{"id":24812,"date":"2025-12-20T06:01:11","date_gmt":"2025-12-20T06:01:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/decolonizing-humanitarian-aid-in-times-of-coups-coloniality-local-agency-and-the-crisis-of-intervention-in-niger\/"},"modified":"2026-04-21T21:31:49","modified_gmt":"2026-04-21T21:31:49","slug":"decolonizing-humanitarian-aid-in-times-of-coups-coloniality-local-agency-and-the-crisis-of-intervention-in-niger","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-12\/decolonizing-humanitarian-aid-in-times-of-coups-coloniality-local-agency-and-the-crisis-of-intervention-in-niger\/","title":{"rendered":"D\u00e9coloniser l\u2019aide humanitaire en p\u00e9riode de coups d\u2019\u00c9tat : colonialit\u00e9, agentivit\u00e9 locale et crise de l\u2019intervention au Niger"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"h-introduction\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p id=\"viewer-im0rc453\">Au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, de nombreux pays d\u2019Afrique subsaharienne ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9s par des coups d\u2019\u00c9tat, des guerres civiles et des conflits intranationaux. Les conflits arm\u00e9s et les \u00e9pisodes de violence politique, tels que les coups d\u2019\u00c9tat, sont devenus plus fr\u00e9quents dans cette r\u00e9gion que dans d\u2019autres parties du monde (Youngs et al., 2024). Parall\u00e8lement, de nombreux autres pays \u00e0 travers le monde, comme l\u2019Ukraine et la Palestine, continuent de faire face \u00e0 divers niveaux de crises humanitaires li\u00e9es aux conflits arm\u00e9s, qui ont eu des impacts n\u00e9gatifs sur les op\u00e9rations humanitaires dans ces r\u00e9gions (Doutchi&nbsp;et&nbsp;al.,&nbsp;2024).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9tat enclav\u00e9, le Niger est, depuis sa cr\u00e9ation, marqu\u00e9 par les h\u00e9ritages durables du colonialisme, du sous-d\u00e9veloppement et des instabilit\u00e9s politiques r\u00e9currentes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ses fronti\u00e8res. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es ont montr\u00e9 que le Niger, ainsi qu\u2019une grande partie de l\u2019espace territorial de la sous-r\u00e9gion du Sahel, ont connu une recrudescence des coups d\u2019\u00c9tat et de l\u2019aventurisme politique militaire, perturbant la plupart des structures de gouvernance n\u00e9olib\u00e9rales et leurs syst\u00e8mes socio-\u00e9conomiques au sein de la soci\u00e9t\u00e9 (Doukhan &amp; Azani, 2021).<\/p>\n\n\n\n<p>Il est \u00e9vident que les ruptures soudaines, souvent violentes, de gouvernement et de gouvernance\u2009\u2014\u2009notamment celles r\u00e9sultant d\u2019interventions militaires, comme au Niger \u2014\u2009ont constamment eu des cons\u00e9quences profondes sur la stabilit\u00e9 du pays, ainsi que sur l\u2019efficacit\u00e9 des op\u00e9rations d\u2019aide humanitaire (Youngs et al., 2024). Le coup d\u2019\u00c9tat de juillet 2023, qui a renvers\u00e9 le pr\u00e9sident Mohamed Bazoum, a davantage accru la volatilit\u00e9 politique de la r\u00e9gion. Alors que le Niger \u00e9tait longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme un pays relativement stable pour la mise en \u0153uvre de projets humanitaires et de d\u00e9veloppement au Sahel, le passage \u00e0 un r\u00e9gime militaire a ind\u00e9niablement entra\u00een\u00e9 un renforcement du contr\u00f4le des activit\u00e9s humanitaires et un durcissement des conditions op\u00e9rationnelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Historiquement, le paysage politique du Niger a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par un cycle d\u2019instabilit\u00e9, le pays d\u00e9pendant fortement de l\u2019aide humanitaire pour sa survie et celle de sa population. Bien que des r\u00e9flexions et des r\u00e9sultats \u00e9mergents, notamment ceux de chercheurs tels que Kemedjio et Lynch, aient r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que l\u2019Afrique a historiquement \u00e9t\u00e9 un pourvoyeur d\u2019aide plut\u00f4t qu\u2019un b\u00e9n\u00e9ficiaire, en particulier durant les p\u00e9riodes historiques de l\u2019esclavage et du colonialisme (Kemedjio &amp; Lynch, 2024), cet argument est de plus en plus d\u00e9battu \u00e0 l\u2019\u00e9poque contemporaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les \u00e9tudes africaines sur la politique de la philanthropie et de l\u2019aide, l\u2019ouvrage collectif dirig\u00e9 par Aina (2013), <em>Giving to Help, Helping to Give: The Context and Politics of African Philanthropy<\/em>, retrace la mani\u00e8re dont les acteurs africains n\u00e9gocient simultan\u00e9ment leur agentivit\u00e9 dans les r\u00f4les binaires de donateur et de b\u00e9n\u00e9ficiaire ; les dynamiques actuelles font d\u00e9sormais \u00e9cho \u00e0 des critiques plus larges. Ces r\u00e9v\u00e9lations appellent \u00e0 une r\u00e9\u00e9valuation des r\u00e9cits simplistes qui pr\u00e9sentent l\u2019Afrique comme d\u00e9pendante de l\u2019aide, ainsi qu\u2019\u00e0 un examen de la mani\u00e8re dont la politique de l\u2019aide s\u2019entrecroise avec l\u2019autorit\u00e9 locale et la dignit\u00e9 (Ampofo, 2024). Toutefois, les \u00e9v\u00e9nements r\u00e9cents r\u00e9v\u00e8lent \u00e9galement la d\u00e9pendance de nombreux \u00c9tats africains \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019aide (Ocha, 2023).<\/p>\n\n\n\n<p>Les puissances coloniales, qui ont trac\u00e9 des fronti\u00e8res arbitraires et instaur\u00e9 des structures administratives extractives, ont laiss\u00e9, au moment des ind\u00e9pendances, des institutions \u00e9tatiques faibles et une r\u00e9partition in\u00e9gale des agences de pouvoir au Niger et dans de nombreux autres \u00c9tats africains colonis\u00e9s. Cela a rendu ces \u00c9tats fortement d\u00e9pendants de l\u2019aide. L\u2019h\u00e9ritage colonial a contribu\u00e9 au sous-d\u00e9veloppement actuel en facilitant, entre autres, l\u2019adoption du mod\u00e8le de d\u00e9mocratie lib\u00e9rale, lequel s\u2019est souvent av\u00e9r\u00e9 incompatible avec les r\u00e9alit\u00e9s culturelles et sociales africaines autochtones.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9chec de l\u2019exp\u00e9rimentation d\u00e9mocratique n\u00e9olib\u00e9rale au Niger est devenu de plus en plus manifeste au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies. Le d\u00e9senchantement populaire s\u2019est accru en raison de l\u2019incapacit\u00e9 du syst\u00e8me n\u00e9olib\u00e9ral \u00e0 r\u00e9pondre aux injustices historiques et aux besoins locaux. Cette situation peut \u00eatre comprise non seulement comme un effondrement administratif, mais aussi comme le r\u00e9sultat d\u2019une violence \u00e9pist\u00e9mique et de syst\u00e8mes de gouvernance toujours \u00e9trangers aux conceptions africaines de la solidarit\u00e9, de la souverainet\u00e9 et de la communaut\u00e9, d\u00e8s lors qu\u2019elle est analys\u00e9e \u00e0 travers le prisme de l\u2019agentivit\u00e9 philosophique africaine, en mobilisant notamment les travaux de Fanon (1961) et de Mbembe (2001).<\/p>\n\n\n\n<p>En cons\u00e9quence, les coups d\u2019\u00c9tat apparaissent non seulement comme des manifestations de luttes locales pour le pouvoir politique, mais aussi comme des expressions d\u2019un m\u00e9contentement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un syst\u00e8me per\u00e7u comme une extension des h\u00e9ritages coloniaux et n\u00e9olib\u00e9raux (Mamdani, 1996 ; Mbembe, 2001).<\/p>\n\n\n\n<p>Des rapports r\u00e9cents en provenance du Niger confirment que les organisations humanitaires dans le pays sont confront\u00e9es \u00e0 des environnements op\u00e9rationnels complexes, o\u00f9 la perturbation des institutions \u00e9tatiques n\u00e9olib\u00e9rales, la reconfiguration des rapports de pouvoir et la militarisation de la gouvernance ont boulevers\u00e9 les routes et les m\u00e9canismes \u00e9tablis pour la distribution de l\u2019aide. \u00c0 cela s\u2019ajoute le constat largement rapport\u00e9 que le coup d\u2019\u00c9tat n\u2019a pas seulement cr\u00e9\u00e9 des probl\u00e8mes bureaucratiques, mais a \u00e9galement impos\u00e9 des r\u00e9glementations plus strictes, perturbant la fourniture de services essentiels tels que la nourriture, les m\u00e9dicaments et l\u2019h\u00e9bergement aux communaut\u00e9s locales (OCHA,&nbsp;2023).<\/p>\n\n\n\n<p>La s\u00e9curit\u00e9 des travailleurs humanitaires constitue \u00e9galement une pr\u00e9occupation majeure, plusieurs convois ayant \u00e9t\u00e9 stopp\u00e9s \u00e0 des postes militaires de contr\u00f4le, selon des rapports du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires. D\u2019autres ont fait face \u00e0 des menaces directes de groupes arm\u00e9s profitant du chaos politique (OCHA, 2023).<\/p>\n\n\n\n<p>La reproduction des structures de pouvoir coloniales a toutefois \u00e9t\u00e9 souvent dissimul\u00e9e par l\u2019insistance des organisations humanitaires sur les programmes de secours dits \u00ab neutres \u00bb ; certains promouvant les pr\u00e9tendues \u00ab meilleures pratiques \u00bb et \u00ab standards occidentaux \u00bb dans les anciens territoires colonis\u00e9s, comme le Niger, tout en ignorant les modalit\u00e9s de soin locales et l\u2019agentivit\u00e9 des populations (Guillou, 2024). Fait int\u00e9ressant, les ONG internationales suivent fr\u00e9quemment les m\u00eames proc\u00e9dures descendantes que celles autrefois utilis\u00e9es par les administrateurs coloniaux, et les structures d\u2019aide postcoloniales au Niger refl\u00e8tent encore leurs h\u00e9ritages administratifs fran\u00e7ais (Rodogno, 2021 ; CIHA, 2024).<\/p>\n\n\n\n<p>Cela dit, les d\u00e9fis rencontr\u00e9s par les op\u00e9rations humanitaires au Niger doivent \u00eatre compris dans un cadre th\u00e9orique refl\u00e9tant les r\u00e9alit\u00e9s actuelles du contexte africain. Afin d\u2019interroger de mani\u00e8re critique la continuit\u00e9 des structures humanitaires coloniales, l\u2019\u00e9tude adopte une perspective d\u00e9coloniale, conceptualis\u00e9e globalement comme une approche r\u00e9v\u00e9lant comment l\u2019aide reproduit les r\u00e9gimes de pouvoir et de connaissance coloniaux, en s\u2019appuyant sur Quijano (2000). Pour cette \u00e9tude, le paradigme d\u00e9colonial est con\u00e7u comme une mani\u00e8re africaine de retrouver des savoirs qui ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9prim\u00e9s, tout en repensant son histoire selon des modalit\u00e9s coh\u00e9rentes avec ses caract\u00e9ristiques et ses r\u00e9alit\u00e9s propres.<\/p>\n\n\n\n<p>En pratique, l\u2019approche d\u00e9coloniale est pr\u00e9sent\u00e9e ici comme un paradigme de d\u00e9veloppement vivant, qui place le d\u00e9veloppement africain au centre de sa propre histoire, de ses savoirs et de son mode de vie. Comme l\u2019a soulign\u00e9 Mignolo (2011), cette approche implique une \u00ab d\u00e9sob\u00e9issance \u00e9pist\u00e9mique \u00bb et le courage de remettre en question, de rejeter et de r\u00e9imaginer les mani\u00e8res dominantes de conna\u00eetre, n\u00e9olib\u00e9rales et eurocentriques. Elle valorise \u00e9galement les exp\u00e9riences et savoirs de ceux qui ont \u00e9t\u00e9 historiquement marginalis\u00e9s, quelles que soient leurs particularit\u00e9s culturelles, \u00e9pist\u00e9miques, sociales ou historiques (Tamale, 2020). Une approche v\u00e9ritablement d\u00e9coloniale nous invite donc \u00e0 examiner les fondements historiques et structurels profonds du syst\u00e8me d\u2019aide lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne fait aucun doute que la th\u00e9orie d\u00e9coloniale remet en question l\u2019autorit\u00e9 structurelle et syst\u00e9mique de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale occidentale et ses fondements n\u00e9olib\u00e9raux, en soulignant que ce syst\u00e8me n\u2019est ni objectif ni universellement applicable. Au contraire, il repose sur des h\u00e9ritages coloniaux qui continuent de fa\u00e7onner les relations de pouvoir mondiales et de reproduire les in\u00e9galit\u00e9s dans les contextes postcoloniaux (Mignolo, 2011 ; Ndlovu-Gatsheni, 2013).<\/p>\n\n\n\n<p>Au Niger, les \u00e9checs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s de la gouvernance d\u00e9mocratique lib\u00e9rale \u2014 marqu\u00e9s par la corruption, la mauvaise gestion \u00e9conomique et l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 promouvoir un progr\u00e8s social significatif \u2014 ont aliment\u00e9 des cycles de coups d\u2019\u00c9tat militaires. Pour beaucoup, ces crises confirment l\u2019id\u00e9e que la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale n\u2019est pas une solution africaine mais un mod\u00e8le import\u00e9 de l\u2019Occident, qui peine \u00e0 s\u2019enraciner dans les r\u00e9alit\u00e9s locales.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette critique s\u2019\u00e9tend \u00e9galement \u00e0 l\u2019aide humanitaire. Il est clair que de nombreuses agences internationales se pr\u00e9sentent comme impartiales et bienveillantes. Cependant, la majorit\u00e9 des populations locales au Niger les per\u00e7oivent comme des extensions de l\u2019influence politique et \u00e9conomique occidentale. Le souvenir persistant de l\u2019exploitation coloniale rend ce scepticisme compr\u00e9hensible. Dans ce m\u00eame registre, la d\u00e9colonialit\u00e9 devient non seulement une id\u00e9e acad\u00e9mique, mais un appel \u00e0 repenser la circulation du pouvoir, du savoir et de l\u2019aide dans le monde, et \u00e0 imaginer un d\u00e9veloppement qui refl\u00e8te v\u00e9ritablement les voix et les aspirations africaines.<\/p>\n\n\n\n<p>Les populations locales per\u00e7oivent d\u00e9sormais les travailleurs humanitaires avec un scepticisme profond, interpr\u00e9tant leur pr\u00e9sence comme une imposition de valeurs et de politiques \u00e9trang\u00e8res qui reproduisent les promesses non tenues de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale. Cette m\u00e9fiance n\u2019est pas infond\u00e9e ; dans de nombreux cas, les organisations d\u2019aide ont \u00e9t\u00e9 accus\u00e9es d\u2019aggraver les tensions locales en s\u2019alignant, consciemment ou non, avec des r\u00e9gimes d\u00e9fendant l\u2019agenda n\u00e9olib\u00e9ral occidental. Ainsi, l\u2019aide humanitaire assume d\u00e9sormais une double identit\u00e9 sociale : d\u2019une part, comme force bienveillante venant de l\u2019Occident n\u00e9olib\u00e9ral, et d\u2019autre part, comme vecteur de la continuit\u00e9 d\u2019une pratique n\u00e9ocoloniale.<\/p>\n\n\n\n<p>La junte militaire actuelle au Niger, qui rejette la l\u00e9gitimit\u00e9 des id\u00e9aux d\u00e9mocratiques occidentaux, renforce ce sentiment en pr\u00e9sentant les travailleurs humanitaires internationaux comme des agents dissimul\u00e9s d\u2019un syst\u00e8me qui a, \u00e0 plusieurs reprises, \u00e9chou\u00e9 au pays. Par ailleurs, la politisation de l\u2019aide contribue \u00e0 accro\u00eetre les risques s\u00e9curitaires. Depuis 2023, les attaques violentes contre les travailleurs humanitaires ont augment\u00e9 sensiblement (Humanitarian Outcomes, 2024). Cette hostilit\u00e9 croissante entrave d\u00e9sormais la fluidit\u00e9 des op\u00e9rations humanitaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon la Banque mondiale (2022), l\u2019Indice de d\u00e9veloppement humain (IDH) du Niger est rest\u00e9 stagnant au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie. L\u2019instabilit\u00e9 politique, la corruption et l\u2019aventurisme militaire dans la politique du pays expliquent en grande partie les difficult\u00e9s de d\u00e9veloppement. De plus, la fr\u00e9quence des coups d\u2019\u00c9tat dans la r\u00e9gion est associ\u00e9e \u00e0 des baisses significatives des investissements \u00e9trangers et de la prestation des services publics, cr\u00e9ant un cercle vicieux de sous-d\u00e9veloppement et d\u2019instabilit\u00e9. Au Niger, apr\u00e8s le coup d\u2019\u00c9tat de 2023, les allocations publiques pour l\u2019\u00e9ducation et la sant\u00e9 ont chut\u00e9 d\u2019environ 25 % (Banque mondiale, 2022), ce qui a gravement r\u00e9duit la capacit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat \u00e0 r\u00e9pondre aux crises humanitaires. Selon Mbembe (2001), cet effondrement n\u2019est pas simplement une crise de gouvernance. Il refl\u00e8te plut\u00f4t la r\u00e9inscription postcoloniale du pouvoir souverain, qui administre la mort et exerce une violence biopolitique sur la vie civile. Ndlovu-Gatsheni (2013) situe cela dans le contexte de la \u00ab colonialit\u00e9 du pouvoir \u00bb qui perdure dans les \u00c9tats postcoloniaux, les pr\u00e9disposant aux crises et \u00e0 la d\u00e9pendance ext\u00e9rieure.<\/p>\n\n\n\n<p>La th\u00e9orie f\u00e9ministe offre un autre angle d\u2019analyse important. Thiam (1978), Oy\u011bw\u00f9m\u00ed (1997) et d\u2019autres universitaires f\u00e9ministes africains ont montr\u00e9 que l\u2019aide et les initiatives de d\u00e9veloppement reproduisent souvent des savoirs coloniaux, sapant la souverainet\u00e9 locale et l\u2019autod\u00e9termination des genres. Dans ce cadre, la situation au Niger peut \u00eatre comprise \u00e0 travers les logiques crois\u00e9es d\u2019inad\u00e9quation de la gouvernance, de d\u00e9pendance historique et d\u2019\u00e9checs de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale, plut\u00f4t que comme une exception.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, au Niger, l\u2019\u00e9chec de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale, avec ses arri\u00e8re-plans n\u00e9ocoloniaux, a eu des cons\u00e9quences consid\u00e9rables sur le progr\u00e8s socio-\u00e9conomique du pays. La population exprime son m\u00e9contentement envers les syst\u00e8mes de gouvernance n\u00e9olib\u00e9raux, consid\u00e9r\u00e9s comme responsables de la plupart de leurs difficult\u00e9s de d\u00e9veloppement. Ce d\u00e9senchantement a ouvert la voie \u00e0 un mod\u00e8le politique alternatif, notamment la gouvernance de type militaire, qui privil\u00e9gie une approche centralis\u00e9e et autoritaire au d\u00e9triment des valeurs d\u00e9mocratiques lib\u00e9rales, de pluralisme et de protection des droits individuels.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela implique que la junte militaire actuellement au pouvoir est per\u00e7ue par de nombreux Nig\u00e9riens non pas comme une aberration d\u00e9mocratique passag\u00e8re, mais comme un correctif n\u00e9cessaire aux \u00e9checs syst\u00e9miques de l\u2019ordre lib\u00e9ral, qui a continuellement marginalis\u00e9 les besoins et les aspirations de la population locale. Par ailleurs, de nombreux travailleurs humanitaires op\u00e9rant dans le pays ont \u00e9t\u00e9 contraints de naviguer dans un paysage religieux et politique fortement polaris\u00e9, o\u00f9 leurs efforts sont scrut\u00e9s non seulement pour leur efficacit\u00e9 op\u00e9rationnelle, mais aussi pour leurs implications politiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9tude vise \u00e0 analyser comment l\u2019aide humanitaire est utilis\u00e9e comme un outil de contr\u00f4le (n\u00e9o)colonial, en particulier dans le contexte nig\u00e9rien. Pour ce faire, elle adopte une m\u00e9thodologie qualitative afin d\u2019examiner les implications du r\u00e9cent coup d\u2019\u00c9tat au Niger sur les op\u00e9rations humanitaires. L\u2019\u00e9tude s\u2019appuie sur des donn\u00e9es obtenues via des entretiens semi-structur\u00e9s approfondis avec des informateurs cl\u00e9s, comprenant trois travailleurs humanitaires au Niger, six experts universitaires ayant une exp\u00e9rience de recherche \u00e9tendue sur l\u2019aide humanitaire et le d\u00e9veloppement international, ainsi que quinze habitants locaux. Une strat\u00e9gie d\u2019\u00e9chantillonnage raisonn\u00e9 a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e pour garantir que les participants poss\u00e8dent une connaissance ad\u00e9quate des op\u00e9rations humanitaires au Niger, permettant ainsi des analyses riches et contextualis\u00e9es des d\u00e9fis rencontr\u00e9s par les organisations d\u2019aide. Les donn\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 analys\u00e9es par une m\u00e9thode d\u2019analyse th\u00e9matique pour identifier les motifs et les th\u00e8mes relatifs \u00e0 l\u2019aide humanitaire, \u00e0 l\u2019instabilit\u00e9 politique et \u00e0 la d\u00e9colonialit\u00e9 au Niger.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Aide humanitaire et instabilit\u00e9 politique<\/h2>\n\n\n\n<p>La litt\u00e9rature sur la prestation de l\u2019aide humanitaire dans les r\u00e9gions politiquement instables, en particulier dans les pays connaissant des coups d\u2019\u00c9tat, a consid\u00e9rablement \u00e9volu\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Cependant, si les \u00e9tudes existantes ont explor\u00e9 les complexit\u00e9s plus larges de l\u2019aide humanitaire dans les zones de conflit, elles n\u2019abordent pas souvent de mani\u00e8re ad\u00e9quate les implications sp\u00e9cifiques des coups d\u2019\u00c9tat militaires ni les dynamiques d\u00e9coloniales qui fa\u00e7onnent l\u2019environnement op\u00e9rationnel. Cette lacune appara\u00eet clairement dans la litt\u00e9rature existante.<\/p>\n\n\n\n<p>Au Niger, les structures postcoloniales r\u00e9centes, l\u2019instabilit\u00e9 politique et l\u2019\u00e9chec de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale ont aggrav\u00e9 les d\u00e9fis rencontr\u00e9s par les organisations humanitaires. Dans ce contexte, cette \u00e9tude examine la litt\u00e9rature actuelle sur l\u2019aide humanitaire dans des environnements politiquement instables, en mettant l\u2019accent sur les d\u00e9fis particuliers pos\u00e9s par les coups d\u2019\u00c9tat, et int\u00e8gre une critique d\u00e9coloniale afin de mettre en lumi\u00e8re les probl\u00e8mes structurels en jeu.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9colonialit\u00e9 a ind\u00e9niablement fourni, et de plus en plus, un prisme pour interroger les racines imp\u00e9riales de l\u2019humanitarisme. Rodogno (2021) soutient que la plupart de l\u2019aide internationale a historiquement suivi un sch\u00e9ma d\u2019expansion coloniale tout en pr\u00e9tendant apporter de l\u2019aide aux \u00c9tats postcoloniaux du tiers-monde. La s\u00e9rie <em>Decolonizing Aid in Africa,<\/em> de la plateforme Critical Investigations into Humanitarianism in Africa, offre une critique pertinente de l\u2019aide humanitaire au d\u00e9veloppement, pr\u00e9sent\u00e9e comme un m\u00e9canisme de reproduction de la d\u00e9pendance structurelle entre le Nord et le Sud global. CIHA plaide pour des interventions humanitaires dirig\u00e9es par les communaut\u00e9s locales, estimant qu\u2019une op\u00e9ration humanitaire excluant les populations locales de ses processus est intrins\u00e8quement inefficace (CIHA, 2024).<\/p>\n\n\n\n<p>Un point d\u2019attention dans la litt\u00e9rature existante concerne le lien entre troubles politiques et distribution de l\u2019aide humanitaire. Fournissant une vue d\u2019ensemble de la relation entre ces deux variables, Thomson (2020) note que les troubles politiques perturbent naturellement les op\u00e9rations humanitaires par la restriction d\u2019acc\u00e8s \u00e0 certaines zones, les menaces s\u00e9curitaires et d\u2019autres obstacles bureaucratiques impos\u00e9s par les forces militaires. Les \u00e9tudes se sont principalement concentr\u00e9es sur l\u2019instabilit\u00e9 \u00e0 long terme li\u00e9e aux conflits plut\u00f4t que sur les perturbations imm\u00e9diates caus\u00e9es par les coups d\u2019\u00c9tat militaires (Bennett et al., 2006 ; Thomson, 2020 ; Humanitarian Outcomes, 2024). Ces bouleversements perturbent non seulement les structures de gouvernance, mais \u00e9galement les op\u00e9rations humanitaires, surtout lorsque la nouvelle junte militaire impose des politiques et r\u00e9glementations diff\u00e9rentes, cr\u00e9ant ainsi un environnement volatil pour les travailleurs humanitaires.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">D\u00e9colonialit\u00e9 et aide humanitaire en Afrique<\/h2>\n\n\n\n<p>La critique du mod\u00e8le d\u00e9mocratique lib\u00e9ral est essentielle pour comprendre pourquoi de nombreux Africains continuent de percevoir la plupart des interventions humanitaires des organisations internationales avec suspicion et m\u00e9fiance. Malgr\u00e9 la fin officielle de la domination coloniale sur le continent africain, la majorit\u00e9 des organisations humanitaires sont per\u00e7ues comme complices de la continuation des objectifs n\u00e9ocoloniaux et n\u00e9olib\u00e9raux.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette critique prend une importance particuli\u00e8re au Niger o\u00f9 le r\u00e9cent coup d\u2019\u00c9tat a conduit la junte militaire \u00e0 critiquer ouvertement et \u00e0 s\u2019opposer aux syst\u00e8mes n\u00e9ocoloniaux et n\u00e9olib\u00e9raux se faisant passer pour un r\u00e9gime d\u00e9mocratique (Ndlovu-Gatsheni, 2013). La distribution de l\u2019aide humanitaire au Niger a \u00e9t\u00e9 entrav\u00e9e par plusieurs probl\u00e8mes structurels et politiques au fil du temps, surtout depuis 2023, apr\u00e8s le coup d\u2019\u00c9tat ayant conduit \u00e0 la mise en place de la junte militaire actuelle. Par exemple, l\u2019effondrement de nombreuses institutions gouvernementales sous contr\u00f4le militaire a perturb\u00e9 les m\u00e9canismes de gouvernance existants, cr\u00e9ant un vide qui limite la coop\u00e9ration entre les fournisseurs d\u2019aide. L\u2019importance de la collaboration et de la coordination dans les r\u00e9ponses humanitaires, notamment dans les contextes post-catastrophes, ne refl\u00e8te pas enti\u00e8rement la rapidit\u00e9 avec laquelle des changements politiques soudains, tels que des coups d\u2019\u00c9tat, peuvent compromettre ces syst\u00e8mes (Bennett et al., 2006). Au Niger, les organisations humanitaires, traditionnellement d\u00e9pendantes des cadres \u00e9tatiques, doivent d\u00e9sormais op\u00e9rer dans un environnement marqu\u00e9 par l\u2019incertitude et la faiblesse des institutions.<\/p>\n\n\n\n<p>Les facteurs historiques et sociaux aggravent encore cette instabilit\u00e9. Il est clair que les r\u00e9alit\u00e9s actuelles du sous-d\u00e9veloppement au Niger, comme dans la plupart des pays de la r\u00e9gion sah\u00e9lienne, ne peuvent \u00eatre dissoci\u00e9es de l\u2019ombre persistante des h\u00e9ritages coloniaux et de la domination continue des mod\u00e8les de gouvernance occidentaux, m\u00eame en p\u00e9riode postcoloniale (Mignolo, 2011). Apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance formelle du Niger, les vestiges du syst\u00e8me de gouvernance de style colonial, caract\u00e9ris\u00e9 par une centralisation rigide et une prise de d\u00e9cision hi\u00e9rarchique, restent profond\u00e9ment ancr\u00e9s. Ces structures ont souvent laiss\u00e9 les citoyens se sentir marginalis\u00e9s et d\u00e9munis face \u00e0 la d\u00e9termination de leur propre destin. La population manifeste une fatigue croissante \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la rh\u00e9torique du \u00ab&nbsp;d\u00e9veloppement&nbsp;\u00bb, de nombreuses promesses n\u2019ayant pas permis de transformations tangibles ou durables dans la vie quotidienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme l\u2019observe Mbembe (2001), les initiatives d\u2019aide reproduisent souvent les sch\u00e9mas coloniaux : les solutions sont con\u00e7ues ailleurs et impos\u00e9es aux r\u00e9alit\u00e9s locales, laissant peu de place \u00e0 une v\u00e9ritable participation ou appropriation. La pr\u00e9sence des travailleurs humanitaires au Niger a conduit les populations locales \u00e0 percevoir de nombreux projets humanitaires avec un optimisme prudent.<\/p>\n\n\n\n<p>Muggah (2013) met en \u00e9vidence des dynamiques similaires en Ha\u00efti, o\u00f9 l\u2019aide humanitaire a souvent \u00e9t\u00e9 m\u00eal\u00e9e \u00e0 des motifs politiques, brouillant la fronti\u00e8re entre assistance et influence. Cette perception persiste, l\u2019id\u00e9e \u00e9tant que les organisations d\u2019aide sont souvent vues comme des prolongements des id\u00e9aux lib\u00e9raux occidentaux qui n\u2019ont pas su apporter justice et \u00e9galit\u00e9. Cette association, comme le note Thomson (2020), peut conduire \u00e0 l\u2019exclusion de certaines organisations des r\u00e9seaux d\u2019aide locaux, leur pr\u00e9sence \u00e9tant per\u00e7ue comme un renforcement des syst\u00e8mes politiques discr\u00e9dit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon Hilhorst et Jansen (2010), leur \u00e9tude fournit un prisme pr\u00e9cieux pour comprendre ces tensions sociales, en conceptualisant l\u2019espace humanitaire non seulement comme un champ politiquement contest\u00e9, mais aussi comme un espace fa\u00e7onn\u00e9 par les interactions et les luttes de pouvoir entre de multiples acteurs. Si leur cadre saisit la politique quotidienne de l\u2019aide, il n\u2019examine pas pleinement la mani\u00e8re dont les bouleversements politiques soudains, tels que les coups d\u2019\u00c9tat militaires, reconfigurent le paysage humanitaire. Ces changements r\u00e9v\u00e8lent la nature profond\u00e9ment politique de l\u2019action humanitaire dans les contextes postcoloniaux : ils perturbent non seulement la logistique op\u00e9rationnelle, mais red\u00e9finissent \u00e9galement les relations intrins\u00e8ques entre fournisseurs d\u2019aide, \u00c9tat et communaut\u00e9s locales.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019effondrement de la gouvernance d\u00e9mocratique au Niger et la mont\u00e9e subs\u00e9quente d\u2019une junte militaire cr\u00e9ent un environnement o\u00f9 les op\u00e9rations humanitaires deviennent de plus en plus complexes (Kant\u00e9 et al., 2024). Les organisations humanitaires doivent donc concilier la n\u00e9cessit\u00e9 de rester neutres avec le fait d\u2019op\u00e9rer dans un contexte extr\u00eamement volatil et d\u00e9licat, o\u00f9 les populations locales nourrissent une m\u00e9fiance significative \u00e0 leur \u00e9gard et o\u00f9 tout alignement per\u00e7u avec la junte militaire pourrait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9, par la communaut\u00e9 internationale, comme une complicit\u00e9 avec les objectifs du r\u00e9gime.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le r\u00f4le des acteurs locaux dans la d\u00e9colonisation de l\u2019aide humanitaire<\/h2>\n\n\n\n<p>Le r\u00f4le des acteurs locaux dans la r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019instabilit\u00e9 politique et aux crises humanitaires a \u00e9galement suscit\u00e9 une attention consid\u00e9rable dans la litt\u00e9rature. Collier et Hoeffler (2002) soulignent que les communaut\u00e9s locales sont souvent les premi\u00e8res \u00e0 intervenir lors des crises, apportant une assistance imm\u00e9diate avant que les organisations humanitaires internationales ne puissent se mobiliser. Cependant, leurs travaux, qui se concentrent principalement sur les contextes de guerre civile, n\u2019examinent pas pleinement la mani\u00e8re dont les acteurs locaux s\u2019adaptent aux changements politiques soudains tels que les coups d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<p>Au Niger, les agences locales commencent d\u00e9sormais \u00e0 d\u00e9velopper des strat\u00e9gies pour g\u00e9rer les relations complexes avec la nouvelle autorit\u00e9 militaire tout en assurant la fourniture de services essentiels. Selon Hilhorst et Jansen (2010), les interventions humanitaires doivent int\u00e9grer l\u2019agentivit\u00e9 locale afin d\u2019\u00eatre sociopolitiquement pertinentes. Les acteurs locaux jouent un r\u00f4le encore plus crucial pour garantir que l\u2019aide parvienne aux populations les plus n\u00e9cessiteuses au Niger, o\u00f9 la population s\u2019est longtemps sentie marginalis\u00e9e par le gouvernement central et les op\u00e9rations internationales.<\/p>\n\n\n\n<p>Les dilemmes \u00e9thiques constituent une autre pr\u00e9occupation majeure pour les organisations humanitaires op\u00e9rant dans des environnements politiquement instables. Il est imp\u00e9ratif de trouver un \u00e9quilibre dans le paysage moral complexe auquel sont confront\u00e9s les travailleurs humanitaires : apporter une assistance tout en maintenant neutralit\u00e9 et impartialit\u00e9. Au Niger, ces d\u00e9fis \u00e9thiques sont amplifi\u00e9s par les dynamiques politiques entourant le coup d\u2019\u00c9tat militaire. Les organisations humanitaires subissent d\u00e9sormais une pression intense pour d\u00e9montrer leur neutralit\u00e9, tout en faisant face \u00e0 la perception selon laquelle elles sont n\u00e9olib\u00e9rales et align\u00e9es sur des r\u00e9gimes politiques soutenus par l\u2019Occident. Cette perception non seulement compromet leur capacit\u00e9 \u00e0 agir efficacement, mais met \u00e9galement en danger \u00e0 la fois les travailleurs humanitaires et les communaut\u00e9s locales. Comme le souligne Muggah (2013), la politisation des processus humanitaires est particuli\u00e8rement marqu\u00e9e dans les contextes de coup d\u2019\u00c9tat, o\u00f9 les nouveaux acteurs politiques peuvent chercher \u00e0 contr\u00f4ler le flux de l\u2019aide pour l\u00e9gitimer leur pouvoir ou obtenir le soutien populaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Appuyant cette position, Hosseini et al. (2023) apportent un \u00e9clairage sur la mani\u00e8re dont les organisations humanitaires se sont adapt\u00e9es aux turbulences politiques. L\u2019implication ici est que, m\u00eame si leur analyse se concentre principalement sur l\u2019instabilit\u00e9 politique \u00e0 long terme, elle fournit des enseignements pr\u00e9cieux sur la mani\u00e8re dont les organisations humanitaires peuvent ajuster leurs op\u00e9rations face \u00e0 des changements politiques soudains. Au Niger, les organisations humanitaires ont d\u00fb innover en utilisant des plateformes num\u00e9riques pour la distribution de l\u2019aide et en forgeant des partenariats plus solides avec les acteurs locaux. Ces strat\u00e9gies d\u2019adaptation sont essentielles pour maintenir le flux de l\u2019assistance humanitaire malgr\u00e9 l\u2019instabilit\u00e9 politique provoqu\u00e9e par le r\u00e9cent coup d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, la litt\u00e9rature existante offre une compr\u00e9hension large des d\u00e9fis auxquels sont confront\u00e9es les organisations humanitaires op\u00e9rant dans des r\u00e9gions en conflit et politiquement instables. Bien que la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale ignore fr\u00e9quemment les effets sp\u00e9cifiques des coups d\u2019\u00c9tat et les r\u00e9percussions persistantes du colonialisme, son \u00e9chec contribue \u00e0 complexifier davantage les efforts humanitaires.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">D\u00e9coloniser l\u2019aide humanitaire : une r\u00e9flexion th\u00e9orique<\/h2>\n\n\n\n<p>Depuis sa cr\u00e9ation parall\u00e8lement aux conqu\u00eates coloniales, l\u2019aide humanitaire, en particulier celle provenant des bailleurs occidentaux, n\u2019a pas simplement fonctionn\u00e9 comme un geste neutre de secours, mais aussi comme la continuation des dynamiques de pouvoir imp\u00e9rial. Comme le souligne Quijano (2000), la colonialit\u00e9 du pouvoir perdure au-del\u00e0 de l\u2019empire formel, structurant des hi\u00e9rarchies mondiales de race, de savoir et d\u2019autorit\u00e9 qui continuent de fa\u00e7onner les institutions d\u2019intervention.<\/p>\n\n\n\n<p>Les standards humanitaires, qu\u2019ils soient influenc\u00e9s par le syst\u00e8me de clusters des Nations unies ou par les <em>Sphere Minimum Standards<\/em>, proviennent fr\u00e9quemment de points de vue occidentaux. Ils d\u00e9finissent ce que signifie \u00eatre en bonne sant\u00e9, bien vivre, traiter les gens \u00e9quitablement et disposer d\u2019une gouvernance juste. Cependant, nombre de ces standards n\u00e9olib\u00e9raux refl\u00e8tent \u00e0 peine les r\u00e9alit\u00e9s v\u00e9cues par les populations qu\u2019ils sont cens\u00e9s assister. Ils peuvent para\u00eetre distants et impersonnels dans des lieux comme le Niger, ignorant le riche r\u00e9servoir de savoirs indig\u00e8nes qui a longtemps guid\u00e9 les communaut\u00e9s \u00e0 travers le Sahel. En effet, la plupart des familles nig\u00e9riennes ont construit des habitations adapt\u00e9es aux vents d\u00e9sertiques, partag\u00e9 nourriture et eau via des r\u00e9seaux sociaux complexes, et soign\u00e9 leurs proches gr\u00e2ce \u00e0 des connaissances transmises par les anciens.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces modes de vie, fond\u00e9s sur le soin, la coop\u00e9ration et la r\u00e9silience, sont pourtant souvent consid\u00e9r\u00e9s comme informels ou non scientifiques dans les syst\u00e8mes humanitaires. Les ONG internationales, contraintes par des couches de bureaucratie et des proc\u00e9dures rigides, reproduisent souvent les m\u00eames structures hi\u00e9rarchiques descendantes autrefois impos\u00e9es par les administrations coloniales. Le r\u00e9sultat est une aide qui parle le langage de la compassion mais peine \u00e0 reconna\u00eetre les populations qu\u2019elle pr\u00e9tend servir comme ma\u00eetres de leur propre survie. De plus, le syst\u00e8me humanitaire n\u00e9olib\u00e9ral a largement sous-estim\u00e9 les savoirs exp\u00e9rientiels des communaut\u00e9s nig\u00e9riennes et leurs techniques d\u2019adaptation qui ont \u00e9volu\u00e9 au fil des g\u00e9n\u00e9rations (Rodogno, 2021). Cette disparit\u00e9 est critiqu\u00e9e par Mignolo (2011) comme relevant de la \u00ab colonialit\u00e9 du savoir \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire la pr\u00e9f\u00e9rence persistante pour les savoirs occidentaux au d\u00e9triment des visions du monde alternatives.<\/p>\n\n\n\n<p>Mignolo (2011) plaide \u00e9galement pour une \u00ab d\u00e9sob\u00e9issance \u00e9pist\u00e9mique \u00bb, un acte conscient de rupture avec les syst\u00e8mes de savoir dominants afin de faire place aux voix subalternes. Les standards humanitaires, fa\u00e7onn\u00e9s principalement par les <em>Sphere Minimum Standards<\/em> ou le syst\u00e8me de clusters de l\u2019ONU, \u00e9manent souvent de perspectives occidentales qui d\u00e9finissent ce que signifie bien vivre, \u00eatre en bonne sant\u00e9 ou b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une gouvernance juste. Bien que ces cadres pr\u00e9tendent \u00e0 l\u2019universalit\u00e9, ils refl\u00e8tent rarement les r\u00e9alit\u00e9s v\u00e9cues des populations qu\u2019ils visent. Depuis des g\u00e9n\u00e9rations, les familles nig\u00e9riennes construisent des habitations adapt\u00e9es aux vents du d\u00e9sert, partagent nourriture et eau par des r\u00e9seaux sociaux complexes et soignent leurs proches gr\u00e2ce aux savoirs transmis de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. Dans des pays comme le Niger, les syst\u00e8mes humanitaires n\u00e9olib\u00e9raux, comme dans la majeure partie du monde en d\u00e9veloppement, ignorent souvent le profond r\u00e9servoir de savoirs locaux et l\u2019agentivit\u00e9 qui ont guid\u00e9 les communaut\u00e9s africaines \u00e0 travers le Sahel pendant des si\u00e8cles.<\/p>\n\n\n\n<p>Maldonado-Torres approfondit cette position en montrant que les communaut\u00e9s africaines sont souvent repr\u00e9sent\u00e9es comme de simples b\u00e9n\u00e9ficiaires d\u2019une charit\u00e9, plut\u00f4t que comme des acteurs robustes de leur propre existence (Ngwenya &amp; Naude, 2016). Cette image se mat\u00e9rialise au Niger \u00e0 travers des images \u00e9vocatrices de missions de charit\u00e9, de visages couverts de poussi\u00e8re, de bols vides tendus avec d\u00e9sespoir et de m\u00e8res au regard triste. Bien que ces repr\u00e9sentations visent \u00e0 susciter la compassion, elles occultent souvent un r\u00e9cit plus authentique et discret, inscrit dans les actes quotidiens de r\u00e9silience qui unissent les communaut\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Les m\u00e9thodes ancestrales et d\u00e9coloniales de prise en charge des d\u00e9fis sanitaires, sociaux et humanitaires ont toujours fait partie int\u00e9grante de l\u2019existence des populations. Ces syst\u00e8mes indig\u00e8nes \u00e9prouv\u00e9s et efficaces apparaissent rarement dans les rapports officiels ou \u00e0 la une des m\u00e9dias mondiaux, pourtant ils r\u00e9v\u00e8lent un syst\u00e8me humanitaire profond et r\u00e9silient.<\/p>\n\n\n\n<p>Des penseurs d\u00e9coloniaux comme Mbembe (2001) et Ndlovu-Gatsheni (2013) rappellent que les \u00c9tats postcoloniaux h\u00e9ritent souvent de la logique de gouvernance coloniale. Rabiou et al. (2024) affirment qu\u2019il s\u2019agit de syst\u00e8mes enracin\u00e9s dans une longue histoire d\u2019ordre n\u00e9olib\u00e9ral o\u00f9 secours et autorit\u00e9 sont imbriqu\u00e9s. Les chercheuses f\u00e9ministes d\u00e9coloniales apportent une dimension suppl\u00e9mentaire \u00e0 cette critique : Tamale (2020) souligne que les femmes africaines sont trop souvent repr\u00e9sent\u00e9es comme des b\u00e9n\u00e9ficiaires passives de l\u2019aide, leur leadership et savoir \u00e9tant effac\u00e9s par les hi\u00e9rarchies coloniales genr\u00e9es. Par ailleurs, Khursheed (2022) montre comment les microcr\u00e9dits, les transferts mon\u00e9taires ou les distributions de kits m\u00e9dicaux renforcent souvent des st\u00e9r\u00e9otypes plut\u00f4t que d\u2019autonomiser les femmes \u00e0 travers leurs syst\u00e8mes communautaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Les associations de femmes au Niger ont longtemps jou\u00e9 un r\u00f4le crucial dans la gestion des ressources en eau, la m\u00e9diation des conflits et le maintien de la coh\u00e9sion sociale. Pourtant, les programmes conventionnels d\u2019eau, d\u2019assainissement et d\u2019hygi\u00e8ne (Wash) ou de protection les consultent rarement, perp\u00e9tuant l\u2019hypoth\u00e8se coloniale selon laquelle les voix des femmes n\u00e9cessitent une validation externe (Dei, 2014 ; Rabiou et al., 2024).<\/p>\n\n\n\n<p>Il est clair que ces r\u00e9alit\u00e9s montrent que l\u2019aide humanitaire au Niger postcolonial, et particuli\u00e8rement apr\u00e8s le coup d\u2019\u00c9tat de 2023, \u00e9volue encore dans des hi\u00e9rarchies rigides de savoir, de pouvoir et de genre qui refl\u00e8tent les syst\u00e8mes coloniaux qu\u2019elle pr\u00e9tend abolir. La cons\u00e9quence est qu\u2019elle ignore l\u2019essence et la force de l\u2019\u00eatre nig\u00e9rien : la sagesse des anciens, l\u2019ing\u00e9niosit\u00e9 des femmes, la d\u00e9termination des jeunes et la force tranquille qui a toujours guid\u00e9 les communaut\u00e9s \u00e0 travers les \u00e9preuves. La v\u00e9ritable compassion commence donc non par l\u2019instruction, mais par l\u2019\u00e9coute des voix qui n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 silencieuses, seulement ignor\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans aucun doute, la d\u00e9colonisation de l\u2019aide n\u00e9cessiterait donc bien plus qu\u2019une participation locale. Elle exigerait une reconfiguration de ce qui est consid\u00e9r\u00e9 comme savoir, de ce qui voit ses structures de gouvernance reconnues et de quelles voix d\u00e9terminent les conditions de l\u2019aide ou des interventions humanitaires.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019impact de l\u2019instabilit\u00e9 politique au Niger<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019un des th\u00e8mes cl\u00e9s qui \u00e9merge des entretiens est la perturbation des op\u00e9rations humanitaires et l\u2019inaccessibilit\u00e9 des populations vuln\u00e9rables aux organisations humanitaires. Les r\u00e9pondants s\u2019accordent unanimement \u00e0 dire que le coup d\u2019\u00c9tat a consid\u00e9rablement perturb\u00e9 la fourniture de l\u2019aide humanitaire, beaucoup soulignant les difficult\u00e9s accrues pour atteindre les populations les plus vuln\u00e9rables. L\u2019instabilit\u00e9 politique et la prise de contr\u00f4le militaire au Niger ont introduit de nombreux obstacles \u00e0 l\u2019aide humanitaire, notamment des retards administratifs, des restrictions de mouvement et des risques s\u00e9curitaires accrus. Ces facteurs ont collectivement entrav\u00e9 l\u2019efficacit\u00e9 des agences humanitaires dans la r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n<p>Un travailleur humanitaire au Niger a expliqu\u00e9 ces dynamiques en d\u00e9clarant :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>La prise de contr\u00f4le militaire rend extr\u00eamement difficile notre acc\u00e8s \u00e0 certaines zones. Nous faisons face \u00e0 des barrages constants et notre travail est souvent retard\u00e9 en raison des nouveaux obstacles bureaucratiques instaur\u00e9s par l\u2019arm\u00e9e.<br>(Travailleur humanitaire, The International Rescue Committee, Niger, 2024)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cette d\u00e9claration s\u2019aligne avec la th\u00e8se de Muggah (2013) selon laquelle l\u2019instabilit\u00e9 politique, telle que les coups d\u2019\u00c9tat, entra\u00eene souvent des perturbations logistiques, une augmentation des co\u00fbts op\u00e9rationnels et des retards dans la distribution de l\u2019aide, compromettant dans la plupart des cas l\u2019efficacit\u00e9 globale des op\u00e9rations humanitaires. Cela sugg\u00e8re que les exigences bureaucratiques impos\u00e9es par la junte militaire, obligeant toutes les organisations humanitaires op\u00e9rant dans le pays \u00e0 obtenir l\u2019autorisation pr\u00e9alable de l\u2019arm\u00e9e avant toute op\u00e9ration, affectent directement l\u2019espace humanitaire du pays. Bien que le gouvernement militaire ne soit pas le seul responsable des nouveaux d\u00e9fis op\u00e9rationnels, les perturbations qui accompagnent typiquement les prises de contr\u00f4le militaires soudaines et l\u2019\u00e9rosion des structures d\u00e9mocratiques existantes peuvent en \u00eatre partiellement la cause.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme l\u2019a observ\u00e9 un autre r\u00e9pondant :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\u00ab Je ne suis pas s\u00fbr que le CICR et M\u00e9decins Sans Fronti\u00e8res trouvent leur travail facile dans cette r\u00e9gion \u00bb, soulignant les capacit\u00e9s limit\u00e9es de ces grands acteurs humanitaires \u00e0 la suite du coup d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Les rapports officiels de MSF et du CICR sur leurs op\u00e9rations corroborent ces constats (MSF, 2023). Par exemple, MSF a signal\u00e9 d\u2019importantes difficult\u00e9s \u00e0 fournir une assistance m\u00e9dicale aux communaut\u00e9s vuln\u00e9rables en raison des affrontements fr\u00e9quents entre les troupes gouvernementales et les groupes terroristes, ainsi que des couvre-feux impos\u00e9s par la hi\u00e9rarchie militaire dans certains territoires, retardant consid\u00e9rablement la livraison des interventions m\u00e9dicales urgentes (MSF, 2023). De m\u00eame, le CICR a rapport\u00e9 plusieurs perturbations de ses op\u00e9rations humanitaires dues \u00e0 un acc\u00e8s limit\u00e9 aux principales communaut\u00e9s vuln\u00e9rables affect\u00e9es par les conflits violents (ICRC, 2023 ; Ocha, 2023).<\/p>\n\n\n\n<p>Ces obstacles op\u00e9rationnels ne sont pas seulement le r\u00e9sultat de d\u00e9fis s\u00e9curitaires, mais constituent \u00e9galement une manifestation des dynamiques g\u00e9opolitiques et d\u00e9coloniales plus larges \u00e0 l\u2019\u0153uvre. La r\u00e9ticence du r\u00e9gime militaire en place envers les op\u00e9rations des organisations humanitaires n\u00e9olib\u00e9rales illustre davantage la m\u00e9fiance que la plupart des r\u00e9gimes militaires postcoloniaux africains nourrissent envers ces organisations. Cela explique pourquoi l\u2019administration militaire actuelle est r\u00e9ticente \u00e0 l\u2019\u00e9gard des postures de nombreuses agences n\u00e9olib\u00e9rales, dont l\u2019organisation humanitaire est un \u00e9l\u00e9ment central. Cette situation renforce la perception des populations locales qui consid\u00e8rent ces organisations comme des agents d\u2019agendas politiques \u00e9trangers et de l\u2019ordre n\u00e9ocolonial lib\u00e9ral-d\u00e9mocratique, qui a, au fil du temps, enrichi quelques membres de l\u2019\u00e9lite politique interne au d\u00e9triment des masses.<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e9fiance des populations locales trouve ses racines dans les h\u00e9ritages coloniaux, o\u00f9 les interventions ext\u00e9rieures \u00e9taient souvent per\u00e7ues comme servant les int\u00e9r\u00eats des anciennes puissances coloniales plut\u00f4t que les besoins et aspirations locaux. Comme l\u2019a not\u00e9 un participant r\u00e9sidant \u00e0 Maradi, en langue fulfulde :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>tawtoreede gollotoo\u0253e ballondiral hakkunde ley\u0257eele wontii politik no feewi. Yim\u0253e \u0257oo njiyataa \u0253e ko lanndaaji \u0257i ngonaa laamuyankooji; \u0253e njiytiraa ko gollotoo\u0253e laamuuji janani.<\/em><br>(Transcription en anglais : \u00ab la pr\u00e9sence des travailleurs humanitaires internationaux est devenue hautement politis\u00e9e. Les gens ici ne les voient pas comme des parties neutres ; ils sont per\u00e7us comme des agents de puissances \u00e9trang\u00e8res \u00bb).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ce t\u00e9moignage sugg\u00e8re que, dans le discours postcolonial, l\u2019aide humanitaire au Niger et dans la plupart des communaut\u00e9s africaines n\u2019est pas souvent neutre, mais constitue un outil de contr\u00f4le n\u00e9ocolonial, perp\u00e9tuant des dynamiques de pouvoir in\u00e9gales entre pays donateurs et \u00c9tats b\u00e9n\u00e9ficiaires (Ndlovu-Gatsheni, 2013). Il d\u00e9montre \u00e9galement que les \u00e9checs des organisations humanitaires \u00e0 naviguer dans le paysage politique complexe du Niger ne sont pas uniquement dus \u00e0 des d\u00e9fis logistiques et s\u00e9curitaires, mais \u00e9galement \u00e0 l\u2019ali\u00e9nation politique et culturelle des populations locales, h\u00e9rit\u00e9e de la longue tradition coloniale et de la m\u00e9fiance persistante des populations \u00e0 leur \u00e9gard.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>On peut d\u00e9duire de cette \u00e9tude que les op\u00e9rations humanitaires n\u00e9olib\u00e9rales au Niger ne peuvent \u00eatre pleinement comprises sans les situer dans le contexte plus large des \u00e9checs de gouvernance postcoloniaux et de la colonialit\u00e9 persistante inscrite dans les architectures mondiales de l\u2019aide. Il est clair que le coup d\u2019\u00c9tat de 2023 au Niger a profond\u00e9ment impact\u00e9 les op\u00e9rations humanitaires. Il a perturb\u00e9 les canaux logistiques et les routines op\u00e9rationnelles tout en exposant davantage les fractures de longue date dans les relations entre les acteurs humanitaires externes et les populations locales.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9tude r\u00e9v\u00e8le \u00e9galement que la plupart des organisations humanitaires n\u00e9olib\u00e9rales op\u00e9rant dans le contexte politique militaris\u00e9 du Niger sont d\u00e9sormais confront\u00e9es \u00e0 d\u2019importants d\u00e9fis bureaucratiques, s\u00e9curitaires et structurels, qui se situent au c\u0153ur de leurs interactions avec les communaut\u00e9s qu\u2019elles servent.<\/p>\n\n\n\n<p>La profonde m\u00e9fiance sociale et la suspicion que nourrissent les populations locales et le r\u00e9gime militaire \u00e0 l\u2019\u00e9gard de nombreuses organisations n\u00e9olib\u00e9rales compliquent encore la situation et expliquent pourquoi la plupart des organisations humanitaires et leurs op\u00e9rations sont per\u00e7ues avec un optimisme prudent par les populations locales. Ces observations renforcent les critiques d\u00e9coloniales qui plaident pour le d\u00e9mant\u00e8lement des mod\u00e8les d\u2019aide hi\u00e9rarchiques, qui privil\u00e9gient l\u2019expertise externe tout en marginalisant l\u2019agentivit\u00e9 indig\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, l\u2019exp\u00e9rience nig\u00e9rienne montre qu\u2019il ne suffit pas d\u2019adapter les op\u00e9rations humanitaires pour qu\u2019elles soient efficaces dans des environnements politiquement volatils, comme en p\u00e9riode de coups d\u2019\u00c9tat. Il est n\u00e9cessaire de transformer fondamentalement la logique humanitaire et de promouvoir une pratique v\u00e9ritablement d\u00e9colonis\u00e9e : une pratique fond\u00e9e sur la pluralit\u00e9 \u00e9pist\u00e9mique, la gouvernance locale et la confiance relationnelle, offrant la voie la plus viable vers une assistance durable et la stabilit\u00e9 politique. Dans ce sens, la crise au Niger constitue \u00e0 la fois un avertissement et une opportunit\u00e9 de repenser l\u2019humanitarisme au-del\u00e0 de ses h\u00e9ritages coloniaux.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":24811,"template":"","meta":[],"series-categories":[1023],"cat-articles":[1015],"keywords":[1099,1140,1136,1138,1142,1141,1137,1093,1139],"ppma_author":[1135],"class_list":["post-24812","series-issues","type-series-issues","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","series-categories-numero-12","cat-articles-analyses-critiques","keywords-aide-humanitaire","keywords-colonialite-du-pouvoir","keywords-coloniality-of-power","keywords-coup","keywords-coup-detat","keywords-decolonialite","keywords-decoloniality","keywords-humanitarian-aid","keywords-niger","author-olawale-akinrinde"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>D\u00e9coloniser l\u2019aide humanitaire en p\u00e9riode de coups d\u2019\u00c9tat : colonialit\u00e9, agentivit\u00e9 locale et crise de l\u2019intervention au Niger | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-12\/decolonizing-humanitarian-aid-in-times-of-coups-coloniality-local-agency-and-the-crisis-of-intervention-in-niger\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"D\u00e9coloniser l\u2019aide humanitaire en p\u00e9riode de coups d\u2019\u00c9tat : colonialit\u00e9, agentivit\u00e9 locale et crise de l\u2019intervention au Niger | Global Africa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Introduction Au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, de nombreux pays d\u2019Afrique subsaharienne ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9s par des coups d\u2019\u00c9tat, des guerres civiles et des conflits intranationaux. Les conflits arm\u00e9s et les \u00e9pisodes de violence politique, tels que les coups d\u2019\u00c9tat, sont devenus plus fr\u00e9quents dans cette r\u00e9gion que dans d\u2019autres parties du monde (Youngs et al., 2024). Parall\u00e8lement, de nombreux autres pays \u00e0 travers le monde, comme l\u2019Ukraine et la Palestine, continuent de faire face \u00e0 divers niveaux de crises humanitaires li\u00e9es aux conflits arm\u00e9s, qui ont eu des impacts n\u00e9gatifs sur les op\u00e9rations humanitaires dans ces r\u00e9gions (Doutchi&nbsp;et&nbsp;al.,&nbsp;2024). \u00c9tat enclav\u00e9, le Niger est, depuis sa cr\u00e9ation, marqu\u00e9 par les h\u00e9ritages durables du colonialisme, du sous-d\u00e9veloppement et des instabilit\u00e9s politiques r\u00e9currentes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ses fronti\u00e8res. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es ont montr\u00e9 que le Niger, ainsi qu\u2019une grande partie de l\u2019espace territorial de la sous-r\u00e9gion du Sahel, ont connu une recrudescence des coups d\u2019\u00c9tat et de l\u2019aventurisme politique militaire, perturbant la plupart des structures de gouvernance n\u00e9olib\u00e9rales et leurs syst\u00e8mes socio-\u00e9conomiques au sein de la soci\u00e9t\u00e9 (Doukhan &amp; Azani, 2021). Il est \u00e9vident que les ruptures soudaines, souvent violentes, de gouvernement et de gouvernance\u2009\u2014\u2009notamment celles r\u00e9sultant d\u2019interventions militaires, comme au Niger \u2014\u2009ont constamment eu des cons\u00e9quences profondes sur la stabilit\u00e9 du pays, ainsi que sur l\u2019efficacit\u00e9 des op\u00e9rations d\u2019aide humanitaire (Youngs et al., 2024). Le coup d\u2019\u00c9tat de juillet 2023, qui a renvers\u00e9 le pr\u00e9sident Mohamed Bazoum, a davantage accru la volatilit\u00e9 politique de la r\u00e9gion. Alors que le Niger \u00e9tait longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme un pays relativement stable pour la mise en \u0153uvre de projets humanitaires et de d\u00e9veloppement au Sahel, le passage \u00e0 un r\u00e9gime militaire a ind\u00e9niablement entra\u00een\u00e9 un renforcement du contr\u00f4le des activit\u00e9s humanitaires et un durcissement des conditions op\u00e9rationnelles. Historiquement, le paysage politique du Niger a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par un cycle d\u2019instabilit\u00e9, le pays d\u00e9pendant fortement de l\u2019aide humanitaire pour sa survie et celle de sa population. Bien que des r\u00e9flexions et des r\u00e9sultats \u00e9mergents, notamment ceux de chercheurs tels que Kemedjio et Lynch, aient r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que l\u2019Afrique a historiquement \u00e9t\u00e9 un pourvoyeur d\u2019aide plut\u00f4t qu\u2019un b\u00e9n\u00e9ficiaire, en particulier durant les p\u00e9riodes historiques de l\u2019esclavage et du colonialisme (Kemedjio &amp; Lynch, 2024), cet argument est de plus en plus d\u00e9battu \u00e0 l\u2019\u00e9poque contemporaine. Dans les \u00e9tudes africaines sur la politique de la philanthropie et de l\u2019aide, l\u2019ouvrage collectif dirig\u00e9 par Aina (2013), Giving to Help, Helping to Give: The Context and Politics of African Philanthropy, retrace la mani\u00e8re dont les acteurs africains n\u00e9gocient simultan\u00e9ment leur agentivit\u00e9 dans les r\u00f4les binaires de donateur et de b\u00e9n\u00e9ficiaire ; les dynamiques actuelles font d\u00e9sormais \u00e9cho \u00e0 des critiques plus larges. Ces r\u00e9v\u00e9lations appellent \u00e0 une r\u00e9\u00e9valuation des r\u00e9cits simplistes qui pr\u00e9sentent l\u2019Afrique comme d\u00e9pendante de l\u2019aide, ainsi qu\u2019\u00e0 un examen de la mani\u00e8re dont la politique de l\u2019aide s\u2019entrecroise avec l\u2019autorit\u00e9 locale et la dignit\u00e9 (Ampofo, 2024). Toutefois, les \u00e9v\u00e9nements r\u00e9cents r\u00e9v\u00e8lent \u00e9galement la d\u00e9pendance de nombreux \u00c9tats africains \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019aide (Ocha, 2023). Les puissances coloniales, qui ont trac\u00e9 des fronti\u00e8res arbitraires et instaur\u00e9 des structures administratives extractives, ont laiss\u00e9, au moment des ind\u00e9pendances, des institutions \u00e9tatiques faibles et une r\u00e9partition in\u00e9gale des agences de pouvoir au Niger et dans de nombreux autres \u00c9tats africains colonis\u00e9s. Cela a rendu ces \u00c9tats fortement d\u00e9pendants de l\u2019aide. L\u2019h\u00e9ritage colonial a contribu\u00e9 au sous-d\u00e9veloppement actuel en facilitant, entre autres, l\u2019adoption du mod\u00e8le de d\u00e9mocratie lib\u00e9rale, lequel s\u2019est souvent av\u00e9r\u00e9 incompatible avec les r\u00e9alit\u00e9s culturelles et sociales africaines autochtones. L\u2019\u00e9chec de l\u2019exp\u00e9rimentation d\u00e9mocratique n\u00e9olib\u00e9rale au Niger est devenu de plus en plus manifeste au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies. Le d\u00e9senchantement populaire s\u2019est accru en raison de l\u2019incapacit\u00e9 du syst\u00e8me n\u00e9olib\u00e9ral \u00e0 r\u00e9pondre aux injustices historiques et aux besoins locaux. Cette situation peut \u00eatre comprise non seulement comme un effondrement administratif, mais aussi comme le r\u00e9sultat d\u2019une violence \u00e9pist\u00e9mique et de syst\u00e8mes de gouvernance toujours \u00e9trangers aux conceptions africaines de la solidarit\u00e9, de la souverainet\u00e9 et de la communaut\u00e9, d\u00e8s lors qu\u2019elle est analys\u00e9e \u00e0 travers le prisme de l\u2019agentivit\u00e9 philosophique africaine, en mobilisant notamment les travaux de Fanon (1961) et de Mbembe (2001). En cons\u00e9quence, les coups d\u2019\u00c9tat apparaissent non seulement comme des manifestations de luttes locales pour le pouvoir politique, mais aussi comme des expressions d\u2019un m\u00e9contentement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un syst\u00e8me per\u00e7u comme une extension des h\u00e9ritages coloniaux et n\u00e9olib\u00e9raux (Mamdani, 1996 ; Mbembe, 2001). Des rapports r\u00e9cents en provenance du Niger confirment que les organisations humanitaires dans le pays sont confront\u00e9es \u00e0 des environnements op\u00e9rationnels complexes, o\u00f9 la perturbation des institutions \u00e9tatiques n\u00e9olib\u00e9rales, la reconfiguration des rapports de pouvoir et la militarisation de la gouvernance ont boulevers\u00e9 les routes et les m\u00e9canismes \u00e9tablis pour la distribution de l\u2019aide. \u00c0 cela s\u2019ajoute le constat largement rapport\u00e9 que le coup d\u2019\u00c9tat n\u2019a pas seulement cr\u00e9\u00e9 des probl\u00e8mes bureaucratiques, mais a \u00e9galement impos\u00e9 des r\u00e9glementations plus strictes, perturbant la fourniture de services essentiels tels que la nourriture, les m\u00e9dicaments et l\u2019h\u00e9bergement aux communaut\u00e9s locales (OCHA,&nbsp;2023). La s\u00e9curit\u00e9 des travailleurs humanitaires constitue \u00e9galement une pr\u00e9occupation majeure, plusieurs convois ayant \u00e9t\u00e9 stopp\u00e9s \u00e0 des postes militaires de contr\u00f4le, selon des rapports du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires. D\u2019autres ont fait face \u00e0 des menaces directes de groupes arm\u00e9s profitant du chaos politique (OCHA, 2023). La reproduction des structures de pouvoir coloniales a toutefois \u00e9t\u00e9 souvent dissimul\u00e9e par l\u2019insistance des organisations humanitaires sur les programmes de secours dits \u00ab neutres \u00bb ; certains promouvant les pr\u00e9tendues \u00ab meilleures pratiques \u00bb et \u00ab standards occidentaux \u00bb dans les anciens territoires colonis\u00e9s, comme le Niger, tout en ignorant les modalit\u00e9s de soin locales et l\u2019agentivit\u00e9 des populations (Guillou, 2024). Fait int\u00e9ressant, les ONG internationales suivent fr\u00e9quemment les m\u00eames proc\u00e9dures descendantes que celles autrefois utilis\u00e9es par les administrateurs coloniaux, et les structures d\u2019aide postcoloniales au Niger refl\u00e8tent encore leurs h\u00e9ritages administratifs fran\u00e7ais (Rodogno, 2021 ; CIHA, 2024). Cela dit, les d\u00e9fis rencontr\u00e9s par les op\u00e9rations humanitaires au Niger doivent \u00eatre compris dans un cadre th\u00e9orique refl\u00e9tant les r\u00e9alit\u00e9s actuelles du contexte africain. 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Les conflits arm\u00e9s et les \u00e9pisodes de violence politique, tels que les coups d\u2019\u00c9tat, sont devenus plus fr\u00e9quents dans cette r\u00e9gion que dans d\u2019autres parties du monde (Youngs et al., 2024). Parall\u00e8lement, de nombreux autres pays \u00e0 travers le monde, comme l\u2019Ukraine et la Palestine, continuent de faire face \u00e0 divers niveaux de crises humanitaires li\u00e9es aux conflits arm\u00e9s, qui ont eu des impacts n\u00e9gatifs sur les op\u00e9rations humanitaires dans ces r\u00e9gions (Doutchi&nbsp;et&nbsp;al.,&nbsp;2024). \u00c9tat enclav\u00e9, le Niger est, depuis sa cr\u00e9ation, marqu\u00e9 par les h\u00e9ritages durables du colonialisme, du sous-d\u00e9veloppement et des instabilit\u00e9s politiques r\u00e9currentes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ses fronti\u00e8res. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es ont montr\u00e9 que le Niger, ainsi qu\u2019une grande partie de l\u2019espace territorial de la sous-r\u00e9gion du Sahel, ont connu une recrudescence des coups d\u2019\u00c9tat et de l\u2019aventurisme politique militaire, perturbant la plupart des structures de gouvernance n\u00e9olib\u00e9rales et leurs syst\u00e8mes socio-\u00e9conomiques au sein de la soci\u00e9t\u00e9 (Doukhan &amp; Azani, 2021). Il est \u00e9vident que les ruptures soudaines, souvent violentes, de gouvernement et de gouvernance\u2009\u2014\u2009notamment celles r\u00e9sultant d\u2019interventions militaires, comme au Niger \u2014\u2009ont constamment eu des cons\u00e9quences profondes sur la stabilit\u00e9 du pays, ainsi que sur l\u2019efficacit\u00e9 des op\u00e9rations d\u2019aide humanitaire (Youngs et al., 2024). Le coup d\u2019\u00c9tat de juillet 2023, qui a renvers\u00e9 le pr\u00e9sident Mohamed Bazoum, a davantage accru la volatilit\u00e9 politique de la r\u00e9gion. Alors que le Niger \u00e9tait longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme un pays relativement stable pour la mise en \u0153uvre de projets humanitaires et de d\u00e9veloppement au Sahel, le passage \u00e0 un r\u00e9gime militaire a ind\u00e9niablement entra\u00een\u00e9 un renforcement du contr\u00f4le des activit\u00e9s humanitaires et un durcissement des conditions op\u00e9rationnelles. Historiquement, le paysage politique du Niger a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par un cycle d\u2019instabilit\u00e9, le pays d\u00e9pendant fortement de l\u2019aide humanitaire pour sa survie et celle de sa population. Bien que des r\u00e9flexions et des r\u00e9sultats \u00e9mergents, notamment ceux de chercheurs tels que Kemedjio et Lynch, aient r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que l\u2019Afrique a historiquement \u00e9t\u00e9 un pourvoyeur d\u2019aide plut\u00f4t qu\u2019un b\u00e9n\u00e9ficiaire, en particulier durant les p\u00e9riodes historiques de l\u2019esclavage et du colonialisme (Kemedjio &amp; Lynch, 2024), cet argument est de plus en plus d\u00e9battu \u00e0 l\u2019\u00e9poque contemporaine. Dans les \u00e9tudes africaines sur la politique de la philanthropie et de l\u2019aide, l\u2019ouvrage collectif dirig\u00e9 par Aina (2013), Giving to Help, Helping to Give: The Context and Politics of African Philanthropy, retrace la mani\u00e8re dont les acteurs africains n\u00e9gocient simultan\u00e9ment leur agentivit\u00e9 dans les r\u00f4les binaires de donateur et de b\u00e9n\u00e9ficiaire ; les dynamiques actuelles font d\u00e9sormais \u00e9cho \u00e0 des critiques plus larges. Ces r\u00e9v\u00e9lations appellent \u00e0 une r\u00e9\u00e9valuation des r\u00e9cits simplistes qui pr\u00e9sentent l\u2019Afrique comme d\u00e9pendante de l\u2019aide, ainsi qu\u2019\u00e0 un examen de la mani\u00e8re dont la politique de l\u2019aide s\u2019entrecroise avec l\u2019autorit\u00e9 locale et la dignit\u00e9 (Ampofo, 2024). Toutefois, les \u00e9v\u00e9nements r\u00e9cents r\u00e9v\u00e8lent \u00e9galement la d\u00e9pendance de nombreux \u00c9tats africains \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019aide (Ocha, 2023). Les puissances coloniales, qui ont trac\u00e9 des fronti\u00e8res arbitraires et instaur\u00e9 des structures administratives extractives, ont laiss\u00e9, au moment des ind\u00e9pendances, des institutions \u00e9tatiques faibles et une r\u00e9partition in\u00e9gale des agences de pouvoir au Niger et dans de nombreux autres \u00c9tats africains colonis\u00e9s. Cela a rendu ces \u00c9tats fortement d\u00e9pendants de l\u2019aide. L\u2019h\u00e9ritage colonial a contribu\u00e9 au sous-d\u00e9veloppement actuel en facilitant, entre autres, l\u2019adoption du mod\u00e8le de d\u00e9mocratie lib\u00e9rale, lequel s\u2019est souvent av\u00e9r\u00e9 incompatible avec les r\u00e9alit\u00e9s culturelles et sociales africaines autochtones. L\u2019\u00e9chec de l\u2019exp\u00e9rimentation d\u00e9mocratique n\u00e9olib\u00e9rale au Niger est devenu de plus en plus manifeste au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies. Le d\u00e9senchantement populaire s\u2019est accru en raison de l\u2019incapacit\u00e9 du syst\u00e8me n\u00e9olib\u00e9ral \u00e0 r\u00e9pondre aux injustices historiques et aux besoins locaux. Cette situation peut \u00eatre comprise non seulement comme un effondrement administratif, mais aussi comme le r\u00e9sultat d\u2019une violence \u00e9pist\u00e9mique et de syst\u00e8mes de gouvernance toujours \u00e9trangers aux conceptions africaines de la solidarit\u00e9, de la souverainet\u00e9 et de la communaut\u00e9, d\u00e8s lors qu\u2019elle est analys\u00e9e \u00e0 travers le prisme de l\u2019agentivit\u00e9 philosophique africaine, en mobilisant notamment les travaux de Fanon (1961) et de Mbembe (2001). En cons\u00e9quence, les coups d\u2019\u00c9tat apparaissent non seulement comme des manifestations de luttes locales pour le pouvoir politique, mais aussi comme des expressions d\u2019un m\u00e9contentement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un syst\u00e8me per\u00e7u comme une extension des h\u00e9ritages coloniaux et n\u00e9olib\u00e9raux (Mamdani, 1996 ; Mbembe, 2001). Des rapports r\u00e9cents en provenance du Niger confirment que les organisations humanitaires dans le pays sont confront\u00e9es \u00e0 des environnements op\u00e9rationnels complexes, o\u00f9 la perturbation des institutions \u00e9tatiques n\u00e9olib\u00e9rales, la reconfiguration des rapports de pouvoir et la militarisation de la gouvernance ont boulevers\u00e9 les routes et les m\u00e9canismes \u00e9tablis pour la distribution de l\u2019aide. \u00c0 cela s\u2019ajoute le constat largement rapport\u00e9 que le coup d\u2019\u00c9tat n\u2019a pas seulement cr\u00e9\u00e9 des probl\u00e8mes bureaucratiques, mais a \u00e9galement impos\u00e9 des r\u00e9glementations plus strictes, perturbant la fourniture de services essentiels tels que la nourriture, les m\u00e9dicaments et l\u2019h\u00e9bergement aux communaut\u00e9s locales (OCHA,&nbsp;2023). La s\u00e9curit\u00e9 des travailleurs humanitaires constitue \u00e9galement une pr\u00e9occupation majeure, plusieurs convois ayant \u00e9t\u00e9 stopp\u00e9s \u00e0 des postes militaires de contr\u00f4le, selon des rapports du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires. D\u2019autres ont fait face \u00e0 des menaces directes de groupes arm\u00e9s profitant du chaos politique (OCHA, 2023). La reproduction des structures de pouvoir coloniales a toutefois \u00e9t\u00e9 souvent dissimul\u00e9e par l\u2019insistance des organisations humanitaires sur les programmes de secours dits \u00ab neutres \u00bb ; certains promouvant les pr\u00e9tendues \u00ab meilleures pratiques \u00bb et \u00ab standards occidentaux \u00bb dans les anciens territoires colonis\u00e9s, comme le Niger, tout en ignorant les modalit\u00e9s de soin locales et l\u2019agentivit\u00e9 des populations (Guillou, 2024). Fait int\u00e9ressant, les ONG internationales suivent fr\u00e9quemment les m\u00eames proc\u00e9dures descendantes que celles autrefois utilis\u00e9es par les administrateurs coloniaux, et les structures d\u2019aide postcoloniales au Niger refl\u00e8tent encore leurs h\u00e9ritages administratifs fran\u00e7ais (Rodogno, 2021 ; CIHA, 2024). Cela dit, les d\u00e9fis rencontr\u00e9s par les op\u00e9rations humanitaires au Niger doivent \u00eatre compris dans un cadre th\u00e9orique refl\u00e9tant les r\u00e9alit\u00e9s actuelles du contexte africain. 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