{"id":25121,"date":"2025-09-20T08:05:08","date_gmt":"2025-09-20T08:05:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/what-wanting-to-see-ones-children-grow-up-means-for-youth-engaged-in-cameroons-authoritarian-political-field\/"},"modified":"2026-04-26T00:20:54","modified_gmt":"2026-04-26T00:20:54","slug":"what-wanting-to-see-ones-children-grow-up-means-for-youth-engaged-in-cameroons-authoritarian-political-field","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-11\/what-wanting-to-see-ones-children-grow-up-means-for-youth-engaged-in-cameroons-authoritarian-political-field\/","title":{"rendered":"Ce que \u00ab\u2009vouloir voir ses enfants grandir\u2009\u00bb veut dire pour les jeunes investis dans le champ politique camerounais autoritaire"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Dans le champ politique camerounais, l\u2019usage des phrases telles que \u00ab\u2009On va faire comment\u2009?\u2009\u00bb, \u00e0 laquelle s\u2019est jointe la formule : \u00ab\u2009Je veux voir mes enfants grandir\u2009\u00bb, constitue les \u00e9l\u00e9ments du langage populaire courant dans l\u2019espace public. Comprendre cette derni\u00e8re expression, rendue c\u00e9l\u00e8bre le 28 avril 2019 par l\u2019artiste musicien engag\u00e9, Longu\u00e9 Longu\u00e9, demandant pardon \u00e0 mondovision et faisant aveu de soumission face au politique, a renforc\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat port\u00e9 \u00e0 cette formule qui rel\u00e8ve d\u2019un positionnement politique d\u00e9j\u00e0 r\u00e9pandu dans l\u2019imaginaire populaire et s\u2019est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e dans le discours des acteurs politiques. Le \u00ab\u2009je veux voir mes enfants grandir&nbsp;\u00bb symbolise ici une h\u00e9sitation, voire une peur de ceux qui, pensant que la situation est mauvaise et injuste, choisissent n\u00e9anmoins de ne point s\u2019engager concr\u00e8tement dans la vie politique<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>. Comme la formule pr\u00e9c\u00e9dente : \u00ab\u2009On va faire comment\u2009?\u2009\u00bb, cette formule camoufle un sentiment d\u2019impuissance chez celui ou celle qui l\u2019emploie. Si Calixthe Beyala y voit une forme de l\u00e2chet\u00e9, d\u2019\u00e9go\u00efsme et de nombrilisme<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>\u2009; pour Val\u00e8re Bessala<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>, cela revient simplement \u00e0 ne point s\u2019opposer au r\u00e9gime au pouvoir, \u00e0 se r\u00e9signer \u00e0 participer au jeu politique. D\u00e8s lors, l\u2019enjeu de cette \u00e9tude consiste \u00e0 analyser comment les exp\u00e9riences effroyables v\u00e9cues par les acteurs engag\u00e9s politiquement influencent la socialisation politique des jeunes en contexte camerounais autoritaire.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, la formule \u00ab\u2009voir ses enfants grandir\u2009\u00bb s\u2019inscrit dans l\u2019h\u00e9ritage des \u00e9lans autoritaires et des violences du champ politique, ainsi que dans l\u2019usage de la r\u00e9pression (Enoh Meyomesse, 2016) vis-\u00e0-vis des acteurs politiquement engag\u00e9s depuis les ann\u00e9es coloniales. Ces \u00e9lans, d\u00e9j\u00e0 perceptibles durant la construction de l\u2019\u00c9tat camerounais avec les luttes d\u2019ind\u00e9pendances nationalistes, ont fortement marqu\u00e9 la m\u00e9moire collective. L\u2019assassinat, le 13 septembre 1958, de Ruben Um Nyobe sous une r\u00e9pression brutale dans les for\u00eats de la Sanaga-Maritime<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>, fait de lui et de ses \u0153uvres politiques l\u2019objet d\u2019une \u00ab\u2009immense admiration populaire\u2009\u00bb (Deltombe, 2008). Pour la seule raison qu\u2019il a d\u00e9nonc\u00e9 le sort r\u00e9serv\u00e9 aux indig\u00e8nes ainsi que les bassesses et la corruption de ceux qui pr\u00e9f\u00e9raient faire le jeu de l\u2019adversaire politique plut\u00f4t que de s\u2019engager dans la lutte pour la souverainet\u00e9 nationale et la justice sociale. Plus r\u00e9cemment, le cas de Martinez Zogo, journaliste engag\u00e9, enlev\u00e9 le 17 janvier 2023 et retrouv\u00e9 mort le 22 janvier de la m\u00eame ann\u00e9e, constitue dans l\u2019imaginaire populaire une illustration frappante de repr\u00e9sailles politiques pour avoir trop parl\u00e9 et d\u00e9nonc\u00e9. Ces \u00e9v\u00e8nements ne constituent pas des cas isol\u00e9s. Ils traduisent comme dans bien d\u2019autres cas de violence observ\u00e9s dans le champ politique, l\u2019inclusion de la force comme levier de structuration de l\u2019ordre politique. Ce jeu de force d\u00e9termine les r\u00e9ticences des jeunes \u00e0 s\u2019investir politiquement. Felix Nyeck, membre du bureau politique du Parti camerounais pour la r\u00e9conciliation nationale (PCRN), corrobore cette hypoth\u00e8se lorsqu\u2019il soutient que&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>C\u2019est vrai que nous n\u2019avons pas des chiffres exacts, mais je puis vous assurer que le nombre de nos adh\u00e9rents a consid\u00e9rablement baiss\u00e9 apr\u00e8s les \u00e9lections de 2018. Au d\u00e9part, les jeunes ne connaissaient pas les difficult\u00e9s qui les attendaient. D\u00e8s qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 intimid\u00e9s, ils ont d\u00e9sert\u00e9 les rangs du parti\u2009<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>La litt\u00e9rature autour du rapport au politique en contexte camerounais, qualifi\u00e9 de \u00ab\u2009post-autoritaire\u2009\u00bb (Pommerolle, 2008), \u00ab\u2009postmonopoliste\u2009\u00bb (Owona Nguini, 2004\u2009; Z\u00e9lao, 2005&nbsp;; Owona Nguini &amp; Menthong, 2018), ou \u00ab\u2009autoritaire\u2009\u00bb (Mbembe, 2020a), met en lumi\u00e8re l\u2019oscillation entre inclusion et exclusion, m\u00e9fiance et d\u00e9fiance dans le jeu politique. Ce contexte est fr\u00e9quemment d\u00e9crit comme un environnement dans lequel \u00ab\u2009(\u2026)&nbsp;la politique fait aujourd\u2019hui du meurtre de son ennemi son objectif premier et absolu, sous le couvert de la guerre, de la r\u00e9sistance ou de la lutte contre la terreur&nbsp;\u00bb (Mbembe, 2006, p.&nbsp;26). La lib\u00e9ralisation du champ politique, esp\u00e9r\u00e9e au lendemain de la tripartite de 1990, n\u2019a malheureusement pas eu lieu. On a plut\u00f4t assist\u00e9 \u00e0 l\u2019essor d\u2019une d\u00e9mocratisation \u00ab\u2009passive\u2009\u00bb (Zelao, 2003) et \u00ab\u2009autoritaire\u2009\u00bb (Kamto, 1993) qui ne s\u2019accommode pas du libre \u00ab\u2009agir politique\u2009\u00bb. Les violations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es des droits et libert\u00e9s et les assassinats divers suscitent des interrogations sur la responsabilit\u00e9 du gouvernement, les arrestations et d\u00e9tentions arbitraires (Amnesty International, 2023-2024), mais aussi le ch\u00f4mage, les scandales de d\u00e9tournements ou encore l\u2019inflation provoquent ainsi \u00ab\u2009un rapport tendu aux autorit\u00e9s\u2009\u00bb (Pommerolle, 2008, p. 74). L\u2019identification ou la consid\u00e9ration de l\u2019opposant comme un \u00ab\u2009ennemi\u2009\u00bb (Mbembe, 2016), un \u00ab\u2009homme d\u00e9chet\u2009\u00bb (Mbembe, 2020b), celui qui doit \u00eatre puni (Codaccioni, 2013) justifie les violences multiformes que l\u2019on peut lui infliger. En tenant compte de cette r\u00e9alit\u00e9, Fabien Eboussi Boulaga (2014, p.&nbsp;15) reconnaissait d\u00e9j\u00e0 que le vocable \u00ab\u2009opposant\u2009\u00bb peut \u00eatre porteur d\u2019une forte charge p\u00e9jorative et conseillait d\u2019ailleurs qu\u2019\u00ab\u2009il n\u2019est gu\u00e8re intelligible de se proclamer \u201copposant\u201d quand, en face de soi, il n\u2019y a pas de proposant\u2009\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9pression longtemps exerc\u00e9e sur ceux qui ont tent\u00e9 de s\u2019investir avec audace dans l\u2019opposition politique a, selon Marie-Emmanuelle Pommerolle (2008, p. 74), amenuis\u00e9 les aspirations militantes des g\u00e9n\u00e9rations suivantes. Le d\u00e9sir de s\u2019\u00e9terniser fait de l\u2019intimidation, de la censure, de la r\u00e9pression (Ela, 1990) et de \u00ab\u2009l\u2019assimilation\u2009\u00bb (Bayart, 1979) les instruments privil\u00e9gi\u00e9s de contr\u00f4le de l\u2019opposition \u00e0 l\u2019ordre r\u00e9gnant. Ce dernier \u00ab\u2009tend \u00e0 exister en d\u00e9poss\u00e9dant les gens d\u2019eux-m\u00eames\u2009; il trouve sa nature et sa consistance dans le vide qu\u2019il cr\u00e9e autour de lui\u2009\u00bb (Ela, 1990, p.&nbsp;58). Dire ou faire de la politique avec un regard critique sur ce que l\u2019ordre politique en place fait expose le sujet \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s complexes, surtout lorsqu\u2019il refuse tout marchandage (Sindjoun, 2003), dans un contexte o\u00f9 la loi constitutionnelle ne conf\u00e8re aucun statut \u00e0 la figure de l\u2019opposant politique (Guimdo Dongmo, 2014). Le mensonge des \u00e9lites, leurs \u00ab\u2009promesses moribondes\u2009\u00bb (Talla, 2014, p.&nbsp;29), les fraudes \u00e9lectorales (Eboussi Boulaga, 1998, p. 41) contribuent au d\u00e9senchantement de la politique au Cameroun. L\u2019\u00c9tat a h\u00e9rit\u00e9 dans ses mani\u00e8res d\u2019administrer la violence et la r\u00e9pression de l\u2019ordre colonial. Ainsi, la socialisation \u00e0 la violence politique et \u00e0 la m\u00e9fiance envers les institutions est profond\u00e9ment enracin\u00e9e dans l\u2019histoire coloniale et les dynamiques politiques qui ont suivi l\u2019ind\u00e9pendance, caract\u00e9ris\u00e9es par l\u2019\u00e9closion des mouvements nationalistes (Deltombe et al., 2011\u2009; Mbembe, 1996). Cet h\u00e9ritage a fa\u00e7onn\u00e9 les institutions politiques, les comportements des \u00e9lites et les interactions entre l\u2019\u00c9tat et les citoyens en g\u00e9n\u00e9ral, les jeunes en particulier. La violence politique observ\u00e9e dans le champ politique camerounais actuel constitue l\u2019un des piliers sur lesquels l\u2019\u00c9tat camerounais postcolonial s\u2019est construit.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, il existe une intersection entre la litt\u00e9rature sur le rapport des jeunes \u00e0 la politique et celle sur la gouvernance du \u00ab&nbsp;gouvernement perp\u00e9tuel&nbsp;\u00bb (Owona Nguini &amp; Menthong, 2018). Celle qui met en relief la continuit\u00e9 autoritaire (Kojou\u00e9, 2020) qui les renforce \u00e0 partir des politiques d\u00e9di\u00e9es \u00e0 la jeunesse, leur exclusion sociale et leur pr\u00e9carisation (Amougou, 2016) comme une condition ind\u00e9tr\u00f4nable<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>. La crise de la gouvernance publique et des politiques publiques a provoqu\u00e9 chez les jeunes une d\u00e9saffection \u00e0 l\u2019\u00e9gard des institutions et des \u00e9lites politiques (FES, 2014). Cette d\u00e9saffection a un impact direct sur leur perception de la politique (Eboussi Boulaga, 2011&nbsp;; Loumou Mondol\u00e9ba, 2020a) et pour laquelle ils \u00e9prouvent d\u00e9sormais pour la majorit\u00e9, un d\u00e9sint\u00e9r\u00eat. L\u2019\u00e9tude men\u00e9e par Fabien Eboussi Boulaga (2011), d\u2019une part, sur les perceptions et les attitudes observ\u00e9es chez les jeunes concernant la politique et, d\u2019autre part, sur leurs dynamiques d\u2019engagement et de d\u00e9sengagement politique fait le constat que bien que les jeunes constituent la majorit\u00e9 d\u00e9mographique (65&nbsp;%), ceux-ci repr\u00e9sentent paradoxalement une minorit\u00e9 politique.<\/p>\n\n\n\n<p>Per\u00e7us comme l\u2019avenir et non le pr\u00e9sent, les jeunes sont jug\u00e9s d\u00e9nu\u00e9s \u00ab\u2009des qualit\u00e9s de la maturit\u00e9\u2009\u00bb (De Bonneval, 2011, p. 18) et donc, des aptitudes n\u00e9cessaires pour parler de la politique ou faire de la politique. Dans une posture d\u00e9nigrante, les seniors associent fr\u00e9quemment la jeunesse \u00e0 l\u2019irresponsabilit\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9tourderie, \u00e0 la folie, etc. (De Bonneval, 2011, p. 18). Pour De Boeck et Honwana (2000), les jeunes en Afrique sont souvent per\u00e7us comme \u00e9tant en marge de la soci\u00e9t\u00e9, \u00e9conomiquement et politiquement. Ils pr\u00e9sentent en r\u00e9alit\u00e9 de multiples facettes. Selon les cas, les jeunes sont per\u00e7us tant\u00f4t comme des cibles et des victimes, tant\u00f4t comme des combattants, des activistes, des entrepreneurs, mais aussi comme des rebelles, des hors-la-loi et des criminels. Leur position et leur r\u00f4le dans la soci\u00e9t\u00e9 sont donc complexes et ambivalents.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 bien y regarder, la litt\u00e9rature sur le rapport des jeunes \u00e0 la\/au politique se concentre plus sur leur participation et leur repr\u00e9sentation politiques que sur leur socialisation politique. La pr\u00e9sente \u00e9tude tente modestement de combler cet \u00e9cart. Sa probl\u00e9matique est construite autour d\u2019une question principale&nbsp;: comment le d\u00e9sir de \u00ab&nbsp;voir ses enfants grandir&nbsp;\u00bb se traduit-il dans l\u2019engagement politique des jeunes au Cameroun en contexte autoritaire\u2009? Cette question permet d\u2019explorer plusieurs autres aspects, notamment les r\u00e9alit\u00e9s que cache ladite formule. Elle met en \u00e9vidence les dilemmes \u00e9motionnels et moraux auxquels sont confront\u00e9s ces citoyens, notamment leur responsabilit\u00e9 envers leur famille et leur d\u00e9sir de lutter pour la justice et la d\u00e9mocratie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En plus d\u2019un travail de collecte documentaires et d\u2019archives num\u00e9riques sur les \u00e9v\u00e9nements majeurs susceptibles de renseigner sur la r\u00e9pression politique des opposants et des t\u00e9moignages m\u00e9diatiques, ce travail s\u2019appuie sur des entretiens semi-directifs men\u00e9s aupr\u00e8s de jeunes militants des partis de l\u2019opposition (PCRN, SDF, MRC) sur la quotidiennet\u00e9 de leur engagement politique. Le partage d\u2019exp\u00e9riences au sein de leurs mouvements partisans et la collecte de leurs r\u00e9cits sur la r\u00e9alit\u00e9 politique ont \u00e9t\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9s. Une analyse de leurs r\u00e9cits a permis d\u2019identifier les dynamiques politiques et les risques associ\u00e9s \u00e0 l\u2019engagement politique.<\/p>\n\n\n\n<p>En analysant ces r\u00e9alit\u00e9s complexes sous le prisme de la construction sociale du champ politique, cette r\u00e9flexion souhaite fournir une perspective approfondie sur la socialisation politique des jeunes au Cameroun. La th\u00e9orie de la construction sociale de la r\u00e9alit\u00e9 (Berger &amp; Luckmann, 1966) fournit un fondement th\u00e9orique int\u00e9ressant, car elle rappelle que le positionnement des jeunes dans leur interaction avec le politique n\u2019est qu\u2019une construction. Les dispositions li\u00e9es au risque et \u00e0 la peur de s\u2019engager en politique seraient ainsi int\u00e9rioris\u00e9es comme des normes sociales, fa\u00e7onnant leur rapport \u00e0 l\u2019ordre politique (Konings, 1985) en tant que cadets sociaux.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Logiques de r\u00e9pression et socialisation politique \u00e0 la peur<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Les logiques de r\u00e9pression font r\u00e9f\u00e9rence aux diff\u00e9rentes m\u00e9thodes utilis\u00e9es par l\u2019ordre gouvernant pour r\u00e9primer les dynamiques de r\u00e9sistance ou de subversion politique. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, la r\u00e9pression s\u2019entend au sens de McAdam et al. (2001) comme l\u2019ensemble des \u00ab\u2009efforts pour supprimer tout acte contestataire ou tout groupe ou organisation responsable de ces derniers\u2009\u00bb (p.&nbsp;69). En contexte camerounais, elles incluent l\u2019utilisation de la violence polici\u00e8re, des arrestations et emprisonnements arbitraires, de la censure, de la surveillance, de la r\u00e9pression \u00e9conomique, voire de l\u2019assassinat, ainsi que d\u2019autres mesures visant \u00e0 dissuader, contr\u00f4ler ou \u00e9liminer les individus ou les mouvements per\u00e7us comme une menace pour l\u2019ordre \u00e9tabli (DIDR-OFPRA, 2022). La violence politique est comprise ici comme une ressource de pouvoir qui implique la menace ou l\u2019usage effectif de la contrainte physique (Braud, 2002). En tant que ressource, elle peut \u00eatre mobilis\u00e9e dans le cadre de revendications ou dans celui du maintien du pouvoir. En effet, les pratiques r\u00e9pressives se caract\u00e9risent \u00e9galement par des restrictions des libert\u00e9s civiles et politiques<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a> ainsi que la violation permanente des droits civiques. Au Cameroun, la socialisation des jeunes \u00e0 la violence et \u00e0 la peur du champ politique trouve ses racines dans l\u2019histoire et se transmet dans le tissu social \u00e0 travers des \u00e9v\u00e9nements historiques identifiables. De la p\u00e9riode coloniale \u00e0 la lutte pour l\u2019ind\u00e9pendance, en passant par les conflits politiques et les d\u00e9fis s\u00e9curitaires contemporains, le Cameroun a \u00e9t\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre de violences et de peurs qui ont fa\u00e7onn\u00e9 la perception et les comportements des jeunes.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Peurs h\u00e9rit\u00e9es, peurs transmises&nbsp;<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Plusieurs moments historiques majeurs ont suscit\u00e9 chez les jeunes Camerounais, \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9poques, la peur de d\u00e9noncer, de contester et de manifester. La litt\u00e9rature sur les mouvements estudiantins au Cameroun (voir Fokwang, 2009\u2009; Konings, 2005, 2009\u2009; Mokam, 2012\u2009; Pommerolle, 2007&nbsp;; Morillas, 2015, 2018) montre que, par le pass\u00e9, les jeunes se sont mobilis\u00e9s \u00e0 plusieurs reprises pour des causes sociales et politiques. Chronologiquement, les premi\u00e8res mobilisations des jeunes remontent \u00e0 1963, lorsqu\u2019une gr\u00e8ve des \u00e9tudiants fut organis\u00e9e \u00e0 l\u2019universit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale du Cameroun. Les \u00e9tudiants, r\u00e9unis dans le cadre d\u2019une association d\u00e9nomm\u00e9e F\u00e9d\u00e9ration nationale des \u00e9tudiants du Cameroun (Fenec), revendiquaient des bourses et un meilleur encadrement acad\u00e9mique. En 1969, une autre gr\u00e8ve des \u00e9tudiants fut organis\u00e9e et subit une r\u00e9pression \u00ab\u2009rapide et efficace\u2009\u00bb. Les \u00e9tudiants gr\u00e9vistes furent renvoy\u00e9s dans leurs villages (Bayart, 1979). De 1979 \u00e0 1981, plusieurs gr\u00e8ves \u00e9tudiantes mirent en avant des contestations de nature \u00e9conomique et sociale plut\u00f4t que politique. Les \u00e9tudiants de l\u2019universit\u00e9 de Yaound\u00e9 r\u00e9clam\u00e8rent l\u2019attribution de bourses \u00e0 tous les \u00e9tudiants et une augmentation au m\u00eame titre que les salaires. Ils exig\u00e8rent \u00e9galement une am\u00e9lioration des repas servis dans les restaurants universitaires, la prise en charge par l\u2019\u00c9tat des loyers des \u00e9tudiants r\u00e9sidant dans les mini-cit\u00e9s universitaires, ainsi qu\u2019une r\u00e9duction des loyers en r\u00e9sidences universitaires. Malgr\u00e9 le caract\u00e8re purement corporatiste de leurs revendications, ces gr\u00e8ves ont \u00e9t\u00e9 violemment r\u00e9prim\u00e9es par les forces de maintien de l\u2019ordre (Morillas, 2018).<\/p>\n\n\n\n<p>Le 18 d\u00e9cembre 1986, une autre mobilisation majeure des \u00e9tudiants eut lieu \u00e0 l\u2019universit\u00e9 et hors de l\u2019universit\u00e9. Plus de 300 \u00e9tudiants furent arr\u00eat\u00e9s (Amnesty International, 1987). Parmi eux, certains leaders \u00e9tudiants furent exclus de l\u2019universit\u00e9. En mai 1991, le Parlement estudiantin, \u00e9galement connu sous le nom de \u00ab&nbsp;Parlement&nbsp;\u00bb, est associ\u00e9 \u00e0 la Coordination nationale des partis politiques et des associations. Cette derni\u00e8re va initier l\u2019op\u00e9ration \u00ab\u2009villes mortes\u2009\u00bb dans plusieurs localit\u00e9s du pays en avril 1991. La r\u00e9pression politique \u00e0 laquelle les manifestants ont fait face les a amen\u00e9s \u00e0 repenser leur mode d\u2019action, l\u2019option des \u00ab\u2009villes mortes\u2009\u00bb apparut comme une strat\u00e9gie pouvant d\u00e9samorcer les violences polici\u00e8res et minimiser les risques physiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Le \u00ab&nbsp;Parlement&nbsp;\u00bb, dirig\u00e9 par trois \u00e9tudiants de l\u2019universit\u00e9 de Yaound\u00e9 (Corantin Talla surnomm\u00e9 G\u00e9n\u00e9ral Schwarzkopf, Waffo Wanto Robert alias Colin Powell et Yimga Yotchou Blaise alias Abou Nidal), va engager une manifestation contre la d\u00e9t\u00e9rioration des conditions d\u2019\u00e9tudes due \u00e0 la crise \u00e9conomique et aux mesures d\u2019ajustement structurel, ainsi que l\u2019annulation des \u00e9lections \u00e9tudiantes (Morillas, 2018). Le Parlement organisa des manifestations et boycotta les cours pour r\u00e9clamer un v\u00e9ritable multipartisme et s\u2019opposer \u00e0 la r\u00e9forme universitaire de 1993, qui supprima les bourses et augmenta les frais universitaires. Le mouvement reprit, entre avril et juin 1996, pour protester contre les frais universitaires et les charges suppl\u00e9mentaires. D\u2019apr\u00e8s les estimations, une centaine d&rsquo;\u00e9tudiants moururent lors de ces gr\u00e8ves \u00e9tudiantes (Eteki-Otabela, 2001, p.&nbsp;375), m\u00eame si le ministre de la Communication de l\u2019\u00e9poque, Augustin Kontchou Kouomegni, affirma qu\u2019il y eut \u00ab\u2009z\u00e9ro mort\u2009\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9tudiants impliqu\u00e9s de pr\u00e8s ou de loin dans les diff\u00e9rentes gr\u00e8ves furent accus\u00e9s d\u2019avoir commis des infractions li\u00e9es au non-respect des autorit\u00e9s universitaires et d\u2019avoir particip\u00e9 directement ou indirectement \u00e0 des activit\u00e9s subversives. Les sanctions pr\u00e9vues par les textes en vigueur, tant sous le r\u00e9gime du parti unique que sous le r\u00e9gime multipartite, \u00e9taient similaires. Il s\u2019agit entre autres d\u2019avertissement, de bl\u00e2me, d\u2019interdiction de se pr\u00e9senter aux examens, d\u2019exclusion temporaire d\u2019un ou deux ans, ou encore d\u2019exclusion d\u00e9finitive des \u00e9tablissements universitaires nationaux. Beaucoup de jeunes d\u2019aujourd\u2019hui ont v\u00e9cu ces moments effroyables, ponctu\u00e9s d\u2019assassinats publics, certains y ont perdu leurs parents. Ils en sont sortis, pour la plupart, traumatis\u00e9s (Ouambo Ouambo, 2020).<\/p>\n\n\n\n<p>Trois autres s\u00e9quences ont contribu\u00e9 \u00e0 susciter chez les jeunes Camerounais la peur de s\u2019engager dans la politique. Premi\u00e8rement, les \u00ab\u2009\u00e9meutes de la faim\u2009\u00bb de 2008, au cours desquelles de nombreux jeunes ont perdu la vie, noy\u00e9s dans le Wouri ou tu\u00e9s par balles. \u00c9tiquet\u00e9s comme \u00e9tant \u00ab\u2009des apprentis sorciers\u2009\u00bb par le pr\u00e9sident Paul Biya, la r\u00e9pression des manifestants ne fera l\u2019objet d\u2019aucune retenue. Plus de 1 500 jeunes seront arr\u00eat\u00e9s et emprisonn\u00e9s pour vandalisme, vols et troubles \u00e0 l\u2019ordre public (Sourna Loumtouang, 2015).<\/p>\n\n\n\n<p>Deuxi\u00e8mement, la crise post\u00e9lectorale de 2018 s\u2019est caract\u00e9ris\u00e9e par une forte r\u00e9pression des manifestants pro-MRC qui prenaient part aux \u00ab\u2009marches blanches\u2009\u00bb organis\u00e9es par le parti. Plusieurs militants furent bless\u00e9s au cours de ces marches (Jeune Afrique<em>,<\/em> 2019), plus d\u2019une centaine furent interpell\u00e9s et \u00ab\u2009d\u00e9tenus arbitrairement, simplement pour avoir exerc\u00e9 leurs droits \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019expression et de r\u00e9union pacifique\u2009\u00bb (Amnesty International, 2019). Les motifs de leur d\u00e9tention variant entre \u00ab\u2009insurrection\u2009\u00bb, \u00ab\u2009r\u00e9bellion\u2009\u00bb, \u00ab\u2009complicit\u00e9 de s\u00e9cession\u2009\u00bb et \u00ab\u2009atteinte \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 de l\u2019\u00c9tat\u2009\u00bb (Amnesty International, 2019).<\/p>\n\n\n\n<p>Troisi\u00e8mement, il y a eu l\u2019assassinat du journaliste Martinez Zogo, qui venait de d\u00e9noncer un fait de corruption et d\u2019affairisme le 22 d\u00e9cembre 2022. Dans le cadre de son \u00e9mission <em>Embouteillage<\/em>, Martinez Zogo avait l\u2019habitude de d\u00e9noncer les actes de corruption et les tares de la soci\u00e9t\u00e9. Il fut enlev\u00e9 le 17&nbsp;janvier dans la banlieue de la capitale, devant un poste de gendarmerie, puis, retrouv\u00e9 mort cinq jours plus tard. Son corps \u00e9tait en \u00e9tat de putr\u00e9faction et portait des traces de supplices. L\u2019annonce publique de cette information a suscit\u00e9 une indignation nationale et internationale d\u00e9non\u00e7ant la d\u00e9composition du r\u00e9gime en place (Le Monde Afrique, 2023)<em>.<\/em> \u00ab\u2009C\u2019est le r\u00e8gne de la terreur. On a l\u2019impression que si un journaliste parle, il va mourir\u2009\u00bb, d\u00e9clara Prince Nguimbous (Le Monde Afrique, 2023)<em>.<\/em> Ce qui fut ensuite appel\u00e9 \u00ab\u2009l\u2019affaire Martinez Zogo\u2009\u00bb va renforcer les repr\u00e9sentations du pouvoir politique comme un \u00ab\u2009serpent affam\u00e9\u00bb (Alexandre, 2021), le \u00ab\u2009Moulinex&nbsp;pr\u00eat \u00e0 malaxer les condiments<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb, ou encore \u00e0 un \u00ab\u2009essaim d\u2019abeilles\u2009\u00bb (Atanga Nji, 2020).<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, cette repr\u00e9sentation qui r\u00e9it\u00e8re le discours du ministre de l\u2019Administration territoriale, renseigne sur la nature du rapport de l\u2019\u00c9tat \u00e0 toutes dynamiques contraires, consid\u00e9r\u00e9es comme subversives et identifi\u00e9es ici \u00e0 celles des \u00ab\u2009vendeurs d\u2019\u0153ufs\u2009\u00bb (Alexandre, 2025). La politique est de ce fait, l\u2019affaire des hommes corrompus, mafieux et qui ont \u00ab\u2009tremp\u00e9<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb dans \u00ab\u2009les mauvaises choses<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb. Pour les jeunes t\u00e9moins de ces r\u00e9alit\u00e9s, la r\u00e9pression et la restriction de la libert\u00e9 d\u2019expression normalisent la peur et limitent la possibilit\u00e9 d\u2019exprimer des opinions divergentes. De plus, ils redoutent les cons\u00e9quences sociales de leur engagement politique, car souvent d\u00e9sapprouv\u00e9 par les familles. La politique est g\u00e9n\u00e9ralement per\u00e7ue comme dangereuse. L\u2019opprobre encouru en s\u2019engageant dans les rangs de l\u2019opposition ne se limite pas simplement \u00e0 l\u2019individu, \u00e0 sa seule personne&nbsp;; il rejaillit sur sa famille, sa communaut\u00e9. Face \u00e0 cette peur g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e qui caract\u00e9rise la majorit\u00e9 des jeunes<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>, Mebene, jeune militant du MRC, s\u2019interroge&nbsp;: \u00ab\u2009Peut-on dire que nos enfants grandiront bien dans cet environnement o\u00f9 r\u00e8gnent la corruption, le n\u00e9potisme et l\u2019arbitraire\u2009? Grandiront-ils bien s\u2019ils risquent de se faire agresser et mourir b\u00eatement \u00e0 l\u2019h\u00f4pital faute de 5&nbsp;000 FCFA\u2009?\u2009\u00bb. Pour lui, l\u2019on ne saurait r\u00e9pondre par l\u2019affirmative. L\u2019engagement politique des jeunes et leur abn\u00e9gation face aux d\u00e9fis constituent une condition indispensable pour esp\u00e9rer voir leurs enfants grandir demain.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>La perception de l\u2019engagement politique des jeunes par leurs familles<\/em><\/strong><em><\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>Les dilemmes \u00e9motionnels et moraux auxquels les jeunes engag\u00e9s en politique sont confront\u00e9s commencent tr\u00e8s souvent au sein de la famille<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>. En effet, lorsque les jeunes s\u2019engagent en politique, les membres de leur famille sont les premi\u00e8res personnes qui leur rappellent la dangerosit\u00e9 du champ politique. L\u2019engagement politique d\u2019un jeune met aussi en danger son entourage (ami\u00b7e\u00b7s, famille). Par cons\u00e9quent, il est fr\u00e9quent qu\u2019elles expriment leur d\u00e9saccord avec l\u2019engagement politique de leurs enfants, par souci de les prot\u00e9ger et de se prot\u00e9ger elles-m\u00eames. Il arrive que les membres de ces familles soient soumis \u00e0 des jugements et aux regards d\u00e9sapprobateurs de la part de leurs employeurs et de leurs communaut\u00e9s<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>. Corinne Atima, dipl\u00f4m\u00e9e de l\u2019Institut des relations internationales du Cameroun (Iric) et jeune militante du MRC, raconte&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Au d\u00e9part, mon engagement \u00e9tait per\u00e7u comme un gros risque que je prenais. Ce n\u2019\u00e9tait en tout cas pas la chose \u00e0 faire. Tout mon entourage avait peur\u2026 peur que je sois menac\u00e9e, violent\u00e9e, emprisonn\u00e9e et, au pire des cas, tu\u00e9e. D\u2019autant plus que m\u00eame mystiquement, dans notre univers politique, les cas de d\u00e9c\u00e8s sont l\u00e9gion dans ma localit\u00e9 [Yokadouma]\u2009<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>D\u2019autre part, une autre difficult\u00e9 \u00e0 laquelle les jeunes sont fr\u00e9quemment confront\u00e9s lorsqu\u2019ils s\u2019engagent dans les rangs de l\u2019opposition est le clivage id\u00e9ologique entre eux et les membres de leur famille qui, eux, sont des \u00ab\u2009soutiens&nbsp;traditionnels\u2009\u00bb du parti au pouvoir. Ces discordances id\u00e9ologiques et les perceptions vari\u00e9es de la\/ou du politique entra\u00eenent des d\u00e9saccords profonds et des tensions familiales, qui donnent lieu \u00e0 des situations d\u2019isolement, voire de rejet<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\"><sup>[15]<\/sup><\/a>. Elles peuvent \u00e9galement provoquer des ruptures et des divisions, mettant \u00e0 l\u2019\u00e9preuve les liens familiaux. C\u2019est le cas du jeune militant du MRC, Jean-Paul Mouaffi, qui relate&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Je fais partie de cette cat\u00e9gorie des jeunes qui ont longtemps milit\u00e9 pour le RDPC (\u2026). D\u00e8s les d\u00e9parts de mon engagement, ma famille a pris peur\u2009; ce n\u2019est pas \u00e9vident de militer dans les rangs de l\u2019opposition au Cameroun. Je suis dans une famille o\u00f9 plusieurs personnes sont du RDPC. Les premi\u00e8res personnes \u00e0 m\u2019intimider \u00e9taient les membres de ma famille, mais d\u00e8s que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9 et incarc\u00e9r\u00e9, le militantisme pour le RDPC a pris un tr\u00e8s grand coup dans ma famille. J\u2019ai interdit aux membres de ma famille qui \u00e9taient du RDPC de venir me rendre visite en prison. J\u2019ai m\u00eame demand\u00e9 \u00e0 mon propre p\u00e8re qui \u00e9tait pr\u00e9sident de sous-section du RDPC de ne pas m\u2019adresser une lettre s\u2019il n\u2019avait pas d\u00e9missionn\u00e9 du RDPC<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\"><sup>[16]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Par m\u00e9fiance, certaines familles excluent ou ostracisent les jeunes opposants politiques de certains \u00e9v\u00e9nements familiaux, de peur qu\u2019ils soient interpr\u00e9t\u00e9s par le pouvoir en place comme des r\u00e9unions politiques de l\u2019opposition. Toutefois, la pers\u00e9v\u00e9rance des jeunes dans leur engagement, associ\u00e9e \u00e0 la d\u00e9t\u00e9rioration de la gouvernance publique au Cameroun, finit par amener les familles \u00e0 accepter leurs choix&nbsp;politiques et \u00e0 les soutenir dans leur lutte, comme l\u2019atteste ce t\u00e9moignage de Corinne Atima&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Mais peu \u00e0 peu, au regard de l\u2019assurance que je leur apporte de ma t\u00e9nacit\u00e9, ma motivation et de mes r\u00e9sultats progressifs, chacun m\u2019apporte son soutien. Tr\u00e8s peu restent sceptiques. Plusieurs m\u2019encouragent \u00e0 aller de l\u2019avant et me croient d\u00e9sormais capable de plus grand<a href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\"><sup>[17]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Dans le m\u00eame sens, Jean-Paul Mouaffi relate&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Je crois qu\u2019aujourd\u2019hui, compte tenu de la d\u00e9gradation progressive de tous les pans de notre soci\u00e9t\u00e9, nous ne faisons plus trop d\u2019efforts pour que les gens, m\u00eame au sein de ma famille, comprennent que le combat que nous menons est un combat noble. Il y a m\u00eame comme un effet de contagion dans ma famille\u2009; mon militantisme inspire mes proches<a href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\"><sup>[18]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le \u00ab\u2009Je veux voir mes enfants grandir\u2009\u00bb, ou la pr\u00e9carit\u00e9 juridique du statut du jeune opposant politique<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>\u00ab\u2009Je veux voir mes enfants grandir\u2009\u00bb r\u00e9v\u00e8le les d\u00e9fis et les risques concrets auxquels les jeunes investis dans le champ politique camerounais sont confront\u00e9s au quotidien, surtout lorsqu\u2019ils choisissent de militer dans les rangs de l\u2019opposition. Cette vuln\u00e9rabilit\u00e9 est tout d\u2019abord li\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9carit\u00e9 du statut juridique de l\u2019opposition au Cameroun (Guimdo Dongmo, 2014).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>La pr\u00e9carit\u00e9 juridique du statut de jeune opposant politique<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Au Cameroun, l\u2019absence d\u2019un statut juridique conf\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019opposition politique fait de la figure de l\u2019opposant une figure vuln\u00e9rable. Si dans les d\u00e9mocraties occidentales, critiquer, d\u00e9noncer et contester constituent l\u2019essence m\u00eame de l\u2019opposition politique (Gicquel, 1993), dans d\u2019autres contextes, comme c\u2019est relativement le cas au Cameroun, \u00ab\u2009on trouve des syst\u00e8mes politiques dans lesquels le pouvoir s\u2019efforce de comprimer la contestation et, \u00e0 la limite, de l\u2019annihiler\u2009\u00bb (Gicquel, 1993, p. 23). Une cons\u00e9cration textuelle du statut d\u2019opposition constituerait une acceptation de la parole contraire, de la d\u00e9nonciation et de la contestation politique, piliers des soci\u00e9t\u00e9s lib\u00e9rales (Donfack Sokeng, 2003). Conf\u00e9rer un statut juridique \u00e0 l\u2019opposition politique passe n\u00e9cessairement par au moins deux choses&nbsp;: d\u2019une part, l\u2019institutionnalisation des organismes reconnus pour parler et agir au nom de l\u2019opposition et, d\u2019autre part, l\u2019instauration d\u2019un cadre juridique et politique qui promeut la libre expression de l\u2019opposant et le prot\u00e8ge. Au Cameroun, \u00ab\u2009bien que les r\u00e8gles constitutionnelles contiennent des conditions d\u2019\u00e9mergence d\u2019un statut de l\u2019opposition politique, elles ne consacrent ni ne pr\u00e9voient la reconnaissance d\u2019un tel statut\u2009\u00bb (Guimdo Dongmo, 2014, p.&nbsp;87).<\/p>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9carit\u00e9 de ce statut juridique expose les jeunes engag\u00e9s dans les rangs de l\u2019opposition \u00e0 des violences politiques multiformes. Dans ce contexte, il est important de souligner que les d\u00e9fis auxquels ils sont confront\u00e9s ne se limitent pas seulement \u00e0 ceux qui militent dans les rangs de l\u2019opposition. M\u00eame parmi ceux qui soutiennent le parti au pouvoir, le Rassemblement d\u00e9mocratique du peuple camerounais (RDPC), les jeunes sont confront\u00e9s \u00e0 des difficult\u00e9s particuli\u00e8res. En effet, au sein du RDPC, on observe une socialisation autoritaire qui pr\u00e9vaut. Les jeunes membres du parti font face \u00e0 la pression des a\u00een\u00e9s, qui leur demandent constamment d&rsquo;attendre leur tour sans faire preuve d&rsquo;agitation, en utilisant fr\u00e9quemment une formule couramment r\u00e9pandue&nbsp;: \u00ab\u2009Attends Ton Tour\u2009\u00bb (ATT). Cette expression symbolise une attitude de domination et de contr\u00f4le exerc\u00e9e par les a\u00een\u00e9s sur les jeunes membres du parti, les rel\u00e9guant \u00e0 un r\u00f4le subalterne et les emp\u00eachant de prendre une part active aux d\u00e9cisions politiques. Cette mani\u00e8re de fonctionner limite \u00e0 coup s\u00fbr la participation des jeunes, en les maintenant dans une position d\u2019attente perp\u00e9tuelle, o\u00f9 leurs aspirations et leurs id\u00e9es sont syst\u00e9matiquement rel\u00e9gu\u00e9es au second plan. Cela engendre chez certains jeunes militants du RDPC\u2009un sentiment de frustration et de marginalisation, car ils se sentent exclus du processus d\u00e9cisionnel et voient leurs perspectives et leurs voix \u00e9touff\u00e9es. De plus, cette socialisation autoritaire renforce les structures de pouvoir existantes au sein du parti, perp\u00e9tuant ainsi un syst\u00e8me hi\u00e9rarchique o\u00f9 les a\u00een\u00e9s d\u00e9tiennent le contr\u00f4le absolu. Cela entra\u00eene un manque de renouvellement g\u00e9n\u00e9rationnel et d\u2019id\u00e9es novatrices, et une stagnation politique.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Surmonter la peur\u2009?<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 les risques consid\u00e9rables auxquels ils sont confront\u00e9s, certains jeunes parviennent \u00e0 surmonter la peur des repr\u00e9sailles et \u00e0 militer activement dans les rangs de l\u2019opposition. Motiv\u00e9s par \u00ab\u2009la force des convictions, la conscience de la n\u00e9cessit\u00e9 de s\u2019engager pour une transformation d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui va au-del\u00e0 [des int\u00e9r\u00eats \u00e9go\u00efstes]<a href=\"#_ftn19\" id=\"_ftnref19\"><sup>[19]<\/sup><\/a>\u00bb, ils sont engag\u00e9s dans les luttes pour la justice et la d\u00e9mocratie. Conscients des dangers multiples auxquels ils s\u2019exposent, certains jeunes nous ont rapport\u00e9 que le simple fait de s\u2019engager constitue d\u00e9j\u00e0 un acte de bravoure, une premi\u00e8re mani\u00e8re de surmonter la peur.<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre strat\u00e9gie utilis\u00e9e par les jeunes opposants pour surmonter la peur est la formation de r\u00e9seaux de soutien et de solidarit\u00e9. Ces r\u00e9seaux offrent un espace de partage d\u2019exp\u00e9riences, de craintes et d\u2019espoirs avec d&rsquo;autres personnes ayant les m\u00eames id\u00e9aux. Ils cr\u00e9ent un environnement de soutien \u00e9motionnel et de renforcement mutuel, leur permettant de puiser dans la force collective pour faire face \u00e0 l\u2019adversit\u00e9. Cependant, le constat que l\u2019on peut \u00e9tablir en discutant avec ces jeunes engag\u00e9s en politique, c\u2019est que la peur n\u2019est jamais totalement surmont\u00e9e. Elle reste une r\u00e9alit\u00e9 constante.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le \u00ab\u2009Je veux voir mes enfants grandir\u2009\u00bb&nbsp;: un marqueur de d\u00e9sillusion, de d\u00e9termination et de radicalisation<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Les violences politiques inflig\u00e9es aux jeunes qui tentent de s\u2019impliquer activement en politique peuvent engendrer, chez certains, un sentiment de d\u00e9sillusion les poussant \u00e0 se d\u00e9sengager, tout en suscitant chez d\u2019autres la d\u00e9termination et la radicalisation. \u00ab\u2009Je veux voir mes enfants grandir\u2009\u00bb exprime une profonde pr\u00e9occupation pour l\u2019avenir, mais il r\u00e9v\u00e8le \u00e9galement les effets de l\u2019oppression politique sur la perception et les actions des acteurs politiques. Lorsque les jeunes croupissent dans le ch\u00f4mage, la pauvret\u00e9, se sentent impuissants et frustr\u00e9s face \u00e0 l\u2019oppression politique, certains peuvent \u00eatre pouss\u00e9s \u00e0 adopter des positions extr\u00eames pour lutter contre le syst\u00e8me en place (Loumou Mondol\u00e9ba, 2020b). La radicalisation peut prendre diff\u00e9rentes formes, allant de la participation \u00e0 des manifestations et \u00e0 des mouvements de protestation violents, \u00e0 l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 des id\u00e9ologies extr\u00e9mistes ou \u00e0 des actes de violence politique (PNUD, 2017).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>D\u00e9sillusion et d\u00e9sengagement politique<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>&nbsp;\u00ab\u2009Le militantisme de l\u2019opposition s\u2019apparente \u00e0 une d\u00e9fiance vis-\u00e0-vis du syst\u00e8me politique \u00e9tabli<a href=\"#_ftn20\" id=\"_ftnref20\"><sup>[20]<\/sup><\/a>.\u2009\u00bb Raison pour laquelle, les jeunes qui y sont associ\u00e9s sont per\u00e7us comme des fauteurs de troubles et des subversifs de l\u2019ordre \u00e9tabli. Cette perception du militantisme des jeunes semble partag\u00e9e. Au cours de notre entretien avec F\u00e9lix Nyeck, il nous confie que, face \u00e0 la brutalit\u00e9 et \u00e0 la violence v\u00e9cue dans le champ politique, beaucoup de jeunes militants du parti PCRN ont remis en question leur engagement politique, soit apr\u00e8s intimidation, soit apr\u00e8s renonciation pour rejoindre les rangs du parti au pouvoir. \u00ab\u2009Tr\u00e8s peu de jeunes militants et sympathisants, pourtant tr\u00e8s engag\u00e9s en 2019 dans le cadre du Mouvement 11 millions de citoyens, osent aujourd\u2019hui se revendiquer, encore moins s\u2019afficher ou \u00eatre associ\u00e9s aux activit\u00e9s du parti depuis les derni\u00e8res \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales<a href=\"#_ftn21\" id=\"_ftnref21\"><sup>[21]<\/sup><\/a>.\u2009\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ce d\u00e9sengagement proc\u00e8de du constat selon lequel, de la p\u00e9riode autoritaire \u00e0 la p\u00e9riode dite post-autoritaire, les ressources pourvues par l\u2019opposition pour faire face \u00e0 la r\u00e9pression de l\u2019ordre politique dominant demeurent inchang\u00e9es. L\u2019opposition constitue toujours la cat\u00e9gorie domin\u00e9e, dont les recours pour r\u00e9paration en cas de violation des droits demeurent inaudibles. De fait, apr\u00e8s les manifestations r\u00e9prim\u00e9es de 2019 et de 2020, le rapport de Human Rights Watch(2021) fait \u00e9tat d\u2019environ 124 prisonniers politiques. <em>&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est cette r\u00e9ponse intransigeante par la violence aux manifestations pacifiques de l\u2019opposition, et ce malgr\u00e9 les d\u00e9nonciations faites parHumans Rights Watch, qui explique en partie cette d\u00e9sillusion et ce d\u00e9sengagement de la plupart des jeunes. Cette d\u00e9sillusion r\u00e9sulte de l\u2019impuissance des jeunes en politique et de l\u2019int\u00e9riorisation de la r\u00e9pression. Militer au sein de l\u2019opposition, c\u2019est s\u2019exposer \u00e0 une violence du champ politique, emp\u00eachant ainsi de voir ses enfants grandir. Cet aveu d\u2019impuissance ne remet pas en question l\u2019\u00e9chec politique ou la mauvaise gouvernance qui pr\u00e9vaut, mais illustre que, par peur de repr\u00e9sailles, beaucoup optent pour une r\u00e9signation \u00e0 leurs engagements politiques. Cette formule utilis\u00e9e dans le champ sociopolitique est donc \u00ab\u2009la cons\u00e9cration de l\u2019ensauvagement de la sc\u00e8ne politique camerounaise o\u00f9 militer contre le r\u00e9gime est synonyme de d\u00e9fiance politique<a href=\"#_ftn22\" id=\"_ftnref22\"><sup>[22]<\/sup><\/a>\u00bb. De m\u00eame, pour C\u00e9lin Wappi<a href=\"#_ftn23\" id=\"_ftnref23\"><sup>[23]<\/sup><\/a>, \u00ab\u2009vouloir voir ses enfants grandir\u2009\u00bb est une formule utilis\u00e9e de mani\u00e8re ironique qui consiste \u00e0 choisir le silence par peur de repr\u00e9sailles, plut\u00f4t que de risquer sa vie et celle de ses proches pour une cause politique juste ou une d\u00e9nonciation publique \u00e0 l\u2019endroit du pouvoir<a href=\"#_ftn24\" id=\"_ftnref24\"><sup>[24]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, la d\u00e9mocratie en contexte post-autoritaire comme le rappelait d\u00e9j\u00e0 Rousseau est convenable aux dieux. Cette aporie est renforc\u00e9e lorsqu\u2019on interroge les \u00ab\u2009on va faire comment\u2009?\u2009\u00bb qui rappellent d\u00e9j\u00e0 la d\u00e9solation des jeunes dans un contexte o\u00f9 faire de la politique est avant tout un danger et que la survie rel\u00e8ve en partie des actes de soumission et d\u2019ob\u00e9issance vis-\u00e0-vis du pouvoir dominant. Ces actes sont d\u2019abord cognitifs et participent \u00e0 la fabrication de la m\u00e9moire collective qui \u0153uvre \u00e0 l\u2019essor des cat\u00e9gories de perception ayant pour finalit\u00e9, la d\u00e9sacralisation de l\u2019\u00ab\u2009esprit d\u2019\u00c9tat\u2009\u00bb dans son r\u00f4le d\u2019encadrement de la comp\u00e9tition dans le champ politique. D\u00e8s lors, faire la politique revient aussi \u00e0 se priver de rendre compte de la r\u00e9alit\u00e9 politique telle qu\u2019elle est per\u00e7ue, mais plut\u00f4t comme on voudrait qu\u2019elle soit. Pour les jeunes, cela constitue avant tout un mode de survie. Rendre donc compte de ces silences dans le champ politique, \u00e0 partir du niveau d\u2019investissement des jeunes dans l\u2019imaginaire social, marque le processus de transformation de la soci\u00e9t\u00e9 elle-m\u00eame. Favoriser une analyse compr\u00e9hensive des \u00e9v\u00e9nements qui marquent le d\u00e9roulement des transitions r\u00e9gressives permet de rendre progressivement compte de l\u2019\u00e9mergence d\u2019un malaise symptomatique autoritaire, qui s\u2019adapte et se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 par des formules comme celles mises en exergue ici.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Radicalisation et d\u00e9termination&nbsp;: le surengagement comme effet-retour de la violence politique sur les jeunes<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>La violence politique produit des effets contradictoires sur les jeunes engag\u00e9s. Si, d\u2019une part, elle engendre un sentiment de peur et d\u2019incertitude quant \u00e0 leur s\u00e9curit\u00e9 et \u00e0 celle de leur famille\u2009; d\u2019autre part, elle renforce parfois leur d\u00e9termination \u00e0 s\u2019opposer au r\u00e9gime oppressif et \u00e0 lutter pour la justice et la d\u00e9mocratie<strong>. <\/strong>Parler de l\u2019engagement politique des jeunes, c\u2019est avant tout rendre compte des nouvelles formes d\u2019expression politique (Assi\u00e9ne Bissossoli &amp; Salla Bezanga, 2023), des comportements et dispositions (in)formelles (Fillieule et al., 2017) qu\u2019ils mobilisent et qui traduisent cette radicalisation. Ce surengagement sur fond de radicalisation peut aller jusqu\u2019\u00e0 la menace de se donner la mort pour ses convictions et de se constituer en martyrs pour entrer dans les rangs des figures marquantes de la lutte pour l\u2019ind\u00e9pendance et la lib\u00e9ration politique du Cameroun. Le caract\u00e8re radical de ce positionnement tient aussi au fait que le souci de soi et l\u2019estime de soi nourrissent de l\u2019engagement pour autrui et les tiers (Machikou, 2024). La lettre \u00e9crite le 9 mai 2019 par Jean-Paul Mouaffi et publi\u00e9e le 10 mai de la m\u00eame ann\u00e9e illustre bien les formes que peut prendre la radicalisation dans le champ politique. D\u00e9tenu \u00e0 la prison centrale de Yaound\u00e9 \u00e0 cette p\u00e9riode,pour se faire entendre, il promet de se suicider \u00e0 l\u2019occasion de la f\u00eate de l\u2019unit\u00e9 nationale du 20 mai 2019. Des extraits de sa lettre t\u00e9moignent bien de ce surengagement :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab\u2009Malgr\u00e9 ma s\u00e9questration politique, les tortures quotidiennes et les menaces permanentes qu\u2019inflige le r\u00e9gime de monsieur Biya, je me sens plus libre aujourd\u2019hui au sein du MRC. \u00bb\u2009<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u2009Au m\u00eame titre que les autres combattants pris en otages et gard\u00e9s avec moi ici \u00e0 la prison centrale de Yaound\u00e9, je ne suis&nbsp;: ni terroriste, ni hostile \u00e0 la patrie, ni destructeur de biens publics, ni rebelle\u2026 \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u2009Si le r\u00e9gime de Biya persiste dans sa logique de sauvagerie politique et son indiff\u00e9rence face \u00e0 la d\u00e9gradation sociale qu\u2019il a cr\u00e9\u00e9e et entretient, je me donne la mort le 20 mai 2019 au nom de la lib\u00e9ration du peuple camerounais. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u2009Rien ne m\u2019emp\u00eachera de me donner en sacrifice supr\u00eame ce jour, si rien n\u2019est fait dans le sens de l\u2019am\u00e9lioration du climat sociopolitique au Cameroun. M\u00eame ligot\u00e9, je r\u00e9ussirai \u00e0 traverser pour l\u2019au-del\u00e0, rester aux c\u00f4t\u00e9s des Um Nyobe, Ouandjie et les autres<a href=\"#_ftn25\" id=\"_ftnref25\"><sup>[25]<\/sup><\/a>. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le traitement des acteurs politiques de l\u2019opposition constitue les premiers marqueurs des actes de rupture avec l\u2019ordre politique. L\u2019imposition de l\u2019autorit\u00e9 politique en contexte post-autoritaire passe par plusieurs m\u00e9canismes selon les exp\u00e9riences et le niveau de responsabilisation chez les jeunes de l\u2019opposition. Le tribut de ce militantisme pour les jeunes de l\u2019opposition se d\u00e9cline \u00e0 travers les arrestations, les menaces d\u2019ex\u00e9cution, l\u2019emprisonnement sur caution de charges judiciaires et p\u00e9nales lourdes, voire la mort. Le discours de F\u00e9lix Nyeck s\u2019inscrit dans la m\u00eame dynamique que celui de Jean-Paul Mouaffi. Lorsqu\u2019il fait \u00e9tat de&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Je rappelle \u00e0 mon \u00e9pouse tous les jours que je peux sortir un matin de chez moi et ne jamais rentrer \u00e0 cause de mes positions politiques. Moi, je marche avec mon cercueil sur la t\u00eate parce que je suis pr\u00eat \u00e0 mourir pour mes convictions et mon engagement politique\u2009; ma femme le sait<a href=\"#_ftn26\" id=\"_ftnref26\"><sup>[26]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Les jeunes dans le champ politique sont, au regard de cet expos\u00e9, le fruit d\u2019un apprentissage et d\u2019une exp\u00e9rience v\u00e9cue de leur rapport au politique au sein des partis d\u2019opposition, mais aussi sur la sc\u00e8ne politique. S\u2019ils se r\u00e9approprient les valeurs, les normes de fonctionnement et les sch\u00e8mes de pens\u00e9es des partis pour lesquels ils militent, cette transmission se traduit \u00e0 travers les discours de d\u00e9nonciation qu\u2019ils mobilisent sur la sc\u00e8ne publique et m\u00e9diatique. Il y a donc une r\u00e9elle socialisation qui se lit dans les prises de parole des jeunes politiciens de \u00ab\u2009carri\u00e8re\u2009\u00bb (Combes &amp; Fillieule, 2011). Ces facteurs permettent d\u2019envisager le militantisme comme une ressource de positionnement et de classification des oppositions dans le champ politique. \u00c0 partir de la r\u00e9appropriation et de l\u2019usage qui est fait de cette formule, on peut mesurer le niveau d\u2019engagement politique des acteurs \u00e0 d\u00e9fendre leurs positions. C\u2019est donc un levier discursif int\u00e9ressant qui sert aussi bien l\u2019opposition que l\u2019ordre dominant. Il ouvre la possibilit\u00e9 d\u2019agencer analytiquement les raisons d\u2019agir des jeunes, donnant ainsi mati\u00e8re \u00e0 forger leur d\u00e9termination et \u00e0 faire preuve d\u2019ing\u00e9niosit\u00e9 politique pour se faire entendre quant \u00e0 la cause d\u00e9fendue pour le changement. Cela est tributaire de leur socialisation au rapport difficile avec le pouvoir. Tout comme pour le parti dominant, \u00ab\u2009vouloir voir ses enfants grandir\u2009\u00bb peut constituer un levier de mesure de soumission des adversaires politiques \u00e0 la volont\u00e9 de l\u2019ordre dominant qu\u2019il incarne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, l\u2019engagement des jeunes dans le champ politique d\u00e9pend des motivations qui les accompagnent. La carri\u00e8re des jeunes en politique est r\u00e9v\u00e9latrice des adaptations, des reconfigurations des agents dans leur rapport \u00e0 l\u2019engagement. Elle permet de renseigner sur les logiques d\u2019action \u00e0 partir desquelles les jeunes inscrivent leurs projets \u00e0 un moment donn\u00e9 et du degr\u00e9 d\u2019adh\u00e9sion aux principes qui les gouvernent. L\u2019action politique questionne la prise de conscience de leur propre trajectoire de participation et les r\u00e9tributions symboliques (Fillieule et al., 2017). L\u2019analyse de la participation des jeunes permet de saisir la signification qu\u2019ils accordent \u00e0 leur engagement sur le terrain et l\u2019effet des barri\u00e8res institutionnelles sur leurs motivations.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":25120,"template":"","meta":[],"series-categories":[1144],"cat-articles":[1015],"keywords":[1100,1225,1222,1226,1218,1221,1219,1220,1223,1224],"ppma_author":[1215,1216],"class_list":["post-25121","series-issues","type-series-issues","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","series-categories-numero-11","cat-articles-analyses-critiques","keywords-cameroun","keywords-champ-politique","keywords-jeune","keywords-opposition-politique","keywords-political-field","keywords-political-opposition","keywords-political-repression","keywords-political-socialization","keywords-repression-politique","keywords-socialisation-politique","author-prisca-helene-assiene-bissossoli","author-alain-patrick-loumou-mondoleba"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Ce que \u00ab\u2009vouloir voir ses enfants grandir\u2009\u00bb veut dire pour les jeunes investis dans le champ politique camerounais autoritaire | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-11\/what-wanting-to-see-ones-children-grow-up-means-for-youth-engaged-in-cameroons-authoritarian-political-field\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Ce que \u00ab\u2009vouloir voir ses enfants grandir\u2009\u00bb veut dire pour les jeunes investis dans le champ politique camerounais autoritaire | Global Africa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Introduction Dans le champ politique camerounais, l\u2019usage des phrases telles que \u00ab\u2009On va faire comment\u2009?\u2009\u00bb, \u00e0 laquelle s\u2019est jointe la formule : \u00ab\u2009Je veux voir mes enfants grandir\u2009\u00bb, constitue les \u00e9l\u00e9ments du langage populaire courant dans l\u2019espace public. Comprendre cette derni\u00e8re expression, rendue c\u00e9l\u00e8bre le 28 avril 2019 par l\u2019artiste musicien engag\u00e9, Longu\u00e9 Longu\u00e9, demandant pardon \u00e0 mondovision et faisant aveu de soumission face au politique, a renforc\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat port\u00e9 \u00e0 cette formule qui rel\u00e8ve d\u2019un positionnement politique d\u00e9j\u00e0 r\u00e9pandu dans l\u2019imaginaire populaire et s\u2019est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e dans le discours des acteurs politiques. Le \u00ab\u2009je veux voir mes enfants grandir&nbsp;\u00bb symbolise ici une h\u00e9sitation, voire une peur de ceux qui, pensant que la situation est mauvaise et injuste, choisissent n\u00e9anmoins de ne point s\u2019engager concr\u00e8tement dans la vie politique[1]. Comme la formule pr\u00e9c\u00e9dente : \u00ab\u2009On va faire comment\u2009?\u2009\u00bb, cette formule camoufle un sentiment d\u2019impuissance chez celui ou celle qui l\u2019emploie. Si Calixthe Beyala y voit une forme de l\u00e2chet\u00e9, d\u2019\u00e9go\u00efsme et de nombrilisme[2]\u2009; pour Val\u00e8re Bessala[3], cela revient simplement \u00e0 ne point s\u2019opposer au r\u00e9gime au pouvoir, \u00e0 se r\u00e9signer \u00e0 participer au jeu politique. D\u00e8s lors, l\u2019enjeu de cette \u00e9tude consiste \u00e0 analyser comment les exp\u00e9riences effroyables v\u00e9cues par les acteurs engag\u00e9s politiquement influencent la socialisation politique des jeunes en contexte camerounais autoritaire. En effet, la formule \u00ab\u2009voir ses enfants grandir\u2009\u00bb s\u2019inscrit dans l\u2019h\u00e9ritage des \u00e9lans autoritaires et des violences du champ politique, ainsi que dans l\u2019usage de la r\u00e9pression (Enoh Meyomesse, 2016) vis-\u00e0-vis des acteurs politiquement engag\u00e9s depuis les ann\u00e9es coloniales. Ces \u00e9lans, d\u00e9j\u00e0 perceptibles durant la construction de l\u2019\u00c9tat camerounais avec les luttes d\u2019ind\u00e9pendances nationalistes, ont fortement marqu\u00e9 la m\u00e9moire collective. L\u2019assassinat, le 13 septembre 1958, de Ruben Um Nyobe sous une r\u00e9pression brutale dans les for\u00eats de la Sanaga-Maritime[4], fait de lui et de ses \u0153uvres politiques l\u2019objet d\u2019une \u00ab\u2009immense admiration populaire\u2009\u00bb (Deltombe, 2008). Pour la seule raison qu\u2019il a d\u00e9nonc\u00e9 le sort r\u00e9serv\u00e9 aux indig\u00e8nes ainsi que les bassesses et la corruption de ceux qui pr\u00e9f\u00e9raient faire le jeu de l\u2019adversaire politique plut\u00f4t que de s\u2019engager dans la lutte pour la souverainet\u00e9 nationale et la justice sociale. Plus r\u00e9cemment, le cas de Martinez Zogo, journaliste engag\u00e9, enlev\u00e9 le 17 janvier 2023 et retrouv\u00e9 mort le 22 janvier de la m\u00eame ann\u00e9e, constitue dans l\u2019imaginaire populaire une illustration frappante de repr\u00e9sailles politiques pour avoir trop parl\u00e9 et d\u00e9nonc\u00e9. Ces \u00e9v\u00e8nements ne constituent pas des cas isol\u00e9s. Ils traduisent comme dans bien d\u2019autres cas de violence observ\u00e9s dans le champ politique, l\u2019inclusion de la force comme levier de structuration de l\u2019ordre politique. Ce jeu de force d\u00e9termine les r\u00e9ticences des jeunes \u00e0 s\u2019investir politiquement. Felix Nyeck, membre du bureau politique du Parti camerounais pour la r\u00e9conciliation nationale (PCRN), corrobore cette hypoth\u00e8se lorsqu\u2019il soutient que&nbsp;: C\u2019est vrai que nous n\u2019avons pas des chiffres exacts, mais je puis vous assurer que le nombre de nos adh\u00e9rents a consid\u00e9rablement baiss\u00e9 apr\u00e8s les \u00e9lections de 2018. Au d\u00e9part, les jeunes ne connaissaient pas les difficult\u00e9s qui les attendaient. D\u00e8s qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 intimid\u00e9s, ils ont d\u00e9sert\u00e9 les rangs du parti\u2009[5]. La litt\u00e9rature autour du rapport au politique en contexte camerounais, qualifi\u00e9 de \u00ab\u2009post-autoritaire\u2009\u00bb (Pommerolle, 2008), \u00ab\u2009postmonopoliste\u2009\u00bb (Owona Nguini, 2004\u2009; Z\u00e9lao, 2005&nbsp;; Owona Nguini &amp; Menthong, 2018), ou \u00ab\u2009autoritaire\u2009\u00bb (Mbembe, 2020a), met en lumi\u00e8re l\u2019oscillation entre inclusion et exclusion, m\u00e9fiance et d\u00e9fiance dans le jeu politique. Ce contexte est fr\u00e9quemment d\u00e9crit comme un environnement dans lequel \u00ab\u2009(\u2026)&nbsp;la politique fait aujourd\u2019hui du meurtre de son ennemi son objectif premier et absolu, sous le couvert de la guerre, de la r\u00e9sistance ou de la lutte contre la terreur&nbsp;\u00bb (Mbembe, 2006, p.&nbsp;26). La lib\u00e9ralisation du champ politique, esp\u00e9r\u00e9e au lendemain de la tripartite de 1990, n\u2019a malheureusement pas eu lieu. On a plut\u00f4t assist\u00e9 \u00e0 l\u2019essor d\u2019une d\u00e9mocratisation \u00ab\u2009passive\u2009\u00bb (Zelao, 2003) et \u00ab\u2009autoritaire\u2009\u00bb (Kamto, 1993) qui ne s\u2019accommode pas du libre \u00ab\u2009agir politique\u2009\u00bb. Les violations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es des droits et libert\u00e9s et les assassinats divers suscitent des interrogations sur la responsabilit\u00e9 du gouvernement, les arrestations et d\u00e9tentions arbitraires (Amnesty International, 2023-2024), mais aussi le ch\u00f4mage, les scandales de d\u00e9tournements ou encore l\u2019inflation provoquent ainsi \u00ab\u2009un rapport tendu aux autorit\u00e9s\u2009\u00bb (Pommerolle, 2008, p. 74). L\u2019identification ou la consid\u00e9ration de l\u2019opposant comme un \u00ab\u2009ennemi\u2009\u00bb (Mbembe, 2016), un \u00ab\u2009homme d\u00e9chet\u2009\u00bb (Mbembe, 2020b), celui qui doit \u00eatre puni (Codaccioni, 2013) justifie les violences multiformes que l\u2019on peut lui infliger. En tenant compte de cette r\u00e9alit\u00e9, Fabien Eboussi Boulaga (2014, p.&nbsp;15) reconnaissait d\u00e9j\u00e0 que le vocable \u00ab\u2009opposant\u2009\u00bb peut \u00eatre porteur d\u2019une forte charge p\u00e9jorative et conseillait d\u2019ailleurs qu\u2019\u00ab\u2009il n\u2019est gu\u00e8re intelligible de se proclamer \u201copposant\u201d quand, en face de soi, il n\u2019y a pas de proposant\u2009\u00bb. La r\u00e9pression longtemps exerc\u00e9e sur ceux qui ont tent\u00e9 de s\u2019investir avec audace dans l\u2019opposition politique a, selon Marie-Emmanuelle Pommerolle (2008, p. 74), amenuis\u00e9 les aspirations militantes des g\u00e9n\u00e9rations suivantes. Le d\u00e9sir de s\u2019\u00e9terniser fait de l\u2019intimidation, de la censure, de la r\u00e9pression (Ela, 1990) et de \u00ab\u2009l\u2019assimilation\u2009\u00bb (Bayart, 1979) les instruments privil\u00e9gi\u00e9s de contr\u00f4le de l\u2019opposition \u00e0 l\u2019ordre r\u00e9gnant. Ce dernier \u00ab\u2009tend \u00e0 exister en d\u00e9poss\u00e9dant les gens d\u2019eux-m\u00eames\u2009; il trouve sa nature et sa consistance dans le vide qu\u2019il cr\u00e9e autour de lui\u2009\u00bb (Ela, 1990, p.&nbsp;58). Dire ou faire de la politique avec un regard critique sur ce que l\u2019ordre politique en place fait expose le sujet \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s complexes, surtout lorsqu\u2019il refuse tout marchandage (Sindjoun, 2003), dans un contexte o\u00f9 la loi constitutionnelle ne conf\u00e8re aucun statut \u00e0 la figure de l\u2019opposant politique (Guimdo Dongmo, 2014). Le mensonge des \u00e9lites, leurs \u00ab\u2009promesses moribondes\u2009\u00bb (Talla, 2014, p.&nbsp;29), les fraudes \u00e9lectorales (Eboussi Boulaga, 1998, p. 41) contribuent au d\u00e9senchantement de la politique au Cameroun. L\u2019\u00c9tat a h\u00e9rit\u00e9 dans ses mani\u00e8res d\u2019administrer la violence et la r\u00e9pression de l\u2019ordre colonial. Ainsi, la socialisation \u00e0 la violence politique et \u00e0 la m\u00e9fiance envers les institutions est profond\u00e9ment enracin\u00e9e dans l\u2019histoire coloniale et les dynamiques politiques qui ont suivi l\u2019ind\u00e9pendance, caract\u00e9ris\u00e9es par l\u2019\u00e9closion des mouvements nationalistes (Deltombe et al., 2011\u2009; Mbembe, 1996). Cet h\u00e9ritage a fa\u00e7onn\u00e9 les institutions politiques, les comportements des \u00e9lites et les interactions\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-11\/what-wanting-to-see-ones-children-grow-up-means-for-youth-engaged-in-cameroons-authoritarian-political-field\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Global Africa\" \/>\n<meta property=\"article:publisher\" content=\"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2026-04-26T00:20:54+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/festival-des-masques-2025_-52_54698338639_o-Grande.jpeg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"835\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"1280\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"25 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/issues\\\/numero-11\\\/what-wanting-to-see-ones-children-grow-up-means-for-youth-engaged-in-cameroons-authoritarian-political-field\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/issues\\\/numero-11\\\/what-wanting-to-see-ones-children-grow-up-means-for-youth-engaged-in-cameroons-authoritarian-political-field\\\/\",\"name\":\"Ce que \u00ab\u2009vouloir voir ses enfants grandir\u2009\u00bb veut dire pour les jeunes investis dans le champ politique camerounais autoritaire | Global Africa\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/issues\\\/numero-11\\\/what-wanting-to-see-ones-children-grow-up-means-for-youth-engaged-in-cameroons-authoritarian-political-field\\\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/issues\\\/numero-11\\\/what-wanting-to-see-ones-children-grow-up-means-for-youth-engaged-in-cameroons-authoritarian-political-field\\\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2026\\\/04\\\/festival-des-masques-2025_-52_54698338639_o-Grande.jpeg\",\"datePublished\":\"2025-09-20T08:05:08+00:00\",\"dateModified\":\"2026-04-26T00:20:54+00:00\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/issues\\\/numero-11\\\/what-wanting-to-see-ones-children-grow-up-means-for-youth-engaged-in-cameroons-authoritarian-political-field\\\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/issues\\\/numero-11\\\/what-wanting-to-see-ones-children-grow-up-means-for-youth-engaged-in-cameroons-authoritarian-political-field\\\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/issues\\\/numero-11\\\/what-wanting-to-see-ones-children-grow-up-means-for-youth-engaged-in-cameroons-authoritarian-political-field\\\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2026\\\/04\\\/festival-des-masques-2025_-52_54698338639_o-Grande.jpeg\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2026\\\/04\\\/festival-des-masques-2025_-52_54698338639_o-Grande.jpeg\",\"width\":835,\"height\":1280},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/issues\\\/numero-11\\\/what-wanting-to-see-ones-children-grow-up-means-for-youth-engaged-in-cameroons-authoritarian-political-field\\\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Home\",\"item\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/accueil\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Series issues\",\"item\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/series-issues\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":3,\"name\":\"Ce que \u00ab\u2009vouloir voir ses enfants grandir\u2009\u00bb veut dire pour les jeunes investis dans le champ politique camerounais autoritaire\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/#website\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/\",\"name\":\"Global Africa\",\"description\":\"Pan-African Scientific Journal\",\"publisher\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/#organization\"},\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Organization\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/#organization\",\"name\":\"Global Africa\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/\",\"logo\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/#\\\/schema\\\/logo\\\/image\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2024\\\/12\\\/Globalafrica.png\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2024\\\/12\\\/Globalafrica.png\",\"width\":1680,\"height\":750,\"caption\":\"Global Africa\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.globalafricasciences.org\\\/fr\\\/#\\\/schema\\\/logo\\\/image\\\/\"},\"sameAs\":[\"https:\\\/\\\/www.facebook.com\\\/globalafricasciences\"]}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Ce que \u00ab\u2009vouloir voir ses enfants grandir\u2009\u00bb veut dire pour les jeunes investis dans le champ politique camerounais autoritaire | Global Africa","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-11\/what-wanting-to-see-ones-children-grow-up-means-for-youth-engaged-in-cameroons-authoritarian-political-field\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Ce que \u00ab\u2009vouloir voir ses enfants grandir\u2009\u00bb veut dire pour les jeunes investis dans le champ politique camerounais autoritaire | Global Africa","og_description":"Introduction Dans le champ politique camerounais, l\u2019usage des phrases telles que \u00ab\u2009On va faire comment\u2009?\u2009\u00bb, \u00e0 laquelle s\u2019est jointe la formule : \u00ab\u2009Je veux voir mes enfants grandir\u2009\u00bb, constitue les \u00e9l\u00e9ments du langage populaire courant dans l\u2019espace public. Comprendre cette derni\u00e8re expression, rendue c\u00e9l\u00e8bre le 28 avril 2019 par l\u2019artiste musicien engag\u00e9, Longu\u00e9 Longu\u00e9, demandant pardon \u00e0 mondovision et faisant aveu de soumission face au politique, a renforc\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat port\u00e9 \u00e0 cette formule qui rel\u00e8ve d\u2019un positionnement politique d\u00e9j\u00e0 r\u00e9pandu dans l\u2019imaginaire populaire et s\u2019est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e dans le discours des acteurs politiques. Le \u00ab\u2009je veux voir mes enfants grandir&nbsp;\u00bb symbolise ici une h\u00e9sitation, voire une peur de ceux qui, pensant que la situation est mauvaise et injuste, choisissent n\u00e9anmoins de ne point s\u2019engager concr\u00e8tement dans la vie politique[1]. Comme la formule pr\u00e9c\u00e9dente : \u00ab\u2009On va faire comment\u2009?\u2009\u00bb, cette formule camoufle un sentiment d\u2019impuissance chez celui ou celle qui l\u2019emploie. Si Calixthe Beyala y voit une forme de l\u00e2chet\u00e9, d\u2019\u00e9go\u00efsme et de nombrilisme[2]\u2009; pour Val\u00e8re Bessala[3], cela revient simplement \u00e0 ne point s\u2019opposer au r\u00e9gime au pouvoir, \u00e0 se r\u00e9signer \u00e0 participer au jeu politique. D\u00e8s lors, l\u2019enjeu de cette \u00e9tude consiste \u00e0 analyser comment les exp\u00e9riences effroyables v\u00e9cues par les acteurs engag\u00e9s politiquement influencent la socialisation politique des jeunes en contexte camerounais autoritaire. En effet, la formule \u00ab\u2009voir ses enfants grandir\u2009\u00bb s\u2019inscrit dans l\u2019h\u00e9ritage des \u00e9lans autoritaires et des violences du champ politique, ainsi que dans l\u2019usage de la r\u00e9pression (Enoh Meyomesse, 2016) vis-\u00e0-vis des acteurs politiquement engag\u00e9s depuis les ann\u00e9es coloniales. Ces \u00e9lans, d\u00e9j\u00e0 perceptibles durant la construction de l\u2019\u00c9tat camerounais avec les luttes d\u2019ind\u00e9pendances nationalistes, ont fortement marqu\u00e9 la m\u00e9moire collective. L\u2019assassinat, le 13 septembre 1958, de Ruben Um Nyobe sous une r\u00e9pression brutale dans les for\u00eats de la Sanaga-Maritime[4], fait de lui et de ses \u0153uvres politiques l\u2019objet d\u2019une \u00ab\u2009immense admiration populaire\u2009\u00bb (Deltombe, 2008). Pour la seule raison qu\u2019il a d\u00e9nonc\u00e9 le sort r\u00e9serv\u00e9 aux indig\u00e8nes ainsi que les bassesses et la corruption de ceux qui pr\u00e9f\u00e9raient faire le jeu de l\u2019adversaire politique plut\u00f4t que de s\u2019engager dans la lutte pour la souverainet\u00e9 nationale et la justice sociale. Plus r\u00e9cemment, le cas de Martinez Zogo, journaliste engag\u00e9, enlev\u00e9 le 17 janvier 2023 et retrouv\u00e9 mort le 22 janvier de la m\u00eame ann\u00e9e, constitue dans l\u2019imaginaire populaire une illustration frappante de repr\u00e9sailles politiques pour avoir trop parl\u00e9 et d\u00e9nonc\u00e9. Ces \u00e9v\u00e8nements ne constituent pas des cas isol\u00e9s. Ils traduisent comme dans bien d\u2019autres cas de violence observ\u00e9s dans le champ politique, l\u2019inclusion de la force comme levier de structuration de l\u2019ordre politique. Ce jeu de force d\u00e9termine les r\u00e9ticences des jeunes \u00e0 s\u2019investir politiquement. Felix Nyeck, membre du bureau politique du Parti camerounais pour la r\u00e9conciliation nationale (PCRN), corrobore cette hypoth\u00e8se lorsqu\u2019il soutient que&nbsp;: C\u2019est vrai que nous n\u2019avons pas des chiffres exacts, mais je puis vous assurer que le nombre de nos adh\u00e9rents a consid\u00e9rablement baiss\u00e9 apr\u00e8s les \u00e9lections de 2018. Au d\u00e9part, les jeunes ne connaissaient pas les difficult\u00e9s qui les attendaient. D\u00e8s qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 intimid\u00e9s, ils ont d\u00e9sert\u00e9 les rangs du parti\u2009[5]. La litt\u00e9rature autour du rapport au politique en contexte camerounais, qualifi\u00e9 de \u00ab\u2009post-autoritaire\u2009\u00bb (Pommerolle, 2008), \u00ab\u2009postmonopoliste\u2009\u00bb (Owona Nguini, 2004\u2009; Z\u00e9lao, 2005&nbsp;; Owona Nguini &amp; Menthong, 2018), ou \u00ab\u2009autoritaire\u2009\u00bb (Mbembe, 2020a), met en lumi\u00e8re l\u2019oscillation entre inclusion et exclusion, m\u00e9fiance et d\u00e9fiance dans le jeu politique. Ce contexte est fr\u00e9quemment d\u00e9crit comme un environnement dans lequel \u00ab\u2009(\u2026)&nbsp;la politique fait aujourd\u2019hui du meurtre de son ennemi son objectif premier et absolu, sous le couvert de la guerre, de la r\u00e9sistance ou de la lutte contre la terreur&nbsp;\u00bb (Mbembe, 2006, p.&nbsp;26). La lib\u00e9ralisation du champ politique, esp\u00e9r\u00e9e au lendemain de la tripartite de 1990, n\u2019a malheureusement pas eu lieu. On a plut\u00f4t assist\u00e9 \u00e0 l\u2019essor d\u2019une d\u00e9mocratisation \u00ab\u2009passive\u2009\u00bb (Zelao, 2003) et \u00ab\u2009autoritaire\u2009\u00bb (Kamto, 1993) qui ne s\u2019accommode pas du libre \u00ab\u2009agir politique\u2009\u00bb. Les violations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es des droits et libert\u00e9s et les assassinats divers suscitent des interrogations sur la responsabilit\u00e9 du gouvernement, les arrestations et d\u00e9tentions arbitraires (Amnesty International, 2023-2024), mais aussi le ch\u00f4mage, les scandales de d\u00e9tournements ou encore l\u2019inflation provoquent ainsi \u00ab\u2009un rapport tendu aux autorit\u00e9s\u2009\u00bb (Pommerolle, 2008, p. 74). L\u2019identification ou la consid\u00e9ration de l\u2019opposant comme un \u00ab\u2009ennemi\u2009\u00bb (Mbembe, 2016), un \u00ab\u2009homme d\u00e9chet\u2009\u00bb (Mbembe, 2020b), celui qui doit \u00eatre puni (Codaccioni, 2013) justifie les violences multiformes que l\u2019on peut lui infliger. En tenant compte de cette r\u00e9alit\u00e9, Fabien Eboussi Boulaga (2014, p.&nbsp;15) reconnaissait d\u00e9j\u00e0 que le vocable \u00ab\u2009opposant\u2009\u00bb peut \u00eatre porteur d\u2019une forte charge p\u00e9jorative et conseillait d\u2019ailleurs qu\u2019\u00ab\u2009il n\u2019est gu\u00e8re intelligible de se proclamer \u201copposant\u201d quand, en face de soi, il n\u2019y a pas de proposant\u2009\u00bb. La r\u00e9pression longtemps exerc\u00e9e sur ceux qui ont tent\u00e9 de s\u2019investir avec audace dans l\u2019opposition politique a, selon Marie-Emmanuelle Pommerolle (2008, p. 74), amenuis\u00e9 les aspirations militantes des g\u00e9n\u00e9rations suivantes. Le d\u00e9sir de s\u2019\u00e9terniser fait de l\u2019intimidation, de la censure, de la r\u00e9pression (Ela, 1990) et de \u00ab\u2009l\u2019assimilation\u2009\u00bb (Bayart, 1979) les instruments privil\u00e9gi\u00e9s de contr\u00f4le de l\u2019opposition \u00e0 l\u2019ordre r\u00e9gnant. Ce dernier \u00ab\u2009tend \u00e0 exister en d\u00e9poss\u00e9dant les gens d\u2019eux-m\u00eames\u2009; il trouve sa nature et sa consistance dans le vide qu\u2019il cr\u00e9e autour de lui\u2009\u00bb (Ela, 1990, p.&nbsp;58). Dire ou faire de la politique avec un regard critique sur ce que l\u2019ordre politique en place fait expose le sujet \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s complexes, surtout lorsqu\u2019il refuse tout marchandage (Sindjoun, 2003), dans un contexte o\u00f9 la loi constitutionnelle ne conf\u00e8re aucun statut \u00e0 la figure de l\u2019opposant politique (Guimdo Dongmo, 2014). Le mensonge des \u00e9lites, leurs \u00ab\u2009promesses moribondes\u2009\u00bb (Talla, 2014, p.&nbsp;29), les fraudes \u00e9lectorales (Eboussi Boulaga, 1998, p. 41) contribuent au d\u00e9senchantement de la politique au Cameroun. L\u2019\u00c9tat a h\u00e9rit\u00e9 dans ses mani\u00e8res d\u2019administrer la violence et la r\u00e9pression de l\u2019ordre colonial. Ainsi, la socialisation \u00e0 la violence politique et \u00e0 la m\u00e9fiance envers les institutions est profond\u00e9ment enracin\u00e9e dans l\u2019histoire coloniale et les dynamiques politiques qui ont suivi l\u2019ind\u00e9pendance, caract\u00e9ris\u00e9es par l\u2019\u00e9closion des mouvements nationalistes (Deltombe et al., 2011\u2009; Mbembe, 1996). Cet h\u00e9ritage a fa\u00e7onn\u00e9 les institutions politiques, les comportements des \u00e9lites et les interactions","og_url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-11\/what-wanting-to-see-ones-children-grow-up-means-for-youth-engaged-in-cameroons-authoritarian-political-field\/","og_site_name":"Global Africa","article_publisher":"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences","article_modified_time":"2026-04-26T00:20:54+00:00","og_image":[{"width":835,"height":1280,"url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/festival-des-masques-2025_-52_54698338639_o-Grande.jpeg","type":"image\/jpeg"}],"twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"25 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-11\/what-wanting-to-see-ones-children-grow-up-means-for-youth-engaged-in-cameroons-authoritarian-political-field\/","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-11\/what-wanting-to-see-ones-children-grow-up-means-for-youth-engaged-in-cameroons-authoritarian-political-field\/","name":"Ce que \u00ab\u2009vouloir voir ses enfants grandir\u2009\u00bb veut dire pour les jeunes investis dans le champ politique camerounais autoritaire | Global Africa","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-11\/what-wanting-to-see-ones-children-grow-up-means-for-youth-engaged-in-cameroons-authoritarian-political-field\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-11\/what-wanting-to-see-ones-children-grow-up-means-for-youth-engaged-in-cameroons-authoritarian-political-field\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/festival-des-masques-2025_-52_54698338639_o-Grande.jpeg","datePublished":"2025-09-20T08:05:08+00:00","dateModified":"2026-04-26T00:20:54+00:00","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-11\/what-wanting-to-see-ones-children-grow-up-means-for-youth-engaged-in-cameroons-authoritarian-political-field\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-11\/what-wanting-to-see-ones-children-grow-up-means-for-youth-engaged-in-cameroons-authoritarian-political-field\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-11\/what-wanting-to-see-ones-children-grow-up-means-for-youth-engaged-in-cameroons-authoritarian-political-field\/#primaryimage","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/festival-des-masques-2025_-52_54698338639_o-Grande.jpeg","contentUrl":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/festival-des-masques-2025_-52_54698338639_o-Grande.jpeg","width":835,"height":1280},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-11\/what-wanting-to-see-ones-children-grow-up-means-for-youth-engaged-in-cameroons-authoritarian-political-field\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Home","item":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/accueil\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Series issues","item":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/series-issues\/"},{"@type":"ListItem","position":3,"name":"Ce que \u00ab\u2009vouloir voir ses enfants grandir\u2009\u00bb veut dire pour les jeunes investis dans le champ politique camerounais autoritaire"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/#website","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/","name":"Global Africa","description":"Pan-African Scientific Journal","publisher":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/#organization"},"potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Organization","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/#organization","name":"Global Africa","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/","logo":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/#\/schema\/logo\/image\/","url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Globalafrica.png","contentUrl":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Globalafrica.png","width":1680,"height":750,"caption":"Global Africa"},"image":{"@id":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/#\/schema\/logo\/image\/"},"sameAs":["https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences"]}]}},"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series-issues\/25121","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series-issues"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/series-issues"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/25120"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=25121"}],"wp:term":[{"taxonomy":"series-categories","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/series-categories?post=25121"},{"taxonomy":"cat-articles","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/cat-articles?post=25121"},{"taxonomy":"keywords","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/keywords?post=25121"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=25121"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}