autant de cercles intriqu\u00e9s s\u2019autoalimentant dans la production de l\u2019ordre patriarcal.<\/p>\n\n\n\n<p>Si les autorit\u00e9s publiques ne sont pas \u00e0 l\u2019initiative de la demande d\u2019ostracisation de la jeune autrice, voire de judiciarisation de son travail, c\u2019est leur investissement en soutien d\u2019un processus de remaniement litt\u00e9raire qui frappe. En effet, l\u2019on a observ\u00e9 une l\u00e9gitimation \u00e9tatique d\u2019une sorte de <em>cancel culture<\/em> r\u00e9clam\u00e9e par les autorit\u00e9s traditionnelles de la localit\u00e9 d\u2019Idool et largement d\u00e9cri\u00e9e par des m\u00e9dias<a href=\"#_ftn22\" id=\"_ftnref22\"><sup>[22]<\/sup><\/a> et des organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Elle s\u2019est faite malgr\u00e9 moult pr\u00e9cautions visant \u00e0 pr\u00e9senter cet investissement en termes de \u00ab&nbsp;m\u00e9diation&nbsp;\u00bb et indiquant que l\u2019\u00e9criture \u00ab&nbsp;responsable&nbsp;\u00bb n\u2019est pas n\u00e9cessairement le produit d\u2019une autodiscipline. La fabrique de l\u2019\u00e9crivaine \u00ab&nbsp;responsable&nbsp;\u00bb est le produit d\u2019une violence faite chose et faite corps, avec comme \u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s sur la t\u00eate, un proc\u00e8s en diffamation. Renvoy\u00e9e au 17 ao\u00fbt 2023, l\u2019affaire se solde par un retrait de la plainte par le Djaourou Mohaman Ahman devant le tribunal de premi\u00e8re instance de Ngaound\u00e9r\u00e9 la veille de l\u2019audience. Son avocat indique que : \u00ab&nbsp;Nous avons d\u00e9pos\u00e9 une lettre de d\u00e9sistement et, conform\u00e9ment aux dispositions de l\u2019article 62 du Code de proc\u00e9dure p\u00e9nale, le d\u00e9sistement volontaire de la victime, qui a mis en mouvement l\u2019action publique, \u00e9teint cette action. Le d\u00e9bat est termin\u00e9&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn23\" id=\"_ftnref23\"><sup>[23]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019extinction de l\u2019affaire s\u2019est aussi largement construite sur le dos d\u2019un \u00e9diteur dont le manque de professionnalisme sera mis en relief comme argument d\u2019absolution. Figure de l\u2019exploitation \u00e9ditoriale, selon l\u2019analyse de la jeune autrice elle-m\u00eame, le promoteur de MD, maison d\u2019\u00e9dition du texte au c\u0153ur de la pol\u00e9mique a fini par \u00eatre d\u00e9sign\u00e9 comme unique coupable des manquements constat\u00e9s. Cette subordination, y compris par le pouvoir (de mal faire), s\u2019ancre dans une id\u00e9ologie patriarcale socialement et historiquement consolid\u00e9e, ayant le pouvoir pratique et symbolique d\u2019initier une attribution secondaire qu\u2019Emmanuel L\u00e9vinas appellerait une substitution par l\u2019affirmation d\u2019une responsabilit\u00e9 pour l\u2019autre, radicale et abrupte (L\u00e9vinas, 1991, p. 212). En revanche, le processus de d\u00e9-substantiation, qui est concomitamment sexualisation de la responsabilit\u00e9 de fait, sera soutenu par une validation mutuelle d\u2019acteurs religieux, administratifs et judiciaires, sans s\u2019accompagner d\u2019une action judiciaire \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019introuvable \u00e9diteur<a href=\"#_ftn24\" id=\"_ftnref24\"><sup>[24]<\/sup><\/a>. Elle est d\u00e9possession machinale, consentie (de gr\u00e9 ou de force) par des institutions patriarcales autorenfor\u00e7antes&nbsp;et marqueur d\u2019une violence symbolique \u00e0 l\u2019endroit de l\u2019autrice puisqu\u2019elle ne devient efficiente \u00ab que par l\u2019interm\u00e9diaire de celui qui l\u2019ex\u00e9cute \u00bb (Bourdieu, 1997, p. 243). En effet, cette violence est une \u00ab&nbsp;coercition qui ne s\u2019institue que par l\u2019interm\u00e9diaire de l\u2019adh\u00e9sion que le domin\u00e9 ne peut manquer d\u2019accorder au dominant (donc \u00e0 la domination) lorsqu\u2019il ne dispose, pour le penser et pour se penser ou, mieux, pour penser sa relation avec lui, que d\u2019instruments qu\u2019il a en commun avec lui \u00bb (Bourdieu, 1997, p. 245).<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9placement du d\u00e9bat du terrain de la libert\u00e9 fictionnelle vers celui de la responsabilit\u00e9 professionnelle d\u2019un \u00e9diteur qui n\u2019en n\u2019est pas vraiment un&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; , est expression d\u2019une forme de d\u00e9nonciation d\u2019un rapport de domination \u00e9conomique et symbolique&nbsp;: les forces du maintien de l\u2019ordre patriarcal r\u00e9alisent une op\u00e9ration d\u2019usurpation de soi (L\u00e9vinas, 1991, p. 216). Dans sa lettre d\u2019excuses \u00e0 la population d\u2019Idool, l\u2019autrice, assi\u00e9g\u00e9e, attribue de mani\u00e8re exclusive la responsabilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9diteur&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>La bonne foi et la volont\u00e9 d\u2019effectuer un travail objectif qui nous anime, nous nous sommes r\u00e9f\u00e9r\u00e9s \u00e0 un certain et suppos\u00e9 \u00e9diteur, Monsieur Mve Dexter, promoteur de MD Edition, pour b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un encadrement ad\u00e9quat, efficace et efficient. Malheureusement, ce dernier non seulement, ne nous a pas apport\u00e9 un accompagnement n\u00e9cessaire, mais aussi, a publi\u00e9 de mani\u00e8re pr\u00e9matur\u00e9e mon manuscrit sans tenir compte au pr\u00e9alable des insuffisances s\u00e9mantiques et syntaxiques, choses qui pourraient ternir la notori\u00e9t\u00e9 de notre roman. Pire encore, tout au long de notre travail, celui-ci n\u2019a en aucun cas respect\u00e9 les pratiques \u00e9thiques et de d\u00e9ontologies de ce m\u00e9tier, conform\u00e9ment \u00e0 la r\u00e9glementation en vigueur.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Sur son compte Instagram, Marzouka Oummou Hani publie le communiqu\u00e9 de presse de l\u2019\u00e9diteur barr\u00e9 d\u2019un \u00ab&nbsp;faux&nbsp;\u00bb en gros caract\u00e8res rouges, avec le message \u00ab Le livre n\u2019est plus disponible chez ce monsieur Mve Dexter. Mon contrat avec lui est sur le point d\u2019\u00eatre r\u00e9sili\u00e9. Faites attention. Que personne n\u2019ach\u00e8te chez lui. Max de partage svp \u00bb<a href=\"#_ftn25\" id=\"_ftnref25\"><sup>[25]<\/sup><\/a><em>.<\/em> La reprise en main par les Editions Proximit\u00e9, d\u00e9note d\u2019une volont\u00e9 d\u2019alignement sur les normes en vigueur. Cr\u00e9\u00e9e en 2002, cette maison qui se pr\u00e9sente comme mue par un double constat : \u00ab&nbsp;la difficult\u00e9 des jeunes auteurs \u00e0 \u00eatre publi\u00e9s localement d\u2019une part, et la volont\u00e9 de favoriser la circulation des publications locales et \u00e9trang\u00e8res \u00e0 un co\u00fbt accessible d\u2019autre part&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn26\" id=\"_ftnref26\"><sup>[26]<\/sup><\/a>. Ayant co\u00e9dit\u00e9 l\u2019un des romans de Dja\u00efli Amadou Amal<a href=\"#_ftn27\" id=\"_ftnref27\"><sup>[27]<\/sup><\/a>, l\u2019on peut consid\u00e9rer que son soutien \u00e0 la jeune autrice s\u2019est \u00e9tendu \u00e0 cette facilitation \u00e9ditoriale.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet effort de renversement du rapport de force entre l\u2019\u00e9diteur et l\u2019autrice est largement facilit\u00e9 par les m\u00eames qui la tiennent pour non responsable (voir sur cette relation Bessard-Banguy, 2018). Elle est l\u2019une des expressions du rejet d\u2019une relation structurellement d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e du centre \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie septentrionale du pays, souvent objet plut\u00f4t que sujet d\u2019action. Il s\u2019apparente \u00e0 une sorte d\u2019activisme d\u00e9veloppementaliste, d\u2019essence imp\u00e9rialiste<a href=\"#_ftn28\" id=\"_ftnref28\"><sup>[28]<\/sup><\/a>, identifi\u00e9 six ans plus t\u00f4t comme structurant dans le rapport des \u00ab&nbsp;autres&nbsp;\u00bb \u00e0 Idool. Elle s\u2019ancre dans une ligne de fracture profonde du pays, la ligne Nord-Sud&nbsp;(\u00ab&nbsp;Wadjo-Gadamayo&nbsp;\u00bb), marqu\u00e9e par un d\u00e9classement marqu\u00e9 desdites r\u00e9gions&nbsp;; \u00e0 savoir l\u2019Extr\u00eame-Nord, le Nord et l\u2019Adamaoua. Les marqueurs en sont une grande in\u00e9galit\u00e9 devant l\u2019acc\u00e8s aux services sociaux essentiels&nbsp;: taux de pauvret\u00e9 \u00e9lev\u00e9, niveau de scolarisation faible (taux d\u2019alphab\u00e9tisation, taux d\u2019ach\u00e8vement du primaire faible, niveau d\u2019encadrement \u00e9l\u00e8ve- enseignant au primaire et au secondaire faible), offre sanitaire r\u00e9duite, r\u00e9seau routier est largement sous-d\u00e9velopp\u00e9, etc.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>De la transgression th\u00e9matique \u00e0 la transgression sociale : poids de la volont\u00e9 d\u2019autod\u00e9termination f\u00e9minine<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Penser la silenciation, c\u2019est d\u2019abord rappeler que le pouvoir de la parole publique, quelle qu\u2019en soit la forme et le support, est une comp\u00e9tence socialement in\u00e9galitaire, marqu\u00e9e par des processus antagonistes (Bourdieu, 1982). Pour les femmes, s\u2019exprimer c\u2019est surtout prendre la parole dans l\u2019espace priv\u00e9, o\u00f9 elles \u00ab&nbsp;d\u00e9tiennent, pratiquent, \u00e9changent la parole de l\u2019intime&nbsp;(\u2026) Elles parlent de leur corps (r\u00e8gles, m\u00e9nopause) ainsi que de la \u2018\u2018mise en sc\u00e8ne\u2019\u2019 de celui-ci (v\u00eatements, coiffure), de leur vie sexuelle, de leurs exp\u00e9riences de ce qu\u2019elles vivent au jour le jour, de leurs histoires d\u2019amour, de leurs enfants (\u2026). Elles abordent les probl\u00e8mes rencontr\u00e9s avec leurs enfants, leur mari, leur petit ami. Elles gardent rarement pour elles tout ce qui touche \u00e0 leur vie priv\u00e9e, aux \u00eatres avec qui elles partagent le quotidien. Et elles en parlent en priorit\u00e9 \u00e0 d\u2019autres femmes, aux \u2018\u2018copines\u2019\u2019, avec qui elles \u00e9changent propos, informations, r\u00e9flexions \u00bb (Mossuz-Lavau &amp; de Kervasdou\u00e9, 1997, p. 17). Par fondement transgressive dans l\u2019ordre patriarcal, l\u2019\u00e9criture f\u00e9minine\/f\u00e9ministe est une tentative d\u2019affirmation de soi \u00e0 la premi\u00e8re personne, contre la hi\u00e9rarchie des sexes, l\u2019inf\u00e9riorisation, la subordination et l\u2019invisibilisation des femmes. Le roman s\u2019ouvre sur une formule remarquable&nbsp;: \u00ab&nbsp;Au nom d\u2019Allah le Tout-Mis\u00e9ricordieux, le Tr\u00e8s-Mis\u00e9ricordieux. Je le remercie pour cette gr\u00e2ce.&nbsp;\u00bb La tentative infructueuse de faire passer un pouvoir d\u2019\u00e9nonciation en l\u2019enrobant d\u2019entr\u00e9e de jeu de diverses et circonspectes pr\u00e9cautions<a href=\"#_ftn29\" id=\"_ftnref29\"><sup>[29]<\/sup><\/a>, est sans doute une m\u00e9taphore de l\u2019articulation des forces patriarcales lorsqu\u2019elles \u0153uvrent \u00e0 r\u00e9duire au silence (Guilhem, 2008, p. 15). De la transgression th\u00e9matique \u00e0 la transgression sociale, l\u2019\u00e9criture d\u2019une cadette sociale (1) fonde et donne lieu \u00e0 une r\u00e9organisation des forces de soutien aux femmes (2).<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Quand une cadette sociale \u00e9crit<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le march\u00e9 linguistique est travaill\u00e9 par de la violence, des d\u00e9saccords, de la n\u00e9gociation ou de la r\u00e9sistance comme le soulignait d\u00e9j\u00e0 Pierre Bourdieu (1982). Il montrait en effet que parler situe dans un espace d\u2019interactions verbales o\u00f9 s&rsquo;inscrivent dans et par la langue des rapports de forces. Cette observation est tout aussi vraie dans le champ litt\u00e9raire \u00e9videmment (Bourdieu 1992&nbsp;; Sapiro, 2014) comme l\u2019illustre la construction et la r\u00e9ception du travail jug\u00e9 transgressif de Marzouki Oummou Hani dans ses deux \u00e9ditions (2023 et 2024). Mettre en contexte la transgression par des actes de langage dans certaines soci\u00e9t\u00e9s peules (Idool en est une) doit \u00eatre faite. L\u2019on pourrait partir de propositions monographiques de Doroth\u00e9e Guilhem portant sur les Peuls Djeneri. Pour elle, l\u2019une des dimensions du charme f\u00e9minin est le silence&nbsp;et la r\u00e9serve (\u00ab&nbsp;<em>munyal<\/em>&nbsp;\u00bb) :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Une femme doit cacher \u00e0 autrui ses \u00e9motions durant les interactions sociales. Fixer du regard autrui est ainsi interpr\u00e9t\u00e9 comme de l\u2019amour ou comme de l\u2019impolitesse. L\u2019expression peule \u2018\u2018la femme marche comme une vache\u2019\u2019 d\u00e9signe le fait de regarder ses pieds en marchant. Cette expression sugg\u00e8re que le charme f\u00e9minin repose aussi sur une attitude r\u00e9serv\u00e9e.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cette injonction de r\u00e9serve est ancienne et s\u2019inscrit dans des balises religieuses d\u2019un \u00ab&nbsp;islamisme rigoureux qui tient les femmes \u00e0 l\u2019abri des tentations, en prot\u00e9geant le village des maladies v\u00e9n\u00e9riennes est aussi un facteur important de ce renouveau d\u00e9mographique&nbsp;\u00bb (Boulet, s.d.)<a href=\"#_ftn30\" id=\"_ftnref30\"><sup>[30]<\/sup><\/a>. Cette rel\u00e9gation est aussi r\u00e9gulation de la circulation des corps f\u00e9minins comme l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 relev\u00e9 Dani\u00e8le Kintz au sujet de certaines soci\u00e9t\u00e9s peules<a href=\"#_ftn31\" id=\"_ftnref31\"><sup>[31]<\/sup><\/a>. Le silence r\u00e9git la quotidiennet\u00e9 f\u00e9minine par le fait du confinement de leur parole dans l\u2019espace priv\u00e9. On peut parler, mais dans sa cour, et certainement pas \u00e9crire de mani\u00e8re transgressive. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Comme Kambili, adolescente nig\u00e9riane timide et en souffrance de 15 ans, personnage central du roman <em>L\u2019Hibiscus pourpre<\/em> de Chimamanda Ngozi Adichie racontant son calvaire sous le joug d\u2019un p\u00e8re courageux, pieux catholique, riche entrepreneur, tyran fanatique et violent dans sa famille (Ngozi Adichie, 2016), Astawabi est une jeune fille de 17 ans vivant dans une ge\u00f4le patriarcale. \u00c0 l\u2019image de son h\u00e9ro\u00efne, l\u2019autrice vit dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 le mariage pr\u00e9coce est un frein sp\u00e9cifique \u00e0 l\u2019\u00e9ducation et \u00e0 l\u2019autod\u00e9termination des filles. En effet, avec un taux de 38&nbsp;% des filles mari\u00e9es avant l\u2019\u00e2ge de 18 ans, le Cameroun est l\u2019un des 20 pays au monde o\u00f9 le taux de mariage des enfants est le plus \u00e9lev\u00e9. Ce chiffre varie selon les r\u00e9gions et atteint jusqu\u2019\u00e0 73 % dans la partie septentrionale du pays. Le mariage des enfants est enracin\u00e9 dans un certain nombre de facteurs interd\u00e9pendants, tels que la pr\u00e9carit\u00e9, les traditions socioculturelles et religieuses, la sous-scolarisation des filles et le manque d&rsquo;\u00e9ducation, en plus de la discrimination sociale et juridique \u00e0 l&rsquo;encontre des filles et des femmes, qui sont souvent consid\u00e9r\u00e9es comme un poids pour leur famille<a href=\"#_ftn32\" id=\"_ftnref32\"><sup>[32]<\/sup><\/a>. Plus de la moiti\u00e9 des filles sans instruction sont mari\u00e9es, contre une sur dix pour les filles ayant fait des \u00e9tudes secondaires, et presque aucune pour celles ayant fait des \u00e9tudes sup\u00e9rieures. La d\u00e9scolarisation expose les filles \u00e0 un risque accru de mariage d\u2019enfants et de grossesses pr\u00e9coces. Il a \u00e9t\u00e9 mis en \u00e9vidence par Cislaghi et al. (2019) qu\u2019une \u00e9cologie de facteurs mat\u00e9riels, institutionnels, individuels et sociaux s&rsquo;entrecroisent pour soutenir le mariage des enfants&nbsp;: pauvret\u00e9, faible niveau d\u2019\u00e9ducation et mod\u00e8le de conjugalit\u00e9 avec une incidence li\u00e9e \u00e0 la polygamie.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le village Idool fait exception, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment et largement en raison de la vision moderne qui est \u00e0 l\u2019origine de sa fondation, faite notamment d\u2019une scolarisation sans discrimination de genre. Lors des entretiens conduits en 2018, l\u2019un de ses fils rappelait que, pour Oumarou Yaya, fondateur du village, l\u2019\u00e9ducation est un filet d\u2019accomplissement, \u00ab&nbsp;un moyen d\u2019acc\u00e9der aux b\u00e9n\u00e9dictions divines&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn33\" id=\"_ftnref33\"><sup>[33]<\/sup><\/a>. Le chef soutenait dans le cadre de ses pr\u00eaches que \u00ab&nbsp;chercher \u00e0 s\u2019instruire c\u2019est poser des actes m\u00e9ritoires et b\u00e9n\u00e9fiques&nbsp;\u00bb&nbsp;pour soi-m\u00eame et pour \u00ab&nbsp;la construction d\u2019une vie communautaire meilleure&nbsp;\u00bb. L\u2019un&nbsp;des princes indiquait, \u00e0 la suite d\u2019autres dans le cadre d\u2019un <em>focus group<\/em> organis\u00e9 avec quelques enseignants et parents d\u2019\u00e9l\u00e8ves du coll\u00e8ge du village, que ce sont les contraintes \u00e9conomiques qui fondaient la pr\u00e9f\u00e9rence masculine dans l\u2019\u00e9ducation et poussaient parfois au mariage pr\u00e9coce des filles. Lors des entretiens, plusieurs lyc\u00e9ennes avaient exprim\u00e9 la volont\u00e9 de \u00ab&nbsp;<em>vivre libre et de travailler dans des espaces publics<\/em>&nbsp;\u00bb. Certaines ont partag\u00e9 cette revendication dans des r\u00e9seaux sociaux qu\u2019elles montraient fi\u00e8rement&nbsp;: \u00ab&nbsp;je veux \u00eatre libre&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;laissez-moi vivre ma vie&nbsp;\u00bb, mentionnaient des posts. Deux jeunes filles lyc\u00e9ennes ont fait part de leur d\u00e9sir de se marier hors du village. Ces aspirations sont au c\u0153ur du roman qui, dans un passage, relate un \u00e9change entre Astawabi et son p\u00e8re : \u00ab&nbsp;Baba, j\u2019avais une demande. Je sais que vous ne voulez pas me laisser partir, mais je voulais continuer mes \u00e9tudes&nbsp;; j\u2019aimerai tant aller en ville continuer. Je r\u00eave de devenir une grande \u00e9crivaine\u00bb (p. 12)<a href=\"#_ftn34\" id=\"_ftnref34\"><sup>[34]<\/sup><\/a>. La r\u00e9ponse de ce dernier est sans appel&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Ma fille, tu as pass\u00e9 l\u2019\u00e2ge de toutes ces b\u00eatises&nbsp;; maintenant, tu dois te concentrer pour apprendre comment prendre soin d\u2019un homme. Et incha Allah, on va te trouver in <em>[sic] <\/em>bon jeune homme pour t\u2019\u00e9pouser. J\u2019ai assez patient\u00e9. Je t\u2019ai laiss\u00e9 aller au secondaire, mais \u00e0 pr\u00e9sent je n\u2019y peux plus rien pour toi. Tu es consciente que c\u2019est \u00e0 travers les bourses que tu en es arriv\u00e9e l\u00e0&nbsp;? Sinon, moi, je n\u2019aurais jamais financ\u00e9 pour ses <em>[sic] <\/em>b\u00eatises l\u00e0. Je t\u2019ai juste laiss\u00e9e parce que tu es mon unique fille. (p. 13)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>La prison patriarcale, d\u00e9crite par une formule significative (\u00ab&nbsp;ne pas r\u00e9aliser ses r\u00eaves, c\u2019est comme ne pas pouvoir respirer&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn35\" id=\"_ftnref35\"><sup>[35]<\/sup><\/a>), repose sur des rapports de brutalit\u00e9 et de subordination fond\u00e9s sur le sexe, la s\u00e9niorit\u00e9, la position dans la lign\u00e9e, mais aussi sur la richesse qui peut redistribuer des ressources pratiques et symboliques. La recherche ethnographique ant\u00e9rieure insistait d\u00e9j\u00e0 sur ces relations de subordination sociale mais relevait aussi que les femmes d\u2019Idool \u0153uvraient, dans les espaces conf\u00e9r\u00e9s (essentiellement domestiques et clos, dans les <em>sar\u00e9s<a href=\"#_ftn36\" id=\"_ftnref36\"><sup><strong><sup>[36]<\/sup><\/strong><\/sup><\/a><\/em>), \u00e0 se r\u00e9approprier leur existence, de sorte que penser leur pr\u00e9sence au monde emportait toujours l\u2019\u00e9preuve de leur visibilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>De fait, les femmes d\u2019Idool sont pratiquement et symboliquement attach\u00e9es au <em>sar\u00e9<\/em>. Le poids de la religion, des pratiques sociales et traditionnelles, telles que le patriarcat et le <em>pulaaku <\/em>(sorte de code de conduite peul), leur impose une dichotomie spatiale int\u00e9rieur\/ext\u00e9rieur ou priv\u00e9\/public dans le village. Cet \u00e9tat de fait laisse clairement transpara\u00eetre une division sexuelle non seulement des t\u00e2ches et des activit\u00e9s, mais aussi des espaces de circulation. La femme s\u2019occupe des activit\u00e9s domestiques, o\u00f9 elle s\u2019attelle \u00e0 l\u2019entretien de son <em>sar\u00e9<\/em>, \u00e0 l\u2019accomplissement des diff\u00e9rents travaux m\u00e9nagers et \u00e0 l\u2019\u00e9ducation des enfants. Elle n\u2019acc\u00e8de pas \u00e0 l\u2019espace public, qui est masculin, c&rsquo;est-\u00e0-dire occup\u00e9 exclusivement par les hommes. Cet espace public appara\u00eet comme une zone grise pour toutes les femmes, y compris celles qui, mari\u00e9es \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du village (des cas tr\u00e8s isol\u00e9s), doivent s\u2019y tenir et s\u2019en accommoder quand elles reviennent dans leur village natal. Seules les jeunes filles scolaris\u00e9es peuvent \u00eatre visibles dans les rues quand elles vont et reviennent de l\u2019\u00e9cole et aussi les femmes qui viennent d\u2019ailleurs. On peut aussi dans des cas tr\u00e8s limit\u00e9s, apercevoir des veuves et des divorc\u00e9es. M\u00eame un taux de scolarisation remarquable ne remettait pas en cause l\u2019horizon incontournable d\u2019un enfermement dans des espaces clos. Cette violence est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente dans le t\u00e9moignage d\u2019une figure litt\u00e9raire de r\u00e9f\u00e9rence, largement cit\u00e9e au plus fort de la pol\u00e9mique. Il s\u2019agit de Dja\u00efli Amadou Amal, laur\u00e9ate du Goncourt des lyc\u00e9ens 2020<a href=\"#_ftn37\" id=\"_ftnref37\"><sup>[37]<\/sup><\/a> et originaire du Septentrion camerounais, qui avait elle-m\u00eame auparavant indiqu\u00e9 que les livres avaient fait germer en elle \u00ab&nbsp;une petite graine d\u2019insoumission&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn38\" id=\"_ftnref38\"><sup>[38]<\/sup><\/a>, la portant \u00e0 faire de la litt\u00e9rature une arme de lib\u00e9ration et d\u2019amplification de la voix des femmes du Sahel au sujet de th\u00e8mes proches de ceux abord\u00e9s par la jeune Marzouka&nbsp;: mariages et maternit\u00e9s pr\u00e9coces qui \u00e9liminent de mani\u00e8re syst\u00e9matique les filles de l\u2019espace public en les enfermant dans une prison patriarcale. De son propre t\u00e9moignage, l\u2019accent mis sur le parcours scolaire est saisissant&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>A l\u2019\u00e9cole primaire, nous \u00e9tions une cinquantaine de filles pour une cinquantaine de gar\u00e7ons. Et puis, en secondaire, les filles disparaissaient peu \u00e0 peu comme par enchantement. Elles n\u2019avaient plus qu\u2019un horizon&nbsp;: le mariage. Qu\u2019un destin&nbsp;: la maternit\u00e9. Il leur suffisait donc de savoir tenir une maison. A 14&nbsp;ans commen\u00e7aient les pressions familiales et la ronde des pr\u00e9tendants, les tractations, les fian\u00e7ailles. Et mes copines quittaient l\u2019\u00e9cole les unes apr\u00e8s les autres en trouvant cela normal<a href=\"#_ftn39\" id=\"_ftnref39\"><sup>[39]<\/sup><\/a>(Amadou Amal, 2020, p. XX).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Pour l\u2019une et l\u2019autre \u00e9crivaines, l\u2019acte litt\u00e9raire est une d\u00e9marche personnifi\u00e9e qui confronte \u00e0 des combats de lib\u00e9ration et de libre circulation. Cet acte de libert\u00e9 t\u00e9moigne de ce que, m\u00eame dans un espace symboliquement clos, la parole est possible et ouverte&nbsp;; selon la formule d\u2019\u00c9douard Glissant, une \u00ab parole baroque, inspir\u00e9e de toutes les paroles possibles&nbsp;\u00bb (Glissant, 1990, p. 89). Les diff\u00e9rences dans la vie des femmes et dans leurs r\u00e9ponses \u00e0 cette violence peuvent aider \u00e0 pr\u00e9sager d\u2019une situation sociale o\u00f9 l\u2019insatisfaction de ces derni\u00e8res va grandissante et qu\u2019elles en veulent plus en termes d\u2019acc\u00e8s aux droits. Ce sont l\u00e0 quelques-unes des trouvailles ethnographiques faites six ann\u00e9es plus t\u00f4t. La r\u00e9ception sociopolitique et culturelle de&nbsp;<em>Mon p\u00e8re ou mon destin<\/em> rend vivantes et tangibles les luttes contre le poids des ressorts structurels fondant et garantissant le silence et l\u2019invisibilit\u00e9 des femmes par les forces du maintien de l\u2019ordre patriarcal.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Deux figures f\u00e9minines miroir&nbsp;: la m\u00e8re et la r\u00e9f\u00e9rence litt\u00e9raire<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La figure de la m\u00e8re, centrale dans le discours f\u00e9ministe (Bret\u00e9cher<em>, <\/em>1982), est pour Astawabi une avocate acharn\u00e9e de sa fille qu\u2019elle veut sauver d\u2019un contrat de mariage fond\u00e9 sur une dette financi\u00e8re contract\u00e9e par le p\u00e8re en \u00e9change de la promesse de marier sa fille \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 17 ans. Cette id\u00e9e de marchandisation dont les femmes sont l\u2019objet dans les soci\u00e9t\u00e9s est centrale dans les analyses d\u2019orientation marxiste. Luce Irigaray montre qu\u2019en tant que valeur d\u2019\u00e9change et valeur d&rsquo;usage, les femmes sont des \u00ab objets-marchandises \u00bb rel\u00e9gu\u00e9es \u00e0 un r\u00f4le passif dans le processus d&rsquo;\u00e9change organis\u00e9s par et pour le b\u00e9n\u00e9fice des hommes, \u00ab sujets-producteurs \u00bb (Irigaray, 1997). Dans cette \u00e9conomie patriarcale, Astawabi est objet utilitaire porteur de valeur&nbsp;: par le mariage, elle devient un miroir de valeur utilis\u00e9 pour faciliter les relations entre hommes. Luce Irigaray ajoute que dans cette marchandisation, les femmes ne sont compens\u00e9es que par l&rsquo;oppression et le marquage au fer rouge du nom du p\u00e8re. La m\u00e8re du personnage central va plaider grand succ\u00e8s pour la sortir de cette \u00e9conomie dans laquelle sa fille n\u2019est qu\u2019une enveloppe de possibilit\u00e9s intangibles d\u00e9termin\u00e9e par les hommes. Cette commodification peut aussi \u00eatre remboursement d\u2019une cr\u00e9ance pesant sur les parents et les r\u00e9duisant au statut d\u2019esclave (Atwood, 2009).<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Pourquoi punis-tu notre fille&nbsp;? Elle ne m\u00e9rite pas cette vie. Elle ne m\u00e9rite pas cet homme que tu appelles ton ami qui a d\u00e9j\u00e0 une femme et des enfants qui font son \u00e2ge. Elle m\u00e9rit\u00e9 [sic] d\u2019aller poursuivre ses \u00e9tudes&nbsp;; elle est d\u00e9j\u00e0 grande et responsable. S\u2019il te plait, je t\u2019en supplie mon cher \u00e9poux pense \u00e0 son avenir. Cet homme fera d\u2019elle son exclave [sic] sexuelle, sa domestique. Va-t-elle s\u2019entendre avec son \u00e9pouse et ses enfants&nbsp;? Sera-t-elle heureuse&nbsp;? (p. 21).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Astadicko, en guise de testament, prescrira \u00e0 sa fille : \u00ab&nbsp;Je veux que tu sois forte, heureuse, bats-toi pour r\u00e9aliser tes r\u00eaves&nbsp;; tu en es capable. Tu dois avoir confiance en toi, personne ne doit te faire te sentir inf\u00e9rieure, ma fille est capable, chaque fois que tu es dans une situation difficile, dis-toi que tu es capable de l\u2019affronter. Tu es une femme forte Asta<em>&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/em>(p. 69). La m\u00e8re est aussi centrale dans le r\u00e9cit que manifestement dans la vie de l\u2019autrice puisqu\u2019en quatri\u00e8me de couverture, la note biographique la pr\u00e9sente comme \u00ab&nbsp;fille de la femme d\u2019affaires Hadja Bilkissou&nbsp;\u00bb, la sobre r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la figure paternelle est faite dans les remerciements, apr\u00e8s la m\u00e8re, \u00ab&nbsp;<em>femme forte et courageuse&nbsp;; elle m\u2019a soutenue pour r\u00e9aliser mon r\u00eave<\/em>&nbsp;\u00bb. Dans le roman comme dans la vie de l\u2019autrice, la m\u00e8re est tr\u00e8s influente. La m\u00e9diation administrative pour le remaniement de l\u2019\u00e9criture s\u2019est faite en sa pr\u00e9sence comme le rappelle le chef du village d\u2019Idool lors de son interview \u00e0 <em>Cameroon Tribune. <\/em>Pour certains, l\u2019investissement de la m\u00e8re est le reflet d\u2019une ambition impos\u00e9e \u00e0 sa fille. Sur les r\u00e9seaux sociaux, un post de Dewa Aboubakar, qui se propose d\u2019expliquer selon ses mots \u00ab&nbsp;cette affaire de fa\u00e7on terre \u00e0 terre&nbsp;\u00bb, soutient que \u00ab&nbsp;c\u2019est la culture du Nord-Cameroun qui est la cible. Sa maman croyait avoir une future Djaili. Elle a eu la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 au p\u00e9ril de la r\u00e9putation de notre culture. Aujourd&rsquo;hui aux yeux des pseudo-d\u00e9fenseurs des droits de la femme, et des libert\u00e9s, le Nord-Cameroun, c&rsquo;est l&rsquo;enfer \u00bb. De son post, l\u2019on apprend que le refus de se soumettre \u00e0 toutes ces injonctions vient de la m\u00e8re de l\u2019autrice&nbsp;: \u00ab&nbsp;Elle a dit qu\u2019elle n\u2019a peur de rien et que [sic] elle va enfermer tous les gens de Idool [sic] m\u00eame&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Par-del\u00e0 la petite querelle litt\u00e9raire, la grande cause du pouvoir de parler appara\u00eet, port\u00e9e par de fortes figures f\u00e9minines telles que la m\u00e8re mais aussi, de mani\u00e8re plus ambigu\u00eb, par l\u2019a\u00een\u00e9e de r\u00e9f\u00e9rence et la brillante protectrice, Dja\u00efli Amadou Amal. Figure miroir syst\u00e9matiquement invoqu\u00e9e par de nombreux journalistes traitant de cette actualit\u00e9<a href=\"#_ftn40\" id=\"_ftnref40\"><sup>[40]<\/sup><\/a>, elle appara\u00eet de mani\u00e8re allusive dans le roman comme r\u00e9ussite inspirante. L\u2019\u00e9crivaine sera amen\u00e9e \u00e0 exprimer un soutien embarrass\u00e9 \u00e0 la jeune autrice. Face \u00e0 la pol\u00e9mique qui gronde, le 20 juillet 2023, jour du proc\u00e8s, elle signe une tribune et s\u2019engage \u00e0 aider la jeune autrice dans la r\u00e9\u00e9criture de son roman. Tout en reconnaissant avoir \u00e9t\u00e9 contact\u00e9e par Marzouka Oummou Hani via Instagram pour un appui dans sa recherche d\u2019un \u00e9diteur, l\u2019\u00e9change n\u2019ayant pas prosp\u00e9r\u00e9 faute de retour de la part de la jeune autrice, elle prend en charge les attaques dont elle est l\u2019objet en les r\u00e9orientant sur un ton destin\u00e9 \u00e0 recadrer une cadette sociale&nbsp;dont \u00ab&nbsp;l\u2019immaturit\u00e9&nbsp;\u00bb est due \u00e0 \u00ab&nbsp;son tr\u00e8s jeune \u00e2ge&nbsp;\u00bb. Elle met en avant son propre parcours d\u2019\u00e9crivaine confront\u00e9e \u00e0 des attaques similaires : \u00ab&nbsp;Je l\u2019ai v\u00e9cu \u00e9galement quand on m&rsquo;a reproch\u00e9 de pr\u00f4ner la r\u00e9volte des femmes, de trahir les traditions, d&rsquo;\u00eatre une mauvaise musulmane et j\u2019en passe.&nbsp;\u00bb. En mettant l\u2019emphase sur la piste de la r\u00e9\u00e9criture du roman, elle sugg\u00e8re, offrant du grain \u00e0 moudre aux partisans du remaniement litt\u00e9raire, que&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Marzouka va r\u00e9\u00e9crire le livre en ajustant autant que besoin les parties qui ne r\u00e9pondraient pas au code du roman, bien entendu en pr\u00e9servant la libert\u00e9 d&rsquo;expression inali\u00e9nable. Et \u00e9videmment, je m&rsquo;engage \u00e0 l&rsquo;encadrer pour ses publications. En tant qu\u2019\u00e9crivains, nous n&rsquo;avons jamais l&rsquo;intention de bafouer nos traditions ou d&rsquo;insulter qui que ce soit. M\u00eame si on prend un village, un lieu comme cadre de notre \u00e9criture, un roman reste avant tout une \u0153uvre de fiction. Une fiction veut dire une histoire invent\u00e9e, imagin\u00e9e. C&rsquo;est le lieu \u00e9galement de pointer la part de responsabilit\u00e9 des \u00e9diteurs peu cr\u00e9dibles \u00e0 compte d&rsquo;auteurs, sans r\u00e9elle comp\u00e9tence d&rsquo;\u00e9dition, qui exploitent l&rsquo;inexp\u00e9rience des jeunes \u00e9crivains dont ils ne sont m\u00eame pas pr\u00eats \u00e0 accompagner et encore moins d\u00e9fendre. Voil\u00e0 pour l&rsquo;essentiel mes observations. Je suis \u00e9videmment en contact avec Marzouka et t\u00e2che \u00e0 \u0153uvrer avec toutes les parties prenantes pour la suite. La plainte formul\u00e9e \u00e0 son encontre n&rsquo;a pas lieu d&rsquo;\u00eatre et doit \u00eatre retir\u00e9e. Je la soutiens et je trouve que c&rsquo;est une jeune fille courageuse et pleine d&rsquo;avenir dont je suis fi\u00e8re.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>La tribune lui permet \u00e9galement de se poser en figure tut\u00e9laire prescrivant l\u2019ordre et le respect des <em>insiders.<\/em> D\u2019une autorit\u00e9 assum\u00e9e, elle souligne l\u2019exigence de s\u2019en remettre aux a\u00een\u00e9s : \u00ab&nbsp;mon message aux jeunes qui aspirent \u00e0 \u00e9crire c&rsquo;est de s&rsquo;en remettre absolument aux a\u00een\u00e9s pour les accompagner dans leur projet d&rsquo;\u00e9criture. C&rsquo;est ce que j&rsquo;avais fait en me rapprochant de Pabe Mongo et le Cercle de la Nolica o\u00f9, pendant pr\u00e8s de deux ans, j&rsquo;ai particip\u00e9 aux ateliers d&rsquo;\u00e9criture aux c\u00f4t\u00e9s de bien d&rsquo;autres \u00e9crivains qui m&rsquo;ont partag\u00e9 leurs exp\u00e9riences, avant de m&rsquo;engager proprement \u00e0 \u00e9diter mon premier roman. \u00c9crire est un exercice de longue haleine, o\u00f9 la patience est de rigueur et la pr\u00e9cipitation \u00e0 proscrire&nbsp;\u00bb<em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le rappel \u00e0 l\u2019ordre de la cadette s\u2019inscrit dans le fait, soutient-elle, que la r\u00e9gion septentrionale a ses sp\u00e9cificit\u00e9s, ses r\u00e8gles, \u00ab&nbsp;traditions qui nous sont ch\u00e8res, des valeurs etc.&nbsp;\u00bb. En r\u00e9ponse, dans l\u2019\u00e9dition de 2024 dont vraisemblablement elle facilite l\u2019acc\u00e8s \u00e0 une maison bien plus professionnelle, d\u2019entr\u00e9e de jeu, la jeune autrice remercie de mani\u00e8re appuy\u00e9e sa g\u00e9n\u00e9reuse protectrice&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u2018\u2018<em>L\u2019\u00e9criture n\u2019est pas une course. Il faut lire, relire, relire, retravailler mot par mot. Phrase par phrase. Il faut peser chaque virgule, chaque propos\u2026\u2019\u2019. <\/em>Conseils de Dja\u00efli Amadou Amal. Ma marraine, celle qui m\u2019a permis de voir l\u2019\u00e9criture sous une autre dimension. Merci infiniment&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn41\" id=\"_ftnref41\"><sup>[41]<\/sup><\/a>. Le Prix Goncourt des lyc\u00e9ens les avait ant\u00e9rieurement brillamment d\u00e9crites dans son roman <em>Les impatientes, <\/em>mettant en lumi\u00e8re les affres de la prison dor\u00e9e du mariage, souvent forc\u00e9 et polygamique. En ne lui conc\u00e9dant rien d\u2019autre que son jeune \u00e2ge et en lui sugg\u00e9rant d\u2019un ton relativement haut, de r\u00e9\u00e9crire son \u0153uvre sous son encadrement, Dja\u00efli Amadou Amal a nourri les forces patriarcales organisant la prise de parole et la r\u00e9duction au silence des femmes.<\/p>\n\n\n\n<p>Au total, la construction et la r\u00e9ception du travail de Marzouki Oummou Hani dans ses deux \u00e9ditions (2023 et 2024) est un traceur pertinent de la violence patriarcale en tant qu\u2019injonction au silence. La r\u00e9\u00e9criture prescrite de son roman a permis d\u2019en d\u00e9construire la m\u00e9canique (confession publique, amende honorable, lettre r\u00e9habilitant la figure du souverain chef de troisi\u00e8me degr\u00e9, d\u00e9responsabilisation de la jeune autrice) et d\u2019en \u00e9valuer l\u2019efficacit\u00e9 disciplinaire. En revanche, cette occurrence litt\u00e9raire, ancr\u00e9e dans l\u2019invocation matricielle de la figure et du pouvoir du p\u00e8re, comme celle du p\u00e8re de la nation, dans une sym\u00e9trie et une fluidit\u00e9 de la puissance paternelle de l\u2019espace familial \u00e0 l\u2019espace public peut \u00eatre relev\u00e9e. La forte mobilisation administrative (du Sous-pr\u00e9fet au Gouverneur en passant par la repr\u00e9sentante du ministre) peut \u00eatre pens\u00e9e comme une d\u00e9marche de pr\u00e9servation de l\u2019honneur du Souverain de r\u00e9f\u00e9rence auquel certaines autorit\u00e9s administratives feront explicitement r\u00e9f\u00e9rence&nbsp;: \u00ab&nbsp;le Chef de l\u2019Etat&nbsp;\u00bb. La production administrative et judiciaire de la silenciation vise la qu\u00eate d\u2019une harmonie troubl\u00e9e par l\u2019insolente \u00e9crivaine dont le travail viserait ultimement celui qui garantit ultimement le substrat patriarcal. L\u2019empreinte symbolique de la figure paternelle fait \u00e9cho \u00e0 celle du chef de l\u2019\u00c9tat qui, par-del\u00e0 les chants patriotiques qui l\u2019exaltent lors des \u00e9v\u00e8nements comm\u00e9moratifs<a href=\"#_ftn42\" id=\"_ftnref42\"><sup>[42]<\/sup><\/a> et sa d\u00e9signation de \u00ab P\u00e8re de la nation&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn43\" id=\"_ftnref43\"><sup>[43]<\/sup><\/a> sur le site de la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique<a href=\"#_ftn44\" id=\"_ftnref44\"><sup>[44]<\/sup><\/a><sup>,<\/sup> est bel et bien un parall\u00e8le int\u00e9ressant dans la production de l\u2019ordre litt\u00e9raire. Ce parall\u00e8le n\u2019est pas sans rappeler la lecture faite par \u00c9lisabeth Badinter qui con\u00e7oit le patriarcat comme structure sociale de confiscation des pouvoirs,&nbsp;les pouvoirs du p\u00e8re, et avec lui, ceux du chef varient d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019autre (Badinter, 2002, p. 107). Le maintien de l\u2019ordre patriarcal est un des sites du prolongement de l\u2019ordre politique incarn\u00e9 par un Sujet Souverain pens\u00e9 par Michel Foucault tant dans l\u2019Ordre du Discours (1970) que dans Surveiller et punir (1975).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Bibliographie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Amadou Amal, D. (2020). <em>Les impatientes.<\/em> Emmanuelle Collas.<\/p>\n\n\n\n<p>Atwood, M. (2009). <em>Payback: Debt and the shadow side of wealth.<\/em> Bloomsbury.<\/p>\n\n\n\n<p>Badinter, E. (2002). <em>L\u2019un est l\u2019autre : Des relations entre hommes et femmes.<\/em> Odile Jacob.<\/p>\n\n\n\n<p>Bayart, J.-F. (1985). <em>L\u2019\u00c9tat au Cameroun.<\/em> Presses de Science Po.<\/p>\n\n\n\n<p>Bayart, J.-F. (1989). <em>L\u2019\u00c9tat en Afrique : La politique du ventre.<\/em> Fayard.<\/p>\n\n\n\n<p>Bessard-Banquy, O. (2018). De la relation auteur-\u00e9diteur : Entre dialogue et rapport de force. <em>A contrario, 27<\/em>, 79\u201396.<\/p>\n\n\n\n<p>Boulet, J. (n.d.). <em>Idool : \u00c9tude d\u2019un village pilote de l\u2019Adamaoua.<\/em> ORSTOM.<\/p>\n\n\n\n<p>Bourdieu, P. (1982).<em>Ce que parler veut dire : L\u2019\u00e9conomie des \u00e9changes linguistiques.<\/em> Fayard.<\/p>\n\n\n\n<p>Bourdieu, P. (1992). <em>Les r\u00e8gles de l\u2019art : Gen\u00e8se et structure du champ litt\u00e9raire.<\/em> Seuil.<\/p>\n\n\n\n<p>Bourdieu, P. (1997). <em>M\u00e9ditations pascaliennes.<\/em> Seuil.<\/p>\n\n\n\n<p>Bret\u00e9cher, C. (1982). Les m\u00e8res. [S.l.] : Claire Bret\u00e9cher.<\/p>\n\n\n\n<p>Brionne, G. M. (1965). La pr\u00e9diction cr\u00e9atrice. In H. Mendras (Trad.), <em>\u00c9l\u00e9ments de th\u00e9orie et de m\u00e9thode sociologique<\/em> (pp. 140\u2013161).<\/p>\n\n\n\n<p>C\u00e9saire, A. (1939). Cahier d\u2019un retour au pays natal. <em>Volont\u00e9s, 20<\/em>, 23\u201351.<\/p>\n\n\n\n<p>Cislaghi, B., Mackie, G., Nkwi, P., &amp; Shakya, H. (2019). Social norms and child marriage in Cameroon: An application of the theory of normative spectrum. <em>Global Public Health, 14<\/em>(10), 1479\u20131494. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/17441692.2018.1446324\">https:\/\/doi.org\/10.1080\/17441692.2018.1446324<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Corbin, A. (2016). Une histoire du silence : de la Renaissance \u00e0 nos jours. Albin Michel.<\/p>\n\n\n\n<p>Dabla, J. J. S. (1986). <em>Nouvelles \u00e9critures africaines : romanciers de la seconde g\u00e9n\u00e9ration<\/em>. L\u2019Harmattan.<\/p>\n\n\n\n<p>Desmond, M., &amp; Travis, A. (2018). Political consequences of survival strategies among the urban poor. <em>American Sociology Review<\/em>,<em> 83<\/em>(5), 869\u2013896.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9trez, C. (2010). L\u2019\u00e9criture comme r\u00e9sistance quotidienne : \u00eatre \u00e9crivaine en Alg\u00e9rie et au Maroc aujourd\u2019hui. <em>Soci\u00e9t\u00e9s contemporaines<\/em>, (78), pp. 65\u201385.<\/p>\n\n\n\n<p>Djedanoum, N. (2004). L\u2019\u00e9tonnante r\u00e9sistance de la litt\u00e9rature africaine. <em>Africultures<\/em>, (59).<\/p>\n\n\n\n<p>Ducournau, C. (2017). La fabrique des classiques africains : \u00e9crivains d&rsquo;Afrique subsaharienne francophone (1960\u20132012). CNRS.<\/p>\n\n\n\n<p>Foucault, M. (1970). <em>L\u2019ordre du discours<\/em>. Gallimard.<\/p>\n\n\n\n<p>Foucault, M. (1975). <em>Surveiller et punir<\/em>. Gallimard.<\/p>\n\n\n\n<p>Gafa\u00efti, H., &amp; Crouzi\u00e8res-Igenthron, A. (Eds.). (2005). <em>Femmes et \u00e9criture de la transgression<\/em>. L\u2019Harmattan.<\/p>\n\n\n\n<p>Gaudreault-Bourgeois, J. (2018). \u00ab Le roman vit selon ses propres lois \u00bb, ou comment les romanciers font du roman \u00ab le genre le plus libre qui soit \u00bb. <em>Revue Tangence<\/em>, (118).<\/p>\n\n\n\n<p>Glissant, E. (1990). Lieu clos, parole ouverte. In Po\u00e9tique de la relation (pp. 45\u201366). Gallimard.<\/p>\n\n\n\n<p>Greaves, R. (Ed.). (1985). <em>Triumph over silence: Women in Protestant history<\/em>. Greenwood Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Guha, R. (1997). <em>A subaltern studies reader, 1986\u20131995<\/em>. University of Minnesota Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Guilhem, D. (2008). Le charme f\u00e9minin chez les Peuls Djeneri du Mali. Un \u00ab objet \u00bb de la nature ou de la culture ?. <em>Anthropologie et soci\u00e9t\u00e9s<\/em>, 32(hors-s\u00e9rie).<\/p>\n\n\n\n<p>Habeas Corpus Working Group. (2006). Do you know what patriarchal violence is? Daphne Programme of the European Union.<\/p>\n\n\n\n<p>Herbeau, H. (1970). <em>Les esclaves noirs : pour une histoire du silence<\/em>. Andr\u00e9 Balland.<\/p>\n\n\n\n<p>Hern\u00e1ndez G\u00f3mez, M. (2023). <em>L\u2019indicible. D\u00e9clinaisons du silence, de la censure et de l\u2019autocensure<\/em>. L\u2019Harmattan.<\/p>\n\n\n\n<p>Irigaray, L. (1997). <em>Women on the Market. The Logic of the Gift. Ed. Alan D. Schrift. Trans. Catherine Porter, with Carolyn Burke<\/em>. Routledge.<\/p>\n\n\n\n<p>Kaufman, R. (2023). Patriarchal violence. Buffalo Law Review, 71(3), 519\u2013520.<\/p>\n\n\n\n<p>Kemedjio, C. (2016). Mongo Beti : les ultimes d\u00e9fis d\u2019un ancien combattant (1990\u20132000). <em>\u00c9tudes litt\u00e9raires africaines<\/em>, (42), 21\u201336.<\/p>\n\n\n\n<p>Kemedjio, C., &amp; Lynch, C. (Eds.). (2024). <em>Who gives to whom? Reframing Africa in the humanitarian imaginary<\/em>. Palgrave Macmillan.<\/p>\n\n\n\n<p>Kesteloot, L. (2012). La litt\u00e9rature n\u00e9gro-africaine face \u00e0 l\u2019histoire de l\u2019Afrique. <em>Afrique contemporaine<\/em>, (241), 43\u201353.<\/p>\n\n\n\n<p>Kintz, D. (1988). Hommes formels, femmes informelles et le soutien des Peuls \u00e0 leurs anthropologues. <em>Journal des anthropologues<\/em>, (34), 59\u201366.<\/p>\n\n\n\n<p>Kouvouama, A. (2004). Imaginaire et soci\u00e9t\u00e9 dans la litt\u00e9rature africaine francophone. <em>Herm\u00e8s<\/em>, (40), 280\u2013286.<\/p>\n\n\n\n<p>Lashgari, D. (Ed.). (1995). <em>Violence, silence, anger: Women\u2019s Writing as Transgression<\/em>. University Press of Virginia.<\/p>\n\n\n\n<p>Lawson-Hellu, L. (2008). \u00c9criture litt\u00e9raire et discours social dans le contexte africain : \u00e9l\u00e9ments d\u2019un paradigme postcolonial. In M. Nglasso-Mwatha (Ed.), Litt\u00e9ratures, savoirs et enseignement (pp. 123\u2013138). Presses Universitaires de Bordeaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Leperlier, T. (2018). <em>Alg\u00e9rie : les \u00e9crivains dans la d\u00e9cennie noire<\/em>. CNRS \u00c9ditions.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e9vinas, E. (1974). <em>Autrement qu\u2019\u00eatre ou au-del\u00e0 de l\u2019essence<\/em>. Martinus Nijhoff.<\/p>\n\n\n\n<p>Machikou, N. (2015). Espace de docilit\u00e9, espace de r\u00e9sistance&nbsp;: la comm\u00e9moration de la Journ\u00e9e internationale de la femme. <em>Revue pr\u00e9sence africaine<\/em>, (192), pp.115-138.<\/p>\n\n\n\n<p>Machikou, N. (2016). Les comm\u00e9morations comme espace de subjectivation&nbsp;: Journ\u00e9e internationale de la femme et affirmation du souci de soi. <em>Polis, Revue camerounaise de science politique<\/em>, Premier trimestre.<\/p>\n\n\n\n<p>Machikou, N. (2022). La production parlementaire de la consolidation autocratique en Afrique. <em>Revue internationale et strat\u00e9gique<\/em>, (126), pp. 97\u2013108.<\/p>\n\n\n\n<p>Machikou, N. (2024). Are African scholars at risk? The Invisibility of Africans in Relief Policies for Endangered Academics. In L. Dakhli, P. Laborier, &amp; F. Wolff (Eds.),<em> Academics in a century of displacement<\/em> (pp. 210\u2013225). Springer VS.<\/p>\n\n\n\n<p>MacKinnon, C. A. (2007). <em>Are women human?: And Other International Dialogues<\/em>. Harvard University Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Mattos, H. (2019). <em>Les couleurs du silence \u2013 Esclavage et libert\u00e9 dans le Br\u00e9sil du XIXe si\u00e8cle<\/em>. Karthala et CIRESC.<\/p>\n\n\n\n<p>Maupassant, G. de. (1992). <em>Pierre et Jean [1887]<\/em>. Garnier et Flammarion.<\/p>\n\n\n\n<p>Merton, R. K. (1949). The self-fulfilling prophecy. <em>The Antioch Review<\/em>, <em>8<\/em>(2), 193\u2013210.<\/p>\n\n\n\n<p>Michel, F. (1986). <em>Le silence et sa r\u00e9ponse<\/em>. J. C. Latt\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Mossuz-Lavau, J., &amp; De Kervasdou\u00e9, A. (1997). <em>Les femmes ne sont pas des hommes comme les autres<\/em>. Odile Jacob.<\/p>\n\n\n\n<p>Ndiaye, C., &amp; Samujanga, J. (2004). L\u2019Afrique subsaharienne. In C. Ndiaye (Ed.), <em>Introduction aux litt\u00e9ratures francophones. Afrique, Cara\u00efbes, Maghreb<\/em> (pp. 200\u2013215). Presses de l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al.<\/p>\n\n\n\n<p>Nganang, P. (2001). <em>Temps de chien, chronique animale<\/em>. Le Serpent \u00e0 plumes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ngozi Adichie, C. (2016). <em>L\u2019Hibiscus pourpre<\/em>. Gallimard.<\/p>\n\n\n\n<p>Noiriel, G. (2007). <em>Immigration, antis\u00e9mitisme et racisme en France (XIXe \u2013 XXe si\u00e8cle) : discours publics, humiliations priv\u00e9es<\/em>. Fayard.<\/p>\n\n\n\n<p>Ou\u00e9draogo, A. B. (1998). Et les Africaines prirent la plume. Histoire d\u2019une conqu\u00eate !. <em>Mots pluriels<\/em>, (8).<\/p>\n\n\n\n<p>Oummou Hani, M. (2023). <em>Mon p\u00e8re ou mon destin<\/em> (Tome 1). \u00c9ditions MD.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a>Oummou Hani, M. (2024). <em>Mon p\u00e8re ou mon destin<\/em>. \u00c9ditions Proximit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Perrot, M. (2001). <em>Les femmes ou les silences de l\u2019histoire<\/em>. Flammarion.<\/p>\n\n\n\n<p>Poliak, C. F. (2006). <em>Aux fronti\u00e8res du champ litt\u00e9raire. Sociologie des \u00e9crivains amateurs<\/em>. Economica.<\/p>\n\n\n\n<p>Pommerolle, M.-E., &amp; Machikou, N. (2015). Fabrics of loyalty. The politics of the International Woman Day\u2019s Loincloth in Cameroon, <em>Africa Development<\/em>, <em>85<\/em>(04), 656-676.<\/p>\n\n\n\n<p>Pommerolle, M.-E. (2024). <em>De la loyaut\u00e9 au Cameroun. Essai sur un ordre politique et ses crises<\/em>. Karthala.<\/p>\n\n\n\n<p>Rangira, B. G. (2001). \u00c9criture f\u00e9ministe ? \u00e9criture f\u00e9minine ? les \u00e9crivaines francophones de l\u2019Afrique subsaharienne face au regard du lecteur\/critique. <em>\u00c9tudes fran\u00e7aises<\/em>, <em>37<\/em>(2), 79\u201398.<\/p>\n\n\n\n<p>Sapiro, G. (2014). <em>La sociologie de la litt\u00e9rature<\/em>. La D\u00e9couverte.<\/p>\n\n\n\n<p>Tati Loutard, J.-B. (2003). <em>Libres m\u00e9langes. Litt\u00e9rature et destins litt\u00e9raires<\/em>. Pr\u00e9sence Africaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Thompson, E. P. (1963). <em>The making of the English working class<\/em>. V. Gollancz.<\/p>\n\n\n\n<p>Verg\u00e8s, F. (2019). <em>Un f\u00e9minisme d\u00e9colonial<\/em>. La Fabrique.<\/p>\n\n\n\n<p>Vincent, A. (2017). Une histoire de silences. <em>Annales. Histoire, Sciences sociales<\/em>, <em>72<\/em>(3), 633\u2013658.<\/p>\n\n\n\n<p>Watzlawick, P. (Ed.). (1988). <em>L\u2019invention de la r\u00e9alit\u00e9. Comment savons-nous ce que nous croyons savoir ? Contributions au constructivisme<\/em>. \u00c9ditions du Seuil.<\/p>\n\n\n\n<p>Wynchank, A., &amp; Salazar, P. J. (Eds.). (1995). <em>Afriques imaginaires : regards r\u00e9ciproques et discours litt\u00e9raires.<\/em> 17e \u2013 20e si\u00e8cles. L\u2019Harmattan.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> Le roman ici consid\u00e9r\u00e9, d\u2019une centaine de pages, comporte de nombreuses fautes et erreurs, signe d\u2019une jeunesse d\u2019\u00e9criture et d\u2019un travail d\u2019\u00e9dition peu rigoureux.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> Voir aussi l\u2019article 1<sup>er<\/sup> de la D\u00e9claration sur l\u2019\u00e9limination des violences \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes, 20 d\u00e9cembre 1993.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> Nous citons Rona Kaufman: \u201c<em>Patriarchal violence is all violence that creates or maintains men\u2019s power and dominance, or avenges the loss of their power. It is the enforcement tool that sustains the patriarchy, that is, the institutionalization of male superiority and female subordination. It manifests on internalized, interpersonal, social, and institutional levels through an interconnected system that harms, undervalues, and terrorizes girls, women, and other gender-oppressed people. It often manifests as private interpersonal violence such as sexual harassment, sexual assault, and family violence. The harms caused by interpersonal acts of patriarchal violence are compounded by social and institutional patriarchal violence. Patriarchal violence creates a process of intimidation by which all men keep all women in a state of fear<\/em>\u201d (Kaufman, 2023, pp. 519-520).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> Sur cette notion, voir l\u2019usage qu\u2019en font deux auteurs au sujet de la r\u00e9silience des cat\u00e9gories laborieuses urbaines (Desmond &amp; Travis, 2018).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> Sur les esclaves noirs et leurs descendants, voir Herbeau, 1970&nbsp;; Mattos, 2019&nbsp;; sur les immigr\u00e9s voir Noiriel, 2007&nbsp;; sur les subalternes voir Guha, 1997, sur les classes ouvri\u00e8res et populaires, voir Thompson, 1963. Sur les femmes, Perrot, 2001&nbsp;; Greaves, 1985.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> Voir \u00e9galement Tati Loutard, J. B., 2003.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a> Plus anciennement, voir Michel, 1986.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> Dans sa le\u00e7on inaugurale de 1970 en effet, Michel Foucault confronte le d\u00e9sir \u00ab <em>Je ne voudrais pas avoir \u00e0 entrer moi-m\u00eame dans cet ordre hasardeux du discours, je voudrais qu&rsquo;il soit tout autour de moi comme une transparence calme, profonde, ind\u00e9finiment ouverte, o\u00f9 les autres r\u00e9pondraient \u00e0 mon attente, et d&rsquo;o\u00f9 les v\u00e9rit\u00e9s, une \u00e0 une, se l\u00e8veraient\u00a0\u00bb <\/em>et l\u2019institution qui lui r\u00e9pond : <em>\u00ab\u00a0Tu n&rsquo;as pas \u00e0 craindre de commencer, nous sommes tous l\u00e0 pour te montrer que le discours est dans l&rsquo;ordre des lois ; qu&rsquo;on veille depuis longtemps sur son apparition ; qu&rsquo;une place lui a \u00e9t\u00e9 faite, qui l&rsquo;honore mais le d\u00e9sarme ; et que s&rsquo;il lui arrive d&rsquo;avoir quelque pouvoir, c&rsquo;est bien de nous, et de nous seulement, qu&rsquo;il le tient \u00bb<\/em> (Foucault, 1970).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\"><sup>[9]<\/sup><\/a> Il faut rappeler en effet que la censure litt\u00e9raire a \u00e9t\u00e9 courante mais le recours \u00e0 l\u2019injonction de r\u00e9\u00e9criture est invoqu\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en direction d\u2019une jeune autrice de 17 ans.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a> Je tiens \u00e0 remercier grandement ici C\u00e9cilia Lynch, Tatiana Fouda et Da\u00efrou Bouba avec qui cette recherche a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e en 2018. Quelques entretiens ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s en 2023 et 2024.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a> Voir \u00e9galement et Brionne (1965) et dans l\u2019usage constructiviste ici privil\u00e9gi\u00e9, Watzlawick (1988).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\"><sup>[12]<\/sup><\/a> Sur cette notion, voir de nombreux travaux de la sociologie de l\u2019\u00c9tat et tout particuli\u00e8rement Bayart, 1985 et 1989.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\"><sup>[13]<\/sup><\/a> Communique of the Social Affairs Commission of the Cameroon Bar Association, 20<sup>th<\/sup> of July 2023 (notre traduction).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\"><sup>[14]<\/sup><\/a> En premi\u00e8re ligne du collectif, <em>l&rsquo;Universal Lawyers and Human Rights Defense<\/em> met six avocats sur le dossier (Me Dominique Fousse, Me Moteng, Me Yanou, Me Massi, Me Oyie et Me Nwayin).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\"><sup>[15]<\/sup><\/a> Josiane Kouagheu, \u00ab&nbsp;Au Cameroun, une \u00e9crivaine de 17 ans en guerre avec son village&nbsp;\u00bb, <em>Le Monde, <\/em>31 juillet 2023 (<a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/afrique\/article\/2023\/07\/31\/au-cameroun-une-ecrivaine-de-17-ans-en-guerre-avec-son-village_6184022_3212.html\">https:\/\/www.lemonde.fr\/afrique\/article\/2023\/07\/31\/au-cameroun-une-ecrivaine-de-17-ans-en-guerre-avec-son-village_6184022_3212.html<\/a>, consult\u00e9 en ao\u00fbt 2023).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\"><sup>[16]<\/sup><\/a> Josiane Kouagheu, \u00ab&nbsp;Au Cameroun, une \u00e9crivaine de 17 ans en guerre avec son village&nbsp;\u00bb, <em>Le Monde, <\/em>31 juillet 2023 (<a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/afrique\/article\/2023\/07\/31\/au-cameroun-une-ecrivaine-de-17-ans-en-guerre-avec-son-village_6184022_3212.html\">https:\/\/www.lemonde.fr\/afrique\/article\/2023\/07\/31\/au-cameroun-une-ecrivaine-de-17-ans-en-guerre-avec-son-village_6184022_3212.html<\/a>, consult\u00e9 en ao\u00fbt 2023).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref17\" id=\"_ftn17\"><sup>[17]<\/sup><\/a> La recherche ethnographique montre \u00e0 quel point le fondateur du village est un prisme d\u00e9cisif dans la construction politique, socio-\u00e9conomique, religieuse et m\u00eame \u00e9cologique du village.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref18\" id=\"_ftn18\"><sup>[18]<\/sup><\/a> <em>Cameroon Tribune, <\/em>p. 25.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref19\" id=\"_ftn19\"><sup>[19]<\/sup><\/a> <em>Cameroon Tribune<\/em>, p. 25.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref20\" id=\"_ftn20\"><sup>[20]<\/sup><\/a> <em>Cameroon Tribune<\/em>, p. 25.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref21\" id=\"_ftn21\"><sup>[21]<\/sup><\/a> Interview de Marzouka Oummou Hani, <em>Cameroon Tribune, <\/em>09 ao\u00fbt 2023, p. 24.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref22\" id=\"_ftn22\"><sup>[22]<\/sup><\/a> Le journal <em>Mutations<\/em> parle \u00ab&nbsp;Idool. Le livre qui f\u00e2che&nbsp;\u00bb. La <em>Voix des jeunes<\/em> rel\u00e8ve que \u00ab&nbsp;<em>cette \u0153uvre litt\u00e9raire, \u00e9crite dans un style \u00e9mouvant, trouve des parall\u00e8les avec le travail d&rsquo;autres \u00e9crivaines avant-gardistes, telles que Dja\u00efli Amadou Amal, qui ont os\u00e9 \u00e9lever la voix des femmes dans des soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 elles \u00e9taient souvent marginalis\u00e9es. L&rsquo;\u00e9crivaine a d&rsquo;ailleurs apport\u00e9 son ind\u00e9fectible soutien \u00e0 Marzouka Oummou Hani et s&rsquo;engage \u00e0 l&rsquo;accompagner \u00e0 l&rsquo;avenir<\/em>&nbsp;\u00bb <a href=\"https:\/\/voixdesjeunes.com\/actualite\/affaire-marzouka-oummou-hani-le-proces-de-la-jeune-ecrivaine-de-17-ans-renvoye-au-17-aout-2023\">https:\/\/voixdesjeunes.com\/actualite\/affaire-marzouka-oummou-hani-le-proces-de-la-jeune-ecrivaine-de-17-ans-renvoye-au-17-aout-2023<\/a>, consult\u00e9 en ao\u00fbt 2023. Paul Chouta \u00e9crit un long post relevant que \u00ab&nbsp;<em>dans une r\u00e9gion class\u00e9e zone d&rsquo;\u00e9ducation prioritaire o\u00f9 la parole chez la femme n&rsquo;est pas lib\u00e9r\u00e9e, on comprend que beaucoup d&rsquo;efforts sont encore \u00e0 faire pour faire \u00e9voluer les mentalit\u00e9s&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref23\" id=\"_ftn23\"><sup>[23]<\/sup><\/a> <em>Cameroon Tribune, <\/em>\u00ab&nbsp;Affaire Marzouka&nbsp;: la page judiciaire close&nbsp;\u00bb, 21 ao\u00fbt 2023.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref24\" id=\"_ftn24\"><sup>[24]<\/sup><\/a> En effet, les Editions MD 2023, qui indiquent comme adresse \u00ab&nbsp;B.P.&nbsp;: Messamendongo \u2013 Commissariat- Yaound\u00e9&nbsp;\u00bb, n\u2019ont pu \u00eatre rep\u00e9r\u00e9s au lieu-dit. Le num\u00e9ro ISBN indiqu\u00e9 (\u00e0 savoir 978-9956-1-1713-0) n\u2019a pas pu \u00eatre retrouv\u00e9 dans les catalogues de livres. Aussi pour les besoins de cet article, les appels t\u00e9l\u00e9phoniques renvoient \u00e0 la messagerie vocale indiquant que les num\u00e9ros sont indisponibles.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref25\" id=\"_ftn25\"><sup>[25]<\/sup><\/a> Ledit communiqu\u00e9, datant du 21 juillet 2023, pr\u00e9cise en en-t\u00eate \u00ab&nbsp;Les Editions MD&nbsp;: Fi\u00e8rement aux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019auteur Marzouka Hani et de son livre \u2018\u2018Mon p\u00e8re, mon destin\u2019\u2019&nbsp;\u00bb (compte instagram consult\u00e9 en f\u00e9vrier 2025, <a href=\"https:\/\/www.instagram.com\/marzouka_oummouhani\/p\/CvAJGIfLf64\/\">https:\/\/www.instagram.com\/marzouka_oummouhani\/p\/CvAJGIfLf64\/<\/a>. Le livre sera r\u00e9\u00e9dit\u00e9 par une autre maison, Editions Proximit\u00e9, \u00e0 Yaound\u00e9 en juin 2024 moyennant quelques remaniements&nbsp;et compte dans cette \u00e9dition, 90 pages (https:\/\/www.youscribe.com\/BookReader\/Index\/3708327\/?documentId=6076110).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref26\" id=\"_ftn26\"><sup>[26]<\/sup><\/a> <a href=\"https:\/\/www.alliance-editeurs.org\/proximite,1199\">https:\/\/www.alliance-editeurs.org\/proximite,1199<\/a> (consult\u00e9 en f\u00e9vrier 2025).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref27\" id=\"_ftn27\"><sup>[27]<\/sup><\/a> Il s\u2019agit des \u00e9ditions camerounaises de <em>Walaande. L\u2019Art de partager un mari, <\/em>2010 et <em>Le harem du roi, <\/em>2024.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref28\" id=\"_ftn28\"><sup>[28]<\/sup><\/a> Voir par exemple l\u2019analyse qu\u2019en font Kemedjio et Lynch, 2024.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref29\" id=\"_ftn29\"><sup>[29]<\/sup><\/a> L\u2019h\u00e9ro\u00efne fait face \u00e0 un tiers qui lui propose de porter le voile en ces mots&nbsp;: \u00ab&nbsp;j\u2019aimerais que tu t\u2019habilles comme une v\u00e9ritable musulmane, mettre le voile et croire en Allah. Je me suis rendu compte que ta foi en lui est tr\u00e8s faible. La pudeur fait partie de notre foi. Je ne veux pas t\u2019imposer de faire ce qui te d\u00e9plait&nbsp;; je voulais te dire ce que je pensais. L\u2019Islam est la plus belle des religions. Prier Allah, lui demander tes souhaits, faire des invocations quotidiennes pour qu\u2019il te prot\u00e8ge contre le mal peut radicalement changer ta vie&nbsp;\u00bb. \u00c0 ce pros\u00e9lytisme discret, Astawabi r\u00e9pond \u00ab&nbsp;je ne connais pas cette religion. Certes, mon p\u00e8re avec lequel j\u2019ai grandi \u00e9tait un musulman, mais je ne connais rien de la religion islamique&nbsp;\u00bb (p. 76).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref30\" id=\"_ftn30\"><sup>[30]<\/sup><\/a> R\u00e9alis\u00e9e par un anthropologue de<em> <\/em>l\u2019Office de la recherche scientifique et technique Outre-Mer (ORSTOM), la monographie indique \u00e0 la page 16, note de bas de page 2, que l\u2019enqu\u00eate a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e en avril 1967.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref31\" id=\"_ftn31\"><\/a><sup>[31]<\/sup> Il s\u2019agit en particulier d\u2019une injonction de ne pas se montrer en public, de rester dans sa cour, r\u00e9clusion socialement d\u00e9termin\u00e9e, Kintz D., (1988). Hommes formels, femmes informelles et le soutien des peuls \u00e0 leurs anthropologues, Journal des anthropologues, (34), pp. 59-66.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref32\" id=\"_ftn32\"><sup>[32]<\/sup><\/a> Ces chiffres sont fournis par l\u2019organisation <em>Girls not Brides<\/em> https:\/\/www.girlsnotbrides.org\/learning-resources\/child-marriage-atlas\/regions-and-countries\/cameroon\/ (consult\u00e9 ao\u00fbt 2023).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref33\" id=\"_ftn33\"><sup>[33]<\/sup><\/a><sup> <\/sup>Entretiens et focus group du 12 f\u00e9vrier 2018.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref34\" id=\"_ftn34\"><sup>[34]<\/sup><\/a> Tous les passages sont repris in extenso, sans correction.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref35\" id=\"_ftn35\"><sup>[35]<\/sup><\/a> Cf. quatri\u00e8me de couverture&nbsp;du roman.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref36\" id=\"_ftn36\"><sup>[36]<\/sup><\/a> Maisons en Fulfuld\u00e9, langue parl\u00e9e \u00e0 Idool.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref37\" id=\"_ftn37\"><sup>[37]<\/sup><\/a> Le roman prim\u00e9 est intitul\u00e9 <em>Les Impatientes&nbsp;<\/em>(2020).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref38\" id=\"_ftn38\"><sup>[38]<\/sup><\/a> <em>Le Monde, <\/em>Entretien avec Annick Cojean,7 mars 2021 (https:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2021\/03\/07\/djaili-amadou-amal-laureate-du-prix-goncourt-des-lyceens-avec-les-livres-une-petite-graine-d-insoumission-a-germe-en-moi_6072234_3232.html).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref39\" id=\"_ftn39\"><sup>[39]<\/sup><\/a> <em>Le Monde, <\/em>Entretien avec Annick Cojean,7 mars 2021 (https:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2021\/03\/07\/djaili-amadou-amal-laureate-du-prix-goncourt-des-lyceens-avec-les-livres-une-petite-grain`$^e-d-insoumission-a-germe-en-moi_6072234_3232.html).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref40\" id=\"_ftn40\"><sup>[40]<\/sup><\/a> Voir notamment \u00ab&nbsp;Cameroun &#8211; Justice. L&rsquo;\u00e9crivaine Djaili Amadou Amal s&rsquo;engage \u00e0 aider le jeune Marzouka Oummou Hani dans la r\u00e9\u00e9criture de son ouvrage&nbsp;\u00bb, <em>Cameroun24.net, <\/em>vendredi 21 juillet 2023.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref41\" id=\"_ftn41\"><sup>[41]<\/sup><\/a> <a href=\"https:\/\/www.youscribe.com\/BookReader\/Index\/3708327\/?documentId=6076110\">https:\/\/www.youscribe.com\/BookReader\/Index\/3708327\/?documentId=6076110<\/a> (consult\u00e9 en f\u00e9vrier 2025).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref42\" id=\"_ftn42\"><sup>[42]<\/sup><\/a> L\u2019un des plus usit\u00e9s est le quatrain de ralliement \u00ab&nbsp;Paul Biya, Paul Biya, notre Pr\u00e9sident, P\u00e8re de la Nation, Paul Biya, toujours en avant&nbsp;\u00bb ou encore \u00ab&nbsp;Paul Biya, Paul Biya, notre Pr\u00e9sident, P\u00e8re de la Nation, Paul Biya, toujours chaud gars&nbsp;\u00bb (quatrain repris par Docta, un des personnages du roman de Patrice Nganang (<em>Temps <\/em>2001, p. 274).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref43\" id=\"_ftn43\"><sup>[43]<\/sup><\/a> Ce statut, g\u00e9n\u00e9ralement unique, se partage entre les deux figures pr\u00e9sidentielles nationales.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref44\" id=\"_ftn44\"><sup>[44]<\/sup><\/a> <a href=\"https:\/\/www.prc.cm\/fr\/actualites\/1963-paul-biya-appelle-au-courage-au-dynamisme-et-a-la-volonte-apres-les-tristes-evenements-du-21-octobre\">https:\/\/www.prc.cm\/fr\/actualites\/1963-paul-biya-appelle-au-courage-au-dynamisme-et-a-la-volonte-apres-les-tristes-evenements-du-21-octobre<\/a>, ou encore <a href=\"https:\/\/www.prc.cm\/fr\/actualites\/7401-accueil-triomphal-du-president-paul-biya-a-yaounde\">https:\/\/www.prc.cm\/fr\/actualites\/7401-accueil-triomphal-du-president-paul-biya-a-yaounde<\/a>; consult\u00e9s le 30 d\u00e9cembre 2024.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":25582,"template":"","meta":[],"series-categories":[1348],"cat-articles":[1015],"keywords":[1415,1100,1414,1416,1412,1413],"ppma_author":[428],"class_list":["post-25583","series-issues","type-series-issues","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","series-categories-numero-9","cat-articles-analyses-critiques","keywords-cadets-sociaux","keywords-cameroun","keywords-domination-masculine","keywords-litterature","keywords-maintien-de-lordre","keywords-patriarcat","author-nadine-machikou-fr"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Le maintien de l\u2019ordre patriarcal par voie de silenciation\u00a0: territoires litt\u00e9raires de la subordination f\u00e9minine au Cameroun\u00a0 | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-9\/the-maintenance-of-patriarchal-order-through-silencing-literary-territories-of-female-subordination-in-cameroon\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Le maintien de l\u2019ordre patriarcal par voie de silenciation\u00a0: territoires litt\u00e9raires de la subordination f\u00e9minine au Cameroun\u00a0 | Global Africa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Introduction Saisir une \u00e9criture comme fait social repr\u00e9sentant et reproduisant le r\u00e9el, porte \u00e0 poser la question suivante, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019un \u00e9v\u00e8nement litt\u00e9raire dans la partie septentrionale du Cameroun : est-il permis \u00e0 une jeune femme d\u2019\u00e9crire son d\u00e9sir d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la prison patriarcale&nbsp;par des \u00e9nonc\u00e9s fictionnels maladroitement mont\u00e9s[1] consid\u00e9r\u00e9s comme trop marqu\u00e9s par une inclinaison factuelle ? Une querelle, sur fond d\u2019une mi\u00e8vre production litt\u00e9raire, en est l\u2019occasion. L\u2019autorit\u00e9 de cette parole, dont la jeunesse n\u2019\u00e9chappe \u00e0 personne, est dans l\u2019art que l\u2019autrice d\u00e9ploie dans sa capacit\u00e9 \u00e0 faire passer par l\u2019\u00e9criture une v\u00e9rit\u00e9 strictement et radicalement ancr\u00e9e dans une trajectoire et une exp\u00e9rience personnelles qu\u2019elle rend intelligible. Cette occurrence est saisie \u00e0 partir de la notion de violence patriarcale, ici entendue comme violence subie par les filles et les femmes dans le cadre de syst\u00e8mes patriarcaux (Habeas Corpus Working Group, 2006)[2]. Les instigateurs en sont les p\u00e8res, fr\u00e8res, oncles, amis de la famille, \u00e9poux, compagnons, ex-\u00e9poux, amis, pairs, enseignants, coachs, coll\u00e8gues, voisins, superviseurs, mais aussi \u00e9trangers. Elle est physique (MacKinnon, 2007) et les aspects symboliques ont \u00e9t\u00e9 inscrits dans la m\u00e9canique de la domination masculine par Pierre Bourdieu (1997). Sous des expressions innombrables, cette violence genr\u00e9e a pour fonction id\u00e9ologique, montre Rona Kaufman, de cr\u00e9er, maintenir de la puissance patriarcale ou en venger la perte, en vue de la subordination f\u00e9minine[3]. Au c\u0153ur de cette production, le travail de r\u00e9silience cr\u00e9ative[4] d\u2019une \u00e9crivaine en herbe, Marzouka Oummou Hani, ayant choisi de rendre compte dans son premier roman, entre autres sujets, de certaines formes de la violence patriarcale. La r\u00e9ception sociopolitique et administrative de son \u0153uvre est prise en \u00e9tau par une machine de maintien de l\u2019ordre patriarcal et d\u2019assignation au silence. Dans la lign\u00e9e des travaux sur les dispositifs et dynamiques d\u2019invisibilisation, de marginalisation et de silenciation des cadets en tout genre[5], il appara\u00eet que l\u2019injonction du silence s\u2019inscrit dans une \u00e9cologie de positions et de prises de positions patriarcales. Le cumul de trois traits sp\u00e9cifiques donne toute la mesure \u00e0 la force de cette parole f\u00e9minine de l\u2019\u00e9crivaine jug\u00e9e transgressive&nbsp;: jeune lyc\u00e9enne, musulmane, originaire du septentrion camerounais. Son roman jug\u00e9 transgressif est saisi par un syst\u00e8me de domination patriarcale pronon\u00e7ant non une fatwa mais saisissant le tribunal pour une condamnation judiciaire de la jeune autrice. Par-del\u00e0 la dimension et la valeur proprement linguistiques du texte et la jeunesse \u2013 voire la relative immaturit\u00e9 du r\u00e9cit \u2013, la controverse qu\u2019inaugure cette sortie litt\u00e9raire est un traceur puissant des dynamiques d\u2019autod\u00e9termination sous contr\u00f4le de forces patriarcales lorsqu\u2019elles sont le fait de cadets sociaux. A l\u2019origine de la pol\u00e9mique, la sortie d\u2019un roman dans lequel l\u2019autrice, jeune bacheli\u00e8re de 17 ans, raconte la vie d\u2019Astawabi confront\u00e9e au patriarcat oppressif et son lot de violences machistes \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans l\u2019espace rural \u00e0 partir d\u2019un rep\u00e8re, celui d\u2019un village de la commune de B\u00e9lel dans la r\u00e9gion de l\u2019Adamaoua. 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Cet \u00e9pisode r\u00e9v\u00e8le le poids des contraintes de la mise en r\u00e9cit de diverses formes de violence, manifestes ou cach\u00e9es, subies par les femmes dans les soci\u00e9t\u00e9s africaines, en particulier lorsqu\u2019elles sont jeunes. Il est assorti d\u2019une r\u00e9flexivit\u00e9 quant au co\u00fbt de la rupture d\u2019avec les structures qui tentent, de diverses mani\u00e8res, de les r\u00e9duire au silence (Lashgari, 1995). La mise en roman, \u00e0 travers laquelle transpire une revendication, celle d\u2019une libert\u00e9 d\u2019\u00e9nonciation, met parfois en tension valeur litt\u00e9raire et v\u00e9rit\u00e9 sociohistorique et anthropologique. La revendication de la nature fictionnelle du r\u00e9cit fonde une valeur de l\u2019\u0153uvre, intrins\u00e8que. Cette tension entre la valeur d\u2019une \u0153uvre et la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019\u00e9criture est l\u2019expression d\u2019un travail de composition et d\u2019agencement situ\u00e9 et signifiant. Soumise \u00e0 des r\u00e8gles, la libert\u00e9 d\u2019\u00e9crire portait Guy de Maupassant \u00e0 \u00eatre dubitatif et \u00e0 se demander \u00ab&nbsp;quelles sont ces fameuses r\u00e8gles ? D\u2019o\u00f9 viennent-elles ? Qui les a \u00e9tablies ? En vertu de quel principe, de quelle autorit\u00e9 et de quels raisonnements ? \u00bb (Maupassant, 1887, p. 17). Ces questions s\u2019expriment de mani\u00e8re singuli\u00e8re dans les espaces o\u00f9 l\u2019autorit\u00e9 de la parole fictionnelle, parole sur les \u00eatres et sur les choses, est d\u00e9termin\u00e9e par des structures pratiques et symboliques parfois \u00e9crasantes. Comme le rappelle tr\u00e8s justement Josette Gaudreault-Bourgeois, \u00ab&nbsp;le roman est cr\u00e9ateur de ses propres r\u00e8gles, de ses propres lois&nbsp;\u00bb (Gaudreault-Bourgeois,2018, p.&nbsp;104)[6]. Il faut bien reconna\u00eetre que la confrontation entre le pouvoir litt\u00e9raire et les r\u00e8gles de toutes sortes, formelles et informelles, se construit dans un espace disciplinaire, comme le montre une histoire sociale du champ litt\u00e9raire et de la figure l\u00e9gitime de l\u2019\u00e9crivain africain. Claire Ducournau en restitue les m\u00e9canismes mat\u00e9riels et symboliques qui assurent la publication et la reconnaissance d\u2019auteurs forg\u00e9es dans des dynamiques transnationales, mais aussi les \u00e9changes in\u00e9galitaires entre eux (Ducournau, 2017). Par-del\u00e0 ces dynamiques d\u2019extraversion dans les rapports de pouvoir au sein du champ litt\u00e9raire et des biais postcoloniaux divers qui les traversent, il para\u00eet important de souligner l\u2019importance des ressorts du dedans \u00e0 l\u2019\u0153uvre (Dabla, 1986 ; Wynchank &amp; Salazar, 1995 ; Lawson-Hellu, 2008&nbsp;; Ndiaye &amp; Samujanga, 2004), tout particuli\u00e8rement le poids de l\u2019engagement litt\u00e9raire comme crit\u00e8re performant de la valeur de l\u2019\u00e9criture (Kouvouama, 2004&nbsp;; Kesteloot, 2012&nbsp;; Leperlier, 2018). Nocky Djedanoum souligne \u00e0 ce titre que l\u2019engagement des \u00e9crivains contre la barbarie \u00ab&nbsp;peut conduire jusqu\u2019\u00e0 la mort, quand ce n\u2019est pas l\u2019exil forc\u00e9. Dans leur \u00e9crasante majorit\u00e9, ils ont tremp\u00e9 et continuent de tremper leur plume dans l\u2019encre de la r\u00e9sistance. 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\u00e9nonc\u00e9s fictionnels maladroitement mont\u00e9s[1] consid\u00e9r\u00e9s comme trop marqu\u00e9s par une inclinaison factuelle ? Une querelle, sur fond d\u2019une mi\u00e8vre production litt\u00e9raire, en est l\u2019occasion. L\u2019autorit\u00e9 de cette parole, dont la jeunesse n\u2019\u00e9chappe \u00e0 personne, est dans l\u2019art que l\u2019autrice d\u00e9ploie dans sa capacit\u00e9 \u00e0 faire passer par l\u2019\u00e9criture une v\u00e9rit\u00e9 strictement et radicalement ancr\u00e9e dans une trajectoire et une exp\u00e9rience personnelles qu\u2019elle rend intelligible. Cette occurrence est saisie \u00e0 partir de la notion de violence patriarcale, ici entendue comme violence subie par les filles et les femmes dans le cadre de syst\u00e8mes patriarcaux (Habeas Corpus Working Group, 2006)[2]. Les instigateurs en sont les p\u00e8res, fr\u00e8res, oncles, amis de la famille, \u00e9poux, compagnons, ex-\u00e9poux, amis, pairs, enseignants, coachs, coll\u00e8gues, voisins, superviseurs, mais aussi \u00e9trangers. Elle est physique (MacKinnon, 2007) et les aspects symboliques ont \u00e9t\u00e9 inscrits dans la m\u00e9canique de la domination masculine par Pierre Bourdieu (1997). Sous des expressions innombrables, cette violence genr\u00e9e a pour fonction id\u00e9ologique, montre Rona Kaufman, de cr\u00e9er, maintenir de la puissance patriarcale ou en venger la perte, en vue de la subordination f\u00e9minine[3]. Au c\u0153ur de cette production, le travail de r\u00e9silience cr\u00e9ative[4] d\u2019une \u00e9crivaine en herbe, Marzouka Oummou Hani, ayant choisi de rendre compte dans son premier roman, entre autres sujets, de certaines formes de la violence patriarcale. La r\u00e9ception sociopolitique et administrative de son \u0153uvre est prise en \u00e9tau par une machine de maintien de l\u2019ordre patriarcal et d\u2019assignation au silence. Dans la lign\u00e9e des travaux sur les dispositifs et dynamiques d\u2019invisibilisation, de marginalisation et de silenciation des cadets en tout genre[5], il appara\u00eet que l\u2019injonction du silence s\u2019inscrit dans une \u00e9cologie de positions et de prises de positions patriarcales. Le cumul de trois traits sp\u00e9cifiques donne toute la mesure \u00e0 la force de cette parole f\u00e9minine de l\u2019\u00e9crivaine jug\u00e9e transgressive&nbsp;: jeune lyc\u00e9enne, musulmane, originaire du septentrion camerounais. Son roman jug\u00e9 transgressif est saisi par un syst\u00e8me de domination patriarcale pronon\u00e7ant non une fatwa mais saisissant le tribunal pour une condamnation judiciaire de la jeune autrice. Par-del\u00e0 la dimension et la valeur proprement linguistiques du texte et la jeunesse \u2013 voire la relative immaturit\u00e9 du r\u00e9cit \u2013, la controverse qu\u2019inaugure cette sortie litt\u00e9raire est un traceur puissant des dynamiques d\u2019autod\u00e9termination sous contr\u00f4le de forces patriarcales lorsqu\u2019elles sont le fait de cadets sociaux. A l\u2019origine de la pol\u00e9mique, la sortie d\u2019un roman dans lequel l\u2019autrice, jeune bacheli\u00e8re de 17 ans, raconte la vie d\u2019Astawabi confront\u00e9e au patriarcat oppressif et son lot de violences machistes \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans l\u2019espace rural \u00e0 partir d\u2019un rep\u00e8re, celui d\u2019un village de la commune de B\u00e9lel dans la r\u00e9gion de l\u2019Adamaoua. 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Il faut bien reconna\u00eetre que la confrontation entre le pouvoir litt\u00e9raire et les r\u00e8gles de toutes sortes, formelles et informelles, se construit dans un espace disciplinaire, comme le montre une histoire sociale du champ litt\u00e9raire et de la figure l\u00e9gitime de l\u2019\u00e9crivain africain. Claire Ducournau en restitue les m\u00e9canismes mat\u00e9riels et symboliques qui assurent la publication et la reconnaissance d\u2019auteurs forg\u00e9es dans des dynamiques transnationales, mais aussi les \u00e9changes in\u00e9galitaires entre eux (Ducournau, 2017). Par-del\u00e0 ces dynamiques d\u2019extraversion dans les rapports de pouvoir au sein du champ litt\u00e9raire et des biais postcoloniaux divers qui les traversent, il para\u00eet important de souligner l\u2019importance des ressorts du dedans \u00e0 l\u2019\u0153uvre (Dabla, 1986 ; Wynchank &amp; Salazar, 1995 ; Lawson-Hellu, 2008&nbsp;; Ndiaye &amp; Samujanga, 2004), tout particuli\u00e8rement le poids de l\u2019engagement litt\u00e9raire comme crit\u00e8re performant de la valeur de l\u2019\u00e9criture (Kouvouama, 2004&nbsp;; Kesteloot, 2012&nbsp;; Leperlier, 2018). Nocky Djedanoum souligne \u00e0 ce titre que l\u2019engagement des \u00e9crivains contre la barbarie \u00ab&nbsp;peut conduire jusqu\u2019\u00e0 la mort, quand ce n\u2019est pas l\u2019exil forc\u00e9. Dans leur \u00e9crasante majorit\u00e9, ils ont tremp\u00e9 et continuent de tremper leur plume dans l\u2019encre de la r\u00e9sistance. Ce n\u2019est pas un hasard si la litt\u00e9rature appara\u00eet comme l\u2019expression majeure de la libert\u00e9 en Afrique&nbsp;\u00bb","og_url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-9\/the-maintenance-of-patriarchal-order-through-silencing-literary-territories-of-female-subordination-in-cameroon\/","og_site_name":"Global Africa","article_publisher":"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences","article_modified_time":"2026-04-29T10:55:36+00:00","og_image":[{"width":640,"height":421,"url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/ENFER-PARADISIAQUE-01-Moyenne.jpeg","type":"image\/jpeg"}],"twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"49 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