{"id":25184,"date":"2025-09-20T03:27:52","date_gmt":"2025-09-20T03:27:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/deciphering-somalilands-democratic-rarity-in-the-horn-of-africa\/"},"modified":"2026-04-25T23:44:51","modified_gmt":"2026-04-25T23:44:51","slug":"deciphering-somalilands-democratic-rarity-in-the-horn-of-africa","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-11\/deciphering-somalilands-democratic-rarity-in-the-horn-of-africa\/","title":{"rendered":"D\u00e9crypter la singularit\u00e9 d\u00e9mocratique du Somaliland dans la Corne de l\u2019Afrique"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans une r\u00e9gion largement marqu\u00e9e par les conflits et une pratique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de l\u2019autoritarisme, le Somaliland repr\u00e9sente une exception notable. Bien qu\u2019il ne soit pas officiellement reconnu par la communaut\u00e9 internationale, il s\u2019est impos\u00e9 comme une entit\u00e9 politique pacifique, stable et d\u00e9mocratique. Des observateurs chevronn\u00e9s, fascin\u00e9s par son histoire \u00e0 succ\u00e8s, ont d\u00e9crit cette petite entit\u00e9 politique en termes \u00e9logieux, la qualifiant notamment de \u00ab\u2009rare r\u00e9ussite\u2009\u00bb (Bryden, 2005), de \u00ab\u2009pays qui a r\u00e9ussi\u2009\u00bb (Shinn, 2002), de \u00ab\u2009merveille africaine m\u00e9connue\u2009\u00bb (Aboa-Bradwell, 2011), de \u00ab\u2009secret le mieux gard\u00e9 d\u2019Afrique\u2009\u00bb (Jhazbhay, 2003), de \u00ab\u2009chef-d\u2019\u0153uvre des \u00e9lections africaines\u2009\u00bb (Medhane, 2010), etc. Cependant, ces caract\u00e9risations ne doivent pas conduire \u00e0 des attentes trop optimistes concernant le Somaliland car elles occultent non seulement les d\u00e9fis et les limites importants inh\u00e9rents aux processus d\u00e9mocratiques du pays, mais contribuent \u00e9galement \u00e0 une perception exag\u00e9r\u00e9e des progr\u00e8s politiques du pays.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Somaliland reste un \u00c9tat fragile et sous-financ\u00e9, dot\u00e9 d\u2019infrastructures rudimentaires et de ressources limit\u00e9es. Bien qu\u2019il jouisse d\u2019une paix et d\u2019une stabilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es, celles-ci restent insuffisamment d\u00e9velopp\u00e9es. La transition d\u00e9mocratique, bien que prometteuse, demeure partielle et chaotique (Walls, 2014). Le gouvernement est faible et limit\u00e9 tant dans ses pouvoirs despotiques que dans ses infrastructures. L\u2019\u00e9conomie repose essentiellement sur le secteur priv\u00e9, qui exerce une influence consid\u00e9rable sur le gouvernement. Sa qu\u00eate de reconnaissance politique reste difficile \u00e0 atteindre, ce qui entrave la croissance \u00e9conomique et la prosp\u00e9rit\u00e9 en limitant l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019aide au d\u00e9veloppement et aux pr\u00eats internationaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 ces d\u00e9fis, le Somaliland a accompli des progr\u00e8s notables. Contrairement \u00e0 son voisin m\u00e9ridional et \u00e0 de nombreux autres pays de la r\u00e9gion, il a r\u00e9alis\u00e9 des avanc\u00e9es substantielles en mati\u00e8re de consolidation de la paix, de renforcement de l\u2019\u00c9tat et de d\u00e9mocratisation. Il s\u2019est remis avec succ\u00e8s des crises s\u00e9curitaires du d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;1990, mettant en place un gouvernement fonctionnel et un environnement pacifique propice \u00e0 la relance \u00e9conomique. Au cours des quinze derni\u00e8res ann\u00e9es, le Somaliland a montr\u00e9 son engagement en faveur de la d\u00e9mocratisation en organisant une s\u00e9rie d\u2019\u00e9lections r\u00e9ussies et en formant un gouvernement d\u00e9mocratique, un exploit que peu d\u2019autres pays d\u2019Afrique et du Moyen-Orient ont r\u00e9ussi \u00e0 accomplir (Hansen &amp; Bradbury, 2007, p.&nbsp;461).<\/p>\n\n\n\n<p>Si les progr\u00e8s en mati\u00e8re de construction de l\u2019\u00c9tat et de consolidation de la paix sont significatifs, cette \u00e9tude se concentre sur ses avanc\u00e9es en mati\u00e8re de d\u00e9mocratie. Elle examine comment le Somaliland est devenu une entit\u00e9 politique d\u00e9mocratique et explore les enseignements potentiels pour d\u2019autres pays de la r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tude est structur\u00e9e en cinq sections. La premi\u00e8re section pr\u00e9sente une analyse conceptuelle et th\u00e9orique des r\u00e9gimes d\u00e9mocratiques, jetant les bases pour consid\u00e9rer le Somaliland comme une d\u00e9mocratie \u00e9lectorale. La deuxi\u00e8me section offre un aper\u00e7u du contexte politique et de la situation du Somaliland. La troisi\u00e8me section examine la d\u00e9mocratisation dans la Corne de l\u2019Afrique et explique en quoi le Somaliland se distingue. La quatri\u00e8me section analyse les facteurs qui favorisent la consolidation de la d\u00e9mocratie au Somaliland. Enfin, la derni\u00e8re section examine les enseignements qui peuvent \u00eatre tir\u00e9s et questionne la transf\u00e9rabilit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience du Somaliland \u00e0 d\u2019autres contextes r\u00e9gionaux.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Cadre th\u00e9orique<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Les crit\u00e8res utilis\u00e9s pour distinguer les d\u00e9mocraties des autocraties oscillent entre des approches minimalistes, maximalistes et hybrides. L\u2019approche minimaliste, influenc\u00e9e par la th\u00e9orie d\u00e9mocratique du c\u00e9l\u00e8bre \u00e9conomiste autrichien Joseph Schumpeter (1883-1950), con\u00e7oit les r\u00e9gimes d\u00e9mocratiques comme des d\u00e9mocraties \u00e9lectorales. Schumpeter d\u00e9finissait la d\u00e9mocratie comme \u00ab\u2009le syst\u00e8me institutionnel permettant de prendre des d\u00e9cisions politiques dans lequel les individus acqui\u00e8rent le pouvoir de d\u00e9cider au moyen d\u2019une lutte concurrentielle pour obtenir les suffrages du peuple\u2009\u00bb (Schumpeter, 2003, p.&nbsp;269). Dans cette perspective, les d\u00e9mocraties sont des r\u00e9gimes dans lesquels les postes cl\u00e9s du gouvernement sont pourvus par le biais d\u2019\u00e9lections multipartites, concurrentielles, libres et \u00e9quitables. Dans les d\u00e9mocraties \u00e9lectorales, les \u00e9lections sont v\u00e9ritablement disput\u00e9es et les titulaires c\u00e8dent pacifiquement le pouvoir lorsqu\u2019ils sont battus (Bidner et al., 2014, p.&nbsp;2). Selon Diamond (1996, p.&nbsp;21&nbsp;; 2002, pp.&nbsp;21-22), les d\u00e9mocraties \u00e9lectorales contemporaines garantissent \u00e9galement un minimum de libert\u00e9s civiles et politiques, notamment la libert\u00e9 d\u2019organisation, d\u2019expression et de r\u00e9union, qui sont n\u00e9cessaires \u00e0 la tenue d\u2019\u00e9lections significatives, au d\u00e9bat politique et \u00e0 la campagne \u00e9lectorale. Cependant, ces libert\u00e9s ne sont que partielles. Les d\u00e9mocraties \u00e9lectorales pr\u00eatent g\u00e9n\u00e9ralement peu d\u2019attention aux droits fondamentaux des individus et des minorit\u00e9s (Diamond, 1996, p.&nbsp;21\u2009; Morlino, 2008, p.&nbsp;9\u2009; Mukand &amp; Rodrik, 2015, p.&nbsp;1).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019approche maximaliste, en revanche, repose sur une conception beaucoup plus large et \u00e9tendue de la d\u00e9mocratie. Elle critique l\u2019approche minimaliste, jug\u00e9e trop restrictive car centr\u00e9e sur les \u00e9lections (Merkel, 2004). La d\u00e9mocratie est plut\u00f4t largement comprise comme comprenant des \u00e9lections comp\u00e9titives et d\u2019autres institutions essentielles \u00e0 la sauvegarde des droits civils et politiques des citoyens et des groupes minoritaires. Selon cette approche, les d\u00e9mocraties se distinguent par les \u00e9lections multipartites comp\u00e9titives qu\u2019elles organisent et par la garantie qu\u2019elles offrent des droits civils et politiques plus substantiels dans le cadre d\u2019un \u00e9tat de droit fort (Diamond, 2002, p.&nbsp;25). Ces formes de r\u00e9gimes d\u00e9mocratiques sont g\u00e9n\u00e9ralement qualifi\u00e9es de d\u00e9mocraties lib\u00e9rales (Mukand &amp; Rodrik, 2015, p.&nbsp;1) et correspondent \u00e0 plusieurs pays occidentaux class\u00e9s comme libres par Freedom House.<\/p>\n\n\n\n<p>Une troisi\u00e8me approche, largement connue sous le nom d\u2019approche hybride, s\u2019est r\u00e9cemment impos\u00e9e comme une perspective tr\u00e8s utile pour comprendre les r\u00e9gimes politiquement ambigus qui ne sont ni d\u00e9mocratiques (lib\u00e9raux ou \u00e9lectoraux) ni totalement autocratiques. La litt\u00e9rature sur les r\u00e9gimes hybrides propose toute une s\u00e9rie de conceptions de ces r\u00e9gimes, et les sous-types identifi\u00e9s sont nombreux (voir Collier &amp; Levitsky, 1997\u2009; Levitsky &amp; Way, 2002, p.&nbsp;51). Cependant, ces r\u00e9gimes sont largement identifi\u00e9s en fonction de leurs caract\u00e9ristiques mixtes, combinant certaines r\u00e8gles, proc\u00e9dures et institutions d\u00e9mocratiques \u00e0 des degr\u00e9s variables de gouvernance autoritaire (Levitsky &amp; Way, 2002, p.&nbsp;51). Les r\u00e9gimes hybrides ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s comme des formes de d\u00e9mocraties transitionnelles, mais ils sont \u00e9galement de plus en plus consid\u00e9r\u00e9s comme des variantes de l\u2019autoritarisme (Levitsky &amp; Way, 2010, p.&nbsp;4).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la plupart des r\u00e9gimes hybrides, les \u00e9lections multipartites sont courantes. Cependant, ces \u00e9lections sont organis\u00e9es dans le but principal de l\u00e9gitimer le pouvoir en place et de masquer la r\u00e9alit\u00e9 de la domination autoritaire (Ekman, 2009, p.&nbsp;9\u2009; Diamond, 2002, p.&nbsp;24). Les partis d\u2019opposition et leurs partisans sont soumis \u00e0 de fortes pressions, et lorsque les r\u00e9sultats des \u00e9lections menacent le pouvoir en place, alors le processus est manipul\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Si ces travaux ont permis de mieux distinguer les d\u00e9mocraties des r\u00e9gimes non d\u00e9mocratiques, ils ont \u00e9t\u00e9 largement critiqu\u00e9s en raison de leur orientation principalement occidentalo-centr\u00e9e. En r\u00e9ponse, un nombre croissant de travaux universitaires men\u00e9s \u00e0 travers le continent africain plaident en faveur de l\u2019int\u00e9gration des normes et pratiques africaines indig\u00e8nes et traditionnelles comme \u00e9l\u00e9ments fondamentaux de la gouvernance. L\u2019une de ces perspectives souligne la valeur des syst\u00e8mes d\u00e9cisionnels traditionnels africains, en particulier ceux fond\u00e9s sur le consensus, comme alternative viable aux mod\u00e8les d\u00e9mocratiques lib\u00e9raux dominants en Occident.<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les penseurs de la question, il y a notamment le philosophe Kwasi Wiredu (1995) qui remet en question la l\u00e9gitimit\u00e9 des partis politiques formels et du syst\u00e8me multipartite, arguant qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019impositions occidentales inadapt\u00e9es au contexte sociopolitique africain. Il propose un \u00ab\u2009syst\u00e8me consensuel sans partis\u2009\u00bb comme mod\u00e8le de gouvernance plus conforme \u00e0 la culture locale. Contrairement aux principes majoritaires de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale, Wiredu affirme que le consensus est la marque distinctive de la vie politique africaine traditionnelle. Il d\u00e9clare&nbsp;: \u00ab\u2009La prise de d\u00e9cision dans la vie et la gouvernance traditionnelles africaines repose g\u00e9n\u00e9ralement sur le consensus.\u2009\u00bb S\u2019appuyant sur les pratiques de diverses communaut\u00e9s africaines, notamment les Ashanti du Ghana, Wiredu reconna\u00eet les limites des syst\u00e8mes traditionnels pour faire face \u00e0 la complexit\u00e9 de la gouvernance moderne. N\u00e9anmoins, il soutient qu\u2019un syst\u00e8me consensuel non partisan m\u00e9rite d\u2019\u00eatre \u00ab\u2009pris au s\u00e9rieux\u2009\u00bb en Afrique (Wiredu, 1995).<\/p>\n\n\n\n<p>La proposition de Wiredu a suscit\u00e9 un d\u00e9bat important sur le r\u00f4le des syst\u00e8mes et des acteurs traditionnels africains dans les processus d\u00e9mocratiques contemporains. De nombreux chercheurs ont salu\u00e9 ses efforts pour ancrer la gouvernance dans les structures indig\u00e8nes, consid\u00e9rant son travail comme une contribution significative \u00e0 la recherche de mod\u00e8les d\u00e9mocratiques durables, ancr\u00e9s localement et enracin\u00e9s dans la culture (Fayemi, 2010, p.&nbsp;218\u2009; Olanipekun, 2020, pp.&nbsp;6-8). Cependant, des critiques ont \u00e9mis des r\u00e9serves quant \u00e0 l\u2019ad\u00e9quation des structures traditionnelles pour relever les d\u00e9fis contemporains en mati\u00e8re de gouvernance. Certains ont remis en question les hypoth\u00e8ses fondamentales de la d\u00e9mocratie consensuelle, en particulier l\u2019existence pr\u00e9sum\u00e9e d\u2019un int\u00e9r\u00eat commun et les cadres normatifs qui facilitent le consensus (Fayemi, 2010, pp. 218-2019\u2009; Eze, 1997).<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019analyse de Wiredu se concentre sur les Ashanti, des caract\u00e9ristiques similaires peuvent \u00eatre observ\u00e9es dans le syst\u00e8me de gouvernance du Somaliland. Son syst\u00e8me d\u00e9mocratique est en effet profond\u00e9ment impr\u00e9gn\u00e9 de structures traditionnelles, en particulier le syst\u00e8me Xeer, qui joue un r\u00f4le central dans la r\u00e9solution des conflits. La chambre haute du parlement du Somaliland, le Guurti, est compos\u00e9e d\u2019anciens issus des clans, illustrant l\u2019int\u00e9gration de l\u2019autorit\u00e9 coutumi\u00e8re dans la gouvernance formelle. Par ailleurs, bien que le Somaliland fonctionne comme une d\u00e9mocratie \u00e9lectorale avec des partis politiques, la concurrence entre les partis est limit\u00e9e \u00e0 trois entit\u00e9s politiques afin de favoriser le consensus entre les clans. Ce dispositif hybride, combinant institutions traditionnelles et pratiques de gouvernance modernes a contribu\u00e9 \u00e0 maintenir la stabilit\u00e9 et \u00e0 renforcer l\u2019ancrage des pratiques d\u00e9mocratiques dans cette r\u00e9publique non reconnue.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette \u00e9tude, le Somaliland est consid\u00e9r\u00e9 comme un exemple de d\u00e9mocratie \u00e9lectorale \u00e9mergente. Ce petit \u00c9tat non reconnu est en effet le seul pays de la r\u00e9gion class\u00e9 comme partiellement libre dans le rapport&nbsp;2016 de Freedom House. Au cours des quinze derni\u00e8res ann\u00e9es, il a organis\u00e9 une s\u00e9rie d\u2019\u00e9lections, largement consid\u00e9r\u00e9es comme comp\u00e9titives, libres et \u00e9quitables (Abokor et al., 2006, p.&nbsp;8\u2009; Hansen &amp; Bradbury, 2007, p.&nbsp;465). Contrairement \u00e0 de nombreux autres pays de la r\u00e9gion, le processus \u00e9lectoral y a permis une alternance du pouvoir et une transition pacifique. N\u00e9anmoins, plusieurs lacunes persistent&nbsp;: la faible participation des femmes et des groupes marginalis\u00e9s, la persistance de pratiques autoritaires, une gouvernance patrimoniale et de fr\u00e9quentes violations constitutionnelles,&nbsp; autant de facteurs qui fragilisent l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de ses institutions d\u00e9mocratiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces lacunes font que le Somaliland ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une d\u00e9mocratie lib\u00e9rale. Cependant, il est \u00e9galement loin d\u2019\u00eatre un r\u00e9gime hybride, principalement parce que, contrairement \u00e0 de nombreux r\u00e9gimes de ce type, l\u2019\u00e9lite politique du Somaliland a fait preuve d\u2019un engagement remarquable en faveur de la gouvernance d\u00e9mocratique. En outre, les \u00e9lections au Somaliland se sont distingu\u00e9es par une concurrence intense et significative, une alternance du pouvoir et une transition post\u00e9lectorale sans heurts.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le Somaliland&nbsp;: \u00c9tat et politique<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9cit de l\u2019\u00e9mergence de l\u2019\u00c9tat moderne a \u00e9t\u00e9 articul\u00e9 \u00e0 travers divers prismes th\u00e9oriques et historiques. Ceux-ci vont des th\u00e9ories hypoth\u00e9tiques du contrat social \u00e0 des r\u00e9cits plus fond\u00e9s sur l\u2019histoire, tels que la conception de la guerre comme moyen de construction de l\u2019\u00c9tat. Charles Tilly, dans son c\u00e9l\u00e8bre dicton \u00ab\u2009la construction de l\u2019\u00c9tat comme moyen de faire la guerre\u2009\u00bb, propose une explication historiquement nuanc\u00e9e de la formation de l\u2019\u00c9tat, soulignant le r\u00f4le central de la guerre dans le d\u00e9veloppement des \u00c9tats modernes.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon Tilly, l\u2019exp\u00e9rience de la guerre a jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant dans la consolidation du pouvoir \u00e9tatique. Les soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes, confront\u00e9es \u00e0 des luttes incessantes pour leur survie dans un contexte darwinien o\u00f9 les plus faibles \u00e9taient in\u00e9vitablement marginalis\u00e9s, ont \u00e9t\u00e9 contraintes de d\u00e9velopper des structures \u00e9tatiques efficaces pour se d\u00e9fendre contre les menaces ext\u00e9rieures. Ces derni\u00e8res ont pouss\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019\u00c9tats tout aussi robustes par les soci\u00e9t\u00e9s rivales (Clapham, 2001, p.&nbsp;1). Dans ce processus, la conduite de la guerre a facilit\u00e9 la centralisation de l\u2019autorit\u00e9, r\u00e9duisant l\u2019autonomie des vassaux quasi ind\u00e9pendants et imposant la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me d\u2019encadrement efficace, gr\u00e2ce auquel les ressources sociales pouvaient \u00eatre mobilis\u00e9es et organis\u00e9es (Clapham, 2001, p.&nbsp;2).<\/p>\n\n\n\n<p>Cette n\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rative de mobiliser des ressources, principalement \u00e0 des fins militaires, a catalys\u00e9 l\u2019\u00e9mergence de bureaucraties nationales capables d\u2019extraire des ressources, en particulier de la main-d\u2019\u0153uvre par la conscription et des actifs financiers par la fiscalit\u00e9. Ces bureaucraties ont permis le d\u00e9ploiement d\u2019arm\u00e9es citoyennes, qui ont jou\u00e9 un r\u00f4le central dans la formation de l\u2019\u00c9tat-nation europ\u00e9en moderne entre 1792 et 1945. Ce processus a surtout contribu\u00e9 \u00e0 la formation de ce qu\u2019on appelle la \u00ab\u2009communaut\u00e9 imagin\u00e9e\u2009\u00bb, laquelle a conf\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019appareil coercitif de l\u2019\u00c9tat une l\u00e9gitimit\u00e9 morale, favorisant ainsi la participation volontaire et, dans de nombreux cas, le sacrifice de soi parmi les citoyens (Clapham, 2001, p.&nbsp;1). Cette communaut\u00e9 imagin\u00e9e a ensuite sous-tendu le d\u00e9veloppement de la participation publique, de la responsabilit\u00e9 gouvernementale et de la fourniture de services sociaux par l\u2019\u00c9tat (Clapham, 2001).<\/p>\n\n\n\n<p>Si cette trajectoire caract\u00e9rise l\u2019\u00e9mergence de l\u2019\u00c9tat moderne en Europe, la gen\u00e8se de la plupart des \u00c9tats africains \u2014 \u00e0 l\u2019exception de l\u2019\u00c9thiopie et du Lib\u00e9ria \u2014 peut \u00eatre attribu\u00e9e \u00e0 l\u2019imposition coloniale. Ces \u00c9tats n\u2019ont pas connu de processus de formation \u00e9tatique par la guerre\u2009; ils sont plut\u00f4t le produit de conqu\u00eates ext\u00e9rieures men\u00e9es par des puissances imp\u00e9riales dont les capacit\u00e9s militaires surpassaient largement celles des soci\u00e9t\u00e9s africaines indig\u00e8nes (Clapham, 2001). La Corne de l\u2019Afrique constitue toutefois une exception notable. Clapham soutient que cette r\u00e9gion pr\u00e9sente une relation plus intense et plus prolong\u00e9e entre la guerre et la formation de l\u2019\u00c9tat que toute autre partie du continent, offrant ainsi un contexte unique dans lequel cette relation peut \u00eatre examin\u00e9e plus efficacement (Clapham, 2001, p.&nbsp;2).<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, l\u2019impact des conflits arm\u00e9s dans la Corne de l\u2019Afrique est complexe et multiforme, et la corr\u00e9lation entre les conflits et la formation des \u00c9tats est loin d\u2019\u00eatre d\u00e9terministe (Clapham, 2001, p.&nbsp;9). Des \u00c9tats, tels que Djibouti, la Somalie, le Somaliland et le Soudan, \u00e0 l\u2019instar de leurs homologues ailleurs en Afrique, ont \u00e9t\u00e9 initialement fa\u00e7onn\u00e9s par l\u2019h\u00e9ritage colonial (Bereketeab, 2007, pp.&nbsp;39-40). Cependant, l\u2019exp\u00e9rience de la guerre fournit une explication rudimentaire sur l\u2019\u00e9mergence d\u2019\u00c9tats tels que l\u2019\u00c9thiopie et les entit\u00e9s s\u00e9cessionnistes de l\u2019apr\u00e8s-guerre froide que sont l\u2019\u00c9rythr\u00e9e, le Somaliland et le Soudan du Sud (Dias, 2013\u2009; Clapham, 2001).<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, les trajectoires divergentes des \u00c9tats de la Corne de l\u2019Afrique illustrent que la guerre a produit des r\u00e9sultats vari\u00e9s&nbsp;: la formation r\u00e9ussie d\u2019un \u00c9tat (par exemple, l\u2019\u00c9rythr\u00e9e, le Soudan du Sud, le Somaliland), la d\u00e9sint\u00e9gration d\u2019un \u00c9tat (la Somalie), ou encore l\u2019affaiblissement d\u2019un \u00c9tat (comme l\u2019\u00c9thiopie et l\u2019\u00c9rythr\u00e9e apr\u00e8s le conflit de 1998-2000) (Dias, 2013, p.&nbsp;5).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9mergence de nouveaux \u00c9tats dans la Corne de l\u2019Afrique pendant la p\u00e9riode post-guerre froide est \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 la r\u00e9currence des conflits violents dans la r\u00e9gion (Clapham, 2001 ; Jacquin-Berdal, 2002, cit\u00e9 dans Dias, 2013, p.&nbsp;5). Des guerres prolong\u00e9es, parfois sur plusieurs d\u00e9cennies, ont jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant dans la cr\u00e9ation de nouveaux \u00c9tats. L\u2019\u00c9rythr\u00e9e et le Soudan du Sud, par exemple, ont vu le jour \u00e0 la suite de deux des conflits les plus longs et les plus d\u00e9vastateurs d\u2019Afrique (Dias, 2013, p.&nbsp;5). De m\u00eame, la formation du Somaliland a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cipit\u00e9e par une guerre qui a conduit \u00e0 la d\u00e9sint\u00e9gration et \u00e0 l\u2019effondrement de la Somalie, entra\u00eenant l\u2019\u00e9mergence d\u2019entit\u00e9s autonomes autoproclam\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien qu\u2019elle ait bri\u00e8vement exist\u00e9 en tant qu\u2019\u00c9tat souverain en 1960, la R\u00e9publique du Somaliland a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e en mai 1991. L\u2019ind\u00e9pendance a \u00e9t\u00e9 proclam\u00e9e lors d\u2019une grande conf\u00e9rence nationale des peuples du Nord \u00e0 laquelle ont particip\u00e9 des repr\u00e9sentants des clans du Somaliland et du Mouvement national somalien (MNS), mouvement nordiste qui a pris le contr\u00f4le de la majeure partie du nord-ouest apr\u00e8s la chute du r\u00e9gime de Siad Barre. La conf\u00e9rence a abrog\u00e9 l\u2019acte d\u2019union qui unissait le Somaliland au territoire sous tutelle italienne dans le sud et a proclam\u00e9 la (re)naissance de la R\u00e9publique du Somaliland. Depuis lors, le Somaliland est devenu l\u2019un des \u00c9tats les plus pacifiques et les plus stables de la r\u00e9gion. Cependant, la reconnaissance politique de la r\u00e9publique reste difficile \u00e0 obtenir, plus d\u2019un quart de si\u00e8cle apr\u00e8s la d\u00e9claration d\u2019ind\u00e9pendance du pays en 1991.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019une superficie comparable \u00e0 celle de l\u2019Angleterre et du Pays de Galles, la R\u00e9publique du Somaliland est bord\u00e9e \u00e0 l\u2019ouest par Djibouti, au nord par le golfe d\u2019Aden, \u00e0 l\u2019est par l\u2019\u00c9thiopie et au sud par le Puntland. Le territoire est divis\u00e9 en six r\u00e9gions&nbsp;: Woqooy Galbeed, Awdal, Togdheer, Sahil, Sannag et Sool. Bien que le gouvernement du Somaliland revendique la souverainet\u00e9 sur l\u2019ensemble de ces r\u00e9gions, son autorit\u00e9 sur certaines parties du Sannag et du Sool reste tr\u00e8s contest\u00e9e par l\u2019\u00c9tat autonome du Puntland en Somalie. Ce conflit de juridiction emp\u00eache le Somaliland d\u2019\u00e9tendre les avanc\u00e9es r\u00e9alis\u00e9es en mati\u00e8re de paix et de d\u00e9mocratie \u00e0 l\u2019ensemble du territoire.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"937\" height=\"605\" src=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image-2.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-25187\" srcset=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image-2.jpeg 937w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image-2-300x194.jpeg 300w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/image-2-768x496.jpeg 768w\" sizes=\"(max-width: 937px) 100vw, 937px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Figure 1 : Carte du Somaliland<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Source : Otherworldmp.com (2021)<\/p>\n\n\n\n<p>La population du Somaliland est estim\u00e9e \u00e0 3,4&nbsp;millions d\u2019habitants (Somaliland Government, 2010, p.&nbsp;63). La grande majorit\u00e9 appartient \u00e0 cinq clans principaux&nbsp;: les Issaq, les Issa, les Gadabursi (Sommoron), les Dhulbahante et les Warsengli (Bradbury, 2008, p.&nbsp;52). Les Issaq constituent le groupe le plus nombreux et le plus influent sur les plans politique et \u00e9conomique. Cependant, les Issaq ne constituent pas une entit\u00e9 unifi\u00e9e. Ils se divisent en six sous-clans principaux&nbsp;: les Habar Yunis et les Idagalle (souvent regroup\u00e9s sous l\u2019appellation Garhajis), les Habar Ja&rsquo;lo, les Habar Awal (Issa Mussa et Sa&rsquo;ad Mussa), les Arabes et les Ayuub.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant plus d\u2019une d\u00e9cennie, le Somaliland a \u00e9t\u00e9 administr\u00e9 selon un syst\u00e8me politique hybride, connu localement sous le nom de \u00ab\u2009syst\u00e8me beel\u2009\u00bb, combinant des \u00e9l\u00e9ments du syst\u00e8me traditionnel, discursif, consensuel et clanique, avec des structures institutionnelles modernes telles que la pr\u00e9sidence ex\u00e9cutive, le cabinet et un parlement bicam\u00e9ral. Ce syst\u00e8me hybride de gouvernance est largement consid\u00e9r\u00e9 comme le facteur d\u00e9terminant de la paix et de la stabilit\u00e9 dont jouit aujourd\u2019hui le pays. En outre, les progr\u00e8s r\u00e9alis\u00e9s en mati\u00e8re de gouvernance et de consolidation de la paix ont servi de base au processus de transition d\u00e9mocratique engag\u00e9 au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000.<\/p>\n\n\n\n<p>La transition vers un r\u00e9gime d\u00e9mocratique a commenc\u00e9 par la mise en place des cadres juridiques et institutionnels n\u00e9cessaires. La Constitution, adopt\u00e9e en 2001 \u00e0 une majorit\u00e9 \u00e9crasante de 97&nbsp;% des \u00e9lecteurs, pr\u00e9voit un syst\u00e8me multipartite fond\u00e9 sur trois partis politiques officiels qui seraient d\u00e9termin\u00e9s en fonction des r\u00e9sultats des \u00e9lections locales. Les partis politiques claniques sont interdits. Ils doivent avoir une assise nationale.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Tableau 1&nbsp;: Partis politiques nationaux du Somaliland<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table class=\"has-fixed-layout\"><tbody><tr><td><strong>2003-2011<\/strong><\/td><td><strong>2012-2022<\/strong><\/td><\/tr><tr><td>Parti d\u00e9mocratique populaire uni (Udub)<\/td><td>Parti Kulimye (unit\u00e9)<\/td><\/tr><tr><td>Parti Kulimye (unit\u00e9)<\/td><td>Parti pour la justice et le d\u00e9veloppement<\/td><\/tr><tr><td>Parti pour la justice et le bien-\u00eatre (Ucid)<\/td><td>Parti Wadani (national)<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<p>Outre la Constitution, plusieurs autres instruments juridiques ont d\u00e9fini les dispositions l\u00e9gales n\u00e9cessaires \u00e0 la bonne tenue des \u00e9lections. Il s\u2019agit notamment de la loi sur les associations et les partis politiques, de la loi sur les \u00e9lections pr\u00e9sidentielle et municipales (2001), de la loi sur les \u00e9lections l\u00e9gislatives (2005) et de la loi sur l\u2019inscription des \u00e9lecteurs (2007) (Interpeace &amp; APD, 2015, p.&nbsp;40). Si ces lois \u00e9lectorales ont sans conteste contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9finir la trajectoire d\u00e9mocratique du Somaliland, elles ont n\u00e9anmoins \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9es pour \u00eatre \u00ab\u2009faibles, incompl\u00e8tes et incoh\u00e9rentes\u2009\u00bb (Interpeace &amp; APD, 2015, p.&nbsp;12).<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan institutionnel, la Commission \u00e9lectorale nationale (NEC) constitue l\u2019organe principal charg\u00e9 d\u2019organiser et de superviser les \u00e9lections. La NEC a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e en 2001. Cependant, elle a \u00e9t\u00e9 largement sous-financ\u00e9e et a manqu\u00e9 de personnel permanent qualifi\u00e9 et form\u00e9 (Interpeace et APD, 2015, p.&nbsp;36), ce qui a constitu\u00e9 un d\u00e9fi majeur pour la conduite des \u00e9lections au Somaliland (Abokor et al., 2006, p.&nbsp;14&nbsp;; Walls &amp; Kibble, 2011, p.&nbsp;36).<\/p>\n\n\n\n<p>Les Somalilandais ont, dans l\u2019ensemble, manifest\u00e9 un vif int\u00e9r\u00eat pour la vie politique et particip\u00e9 largement aux \u00e9lections nationales. Les femmes et les jeunes, notamment, se sont mobilis\u00e9s en nombre lors des diff\u00e9rentes \u00e9lections. N\u00e9anmoins, en raison de l\u2019absence de recensement et de registre \u00e9lectoral fiable, il a \u00e9t\u00e9 difficile d\u2019\u00e9valuer le taux de participation.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Tableau 2&nbsp;: Participation \u00e9lectorale au Somaliland<\/strong><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table class=\"has-fixed-layout\"><tbody><tr><td><strong>\u00c9lections<\/strong><\/td><td><strong>Suffrages exprim\u00e9s<\/strong><\/td><\/tr><tr><td>Le r\u00e9f\u00e9rendum constitutionnel (2001)<\/td><td>1,19&nbsp;million<\/td><\/tr><tr><td>Les premi\u00e8res \u00e9lections r\u00e9gionales (2002)<\/td><td>440&nbsp;067<\/td><\/tr><tr><td>La premi\u00e8re \u00e9lection pr\u00e9sidentielle (2003)<\/td><td>488&nbsp;039<\/td><\/tr><tr><td>Les premi\u00e8res \u00e9lections l\u00e9gislatives (2005)<\/td><td>670&nbsp;328<\/td><\/tr><tr><td>La deuxi\u00e8me \u00e9lection pr\u00e9sidentielle (2010)<\/td><td>538&nbsp;246<\/td><\/tr><tr><td>Les deuxi\u00e8mes \u00e9lections r\u00e9gionales (2012)<\/td><td>810&nbsp;858<\/td><\/tr><tr><td>L\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle (2017)<\/td><td>555&nbsp;142<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<p>Source&nbsp;: Abokor et al. (2006), Interpeace and APD (2015), et Walls et Kibble (2011), Pegg et Walls (2018).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le contexte de la Corne de l\u2019Afrique et la singularit\u00e9 du Somaliland<\/h2>\n\n\n\n<p>La Corne de l\u2019Afrique est consid\u00e9r\u00e9e comme le berceau de certains des r\u00e9gimes les plus r\u00e9pressifs et antid\u00e9mocratiques au monde (Irin, 2003).&nbsp; Trois des pays les plus autoritaires \u2014 l\u2019\u00c9rythr\u00e9e, la Somalie et le Soudan \u2014 s\u2019y trouvent. Bien qu\u2019ils soient consid\u00e9r\u00e9s comme les pires, les autres \u00c9tats de la r\u00e9gion n\u2019affichent gu\u00e8re de meilleurs r\u00e9sultats en mati\u00e8re de d\u00e9mocratie et de droits humains.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00c9rythr\u00e9e est officiellement un \u00c9tat \u00e0 parti unique. Aucune \u00e9lection nationale n\u2019a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9e depuis l\u2019ind\u00e9pendance. Le parti au pouvoir, le Front populaire pour la d\u00e9mocratie et la justice (PFDJ), r\u00e9incarnation de l\u2019ancien mouvement de gu\u00e9rilla, le Front populaire de lib\u00e9ration de l\u2019\u00c9rythr\u00e9e (EPLF), est d\u00e9sormais au pouvoir depuis plus d\u2019un quart de si\u00e8cle. Le r\u00e9gime dirig\u00e9 par le PFDJ a \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 de violations massives des droits de l\u2019homme, et derni\u00e8rement, l\u2019ONU a accus\u00e9 les responsables \u00e9rythr\u00e9ens de crimes contre l\u2019humanit\u00e9 et a recommand\u00e9 \u00e0 la communaut\u00e9 internationale de recourir \u00e0 la Cour p\u00e9nale internationale (CPI) ainsi qu\u2019\u00e0 d\u2019autres m\u00e9canismes disponibles pour faire de la reddition des comptes une r\u00e9alit\u00e9 en \u00c9rythr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>La Somalie continue d\u2019illustrer les caract\u00e9ristiques d\u2019un \u00c9tat d\u00e9faillant, en proie \u00e0 une instabilit\u00e9 politique persistante, \u00e0 des conflits civils et \u00e0 une ins\u00e9curit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Dans leur analyse de la transition d\u00e9mocratique en Somalie, Biyo et al. (2023) reconnaissent certains progr\u00e8s, mais soulignent des lacunes importantes. Parmi celles-ci figurent l\u2019achat de votes, la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9lectorat face \u00e0 la manipulation par des d\u00e9magogues ou des populistes, et le risque d\u2019une \u00ab\u2009tyrannie de la majorit\u00e9\u2009\u00bb, o\u00f9 les int\u00e9r\u00eats des minorit\u00e9s sont syst\u00e9matiquement marginalis\u00e9s ou ignor\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis les ann\u00e9es&nbsp;1990, le Soudan et l\u2019\u00c9thiopie sont domin\u00e9s par des r\u00e9gimes autoritaires qui se maintiennent au pouvoir depuis longtemps. Bien que des \u00e9lections aient r\u00e9guli\u00e8rement lieu, les candidats sortants remportent syst\u00e9matiquement des victoires \u00e9crasantes. Les partis d\u2019opposition et les m\u00e9dias ind\u00e9pendants sont victimes d\u2019une r\u00e9pression syst\u00e9matique. L\u2019\u00c9thiopie, en particulier, est consid\u00e9r\u00e9e comme un r\u00e9gime \u00e9lectoral autoritaire (Aalen &amp; Tronvoll, 2008). Les \u00e9lections ont \u00e9t\u00e9 largement orchestr\u00e9es pour assurer la domination du parti au pouvoir (Aalen &amp; Tronvoll, 2008). La seule \u00e9lection v\u00e9ritablement disput\u00e9e en \u00c9thiopie apr\u00e8s 1991 a eu lieu en 2005 et a d\u00e9bouch\u00e9 sur des violences post\u00e9lectorales qui ont co\u00fbt\u00e9 la vie \u00e0 plus de 200&nbsp;personnes. Le Soudan, quant \u00e0 lui, est connu pour son terrorisme d\u2019\u00c9tat, ses conflits prolong\u00e9s et ses violations flagrantes des droits humains. Bien que des \u00e9lections aient eu lieu, elles ont \u00e9t\u00e9 largement symboliques et d\u00e9pourvues de v\u00e9ritable substance d\u00e9mocratique.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2018 et 2019, une vague de manifestations antigouvernementales et de mouvements men\u00e9s par la soci\u00e9t\u00e9 civile en \u00c9thiopie et au Soudan a entra\u00een\u00e9 la chute de r\u00e9gimes bien \u00e9tablis ouvrant une p\u00e9riode de r\u00e9formes politiques et de lib\u00e9ralisation. Cependant, l\u2019optimisme initial s\u2019est rapidement estomp\u00e9. Les transitions d\u00e9mocratiques attendues dans les deux pays ont pris une autre tournure, laissant place \u00e0 des crises politiques et \u00e0 une reprise des conflits civils. Les observateurs ont qualifi\u00e9 ce revirement de tragique. Dans une \u00e9tude comparative, Michael Woldemariam a d\u00e9clar\u00e9&nbsp;: \u00ab\u2009L\u2019effondrement des transitions politiques de 2018-2019 en \u00c9thiopie et au Soudan a \u00e9t\u00e9 l\u2019une des grandes trag\u00e9dies africaines de la derni\u00e8re d\u00e9cennie.\u2009\u00bb Ce que l\u2019on esp\u00e9rait largement \u00eatre des transitions r\u00e9ussies a finalement d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 en violence et en instabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Djibouti, petit \u00c9tat c\u00f4tier de la mer Rouge, est rest\u00e9 relativement stable en comparaison de ses voisins (Bereketeab, 2013, p.&nbsp;14). N\u00e9anmoins, son paysage politique est fortement domin\u00e9 par le clan Issa, rel\u00e9guant le groupe ethnique Afar dans une situation de marginalisation persistante (Bereketeab, 2013, p.&nbsp;14). Le parti au pouvoir, le Rassemblement populaire pour le progr\u00e8s (RPP), et son leader, Isma\u00efl Omar Guelleh, qui a succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 son cousin Hassan Gouled en 1999, sont au pouvoir depuis des d\u00e9cennies. Lors des \u00e9lections nationales qui se sont tenues en avril 2016, Guelleh et le RPP ont obtenu 87&nbsp;% des voix.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Soudan du Sud, qui a acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance en 2011 apr\u00e8s l\u2019une des plus longues guerres civiles d\u2019Afrique, a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 accueilli avec un optimisme g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. Cependant, le pays a rapidement sombr\u00e9 dans un nouveau conflit civil. Les causes de la crise sont multiples, mais l\u2019un des principaux d\u00e9clencheurs fut la rivalit\u00e9 politique entre le pr\u00e9sident Salva Kiir et le vice-pr\u00e9sident Riek Machar \u00e0 l\u2019approche de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2015. Les deux dirigeants, repr\u00e9sentant le Mouvement populaire de lib\u00e9ration du Soudan (SPLM), se sont pr\u00e9sent\u00e9s comme candidats, ce qui a conduit \u00e0 une lutte acharn\u00e9e pour le pouvoir qui a raviv\u00e9 la guerre civile. Bien que la guerre ait officiellement pris fin avec l\u2019accord de partage du pouvoir n\u00e9goci\u00e9 par l\u2019Autorit\u00e9 intergouvernementale pour le d\u00e9veloppement (IGAD) en 2013, beaucoup continuent de craindre que les rivalit\u00e9s de longue date ne resurgissent et ne replongent le pays dans un conflit civil.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, bien que les \u00e9lections ne soient pas rares dans la Corne de l\u2019Afrique, elles manquent souvent de cr\u00e9dibilit\u00e9, de transparence et d\u2019inclusivit\u00e9. Les partis politiques dominants, tels que le Front populaire pour la d\u00e9mocratie et la justice (PFDJ) en \u00c9rythr\u00e9e et le Rassemblement populaire pour le progr\u00e8s (RPP) \u00e0 Djibouti, sont au pouvoir depuis des d\u00e9cennies, \u00e9touffant ainsi toute concurrence politique et emp\u00eachant l\u2019instauration d\u2019une v\u00e9ritable d\u00e9mocratie multipartite. Les violentes r\u00e9percussions des \u00e9lections \u00e9thiopiennes de 2005 et des \u00e9lections kenyanes de 2007 soulignent encore davantage les d\u00e9fis que repr\u00e9sente la transition pacifique du pouvoir dans la r\u00e9gion, en particulier lorsque les partis d\u2019opposition sont en passe de remporter les \u00e9lections.<\/p>\n\n\n\n<p>En revanche, le Somaliland constitue une exception notable au d\u00e9ficit d\u00e9mocratique de la r\u00e9gion. Cette r\u00e9publique autoproclam\u00e9e a organis\u00e9 une s\u00e9rie d\u2019\u00e9lections largement consid\u00e9r\u00e9es comme comp\u00e9titives et cr\u00e9dibles. De plus, elle a fait preuve d\u2019un engagement rare en faveur de transferts de pouvoir pacifiques et ordonn\u00e9s, ce qui la distingue de la plupart des \u00c9tats voisins. L\u2019exemple le plus r\u00e9cent remonte \u00e0 2024, lorsque le pr\u00e9sident sortant, Muse Bihi Abdi, du parti Kulmiye, a \u00e9t\u00e9 battu par le candidat de l\u2019opposition Abdirahman Mohamed Abdullahi, du parti Waddani, ouvrant la voie \u00e0 une alternance pacifique et ordonn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>\u00c9lections successives et r\u00e9ussies<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>Le processus officiel de transition d\u00e9mocratique au Somaliland a d\u00e9but\u00e9 en 2001 avec un vote populaire sur la premi\u00e8re constitution ind\u00e9pendante du pays. Ce vote a \u00e9t\u00e9 suivi de cinq \u00e9lections successives couronn\u00e9es de succ\u00e8s. Les premi\u00e8res \u00e9lections organis\u00e9es, dans une r\u00e9gion qui avait connu une p\u00e9nurie de d\u00e9mocratie pendant plus de trois d\u00e9cennies, furent les \u00e9lections municipales et de district, tenues en 2002.<\/p>\n\n\n\n<p>Contrairement aux \u00e9lections similaires organis\u00e9es dans d\u2019autres pays, les \u00e9lections de district au Somaliland ont un double objectif&nbsp;: constituer des structures administratives locales et municipales et d\u00e9terminer les trois partis politiques nationaux du pays. La loi \u00e9lectorale du Somaliland permet aux trois premiers partis politiques ayant remport\u00e9 le plus grand nombre de voix lors des \u00e9lections de district de devenir \u00e9ligibles aux \u00e9lections pr\u00e9sidentielle et parlementaires. Malgr\u00e9 d\u2019\u00e9normes d\u00e9fis financiers, techniques et logistiques, les \u00e9lections de district de 2002 se sont d\u00e9roul\u00e9es avec succ\u00e8s. Selon Renders (2012), elles se sont d\u00e9roul\u00e9es dans une ambiance relativement bonne et avec une organisation satisfaisante. Les observateurs ont tous \u00e9mis un avis positif sur le d\u00e9roulement de ces \u00e9lections.<\/p>\n\n\n\n<p>Quatre mois plus tard, des \u00e9lections ont \u00e9t\u00e9 organis\u00e9es pour d\u00e9signer le pr\u00e9sident et le vice-pr\u00e9sident (Abokor et al., 2006, p.&nbsp;7). L\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle s\u2019est av\u00e9r\u00e9e tr\u00e8s disput\u00e9e, l\u2019opposition \u00e9tant largement favorite. Cependant, le pr\u00e9sident sortant, Dahir Riyale Kahin, du parti Udub, a conserv\u00e9 son poste battant de justesse son rival, Ahmed Mohamed Mohamoud \u00ab\u2009Silanyo\u2009\u00bb, pr\u00e9sident et candidat du principal parti d\u2019opposition, Kulmiye, avec une marge de seulement 0,01&nbsp;% des suffrages exprim\u00e9s. Sans surprise, le r\u00e9sultat a \u00e9t\u00e9 bri\u00e8vement contest\u00e9 par le Kulmiye, mais il a finalement \u00e9t\u00e9 accept\u00e9 et le processus de transition s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 pacifiquement.<\/p>\n\n\n\n<p>En septembre 2005, les premi\u00e8res \u00e9lections l\u00e9gislatives ont eu lieu. Ces \u00e9lections concernaient la chambre basse, \u00e0 savoir la Chambre des repr\u00e9sentants. La chambre haute, commun\u00e9ment appel\u00e9e Guurti, reste un organe non \u00e9lu. Le vote s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 dans 982&nbsp;bureaux de vote pour 82&nbsp;si\u00e8ges (Abokor et al., 2006, p.&nbsp;5). Le parti au pouvoir Udub est sorti vainqueur avec 33&nbsp;si\u00e8ges (Abokor et al., 2006, p.&nbsp;19). N\u00e9anmoins, les deux partis de l\u2019opposition ayant remport\u00e9 49&nbsp;si\u00e8ges au total ont pris le contr\u00f4le du parlement, et le Somaliland est devenu le \u00ab\u2009seul pays\u2009\u00bb d\u2019Afrique o\u00f9 l\u2019opposition contr\u00f4lait le parlement (2005-2010) (Abokor et al., 2006, p.&nbsp;19).<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me \u00e9lection pr\u00e9sidentielle s\u2019est tenue en 2010, avec plus de deux ans de retard sur le calendrier pr\u00e9vu. Trois candidats issus des trois partis politiques nationaux se sont pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9lection. Au final, le principal candidat de l\u2019opposition, Ahmed Mohamed Mohamoud \u00ab\u2009Silanyo\u2009\u00bb, qui avait perdu de justesse l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2003, s\u2019est impos\u00e9 haut la main, et sa victoire a \u00e9t\u00e9 suivie d\u2019un processus de transition du pouvoir remarquable qui a surpris de nombreux observateurs dans la r\u00e9gion. Le pr\u00e9sident sortant, Dahir Riyale Kahin, a reconnu sa d\u00e9faite avec s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et a c\u00e9d\u00e9 le pouvoir dans le calme.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2012, le deuxi\u00e8me tour des \u00e9lections municipales et r\u00e9gionales a eu lieu. Cependant, ces \u00e9lections ont une nouvelle fois \u00e9t\u00e9 report\u00e9es de plus de deux ans, ce qui est devenu un ph\u00e9nom\u00e8ne r\u00e9current qui compromet l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du processus \u00e9lectoral au Somaliland. Les deux partis politiques existants, Kulmiye et Ucid, ainsi que cinq associations politiques nouvellement cr\u00e9\u00e9es, Wadani, Ummada, Rays, Xaqsoor et Dalsan, se sont disput\u00e9 les si\u00e8ges. Le parti au pouvoir, Kulmiye, est arriv\u00e9 en t\u00eate, suivi de Wadani et de l\u2019Ucid, et les trois formations ont form\u00e9 des partis politiques nationaux (Makokha &amp; Ali, 2013, p.&nbsp;6). Comme lors des \u00e9lections pr\u00e9c\u00e9dentes, les \u00e9lections r\u00e9gionales de 2012 ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 jug\u00e9es positives par les observateurs locaux et internationaux.<\/p>\n\n\n\n<p>La troisi\u00e8me \u00e9lection pr\u00e9sidentielle, organis\u00e9e en 2017, a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 salu\u00e9e comme \u00ab\u2009pacifique\u2009\u00bb, \u00ab\u2009festive\u2009\u00bb et \u00ab\u2009ordonn\u00e9e\u2009\u00bb (Pegg &amp; Walls, 2018). Une mission d\u2019observation de l\u2019\u00e9quipe europ\u00e9enne dirig\u00e9e par le Dr Walls a soulign\u00e9&nbsp;: \u00ab\u2009La mission a \u00e9t\u00e9 [\u2026] heureuse de pouvoir rendre compte d\u2019un processus \u00e9lectoral qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9ralement pacifique et efficace.\u2009\u00bb Elle a ensuite ajout\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Tout au long de la p\u00e9riode \u00e9lectorale, les Somalilandais ont manifest\u00e9 leur soutien \u00e0 l\u2019\u00c9tat de droit et au processus constitutionnel en votant pacifiquement et en grand nombre, et nous saluons cet engagement en faveur d\u2019une participation pacifique \u00e0 un syst\u00e8me \u00e9lectoral remarquablement ouvert. \u00c0 l\u2019issue de la mission, nous avons constat\u00e9 que les irr\u00e9gularit\u00e9s observ\u00e9es et d\u00e9nonc\u00e9es par les partisans de l\u2019opposition n\u2019\u00e9taient pas suffisamment importantes pour avoir influ\u00e9 sur le r\u00e9sultat.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, comme lors des processus pr\u00e9c\u00e9dents, le d\u00e9roulement de la troisi\u00e8me \u00e9lection pr\u00e9sidentielle a \u00e9t\u00e9 salu\u00e9 par les observateurs internationaux. Une partie des violences observ\u00e9es pendant la p\u00e9riode post\u00e9lectorale a \u00e9t\u00e9 trait\u00e9e en recourant aux traditions coutumi\u00e8res de r\u00e9solution des conflits et, finalement, l\u2019\u00e9lection a \u00e9t\u00e9 accept\u00e9e par toutes les parties, permettant au Somaliland de poursuivre son processus d\u00e9mocratique.<\/p>\n\n\n\n<p>La quatri\u00e8me \u00e9lection pr\u00e9sidentielle et l\u00e9gislative s\u2019est tenue le 13&nbsp;novembre 2024. Il s\u2019agissait de la quatri\u00e8me \u00e9lection pr\u00e9sidentielle en deux d\u00e9cennies depuis 2003. Selon la Fondation Brenthurst (2024), l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2024 a \u00e9t\u00e9 \u00ab\u2009sans doute l\u2019\u00e9lection la plus disput\u00e9e et la plus controvers\u00e9e de l\u2019histoire du Somaliland\u2009\u00bb, en partie parce qu\u2019elle s\u2019est tenue avec deux ans de retard et \u00e0 la suite de d\u00e9bats politiques. Trois candidats issus de trois partis politiques se sont pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9lection&nbsp;: le pr\u00e9sident sortant Muse Bihi Abdi du parti au pouvoir Kulmiye, Abdirahman Mohamed Abdullahi \u00ab\u2009Irro\u2009\u00bb du parti Waddani et Faysal Ali Warabe du parti Ucid (Fondation Brenthurst, 2024). L\u2019\u00e9lection s\u2019est sold\u00e9e par la victoire du candidat de l\u2019opposition, Abdirahman Mohamed Abdullahi \u00ab\u2009Irro\u2009\u00bb du parti Waddani. Le pr\u00e9sident sortant, Muse Bihi Abdi, du parti au pouvoir Kulmiye, a reconnu sa d\u00e9faite, garantissant ainsi une transition pacifique du pouvoir. L\u2019\u00e9lection a \u00e9t\u00e9 salu\u00e9e comme libre et \u00e9quitable. L\u2019\u00e9quipe d\u2019observation de la Fondation Brenthurst a d\u00e9clar\u00e9 que \u00ab\u2009malgr\u00e9 les contraintes financi\u00e8res et institutionnelles du Somaliland\u2009\u00bb, \u00ab\u2009l\u2019\u00e9lection a \u00e9t\u00e9 libre, \u00e9quitable et cr\u00e9dible\u2009\u00bb. Dans son rapport pr\u00e9liminaire, la mission internationale d\u2019observation \u00e9lectorale (IEOM) de l\u2019University College de Londres a d\u00e9clar\u00e9 que les \u00e9lections \u00ab\u2009se sont largement d\u00e9roul\u00e9es dans un environnement o\u00f9 les citoyens ont pu exercer leur droit de vote et ont manifest\u00e9 leur enthousiasme pour la d\u00e9mocratie\u2009\u00bb. Le rapport a \u00e9galement soulign\u00e9 que \u00ab\u2009la p\u00e9riode de campagne s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e dans un climat g\u00e9n\u00e9ralement pacifique, sans qu\u2019aucun candidat n\u2019ait \u00e9t\u00e9 emp\u00each\u00e9 de pr\u00e9senter librement ses opinions, ni aucun \u00e9lecteur d\u2019\u00eatre emp\u00each\u00e9 de participer \u00e0 des activit\u00e9s de campagne ou de s\u2019informer sur les opinions des candidats\u2009\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, sans reconnaissance ni soutien international significatif, le Somaliland a organis\u00e9 successivement des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles, parlementaires et r\u00e9gionales. Cependant, ce n\u2019est pas la simple r\u00e9gularit\u00e9 de ces \u00e9lections qui fait du Somaliland un symbole d\u2019espoir dans la Corne de l\u2019Afrique. En effet, de nombreux pays de la r\u00e9gion organisent r\u00e9guli\u00e8rement des \u00e9lections. Ce qui distingue le Somaliland comme une remarquable r\u00e9ussite, c\u2019est la mani\u00e8re dont ces \u00e9lections sont organis\u00e9es. Contrairement \u00e0 de nombreux autres pays de la r\u00e9gion, les \u00e9lections au Somaliland ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s disput\u00e9es. En outre, bien qu\u2019il y ait eu des rapports faisant \u00e9tat de votes multiples, de bourrage d\u2019urnes, d\u2019achat de voix et d\u2019autres formes d\u2019irr\u00e9gularit\u00e9s, les \u00e9lections successives au Somaliland ont \u00e9t\u00e9 largement consid\u00e9r\u00e9es comme libres et cr\u00e9dibles. Les observateurs ont unanimement estim\u00e9 qu\u2019aucun incident majeur n\u2019\u00e9tait venu compromettre la cr\u00e9dibilit\u00e9 globale des \u00e9lections dans le pays. Surtout, le processus \u00e9lectoral du Somaliland b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un large soutien de la part de la population. \u00c0 l\u2019exception de certaines parties des r\u00e9gions de Sool et de Saanag, \u00e0 l\u2019est, o\u00f9 l\u2019autorit\u00e9 du Somaliland est contest\u00e9e et o\u00f9 la tenue d\u2019\u00e9lections compl\u00e8tes s\u2019est av\u00e9r\u00e9e tr\u00e8s difficile, les \u00e9lections successives du Somaliland ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une cr\u00e9dibilit\u00e9 et d\u2019une l\u00e9gitimit\u00e9 largement reconnues par la population.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Alternance au pouvoir et transition politique en douceur<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>Les violences post\u00e9lectorales constituent un d\u00e9fi majeur pour les \u00e9lections en Afrique. De nombreuses \u00e9lections sur le continent ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9es pour ne pas avoir permis l\u2019alternance du pouvoir. En revanche, le Somaliland a fait preuve d\u2019une diff\u00e9rence notable. Malgr\u00e9 les tensions consid\u00e9rables qui ont souvent entour\u00e9 ses \u00e9lections (entra\u00eenant des reports r\u00e9p\u00e9t\u00e9s), les transitions politiques post\u00e9lectorales au Somaliland se sont g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9roul\u00e9es sans heurts. Cela a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement \u00e9vident lors des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles de 2003 et de 2010.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2003 au Somaliland a probablement \u00e9t\u00e9 l\u2019une des \u00e9lections les plus disput\u00e9es et les plus serr\u00e9es d\u2019Afrique. Selon les r\u00e9sultats de la Commission \u00e9lectorale nationale (NEC), le pr\u00e9sident sortant, Dahir Riyale Kahin, a battu son rival le plus proche, Ahmed Mohamed Mohamoud \u00ab\u2009Silanyo\u2009\u00bb, avec une marge de seulement 80&nbsp;voix. \u00c0 tous \u00e9gards, il s\u2019agissait d\u2019un r\u00e9sultat exceptionnellement serr\u00e9 qui pouvait ouvrir la voie \u00e0 de nombreuses contestations.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019annonce des r\u00e9sultats a imm\u00e9diatement d\u00e9clench\u00e9 des manifestations \u00e0 petite \u00e9chelle de la part des partisans du Kulmiye dans les villes de Burco et Gabiley (Bradbury, 2008, p.&nbsp;194\u2009; Renders, 2012, p.&nbsp;245). Le gouvernement, pour sa part, a rapidement d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence, interdisant tout rassemblement et manifestation de l\u2019opposition (Bradbury, 2008, p.&nbsp;194). Kulmiye a contest\u00e9 le r\u00e9sultat devant la Cour supr\u00eame, all\u00e9guant une erreur de calcul. La Cour supr\u00eame a toutefois confirm\u00e9 le r\u00e9sultat initial. Certains membres de Kulmiye ont fait pression sur \u00ab\u2009Silanyo\u2009\u00bb pour qu\u2019il forme un gouvernement alternatif (Bradbury, 2008, p.&nbsp;194). D\u2019autres, qui avaient investi leur fortune personnelle dans la campagne \u00e9lectorale du parti, n\u2019ont pas pu surmonter la d\u00e9faite de celui-ci (Bradbury, 2008, p.&nbsp;194). Avec la polarisation croissante des deux camps, beaucoup craignaient un retour \u00e0 la violence (Barnet &amp; Woldemariam, 2011). Cela ne s\u2019est toutefois pas produit. Les partis se sont r\u00e9concili\u00e9s avec l\u2019aide des anciens des clans, et le processus \u00e9lectoral s\u2019est conclu pacifiquement (Barnet &amp; Woldemariam, 2011).<\/p>\n\n\n\n<p>Une transition politique tout aussi remarquable s\u2019est produite lors de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2010, \u00e0 la suite de la victoire du candidat de l\u2019opposition, Ahmed Mohamed Mohamoud \u00ab\u2009Silanyo\u2009\u00bb. Contrairement \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2003, \u00ab\u2009Silanyo\u2009\u00bb \u00e9tait cette fois-ci clairement vainqueur, et peu apr\u00e8s l\u2019annonce des r\u00e9sultats par la NEC, le pr\u00e9sident sortant Dahir Riyale Kahin, \u00e0 la surprise g\u00e9n\u00e9rale, a reconnu sa d\u00e9faite et c\u00e9d\u00e9 le pouvoir. Une fois de plus, le processus de transition politique s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 sans aucun trouble.<\/p>\n\n\n\n<p>Outre le processus pacifique de transition post\u00e9lectoral, les \u00e9lections au Somaliland se distinguent \u00e9galement par leur r\u00f4le dans l\u2019alternance du pouvoir. Contrairement \u00e0 de nombreuses autres \u00e9lections dans la r\u00e9gion et \u00e0 travers l\u2019Afrique, les \u00e9lections au Somaliland ont permis \u00e0 la population de constater et de profiter des avantages li\u00e9s \u00e0 l\u2019alternance des partis politiques au pouvoir. Cela s\u2019est produit lors de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2010 et des \u00e9lections l\u00e9gislatives de 2005.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Comprendre la d\u00e9mocratie \u00e9mergente au Somaliland<\/h2>\n\n\n\n<p>Le Somaliland a accompli des progr\u00e8s remarquables au cours de ses \u00e9lections successives. Lorsqu\u2019on leur demande comment leur syst\u00e8me politique a permis de r\u00e9aliser de telles avanc\u00e9es d\u00e9mocratiques, les Somalilandais, issus de tous horizons, r\u00e9pondent en \u00e9voquant leur culture, leurs institutions indig\u00e8nes et le r\u00f4le des anciens des clans.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9tude sugg\u00e8re toutefois trois facteurs principaux pour expliquer les progr\u00e8s d\u00e9mocratiques remarquables du Somaliland. Le premier concerne l\u2019ing\u00e9niosit\u00e9 du peuple et des dirigeants du pays, qui ont su adapter la d\u00e9mocratie multipartite occidentale \u00e0 la d\u00e9mocratie consensuelle traditionnelle, discursive et clanique, que l\u2019anthropologue britannique Ioan Lewis a passionn\u00e9ment qualifi\u00e9e de \u00ab\u2009d\u00e9mocratie pastorale\u2009\u00bb\u2009; les deux autres explications sont li\u00e9es au contexte politique dans lequel le Somaliland \u00e9volue depuis 1991, notamment sa qu\u00eate incessante de reconnaissance internationale.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Adaptation locale et contextualisation<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9bat reste ouvert quant \u00e0 savoir si la d\u00e9mocratie, telle qu\u2019elle est comprise dans son acception occidentale, est universelle ou si elle prend des formes diff\u00e9rentes en fonction des valeurs et des normes culturelles relativement distinctes de chaque soci\u00e9t\u00e9. Dans son article tr\u00e8s lu, intitul\u00e9 \u00ab\u2009La d\u00e9mocratie comme valeur universelle\u2009\u00bb, le c\u00e9l\u00e8bre \u00e9conomiste \u00e9gyptien Amartya Sen (1999) con\u00e7oit la d\u00e9mocratie comme une valeur universelle. Selon lui, la d\u00e9mocratie, telle qu\u2019elle est comprise dans la conception lib\u00e9rale occidentale, est une valeur universelle qui peut s\u2019enraciner dans n\u2019importe quelle culture.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres, cependant, ont contest\u00e9 l\u2019affirmation de Sen. Claude Ake (1993), \u00e9minent politologue nig\u00e9rian, souligne la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un mod\u00e8le unique de d\u00e9mocratie africaine bien ancr\u00e9 dans les r\u00e9alit\u00e9s socioculturelles du continent. Selon lui, la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale de type occidental, qui accorde une importance pr\u00e9pond\u00e9rante aux int\u00e9r\u00eats et aux droits individuels, \u00ab\u2009n\u2019a gu\u00e8re de sens en Afrique\u2009\u00bb. Une d\u00e9mocratie fonctionnelle en Afrique doit \u00eatre concili\u00e9e avec le caract\u00e8re communautaire de la soci\u00e9t\u00e9 africaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux s\u00e9ries d\u2019arguments ont eu des implications complexes pour les processus de transition d\u00e9mocratique en Afrique. L\u2019argument de l\u2019universalit\u00e9 tend \u00e0 imposer un mod\u00e8le lib\u00e9ral occidental de d\u00e9mocratie comme un mod\u00e8le universel applicable \u00e0 tous, tandis que l\u2019argument de la sp\u00e9cificit\u00e9 culturelle d\u00e9tr\u00f4ne certaines de nos hypoth\u00e8ses fondamentales sur la d\u00e9mocratie au nom d\u2019une adaptation culturelle. Au Somaliland, cependant, les faits montrent que l\u2019application pratique de la forme occidentale de la d\u00e9mocratie multipartite dans le contexte plus large des r\u00e9alit\u00e9s socioculturelles somaliennes a \u00e9t\u00e9 un facteur majeur de succ\u00e8s (Kibble &amp; Walls, 2009). Bien qu\u2019il reste incertain que ce syst\u00e8me soit suffisamment solide pour r\u00e9pondre aux probl\u00e8mes et d\u00e9fis futurs, l\u2019int\u00e9gration du syst\u00e8me d\u00e9mocratique multipartite moderne dans le contexte g\u00e9n\u00e9ral des valeurs traditionnelles de la soci\u00e9t\u00e9 somalienne, malgr\u00e9 une tension inh\u00e9rente entre les deux, a \u00e9t\u00e9 une source de succ\u00e8s et de force pour la d\u00e9mocratie \u00e9mergente du Somaliland.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr, l\u2019introduction du multipartisme, apr\u00e8s une d\u00e9cennie de r\u00e8gne fond\u00e9 sur un partage du pouvoir entre clans, visait \u00e0 s\u2019\u00e9loigner de la politique clanique existante. Dans la pratique, cependant, celle-ci a continu\u00e9 d\u2019exercer une influence significative sur la d\u00e9mocratie multipartite nouvellement introduite dans le pays (Kibble &amp; Walls, 2009, p.&nbsp;3). Les partis politiques \u00e9taient et sont toujours identifi\u00e9s aux clans et aux coalitions d\u00e9pendant de leur soutien moral et financier. Les dirigeants des partis n\u2019exer\u00e7aient que peu de contr\u00f4le sur la nomination des candidats\u2009; ceux-ci \u00e9taient propos\u00e9s par les clans ou devaient \u00eatre approuv\u00e9s par ces derniers.<\/p>\n\n\n\n<p>Au milieu de tout cela, la d\u00e9mocratie multipartite fonctionnait plut\u00f4t bien. Chaque fois qu\u2019elle se heurtait aux pratiques politiques traditionnelles des clans et aux perceptions de l\u2019\u00e9quilibre des pouvoirs, elle \u00e9tait r\u00e9ajust\u00e9e. Les d\u00e9saccords sur l\u2019inscription des \u00e9lecteurs et l\u2019opposition populaire au syst\u00e8me de liste ferm\u00e9e, par exemple, \u00e9taient en partie dus au fait que ces deux \u00e9l\u00e9ments contredisaient les pratiques locales profond\u00e9ment enracin\u00e9es de la politique clanique. Bien que la plupart des experts \u00e9lectoraux s\u2019accordent sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un enregistrement des \u00e9lecteurs pr\u00e9cis, transparent et fiable pour des \u00e9lections repr\u00e9sentatives, cr\u00e9dibles et pacifiques (Interpeace &amp; APD, 2015, p.&nbsp;12), toutes les \u00e9lections du Somaliland, \u00e0 l\u2019exception d\u2019une seule (l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2010), ont \u00e9t\u00e9 organis\u00e9es sans registre \u00e9lectoral. Un enregistrement clair et pr\u00e9cis des \u00e9lecteurs \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme une menace potentielle pour les perceptions traditionnelles de l\u2019\u00e9quilibre des pouvoirs. Le syst\u00e8me de liste ferm\u00e9e, utilis\u00e9 lors des \u00e9lections de district de 2002, a d\u00fb \u00eatre abandonn\u00e9 au profit d\u2019une liste ouverte en 2012 en raison d\u2019un toll\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral contre ce syst\u00e8me. Le syst\u00e8me de liste ferm\u00e9e a \u00e9t\u00e9 vivement contest\u00e9, car en renfor\u00e7ant le pouvoir des partis politiques, il sapait le pouvoir traditionnel des clans.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, le nouveau syst\u00e8me multipartite introduit au Somaliland a bien fonctionn\u00e9 parce qu\u2019il s\u2019est adapt\u00e9 de mani\u00e8re pragmatique aux structures sociales, aux principes et aux normes sous-jacents de la soci\u00e9t\u00e9 somalilandaise. Cependant, ce n\u2019est pas seulement l\u2019adaptation au contexte qui a permis le bon fonctionnement de la d\u00e9mocratie. Les valeurs et les normes propres \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 du Somaliland ont \u00e9galement jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant dans le fonctionnement de la d\u00e9mocratie multipartite. Cela a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement le cas avec la culture de m\u00e9diation, de n\u00e9gociation et de r\u00e9solution pacifique des conflits du Somaliland.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Somaliland semble toujours au bord d\u2019un conflit violent \u00e0 l\u2019approche des \u00e9lections qui sont souvent accompagn\u00e9es de tensions accrues, de d\u00e9saccords et de retards fr\u00e9quents. Cependant, toutes ces tensions et ces d\u00e9saccords ont, \u00e0 de nombreuses reprises, \u00e9t\u00e9 r\u00e9solus gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019intervention des anciens et \u00e0 la tradition de n\u00e9gociation et de m\u00e9diation du pays. Cette culture a permis de sortir des impasses politiques, de pr\u00e9venir la violence \u00e9lectorale et de garantir le bon d\u00e9roulement du processus \u00e9lectoral.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Le contexte non \u00e9lectoral\u00a0: politique de reconnaissance\/non-reconnaissance<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>Dans son article sur l\u2019impact du contexte non \u00e9lectoral sur la transition d\u00e9mocratique, Kjetil Tronvoll, l\u2019un des doyens des \u00e9tudes \u00e9lectorales en \u00c9thiopie, soutient que, bien qu\u2019ils soient souvent \u00ab\u2009n\u00e9glig\u00e9s dans les \u00e9tudes sur la d\u00e9mocratisation\u2009\u00bb, le contexte non \u00e9lectoral et les \u00e9v\u00e9nements cl\u00e9s qui se d\u00e9roulent entre les \u00e9lections ont une incidence significative sur la nature des transitions d\u00e9mocratiques. Tronvoll examine le conflit \u00e9nigmatique entre l\u2019\u00c9thiopie et l\u2019\u00c9rythr\u00e9e (1998-2000) et la mani\u00e8re dont il a ouvert la voie \u00e0 l\u2019une des \u00e9lections les plus contest\u00e9es de l\u2019histoire politique de l\u2019\u00c9thiopie apr\u00e8s 1991. Selon lui, les divisions et les fractures internes qui ont \u00e9clat\u00e9 au sein du parti au pouvoir apr\u00e8s la fin de la guerre en 2001 ont conduit \u00e0 l\u2019affaiblissement du parti \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et \u00e0 la perte de sa l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. En revanche, la r\u00e9surgence du pan-\u00e9thiopianisme li\u00e9e au d\u00e9clenchement de la guerre a renforc\u00e9 la popularit\u00e9 des partis politiques d\u2019opposition d\u00e9fendant l\u2019\u00e9thiopianisme par rapport au parti au pouvoir qui pratiquait une d\u00e9mocratie fond\u00e9e sur l\u2019ethnicit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019analyse de Tronvoll met en lumi\u00e8re l\u2019effet des politiques et des \u00e9v\u00e9nements non \u00e9lectoraux sur la qualit\u00e9 et l\u2019int\u00e9grit\u00e9 des \u00e9lections. Selon lui, pour bien comprendre le r\u00f4le des \u00e9lections dans la transition d\u00e9mocratique, il faut des \u00ab\u2009descriptions denses\u2009\u00bb qui ne se limitent pas aux formalit\u00e9s \u00e9lectorales, mais qui prennent \u00e9galement en compte les contextes et les \u00e9v\u00e9nements non \u00e9lectoraux. Cela repr\u00e9sente toutefois une t\u00e2che ardue pour l\u2019analyste, et trouver un \u00e9quilibre entre les \u00e9tudes sur les formalit\u00e9s \u00e9lectorales et l\u2019analyse des facteurs contextuels reste un d\u00e9fi majeur pour la recherche sur la d\u00e9mocratisation (Tronvoll, 2009, p.&nbsp;450).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019analyse de Tronvoll s\u2019applique tout particuli\u00e8rement au Somaliland. Le contexte politique dans lequel le pays \u00e9volue depuis 1991, notamment sa qu\u00eate incessante de reconnaissance internationale, a fortement influenc\u00e9 le pays \u00e0 se d\u00e9mocratiser. La transition du syst\u00e8me traditionnel des <em>beels<\/em> vers une d\u00e9mocratie multipartite a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme une strat\u00e9gie pour obtenir cette reconnaissance. Beaucoup au Somaliland pensent que la transition d\u00e9mocratique du pays finira par convaincre la communaut\u00e9 internationale de reconna\u00eetre le Somaliland comme un \u00c9tat ind\u00e9pendant (Walls &amp; Healy, 2010, p.&nbsp;2). Cependant, ce n\u2019est pas seulement la recherche de la reconnaissance qui a ouvert la voie \u00e0 la d\u00e9mocratisation, mais aussi l\u2019absence de reconnaissance. Bien qu\u2019elle ait priv\u00e9 le pays des ressources financi\u00e8res et techniques indispensables (dont b\u00e9n\u00e9ficient souvent d\u2019autres soci\u00e9t\u00e9s sortant d\u2019un conflit), l\u2019absence de reconnaissance internationale a donn\u00e9 au Somaliland l\u2019occasion de mener un processus autonome de consolidation de la paix, de construction de l\u2019\u00c9tat et de d\u00e9mocratisation. Elle a donn\u00e9 aux Somalilandais la latitude pour exp\u00e9rimenter leur propre \u00c9tat hybride, \u00e0 leur mani\u00e8re et avec leurs propres ressources locales. De plus, en tant que programme national qui pr\u00e9occupe les Somalilandais depuis plus d\u2019un quart de si\u00e8cle, la qu\u00eate de la reconnaissance internationale a permis de maintenir l\u2019unit\u00e9 nationale, contribuant ainsi \u00e0 la paix du pays.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, la d\u00e9pendance du processus de d\u00e9mocratisation du Somaliland \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la recherche de reconnaissance ou de l\u2019absence de reconnaissance du pays soul\u00e8ve certaines inqui\u00e9tudes quant \u00e0 sa durabilit\u00e9. Premi\u00e8rement, le fait de consid\u00e9rer la d\u00e9mocratisation comme un moyen d\u2019obtenir la reconnaissance internationale implique que le processus d\u00e9mocratique du Somaliland est destin\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et non \u00e0 r\u00e9pondre aux besoins d\u00e9mocratiques des Somalilandais. Deuxi\u00e8mement, on craint que, si la reconnaissance finit par \u00eatre obtenue, cela entra\u00eene une d\u00e9-d\u00e9mocratisation, compromettant l\u2019unit\u00e9, la paix et la stabilit\u00e9 dont le pays a joui pendant des ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Un engagement fort en faveur de la d\u00e9mocratie<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>Au c\u0153ur de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 \u00e9lectorale se trouvent des \u00e9lections authentiques qui offrent aux \u00e9lecteurs la possibilit\u00e9 d\u2019une participation politique significative (ACE, 1998). Des \u00e9lections authentiques exigent un engagement de la part de l\u2019\u00e9lite politique et du public en faveur d\u2019\u00e9lections libres et \u00e9quitables. Malheureusement, cet engagement n\u2019existe pas dans de nombreux pays d\u2019Afrique. Gyimah-Boadi (2015, p.&nbsp;101), dans son analyse des principaux d\u00e9fis de la d\u00e9mocratisation en Afrique, note que le d\u00e9clin de l\u2019engagement d\u00e9mocratique parmi les \u00e9lites est un facteur majeur responsable du ralentissement des progr\u00e8s d\u00e9mocratiques sur le continent. Malgr\u00e9 le d\u00e9sir profond et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 d\u2019une gouvernance d\u00e9mocratique de la part du grand public, l\u2019engagement des \u00e9lites africaines est rest\u00e9 ambigu (Gyimah-Boadi, 2015, p.&nbsp;110).<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9lites du Somaliland semblent g\u00e9n\u00e9ralement s\u2019\u00e9carter de cette tradition. En effet, l\u2019un des principaux facteurs ayant permis l\u2019instauration d\u2019un gouvernement d\u00e9mocratique au Somaliland est l\u2019engagement du peuple et des \u00e9lites politiques en faveur d\u2019un Somaliland d\u00e9mocratique. Aussi bien le peuple que les \u00e9lites politiques ont \u00ab\u2009d\u00e9montr\u00e9\u2009\u00bb un engagement fort en faveur de la d\u00e9mocratie constitutionnelle (Abokor et al., 2005, p.&nbsp;8). Cela est illustr\u00e9 par le d\u00e9vouement du gouvernement du Somaliland \u00e0 financer les \u00e9lections, en particulier l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, que la communaut\u00e9 internationale h\u00e9sitait \u00e0 soutenir en raison des difficult\u00e9s du pays \u00e0 obtenir une reconnaissance internationale. De plus, la d\u00e9termination des \u00e9lites politiques, toutes tendances confondues, \u00e0 r\u00e9soudre pacifiquement les conflits issus d\u2019\u00e9lections tr\u00e8s disput\u00e9es t\u00e9moigne \u00e9galement de leur engagement en faveur de la gouvernance d\u00e9mocratique et de la transition pacifique du pouvoir politique.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans surprise, la qu\u00eate de reconnaissance du pays constitue un facteur d\u00e9terminant de l\u2019engagement d\u00e9mocratique des \u00e9lites et de la population. Le Somaliland esp\u00e8re gagner le c\u0153ur et l\u2019esprit de la communaut\u00e9 internationale en d\u00e9montrant ses qualit\u00e9s d\u00e9mocratiques. La d\u00e9mocratisation et l\u2019instauration d\u2019un r\u00e9gime constitutionnel sont cens\u00e9es faciliter les chances d\u2019obtenir une reconnaissance internationale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des le\u00e7ons pour les autres pays de la r\u00e9gion\u2009?<\/h2>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir organis\u00e9 cinq \u00e9lections multipartites successives et comp\u00e9titives, largement qualifi\u00e9es de libres et \u00e9quitables, le Somaliland s\u2019est impos\u00e9 comme une d\u00e9mocratie \u00e9lectorale remarquable dans la Corne de l\u2019Afrique au cours des quinze derni\u00e8res ann\u00e9es. Cette remarquable r\u00e9ussite a \u00e9t\u00e9 rendue possible gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019ing\u00e9niosit\u00e9 de la population somalienne, qui a su int\u00e9grer le mod\u00e8le occidental de d\u00e9mocratie multipartite aux r\u00e9alit\u00e9s sociostructurelles du pays et aux facteurs contextuels qui ont n\u00e9cessit\u00e9 sa transformation d\u00e9mocratique. Cette derni\u00e8re \u00e9tait per\u00e7ue comme un instrument pour am\u00e9liorer les chances du Somaliland d\u2019\u00eatre reconnu internationalement.<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9alisations d\u00e9mocratiques du Somaliland sont donc ancr\u00e9es dans les facteurs structurels et conjoncturels distincts du pays, laissant peu de chances de r\u00e9plication. N\u00e9anmoins, sa trajectoire offre d\u2019importants enseignements pour d\u2019autres pays de la r\u00e9gion et d\u2019Afrique. Ces progr\u00e8s d\u00e9mocratiques t\u00e9moignent avant tout du fait que des \u00e9lections d\u00e9mocratiques ont plus de chances d\u2019avoir lieu lorsque les \u00e9lites politiques sont engag\u00e9es en faveur de la d\u00e9mocratie. &nbsp;\u00c0 d\u00e9faut, les \u00e9lections resteraient de simples exercices de relations publiques. De plus, l\u2019exp\u00e9rience relativement r\u00e9ussie du Somaliland prouve que la d\u00e9mocratie multipartite de type occidental a peut-\u00eatre peu de chances de fonctionner correctement si elle n\u2019est pas adapt\u00e9e aux r\u00e9alit\u00e9s socioculturelles de l\u2019Afrique. Conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019argument des sp\u00e9cificit\u00e9s culturelles, la trajectoire d\u00e9mocratique du Somaliland nous enseigne que la d\u00e9mocratie multipartite en Afrique pourrait devoir s\u2019adapter aux r\u00e9alit\u00e9s socioculturelles sous-jacentes pour fonctionner efficacement.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":25180,"template":"","meta":[],"series-categories":[1144],"cat-articles":[1015],"keywords":[1277,1275,1276,1279,1278,1274,1271],"ppma_author":[1270],"class_list":["post-25184","series-issues","type-series-issues","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","series-categories-numero-11","cat-articles-analyses-critiques","keywords-corne-de-lafrique","keywords-democratic-elections","keywords-democratie-electorale","keywords-elections-democratiques","keywords-rarete","keywords-rarity","keywords-somaliland","author-kalewongel-minale"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>D\u00e9crypter la singularit\u00e9 d\u00e9mocratique du Somaliland dans la Corne de l\u2019Afrique | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-11\/deciphering-somalilands-democratic-rarity-in-the-horn-of-africa\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"D\u00e9crypter la singularit\u00e9 d\u00e9mocratique du Somaliland dans la Corne de l\u2019Afrique | Global Africa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Introduction Dans une r\u00e9gion largement marqu\u00e9e par les conflits et une pratique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de l\u2019autoritarisme, le Somaliland repr\u00e9sente une exception notable. Bien qu\u2019il ne soit pas officiellement reconnu par la communaut\u00e9 internationale, il s\u2019est impos\u00e9 comme une entit\u00e9 politique pacifique, stable et d\u00e9mocratique. Des observateurs chevronn\u00e9s, fascin\u00e9s par son histoire \u00e0 succ\u00e8s, ont d\u00e9crit cette petite entit\u00e9 politique en termes \u00e9logieux, la qualifiant notamment de \u00ab\u2009rare r\u00e9ussite\u2009\u00bb (Bryden, 2005), de \u00ab\u2009pays qui a r\u00e9ussi\u2009\u00bb (Shinn, 2002), de \u00ab\u2009merveille africaine m\u00e9connue\u2009\u00bb (Aboa-Bradwell, 2011), de \u00ab\u2009secret le mieux gard\u00e9 d\u2019Afrique\u2009\u00bb (Jhazbhay, 2003), de \u00ab\u2009chef-d\u2019\u0153uvre des \u00e9lections africaines\u2009\u00bb (Medhane, 2010), etc. Cependant, ces caract\u00e9risations ne doivent pas conduire \u00e0 des attentes trop optimistes concernant le Somaliland car elles occultent non seulement les d\u00e9fis et les limites importants inh\u00e9rents aux processus d\u00e9mocratiques du pays, mais contribuent \u00e9galement \u00e0 une perception exag\u00e9r\u00e9e des progr\u00e8s politiques du pays. 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Contrairement \u00e0 son voisin m\u00e9ridional et \u00e0 de nombreux autres pays de la r\u00e9gion, il a r\u00e9alis\u00e9 des avanc\u00e9es substantielles en mati\u00e8re de consolidation de la paix, de renforcement de l\u2019\u00c9tat et de d\u00e9mocratisation. Il s\u2019est remis avec succ\u00e8s des crises s\u00e9curitaires du d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;1990, mettant en place un gouvernement fonctionnel et un environnement pacifique propice \u00e0 la relance \u00e9conomique. Au cours des quinze derni\u00e8res ann\u00e9es, le Somaliland a montr\u00e9 son engagement en faveur de la d\u00e9mocratisation en organisant une s\u00e9rie d\u2019\u00e9lections r\u00e9ussies et en formant un gouvernement d\u00e9mocratique, un exploit que peu d\u2019autres pays d\u2019Afrique et du Moyen-Orient ont r\u00e9ussi \u00e0 accomplir (Hansen &amp; Bradbury, 2007, p.&nbsp;461). Si les progr\u00e8s en mati\u00e8re de construction de l\u2019\u00c9tat et de consolidation de la paix sont significatifs, cette \u00e9tude se concentre sur ses avanc\u00e9es en mati\u00e8re de d\u00e9mocratie. Elle examine comment le Somaliland est devenu une entit\u00e9 politique d\u00e9mocratique et explore les enseignements potentiels pour d\u2019autres pays de la r\u00e9gion. L\u2019\u00e9tude est structur\u00e9e en cinq sections. La premi\u00e8re section pr\u00e9sente une analyse conceptuelle et th\u00e9orique des r\u00e9gimes d\u00e9mocratiques, jetant les bases pour consid\u00e9rer le Somaliland comme une d\u00e9mocratie \u00e9lectorale. La deuxi\u00e8me section offre un aper\u00e7u du contexte politique et de la situation du Somaliland. La troisi\u00e8me section examine la d\u00e9mocratisation dans la Corne de l\u2019Afrique et explique en quoi le Somaliland se distingue. La quatri\u00e8me section analyse les facteurs qui favorisent la consolidation de la d\u00e9mocratie au Somaliland. Enfin, la derni\u00e8re section examine les enseignements qui peuvent \u00eatre tir\u00e9s et questionne la transf\u00e9rabilit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience du Somaliland \u00e0 d\u2019autres contextes r\u00e9gionaux. Cadre th\u00e9orique Les crit\u00e8res utilis\u00e9s pour distinguer les d\u00e9mocraties des autocraties oscillent entre des approches minimalistes, maximalistes et hybrides. L\u2019approche minimaliste, influenc\u00e9e par la th\u00e9orie d\u00e9mocratique du c\u00e9l\u00e8bre \u00e9conomiste autrichien Joseph Schumpeter (1883-1950), con\u00e7oit les r\u00e9gimes d\u00e9mocratiques comme des d\u00e9mocraties \u00e9lectorales. Schumpeter d\u00e9finissait la d\u00e9mocratie comme \u00ab\u2009le syst\u00e8me institutionnel permettant de prendre des d\u00e9cisions politiques dans lequel les individus acqui\u00e8rent le pouvoir de d\u00e9cider au moyen d\u2019une lutte concurrentielle pour obtenir les suffrages du peuple\u2009\u00bb (Schumpeter, 2003, p.&nbsp;269). Dans cette perspective, les d\u00e9mocraties sont des r\u00e9gimes dans lesquels les postes cl\u00e9s du gouvernement sont pourvus par le biais d\u2019\u00e9lections multipartites, concurrentielles, libres et \u00e9quitables. Dans les d\u00e9mocraties \u00e9lectorales, les \u00e9lections sont v\u00e9ritablement disput\u00e9es et les titulaires c\u00e8dent pacifiquement le pouvoir lorsqu\u2019ils sont battus (Bidner et al., 2014, p.&nbsp;2). Selon Diamond (1996, p.&nbsp;21&nbsp;; 2002, pp.&nbsp;21-22), les d\u00e9mocraties \u00e9lectorales contemporaines garantissent \u00e9galement un minimum de libert\u00e9s civiles et politiques, notamment la libert\u00e9 d\u2019organisation, d\u2019expression et de r\u00e9union, qui sont n\u00e9cessaires \u00e0 la tenue d\u2019\u00e9lections significatives, au d\u00e9bat politique et \u00e0 la campagne \u00e9lectorale. Cependant, ces libert\u00e9s ne sont que partielles. Les d\u00e9mocraties \u00e9lectorales pr\u00eatent g\u00e9n\u00e9ralement peu d\u2019attention aux droits fondamentaux des individus et des minorit\u00e9s (Diamond, 1996, p.&nbsp;21\u2009; Morlino, 2008, p.&nbsp;9\u2009; Mukand &amp; Rodrik, 2015, p.&nbsp;1). L\u2019approche maximaliste, en revanche, repose sur une conception beaucoup plus large et \u00e9tendue de la d\u00e9mocratie. Elle critique l\u2019approche minimaliste, jug\u00e9e trop restrictive car centr\u00e9e sur les \u00e9lections (Merkel, 2004). La d\u00e9mocratie est plut\u00f4t largement comprise comme comprenant des \u00e9lections comp\u00e9titives et d\u2019autres institutions essentielles \u00e0 la sauvegarde des droits civils et politiques des citoyens et des groupes minoritaires. Selon cette approche, les d\u00e9mocraties se distinguent par les \u00e9lections multipartites comp\u00e9titives qu\u2019elles organisent et par la garantie qu\u2019elles offrent des droits civils et politiques plus substantiels dans le cadre d\u2019un \u00e9tat de droit fort (Diamond, 2002, p.&nbsp;25). Ces formes de r\u00e9gimes d\u00e9mocratiques sont g\u00e9n\u00e9ralement qualifi\u00e9es de d\u00e9mocraties lib\u00e9rales (Mukand &amp; Rodrik, 2015, p.&nbsp;1) et correspondent \u00e0 plusieurs pays occidentaux class\u00e9s comme libres par Freedom House. Une troisi\u00e8me approche, largement connue sous le nom d\u2019approche hybride, s\u2019est r\u00e9cemment impos\u00e9e comme une perspective tr\u00e8s utile pour comprendre les r\u00e9gimes politiquement ambigus qui ne sont ni d\u00e9mocratiques (lib\u00e9raux ou \u00e9lectoraux) ni totalement autocratiques. La litt\u00e9rature sur les r\u00e9gimes hybrides propose toute une s\u00e9rie de conceptions de ces r\u00e9gimes, et les sous-types identifi\u00e9s sont nombreux (voir Collier &amp; Levitsky, 1997\u2009; Levitsky &amp; Way, 2002, p.&nbsp;51). Cependant, ces r\u00e9gimes sont largement identifi\u00e9s en fonction de leurs caract\u00e9ristiques mixtes, combinant certaines r\u00e8gles, proc\u00e9dures et institutions d\u00e9mocratiques \u00e0 des degr\u00e9s variables de gouvernance autoritaire (Levitsky &amp; Way, 2002, p.&nbsp;51). Les r\u00e9gimes hybrides ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s comme des formes de d\u00e9mocraties transitionnelles, mais ils sont \u00e9galement de plus en plus consid\u00e9r\u00e9s comme des variantes de l\u2019autoritarisme (Levitsky &amp; Way, 2010, p.&nbsp;4). Dans la plupart des r\u00e9gimes hybrides, les \u00e9lections multipartites sont courantes. 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Le Somaliland reste un \u00c9tat fragile et sous-financ\u00e9, dot\u00e9 d\u2019infrastructures rudimentaires et de ressources limit\u00e9es. Bien qu\u2019il jouisse d\u2019une paix et d\u2019une stabilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es, celles-ci restent insuffisamment d\u00e9velopp\u00e9es. La transition d\u00e9mocratique, bien que prometteuse, demeure partielle et chaotique (Walls, 2014). Le gouvernement est faible et limit\u00e9 tant dans ses pouvoirs despotiques que dans ses infrastructures. L\u2019\u00e9conomie repose essentiellement sur le secteur priv\u00e9, qui exerce une influence consid\u00e9rable sur le gouvernement. Sa qu\u00eate de reconnaissance politique reste difficile \u00e0 atteindre, ce qui entrave la croissance \u00e9conomique et la prosp\u00e9rit\u00e9 en limitant l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019aide au d\u00e9veloppement et aux pr\u00eats internationaux. Malgr\u00e9 ces d\u00e9fis, le Somaliland a accompli des progr\u00e8s notables. Contrairement \u00e0 son voisin m\u00e9ridional et \u00e0 de nombreux autres pays de la r\u00e9gion, il a r\u00e9alis\u00e9 des avanc\u00e9es substantielles en mati\u00e8re de consolidation de la paix, de renforcement de l\u2019\u00c9tat et de d\u00e9mocratisation. Il s\u2019est remis avec succ\u00e8s des crises s\u00e9curitaires du d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;1990, mettant en place un gouvernement fonctionnel et un environnement pacifique propice \u00e0 la relance \u00e9conomique. Au cours des quinze derni\u00e8res ann\u00e9es, le Somaliland a montr\u00e9 son engagement en faveur de la d\u00e9mocratisation en organisant une s\u00e9rie d\u2019\u00e9lections r\u00e9ussies et en formant un gouvernement d\u00e9mocratique, un exploit que peu d\u2019autres pays d\u2019Afrique et du Moyen-Orient ont r\u00e9ussi \u00e0 accomplir (Hansen &amp; Bradbury, 2007, p.&nbsp;461). Si les progr\u00e8s en mati\u00e8re de construction de l\u2019\u00c9tat et de consolidation de la paix sont significatifs, cette \u00e9tude se concentre sur ses avanc\u00e9es en mati\u00e8re de d\u00e9mocratie. Elle examine comment le Somaliland est devenu une entit\u00e9 politique d\u00e9mocratique et explore les enseignements potentiels pour d\u2019autres pays de la r\u00e9gion. L\u2019\u00e9tude est structur\u00e9e en cinq sections. La premi\u00e8re section pr\u00e9sente une analyse conceptuelle et th\u00e9orique des r\u00e9gimes d\u00e9mocratiques, jetant les bases pour consid\u00e9rer le Somaliland comme une d\u00e9mocratie \u00e9lectorale. La deuxi\u00e8me section offre un aper\u00e7u du contexte politique et de la situation du Somaliland. La troisi\u00e8me section examine la d\u00e9mocratisation dans la Corne de l\u2019Afrique et explique en quoi le Somaliland se distingue. La quatri\u00e8me section analyse les facteurs qui favorisent la consolidation de la d\u00e9mocratie au Somaliland. Enfin, la derni\u00e8re section examine les enseignements qui peuvent \u00eatre tir\u00e9s et questionne la transf\u00e9rabilit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience du Somaliland \u00e0 d\u2019autres contextes r\u00e9gionaux. Cadre th\u00e9orique Les crit\u00e8res utilis\u00e9s pour distinguer les d\u00e9mocraties des autocraties oscillent entre des approches minimalistes, maximalistes et hybrides. L\u2019approche minimaliste, influenc\u00e9e par la th\u00e9orie d\u00e9mocratique du c\u00e9l\u00e8bre \u00e9conomiste autrichien Joseph Schumpeter (1883-1950), con\u00e7oit les r\u00e9gimes d\u00e9mocratiques comme des d\u00e9mocraties \u00e9lectorales. Schumpeter d\u00e9finissait la d\u00e9mocratie comme \u00ab\u2009le syst\u00e8me institutionnel permettant de prendre des d\u00e9cisions politiques dans lequel les individus acqui\u00e8rent le pouvoir de d\u00e9cider au moyen d\u2019une lutte concurrentielle pour obtenir les suffrages du peuple\u2009\u00bb (Schumpeter, 2003, p.&nbsp;269). Dans cette perspective, les d\u00e9mocraties sont des r\u00e9gimes dans lesquels les postes cl\u00e9s du gouvernement sont pourvus par le biais d\u2019\u00e9lections multipartites, concurrentielles, libres et \u00e9quitables. Dans les d\u00e9mocraties \u00e9lectorales, les \u00e9lections sont v\u00e9ritablement disput\u00e9es et les titulaires c\u00e8dent pacifiquement le pouvoir lorsqu\u2019ils sont battus (Bidner et al., 2014, p.&nbsp;2). Selon Diamond (1996, p.&nbsp;21&nbsp;; 2002, pp.&nbsp;21-22), les d\u00e9mocraties \u00e9lectorales contemporaines garantissent \u00e9galement un minimum de libert\u00e9s civiles et politiques, notamment la libert\u00e9 d\u2019organisation, d\u2019expression et de r\u00e9union, qui sont n\u00e9cessaires \u00e0 la tenue d\u2019\u00e9lections significatives, au d\u00e9bat politique et \u00e0 la campagne \u00e9lectorale. Cependant, ces libert\u00e9s ne sont que partielles. Les d\u00e9mocraties \u00e9lectorales pr\u00eatent g\u00e9n\u00e9ralement peu d\u2019attention aux droits fondamentaux des individus et des minorit\u00e9s (Diamond, 1996, p.&nbsp;21\u2009; Morlino, 2008, p.&nbsp;9\u2009; Mukand &amp; Rodrik, 2015, p.&nbsp;1). L\u2019approche maximaliste, en revanche, repose sur une conception beaucoup plus large et \u00e9tendue de la d\u00e9mocratie. Elle critique l\u2019approche minimaliste, jug\u00e9e trop restrictive car centr\u00e9e sur les \u00e9lections (Merkel, 2004). La d\u00e9mocratie est plut\u00f4t largement comprise comme comprenant des \u00e9lections comp\u00e9titives et d\u2019autres institutions essentielles \u00e0 la sauvegarde des droits civils et politiques des citoyens et des groupes minoritaires. Selon cette approche, les d\u00e9mocraties se distinguent par les \u00e9lections multipartites comp\u00e9titives qu\u2019elles organisent et par la garantie qu\u2019elles offrent des droits civils et politiques plus substantiels dans le cadre d\u2019un \u00e9tat de droit fort (Diamond, 2002, p.&nbsp;25). Ces formes de r\u00e9gimes d\u00e9mocratiques sont g\u00e9n\u00e9ralement qualifi\u00e9es de d\u00e9mocraties lib\u00e9rales (Mukand &amp; Rodrik, 2015, p.&nbsp;1) et correspondent \u00e0 plusieurs pays occidentaux class\u00e9s comme libres par Freedom House. Une troisi\u00e8me approche, largement connue sous le nom d\u2019approche hybride, s\u2019est r\u00e9cemment impos\u00e9e comme une perspective tr\u00e8s utile pour comprendre les r\u00e9gimes politiquement ambigus qui ne sont ni d\u00e9mocratiques (lib\u00e9raux ou \u00e9lectoraux) ni totalement autocratiques. La litt\u00e9rature sur les r\u00e9gimes hybrides propose toute une s\u00e9rie de conceptions de ces r\u00e9gimes, et les sous-types identifi\u00e9s sont nombreux (voir Collier &amp; Levitsky, 1997\u2009; Levitsky &amp; Way, 2002, p.&nbsp;51). Cependant, ces r\u00e9gimes sont largement identifi\u00e9s en fonction de leurs caract\u00e9ristiques mixtes, combinant certaines r\u00e8gles, proc\u00e9dures et institutions d\u00e9mocratiques \u00e0 des degr\u00e9s variables de gouvernance autoritaire (Levitsky &amp; Way, 2002, p.&nbsp;51). Les r\u00e9gimes hybrides ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s comme des formes de d\u00e9mocraties transitionnelles, mais ils sont \u00e9galement de plus en plus consid\u00e9r\u00e9s comme des variantes de l\u2019autoritarisme (Levitsky &amp; Way, 2010, p.&nbsp;4). Dans la plupart des r\u00e9gimes hybrides, les \u00e9lections multipartites sont courantes. Cependant, ces \u00e9lections sont organis\u00e9es dans le but principal de l\u00e9gitimer le pouvoir en place et de masquer la r\u00e9alit\u00e9","og_url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-11\/deciphering-somalilands-democratic-rarity-in-the-horn-of-africa\/","og_site_name":"Global Africa","article_publisher":"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences","article_modified_time":"2026-04-25T23:44:51+00:00","og_image":[{"width":773,"height":1280,"url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/festival-des-masques-2025_-30_54698310458_o-Grande.jpeg","type":"image\/jpeg"}],"twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"37 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