{"id":25270,"date":"2025-06-20T08:29:40","date_gmt":"2025-06-20T08:29:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/it-takes-a-village-reinventing-shelters-for-survivors-of-sexual-violence-in-senegal-the-experience-of-the-kullimaaroo-center-in-ziguinchor\/"},"modified":"2026-04-24T18:48:19","modified_gmt":"2026-04-24T18:48:19","slug":"it-takes-a-village-reinventing-shelters-for-survivors-of-sexual-violence-in-senegal-the-experience-of-the-kullimaaroo-center-in-ziguinchor","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-10\/it-takes-a-village-reinventing-shelters-for-survivors-of-sexual-violence-in-senegal-the-experience-of-the-kullimaaroo-center-in-ziguinchor\/","title":{"rendered":"It Takes a Village! (R\u00e9)inventer la mise \u00e0 l\u2019abri des survivantes de violences sexuelles au S\u00e9n\u00e9gal : pistes \u00e0 partir de l\u2019exp\u00e9rience du centre Kullimaaroo de Ziguinchor."},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Cet article se fonde sur les r\u00e9sultats de recherches effectu\u00e9es au S\u00e9n\u00e9gal dans le cadre du projet HIRA \u00ab&nbsp;Informer, accueillir, h\u00e9berger et re-socialiser<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 partir de 2022, pour une dur\u00e9e de trente-six mois, au sein du Laboratoire d\u2019analyse des soci\u00e9t\u00e9s et pouvoirs \/ Afrique-Diasporas (LASPAD) de l\u2019universit\u00e9 Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis. Ce projet s\u2019inscrit dans le cadre de l\u2019initiative ADOS 2020-2025 du Centre de recherches pour le d\u00e9veloppement international (CRDI). L\u2019objectif de ce programme \u00e9tait, \u00e0 travers le financement de cinq projets innovants de recherche, de contribuer \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration de la sant\u00e9 reproductive des adolescentes au S\u00e9n\u00e9gal en promouvant une meilleure connaissance scientifique des interactions entre la sant\u00e9 reproductive et certaines formes de violences bas\u00e9es sur le genre comme les violences sexuelles&nbsp;: le nexus violences sexistes et sexuelles (VSS)\/sant\u00e9 sexuelle et reproductive des adolescentes (SSRA).<\/p>\n\n\n\n<p>Comme projet de recherche-action, le projet HIRA a comport\u00e9 plusieurs volets, dont une enqu\u00eate sur les bonnes pratiques en mati\u00e8re de prise en charge des survivantes de violences sexuelles<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>, une cartographie des centres d\u2019h\u00e9bergement disponibles pour les survivantes au S\u00e9n\u00e9gal<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>, une enqu\u00eate sur les perceptions sociales des adolescentes \u00e0 propos des violences sexistes et sexuelles et des enjeux de SSR<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>, ainsi qu\u2019une \u00e9tude monographique du centre Kullimaaroo, situ\u00e9 \u00e0 Ziguinchor<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>. D\u2019autres activit\u00e9s connexes ont accompagn\u00e9 l\u2019ex\u00e9cution du projet HIRA. Il s\u2019agit notamment de la tenue de <em>Gender Ataya<\/em> (sous forme de <em>World Caf\u00e9 <\/em>sur les violences sexistes et sexuelles), de l\u2019\u00e9laboration de plusieurs modules de formation sur le processus d\u2019accompagnement des survivantes, de la tenue d\u2019une exposition portant sur les structures d\u2019accueil et d\u2019h\u00e9bergement&nbsp;; sans compter les activit\u00e9s cr\u00e9atives de vulgarisation des r\u00e9sultats des recherches qui ont mobilis\u00e9 des acteurs et actrices des cultures urbaines (graffitis, rap, slam, etc.).<\/p>\n\n\n\n<p>La plus grande sp\u00e9cificit\u00e9 du projet r\u00e9side dans le fait qu\u2019il est d\u00e9di\u00e9 aux adolescentes survivantes de violences sexuelles et \u00e0 leurs besoins d\u2019accompagnement, relativement aux multiples enjeux du nexus VSS\/SSRA. L\u2019ampleur de telles violences est en effet frappante. L\u2019enqu\u00eate sur les perceptions des adolescentes, portant sur un \u00e9chantillon de 1&nbsp;332&nbsp;adolescentes \u00e0 travers les 14&nbsp;r\u00e9gions du S\u00e9n\u00e9gal, a par exemple r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que 15,3&nbsp;% des adolescentes rencontr\u00e9es disaient avoir v\u00e9cu des violences sexuelles telles que le harc\u00e8lement sexuel, les mutilations g\u00e9nitales f\u00e9minines (MGF), les attouchements et\/ou les viols. On peut raisonnablement penser que cette proportion est sous-estim\u00e9e en raison du ph\u00e9nom\u00e8ne habituel, et socialement complexe, de sous-d\u00e9claration et de non-d\u00e9voilement des violences sexuelles. Dans les contextes \u00e9tudi\u00e9s ici, ce dernier ph\u00e9nom\u00e8ne est fortement li\u00e9 \u00e0 des facteurs comme la peur des cons\u00e9quences du d\u00e9voilement, la difficult\u00e9 pour certaines adolescentes \u00e0 reconna\u00eetre les violences sexuelles comme telles du fait du manque d\u2019information, ou la proximit\u00e9 sociale\/familiale avec les auteurs qui, dans beaucoup de cas, font usage de la violence symbolique pour s\u2019assurer de la pr\u00e9servation du secret de leurs actes.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans tous les cas, qu\u2019elles se passent dans l\u2019espace public (\u00e9cole, lieu de travail, etc.) ou dans l\u2019espace priv\u00e9 (maisons, entourage, etc.), les violences sexuelles, en tant que modalit\u00e9s des violences bas\u00e9es sur le genre (VBG)<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>, affectent prioritairement et sp\u00e9cifiquement les femmes et les filles. Elles sont d\u00e9finies comme \u00ab&nbsp;\u202f<em>any sexual act, attempt to obtain a sexual act, or other act directed against a person\u2019s sexuality using coercion, by any person regardless of their relationship to the victim, in any setting\u202f<\/em>\u2026\u202f\u00bb (WHO, 2010)<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>. Tr\u00e8s peu d\u00e9clar\u00e9es (Trust Africa, 2019), ces violences touchent de fa\u00e7on sp\u00e9cifique les adolescentes avec des cons\u00e9quences \u00e0 long terme sur leur vie, en particulier sur leur sant\u00e9 physique, mentale, sexuelle et reproductive, leurs parcours \u00e9ducatifs et scolaires, entre autres impacts sociaux majeurs. Elles affectent ainsi significativement les capacit\u00e9s des adolescentes \u00e0 jouir de leurs droits humains ainsi que des diverses protections offertes par les droits de l\u2019enfant en particulier. C\u2019est pourquoi ces types de violences participent d\u2019une probl\u00e9matique importante et urgente de sant\u00e9 publique et de \u00ab&nbsp;sant\u00e9 sociale&nbsp;\u00bb (Duvoux &amp; V\u00e9zinat, 2022). Si dans cet article le focus est mis sur les adolescentes survivantes de viol<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>, nous faisons tout de m\u00eame r\u00e9f\u00e9rence aux violences sexuelles dans un sens large, permettant de prendre en compte les exp\u00e9riences sociales globales de violences sur des adolescentes et ainsi de penser leurs ancrages dans le \u00ab&nbsp;continuum des violences&nbsp;\u00bb (Kelly, 2019). En adoptant ce terme de continuum, nous essayons de \u00ab&nbsp;d\u00e9crire l\u2019\u00e9tendue et la vari\u00e9t\u00e9 de la violence sexuelle [et le] grand nombre de facteurs [qui] affectent le sens que prennent pour les femmes les actes de violence sexuelle, et leur impact imm\u00e9diat et ult\u00e9rieur&nbsp;\u00bb (Kelly, 2019, pp.&nbsp;20-21).<\/p>\n\n\n\n<p>En Afrique de l\u2019Ouest en g\u00e9n\u00e9ral et au S\u00e9n\u00e9gal en particulier, les efforts entrepris depuis quelques d\u00e9cennies par les organisations non gouvernementales (ONG), les acteurs \u00e9tatiques et divers relais dans les communaut\u00e9s pour lutter contre les violences sexuelles ont \u00e9t\u00e9 prioritairement centr\u00e9s sur ce que l\u2019on a appel\u00e9 les \u00ab&nbsp;pratiques pr\u00e9judiciables<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb. Bien qu\u2019ayant permis d\u2019adresser les d\u00e9fis humains de certaines pratiques sociales comme les mariages d\u2019enfants, cette orientation a contribu\u00e9 \u00e0 r\u00e9duire les r\u00e9flexions sp\u00e9cifiques sur les violences sexistes et sexuelles, ainsi que sur les modalit\u00e9s de leur prise en charge<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>. Pour rappel, le S\u00e9n\u00e9gal a criminalis\u00e9 les MGF depuis 1999, alors que la loi contre le viol et la p\u00e9dophilie n\u2019a \u00e9t\u00e9 promulgu\u00e9e que vingt ans plus tard, apr\u00e8s d\u2019importantes mobilisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile f\u00e9ministe et f\u00e9minine<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>. Il importe d\u00e8s lors de constater qu\u2019en d\u00e9pit des incidences dramatiques des violences sexuelles sur la vie des adolescentes survivantes, les r\u00e9ponses socio-institutionnelles et politiques destin\u00e9es \u00e0 y faire face sont encore tr\u00e8s timides et sont souvent port\u00e9es par les organisations communautaires de base (OCB), comme dans le cas de la plupart des initiatives pour la mise \u00e0 l\u2019abri des survivantes<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, en mati\u00e8re de r\u00e9ponse aux violences sexuelles, ainsi qu\u2019\u00e0 leurs cons\u00e9quences, la mise \u00e0 l\u2019abri est une \u00e9tape cruciale. Elle est \u00e0 la fois pratique et conceptuelle. Elle est pratique en ce que, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, elle se constitue de mesures pragmatiques visant \u00e0 soustraire les survivantes des contextes de leurs agressions afin d\u2019assurer leur protection et leur accompagnement. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, la mise \u00e0 l\u2019abri va au-del\u00e0 des mesures pratiques imm\u00e9diates. Elle constitue un dispositif global incluant des offres d\u2019h\u00e9bergement, de soin, de s\u00e9curit\u00e9, d\u2019accompagnement vers la justice et la r\u00e9paration, etc. Sous ce rapport, elle repr\u00e9sente un dispositif complexe, multiniveau, multidimensionnel et multiacteur pour accompagner les survivantes desdites violences vers une reconstruction physique, m\u00e9dicale, psychologique et sociale. Aussi, la mise \u00e0 l\u2019abri repose-t-elle, en g\u00e9n\u00e9ral, sur une approche strat\u00e9gique, interdisciplinaire et socialement ancr\u00e9e qui implique la participation articul\u00e9e des d\u00e9cideurs (en particulier l\u2019\u00c9tat et ses services l\u00e9gislatifs et juridiques), des organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile, des organisations communautaires de base, des leaders et relais communautaires, des soignant\u00b7e\u00b7s, des premi\u00e8res concern\u00e9es et leurs familles, entre autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9tude monographique se consacre \u00e0 analyser ce champ complexe qui articule effets soci\u00e9taux des violences sexuelles sur les adolescentes, insuffisance des r\u00e9ponses socio-institutionnelles\/politiques et initiatives locales de prise en charge des survivantes au S\u00e9n\u00e9gal. Elle a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9e au centre Kullimaaroo de Ziguinchor, structure qui, bien qu\u2019initialement mise en place pour offrir un soutien aux femmes (veuves, d\u00e9plac\u00e9es, survivantes de violences, etc.) affect\u00e9es par le \u00ab&nbsp;conflit casaman\u00e7ais<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb, s\u2019est aujourd\u2019hui sp\u00e9cialis\u00e9e dans l\u2019offre de services d\u2019accompagnement aux femmes et aux filles, survivantes de violences sexuelles. En se consacrant \u00e0 l\u2019analyse de ce n\u0153ud probl\u00e9matique, dans ce contexte, cette \u00e9tude examine les savoirs, les savoir-faire et les pratiques qui fondent les sp\u00e9cificit\u00e9s du mod\u00e8le d\u2019accompagnement des survivantes accueillies dans le centre Kullimaaroo. Ce faisant, elle reconstitue les pistes th\u00e9oriques et pratiques dudit \u00ab&nbsp;mod\u00e8le&nbsp;\u00bb pour discuter de comment et en quoi elles peuvent inspirer la (r\u00e9)invention de la prise en charge holistique des survivantes de violences sexuelles au S\u00e9n\u00e9gal.<\/p>\n\n\n\n<p>Men\u00e9e \u00e0 travers une d\u00e9marche f\u00e9ministe intersectionnelle, cette \u00e9tude a abouti \u00e0 des r\u00e9sultats importants pr\u00e9sent\u00e9s dans les trois sections qui composent la partie titr\u00e9e \u00ab&nbsp;R\u00e9sultats et discussions&nbsp;\u00bb. La premi\u00e8re section donne un aper\u00e7u historique du centre Kullimaaroo en analysant ses dynamiques et ses logiques de fonctionnement. La deuxi\u00e8me section explore les exp\u00e9riences de violences sexuelles des adolescentes interview\u00e9es pour discuter les probl\u00e9matiques, les enjeux et les d\u00e9fis de leur mise \u00e0 l\u2019abri. Elle explicite la complexit\u00e9 des exp\u00e9riences de ces derni\u00e8res et met en lumi\u00e8re les conditions et les constructions mat\u00e9rielles et socio-symboliques qui les structurent. Elle analyse \u00e9galement les effets multidimensionnels des modalit\u00e9s sociales de leur prise en charge. Quant \u00e0 la troisi\u00e8me et derni\u00e8re section, elle syst\u00e9matise de mani\u00e8re critique, et \u00e0 partir des le\u00e7ons issues de l\u2019exp\u00e9rience du centre Kullimaaroo, les conditions et les pistes pour une mise \u00e0 l\u2019abri effective et un accompagnement holistique des survivantes de violences sexuelles.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Probl\u00e9matique et questionnement<\/h2>\n\n\n\n<p>Au S\u00e9n\u00e9gal, il y a un d\u00e9calage significatif entre l\u2019importance d\u00e9montr\u00e9e de la mise \u00e0 l\u2019abri dans la prise en charge holistique des survivantes de violences sexuelles et les actions concr\u00e8tes mises en \u0153uvre dans ce sens. On le voit notamment en ce qui concerne les offres d\u2019h\u00e9bergement destin\u00e9es aux adolescentes survivantes de viols&nbsp;; que ces viols soient suivis de grossesse (dans un grand nombre de cas) ou non. Pour illustration, la cartographie<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\"><sup>[14]<\/sup><\/a> des structures d\u2019h\u00e9bergement r\u00e9alis\u00e9e en 2022 en r\u00e9pertorie uniquement vingt-huit sur l\u2019ensemble du territoire national, dix se trouvent dans la capitale s\u00e9n\u00e9galaise, tandis que dans certaines r\u00e9gions, comme S\u00e9dhiou, Matam, Kaffrine et Diourbel, aucun centre fonctionnel n\u2019a \u00e9t\u00e9 r\u00e9pertori\u00e9. Les centres affichaient une capacit\u00e9 globale d\u2019environ 450&nbsp;lits<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\"><sup>[15]<\/sup><\/a> au moment de l\u2019enqu\u00eate cartographique. Cette derni\u00e8re a montr\u00e9 \u00e9galement que 75&nbsp;% des structures d\u2019h\u00e9bergement sont mis en place par des associations et des ONG, et que l\u2019essentiel de leur financement provient de leurs r\u00e9seaux de coop\u00e9ration internationale. L\u2019\u00c9tat ne finance que ses propres centres, appel\u00e9s centres de premier accueil (CPA). Il n\u2019y a pas de financement offert par les collectivit\u00e9s territoriales (d\u00e9partements et communes) non plus. Il faut ajouter que, m\u00eame lorsque les centres existent, tr\u00e8s peu d\u2019adolescentes les connaissent. En effet, l\u2019enqu\u00eate sur les perceptions (<em>cf. infra<\/em>) a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une certaine m\u00e9connaissance (touchant 83,8&nbsp;% des participantes) des centres d\u2019accueil et d\u2019h\u00e9bergement et de leur r\u00f4le dans le dispositif d\u2019accompagnement des survivantes de violences sexuelles. Cette m\u00e9connaissance des ressources est encore plus exacerb\u00e9e chez les adolescentes non scolaris\u00e9es par rapport \u00e0 celles scolaris\u00e9es (respectivement 92,8&nbsp;% contre 82,7&nbsp;% de l\u2019\u00e9chantillon). La diff\u00e9rence d\u2019information entre les deux groupes rappelle, entre autres, la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une approche intersectionnelle pour mieux comprendre les sp\u00e9cificit\u00e9s, mais \u00e9galement la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une politique d\u2019accompagnement holistique permettant de vulgariser les r\u00e9ponses socio-institutionnelles et\/ou communautaires pour faire face aux violences sexuelles.<\/p>\n\n\n\n<p>La situation d\u00e9crite montre que, malgr\u00e9 les efforts entrepris pour la reconnaissance juridique et pour le renforcement de la sensibilisation sur les violences sexuelles au S\u00e9n\u00e9gal, les dispositifs de mise \u00e0 l\u2019abri des survivantes demeurent largement insuffisants, fragment\u00e9s et in\u00e9galement r\u00e9partis dans le pays. Les structures d\u2019accueil existantes reposent majoritairement sur des logiques humanitaires ou m\u00e9dicales&nbsp;; ainsi, les mod\u00e8les de prise en charge qu\u2019elles proposent ne probl\u00e9matisent que tr\u00e8s marginalement les dimensions sociales, culturelles et politiques des processus de vuln\u00e9rabilisation. Sans compter avec le fait qu\u2019elles participent \u00e0 reproduire les rapports sociaux de pouvoir in\u00e9galitaires, notamment entre les institutions et les survivantes de violences sexuelles. Cette timidit\u00e9 des efforts pour endiguer ces violences sp\u00e9cifiques ainsi que leurs d\u00e9sastreux effets sur la vie des adolescentes est li\u00e9e aux contraintes d\u2019un contexte social marqu\u00e9 par la pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9conomique, la pr\u00e9gnance des normes patriarcales, la persistance des st\u00e9r\u00e9otypes sexistes, la stigmatisation sociale et la faiblesse d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e des services publics d\u2019accompagnement. S\u2019y ajoute que les violences sexuelles sont assez peu \u00e9tudi\u00e9es et document\u00e9es scientifiquement au S\u00e9n\u00e9gal. Outre des articles de presse consacr\u00e9s \u00e0 des viols sur des enfants (souvent trait\u00e9s comme des faits divers qui occupent de mani\u00e8re \u00e9ph\u00e9m\u00e8re l\u2019espace public m\u00e9diatique), il y a dans le pays tr\u00e8s peu de recherches donnant directement la parole aux adolescentes survivantes<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\"><sup>[16]<\/sup><\/a> de violences sexuelles. D\u2019une certaine fa\u00e7on, l\u2019accompagnement holistique de ces survivantes, en particulier leur mise \u00e0 l\u2019abri, constitue au S\u00e9n\u00e9gal une sorte d\u2019angle mort, autant dans le dispositif de prise en charge des violences sexuelles que dans les programmes de recherches scientifiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un tel cadre, comment penser des formes alternatives, situ\u00e9es, inclusives et adapt\u00e9es de mise \u00e0 l\u2019abri, qui r\u00e9pondent aux besoins urgents sp\u00e9cifiques de prise en charge holistique des survivantes tout en respectant leurs droits, leurs capacit\u00e9s d\u2019agir et la complexit\u00e9 de leurs parcours&nbsp;? Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, il importe, d\u2019une part, d\u2019\u00e9couter les premi\u00e8res concern\u00e9es \u00e0 propos de leurs trajectoires et des enjeux et d\u00e9fis de leur accueil dans des centres d\u00e9di\u00e9s. D\u2019autre part, il est crucial d\u2019explorer et de valoriser les exp\u00e9riences, les savoirs et les savoir-faire locaux&nbsp;; lesquels, en raison de leur ancrage sociohistorique, se r\u00e9v\u00e8lent f\u00e9conds de pistes d\u2019innovations communautaires pouvant inspirer la mise en place de dispositifs de mise \u00e0 l\u2019abri repens\u00e9s. C\u2019est un tel travail, aux implications et incidences complexes, qui a constitu\u00e9 le c\u0153ur de l\u2019\u00e9tude monographique effectu\u00e9e au centre Kullimaaroo, et dont les r\u00e9sultats sont expos\u00e9s et discut\u00e9s ici.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut souligner qu\u2019au moment o\u00f9 le projet de recherche a \u00e9t\u00e9 men\u00e9, le centre Kullimaaroo \u00e9tait le seul centre d\u2019h\u00e9bergement fonctionnel dans la r\u00e9gion naturelle de Casamance, et qui offrait un accompagnement tenant compte du nexus VSS\/SSR, avec un dispositif permettant d\u2019accueillir des survivantes dont la grossesse \u00e9tait une cons\u00e9quence directe des violences sexuelles subies. Le centre \u00e9tait de ce point de vue un important partenaire de la recherche-action HIRA. Le choix de ce centre est \u00e9galement justifi\u00e9 par le fait qu\u2019il se positionne comme une \u00ab&nbsp;organisation apprenante&nbsp;\u00bb dont les \u00e9quipes de gestion et d\u2019animation manifestent un int\u00e9r\u00eat soutenu pour le partage de savoirs, l\u2019introduction de pratiques centr\u00e9es sur les survivantes, la mise en r\u00e9seau avec d\u2019autres centres et organisations pertinentes, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019objectif principal de cette \u00e9tude monographique a \u00e9t\u00e9 de mettre en exergue les r\u00e9cits, les points de vue et les perspectives des adolescentes (r\u00e9sidentes ou anciennes r\u00e9sidentes) accueillies au centre afin de contribuer \u00e0 probl\u00e9matiser la n\u00e9cessaire (r\u00e9)invention de la mise \u00e0 l\u2019abri des survivantes de violences sexuelles au S\u00e9n\u00e9gal. Leurs voix ont \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9es par celles de l\u2019\u00e9quipe du centre ainsi que par celles des multiples acteur\u00b7rice\u00b7s impliqu\u00e9\u00b7e\u00b7s de par leur fonction, leur position sociale et\/ou leur engagement communautaire. Les donn\u00e9es recueillies ont \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9es et analys\u00e9es pour r\u00e9pondre \u00e0 la question principale de recherche&nbsp;: en quoi le \u00ab&nbsp;mod\u00e8le&nbsp;\u00bb du centre Kullimaaroo peut-il inspirer la (r\u00e9)invention de la prise en charge holistique des survivantes de violences sexuelles au S\u00e9n\u00e9gal, en particulier les adolescentes&nbsp;? R\u00e9pondre \u00e0 cette question a impliqu\u00e9 d\u2019explorer les questions subsidiaires suivantes&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Comment le continuum des violences structure-t-il les r\u00e9cits, les repr\u00e9sentations et les pratiques sociales autour des violences sexuelles (points de vue des premi\u00e8res concern\u00e9es et points de vue des personnes impliqu\u00e9es dans leur prise en charge)&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;En quoi les exp\u00e9riences (et les perspectives sur celles-ci) des adolescentes accueillies au centre Kullimaaroo \u00e9clairent-elles les enjeux et les d\u00e9fis de la mise \u00e0 l\u2019abri des survivantes de violences sexuelles au S\u00e9n\u00e9gal&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Sur quels savoirs et savoir-faire se fonde la prise en charge des survivantes de violences sexuelles au centre Kullimaaroo&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Comment envisager la valorisation, la durabilit\u00e9, la capitalisation et la reproductibilit\u00e9 de ces savoirs et savoir-faire&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Posture de recherche, terrain et m\u00e9thodes<\/h2>\n\n\n\n<p>Cette recherche se fonde sur une posture th\u00e9orico-\u00e9pist\u00e9mologique que l\u2019on peut qualifier de f\u00e9ministe intersectionnelle. L\u2019intersectionnalit\u00e9 fait r\u00e9f\u00e9rence pour nous \u00e0 un cadre d\u2019analyse de la simultan\u00e9it\u00e9 (Pelak, 2007) et de l\u2019interconnexion des identit\u00e9s sociales, des possibilit\u00e9s et des oppressions. En tant que tel, elle rend possible la visibilisation et la prise en compte de ce qui, se produisant ou se constituant aux intersections entre le genre et les autres cat\u00e9gories que sont la \u00ab&nbsp;race \u00bb<a href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\"><sup>[17]<\/sup><\/a>&nbsp;, la classe, l\u2019ethnie, la langue, entre autres, contribue \u00e0 faire comprendre le v\u00e9cu des sujets sociaux. Sous ce rapport, l\u2019intersectionnalit\u00e9 invite \u00e0 ancrer les analyses dans les contextes et \u00e0 tenir en importance la complexit\u00e9 des articulations sociales qui participent \u00e0 d\u00e9terminer et \u00e0 structurer les r\u00e9alit\u00e9s sociales \u00e9tudi\u00e9es. Ceci est particuli\u00e8rement pertinent dans le cas de cette recherche lorsque l\u2019on consid\u00e8re la nature socialement et politiquement complexe de la probl\u00e9matique \u00e0 laquelle elle se d\u00e9die.<\/p>\n\n\n\n<p>Les ouvrages <em>Civil Wars<\/em> de June Jordan (1981), <em>Women, Race and Class<\/em> d\u2019Angela Davis (1983) et <em>Sister Outsider<\/em> d\u2019Audre Lorde (1984), en raison de leurs profondes incidences \u00e9pist\u00e9mologiques, sont en g\u00e9n\u00e9ral pr\u00e9sent\u00e9s comme ceux ayant \u00ab&nbsp;ouvert la voie de ce que l\u2019on conna\u00eetra plus tard sous le nom d\u2019intersectionnalit\u00e9&nbsp;\u00bb (Collins, 2012, p.&nbsp;59). On peut leur adjoindre l\u2019important travail d\u2019Awa Thiam qui, avec son ouvrage <em>La Parole aux N\u00e9gresses<\/em> (1978), ram\u00e8ne les voix des Africaines au centre des d\u00e9bats en explorant les questions de sexisme, de racisme, de classisme (Kane, 2021). Toutefois, on attribue la proposition du terme intersectionnalit\u00e9 \u00e0 Kimberl\u00e9 Crenshaw avec notamment son article <em>Mapping the Margins<\/em> (1991), r\u00e9sultat d\u2019une recherche aupr\u00e8s de femmes survivantes de violences conjugales qui \u00e9taient, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, accueillies dans des refuges \u00e0 Los Angeles<a href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\"><sup>[18]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les contextes de cette recherche \u00e0 Ziguinchor, la perspective f\u00e9ministe intersectionnelle adopt\u00e9e s\u2019est traduite et mat\u00e9rialis\u00e9e, entre autres, dans les dynamiques horizontales cr\u00e9\u00e9es avec les diff\u00e9rentes personnes-ressources, la r\u00e9flexivit\u00e9 entourant la conception et la r\u00e9vision des outils de collecte des donn\u00e9es, la collaboration avec l\u2019\u00e9quipe du centre Kullimaaroo pour le recrutement des participant\u00b7e\u00b7s, le processus de collecte des donn\u00e9es (langues utilis\u00e9es, types de questions, attention accrue aux ressentis des survivantes, sensibilit\u00e9 aux socio-sp\u00e9cificit\u00e9s et aux diff\u00e9rences de trajectoire des participant\u00b7e\u00b7s, etc.). En reprenant \u00e0 notre compte la complexit\u00e9 heuristique (Collins &amp; Bilge, 2016) de l\u2019id\u00e9e de l\u2019imbrication des oppressions, notre d\u00e9marche de recherche s\u2019est attach\u00e9e \u00e0 rendre compte des exp\u00e9riences des adolescentes survivantes de violences sexuelles ainsi que de l\u2019accompagnement (en termes de port\u00e9e, effets, enjeux, d\u00e9fis, limites, durabilit\u00e9, etc.) qui leur est offert. Dans cette optique, notre recherche s\u2019est int\u00e9ress\u00e9e aux processus vari\u00e9s de marginalisation et de fragilisation sociales auxquels les adolescentes sont confront\u00e9es, mais aussi aux caract\u00e9ristiques et aux logiques (incluant les croyances et les repr\u00e9sentations) des services que leur propose le centre Kullimaaroo&nbsp;; compte tenu de leurs sp\u00e9cificit\u00e9s. De la sorte, nous nous voulions soucieux de \u00ab&nbsp;prendre en compte toutes les autres formes composites, quotidiennes, de la domination&nbsp;\u00bb (Crenshaw &amp; Bonis, 2005, p.&nbsp;50) qui, \u00e0 travers ses d\u00e9clinaisons multiples, concourent \u00e0 la vuln\u00e9rabilisation des adolescentes rencontr\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, l\u2019adoption d\u2019une d\u00e9marche intersectionnelle, en nous poussant davantage vers une perspective de recherche <em>bottom-up<\/em>, nous a permis de mieux rendre compte des perspectives des personnes premi\u00e8res concern\u00e9es, d\u2019une part. D\u2019autre part, elle nous a amen\u00e9s \u00e0 accorder une attention soutenue aux rapports de pouvoir aussi bien entre les chercheur\u00b7se\u00b7s et les participant\u00b7e\u00b7s \u00e0 l\u2019enqu\u00eate, qu\u2019entre les femmes elles-m\u00eames (Corbeil &amp; Marchand, 2007), qu\u2019elles soient intervenantes (personnels, b\u00e9n\u00e9voles du centre, etc.) ou r\u00e9sidentes. En outre, notre posture de recherche et le caract\u00e8re diversement sensible des probl\u00e9matiques sociales des violences sexuelles que nous avons \u00e9tudi\u00e9es ont command\u00e9 l\u2019adoption du principe \u00ab&nbsp;<em>Do No Harm<\/em>&nbsp;\u00bb afin d\u2019encadrer la d\u00e9marche \u00e9thique de notre travail, de renforcer sa pertinence (en s\u2019appuyant notamment sur l\u2019expertise des travailleur\u00b7se\u00b7s en premi\u00e8re ligne) et de minimiser les effets de nos investigations sur les participant\u00b7e\u00b7s et sur leurs contextes sociaux. Ce faisant, nous avons pris en consid\u00e9ration l\u2019id\u00e9e de \u00ab&nbsp;spectre des pr\u00e9judices&nbsp;\u00bb (Mortimer et al., 2021) du fait de sa pertinence pour l\u2019analyse des potentiels effets dommageables, individuels et collectifs caus\u00e9s par et dans les relations de recherche sur les terrains. Il faut enfin signaler, dans ce m\u00eame registre, que le travail au centre Kullimaaroo avec les acteur\u00b7rice\u00b7s tiers s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 dans le respect des exigences en mati\u00e8re de collecte, d\u2019analyse, de stockage et de traitement des donn\u00e9es au S\u00e9n\u00e9gal d\u00e9termin\u00e9es par le Comit\u00e9 national d\u2019\u00e9thique pour la recherche en sant\u00e9 (CNERS)<a href=\"#_ftn19\" id=\"_ftnref19\"><sup>[19]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enqu\u00eate men\u00e9e sur le terrain de recherche a permis de donner la parole aux r\u00e9sidentes et anciennes r\u00e9sidentes du centre Kullimaaroo, \u00e0 l\u2019\u00e9quipe de travail et aux personnes des milieux communautaires et des institutions qui y sont impliqu\u00e9es. En conformit\u00e9 aux normes de la d\u00e9marche qualitative, le choix des personnes interrog\u00e9es a \u00e9t\u00e9 fait selon l\u2019int\u00e9r\u00eat, la pertinence, la richesse de leurs exp\u00e9riences par rapport aux th\u00e8mes investigu\u00e9s et en tenant compte de la nature de leur implication (du fait de leur fonction ou de leur position sociale) dans la prise en charge des survivantes de violences sexuelles. Nous avons ainsi opt\u00e9 pour un \u00e9chantillonnage par choix raisonn\u00e9, adapt\u00e9 aux profils des parties prenantes \u00e0 l\u2019enqu\u00eate et aux contextes de celle-ci. Au total, la recherche a r\u00e9uni 19&nbsp;participant\u00b7e\u00b7s, parmi lesquelles 10&nbsp;survivantes&nbsp;: r\u00e9sidentes&nbsp;(7), anciennes r\u00e9sidentes&nbsp;(3). Les 9 autres personnes \u00e9taient 3&nbsp;membres de l\u2019\u00e9quipe du centre (infirmi\u00e8re, assistante sociale, charg\u00e9e de communication), 2&nbsp;<em>bajenu gox<a href=\"#_ftn20\" id=\"_ftnref20\"><sup><strong><sup>[20]<\/sup><\/strong><\/sup><\/a><\/em>, 1&nbsp;imam, 1&nbsp;psychiatre, 1&nbsp;chef de quartier, 1&nbsp;agent de l\u2019Action \u00e9ducative en milieu ouvert (AEMO). Des discussions informelles ont, en outre, mobilis\u00e9 diff\u00e9rents membres de l\u2019entourage de certaines adolescentes. Ces discussions ont permis de renforcer la compr\u00e9hension contextuelle des r\u00e9cits des adolescentes. Au total, 3&nbsp;guides d\u2019entretien semi-directifs ont \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9s \u00e0 l\u2019intention des 3&nbsp;cat\u00e9gories de participantes&nbsp;: les r\u00e9sidentes et anciennes r\u00e9sidentes (ainsi que leur entourage accessible), les employ\u00e9es du centre et les acteurs tiers impliqu\u00e9s dans le travail du centre. Cette derni\u00e8re cat\u00e9gorie englobe les leaders et relais communautaires, les professionnels de la sant\u00e9 et d\u2019autres structures de l\u2019\u00c9tat prenant part \u00e0 la prise en charge des VBG en g\u00e9n\u00e9ral. \u00c0&nbsp;ces outils s\u2019ajoute une grille d\u2019observation participante qui a permis de nous informer sur les logiques de fonctionnement du centre, sur les interactions entre le centre et son \u00e9cosyst\u00e8me, ainsi que de mieux saisir les dynamiques internes au centre.<\/p>\n\n\n\n<p>La collecte des donn\u00e9es a d\u00e9marr\u00e9 avec unephase d\u2019exploration pr\u00e9alable, puis d\u2019observation d\u2019une dur\u00e9e de six mois, qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la phase de r\u00e9alisation des entretiens qualitatifs. Les deux premi\u00e8res phases ont permis des discussions informelles avec les r\u00e9sidentes et les travailleuses, une participation aux activit\u00e9s de groupe comme les discussions anim\u00e9es par l\u2019assistante sociale du centre et une sage-femme (externe), des r\u00e9unions hebdomadaires d\u2019attribution des t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res, des activit\u00e9s de jardinage, de couture, entre autres. Cette p\u00e9riode d\u2019observation \u00e9tait n\u00e9cessaire non seulement comme partie int\u00e9grante du travail anthropologique entrepris, mais aussi pour saisir les dynamiques et les enjeux potentiels. \u00c0&nbsp;ce sujet, les <em>focus group<\/em> pr\u00e9vus avec les adolescentes survivantes ont \u00e9t\u00e9 annul\u00e9s apr\u00e8s la participation \u00e0 des discussions de groupe qui ont permis de comprendre le risque que des <em>focus group <\/em>produisent des situations de <em>second hand trauma<\/em>du fait des exp\u00e9riences partag\u00e9es et pouvant occasionner du stress, de l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 chez les participantes qui auraient \u00e9t\u00e9 expos\u00e9es aux r\u00e9cits d\u2019autres survivantes<a href=\"#_ftn21\" id=\"_ftnref21\"><sup>[21]<\/sup><\/a>. De ce point de vue, choisir de ne pas faire de <em>focus group<\/em> \u00e9tait une fa\u00e7on de ne pas nuire aux personnes avec lesquelles nous avons travaill\u00e9 et de demeurer en coh\u00e9rence avec les principes \u00e9thiques qui ont encadr\u00e9 notre recherche.<\/p>\n\n\n\n<p>Le travail de terrain effectu\u00e9 a, bien entendu, connu certaines difficult\u00e9s inh\u00e9rentes \u00e0 la recherche qualitative, comme les contraintes d\u2019acc\u00e8s aux contextes d\u2019\u00e9tude et \u00e0 certain\u00b7e\u00b7s informateur\u00b7rice\u00b7s ou les d\u00e9fis de la gestion des relations enqu\u00eateur\u00b7rice\u00b7s\/enqu\u00eat\u00e9\u00b7e\u00b7s. Ces difficult\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9es par le caract\u00e8re sensible et socialement charg\u00e9 de la probl\u00e9matique des violences sexuelles et de leurs effets sociaux. La collecte des donn\u00e9es sur les exp\u00e9riences des concern\u00e9es (dans leur diversit\u00e9) a exig\u00e9 de se confronter \u00e0 la gestion des tabous, \u00e0 la peur de la stigmatisation, aux jugements st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s, etc., sans compter les enjeux de la gestion permanente du risque de r\u00e9activation des peines et des douleurs (chez les survivantes en particulier). On peut ajouter \u00e0 cela les consid\u00e9rations li\u00e9es \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 des personnes accueillies dans le centre visit\u00e9 (de m\u00eame que celle des personnes qui y travaillent) et la gestion du discours institutionnel et politique sur la prise en charge des survivantes de VBG au S\u00e9n\u00e9gal. Malgr\u00e9 tout, un effort constant de r\u00e9flexivit\u00e9 critique vis-\u00e0-vis de nos postures et d\u00e9marches, des capacit\u00e9s d\u2019adaptation, une volont\u00e9 de conformit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9thique de la recherche scientifique, de la flexibilit\u00e9 m\u00e9thodologique, de l\u2019empathie, de la patience, entre autres, nous ont permis de n\u00e9gocier les relations de recherche et d\u2019arriver \u00e0 collecter les donn\u00e9es n\u00e9cessaires aux analyses propos\u00e9es dans la partie suivante qui pr\u00e9sente et discute les r\u00e9sultats de la recherche.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9sultats et discussions<\/h2>\n\n\n\n<p>Cette partie montre que la mise \u00e0 l\u2019abri des adolescentes survivantes de violences sexuelles constitue un objet social complexe \u00e0 penser au c\u0153ur des politiques et des dispositifs de prise en charge holistique des effets mat\u00e9riels et immat\u00e9riels de telles violences, particuli\u00e8rement dans les contextes marqu\u00e9s par la pr\u00e9gnance des normes patriarcales et un acc\u00e8s limit\u00e9 aux ressources. Bas\u00e9es sur un travail de croisement critique entre les r\u00e9cits des adolescentes concern\u00e9es, les pratiques sociales et institutionnelles autour des violences sexuelles dont elles sont victimes et les enseignements issus des observations \u00e0 propos des dispositifs de prise en charge existants, les analyses propos\u00e9es ici mettent en lumi\u00e8re les probl\u00e9matiques sociales et structurelles de la mise \u00e0 l\u2019abri des survivantes ainsi que les r\u00e9ponses locales, articul\u00e9es autour de dynamiques de r\u00e9silience et d\u2019action d\u00e9ploy\u00e9es par les acteur\u00b7rice\u00b7s de terrain \u00e0 Ziguinchor. Les analyses montrent en quoi l\u2019accompagnement holistique des adolescentes accueillies au centre Kullimaaroo repose sur des savoirs et des pratiques dynamiques et innovants, ancr\u00e9s dans l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me complexe des parties prenantes aux violences sociales et \u00e0 leur prise en charge. Les r\u00e9sultats sont expos\u00e9s et discut\u00e9s de mani\u00e8re \u00e0 permettre de mieux saisir la complexit\u00e9 des dynamiques d\u2019in\u00e9galit\u00e9, de pouvoir, de violence et de victimisation\/revictimisation, etc., ainsi que celle de leurs articulations dans les trajectoires de vie des adolescentes concern\u00e9es. L\u2019objectif est de mieux faire ressortir (pour les envisager de mani\u00e8re plus pragmatique) les enjeux et les d\u00e9fis de la prise en charge holistique et transformationnelle des survivantes de violences sexuelles.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Aper\u00e7u du centre Kullimaaroo<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p><a><\/a>D\u00e9signant \u00ab&nbsp;arc en ciel&nbsp;\u00bb en mandingue<a href=\"#_ftn22\" id=\"_ftnref22\"><sup>[22]<\/sup><\/a>, le centre Kullimaaroo a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 2015 \u00e0 Ziguinchor, dans le sud du S\u00e9n\u00e9gal, par la Plateforme des femmes pour la paix en Casamance (PFPC)<a href=\"#_ftn23\" id=\"_ftnref23\"><sup>[23]<\/sup><\/a>. Sa mission initiale de soutien aux femmes et aux filles affect\u00e9es par le complexe conflit casaman\u00e7ais a progressivement \u00e9volu\u00e9 de la \u00ab&nbsp;gestion des cons\u00e9quences de la guerre&nbsp;\u00bb (Niang, 2021, p.&nbsp;130) \u00e0 l\u2019accompagnement des survivantes des violences sexuelles, lesquelles proviennent essentiellement des zones comme S\u00e9dhiou, Ziguinchor, Kolda, leurs environs et parfois au-del\u00e0. On s\u2019est retrouv\u00e9 avec \u00ab&nbsp;une nouvelle cible que sont de jeunes adolescentes et enfants qui se retrouvent avec une grossesse apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 victimes de violences sexuelles. Donc, il fallait r\u00e9pondre aux exigences de cette nouvelle cible et les int\u00e9grer parmi les b\u00e9n\u00e9ficiaires&nbsp;\u00bb (extrait d\u2019entretien avec une membre de l\u2019\u00e9quipe de Kullimaaroo). Le centre Kullimaaroo permet ainsi de couvrir un besoin essentiel dans la zone en contribuant \u00e0 combler le d\u00e9sert<a href=\"#_ftn24\" id=\"_ftnref24\"><sup>[24]<\/sup><\/a> en mati\u00e8re de ressources pour accompagner les femmes et les adolescentes survivantes de violences sexuelles impactant leur sant\u00e9 sexuelle et reproductive et leur vie sociale.<\/p>\n\n\n\n<p>En termes de structuration, on constate que la gouvernance du centre Kullimaaroo est \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 celle de la PFPC, dont le centre constitue un des projets. Au moment de l\u2019enqu\u00eate, le conseil d\u2019administration de la plateforme et le bureau ex\u00e9cutif \u00e9taient les instances responsables et de d\u00e9cision du centre<a href=\"#_ftn25\" id=\"_ftnref25\"><sup>[25]<\/sup><\/a>. Le conseil d\u2019administration de la plateforme est compos\u00e9 de 24&nbsp;personnes dont des membres de la soci\u00e9t\u00e9 civile et des repr\u00e9sentantes des organisations membres. Le bureau ex\u00e9cutif regroupe \u00e9galement plusieurs personnes, dont la pr\u00e9sidente du conseil d\u2019administration, la secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale, la secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale adjointe, la tr\u00e9sori\u00e8re, la tr\u00e9sori\u00e8re adjointe et les repr\u00e9sentantes. La gestion op\u00e9rationnelle du centre est davantage une pr\u00e9rogative de la commission justice et droits humains de la plateforme qui supervise et appuie l\u2019\u00e9quipe fonctionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, le r\u00e9f\u00e9rencement au centre Kullimaaroo se fait \u00e0 travers le r\u00e9seau des <em>Bajenu Gox<\/em>, les dirigeantes de discussions de la plateforme, les agents de l\u2019AEMO ou du centre de premier accueil (CPA), les structures sanitaires, les relais et leaders communautaires, etc. Au moment de cette recherche, les r\u00e9sidentes accueillies au centre Kullimaaroo \u00e9taient \u00e2g\u00e9es de 13 \u00e0 19&nbsp;ans et avaient toutes v\u00e9cu des violences sexuelles (dont des viols, des attouchements et d\u2019autres types d\u2019agressions) \u00e0 diff\u00e9rents moments de leur vie. Pour beaucoup d\u2019adolescentes, la premi\u00e8re fonction d\u2019une structure d\u2019h\u00e9bergement est de faire cesser la violence et de permettre de les extraire de la situation v\u00e9cue. Ceci est d\u2019autant plus important quand on sait que la majorit\u00e9 des viols rapport\u00e9s lors de l\u2019enqu\u00eate sont commis par des personnes de l\u2019entourage proche (famille, voisinage, milieu scolaire, etc.). L\u2019h\u00e9bergement au centre Kullimaaroo permet donc de mettre en s\u00e9curit\u00e9 les \u00ab&nbsp;adolescentes qui ont \u00e9t\u00e9 victimes de viol dans le cadre familial. [\u2026] Avant que Kullimaaroo ne soit cr\u00e9\u00e9, on s\u2019appuyait sur les familles pour ce type d\u2019accueil. Avec le centre c\u2019est beaucoup plus facile de coordonner tout ce qui est soin et suivi&nbsp;\u00bb (extrait d\u2019entretien avec un professionnel de sant\u00e9 mentale qui travaille avec le centre). L\u2019\u00e9quipe du centre et ses partenaires offrent l\u2019accueil, l\u2019\u00e9coute, l\u2019h\u00e9bergement et la prise en charge m\u00e9dicale des survivantes de violences. Elle propose \u00e9galement un suivi psycho-traumatique, de l\u2019accompagnement juridique (avec l\u2019aide de l\u2019Association des juristes s\u00e9n\u00e9galaises [AJS] pour les majeures et de l\u2019AEMO pour les mineures), la r\u00e9int\u00e9gration sociale et scolaire et des activit\u00e9s d\u2019autonomisation \u00e9conomique. Les anciennes r\u00e9sidentes ont \u00e9galement acc\u00e8s aux services li\u00e9s \u00e0 la r\u00e9int\u00e9gration sociale.<\/p>\n\n\n\n<p>Outre les activit\u00e9s destin\u00e9es directement aux r\u00e9sidentes et anciennes r\u00e9sidentes, l\u2019\u00e9quipe du centre Kullimaaroo et ses partenaires organisent r\u00e9guli\u00e8rement des activit\u00e9s de sensibilisation sur les violences sexistes et sexuelles dans toute la r\u00e9gion de Casamance gr\u00e2ce notamment \u00e0 l\u2019implication de membres de la PFPC. Il est important de noter que le centre Kullimaaroo comble des besoins de mise \u00e0 l\u2019abri particuli\u00e8rement lorsque les structures institutionnelles se retrouvent limit\u00e9es par des r\u00e8glements internes laissant \u00e0 la marge certaines cat\u00e9gories de survivantes. Les propos de K., qui s\u2019est retrouv\u00e9e dans une impasse du fait de son \u00e2ge, sont illustratifs de cela&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Quand mon fr\u00e8re a appris la grossesse, il m\u2019a dit de quitter la maison et de retourner au CPA o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais quand j\u2019avais fugu\u00e9 il y a deux ans. Au CPA, on m\u2019a appris que je ne pouvais plus y \u00eatre accueillie puisque je suis majeure maintenant. Je ne savais plus o\u00f9 aller. C\u2019est une dame qui m\u2019a trouv\u00e9e dans la rue de [mon quartier], en train de pleurer, qui m\u2019a ramen\u00e9e chez elle, elle a appel\u00e9 une <em>Bajenu Gox<\/em> et c\u2019est comme \u00e7a que j\u2019ai atterri \u00e0 Kullimaaroo. J\u2019\u00e9tais soulag\u00e9e de voir une structure comme Kullimaaroo. Si le centre n\u2019existait pas, j\u2019aurais fini dans la rue. Je n\u2019avais plus personne. (Extrait d\u2019entretien avec K., 19&nbsp;ans, r\u00e9sidente)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>L\u2019exp\u00e9rience de cette survivante permet de souligner l\u2019apport du centre en ce qui concerne l\u2019accompagnement en mati\u00e8re de soins pr\u00e9nataux et d\u2019accouchement pour les survivantes. Les donn\u00e9es recueillies montrent que le CPA, seule autre structure d\u2019h\u00e9bergement fonctionnelle \u00e0 Ziguinchor durant la p\u00e9riode de recherche, propose une offre de services tr\u00e8s limit\u00e9e lorsqu\u2019il s\u2019agit de besoins en lien avec le nexus VSS\/SSR.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Nous faisons appel au centre Kullimaaroo apr\u00e8s les trois mois au CPA. \u00c7a nous arrive d\u2019amener directement l\u2019enfant au centre Kullimaaroo lorsqu\u2019elle est enceinte de six ou sept mois. Le CPA n\u2019est pas \u00e9quip\u00e9 pour les suivis de grossesse ni pour accueillir les b\u00e9b\u00e9s. (Extrait d\u2019entretien avec un agent de l\u2019AEMO)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Nonobstant son important r\u00f4le dans l\u2019accompagnement des survivantes accueillies, on ne peut parler du centre Kullimaaroo sans \u00e9voquer les difficult\u00e9s financi\u00e8res qui l\u2019affectent et qui sont actuellement inh\u00e9rentes \u00e0 toutes les structures qui, au S\u00e9n\u00e9gal, offrent un h\u00e9bergement \u00e0 ces survivantes, comme r\u00e9v\u00e9l\u00e9es par l\u2019enqu\u00eate cartographique \u00e9voqu\u00e9e plus haut. \u00c0&nbsp;l\u2019instar des organisations similaires, le centre Kullimaaroo fonctionne par projet. Cela est une des cons\u00e9quences de l\u2019absence de politiques nationales (orientations fortes, strat\u00e9gies et actions concr\u00e8tes et p\u00e9rennes) en mati\u00e8re d\u2019h\u00e9bergement dans le dispositif de r\u00e9ponses socio-institutionnelles aux violences faites aux femmes et aux filles. L\u2019h\u00e9bergement, on l\u2019a d\u00e9j\u00e0 dit, constitue un angle mort, m\u00eame dans un document aussi important que la Strat\u00e9gie nationale pour l\u2019\u00e9quit\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9 de genre (SNEEG) 2016-2026, et cela malgr\u00e9 la reconnaissance de son importance dans le Plan d\u2019action national de lutte contre les violences bas\u00e9es sur le genre et la promotion des droits humains (2015). L\u2019absence de politiques centr\u00e9es sur l\u2019h\u00e9bergement affecte globalement tout le dispositif d\u2019accompagnement en pr\u00e9carisant les structures existantes et en compromettant la coh\u00e9rence et l\u2019harmonisation des services offerts<a href=\"#_ftn26\" id=\"_ftnref26\"><sup>[26]<\/sup><\/a>. C\u2019est pour faire face \u00e0 la fragilit\u00e9 structurelle que repr\u00e9sente la non-prise en compte de l\u2019h\u00e9bergement dans les politiques publiques que l\u2019\u00e9quipe du centre Kullimaaroo fait preuve d\u2019inventivit\u00e9 et de cr\u00e9ativit\u00e9 en s\u2019appuyant sur un vaste r\u00e9seau de partenaires formels\/institutionnels et informels\/communautaires pour r\u00e9inventer l\u2019accompagnement holistique.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>De la complexit\u00e9 des violences sexuelles&nbsp;: exp\u00e9riences des premi\u00e8res concern\u00e9es<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>Cette section expose et analyse des donn\u00e9es issues des exp\u00e9riences de violences sexuelles relat\u00e9es par les premi\u00e8res concern\u00e9es (r\u00e9sidentes ou anciennes r\u00e9sidentes du centre Kullimaaroo), leur entourage et les acteur\u00b7rice\u00b7s impliqu\u00e9\u00b7e\u00b7s dans leur prise en charge. Leurs r\u00e9cits refl\u00e8tent les attitudes et les r\u00e9ponses socio-familiales face aux enjeux du d\u00e9voilement des violences sexuelles, et face aux cons\u00e9quences de ces violences sur les trajectoires de vie des adolescentes, ainsi que sur leur sant\u00e9 sexuelle et reproductive.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, les t\u00e9moignages des adolescentes rencontr\u00e9es pendant la recherche ainsi que ceux des personnes qui les accompagnent indiquent que globalement les survivantes de violences sexuelles vivent dans une sorte de proximit\u00e9 familiale et sociale avec leurs agresseurs. Ces derniers ne sont en effet pas des inconnus, rencontr\u00e9s au hasard, mais souvent des membres de leurs familles, des personnes de leur entourage proche, des enseignants, des ma\u00eetres coraniques, etc. Les extraits d\u2019entretien qui suivent sont illustratifs de l\u2019inscription g\u00e9n\u00e9rale des violences sexuelles subies dans des rapports de proximit\u00e9 sociale aux enjeux socio-symboliques multiples et imbriqu\u00e9s&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Ma m\u00e8re \u00e9tait partie \u00e0 l\u2019h\u00f4pital avec ma tante. J\u2019\u00e9tais seule avec les enfants \u00e0 la maison. Mes fr\u00e8res \u00e9taient sortis. J\u2019ai fait mes devoirs dans la chambre de ma m\u00e8re. Quand j\u2019ai fini mes devoirs et \u00e9teint la bougie, mon cousin est venu dans la chambre avec un couteau mena\u00e7ant de me tuer si je faisais du bruit. Il m\u2019a d\u00e9shabill\u00e9e, s\u2019est allong\u00e9 sur moi et m\u2019a viol\u00e9e. (Extrait d\u2019entretien avec A., 18 ans, ancienne r\u00e9sidente)<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 viol\u00e9e par le fr\u00e8re du mari de ma m\u00e8re quand j\u2019avais 16&nbsp;ans. C\u2019est arriv\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises. Il venait dans ma chambre et mena\u00e7ait de me tuer si je disais quelque chose. (Extrait d\u2019entretien avec N., 18 ans, ancienne r\u00e9sidente)<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 viol\u00e9e quand j\u2019avais 13&nbsp;ans par un cousin adulte. Je vivais avec ma tante paternelle \u00e0 [une autre ville]. Je lui en ai parl\u00e9 et elle m\u2019a amen\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. La sage-femme a fait un test de grossesse qui \u00e9tait n\u00e9gatif. Apr\u00e8s cela, je suis rentr\u00e9e au village chez mes parents. Je ne leur ai jamais parl\u00e9 du viol, je ne sais pas si ma <em>Bajen<\/em> l\u2019avait fait. (Extrait d\u2019entretien avec M.,16 ans, r\u00e9sidente)<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 viol\u00e9e \u00e0 plusieurs reprises par mon instituteur du primaire. J\u2019avais 14&nbsp;ans et j\u2019\u00e9tais en classe de CM2. Il faisait cela dans les toilettes de l\u2019\u00e9cole, la salle de classe et m\u00eame le dispensaire o\u00f9 il allait manger avec ses coll\u00e8gues. (Extrait d\u2019entretien avec G.,17 ans, ancienne r\u00e9sidente)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Les contextes de proximit\u00e9 qui se r\u00e9v\u00e8lent \u00e0 travers ces extraits sont importants \u00e0 prendre en compte car ils structurent de complexes dynamiques de pouvoir entre agress\u00e9es et agresseurs&nbsp;; dynamiques profond\u00e9ment ancr\u00e9es dans des enjeux mat\u00e9riels (d\u00e9pendance \u00e9conomique, p\u00e9dagogique, s\u00e9curitaire, etc.) et immat\u00e9riels (d\u2019ordre symbolique, culturel, psychosocial, affectif, etc.) articul\u00e9s \u00e0 des repr\u00e9sentations, des logiques, des normes et des valeurs sociales. Les donn\u00e9es recueillies montrent que les dynamiques en question s\u2019appuient pour beaucoup sur l\u2019usage de la force physique et sur l\u2019intimidation (menace de mort, en particulier). Rapport\u00e9 au nombre d\u2019enqu\u00eat\u00e9es, l\u2019usage de la force physique repr\u00e9sente dans ces contextes une singuli\u00e8re modalit\u00e9 de contrainte \u00e0 la r\u00e9signation. Elle semble paradoxale lorsque l\u2019on consid\u00e8re le lien de confiance sociale entre les survivantes et leurs agresseurs&nbsp;; mais elle peut \u00e9galement se comprendre par ce lien m\u00eame, car la menace venant d\u2019un proche est rendue cr\u00e9dible par l\u2019accessibilit\u00e9 physique de la personne menac\u00e9e, cons\u00e9quence de la proximit\u00e9 sociale.<\/p>\n\n\n\n<p>Ladite proximit\u00e9 impacte ainsi tr\u00e8s sensiblement les volont\u00e9s de d\u00e9voilement des violences subies, de m\u00eame que les efforts de prise en charge (principalement familiale) des survivantes. Elle impacte \u00e9galement les d\u00e9cisions de recours \u00e0 la mise \u00e0 l\u2019abri de ces derni\u00e8res. Cela explique d\u2019ailleurs que, dans les rares cas o\u00f9 elles existent, les vell\u00e9it\u00e9s familiales de mise \u00e0 l\u2019abri des adolescentes se r\u00e9sument au fait d\u2019amener les survivantes vivre ailleurs dans la famille \u00e9largie, au village par exemple. On voit bien que cela ne r\u00e9sout ni le probl\u00e8me de l\u2019accessibilit\u00e9 de la survivante pour son agresseur, ni celui de l\u2019accompagnement et de la prise en charge de la survivante. \u00c0&nbsp;l\u2019\u00e9vidence, la proximit\u00e9 sociale est probl\u00e9matique en ce qu\u2019elle participe \u00e0 d\u00e9poss\u00e9der les survivantes de leurs histoires de peines et de douleurs, mais aussi de leurs potentielles initiatives pour se relever et pour faire face \u00e0 leurs agresseurs. Elle les enferme dans les logiques oppressives d\u2019environnements sociaux qui, en privil\u00e9giant l\u2019ordre familial et communautaire, prot\u00e8gent les agresseurs et \u00e9touffent les tentatives de d\u00e9voilement des agressions qui sont vues comme des menaces sur l\u2019int\u00e9grit\u00e9 morale, l\u2019honorabilit\u00e9, la r\u00e9putation et la respectabilit\u00e9 des familles et du collectif social, ainsi que sur la pr\u00e9servation des hi\u00e9rarchies \u00e9tablies, etc. Dans certains cas, les concern\u00e9es et leur entourage cherchent tout bonnement \u00e0 \u00e9viter la lourdeur des proc\u00e9dures judiciaires, souvent \u00e9trang\u00e8res \u00e0 leurs v\u00e9cus ordinaires et qu\u2019ils per\u00e7oivent comme \u00e9tant compliqu\u00e9es, longues, d\u00e9shonorantes et socialement stigmatisantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Les donn\u00e9es recueillies mettent en effet en \u00e9vidence ce qui appara\u00eet comme une contradiction entre les profondes et manifestes cons\u00e9quences n\u00e9gatives des violences sexuelles subies et la \u00ab&nbsp;volont\u00e9&nbsp;\u00bb de l\u2019entourage proche des survivantes et de ces derni\u00e8res elles-m\u00eames de ne pas d\u00e9voiler publiquement les actes, et donc de ne pas d\u00e9noncer leurs auteurs, notamment aupr\u00e8s de la justice. Pour comprendre cet \u00e9tat de fait, somme toute r\u00e9current dans beaucoup de contextes en Afrique subsaharienne, il importe de prendre au s\u00e9rieux les enjeux symboliques et mat\u00e9riels de la proximit\u00e9 sociale entre les survivantes et leurs agresseurs et, ce faisant, d\u2019envisager le non-d\u00e9voilement des violences sexuelles comme un construit social structur\u00e9 autour de normes, de valeurs socioreligieuses, de rapports de pouvoir, entre autres. Le non-d\u00e9voilement des violences sexuelles est une r\u00e9alit\u00e9 sociale complexe, d\u00e9termin\u00e9e par des facteurs de diff\u00e9rents ordres qui, dans le cas de la plupart des survivantes concern\u00e9es par cette recherche, se combinent et se renforcent.<\/p>\n\n\n\n<p>En g\u00e9n\u00e9ral, les facteurs socioculturels agissent en premi\u00e8re instance en conditionnant une certaine culture de la culpabilit\u00e9, de la honte et du silence. Les adolescentes avec lesquelles nous avons travaill\u00e9 sont issues de contextes sociaux o\u00f9 le sexe et tout ce qui s\u2019y rapporte, en particulier les violences sexuelles, sont frapp\u00e9s de tabous (aux justifications diff\u00e9rentes d\u2019ailleurs) contribuant \u00e0 les effacer du visible et de l\u2019audible public. Ces tabous se fondent sur une certaine id\u00e9e de la dignit\u00e9 personnelle et de l\u2019honorabilit\u00e9 des familles&nbsp;; ce qui contraint les survivantes au secret, lequel est envisag\u00e9 comme une strat\u00e9gie d\u2019\u00e9vitement de la honte qui na\u00eetrait de l\u2019in\u00e9vitable jugement social. Cette strat\u00e9gie du secret est reproduite et renforc\u00e9e par les st\u00e9r\u00e9otypes de genre et les croyances patriarcales. Elle trouve ses fondements dans les id\u00e9ologies et les logiques de la socialisation qui assignent aux femmes et aux filles la t\u00e2che de la pr\u00e9servation et de la transmission de l\u2019honorabilit\u00e9 des familles, notamment en leur inculquant que leur valeur sociale (finalement leur identit\u00e9 sociale d\u00e9sirable) repose sur leur \u00ab&nbsp;puret\u00e9&nbsp;\u00bb et leur r\u00e9putation. Dans ces conditions, d\u00e9voiler les abus oblige \u00e0 assumer publiquement de n\u2019\u00eatre plus totalement \u00ab&nbsp;pure&nbsp;\u00bb&nbsp;; autrement dit, \u00e0 assumer de porter et de manifester les stigmates des failles dans l\u2019honorabilit\u00e9 de sa famille, de son groupe social. D\u00e8s lors, cacher les abus subis se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre bien plus qu\u2019une simple pratique n\u00e9faste visiblement illogique. Il s\u2019agit \u00e9minemment d\u2019actualisation de modalit\u00e9s sociales de rapport au collectif, de mise en ex\u00e9cution de sch\u00e8mes d\u2019ancrage social. C\u2019est une v\u00e9ritable \u00ab&nbsp;pratique sociale&nbsp;\u00bb (Shove &amp; Pantzar, 2012) qui agit comme un des principes organisateurs d\u00e9terminants de l\u2019exp\u00e9rience sociale de douleur et de souffrance des survivantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce qu\u2019il convient de nommer les dynamiques sociales de \u00ab&nbsp;silenciation&nbsp;\u00bb des survivantes de violences sexuelles, les facteurs socioculturels ci-\u00e9voqu\u00e9s sont consolid\u00e9s par des facteurs \u00e9conomiques, psychologiques et institutionnels qui vuln\u00e9rabilisent les premi\u00e8res concern\u00e9es en produisant un contexte g\u00e9n\u00e9ral de <em>n\u00ebpp n\u00ebpp\u00ebl <\/em>(Sall et al., 2024). Ce dernier s\u2019apparente au concept \u00ab&nbsp;d\u2019\u00e9touffement testimonial&nbsp;\u00bb (<em>testimonial smothering<\/em>) habituellement associ\u00e9 aux pratiques de \u00ab&nbsp;silenciation&nbsp;\u00bb (Dotson, 2011&nbsp;; St-Denis, 2024). Dans les contextes \u00e9tudi\u00e9s ici, le <em>n\u00ebpp n\u00ebpp\u00ebl <\/em>renvoie \u00e0 l\u2019imposition explicite ou implicite du silence, ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019affaiblissement du sentiment de l\u00e9gitimit\u00e9 des survivantes, des t\u00e9moins ou des familles \u00e0 d\u00e9noncer les violences, notamment en banalisant les faits et en rejetant la faute sur la survivante (<em>victim blaming<\/em>)&nbsp;; usant pour cela des ressorts d\u2019un cadre normatif sexiste. Dans ces conditions, les adolescentes et\/ou leur famille et entourage jugent le d\u00e9voilement comme \u00ab&nbsp;risqu\u00e9<a href=\"#_ftn27\" id=\"_ftnref27\"><sup>[27]<\/sup><\/a> et dangereux&nbsp;\u00bb (Dotson, 2011), particuli\u00e8rement dans leurs contextes d\u2019asym\u00e9trie de pouvoirs et de ressources vis-\u00e0-vis des agresseurs. C\u2019est pourquoi survivantes et entourage finissent par int\u00e9grer les violences comme une fatalit\u00e9 qui participe \u00e0 la normalit\u00e9 de la vie sociale vue comme une histoire d\u2019\u00e9preuves \u00e0 vivre dans une sorte de digne r\u00e9signation.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019y ajoute que certaines survivantes interview\u00e9es ont fait remarquer qu\u2019elles se voient souvent accus\u00e9es d\u2019affabulation ou d\u2019exag\u00e9ration&nbsp;; ce qui contribue \u00e0 d\u00e9cr\u00e9dibiliser leur parole et \u00e0 les dissuader de d\u00e9voiler les abus subis. Ces situations sont aggrav\u00e9es par les pesanteurs patriarcales des institutions comme les services de police, de justice et\/ou de sant\u00e9 disponibles dans leurs contextes. Cons\u00e9quence de l\u2019incorporation des \u00e9vidences patriarcales, ces services se montrent institutionnellement peu sensibles, parfois aveugles, aux sp\u00e9cificit\u00e9s plurielles des violences sexuelles. D\u00e8s lors, la non-probl\u00e9matisation des modalit\u00e9s d\u2019accueil, de s\u00e9curisation et de prise en charge des survivantes, surtout lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019adolescentes, influence le fait que ces derni\u00e8res ne se tournent pas syst\u00e9matiquement vers lesdits services. Par ailleurs, quand des faits sont d\u00e9nonc\u00e9s, les survivantes sont expos\u00e9es \u00e0 des proc\u00e9dures judiciaires standardis\u00e9es qui ne prennent pas toujours en compte les enjeux socio-sp\u00e9cifiques des violences subies. Cela occasionne des peines en plus, sans compter l\u2019amplification de la stigmatisation et de l\u2019isolement social&nbsp;; avoir affaire \u00e0 la justice (quel que soit le motif) n\u2019\u00e9tant pas toujours bien vu dans les contextes sociaux s\u00e9n\u00e9galais.<\/p>\n\n\n\n<p>La contrainte li\u00e9e au non-d\u00e9voilement des violences sexuelles maintient l\u2019impunit\u00e9 des agresseurs et prive les survivantes de la possibilit\u00e9 d\u2019avoir un accompagnement ad\u00e9quat et holistique. Dans certains cas, elles sont totalement exclues de la d\u00e9cision de non-judiciarisation des violences subies consid\u00e9r\u00e9es, qu\u2019elles peuvent \u00eatre, comme des objets de la m\u00e9canique de reproduction sociale. C\u2019est le cas, entre autres adolescentes, de A. qui a accouch\u00e9 quelques jours avant l\u2019entretien qu\u2019elle nous a accord\u00e9. Elle r\u00e9v\u00e8le&nbsp;:\u00ab&nbsp;Je suis venue \u00e0 Kullimaaroo parce que j\u2019\u00e9tais enceinte. Un cousin m\u2019a viol\u00e9e. Ma m\u00e8re voulait porter plainte contre lui, mais ma grand-m\u00e8re lui a demand\u00e9 de ne pas le faire.&nbsp;\u00bb(Extrait d\u2019entretien avec A., 15 ans, r\u00e9sidente.) Cette sorte de r\u00e9ticence sociale \u00e0 consid\u00e9rer les survivantes comme sujets de leur vie indique qu\u2019il importe de prendre en compte les effets de la marginalisation des voix des adolescentes&nbsp;; marginalisation \u00e0 penser \u00e0 l\u2019intersection du jeune \u00e2ge, du manque d\u2019autonomie (\u00e9conomique et sociale) et du manque de pouvoir qui caract\u00e9risent celles mises \u00e0 l\u2019abri dans le centre Kullimaaroo au moment de cette recherche.<\/p>\n\n\n\n<p>Les analyses faites des r\u00e9actions familiales, ainsi que de celles de l\u2019entourage social des adolescentes, vis-\u00e0-vis du d\u00e9voilement des violences sexuelles traduisent un certain assujettissement aux dynamiques profondes qu\u2019impose ce qui appara\u00eet comme une \u00ab&nbsp;culture du viol&nbsp;\u00bb (Renard, 2018). Tout comme le non-d\u00e9voilement des violences et la non-d\u00e9nonciation des agresseurs, la culture du viol est socialement construite. Des exp\u00e9riences des survivantes avec lesquelles nous avons travaill\u00e9, l\u2019on peut comprendre que cette \u00ab&nbsp;culture du viol&nbsp;\u00bb se fonde sur les ressorts syst\u00e9miques de l\u2019institutionnalisation de rapports sociaux de genre in\u00e9galitaires propre aux contextes patriarcaux. Ces ressorts sont, entre autres, la banalisation (compr\u00e9hension, justification et occultation) des violences sexuelles, le <em>victim blaming<\/em> et l\u2019impunit\u00e9 des agresseurs. Ils sont articul\u00e9s et agissent de mani\u00e8re syst\u00e9mique, fonctionnant bien au-del\u00e0 des penchants, privil\u00e8ges, d\u00e9savantages, croyances ou discours individuels, et confirmant, en cela, No\u00e9mie Renard qui soulignait dans une entrevue de 2019 que \u00ab&nbsp;les violences sexuelles naissent du fonctionnement de la soci\u00e9t\u00e9 [patriarcale], de la fa\u00e7on dont la soci\u00e9t\u00e9 [patriarcale] est structur\u00e9e<a href=\"#_ftn28\" id=\"_ftnref28\"><sup>[28]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La banalisation des violences sexuelles qui affectent les adolescentes que nous avons interview\u00e9es et la mise en doute de leur parole sont ancr\u00e9es dans des construits sociaux qui normalisent la domination masculine. Ces construits font, d\u2019une certaine fa\u00e7on, proc\u00e9der les violences sexuelles subies de la conformation attendue aux normes sociales de virilit\u00e9 et de masculinit\u00e9&nbsp;; laquelle demeure uniquement pens\u00e9e en r\u00e9f\u00e9rence aux standards et crit\u00e8res de la \u00ab&nbsp;masculinit\u00e9 h\u00e9g\u00e9monique&nbsp;\u00bb (Connell, 2024). D\u00e8s lors, se mettent en place des dynamiques de tol\u00e9rance sociale des abus sexuels dont l\u2019implicite graduation socialement con\u00e7ue<a href=\"#_ftn29\" id=\"_ftnref29\"><sup>[29]<\/sup><\/a> conduit \u00e0 un effet explicite de dilution de la perception collective de la gravit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette tol\u00e9rance sociale est renforc\u00e9e par le <em>victim blaming<\/em>, m\u00e9canisme social qui produit la d\u00e9responsabilisation des agresseurs et la culpabilisation des survivantes. Le principe de fonctionnement de ce singulier m\u00e9canisme est simple&nbsp;: l\u2019habillement, le comportement, la pr\u00e9sence dans un lieu donn\u00e9 des adolescentes, etc., sont mobilis\u00e9s comme des \u00ab&nbsp;excuses de provocation&nbsp;\u00bb suffisamment fortes pour justifier les violences sexuelles, souvent au nom des normes masculinistes h\u00e9g\u00e9moniques. D\u2019une certaine mani\u00e8re, ces \u00e9l\u00e9ments semblent faire vivre aux agresseurs des \u00e9preuves de virilisation et des rites de masculinisation&nbsp;; autrement dit, ils les mettent face \u00e0 des rites patriarcaux d\u2019ancrage social. C\u2019est ce qui explique, peut-\u00eatre, que la mise en \u0153uvre du <em>victim blaming<\/em> transcende les survivantes elles-m\u00eames. L\u2019opprobre est aussi jet\u00e9 sur les m\u00e8res, et par extension sur les familles, dont les filles ont \u00e9t\u00e9 sexuellement agress\u00e9es. On leur reproche d\u2019avoir failli \u00e0 leur r\u00f4le de protectrices ou encore de n\u2019avoir pas transmis les \u00ab&nbsp;bonnes&nbsp;\u00bb valeurs sociales. On le lit assez nettement dans les propos de cette survivante&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ma m\u00e8re, qui \u00e9tait la seule personne \u00e0 me croire quand j\u2019ai dit que le violeur \u00e9tait le fr\u00e8re de son mari, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9pudi\u00e9e. Son mari a pr\u00e9text\u00e9 que <em>s\u00e9en w\u00ebrs\u00ebk yi andu \u00f1u<\/em><a href=\"#_ftn30\" id=\"_ftnref30\"><sup>[30]<\/sup><\/a>.&nbsp;\u00bb (Extrait d\u2019entretien avec N., 18 ans, ancienne r\u00e9sidente.) Ici, tr\u00e8s clairement, la perp\u00e9tuation de l\u2019agression sexuelle est dissoci\u00e9e de la volont\u00e9 criminelle de son auteur.<\/p>\n\n\n\n<p>La banalisation des violences sexuelles et la culpabilisation des victimes conduisent \u00e0 l\u2019impunit\u00e9 des agresseurs et \u00e0 la revictimisation des agress\u00e9es. Selon les exp\u00e9riences des adolescentes du centre Kullimaaroo, l\u2019impunit\u00e9 en question peut, d\u2019une part, \u00eatre de fait, dans le cas notamment o\u00f9 les violences ne sont pas d\u00e9voil\u00e9es ou lorsque l\u2019agresseur et son entourage se contentent de nier les faits qui sont reproch\u00e9s, \u00e9touffant ainsi toute tentative de d\u00e9voilement. D\u2019autre part, cette impunit\u00e9 peut \u00eatre la cons\u00e9quence de la fuite temporaire des agresseurs&nbsp;; que cette fuite soit volontaire ou organis\u00e9e (comme c\u2019est souvent le cas). On le per\u00e7oit bien dans cet extrait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mon p\u00e8re a essay\u00e9 de confronter le cousin qui m\u2019a viol\u00e9e. Il a tout ni\u00e9. Son p\u00e8re aussi. Apr\u00e8s, il s\u2019est enfui. Il n\u2019y a pas eu de plainte. Mon enfant n\u2019a m\u00eame pas encore d\u2019extrait de naissance.&nbsp;\u00bb (Extrait d\u2019entretien avec A., 18&nbsp;ans, ancienne r\u00e9sidente.) Les entretiens avec le personnel du centre confirment qu\u2019il n\u2019est en effet pas rare que les agresseurs prennent la fuite, seuls ou avec l\u2019aide de membres de leur famille. En plus des effets du <em>n\u00ebpp n\u00ebpp\u00ebl <\/em>\u00e9voqu\u00e9 plus haut, les facilit\u00e9s de fuite peuvent \u00eatre rapport\u00e9es \u00e0 la situation g\u00e9ographique de la Casamance, frontali\u00e8re d\u2019avec la Gambie et les deux Guin\u00e9es. Une telle mise en rapport est d\u2019ailleurs tr\u00e8s pertinente si on en croit les recherches de Mback\u00e9 Leye et al. (2014), qui documentent l\u2019impact n\u00e9gatif sur l\u2019aboutissement des proc\u00e9dures judiciaires de la fuite des auteurs de violences sexuelles vers les pays cit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em>It Takes a Village! <\/em>L\u2019accompagnement holistique comme socio-syst\u00e8me<\/h2>\n\n\n\n<p>Les exp\u00e9riences partag\u00e9es par les participantes \u00e0 nos enqu\u00eates cadrent, pour beaucoup, avec le continuum des violences (Kelly, 2019). Dans les r\u00e9cits des adolescentes, en particulier les attouchements, les harc\u00e8lements, les viols et le <em>victim blaming<\/em> s\u2019analysent comme partie int\u00e9grante d\u2019un syst\u00e8me de continuit\u00e9 qui traverse et transcende leurs exp\u00e9riences actuelles de violences sexuelles. Chez certaines participantes, ce continuum s\u2019exprime par l\u2019environnement et les dynamiques patriarcales qui structurent les liens sociaux (notamment dans le cas des liens amoureux). C\u2019est ce que l\u2019on peut lire \u00e0 travers les extraits qui suivent et qui r\u00e9v\u00e8lent un ensemble de strat\u00e9gies mises en place par les adolescentes pour \u00e9viter une relation sexuelle non consentie&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>M\u00eame quand je refusais, il me for\u00e7ait. Pour \u00e9viter cela, je pr\u00e9textais un mal de t\u00eate quand il me demandait de passer chez lui et que je n\u2019avais pas envie de coucher. C\u2019est seulement maintenant que j\u2019ai compris que c\u2019\u00e9tait des viols\u2026 (Extrait d\u2019entretien avec K. 19 ans, r\u00e9sidente)<\/p>\n\n\n\n<p>Quand je lui disais que je ne voulais pas, il se f\u00e2chait et me reprochait de \u00ab&nbsp;me refuser \u00e0 lui&nbsp;\u00bb. Finalement, quand je ne voulais pas, je lui disais juste que j\u2019avais mes r\u00e8gles ou que je devais faire des t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res \u00e0 la maison et j\u2019\u00e9vitais d\u2019aller chez lui. Je n\u2019avais pas peur de lui, je voulais juste \u00e9viter les probl\u00e8mes. (Extrait d\u2019entretien avec H. 18 ans, r\u00e9sidente)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>\u00c0&nbsp;l\u2019\u00e9vidence, ces n\u00e9gociations (Tabet, 2004&nbsp;; Deschamps 2020) autour et ces attentes vis-\u00e0-vis du corps de l\u2019autre et l\u2019id\u00e9e de dette sexuelle qu\u2019elles charrient doivent \u00eatre pens\u00e9es \u00e0 l\u2019aune de l\u2019asym\u00e9trie des rapports sociaux de sexe et de l\u2019appropriation masculine du corps des femmes<a href=\"#_ftn31\" id=\"_ftnref31\"><sup>[31]<\/sup><\/a> qui en d\u00e9coulent. Cela r\u00e9affirme assez nettement qu\u2019on ne peut pas aborder scientifiquement la probl\u00e9matique des violences sexuelles sans discuter la construction sociale de la masculinit\u00e9 et de la f\u00e9minit\u00e9, ainsi que les effets de la socialisation diff\u00e9renci\u00e9e selon le genre, laquelle est porteuse, \u00e0 plusieurs \u00e9gards, de privil\u00e8ges et d\u2019oppressions.<\/p>\n\n\n\n<p>En mati\u00e8re d\u2019accompagnement des survivantes de violences sexuelles, la d\u00e9marche de prise en charge holistique est, en g\u00e9n\u00e9ral, vue comme la plus souhaitable. Elle repose sur un suivi global, int\u00e9gr\u00e9 et, surtout, centr\u00e9 sur les survivantes qui sont consid\u00e9r\u00e9es comme \u00e9tant affect\u00e9es, dans leur globalit\u00e9&nbsp;: les dimensions individuelles (sant\u00e9 mentale et psychique, int\u00e9grit\u00e9 physique, etc.) et les dimensions d\u2019ancrage social (ressources, rapports de pouvoir, s\u00e9curit\u00e9, croyances, repr\u00e9sentations, etc.) comprises, par leurs exp\u00e9riences de violence sexuelle. Dans cette perspective, la prise en charge holistique repose sur des logiques de partenariats multiacteurs et intersectoriels permettant de faire travailler les parties prenantes en r\u00e9seau avec comme objectif d\u2019\u00e9viter des ruptures dans le parcours d\u2019accompagnement et l\u2019exposition possible des adolescentes \u00e0 des situations susceptibles de les revictimiser.<\/p>\n\n\n\n<p>Au centre Kullimaaroo, le mod\u00e8le d\u2019accompagnement des survivantes vis\u00e9 est celui du <em>One stop center<\/em>&nbsp;; un type de structure dans lequel tous les volets d\u2019un accompagnement holistique des survivantes de violences sexuelles sont rendus disponibles au sein du m\u00eame site. D\u2019apr\u00e8s nos enqu\u00eat\u00e9es, un tel mod\u00e8le prend en charge de mani\u00e8re plus impactante les d\u00e9fis mat\u00e9riels et immat\u00e9riels de la mise \u00e0 l\u2019abri des adolescentes. Toutefois, malgr\u00e9 la volont\u00e9 holistique des responsables interrog\u00e9es, tous les services ne sont pas offerts dans le centre. En effet, \u00ab&nbsp;l\u2019offre de services est cal\u00e9e sur les moyens dont nous disposons. On n\u2019a pas tout \u00e0 l\u2019interne. On est oblig\u00e9 d\u2019aller vers d\u2019autres structures, de travailler avec des ressources humaines externes pour pouvoir apporter toute l\u2019aide n\u00e9cessaire \u00e0 nos pensionnaires.&nbsp;\u00bb (Extrait d\u2019entretien avec une membre de l\u2019\u00e9quipe de Kullimaaroo). S\u2019y ajoute que le centre ne dispose que d\u2019une petite \u00e9quipe accompagnante compos\u00e9e d\u2019une sage-femme, d\u2019une assistante sociale et de monitrices<a href=\"#_ftn32\" id=\"_ftnref32\"><sup>[32]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces difficult\u00e9s, ainsi que la complexit\u00e9 (sur les plans psychologique, social, physique, m\u00e9dical, etc.) des situations sociales des adolescentes accueillies et de l\u2019accompagnement qui doit leur \u00eatre fourni, expliquent l\u2019importance pour l\u2019\u00e9quipe du centre Kullimaaroo de s\u2019appuyer sur un vaste et solide r\u00e9seau de partenaires institutionnels et communautaires. \u00c0&nbsp;ce sujet, les donn\u00e9es recueillies sur le terrain permettent de dire que les synergies construites \u00e0 travers l\u2019implication collective et diversifi\u00e9e des partenaires forment un v\u00e9ritable socio-syst\u00e8me dynamique autour de la mise \u00e0 l\u2019abri des survivantes (r\u00e9sidentes comme ex-r\u00e9sidentes) accompagn\u00e9es par le centre. La notion de socio-syst\u00e8me permet ici, d\u2019une part, d\u2019exprimer les logiques d\u2019interd\u00e9pendance qui traversent et structurent les multiples \u00ab&nbsp;champs<a href=\"#_ftn33\" id=\"_ftnref33\"><sup>[33]<\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb mobilis\u00e9s par l\u2019accompagnement des survivantes dans le centre&nbsp;: les adolescentes elles-m\u00eames (dans leur globalit\u00e9), le centre et ses offres de service disponibles, les organisations tierces (organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile, organisations communautaires de la base, etc.), les institutions m\u00e9dicales et judiciaires, les r\u00e9seaux communautaires, les croyances, les repr\u00e9sentations et normes sociales, les politiques publiques, entre autres. D\u2019autre part, cette notion permet d\u2019expliciter comment l\u2019ench\u00e2ssement des pratiques sociales issues des diff\u00e9rents \u00ab&nbsp;champs&nbsp;\u00bb identifi\u00e9s fait \u00e9merger des savoirs et des savoir-faire qui b\u00e2tissent des r\u00e9ponses holistiques, socialement ancr\u00e9es et grandement impactantes dans l\u2019accompagnement des adolescentes qui r\u00e9sident \u00e0 Kullimaaroo.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019implication de partenaires diversifi\u00e9s, (institutionnels ou non, formels et informels, endog\u00e8nes et exog\u00e8nes, etc.) dans le parcours de mise \u00e0 l\u2019abri des survivantes accueillies au centre Kullimaaroo, permet tr\u00e8s nettement d\u2019att\u00e9nuer les effets n\u00e9fastes de la p\u00e9nurie de ressources humaines et mat\u00e9rielles. L\u2019exemple de la prise en charge psychologique est int\u00e9ressant \u00e0 relever \u00e0 ce sujet. Ici, l\u2019h\u00f4pital est un partenaire strat\u00e9gique important. L\u2019engagement du psychiatre permet de proposer un service qui autrement ne serait pas disponible au sein du centre. Ceci est d\u2019autant plus important quand on sait que le suivi psychologique est un \u00e9l\u00e9ment primordial de l\u2019accompagnement des survivantes en raison de l\u2019impact des violences sexuelles sur la sant\u00e9 mentale. Mais les besoins en la mati\u00e8re d\u00e9passent les possibilit\u00e9s offertes par l\u2019h\u00f4pital o\u00f9 les soignants, en d\u00e9pit de leur volont\u00e9 manifeste, ne peuvent organiser que quelques journ\u00e9es de consultation par trimestre.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Nous avons [ainsi] l\u2019occasion de donner la parole aux victimes. Le travail que nous faisons est l\u2019aide \u00e0 la verbalisation\u2026 Nous offrons aussi un soutien psychologique pour les aider \u00e0 vivre avec le souvenir qu\u2019elles vont devoir continuer \u00e0 porter. (Extrait d\u2019entretien avec un professionnel de sant\u00e9 mentale qui travaille avec le centre)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Or, le besoin de davantage de ressources, particuli\u00e8rement de ressources internes, pour le suivi psychologique est fortement exprim\u00e9 par les membres de l\u2019\u00e9quipe du centre et par les survivantes qui, \u00e0 d\u00e9faut de s\u00e9ances rapproch\u00e9es de th\u00e9rapie, disent se tourner vers l\u2019assistante sociale quand elles ressentent le besoin de se confier. Celle-ci mobilise alors un registre de savoirs et de savoir-faire &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;adapt\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9coute active des survivantes qui la sollicitent.<\/p>\n\n\n\n<p>De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, outre les membres de l\u2019\u00e9quipe du centre et les professionnels institutionnels, les partenaires communautaires engag\u00e9s dans la mise \u00e0 l\u2019abri des adolescentes sont tr\u00e8s actifs dans la sensibilisation de personnes r\u00e9f\u00e9rentes dans les communaut\u00e9s et se chargent de la mise en lien entre les survivantes, leurs familles et le centre Kullimaaroo. Il s\u2019agit des <em>bajenu gox<\/em>, des imams, des chefs de quartier, des dirigeantes de discussions, etc. Pour ce qui les concerne, les dirigeantes de discussions sont au c\u0153ur du dispositif. En effet&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Elles m\u00e8nent des activit\u00e9s de sensibilisation au niveau communautaire et facilitent des prises en charge individuelles. Elles font de l\u2019accompagnement, prennent en charge le cas jusqu\u2019\u00e0 la limite de leurs possibilit\u00e9s. Elles ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9es et form\u00e9es par la Plateforme des femmes pour la paix en Casamance sur la prise en charge des violences, l\u2019\u00e9coute active et les proc\u00e9dures standards op\u00e9rationnelles pour pouvoir venir en appui \u00e0 toute victime identifi\u00e9e dans leur localit\u00e9. Ces femmes [\u2026] traitent ces cas en milieu communautaire, et si \u00e7a requiert un h\u00e9bergement elles nous la r\u00e9f\u00e8rent directement \u00e0 Kullimaaroo. (Extrait d\u2019entretien avec un membre de l\u2019\u00e9quipe de Kullimaaroo)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Il ressort des donn\u00e9es recueillies que les dirigeantes de discussion constituent une sorte de premi\u00e8re ligne d\u2019intervention en cas de violence. D\u2019o\u00f9 la pertinence de leur pr\u00e9sence en milieu rural pour att\u00e9nuer les contraintes li\u00e9es \u00e0 l\u2019accessibilit\u00e9 des ressources de mise \u00e0 l\u2019abri. Leur r\u00f4le dans la cha\u00eene de prise en charge, quoique non institutionnel, est reconnu et valoris\u00e9 non seulement socialement, mais aussi et surtout par les structures institutionnelles qui font r\u00e9guli\u00e8rement appel \u00e0 elles. Dans certains cas en effet, quand la police, l\u2019AEMO, le pr\u00e9fet ou le sous-pr\u00e9fet sont au fait d\u2019une situation de violence sexuelle, ils les appellent directement pour qu\u2019elles interviennent, selon les membres de l\u2019\u00e9quipe de Kullimaaroo.<\/p>\n\n\n\n<p>Les <em>bajenu gox<\/em> sont \u00e9galement tr\u00e8s actives dans le r\u00e9f\u00e9rencement des survivantes vers le centre. Elles s\u2019appuient sur la densit\u00e9 de leurs r\u00e9seaux sociaux pour se tenir inform\u00e9es des situations de violence ainsi que sur les privil\u00e8ges sociaux que leur conf\u00e8re le statut de <em>bajen<\/em> pour agir. Comme les dirigeantes de discussion, elles agissent au d\u00e9but de la cha\u00eene de mise \u00e0 l\u2019abri. Mais, en plus, elles poursuivent leurs actions au sein du centre, en participant aux diff\u00e9rentes activit\u00e9s, ou en proposant de l\u2019h\u00e9bergement plus ou moins temporaire (souvent dans leurs foyers), lorsque les places manquent dans le centre ou lorsque la situation l\u2019exige. Elles plaident presque toutes pour l\u2019am\u00e9lioration des capacit\u00e9s du centre, ce qui permettra d\u2019offrir des services \u00e0 un plus grand nombre de survivantes, de diversifier les possibilit\u00e9s actuelles et de r\u00e9duire la pression sur les partenaires b\u00e9n\u00e9voles.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Le centre Kullimaaroo est un centre qu\u2019on doit renforcer, qu\u2019on doit agrandir. Construire d\u2019autres b\u00e2timents pour accueillir beaucoup plus de monde. On conna\u00eet son utilit\u00e9 nous qui sommes en contact direct avec les communaut\u00e9s, qui connaissons ses maux. (Extrait d\u2019entretien avec une <em>bajenu gox<\/em>).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me du centre, l\u2019on retrouve aussi des hommes (chefs de quartiers et imams notamment) qui, par leur statut dans leurs communaut\u00e9s et leur posture d\u2019ouverture, r\u00e9ussissent \u00e0 apporter du soutien au centre en renfor\u00e7ant la visibilisation de ses actions et sa l\u00e9gitimation. C\u2019est le cas de ce leader dont les propos suivants sont r\u00e9v\u00e9lateurs de la nature de leur implication dans le parcours de mise \u00e0 l\u2019abri des survivantes.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>J\u2019oriente des gens l\u00e0-bas. Je suis un haut responsable dans le comit\u00e9 des 35&nbsp;chefs de quartiers de la commune de Ziguinchor, donc parfois si ces derniers, ou m\u00eame des autorit\u00e9s, ont des cas de violence, ils font appel \u00e0 moi. S\u2019il y a un cas, je l\u2019oriente l\u00e0-bas. (Extrait d\u2019entretien avec un chef de quartier)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 l\u2019imam D., un leader religieux tr\u00e8s actif au sein et en dehors du centre, il contribue substantiellement \u00e0 la vulgarisation des valeurs religieuses islamiques qui promeuvent un traitement plus \u00e9galitaire entre les sexes, ainsi que la proscription des violences \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes. Un \u00e9l\u00e9ment rare qui rend remarquable son engagement contre lesdites violences est le fait qu\u2019il fait partie des hommes qui, \u00e0 Ziguinchor, participent aux mobilisations en faveur de l\u2019avortement m\u00e9dicalis\u00e9, notamment en cas de viol et\/ou d\u2019inceste. Son implication semble trouver une certaine explication dans le travail que m\u00e8ne la PFCP en mati\u00e8re de formation et de mobilisation des hommes dans les luttes contre les violences sexistes dans la zone.<\/p>\n\n\n\n<p>Du fait de leurs ancrages communautaires, de leurs statuts et des types de reconnaissance sociale qui fondent leur l\u00e9gitimit\u00e9, les <em>bajenu gox<\/em>, les dirigeantes de discussion, les imams et les chefs de quartier engag\u00e9s dans les parcours de mise \u00e0 l\u2019abri des survivantes de violences sexuelles jouent un r\u00f4le crucial dans la r\u00e9duction de la stigmatisation sociale qui peut p\u00e9jorer l\u2019action du centre Kullimaaroo et accentuer la vuln\u00e9rabilisation de ses r\u00e9sidentes. La synergie entre ces acteurs, les membres de l\u2019\u00e9quipe du centre et les acteurs institutionnels (AEMO, h\u00f4pital, police, justice, etc.) permet au centre Kullimaaroo d\u2019offrir aux adolescentes survivantes un accompagnement s\u00e9curisant, socialement adapt\u00e9 et susceptible d\u2019avoir des effets transformateurs dans la suite de leur parcours de vie. C\u2019est cela qui permet d\u2019affirmer que le socio-syst\u00e8me \u00e0 l\u2019\u0153uvre ici est centr\u00e9 sur la resocialisation des adolescentes survivantes&nbsp;; une finalit\u00e9 vue, dans une perspective syst\u00e9mique, comme une continuit\u00e9 de l\u2019accompagnement <em>intra-muros<\/em> et qui reste attentive aux dimensions politiques et repr\u00e9sentationnelles de la d\u00e9-socialisation occasionn\u00e9e par les exp\u00e9riences de violences sexuelles et par leurs diff\u00e9rentes incidences (grossesse pr\u00e9coce, exclusion sociale, maladie, scolarisation, vuln\u00e9rabilisation \u00e9conomique, entre autres).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans des conditions marqu\u00e9es par de fortes contraintes de disponibilit\u00e9 des ressources \u00e9conomiques, les activit\u00e9s de resocialisation propos\u00e9es par le centre Kullimaaroo comprennent le retour au parcours scolaire (pour les adolescentes qui \u00e9taient scolaris\u00e9es), la formation professionnelle pour les autres et la sensibilisation autour des enjeux de droits et de SSR. En interrogeant les anciennes r\u00e9sidentes et en observant leurs activit\u00e9s socio-\u00e9conomiques, l\u2019on per\u00e7oit clairement les effets de la volont\u00e9 de continuit\u00e9 de la mise \u00e0 l\u2019abri par l\u2019accompagnement <em>extra-muros<\/em> \u00e0 la resocialisation \u00e0 travers des activit\u00e9s d\u2019autonomisation \u00e9conomique. L\u2019analyse de nos donn\u00e9es enseigne que cet accompagnement produit un effet significatif dans le processus d\u2019empouvoirement des survivantes. Ceci est d\u2019autant plus important quand on sait que la pr\u00e9carit\u00e9 financi\u00e8re est souvent un facteur qui oblige les m\u00e8res \u00e0 garder le contact avec les auteurs des violences qu\u2019elles ont subies<a href=\"#_ftn34\" id=\"_ftnref34\"><sup>[34]<\/sup><\/a>, ou encore \u00e0 envisager l\u2019arr\u00eat des d\u00e9marches de judiciarisation \u00e9ventuellement entreprises. C\u2019est ce qui am\u00e8ne cette ancienne r\u00e9sidente \u00e0 confier au sujet de son agresseur&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je voudrais qu\u2019on le rel\u00e2che. Je voudrais qu\u2019il soit l\u00e0 pour s\u2019occuper de son enfant. Personne ne s\u2019occupe de son enfant. Sa famille ne nous aide pas. Je veux lui pardonner.&nbsp;\u00bb (Extrait d\u2019entretien avec N., 18&nbsp;ans, ex-r\u00e9sidente.) Au-del\u00e0 du questionnement sur la judiciarisation qu\u2019ils soul\u00e8vent, les propos de cette survivante traduisent un certain d\u00e9sarroi li\u00e9 \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience de la solitude dans la gestion de la parentalit\u00e9, malgr\u00e9 l\u2019appui du centre Kullimaaroo.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, il faut mentionner que les r\u00e9sultats de notre recherche nous sugg\u00e8rent qu\u2019il est important de consacrer des analyses substantielles et des politiques effectives au probl\u00e8me de l\u2019absence d\u2019h\u00e9bergement de resocialisation pour les survivantes pour qui, apr\u00e8s le s\u00e9jour au centre, le retour en famille n\u2019est plus une possibilit\u00e9. En effet, la famille n\u2019est plus n\u00e9cessairement un lieu de s\u00e9curit\u00e9 pour celles qui ont v\u00e9cu des incestes et qui se retrouvent exclues. Une politique d\u2019accompagnement devra n\u00e9cessairement prendre en compte ce besoin, m\u00eame si le discours social normatif impose encore l\u2019id\u00e9e que le mieux pour les survivantes (parce qu\u2019elles sont encore des enfants) est toujours le retour dans le cadre familial.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>Au S\u00e9n\u00e9gal, le manque de structures \u00e9tatiques de mise \u00e0 l\u2019abri offrant une prise en charge holistique des survivantes de violences sexuelles est criard alors m\u00eame que ces types de violence y sont, comme un peu partout dans le monde, end\u00e9miques. Cette situation contribue \u00e0 aggraver les effets de ces violences sur la sant\u00e9 physique et mentale des survivantes, de m\u00eame que sur les enjeux collectifs de sant\u00e9. Cette \u00e9tude montre que, pour ce qui concerne les adolescentes survivantes, ce manque est encore plus pr\u00e9occupant \u00e0 cause des profonds impacts globaux occasionn\u00e9s par les violences subies, de leur capacit\u00e9 d\u2019agir limit\u00e9e (r\u00e9sultat de l\u2019intersection de leurs jeunes \u00e2ges, leurs statuts sociaux, leurs ressources limit\u00e9es, voire inexistantes, etc.), et de la place qui leur est assign\u00e9e dans une soci\u00e9t\u00e9 patriarcale et adulto-centr\u00e9e qui minore les voix des jeunes femmes. Malgr\u00e9 l\u2019urgence, l\u2019existant, en termes institutionnels et de politiques pour faire face aux violences sexuelles et sexistes ainsi qu\u2019\u00e0 leurs effets sur les adolescentes, est largement insuffisant et les initiatives les plus impactantes \u00e9mergent des dynamiques communautaires locales dont elles d\u00e9pendent pour durer.<\/p>\n\n\n\n<p>Consid\u00e9rant que pour la cat\u00e9gorie particuli\u00e8re des adolescentes survivantes de violences sexistes et sexuelles, un accompagnement holistique organis\u00e9 autour d\u2019une politique effective de mise \u00e0 l\u2019abri est crucial, cette recherche s\u2019est donn\u00e9 pour objectif principal d\u2019en probl\u00e9matiser les enjeux, d\u00e9fis, piliers, entre autres. Pour ce faire, elle a mis, d\u2019une part, en exergue les points de vue des premi\u00e8res concern\u00e9es, ainsi que leurs perspectives sur leurs exp\u00e9riences de violences et sur les r\u00e9ponses qui leur sont accessibles. D\u2019autre part, elle a explicit\u00e9 et analys\u00e9 les logiques et les dynamiques de mise \u00e0 l\u2019abri propos\u00e9es par le centre Kullimaaroo afin d\u2019en tirer des pistes pour penser les contours d\u2019une prise en charge holistique, socialement ancr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Au terme de l\u2019analyse des donn\u00e9es recueillies, plusieurs \u00e9l\u00e9ments peuvent \u00eatre retenus. Ils portent tous des implications th\u00e9oriques et pratiques en ce qui concerne les probl\u00e9matiques de la mise \u00e0 l\u2019abri des survivantes de violences sexistes et sexuelles au S\u00e9n\u00e9gal. Premi\u00e8rement, les donn\u00e9es mettent en \u00e9vidence l\u2019importance soci\u00e9tale du centre Kullimaaroo. Bien que d\u2019abord initi\u00e9 pour accompagner les femmes affect\u00e9es par les effets du conflit casaman\u00e7ais, le centre s\u2019est d\u00e9sormais install\u00e9 comme une r\u00e9ponse endog\u00e8ne et ancr\u00e9e aux besoins de prise en charge holistique des survivantes de violences sexuelles et sexistes, alors que l\u2019essentiel de ces besoins, prioritairement la mise \u00e0 l\u2019abri des adolescentes survivantes, sont longtemps rest\u00e9s comme une sorte d\u2019angle mort des politiques publiques nationales de lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles. En cela, le centre est largement cr\u00e9dit\u00e9 de multiples impacts positifs sur les r\u00e9sidentes ainsi que dans son \u00e9cosyst\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p>La reconnaissance des impacts positifs du centre Kullimaaroo tient pour beaucoup aux articulations qui y sont faites entre les savoirs et savoir-faire professionnels (mobilisant des assistantes sociales, des sages-femmes, des gyn\u00e9cologues, des monitrices, des psychiatres, des psychologues, etc.) et les savoirs et savoir-faire issus de comp\u00e9tences, connaissances et pratiques communautaires port\u00e9es prioritairement par des femmes comme les <em>bajenu gox<\/em>. Cette reconnaissance se comprend aussi en raison de l\u2019attention accrue donn\u00e9e \u00e0 la parole des survivantes et de l\u2019ouverture du centre \u00e0 l\u2019implication, \u00e0 diff\u00e9rents niveaux, d\u2019acteurs tiers comme les membres des structures institutionnelles, les leaders communautaires, les membres des organisations communautaires de la base et des organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile, etc. Toutefois, comme le montre l\u2019analyse des donn\u00e9es collect\u00e9es, le centre est confront\u00e9 \u00e0 de multiples difficult\u00e9s, lesquelles sont amplifi\u00e9es par la non-prise en compte effective et pragmatique de la question de l\u2019h\u00e9bergement et de la mise \u00e0 l\u2019abri des survivantes de violences sexuelles dans les politiques publiques nationales.<\/p>\n\n\n\n<p>Deuxi\u00e8mement, les donn\u00e9es collect\u00e9es ont permis de relever d\u2019importantes le\u00e7ons th\u00e9oriques et pratiques \u00e0 partir des exp\u00e9riences de violences sexuelles partag\u00e9es par les premi\u00e8res concern\u00e9es (r\u00e9sidentes ou anciennes r\u00e9sidentes du centre Kullimaaroo) et des r\u00e9cits des personnes (entourage et \u00e9cosyst\u00e8mes de PEC) impliqu\u00e9\u00b7e\u00b7s dans leurs parcours. D\u2019abord, elles permettent de constater la proximit\u00e9 sociale entre les survivantes et leurs agresseurs. Ces derniers sont en g\u00e9n\u00e9ral des membres de l\u2019entourage familial, social, \u00e9ducatif, etc., des adolescentes. Ces conditions de vie collective structurent des situations lourdes d\u2019enjeux et de d\u00e9fis, relativement \u00e0 la production et la reproduction des violences sexuelles. Ensuite, les enqu\u00eates ont permis de comprendre en quoi cette proximit\u00e9 sociale est un des d\u00e9terminants forts des dynamiques de \u00ab&nbsp;silenciation&nbsp;\u00bb des survivantes qui finissent par int\u00e9grer le non-d\u00e9voilement des faits subis comme une pratique sociale, structur\u00e9e autour de valeurs, de normes et de r\u00e8gles de conduite. On voit d\u2019ailleurs que dans les conditions de proximit\u00e9 sociale telles que d\u00e9crites dans le travail, le d\u00e9voilement ou non des violences sexuelles subies cesse tout bonnement d\u2019\u00eatre une affaire individuelle pour devenir une affaire collective (g\u00e9n\u00e9ralement familiale)&nbsp;; les survivantes se trouvant d\u00e9poss\u00e9d\u00e9es de leurs histoires et de leurs exp\u00e9riences. Puis, les analyses faites des logiques sociales et des modalit\u00e9s pratiques de \u00ab&nbsp;silenciation&nbsp;\u00bb des survivantes ont montr\u00e9 en quoi elles construisent l\u2019impunit\u00e9 des agresseurs dont les crimes sont banalis\u00e9s et \u00e9touff\u00e9s par assujettissement aux exigences d\u2019un projet de soci\u00e9t\u00e9 patriarcal, sexiste et sexuellement violent&nbsp;: une certaine \u00ab&nbsp;culture du viol&nbsp;\u00bb. Enfin, les donn\u00e9es ont mis en lumi\u00e8re le processus de production sociale du continuum des violences sexuelles dont il importe de prendre s\u00e9rieusement en compte les effets structurants, lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019offrir un accompagnement holistique aux survivantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Troisi\u00e8mement et en derni\u00e8re instance, fortes des le\u00e7ons qui \u00e0 partir des exp\u00e9riences des survivantes illustrent les conditions de production et reproduction sociales des violences sexuelles, les analyses probl\u00e9matisent les dynamiques de mise \u00e0 l\u2019abri du centre Kullimaaroo comme participant d\u2019un socio-syst\u00e8me qui int\u00e8gre la complexit\u00e9 des violences (logiques, m\u00e9canismes, parties prenantes, etc.) et celle de leurs effets sur les survivantes et sur leurs entourages. Parce que structur\u00e9e par et dans un tel socio-syst\u00e8me, la mise \u00e0 l\u2019abri des adolescentes (r\u00e9sidentes comme ex-r\u00e9sidentes) accompagn\u00e9es par le centre se construit de mani\u00e8re holistique et socialement ancr\u00e9e. Elle se fonde d\u2019une part sur la valorisation des liens d\u2019interd\u00e9pendance qui unissent les parties prenantes (volontaires ou non) aux exp\u00e9riences de violences sexuelles et, d\u2019autre part, sur les savoirs et les savoir-faire \u00e9mergeant de l\u2019ench\u00e2ssement des pratiques sociales et\/ou socio-institutionnelles des acteurs (locaux ou exog\u00e8nes, professionnels ou non, etc.) qui travaillent \u00e0 la lutte contre les violences et leurs cons\u00e9quences globales sur les survivantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, les r\u00e9sultats de cette recherche, quoique int\u00e9ressants, n\u2019\u00e9puisent pas la probl\u00e9matique de la mise \u00e0 l\u2019abri des survivantes de violences sexuelles au S\u00e9n\u00e9gal, en particulier les adolescentes. La recherche a d\u00e9montr\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 de documenter les enjeux et les d\u00e9fis de l\u2019harmonisation des approches (humanistes, f\u00e9ministes, centr\u00e9es sur les survivantes, sur les droits, sur la justice sociale, r\u00e9paratrices, transformatrices, etc.) de prise en charge des survivantes de violences sexuelles propos\u00e9es dans les structures d\u2019h\u00e9bergement, lorsqu\u2019elles existent. Cela est d\u2019autant plus n\u00e9cessaire qu\u2019on sait que l\u2019inexistence de politiques publiques fortes en la mati\u00e8re et de balises claires pour leur mise en \u0153uvre contribue \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer des interventions non contr\u00f4l\u00e9es et parfois contre-productives pour les survivantes. En effet, on a bien vu, avec l\u2019exemple \u00e9tudi\u00e9, que ce sont en g\u00e9n\u00e9ral les organisations communautaires qui d\u00e9finissent leurs fa\u00e7ons de faire en tenant compte des besoins et de leurs possibilit\u00e9s. Pourtant, la clarification et la d\u00e9finition partag\u00e9es des approches demeurent un pan important du travail d\u2019accompagnement des survivantes. Elles permettent une analyse de la coh\u00e9rence entre les besoins de ces derni\u00e8res et les services propos\u00e9s, tout en renfor\u00e7ant la redevabilit\u00e9 des structures d\u2019h\u00e9bergement. Cette dimension de la probl\u00e9matique de la mise \u00e0 l\u2019abri des survivantes de violences sexuelles offre des pistes de recherche stimulantes. Elles pourraient critiquer et renforcer les r\u00e9sultats expos\u00e9s et discut\u00e9s ici afin de contribuer \u00e0 mod\u00e9liser, \u00e0 partir de l\u2019exp\u00e9rience du centre Kullimaaroo, un r\u00e9f\u00e9rentiel de prise en charge holistique.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, la construction d\u2019un tel r\u00e9f\u00e9rentiel qui exploite et valorise les savoirs et savoir-faire locaux en mati\u00e8re d\u2019accompagnement des survivantes est, aujourd\u2019hui plus que par le pass\u00e9, une exigence de premier ordre. Elle s\u2019impose comme un pas crucial pour esp\u00e9rer des avanc\u00e9es significatives ayant des impacts socialement pertinents dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Son adoption collective (pouvoirs publics, communaut\u00e9s et acteurs tiers) et sa promotion seront de puissants leviers pour ringardiser les violences sexuelles au nom d\u2019une commune d\u00e9termination \u00e0 b\u00e2tir une soci\u00e9t\u00e9 plus juste. Cela se fera sans doute en mobilisant s\u00e9rieusement les perspectives f\u00e9ministes et en (re)centrant les exp\u00e9riences des survivantes&nbsp;; lesquelles s\u2019av\u00e8rent n\u00e9cessaires pour produire des analyses novatrices et pertinentes susceptibles d\u2019engendrer des politiques et des r\u00e9ponses sociales transformationnelles qui op\u00e8rent au-del\u00e0 du <em>statu quo<\/em> qu\u2019impose le syst\u00e8me patriarcal.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":25269,"template":"","meta":[],"series-categories":[1292],"cat-articles":[1015],"keywords":[1312,1314,1313,1316,1315,1246,1311],"ppma_author":[431,591],"class_list":["post-25270","series-issues","type-series-issues","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","series-categories-numero-10","cat-articles-analyses-critiques","keywords-accompagnement","keywords-adolescentes","keywords-intersectionnalite","keywords-kullimaaroo","keywords-prise-en-charge-holistique","keywords-senegal-2","keywords-violences-sexuelles","author-cheikh-sadibou-sakho-fr","author-ndeye-laity-ndiaye-fr"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>It Takes a Village! (R\u00e9)inventer la mise \u00e0 l\u2019abri des survivantes de violences sexuelles au S\u00e9n\u00e9gal : pistes \u00e0 partir de l\u2019exp\u00e9rience du centre Kullimaaroo de Ziguinchor. | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-10\/it-takes-a-village-reinventing-shelters-for-survivors-of-sexual-violence-in-senegal-the-experience-of-the-kullimaaroo-center-in-ziguinchor\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"It Takes a Village! 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Comme projet de recherche-action, le projet HIRA a comport\u00e9 plusieurs volets, dont une enqu\u00eate sur les bonnes pratiques en mati\u00e8re de prise en charge des survivantes de violences sexuelles[2], une cartographie des centres d\u2019h\u00e9bergement disponibles pour les survivantes au S\u00e9n\u00e9gal[3], une enqu\u00eate sur les perceptions sociales des adolescentes \u00e0 propos des violences sexistes et sexuelles et des enjeux de SSR[4], ainsi qu\u2019une \u00e9tude monographique du centre Kullimaaroo, situ\u00e9 \u00e0 Ziguinchor[5]. D\u2019autres activit\u00e9s connexes ont accompagn\u00e9 l\u2019ex\u00e9cution du projet HIRA. Il s\u2019agit notamment de la tenue de Gender Ataya (sous forme de World Caf\u00e9 sur les violences sexistes et sexuelles), de l\u2019\u00e9laboration de plusieurs modules de formation sur le processus d\u2019accompagnement des survivantes, de la tenue d\u2019une exposition portant sur les structures d\u2019accueil et d\u2019h\u00e9bergement&nbsp;; sans compter les activit\u00e9s cr\u00e9atives de vulgarisation des r\u00e9sultats des recherches qui ont mobilis\u00e9 des acteurs et actrices des cultures urbaines (graffitis, rap, slam, etc.). La plus grande sp\u00e9cificit\u00e9 du projet r\u00e9side dans le fait qu\u2019il est d\u00e9di\u00e9 aux adolescentes survivantes de violences sexuelles et \u00e0 leurs besoins d\u2019accompagnement, relativement aux multiples enjeux du nexus VSS\/SSRA. L\u2019ampleur de telles violences est en effet frappante. L\u2019enqu\u00eate sur les perceptions des adolescentes, portant sur un \u00e9chantillon de 1&nbsp;332&nbsp;adolescentes \u00e0 travers les 14&nbsp;r\u00e9gions du S\u00e9n\u00e9gal, a par exemple r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que 15,3&nbsp;% des adolescentes rencontr\u00e9es disaient avoir v\u00e9cu des violences sexuelles telles que le harc\u00e8lement sexuel, les mutilations g\u00e9nitales f\u00e9minines (MGF), les attouchements et\/ou les viols. On peut raisonnablement penser que cette proportion est sous-estim\u00e9e en raison du ph\u00e9nom\u00e8ne habituel, et socialement complexe, de sous-d\u00e9claration et de non-d\u00e9voilement des violences sexuelles. Dans les contextes \u00e9tudi\u00e9s ici, ce dernier ph\u00e9nom\u00e8ne est fortement li\u00e9 \u00e0 des facteurs comme la peur des cons\u00e9quences du d\u00e9voilement, la difficult\u00e9 pour certaines adolescentes \u00e0 reconna\u00eetre les violences sexuelles comme telles du fait du manque d\u2019information, ou la proximit\u00e9 sociale\/familiale avec les auteurs qui, dans beaucoup de cas, font usage de la violence symbolique pour s\u2019assurer de la pr\u00e9servation du secret de leurs actes. Dans tous les cas, qu\u2019elles se passent dans l\u2019espace public (\u00e9cole, lieu de travail, etc.) ou dans l\u2019espace priv\u00e9 (maisons, entourage, etc.), les violences sexuelles, en tant que modalit\u00e9s des violences bas\u00e9es sur le genre (VBG)[6], affectent prioritairement et sp\u00e9cifiquement les femmes et les filles. Elles sont d\u00e9finies comme \u00ab&nbsp;\u202fany sexual act, attempt to obtain a sexual act, or other act directed against a person\u2019s sexuality using coercion, by any person regardless of their relationship to the victim, in any setting\u202f\u2026\u202f\u00bb (WHO, 2010)[7]. Tr\u00e8s peu d\u00e9clar\u00e9es (Trust Africa, 2019), ces violences touchent de fa\u00e7on sp\u00e9cifique les adolescentes avec des cons\u00e9quences \u00e0 long terme sur leur vie, en particulier sur leur sant\u00e9 physique, mentale, sexuelle et reproductive, leurs parcours \u00e9ducatifs et scolaires, entre autres impacts sociaux majeurs. Elles affectent ainsi significativement les capacit\u00e9s des adolescentes \u00e0 jouir de leurs droits humains ainsi que des diverses protections offertes par les droits de l\u2019enfant en particulier. C\u2019est pourquoi ces types de violences participent d\u2019une probl\u00e9matique importante et urgente de sant\u00e9 publique et de \u00ab&nbsp;sant\u00e9 sociale&nbsp;\u00bb (Duvoux &amp; V\u00e9zinat, 2022). Si dans cet article le focus est mis sur les adolescentes survivantes de viol[8], nous faisons tout de m\u00eame r\u00e9f\u00e9rence aux violences sexuelles dans un sens large, permettant de prendre en compte les exp\u00e9riences sociales globales de violences sur des adolescentes et ainsi de penser leurs ancrages dans le \u00ab&nbsp;continuum des violences&nbsp;\u00bb (Kelly, 2019). En adoptant ce terme de continuum, nous essayons de \u00ab&nbsp;d\u00e9crire l\u2019\u00e9tendue et la vari\u00e9t\u00e9 de la violence sexuelle [et le] grand nombre de facteurs [qui] affectent le sens que prennent pour les femmes les actes de violence sexuelle, et leur impact imm\u00e9diat et ult\u00e9rieur&nbsp;\u00bb (Kelly, 2019, pp.&nbsp;20-21). En Afrique de l\u2019Ouest en g\u00e9n\u00e9ral et au S\u00e9n\u00e9gal en particulier, les efforts entrepris depuis quelques d\u00e9cennies par les organisations non gouvernementales (ONG), les acteurs \u00e9tatiques et divers relais dans les communaut\u00e9s pour lutter contre les violences sexuelles ont \u00e9t\u00e9 prioritairement centr\u00e9s sur ce que l\u2019on a appel\u00e9 les \u00ab&nbsp;pratiques pr\u00e9judiciables[9]&nbsp;\u00bb. Bien qu\u2019ayant permis d\u2019adresser les d\u00e9fis humains de certaines pratiques sociales comme les mariages d\u2019enfants, cette orientation a contribu\u00e9 \u00e0 r\u00e9duire les r\u00e9flexions sp\u00e9cifiques sur les violences sexistes et sexuelles, ainsi que sur les modalit\u00e9s de leur prise en charge[10]. Pour rappel, le S\u00e9n\u00e9gal a criminalis\u00e9 les MGF depuis 1999, alors que la loi contre le viol et la p\u00e9dophilie n\u2019a \u00e9t\u00e9 promulgu\u00e9e que vingt ans plus tard, apr\u00e8s d\u2019importantes mobilisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile f\u00e9ministe et f\u00e9minine[11]. Il importe d\u00e8s lors de constater qu\u2019en d\u00e9pit des incidences dramatiques des violences sexuelles sur la vie des adolescentes survivantes, les r\u00e9ponses socio-institutionnelles et politiques destin\u00e9es \u00e0 y faire face sont encore tr\u00e8s timides et sont souvent port\u00e9es par les organisations communautaires de base (OCB), comme dans le cas de la plupart des initiatives pour la mise \u00e0 l\u2019abri des survivantes[12]. Or, en mati\u00e8re de r\u00e9ponse aux violences sexuelles, ainsi qu\u2019\u00e0 leurs cons\u00e9quences, la mise \u00e0 l\u2019abri est une \u00e9tape cruciale. Elle est \u00e0 la fois pratique et conceptuelle. Elle est pratique en ce que, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, elle se constitue de mesures pragmatiques visant \u00e0 soustraire les survivantes des contextes de leurs agressions afin d\u2019assurer leur protection et leur accompagnement. 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Comme projet de recherche-action, le projet HIRA a comport\u00e9 plusieurs volets, dont une enqu\u00eate sur les bonnes pratiques en mati\u00e8re de prise en charge des survivantes de violences sexuelles[2], une cartographie des centres d\u2019h\u00e9bergement disponibles pour les survivantes au S\u00e9n\u00e9gal[3], une enqu\u00eate sur les perceptions sociales des adolescentes \u00e0 propos des violences sexistes et sexuelles et des enjeux de SSR[4], ainsi qu\u2019une \u00e9tude monographique du centre Kullimaaroo, situ\u00e9 \u00e0 Ziguinchor[5]. D\u2019autres activit\u00e9s connexes ont accompagn\u00e9 l\u2019ex\u00e9cution du projet HIRA. Il s\u2019agit notamment de la tenue de Gender Ataya (sous forme de World Caf\u00e9 sur les violences sexistes et sexuelles), de l\u2019\u00e9laboration de plusieurs modules de formation sur le processus d\u2019accompagnement des survivantes, de la tenue d\u2019une exposition portant sur les structures d\u2019accueil et d\u2019h\u00e9bergement&nbsp;; sans compter les activit\u00e9s cr\u00e9atives de vulgarisation des r\u00e9sultats des recherches qui ont mobilis\u00e9 des acteurs et actrices des cultures urbaines (graffitis, rap, slam, etc.). La plus grande sp\u00e9cificit\u00e9 du projet r\u00e9side dans le fait qu\u2019il est d\u00e9di\u00e9 aux adolescentes survivantes de violences sexuelles et \u00e0 leurs besoins d\u2019accompagnement, relativement aux multiples enjeux du nexus VSS\/SSRA. L\u2019ampleur de telles violences est en effet frappante. L\u2019enqu\u00eate sur les perceptions des adolescentes, portant sur un \u00e9chantillon de 1&nbsp;332&nbsp;adolescentes \u00e0 travers les 14&nbsp;r\u00e9gions du S\u00e9n\u00e9gal, a par exemple r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que 15,3&nbsp;% des adolescentes rencontr\u00e9es disaient avoir v\u00e9cu des violences sexuelles telles que le harc\u00e8lement sexuel, les mutilations g\u00e9nitales f\u00e9minines (MGF), les attouchements et\/ou les viols. On peut raisonnablement penser que cette proportion est sous-estim\u00e9e en raison du ph\u00e9nom\u00e8ne habituel, et socialement complexe, de sous-d\u00e9claration et de non-d\u00e9voilement des violences sexuelles. Dans les contextes \u00e9tudi\u00e9s ici, ce dernier ph\u00e9nom\u00e8ne est fortement li\u00e9 \u00e0 des facteurs comme la peur des cons\u00e9quences du d\u00e9voilement, la difficult\u00e9 pour certaines adolescentes \u00e0 reconna\u00eetre les violences sexuelles comme telles du fait du manque d\u2019information, ou la proximit\u00e9 sociale\/familiale avec les auteurs qui, dans beaucoup de cas, font usage de la violence symbolique pour s\u2019assurer de la pr\u00e9servation du secret de leurs actes. Dans tous les cas, qu\u2019elles se passent dans l\u2019espace public (\u00e9cole, lieu de travail, etc.) ou dans l\u2019espace priv\u00e9 (maisons, entourage, etc.), les violences sexuelles, en tant que modalit\u00e9s des violences bas\u00e9es sur le genre (VBG)[6], affectent prioritairement et sp\u00e9cifiquement les femmes et les filles. Elles sont d\u00e9finies comme \u00ab&nbsp;\u202fany sexual act, attempt to obtain a sexual act, or other act directed against a person\u2019s sexuality using coercion, by any person regardless of their relationship to the victim, in any setting\u202f\u2026\u202f\u00bb (WHO, 2010)[7]. Tr\u00e8s peu d\u00e9clar\u00e9es (Trust Africa, 2019), ces violences touchent de fa\u00e7on sp\u00e9cifique les adolescentes avec des cons\u00e9quences \u00e0 long terme sur leur vie, en particulier sur leur sant\u00e9 physique, mentale, sexuelle et reproductive, leurs parcours \u00e9ducatifs et scolaires, entre autres impacts sociaux majeurs. Elles affectent ainsi significativement les capacit\u00e9s des adolescentes \u00e0 jouir de leurs droits humains ainsi que des diverses protections offertes par les droits de l\u2019enfant en particulier. C\u2019est pourquoi ces types de violences participent d\u2019une probl\u00e9matique importante et urgente de sant\u00e9 publique et de \u00ab&nbsp;sant\u00e9 sociale&nbsp;\u00bb (Duvoux &amp; V\u00e9zinat, 2022). Si dans cet article le focus est mis sur les adolescentes survivantes de viol[8], nous faisons tout de m\u00eame r\u00e9f\u00e9rence aux violences sexuelles dans un sens large, permettant de prendre en compte les exp\u00e9riences sociales globales de violences sur des adolescentes et ainsi de penser leurs ancrages dans le \u00ab&nbsp;continuum des violences&nbsp;\u00bb (Kelly, 2019). En adoptant ce terme de continuum, nous essayons de \u00ab&nbsp;d\u00e9crire l\u2019\u00e9tendue et la vari\u00e9t\u00e9 de la violence sexuelle [et le] grand nombre de facteurs [qui] affectent le sens que prennent pour les femmes les actes de violence sexuelle, et leur impact imm\u00e9diat et ult\u00e9rieur&nbsp;\u00bb (Kelly, 2019, pp.&nbsp;20-21). En Afrique de l\u2019Ouest en g\u00e9n\u00e9ral et au S\u00e9n\u00e9gal en particulier, les efforts entrepris depuis quelques d\u00e9cennies par les organisations non gouvernementales (ONG), les acteurs \u00e9tatiques et divers relais dans les communaut\u00e9s pour lutter contre les violences sexuelles ont \u00e9t\u00e9 prioritairement centr\u00e9s sur ce que l\u2019on a appel\u00e9 les \u00ab&nbsp;pratiques pr\u00e9judiciables[9]&nbsp;\u00bb. Bien qu\u2019ayant permis d\u2019adresser les d\u00e9fis humains de certaines pratiques sociales comme les mariages d\u2019enfants, cette orientation a contribu\u00e9 \u00e0 r\u00e9duire les r\u00e9flexions sp\u00e9cifiques sur les violences sexistes et sexuelles, ainsi que sur les modalit\u00e9s de leur prise en charge[10]. Pour rappel, le S\u00e9n\u00e9gal a criminalis\u00e9 les MGF depuis 1999, alors que la loi contre le viol et la p\u00e9dophilie n\u2019a \u00e9t\u00e9 promulgu\u00e9e que vingt ans plus tard, apr\u00e8s d\u2019importantes mobilisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile f\u00e9ministe et f\u00e9minine[11]. Il importe d\u00e8s lors de constater qu\u2019en d\u00e9pit des incidences dramatiques des violences sexuelles sur la vie des adolescentes survivantes, les r\u00e9ponses socio-institutionnelles et politiques destin\u00e9es \u00e0 y faire face sont encore tr\u00e8s timides et sont souvent port\u00e9es par les organisations communautaires de base (OCB), comme dans le cas de la plupart des initiatives pour la mise \u00e0 l\u2019abri des survivantes[12]. Or, en mati\u00e8re de r\u00e9ponse aux violences sexuelles, ainsi qu\u2019\u00e0 leurs cons\u00e9quences, la mise \u00e0 l\u2019abri est une \u00e9tape cruciale. Elle est \u00e0 la fois pratique et conceptuelle. Elle est pratique en ce que, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, elle se constitue de mesures pragmatiques visant \u00e0 soustraire les survivantes des contextes de leurs agressions afin d\u2019assurer leur protection et leur accompagnement. 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