{"id":24796,"date":"2025-12-20T09:02:58","date_gmt":"2025-12-20T09:02:58","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/decolonial-food-aid-practices-in-burkina-faso-an-analysis-of-catholic-relief-services-interventions-through-the-endogenous-school-feeding-program-2011-2024\/"},"modified":"2026-04-21T22:03:16","modified_gmt":"2026-04-21T22:03:16","slug":"decolonial-food-aid-practices-in-burkina-faso-an-analysis-of-catholic-relief-services-interventions-through-the-endogenous-school-feeding-program-2011-2024","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-12\/decolonial-food-aid-practices-in-burkina-faso-an-analysis-of-catholic-relief-services-interventions-through-the-endogenous-school-feeding-program-2011-2024\/","title":{"rendered":"Pratiques d\u00e9coloniales de l\u2019aide alimentaire au Burkina Faso\u00a0: analyse des interventions de l\u2019ONG Catholic Relief Services \u00e0 travers la cantine endog\u00e8ne (2011-2024)"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p>Pays sah\u00e9lien, le Burkina Faso reste confront\u00e9 au d\u00e9fi permanent d\u2019assurer une autosuffisance alimentaire et nutritionnelle durable \u00e0 sa population. L\u2019agriculture occupe plus de 80&nbsp;% de la population. L\u2019analyse du secteur agricole sur la d\u00e9cennie&nbsp;2000-2010 fait appara\u00eetre des performances relativement satisfaisantes avec un taux d\u2019accroissement de 3&nbsp;% (Burkina Faso, 2013). Cependant, la forte croissance d\u00e9mographique (3,1&nbsp;% par an), les al\u00e9as climatiques et l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 qui affecte certaines zones de production depuis 2015 ont consid\u00e9rablement r\u00e9duit les gains r\u00e9alis\u00e9s, obligeant le Burkina Faso \u00e0 recourir \u00e0 des apports ext\u00e9rieurs en denr\u00e9es pour couvrir ses besoins de consommation alimentaire (INSD, 2021).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa politique de d\u00e9veloppement socio-\u00e9conomique, le Burkina Faso s\u2019est engag\u00e9 sur la voie du d\u00e9veloppement endog\u00e8ne d\u00e8s le d\u00e9but de la d\u00e9cennie&nbsp;1980. De concert avec ses partenaires techniques et financiers, les interventions sont ax\u00e9es sur le renforcement des capacit\u00e9s du pays \u00e0 r\u00e9sister aux chocs et \u00e0 combler ses propres besoins. \u00c0 cet effet, les communaut\u00e9s sont encourag\u00e9es \u00e0 s\u2019impliquer dans la promotion des cantines endog\u00e8nes pour garantir l\u2019autonomie alimentaire des \u00e9coles, promouvoir les mets locaux, et offrir une alimentation vari\u00e9e et \u00e9quilibr\u00e9e aux \u00e9l\u00e8ves. Cela contribue \u00e0 leur inculquer des valeurs agricoles tout en renfor\u00e7ant l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances et l\u2019am\u00e9lioration de la qualit\u00e9 de l\u2019\u00e9ducation, gage d\u2019un syst\u00e8me \u00e9ducatif plus efficace, performant et r\u00e9silient (MEBAPLN, 2025). C\u2019est dans ce contexte que la coop\u00e9ration am\u00e9ricaine, par le truchement de son bras op\u00e9rationnel en mati\u00e8re d\u2019aide alimentaire, l\u2019ONG Catholic Relief Services (CRS), a initi\u00e9 en 2011 le projet <em>Beoog Biiga<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"><sup><strong><sup>[1]<\/sup><\/strong><\/sup><\/a><\/em> sp\u00e9cifiquement dans le Centre-Nord, avant de l\u2019\u00e9tendre en 2018 au Plateau-Central<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9sente contribution se situe dans la logique des interventions de l\u2019ONG en tant que partenaire au d\u00e9veloppement de l\u2019\u00c9tat burkinab\u00e8 et actrice non \u00e9tatique de la politique \u00e9trang\u00e8re des \u00c9tats-Unis. Visant \u00e0 renforcer la dotation des cantines en vivres locaux par la promotion des champs et jardins scolaires et par le renforcement des capacit\u00e9s techniques, infrastructurelles et humaines, le projet <em>Beoog Biiga<\/em> est l\u2019illustration d\u2019un changement de paradigme dans l\u2019assistance humanitaire des \u00c9tats-Unis au Burkina Faso. Il r\u00e9v\u00e8le des formes de d\u00e9colonisation de l\u2019aide alimentaire qui m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre mises en exergue, en ce qu\u2019elles esquissent des voies possibles vers un d\u00e9veloppement socio-\u00e9conomique plus endog\u00e8ne des communaut\u00e9s b\u00e9n\u00e9ficiaires.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tat des connaissances sur l\u2019aide alimentaire au Burkina Faso et sur les m\u00e9canismes d\u2019intervention des partenaires au d\u00e9veloppement s\u2019appuie sur une historiographie constitu\u00e9e principalement d\u2019articles scientifiques, de documents sp\u00e9cifiques li\u00e9s \u00e0 des projets et \u00e0 quelques ouvrages g\u00e9n\u00e9raux.<\/p>\n\n\n\n<p>De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019aide alimentaire peut constituer un levier pour le d\u00e9veloppement (Ingram,&nbsp;1983). Le programme \u00ab\u2009vivres contre travail\u2009\u00bb du Programme alimentaire mondial (PAM), soutenu par la coop\u00e9ration am\u00e9ricaine, fait figure de pionnier dans cette forme de d\u00e9colonisation de l\u2019aide alimentaire dans les d\u00e9cennies&nbsp;1970 et 1980. Dans cette optique, les contraintes et les opportunit\u00e9s peuvent s\u2019analyser dans le contexte de la coop\u00e9ration (FAO, 2006) en faisant ressortir son r\u00f4le dans le d\u00e9veloppement agricole et la strat\u00e9gie de s\u00e9curit\u00e9 alimentaire. Garrido et Sanchez (2015) posent la probl\u00e9matique de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire au Burkina Faso \u00e0 travers les cantines scolaires. Dans son volet alimentation, les impacts de la cantine scolaire laissent appara\u00eetre une efficacit\u00e9 plausible sur la nutrition des apprenants. En s\u2019int\u00e9ressant \u00e0 la cantine endog\u00e8ne et au maintien scolaire dans la circonscription d\u2019\u00e9ducation de base de Kongoussi&nbsp;1, Niya (2022) souligne que la cantine scolaire constitue, pour de nombreux enfants issus de familles modestes, une source d\u2019alimentation non n\u00e9gligeable pendant l\u2019ann\u00e9e scolaire. Elle repr\u00e9sente \u00e9galement une source de motivation pour leur pr\u00e9sence \u00e0 l\u2019\u00e9cole, d\u2019o\u00f9 une hausse des taux de fr\u00e9quentation et des r\u00e9sultats scolaires (Niya, 2022, p.&nbsp;194). Cependant, un certain nombre de dysfonctionnements existent, d\u2019o\u00f9 le changement de paradigme avec le projet <em>Beoog Biiga<\/em>. Dans cette \u00e9tude, il s\u2019agira de mettre en exergue les pratiques de terrain du projet qui r\u00e9volutionnent le nexus aide alimentaire-d\u00e9veloppement et s\u2019inscrivent dans la politique nationale de s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et nutritionnelle (Burkina Faso, 2013\u2009; MAAH, 2017).<\/p>\n\n\n\n<p>Selon la FAO, l\u2019aide alimentaire est \u00ab\u2009l\u2019ensemble des vivres re\u00e7us \u00e0 des fins de d\u00e9veloppement, y compris des financements destin\u00e9s \u00e0 leur achat\u2009\u00bb (Burkina Faso-PNUD, 2016). Les d\u00e9penses connexes (transport, stockage, distribution, etc.) figurent aussi dans cette rubrique, ainsi que les articles apparent\u00e9s fournis par les donateurs, les intrants agricoles pour les cultures vivri\u00e8res lorsque ces apports font partie d\u2019un programme d\u2019aide alimentaire (MEF, 2010). L\u2019aide alimentaire des \u00c9tats-Unis au Burkina Faso est contemporaine \u00e0 l\u2019accession du pays \u00e0 la souverainet\u00e9 internationale en 1960. Initialement r\u00e9guli\u00e8re, elle est devenue intermittente \u00e0 partir de 2008, suite \u00e0 un engagement accru du gouvernement dans le domaine. La pratique de d\u00e9colonisation de l\u2019aide est \u00e0 saisir en filigrane de l\u2019analyse dite \u00ab\u2009marxiste\u2009\u00bb des relations internationales, qui renvoie \u00e0 un monde in\u00e9galitaire, divis\u00e9 entre ceux qui font l\u2019histoire et ceux qui la subissent. Elle s\u2019inscrit \u00e9galement dans la substance de la \u00ab\u2009d\u00e9colonialit\u00e9\u2009\u00bb, telle que th\u00e9oris\u00e9e par Mignolo (2011), qui pr\u00e9conise une d\u00e9connexion de la matrice coloniale du pouvoir occidental pour construire un monde dans lequel les \u00eatres humains ne sont plus exploit\u00e9s dans la qu\u00eate incessante d\u2019accumulation de richesses. Cette approche privil\u00e9gie donc les ph\u00e9nom\u00e8nes de domination et de d\u00e9pendance, les classes sociales, les rapports de production et les luttes r\u00e9volutionnaires (Balima, 2022). En effet, plus de soixante&nbsp;ans apr\u00e8s son ind\u00e9pendance, le Burkina Faso peine toujours \u00e0 trouver ses marques en mati\u00e8re de d\u00e9veloppement. Comme le souligne Joseph Ki-Zerbo, \u00ab\u2009la mayonnaise du d\u00e9veloppement n\u2019a pas encore pris\u2009\u00bb(Yonli, 2016, p.&nbsp;365)<em>.<\/em> Pourtant, le sous-d\u00e9veloppement du pays n\u2019est pas d\u00fb \u00e0 un manque de strat\u00e9gies, mais, au contraire, \u00e0 leur surabondance. En effet, les responsables politiques ont, tour \u00e0 tour, exp\u00e9riment\u00e9 plusieurs plans de d\u00e9veloppement (Ouattara, 2023). Dans cette perspective, il importe de rappeler que le Burkina Faso demeure fragilis\u00e9 dans son processus de d\u00e9veloppement. \u00c0 l\u2019exception de l\u2019exp\u00e9rience du Conseil national de la r\u00e9volution (1983-1987), tous les mod\u00e8les de d\u00e9veloppement adopt\u00e9s sont align\u00e9s sur le mod\u00e8le lib\u00e9ral, privil\u00e9giant \u00ab\u2009l\u2019\u00e9conomisme, le productivisme et le technicisme, au d\u00e9triment des v\u00e9ritables besoins humains et sociaux et des aspirations des populations\u2009\u00bb (Yonli, 2016, p.&nbsp;368)<em>.<\/em> Cependant, le d\u00e9veloppement, le vrai, doit passer par un retour des Burkinab\u00e8 \u00e0 leur patrimoine pr\u00e9colonial, une red\u00e9finition de leur vision du monde par eux-m\u00eames, fond\u00e9e sur leur sensibilit\u00e9 et sur leurs potentialit\u00e9s sp\u00e9cifiques (Ky\u00e9lem de Tamb\u00e8la, 2012) C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 ce d\u00e9fi que se rattache la pens\u00e9e de Joseph Ki-Zerbo, \u00e0 travers la notion de d\u00e9veloppement endog\u00e8ne, laquelle constitue l\u2019\u00e2me m\u00eame de la cantine endog\u00e8ne..<\/p>\n\n\n\n<p>Par cons\u00e9quent, en se fondant sur les m\u00e9canismes de l\u2019assistance alimentaire, des pratiques visant \u00e0 l\u2019atteinte d\u2019une autosuffisance sont perceptibles aux yeux des populations. Cependant, ces pratiques posent la probl\u00e9matique du don en relations internationales. En effet, la coop\u00e9ration \u00e9tant un \u00e9change social, la th\u00e9orie du don permet de cerner l\u2019intervention du CRS sous le prisme de l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de l\u2019int\u00e9r\u00eat strat\u00e9gique du don, qui ne permet pas de distinguer ce qui rel\u00e8ve du calcul et du r\u00e9sultat, de l\u2019action et des normes (Alter, 2002, p.&nbsp;270). Le don constitue un instrument de pouvoir d\u2019influence (<em>soft power<\/em>) et de diplomatie d\u2019influence en relations internationales. La question nodale de cette \u00e9tude consiste \u00e0 d\u00e9terminer si l\u2019intervention du CRS s\u2019inscrit dans une logique d\u2019int\u00e9r\u00eats g\u00e9opolitiques ou dans une strat\u00e9gie d\u2019investissement durable visant \u00e0 renforcer l\u2019autosuffisance&nbsp;alimentaire des r\u00e9gions concern\u00e9es. En d\u2019autres termes, dans quelle mesure l\u2019aide alimentaire des \u00c9tats-Unis constitue-t-elle une aide qui permet de se passer de l\u2019aide&nbsp;comme le souhaitait le pr\u00e9sident Thomas Sankara\u2009? Si ce n\u2019est pas le cas, quels en sont ses d\u00e9fis\u2009? \u00c0 l\u2019image du proverbe shona, n\u2019est-elle pas \u00ab\u2009une charit\u00e9 [qui] peut aussi tuer\u2009\u00bb, car servant juste de moyen pour maintenir et entretenir la d\u00e9pendance\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019objectif de cette contribution est d\u2019analyser les pratiques de l\u2019aide alimentaire am\u00e9ricaine entre 2011 et 2024, qui permettent aux populations b\u00e9n\u00e9ficiaires de s\u2019affranchir progressivement de ce type d\u2019aide par la satisfaction des besoins li\u00e9s \u00e0 la cantine endog\u00e8ne. Autrement dit, l\u2019\u00e9tude examine les moyens que le CRS offre aux b\u00e9n\u00e9ficiaires en vue de favoriser l\u2019autonomie alimentaire. Il s\u2019agit de cerner le sens du d\u00e9veloppement endog\u00e8ne, de d\u00e9crire les m\u00e9canismes qui offrent une plus-value \u00e0 la capacit\u00e9 de d\u00e9colonisation des b\u00e9n\u00e9ficiaires et d\u2019\u00e9valuer les enjeux li\u00e9s au d\u00e9veloppement de la cantine scolaire et du syst\u00e8me \u00e9ducatif. Pour y parvenir, la m\u00e9thode s\u2019inscrit dans une approche mixte, combinant des aspects qualitatifs \u00e9manant d\u2019entretiens semi-directifs men\u00e9s aupr\u00e8s des responsables du projet, des professeurs d\u2019\u00e9cole et des parents d\u2019\u00e9l\u00e8ves, ainsi que des donn\u00e9es provenant d\u2019autres sources, notamment les archives, la litt\u00e9rature, la presse en ligne et l\u2019observation directe. Cette approche permet de comprendre la perception de l\u2019aide humanitaire par les populations b\u00e9n\u00e9ficiaires \u00e0 travers les pratiques qui leur conf\u00e8rent des capacit\u00e9s d\u2019autod\u00e9termination.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tude est articul\u00e9e autour de trois grands axes. Le premier vise \u00e0 clarifier la vision endog\u00e8ne du d\u00e9veloppement et \u00e0 pr\u00e9senter le projet <em>Beoog Biiga<\/em>\u2009; le deuxi\u00e8me examine les pratiques de d\u00e9colonisation de l\u2019aide alimentaire\u2009; et le troisi\u00e8me analyse les enjeux de l\u2019intervention pour un affranchissement des apports ext\u00e9rieurs \u00e0 la cantine endog\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Comprendre la vision endog\u00e8ne du d\u00e9veloppement au Burkina Faso et l\u2019intervention du CRS<\/h2>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit d\u2019\u00e9lucider le concept d\u2019endog\u00e9n\u00e9it\u00e9 en lien avec la politique de coop\u00e9ration. Dans son fondement th\u00e9orique, cette notion conna\u00eet une application dans les politiques d\u2019aide et de d\u00e9veloppement du Burkina Faso.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Endog\u00e9n\u00e9it\u00e9 du d\u00e9veloppement dans la politique de coop\u00e9ration au Burkina Faso<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p><a><\/a>Le d\u00e9veloppement endog\u00e8ne, selon Ky\u00e9lem de Tamb\u00e8la (2016, p. 398), renvoie&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>au processus de transformation \u00e9conomique, sociale, culturelle, scientifique et politique, bas\u00e9 sur la mobilisation des ressources et des forces sociales internes et sur l\u2019utilisation des savoirs et exp\u00e9riences accumul\u00e9s par le peuple d\u2019un pays. Il permet aux populations d\u2019\u00eatre des agents actifs de la transformation de leur soci\u00e9t\u00e9 au lieu de rester des spectateurs de politiques inspir\u00e9es par des mod\u00e8les import\u00e9s<em>.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Encore appel\u00e9 <em>self-reliance<\/em> ou d\u00e9veloppement autocentr\u00e9, il vise \u00e0 \u00ab\u2009red\u00e9finir les priorit\u00e9s \u00e9conomiques afin de produire les biens utiles \u00e0 l\u2019ensemble de la population, plut\u00f4t que de compter sur le commerce international pour importer des biens de consommation qui ne profitent qu\u2019\u00e0 une minorit\u00e9\u2009\u00bb. (Ky\u00e9lem de Tamb\u00e8la, 2016, p.&nbsp;398). Il passe par la prise en consid\u00e9ration de l\u2019identit\u00e9 collective dans les politiques et les projets de d\u00e9veloppement d\u2019o\u00f9 la maxime&nbsp;: \u00ab\u2009On ne d\u00e9veloppe pas, on se d\u00e9veloppe\u2009\u00bb (Ki-Zerbo, 2007, p.&nbsp;107). Un d\u00e9veloppement \u00ab\u2009clefs en t\u00eate et non clefs en main\u2009\u00bb.Cela sous-entend que nous sommes les artisans du d\u00e9veloppement et que toutes les pi\u00e8ces de rechange ne sont pas import\u00e9es, mais disponibles sur place (Yonli, 2016, p.&nbsp;375). Toutefois, \u00ab\u2009le d\u00e9veloppement endog\u00e8ne n\u2019est pas un d\u00e9veloppement autarcique sans ouverture au monde ext\u00e9rieur\u2009\u00bb (Ki-Zerbo, 2012, p.&nbsp;52).<\/p>\n\n\n\n<p>De l\u2019exp\u00e9rience r\u00e9volutionnaire, le pr\u00e9sident Sankara (1983-1987) s\u2019\u00e9tait appropri\u00e9 le mod\u00e8le endog\u00e8ne du d\u00e9veloppement. Sans rejeter les apports ext\u00e9rieurs, Sankara encourageait \u00ab\u2009l\u2019aide qui aide \u00e0 se passer de l\u2019aide\u2009\u00bb (CNA-BIB1409, 1984, p.&nbsp;5). Il est en effet inexact de soutenir que l\u2019aide ext\u00e9rieure n\u2019a pas d\u2019effet sur le d\u00e9veloppement des pays b\u00e9n\u00e9ficiaires. Tout apport utilis\u00e9 de mani\u00e8re rationnelle et efficiente peut \u00eatre avantageux. C\u2019est d\u2019ailleurs pour cette raison que le Programme populaire de d\u00e9veloppement (PPD) \u00e9tait \u00ab\u2009financ\u00e9 \u00e0 81&nbsp;% par des fonds \u00e9trangers\u2009; mais cela ne constituait qu\u2019une solution \u00e0 moyen terme, car l\u2019ambition \u00e9tait de diminuer progressivement cette part \u00e0 15&nbsp;% en 1990\u2009\u00bb (Balima, 2022, p.&nbsp;260), en vue de parvenir \u00e0 une autonomie nationale dans le financement du d\u00e9veloppement. Cette politique de d\u00e9colonisation de l\u2019aide au financement du d\u00e9veloppement reposait sur des principes de gestion rigoureuse et de transparence, ainsi que sur la n\u00e9cessit\u00e9 de compter prioritairement sur ses propres forces en transformant et en consommant les produits locaux (Ky\u00e9lem de Tamb\u00e8la, 2012, p.&nbsp;197). Ainsi, les ressources issues de l\u2019aide \u00e9taient ins\u00e9r\u00e9es dans les plans de d\u00e9veloppement de mani\u00e8re \u00e0 fonder la coop\u00e9ration sur un partenariat orient\u00e9 vers l\u2019int\u00e9r\u00eat mutuel et sur un ajustement des contributions ext\u00e9rieures aux efforts nationaux (Ogandaga, 2015, p.&nbsp;4). Pour Sankara, le d\u00e9veloppement v\u00e9ritable est endog\u00e8ne et inclusif. Il doit reposer sur la participation des masses aux politiques destin\u00e9es \u00e0 changer leurs conditions de vie et sur l\u2019utilisation de l\u2019\u00c9tat comme instrument de transformation \u00e9conomique et sociale (Demb\u00e9l\u00e9, 2013). C\u2019est dans cette perspective que s\u2019inscrit la mani\u00e8re dont nous appr\u00e9hendons la philosophie du CRS dans la mise en \u0153uvre de la cantine endog\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Beoog Biiga\u00a0:<\/em>de la cantine assist\u00e9e \u00e0 la cantine endog\u00e8ne<\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019ONG CRS intervient au Burkina Faso depuis 1962. En 1988, pour des raisons financi\u00e8res et strat\u00e9giques, elle a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 un recadrage de son action en op\u00e9rant un transfert des \u00e9coles, jusque-l\u00e0 couvertes par son programme de cantine assist\u00e9e, au minist\u00e8re de l\u2019\u00c9ducation. Ce recentrage a eu pour cons\u00e9quence la cr\u00e9ation du service des cantines scolaires charg\u00e9 de la gestion des dotations des diff\u00e9rents donateurs (Niya, 2022). En 2014, par voie de d\u00e9cret<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>, la gestion des cantines des zones non couvertes par le CRS est pass\u00e9e sous la responsabilit\u00e9 des collectivit\u00e9s locales (Niya, 2022, p.&nbsp;189). Devenue endog\u00e8ne, la cantine fonctionne d\u00e9sormais sur la base de la collecte ou de la production des vivres par la communaut\u00e9 sans apport ext\u00e9rieur. Pour assurer la r\u00e9ussite de cette politique, l\u2019\u00c9tat mobilise, depuis 2017, environ 19&nbsp;milliards de francs CFA par an au profit des collectivit\u00e9s. Dans ce cadre, l\u2019\u00c9tat accompagne \u00e9galement les cultivateurs par la fourniture d\u2019intrants agricoles pour accro\u00eetre la production, puis rach\u00e8te le surplus au profit des cantines. Cependant, plusieurs dysfonctionnements, en particulier les retards d\u2019approvisionnement, exposent les \u00e9l\u00e8ves \u00e0 la privation alimentaire (Y\u00e9, 2024). Conscient de cette r\u00e9alit\u00e9, le gouvernement burkinab\u00e8 a lanc\u00e9, en juin 2021, l\u2019initiative pr\u00e9sidentielle : \u00ab\u2009Assurer \u00e0 chaque enfant en \u00e2ge scolaire au moins un repas \u00e9quilibr\u00e9 par jour\u2009\u00bb (Lankoand\u00e9, 2021, p.&nbsp;11). Cette orientation t\u00e9moigne de l\u2019importance des cantines scolaires dans le processus de scolarisation et de maintien des enfants \u00e0 l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir de 2007, le CRS, dans la poursuite de sa restructuration, engage un retrait progressif de sa couverture en n\u2019intervenant que dans les zones rurales o\u00f9 le taux de scolarisation est tr\u00e8s faible et o\u00f9 l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire est une r\u00e9alit\u00e9 (Kabor\u00e9, 2019). Ainsi, ses interventions se sont concentr\u00e9es dans les r\u00e9gions du Centre-Nord et de l\u2019Est. Ces deux r\u00e9gions affichaient en 2012 de forts taux d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 alimentaire (53&nbsp;% pour le Centre-Nord et 60&nbsp;% pour l\u2019Est), de faibles taux d\u2019alphab\u00e9tisation (respectivement 16,6&nbsp;% et 15,9&nbsp;%) et de scolarisation au primaire (67,6&nbsp;% et 52,1&nbsp;%), avec un \u00e9cart significatif entre gar\u00e7ons et filles (Garrido &amp; Sanchez, 2015, p.&nbsp;23).<\/p>\n\n\n\n<p>En vue de soutenir l\u2019endog\u00e9n\u00e9isation de la cantine scolaire, l\u2019ONG entreprend une transition progressive de la cantine assist\u00e9e vers un mod\u00e8le enti\u00e8rement endog\u00e8ne. C\u2019est dans cette optique que n\u00e9 le projet <em>Food for Education<\/em> ou <em>Beoog Biiga<\/em>, financ\u00e9 par le d\u00e9partement am\u00e9ricain de l\u2019Agriculture (USDA). Lanc\u00e9 en 2011 dans la r\u00e9gion du Centre-Nord, le projet s\u2019est \u00e9largi \u00e0 la r\u00e9gion du Plateau-Central en 2018<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> (voir carte&nbsp;1), en raison de la d\u00e9gradation de la situation s\u00e9curitaire qui affecte la stabilit\u00e9 de son intervention dans le Centre-Nord<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"873\" height=\"557\" src=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/image-4.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-24799\" style=\"aspect-ratio:1.567330945602596;width:603px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/image-4.jpeg 873w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/image-4-300x191.jpeg 300w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/image-4-768x490.jpeg 768w\" sizes=\"(max-width: 873px) 100vw, 873px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Carte\u00a01\u00a0: R\u00e9gions d\u2019intervention du projet <em>Beoog Biiga<\/em><\/strong><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Au niveau des deux r\u00e9gions d\u2019intervention, en plus de son partenaire traditionnel, le minist\u00e8re de l\u2019\u00c9ducation, le CRS collabore avec le minist\u00e8re de la Sant\u00e9, l\u2019Organisation catholique pour le d\u00e9veloppement et la solidarit\u00e9 (Ocades\/Kaya), les communes, ainsi que les organisations \u00e0 base communautaire (Garrido &amp; Sanchez, 2015). En plus de l\u2019\u00e9ducation, le projet vise \u00e0 am\u00e9liorer la situation financi\u00e8re des familles et \u00e0 soutenir les communaut\u00e9s \u00e0 travers des programmes de sant\u00e9 et de mentorat (CRS, 2025\u2009; Sawadogo, 2021).<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le CRS, cette philosophie du d\u00e9veloppement r\u00e9pond au concept de cantine endog\u00e8ne, car elle incarne une approche durable visant \u00e0 am\u00e9liorer les conditions d\u2019apprentissage dans les \u00e9coles<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>. Ce programme, fond\u00e9 notamment sur la mise en \u0153uvre de champs scolaires, constitue un exemple concret de l\u2019engagement des communaut\u00e9s locales en faveur de l\u2019\u00e9ducation de leurs enfants (Agir, 2019).La cantine endog\u00e8ne se distingue, \u00e0 cet \u00e9gard, par son approche int\u00e9gr\u00e9e qui lie \u00e9ducation, agriculture et nutrition (Niya, 2022). Les champs et jardins scolaires, cultiv\u00e9s conjointement par les \u00e9l\u00e8ves, les enseignants et les membres de la communaut\u00e9, fournissent les denr\u00e9es alimentaires n\u00e9cessaires pour les repas scolaires. En associant \u00e9troitement les communaut\u00e9s locales \u00e0 la gestion et au fonctionnement des cantines scolaires, ce programme permet aux partenaires d\u2019int\u00e9grer les besoins des communaut\u00e9s, les savoirs locaux et les valeurs soci\u00e9tales dans les m\u00e9canismes d\u2019intervention. Il s\u2019agit, en ce sens, d\u2019une sorte de d\u00e9connexion de la matrice coloniale o\u00f9 l\u2019individualisme domine (Mignolo, 2011). En effet, la r\u00e9ussite de cette initiative repose sur la solidarit\u00e9, l\u2019engagement et l\u2019innovation communautaire, des valeurs indispensables \u00e0 un d\u00e9veloppement durable et inclusif.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les pratiques d\u00e9coloniales de l\u2019aide alimentaire mises en \u0153uvre par le CRS au Burkina Faso<\/h2>\n\n\n\n<p>Ces pratiques concernent essentiellement deux volets&nbsp;: les achats de vivres locaux et la cr\u00e9ation de champs et de jardins scolaires. Cependant, des activit\u00e9s connexes viennent se greffer pour garantir l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019intervention.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>La dotation par achat de vivres locaux<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, de 2017 \u00e0 2021, les communes ont mobilis\u00e9 un volume total de 177\u2009914,5&nbsp;tonnes de vivres destin\u00e9s aux cantines scolaires, dont 11\u2009116,6&nbsp;tonnes \u2014 soit 6,24&nbsp;% \u2014 provenaient des partenaires, parmi lesquels figurent l\u2019ONG CRS, le PAM, l\u2019ONG Educo et le Fonds Enfant (CFSI et al., 2023, p.&nbsp;11). Les organisations paysannes participent aux march\u00e9s d\u2019acquisition des vivres destin\u00e9s aux cantines scolaires. L\u2019exp\u00e9rience du CRS en mati\u00e8re d\u2019achats locaux de vivres s\u2019est construite \u00e0 travers plusieurs projets. Selon une coalition d\u2019ONG (CFSI et al., 2023), cette pratique a d\u00e9but\u00e9 en 2010 dans le cadre du projet Local Education Assistance and Procurement (LEAP) qui avait permis d\u2019approvisionner les cantines de la Gnagna et du Namentenga avec \u00ab\u2009628&nbsp;tonnes de mil, 157&nbsp;tonnes de haricot et 72&nbsp;tonnes d\u2019huile au profit de 364&nbsp;\u00e9coles accueillant 58\u2009180&nbsp;\u00e9l\u00e8ves\u2009\u00bb (CFSI et al., 2023, p.&nbsp;16). Ces achats ont \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9s aupr\u00e8s des producteurs locaux, de ceux de la Boucle du Mouhoun, ainsi qu\u2019aupr\u00e8s de l\u2019usine CITEC Bobo.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la perspective du renforcement de la cantine endog\u00e8ne, le CRS a lanc\u00e9, en 2019, le sous-projet <em>Faso Riibo<\/em>, dans le cadre du programme LRP (Local and Regional Food Aid Procurement). Le LRP repose sur le postulat selon lequel l\u2019octroi de subventions destin\u00e9es \u00e0 acheter de la nourriture localement constitue une approche plus efficace de l\u2019assistance alimentaire, tant du point de vue des d\u00e9lais que des co\u00fbts (CRS, 2011, p.&nbsp;21). Initialement, il visait l\u2019approvisionnement d\u2019environ 200&nbsp;\u00e9coles dans la r\u00e9gion du Centre-Nord. La r\u00e9affectation d\u2019une partie des vivres \u00e0 la r\u00e9gion du Plateau-Central avait donc pour objectif d\u2019\u00e9viter une r\u00e9gression du taux de couverture. Cette r\u00e9affectation concerne au moins 400&nbsp;\u00e9coles<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a> r\u00e9parties dans six communes rurales. Le tableau&nbsp;1 dresse un bilan des quantit\u00e9s de vivres locaux allou\u00e9s aux cantines dans le cadre des projets <em>Beoog Biiga<\/em> et <em>Faso Riibo<\/em>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table class=\"has-fixed-layout\"><tbody><tr><td>Projets<\/td><td>Mil<\/td><td>Haricot<\/td><td>Riz \u00e9tuv\u00e9<\/td><td>Huile<\/td><td>Soumbala et poudre de baobab<\/td><td>Total<\/td><\/tr><tr><td><em>Beoog Biiga<\/em><\/td><td>380<\/td><td>350<\/td><td>880<\/td><td>160<\/td><td>90<\/td><td>1\u2009860<\/td><\/tr><tr><td><em>Faso Riibo<\/em><\/td><td>955<\/td><td>440<\/td><td>725<\/td><td>150<\/td><td>&#8211;<\/td><td>2\u2009270<\/td><\/tr><tr><td>Total<\/td><td>1\u2009335<\/td><td>790<\/td><td>1\u2009605<\/td><td>310<\/td><td>90<\/td><td>4\u2009130<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Tableau\u00a01\u00a0: <\/strong>Quantit\u00e9 (en tonnes) des vivres achet\u00e9s par le CRS Burkina de 2019 \u00e0 2024<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Source&nbsp;: CFSI et al. (2023). Programme de promotion de l\u2019agriculture familiale en Afrique de l\u2019Ouest. Rapport de synth\u00e8se de l\u2019atelier de r\u00e9flexion sur les modalit\u00e9s de p\u00e9rennisation et de mise \u00e0 l\u2019\u00e9chelle des acquis en mati\u00e8re d\u2019approvisionnement des cantines scolaires en circuits courts avec les OP du Burkina, p.&nbsp;16.<\/p>\n\n\n\n<p>Au total, le CRS a apport\u00e9, depuis 2019, un appui de 4\u2009130&nbsp;tonnes de vivres locaux. S\u2019agissant sp\u00e9cifiquement du sous-projet <em>Faso Riibo,<\/em> son co\u00fbt est \u00e9valu\u00e9 \u00e0 4,8&nbsp;millions de dollars, soit 2,8&nbsp;milliards de francs CFA (Bonkoungou, 2024). \u00c0 cela s\u2019ajoute la contribution&nbsp;de 2024 du Projet d\u2019appui \u00e0 l\u2019alimentation scolaire (PAAS), qui porte sur l\u2019acquisition de 2\u2009198&nbsp;tonnes achet\u00e9es localement pour une valeur de plus de 2 milliards de francs CFA (Zongo, 2024). En 2020, pour le compte des vivres acquis, les produits locaux repr\u00e9sentaient 88,75&nbsp;% des c\u00e9r\u00e9ales, 100&nbsp;% des l\u00e9gumineuses et 98,16&nbsp;% de l\u2019huile \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale (CFSI et al., 2023, p.&nbsp;11). Les champs et jardins scolaires font \u00e9galement partie des m\u00e9canismes d\u2019intervention du CRS Burkina.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>La cr\u00e9ation des champs et jardins scolaires<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019un des effets pervers de l\u2019aide alimentaire r\u00e9side dans la transformation des habitudes alimentaires, induite par la consommation d\u2019aliments que les populations ne sont pas en mesure de produire elles-m\u00eames (Tenkodogo &amp; Zida, 1987, p.&nbsp;55). Il s\u2019agit notamment de denr\u00e9es qui ne s\u2019inscrivent pas dans les pratiques alimentaires ordinaires des \u00e9l\u00e8ves, telles que le boulgour, le soja ou encore les lentilles.<\/p>\n\n\n\n<p>Afin de minimiser ce d\u00e9paysement alimentaire li\u00e9 \u00e0 la nature des aliments servis, la cantine endog\u00e8ne s\u2019appuie sur les apports en vivres des parents d\u2019\u00e9l\u00e8ves pour couvrir les besoins du premier trimestre. Dans le but de pallier le retard d\u2019approvisionnement des cantines par les mairies, les parents d\u00e9terminent, d\u00e8s la rentr\u00e9e scolaire, les quantit\u00e9s et les modalit\u00e9s des contributions individuelles en vivres (Agir, 2019). Ces d\u00e9cisions sont prises lors des assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales des Associations de parents d\u2019\u00e9l\u00e8ves (APE). Toutefois, cette proc\u00e9dure \u00e9tait susceptible de d\u00e9sorganiser les r\u00e9serves alimentaires des familles, ce qui a conduit \u00e0 la mise en place des champs scolaires. Apr\u00e8s une phase pilote dans le Kourw\u00e9ogo et l\u2019Oubritenga, 1\u2009596&nbsp;\u00e9coles sur les 7\u2009579 que comptait le pays avaient adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 ce nouveau dispositif en 2018 (Kabor\u00e9, 2019).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa zone de couverture, le CRS accompagne cet engagement des parents en apportant divers appuis \u00e0 la cr\u00e9ation de champs, de vergers communautaires et de jardins scolaires. Les c\u00e9r\u00e9ales, les l\u00e9gumes et les fruits produits sont ainsi directement utilis\u00e9s dans les cantines (Kabor\u00e9, 2019). Dans la phase&nbsp;IV du projet, et en vue de soutenir l\u2019initiative pr\u00e9sidentielle : \u00ab\u2009Assurer \u00e0 chaque enfant en \u00e2ge scolaire, au moins un repas par jour\u2009\u00bb, le CRS met \u00e0 la disposition des \u00e9coles des semences am\u00e9lior\u00e9es et des intrants produits localement par les chercheurs et d\u2019autres acteurs, du mat\u00e9riel agricole, dont des motoculteurs \u00e0 fabrication mixte, c\u2019est-\u00e0-dire assembl\u00e9s avec des pi\u00e8ces locales et import\u00e9es, ainsi qu\u2019un appui technique. La planche de photos suivante illustre cet accompagnement&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" width=\"476\" height=\"315\" src=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/image-5.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-24881\" style=\"width:599px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/image-5.png 476w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/image-5-300x199.png 300w\" sizes=\"(max-width: 476px) 100vw, 476px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Sources<\/strong>\u00a0: DCRP\/MENAPLN, 2023\u2009; CRS, 2025\u2009; Nikiema, 2025.<\/p>\n\n\n\n<p>Note : C\u00e9r\u00e9monie de remise de semences am\u00e9lior\u00e9es produites par l\u2019Institut de l\u2019environnement et de recherches agricoles (Inera) dans une \u00e9cole de la commune de Korsimoro (photo&nbsp;1). Groupe d\u2019\u00e9l\u00e8ves et de parents admirant le motoculteur nouvellement dot\u00e9 (photo&nbsp;2) ayant permis de labourer le champ scolaire du village de Napamboumbou-Sambin (photo&nbsp;3), dont les r\u00e9coltes de haricot sont pr\u00e9sent\u00e9es par le pr\u00e9sident du comit\u00e9 de gestion (photo&nbsp;4).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019ensemble, la phase&nbsp;IV de <em>Beoog Biiga<\/em> a permis de cr\u00e9er, pour la saison agricole humide&nbsp;2024, 355&nbsp;champs et 110&nbsp;jardins. La figure suivante illustre la r\u00e9partition des champs dans les provinces d\u2019intervention&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" width=\"854\" height=\"317\" src=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/image.gif\" alt=\"\" class=\"wp-image-24798\" style=\"aspect-ratio:2.694027887398053;width:573px;height:auto\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Figure\u00a01\u00a0: R\u00e9partition des champs scolaires par province dans le cadre du projet <em>Beoog Biiga<\/em>\u00a04<\/strong><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Source&nbsp;: Nikiema, N. J. (2025).<\/p>\n\n\n\n<p>Note&nbsp;:Les deux provinces du Plateau-Central, \u00e0 savoir le Ganzourgou et l\u2019Oubritenga, concentrent la majorit\u00e9 des champs scolaires, soit 67&nbsp;%, repr\u00e9sentant 235&nbsp;champs, tandis que le Centre-Nord en compte 120, soit 33&nbsp;%. Cette situation s\u2019explique principalement par le contexte s\u00e9curitaire particuli\u00e8rement d\u00e9grad\u00e9 qui pr\u00e9vaut dans cette r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019Oubritenga, certains acteurs ont mentionn\u00e9, lors des entretiens, l\u2019insuffisance de superficies disponibles pour l\u2019implantation de champs scolaires, en raison de l\u2019urbanisation croissante. C\u2019est le cas dans la commune de Dap\u00e9logo o\u00f9 les terres sont particuli\u00e8rement affect\u00e9es par la sp\u00e9culation fonci\u00e8re en raison de la proximit\u00e9 de Ouagadougou<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>. Dans le Centre-Nord, il faut souligner que la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire des m\u00e9nages est affect\u00e9e par des facteurs aussi bien structurels que conjoncturels, dont la ma\u00eetrise n\u00e9cessite des interventions plus soutenues. Il s\u2019agit entre autres de la faiblesse des infrastructures de conservation, de la faible ma\u00eetrise de l\u2019eau<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>, de la d\u00e9gradation continue des ressources naturelles et du difficile retour de la stabilit\u00e9. D\u2019autres activit\u00e9s sont men\u00e9es par le CRS pour am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de la cantine endog\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Les activit\u00e9s connexes pour am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de la cantine endog\u00e8ne<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>Pour consolider sa contribution et rendre les cantines durables, le CRS d\u00e9veloppe un paquet d\u2019activit\u00e9s visant \u00e0 appuyer les producteurs locaux et la cha\u00eene d\u2019approvisionnement. Il s\u2019agit, entre autres, de la formation de plus de 800&nbsp;comit\u00e9s de gestion aux techniques de compostage, de la r\u00e9habilitation de 171&nbsp;magasins de vivres dans les \u00e9coles, de la formation des transporteurs aux bonnes pratiques de manutention, de la formation de 1\u2009227&nbsp;gestionnaires de cantine sur le stockage des vivres, du renforcement des capacit\u00e9s des femmes (particuli\u00e8rement les femmes d\u00e9plac\u00e9es internes) en techniques d\u2019\u00e9tuvage de riz, ainsi que du renforcement des capacit\u00e9s des groupes de producteurs en mati\u00e8re de gestion des r\u00e9coltes, de normes de qualit\u00e9 et de transformation (Ou\u00e9draogo, 2020).<\/p>\n\n\n\n<p>Le programme a permis la construction de 694&nbsp;fourneaux destin\u00e9s \u00e0 la pr\u00e9paration des repas scolaires, la formation de plus de 3\u2009000&nbsp;enseignants en sant\u00e9, nutrition et hygi\u00e8ne, la mise en place de clubs de nutrition dans les \u00e9coles et la formation de milliers de membres de la communaut\u00e9 aux meilleures pratiques de pr\u00e9paration des aliments et de lavage des mains (CRS, 2025). D\u00e8s lors, quels sont les enjeux de cette intervention dans la d\u00e9colonisation de l\u2019aide alimentaire au Burkina Faso\u2009?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Incidences et exigences d\u00e9coloniales des interventions du CRS Burkina sur la cantine endog\u00e8ne<\/h2>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit ici de mettre en exergue, d\u2019une part, les effets de l\u2019intervention du CRS sur la cantine endog\u00e8ne et, d\u2019autre part, d\u2019examiner les exigences d\u2019une approche d\u00e9coloniale visant \u00e0 affranchir la cantine scolaire des apports ext\u00e9rieurs.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Les retomb\u00e9es de l\u2019intervention du CRS sur la cantine endog\u00e8ne<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>La cantine scolaire constitue un d\u00e9terminant majeur de la bonne fr\u00e9quentation des classes. De nombreuses \u00e9tudes ont montr\u00e9 son impact positif sur l\u2019augmentation des inscriptions scolaires et sur l\u2019assiduit\u00e9 des \u00e9l\u00e8ves, en particulier en milieu rural (Kabor\u00e9, 2023). Pour les enfants issus de familles pauvres, la garantie d\u2019un repas \u00e0 l\u2019\u00e9cole demeure une motivation justifiant leur pr\u00e9sence en classe. G\u00e9n\u00e9ralement, dans ces familles, il n\u2019y a que le repas du soir qui est assur\u00e9, ce qui conf\u00e8re au repas de la mi-journ\u00e9e une importance d\u00e9cisive tant pour les enfants que pour les parents qui en tirent une forme de soulagement. Ainsi, il est difficile de concevoir l\u2019\u00e9cole en zone rurale comme un espace de vie si les \u00e9l\u00e8ves ne s\u2019alimentent pas \u00e0 midi. De cette r\u00e9alit\u00e9, la cantine endog\u00e8ne permet non seulement de garantir aux \u00e9l\u00e8ves des repas sains et \u00e9quilibr\u00e9s, mais aussi de renforcer leurs connaissances en agriculture, comp\u00e9tence essentielle dans un contexte rural. De plus, la production alimentaire locale r\u00e9duit les co\u00fbts et d\u00e9pendances li\u00e9s \u00e0 l\u2019approvisionnement externe, tout en favorisant une agriculture durable pour les paysans. Elle contribue \u00e0 renforcer le lien social et \u00e0 assurer de meilleures perspectives d\u2019avenir aux jeunes g\u00e9n\u00e9rations. La r\u00e9ussite de cette initiative repose sur la solidarit\u00e9, l\u2019engagement et l\u2019innovation communautaire, des valeurs indispensables pour un d\u00e9veloppement durable et inclusif. Par cons\u00e9quent, elle constitue \u00e9galement un vecteur d\u2019am\u00e9lioration de la gouvernance, en favorisant la collaboration entre plusieurs secteurs impliquant les autorit\u00e9s nationales et locales, les agriculteurs locaux, les coop\u00e9ratives et les communaut\u00e9s (Bonkoungou, 2024).<\/p>\n\n\n\n<p>En mati\u00e8re d\u2019alimentation scolaire, il ressort, par exemple, que la phase&nbsp;II (2014-2018) du projet a permis la distribution de 37\u2009850\u2009000&nbsp;repas \u00e0 265\u2009414&nbsp;\u00e9l\u00e8ves (Sawadogo, 2021). Sous l\u2019effet de cette intervention, le nombre d\u2019\u00e9l\u00e8ves inscrits dans les \u00e9coles du Centre-Nord est pass\u00e9 de 150\u2009000 \u00e0 212\u2009000&nbsp;\u00e9l\u00e8ves, soit une croissance de 14&nbsp;%, et la contribution financi\u00e8re des membres des groupements f\u00e9minins \u00e0 l\u2019\u00e9ducation de leurs enfants est pass\u00e9e de 48&nbsp;% \u00e0 83&nbsp;% sur la m\u00eame p\u00e9riode (Sawadogo, 2021). De 2019 \u00e0 2024, <em>Faso Riibo <\/em>a touch\u00e9 plus de 86\u2009000&nbsp;\u00e9l\u00e8ves dans le Centre-Nord et le Plateau-Central (Bonkoungou, 2024). Les communes et les comit\u00e9s de gestion (Coges) ont vu leurs capacit\u00e9s renforc\u00e9es, notamment en mati\u00e8re de gestion de la cha\u00eene d\u2019approvisionnement et de distribution de vivres. En parall\u00e8le, des activit\u00e9s telles que l\u2019ouverture de biblioth\u00e8ques, la dotation en tablettes \u00e9ducatives et en manuels scolaires et la formation des enseignants aux techniques de lecture et d\u2019\u00e9criture ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es pour am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de l\u2019\u00e9ducation.<\/p>\n\n\n\n<p>Par son intervention, le CRS a contribu\u00e9 en moyenne \u00e0 hauteur de 7&nbsp;% \u00e0 la cantine scolaire \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, en consid\u00e9rant les chiffres de l\u2019ONG (2025) dont l\u2019apport moyen est de 3\u2009000&nbsp;tonnes de vivres\/an, on estime que pr\u00e8s de 42\u2009000&nbsp;tonnes de vivres ont \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9s entre 2011 \u00e0 2024. L\u2019ONG se positionne ainsi au premier rang des contributeurs de la cantine endog\u00e8ne. \u00c0 titre illustratif, entre 2017 et 2021, elle a mobilis\u00e9 7\u2009185&nbsp;tonnes de vivres, soit 64,63&nbsp;% des volumes mobilis\u00e9s par les partenaires. Dans le cadre de la Politique nationale de s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et nutritionnelle (PNSAN), cette d\u00e9marche consolide les r\u00e9sultats. En effet, les axes&nbsp;1 et 3 de cette politique visent respectivement l\u2019augmentation durable des disponibilit\u00e9s alimentaires et l\u2019am\u00e9lioration de l\u2019\u00e9tat nutritionnel des populations (MAAH, 2017). D\u00e8s lors, se pose la question suivante&nbsp;: quelles exigences pour une alimentation scolaire affranchie des apports ext\u00e9rieurs\u2009?<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Les exigences pour une alimentation scolaire affranchie des apports ext\u00e9rieurs<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>En consid\u00e9rant les objectifs n\u00e9ocoloniaux de l\u2019humanitarisme comme la politique du secours, l\u2019influence g\u00e9opolitique et le maintien de la d\u00e9pendance \u00e9conomique, il appara\u00eet que le soutien du CRS par le d\u00e9partement de l\u2019Agriculture des \u00c9tats-Unis (USDA) a pour but de favoriser le succ\u00e8s de la politique ext\u00e9rieure am\u00e9ricaine. D\u00e8s lors, l\u2019aide fournie par le CRS devient un syst\u00e8me g\u00e9opolitique bas\u00e9 sur une structure de domination au service des \u00c9tats-Unis. Le processus d\u2019endog\u00e9n\u00e9isation de la cantine devient alors un enjeu de pouvoir dans lequel le Burkina Faso doit se positionner en tirant le meilleur parti de cette assistance, en vue de son autonomisation alimentaire. En effet, les programmes d\u2019aide alimentaire des \u00c9tats-Unis ne visent pas seulement \u00e0 r\u00e9pondre aux besoins humanitaires\u2009; ils fonctionnent davantage comme des instruments de financement de projets que comme de v\u00e9ritables leviers de s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et contribuent \u00e0 l\u2019offre d\u2019emploi et au succ\u00e8s de la politique agricole aux \u00c9tats-Unis (Poussart-Vanier, 2005)<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>. Comme le souligne Alter, \u00ab\u2009si on donne, c\u2019est qu\u2019on tire un avantage que l\u2019on ne pourrait pas obtenir sans cette d\u00e9cision\u2009\u00bb (2002, p.&nbsp;273). Par ailleurs, la crise s\u00e9curitaire qui affecte le Sahel en g\u00e9n\u00e9ral, et le Burkina Faso en particulier, constitue un facteur limitant le succ\u00e8s du programme de la cantine endog\u00e8ne, tout en accentuant la d\u00e9pendance alimentaire vis-\u00e0-vis des \u00c9tats-Unis. Cette situation permet de mettre en \u00e9vidence le lien entre la volont\u00e9 am\u00e9ricaine de maintenir son humanitarisme et sa responsabilit\u00e9 historique dans l\u2019intervention militaire de l\u2019Otan en Libye en 2011, dont les r\u00e9percussions s\u00e9curitaires se sont diffus\u00e9es dans les pays du Sahel. En effet, Bley (2023) souligne que c\u2019est \u00e0 la suite de la mort de Mouammar Kadhafi que les groupes arm\u00e9s touaregs vont se disperser dans plusieurs pays de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest (p.&nbsp;481) et nourrir ainsi le terrorisme avec ses besoins d\u2019aide d\u2019urgence. \u00c9tant donn\u00e9 que les \u00c9tats-Unis ont toutes les capacit\u00e9s technologiques et logistiques pour r\u00e9pondre \u00e0 ces besoins humanitaires, le don devient ici un instrument de <em>soft power<\/em> qui entra\u00eene des relations in\u00e9galitaires au d\u00e9triment d\u2019un partenariat gagnant-gagnant.<\/p>\n\n\n\n<p>En s\u2019appuyant sur la notion de \u00ab\u2009restauration\u2009\u00bb d\u00e9velopp\u00e9e par Boateng (2021), entendue comme la r\u00e9habilitation ou la r\u00e9paration des structures humanitaires africaines \u00e9rod\u00e9es par l\u2019intervention \u00e9trang\u00e8re, ainsi que sur le concept de d\u00e9colonialit\u00e9 formul\u00e9 par Mignolo (2011), la construction de l\u2019autod\u00e9termination en mati\u00e8re de cantine endog\u00e8ne doit \u00eatre davantage port\u00e9e par un leadership local affirm\u00e9. Par cons\u00e9quent, au-del\u00e0 de l\u2019aspect nutritionnel et attractif qu\u2019exerce la cantine scolaire sur les enfants, celle-ci ne devrait plus \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un service d\u2019appoint facultatif, mais comme une institution obligatoire (Kabor\u00e9, 2023). Cette autod\u00e9termination d\u00e9bute par une d\u00e9construction de la hi\u00e9rarchie culturelle et par un transfert du pouvoir en ce sens que, dans les pratiques du CRS, l\u2019ONG est bien visible sur le terrain. Une pr\u00e9sence plus discr\u00e8te, laissant davantage d\u2019initiative aux ONG nationales ainsi qu\u2019une reconfiguration des dispositifs de communication, notamment la publicit\u00e9 sur les emballages de vivres et les r\u00e9alisations, pourrait att\u00e9nuer l\u2019effet de l\u2019assistanat sur les b\u00e9n\u00e9ficiaires de la cantine assist\u00e9e<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>. En milieu <em>moaga<\/em>, un adage soutient que&nbsp;: <em>\u00ab\u2009maan neere pa be ni ru moone y\u00e9\u2009\u00bb <\/em>signifiant qu\u2019en mati\u00e8re d\u2019aide, le donateur doit respecter la dignit\u00e9 du receveur en ne proclamant pas son bienfait.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le processus de transition des cantines assist\u00e9es vers des cantines endog\u00e8nes,&nbsp;il est \u00e9vident qu\u2019en tant que pays ind\u00e9pendant, le Burkina Faso devrait travailler \u00e0 se prendre en charge pour une d\u00e9colonialit\u00e9 alimentaire compl\u00e8te. \u00c0 ce titre, l\u2019\u00c9tat doit donc apporter les moyens n\u00e9cessaires \u00e0 la r\u00e9ussite de cette politique, l\u2019id\u00e9al r\u00e9sidant dans la capacit\u00e9 des syst\u00e8mes locaux, lorsqu\u2019ils sont auto-initi\u00e9s, \u00e0 \u00eatre concomitamment autofinanc\u00e9s et autonomes vis-\u00e0-vis des ressources ext\u00e9rieures (Boateng, 2021). Certes, des efforts sont consentis dans ce sens, mais ils demeurent largement insuffisants au regard de l\u2019ampleur des besoins des cantines scolaires. Par exemple, en 2024, la cantine endog\u00e8ne ne repr\u00e9sentait que 5&nbsp;% de la cantine scolaire, couvrant en moyenne un mois de besoins alimentaires. Plus de 586&nbsp;\u00e9coles, soit environ 5&nbsp;%, disposaient de champs scolaires et 1\u2009634 (12&nbsp;%) avaient mis en place des jardins, traduisant un recul par rapport aux chiffres de 2018. Quant au financement, l\u2019appui du minist\u00e8re de l\u2019\u00c9ducation pour renforcer les jardins et champs scolaires appara\u00eet d\u00e9risoire au regard des besoins&nbsp;: en 2024, il s\u2019\u00e9levait \u00e0 140&nbsp;millions de francs CFA, soit 14&nbsp;% des pr\u00e9visions, estim\u00e9es \u00e0 un milliard de francs CFA.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis la mise en \u0153uvre de la cantine endog\u00e8ne, plusieurs dysfonctionnements ont \u00e9t\u00e9 relev\u00e9s. Il s\u2019agit entre autres des retards d\u2019approvisionnement et la livraison de vivres avari\u00e9s (Y\u00e9, 2024) qui r\u00e9v\u00e8lent des difficult\u00e9s de gouvernance et interrogent la capacit\u00e9 \u00e0 garantir la durabilit\u00e9 de l\u2019initiative. Dans une perspective de p\u00e9rennisation des champs et jardins scolaires, le gouvernement doit int\u00e9grer ce volet dans l\u2019offensive agropastorale et halieutique<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a> pour l\u2019autosuffisance alimentaire, afin que les \u00e9coles puissent b\u00e9n\u00e9ficier des moyens cons\u00e9quents qui y sont allou\u00e9s. Concr\u00e8tement, cette int\u00e9gration suppose de relever les d\u00e9fis suivants&nbsp;: l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau potable, la disponibilit\u00e9 des terres, surtout pour les familles d\u00e9plac\u00e9es<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>, ainsi que la formation des acteurs locaux, tels que les Coges, \u00e0 l\u2019entretien des machines<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>. Cette int\u00e9gration vise \u00e0 assurer la p\u00e9rennit\u00e9 des champs et de la production mara\u00eech\u00e8re en saison s\u00e8che, tout en int\u00e9grant l\u2019\u00e9levage et la pisciculture. Dans une strat\u00e9gie holistique, les pr\u00e9alables au succ\u00e8s de cette politique sont d\u2019abord la refondation du syst\u00e8me \u00e9ducatif&nbsp;par une orientation de l\u2019\u00e9cole vers la formation de citoyens capables de porter les perspectives de d\u00e9veloppement de leur communaut\u00e9 (Ouattara, 2023, pp.&nbsp;62-64). Ensuite, cette strat\u00e9gie requiert une mobilisation des ressources internes pour les investissements socio-\u00e9conomiques \u00e0 travers la mise en \u0153uvre de m\u00e9canismes de financement endog\u00e8ne du secteur \u00e9ducatif. Ces m\u00e9canismes peuvent s\u2019appuyer sur l\u2019actionnariat populaire et la promotion de l\u2019\u00e9pargne domestique \u00e0 l\u2019image des Communaut\u00e9s d\u2019\u00e9pargne et de cr\u00e9dits internes (SILC). C\u2019est une r\u00e9forme qui va aboutir \u00e0 une mod\u00e9ration progressive de l\u2019aide, voire \u00e0 son sevrage graduel dans les politiques de d\u00e9veloppement. Enfin, le succ\u00e8s de cette politique peut passer par un renforcement de la collaboration entre le secteur priv\u00e9 et l\u2019\u00c9tat, \u00e0 travers la cr\u00e9ation de fonds sp\u00e9ciaux, la mise en place de m\u00e9canismes d\u2019appui aux PME, le renforcement de l\u2019acc\u00e8s aux cr\u00e9dits (surtout pour les jeunes dipl\u00f4m\u00e9s issus des grandes \u00e9coles professionnelles), la formation et l\u2019information des coop\u00e9ratives rurales, l\u2019all\u00e8gement des tracasseries administratives et des pressions fiscales, et la promotion d\u2019un passage \u00e0 l\u2019\u00e9chelon manufacturier de l\u2019\u00e9conomie nationale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p><a><\/a>La pr\u00e9sente contribution avait pour objectif d\u2019analyser des pratiques de l\u2019aide alimentaire am\u00e9ricaine, mises en \u0153uvre de 2011 \u00e0 2024, qui permettent aux populations b\u00e9n\u00e9ficiaires de se lib\u00e9rer progressivement de cette assistance et de r\u00e9pondre de mani\u00e8re autonome \u00e0 leurs besoins alimentaires. En effet, la qu\u00eate de l\u2019autosuffisance alimentaire et de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire a toujours figur\u00e9 au premier rang des priorit\u00e9s des diff\u00e9rents gouvernements depuis l\u2019ind\u00e9pendance du Burkina Faso. Cette politique s\u2019articule conform\u00e9ment aux dispositions de la politique nationale de s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et nutritionnelle avec la contribution des partenaires internationaux, aussi bien dans le cadre multilat\u00e9ral que bilat\u00e9ral. \u00c0 cet \u00e9gard, le partenariat avec les structures am\u00e9ricaines, telles que le CRS, a toujours \u00e9t\u00e9 un tremplin pour sa r\u00e9ussite. L\u2019un des aspects les plus illustratifs de cette coop\u00e9ration r\u00e9side dans l\u2019assistance alimentaire dont les paradigmes connaissent des bouleversements depuis 2011. En plus de juguler les crises, elle contribue \u00e0 la capacitation des b\u00e9n\u00e9ficiaires, renforce leur r\u00e9silience et favorise l\u2019autonomie dans les diff\u00e9rentes cha\u00eenes de production et d\u2019approvisionnement.<\/p>\n\n\n\n<p>Pr\u00e9coniser un d\u00e9veloppement endog\u00e8ne, c\u2019est plaider pour un mod\u00e8le qui puise dans les ressources internes, tout en int\u00e9grant de mani\u00e8re critique les apports externes, \u00e0 l\u2019image de la pens\u00e9e de Joseph Ki-Zerbo. Mais ce qui vient de l\u2019ext\u00e9rieur est inclus dans l\u2019int\u00e9rieur, pas \u00e0 l\u2019\u00e9tat pur mais par transformation ou appropriation, de sorte qu\u2019il s\u2019int\u00e8gre dans le tissu interne sans le dominer. Autrement dit, l\u2019ext\u00e9rieur est int\u00e9gr\u00e9 dans l\u2019int\u00e9rieur qui va d\u00e9sormais dominer et former ce que Yonli (2016) d\u00e9crit comme un \u00ab\u2009int\u00e9rieur ext\u00e9rioris\u00e9\u2009\u00bb, et non un \u00ab\u2009ext\u00e9rieur int\u00e9rioris\u00e9\u2009\u00bb. Le d\u00e9veloppement est qualifi\u00e9 d\u2019endog\u00e8ne lorsque le m\u00e9canisme qui r\u00e9gule les facteurs internes et externes est ma\u00eetris\u00e9 de l\u2019int\u00e9rieur, \u00e0 l\u2019instar de la politique de d\u00e9veloppement men\u00e9e par le pr\u00e9sident Sankara. \u00c0 l\u2019inverse, lorsque ces facteurs sont contr\u00f4l\u00e9s de l\u2019ext\u00e9rieur, le d\u00e9veloppement est consid\u00e9r\u00e9 comme exog\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Globalement, si l\u2019aide alimentaire peut parfois avoir un effet d\u2019ali\u00e9nation, les pratiques des \u00c9tats-Unis au Burkina Faso dans le domaine ont \u00e9volu\u00e9 de mani\u00e8re \u00e0 positionner les b\u00e9n\u00e9ficiaires en acteurs et \u00e0 les soutenir dans la satisfaction durable de leurs besoins alimentaires. Le projet d\u2019alimentation scolaire <em>Beoog Biiga<\/em>, par ses activit\u00e9s, d\u00e9montre le r\u00f4le important des achats locaux dans le renforcement de la durabilit\u00e9 et de la r\u00e9silience des syst\u00e8mes alimentaires. Il profite \u00e0 la fois aux producteurs agricoles et aux \u00e9l\u00e8ves, d\u00e9montrant que l\u2019atteinte de l\u2019autosuffisance alimentaire est possible si l\u2019on f\u00e9d\u00e8re les intelligences dans un esprit de d\u00e9veloppement endog\u00e8ne. Ce changement de paradigmes dans les pratiques du CRS s\u2019inscrit pleinement dans la perspective d\u2019une d\u00e9colonisation de l\u2019aide alimentaire au Burkina Faso. Il instaure un syst\u00e8me dans lequel les Burkinab\u00e8 ne sont plus \u00ab\u2009des acteurs secondaires de leur propre vie, mais sont les fournisseurs des bases intellectuelles, organisationnelles et op\u00e9rationnelles pour la r\u00e9ponse humanitaire sur leur propre territoire\u2009\u00bb (Boateng, 2021). Dans cette optique, l\u2019ONG CRS doit \u00eatre pr\u00eate \u00e0 occuper des r\u00f4les secondaires, tout comme les acteurs locaux doivent diriger le processus en termes de politique, de coordination et de financement afin de garantir la r\u00e9ussite de la d\u00e9soccidentalisation engag\u00e9e par le Burkina Faso.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, il convient de souligner que la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire des m\u00e9nages demeure affect\u00e9e par des facteurs aussi bien structurels que conjoncturels dont la ma\u00eetrise requiert des interventions plus intenses. Il s\u2019agit entre autres de la faiblesse des infrastructures de conservation, la faible ma\u00eetrise de l\u2019eau, la d\u00e9gradation continue des ressources naturelles, l\u2019acc\u00e8s difficile \u00e0 la terre pour les personnes d\u00e9plac\u00e9es et le difficile retour de la stabilit\u00e9. Ces facteurs constituent des entraves objectives s au succ\u00e8s d\u2019un volet d\u00e9cisif du d\u00e9veloppement endog\u00e8ne, \u00ab\u2009le consommer local\u2009\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":24792,"template":"","meta":[],"series-categories":[1023],"cat-articles":[1015],"keywords":[1109,1105,1111,1110,1107,1112,1081,1108,1106],"ppma_author":[1104],"class_list":["post-24796","series-issues","type-series-issues","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","series-categories-numero-12","cat-articles-analyses-critiques","keywords-aide-alimentaire","keywords-burkina-faso","keywords-cantine-endogene","keywords-cooperation-2","keywords-cooperation","keywords-decolonisation-2","keywords-decolonization","keywords-endogenous-school-feeding","keywords-food-aid","author-tiewende-jean-balima"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Pratiques d\u00e9coloniales de l\u2019aide alimentaire au Burkina Faso\u00a0: analyse des interventions de l\u2019ONG Catholic Relief Services \u00e0 travers la cantine endog\u00e8ne (2011-2024) | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-12\/decolonial-food-aid-practices-in-burkina-faso-an-analysis-of-catholic-relief-services-interventions-through-the-endogenous-school-feeding-program-2011-2024\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Pratiques d\u00e9coloniales de l\u2019aide alimentaire au Burkina Faso\u00a0: analyse des interventions de l\u2019ONG Catholic Relief Services \u00e0 travers la cantine endog\u00e8ne (2011-2024) | Global Africa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Introduction Pays sah\u00e9lien, le Burkina Faso reste confront\u00e9 au d\u00e9fi permanent d\u2019assurer une autosuffisance alimentaire et nutritionnelle durable \u00e0 sa population. L\u2019agriculture occupe plus de 80&nbsp;% de la population. L\u2019analyse du secteur agricole sur la d\u00e9cennie&nbsp;2000-2010 fait appara\u00eetre des performances relativement satisfaisantes avec un taux d\u2019accroissement de 3&nbsp;% (Burkina Faso, 2013). Cependant, la forte croissance d\u00e9mographique (3,1&nbsp;% par an), les al\u00e9as climatiques et l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 qui affecte certaines zones de production depuis 2015 ont consid\u00e9rablement r\u00e9duit les gains r\u00e9alis\u00e9s, obligeant le Burkina Faso \u00e0 recourir \u00e0 des apports ext\u00e9rieurs en denr\u00e9es pour couvrir ses besoins de consommation alimentaire (INSD, 2021). Dans sa politique de d\u00e9veloppement socio-\u00e9conomique, le Burkina Faso s\u2019est engag\u00e9 sur la voie du d\u00e9veloppement endog\u00e8ne d\u00e8s le d\u00e9but de la d\u00e9cennie&nbsp;1980. De concert avec ses partenaires techniques et financiers, les interventions sont ax\u00e9es sur le renforcement des capacit\u00e9s du pays \u00e0 r\u00e9sister aux chocs et \u00e0 combler ses propres besoins. \u00c0 cet effet, les communaut\u00e9s sont encourag\u00e9es \u00e0 s\u2019impliquer dans la promotion des cantines endog\u00e8nes pour garantir l\u2019autonomie alimentaire des \u00e9coles, promouvoir les mets locaux, et offrir une alimentation vari\u00e9e et \u00e9quilibr\u00e9e aux \u00e9l\u00e8ves. Cela contribue \u00e0 leur inculquer des valeurs agricoles tout en renfor\u00e7ant l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances et l\u2019am\u00e9lioration de la qualit\u00e9 de l\u2019\u00e9ducation, gage d\u2019un syst\u00e8me \u00e9ducatif plus efficace, performant et r\u00e9silient (MEBAPLN, 2025). C\u2019est dans ce contexte que la coop\u00e9ration am\u00e9ricaine, par le truchement de son bras op\u00e9rationnel en mati\u00e8re d\u2019aide alimentaire, l\u2019ONG Catholic Relief Services (CRS), a initi\u00e9 en 2011 le projet Beoog Biiga[1] sp\u00e9cifiquement dans le Centre-Nord, avant de l\u2019\u00e9tendre en 2018 au Plateau-Central[2]. La pr\u00e9sente contribution se situe dans la logique des interventions de l\u2019ONG en tant que partenaire au d\u00e9veloppement de l\u2019\u00c9tat burkinab\u00e8 et actrice non \u00e9tatique de la politique \u00e9trang\u00e8re des \u00c9tats-Unis. Visant \u00e0 renforcer la dotation des cantines en vivres locaux par la promotion des champs et jardins scolaires et par le renforcement des capacit\u00e9s techniques, infrastructurelles et humaines, le projet Beoog Biiga est l\u2019illustration d\u2019un changement de paradigme dans l\u2019assistance humanitaire des \u00c9tats-Unis au Burkina Faso. Il r\u00e9v\u00e8le des formes de d\u00e9colonisation de l\u2019aide alimentaire qui m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre mises en exergue, en ce qu\u2019elles esquissent des voies possibles vers un d\u00e9veloppement socio-\u00e9conomique plus endog\u00e8ne des communaut\u00e9s b\u00e9n\u00e9ficiaires. L\u2019\u00e9tat des connaissances sur l\u2019aide alimentaire au Burkina Faso et sur les m\u00e9canismes d\u2019intervention des partenaires au d\u00e9veloppement s\u2019appuie sur une historiographie constitu\u00e9e principalement d\u2019articles scientifiques, de documents sp\u00e9cifiques li\u00e9s \u00e0 des projets et \u00e0 quelques ouvrages g\u00e9n\u00e9raux. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019aide alimentaire peut constituer un levier pour le d\u00e9veloppement (Ingram,&nbsp;1983). Le programme \u00ab\u2009vivres contre travail\u2009\u00bb du Programme alimentaire mondial (PAM), soutenu par la coop\u00e9ration am\u00e9ricaine, fait figure de pionnier dans cette forme de d\u00e9colonisation de l\u2019aide alimentaire dans les d\u00e9cennies&nbsp;1970 et 1980. Dans cette optique, les contraintes et les opportunit\u00e9s peuvent s\u2019analyser dans le contexte de la coop\u00e9ration (FAO, 2006) en faisant ressortir son r\u00f4le dans le d\u00e9veloppement agricole et la strat\u00e9gie de s\u00e9curit\u00e9 alimentaire. Garrido et Sanchez (2015) posent la probl\u00e9matique de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire au Burkina Faso \u00e0 travers les cantines scolaires. Dans son volet alimentation, les impacts de la cantine scolaire laissent appara\u00eetre une efficacit\u00e9 plausible sur la nutrition des apprenants. En s\u2019int\u00e9ressant \u00e0 la cantine endog\u00e8ne et au maintien scolaire dans la circonscription d\u2019\u00e9ducation de base de Kongoussi&nbsp;1, Niya (2022) souligne que la cantine scolaire constitue, pour de nombreux enfants issus de familles modestes, une source d\u2019alimentation non n\u00e9gligeable pendant l\u2019ann\u00e9e scolaire. Elle repr\u00e9sente \u00e9galement une source de motivation pour leur pr\u00e9sence \u00e0 l\u2019\u00e9cole, d\u2019o\u00f9 une hausse des taux de fr\u00e9quentation et des r\u00e9sultats scolaires (Niya, 2022, p.&nbsp;194). Cependant, un certain nombre de dysfonctionnements existent, d\u2019o\u00f9 le changement de paradigme avec le projet Beoog Biiga. Dans cette \u00e9tude, il s\u2019agira de mettre en exergue les pratiques de terrain du projet qui r\u00e9volutionnent le nexus aide alimentaire-d\u00e9veloppement et s\u2019inscrivent dans la politique nationale de s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et nutritionnelle (Burkina Faso, 2013\u2009; MAAH, 2017). Selon la FAO, l\u2019aide alimentaire est \u00ab\u2009l\u2019ensemble des vivres re\u00e7us \u00e0 des fins de d\u00e9veloppement, y compris des financements destin\u00e9s \u00e0 leur achat\u2009\u00bb (Burkina Faso-PNUD, 2016). Les d\u00e9penses connexes (transport, stockage, distribution, etc.) figurent aussi dans cette rubrique, ainsi que les articles apparent\u00e9s fournis par les donateurs, les intrants agricoles pour les cultures vivri\u00e8res lorsque ces apports font partie d\u2019un programme d\u2019aide alimentaire (MEF, 2010). L\u2019aide alimentaire des \u00c9tats-Unis au Burkina Faso est contemporaine \u00e0 l\u2019accession du pays \u00e0 la souverainet\u00e9 internationale en 1960. Initialement r\u00e9guli\u00e8re, elle est devenue intermittente \u00e0 partir de 2008, suite \u00e0 un engagement accru du gouvernement dans le domaine. La pratique de d\u00e9colonisation de l\u2019aide est \u00e0 saisir en filigrane de l\u2019analyse dite \u00ab\u2009marxiste\u2009\u00bb des relations internationales, qui renvoie \u00e0 un monde in\u00e9galitaire, divis\u00e9 entre ceux qui font l\u2019histoire et ceux qui la subissent. Elle s\u2019inscrit \u00e9galement dans la substance de la \u00ab\u2009d\u00e9colonialit\u00e9\u2009\u00bb, telle que th\u00e9oris\u00e9e par Mignolo (2011), qui pr\u00e9conise une d\u00e9connexion de la matrice coloniale du pouvoir occidental pour construire un monde dans lequel les \u00eatres humains ne sont plus exploit\u00e9s dans la qu\u00eate incessante d\u2019accumulation de richesses. Cette approche privil\u00e9gie donc les ph\u00e9nom\u00e8nes de domination et de d\u00e9pendance, les classes sociales, les rapports de production et les luttes r\u00e9volutionnaires (Balima, 2022). En effet, plus de soixante&nbsp;ans apr\u00e8s son ind\u00e9pendance, le Burkina Faso peine toujours \u00e0 trouver ses marques en mati\u00e8re de d\u00e9veloppement. Comme le souligne Joseph Ki-Zerbo, \u00ab\u2009la mayonnaise du d\u00e9veloppement n\u2019a pas encore pris\u2009\u00bb(Yonli, 2016, p.&nbsp;365). Pourtant, le sous-d\u00e9veloppement du pays n\u2019est pas d\u00fb \u00e0 un manque de strat\u00e9gies, mais, au contraire, \u00e0 leur surabondance. En effet, les responsables politiques ont, tour \u00e0 tour, exp\u00e9riment\u00e9 plusieurs plans de d\u00e9veloppement (Ouattara, 2023). Dans cette perspective, il importe de rappeler que le Burkina Faso demeure fragilis\u00e9 dans son processus de d\u00e9veloppement. \u00c0 l\u2019exception de l\u2019exp\u00e9rience du Conseil national de la r\u00e9volution (1983-1987), tous les mod\u00e8les de d\u00e9veloppement adopt\u00e9s sont align\u00e9s sur le mod\u00e8le lib\u00e9ral, privil\u00e9giant \u00ab\u2009l\u2019\u00e9conomisme, le productivisme et le technicisme, au d\u00e9triment des v\u00e9ritables besoins humains et sociaux et des aspirations des populations\u2009\u00bb (Yonli, 2016, p.&nbsp;368). 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L\u2019agriculture occupe plus de 80&nbsp;% de la population. L\u2019analyse du secteur agricole sur la d\u00e9cennie&nbsp;2000-2010 fait appara\u00eetre des performances relativement satisfaisantes avec un taux d\u2019accroissement de 3&nbsp;% (Burkina Faso, 2013). Cependant, la forte croissance d\u00e9mographique (3,1&nbsp;% par an), les al\u00e9as climatiques et l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 qui affecte certaines zones de production depuis 2015 ont consid\u00e9rablement r\u00e9duit les gains r\u00e9alis\u00e9s, obligeant le Burkina Faso \u00e0 recourir \u00e0 des apports ext\u00e9rieurs en denr\u00e9es pour couvrir ses besoins de consommation alimentaire (INSD, 2021). Dans sa politique de d\u00e9veloppement socio-\u00e9conomique, le Burkina Faso s\u2019est engag\u00e9 sur la voie du d\u00e9veloppement endog\u00e8ne d\u00e8s le d\u00e9but de la d\u00e9cennie&nbsp;1980. De concert avec ses partenaires techniques et financiers, les interventions sont ax\u00e9es sur le renforcement des capacit\u00e9s du pays \u00e0 r\u00e9sister aux chocs et \u00e0 combler ses propres besoins. \u00c0 cet effet, les communaut\u00e9s sont encourag\u00e9es \u00e0 s\u2019impliquer dans la promotion des cantines endog\u00e8nes pour garantir l\u2019autonomie alimentaire des \u00e9coles, promouvoir les mets locaux, et offrir une alimentation vari\u00e9e et \u00e9quilibr\u00e9e aux \u00e9l\u00e8ves. Cela contribue \u00e0 leur inculquer des valeurs agricoles tout en renfor\u00e7ant l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances et l\u2019am\u00e9lioration de la qualit\u00e9 de l\u2019\u00e9ducation, gage d\u2019un syst\u00e8me \u00e9ducatif plus efficace, performant et r\u00e9silient (MEBAPLN, 2025). C\u2019est dans ce contexte que la coop\u00e9ration am\u00e9ricaine, par le truchement de son bras op\u00e9rationnel en mati\u00e8re d\u2019aide alimentaire, l\u2019ONG Catholic Relief Services (CRS), a initi\u00e9 en 2011 le projet Beoog Biiga[1] sp\u00e9cifiquement dans le Centre-Nord, avant de l\u2019\u00e9tendre en 2018 au Plateau-Central[2]. La pr\u00e9sente contribution se situe dans la logique des interventions de l\u2019ONG en tant que partenaire au d\u00e9veloppement de l\u2019\u00c9tat burkinab\u00e8 et actrice non \u00e9tatique de la politique \u00e9trang\u00e8re des \u00c9tats-Unis. Visant \u00e0 renforcer la dotation des cantines en vivres locaux par la promotion des champs et jardins scolaires et par le renforcement des capacit\u00e9s techniques, infrastructurelles et humaines, le projet Beoog Biiga est l\u2019illustration d\u2019un changement de paradigme dans l\u2019assistance humanitaire des \u00c9tats-Unis au Burkina Faso. Il r\u00e9v\u00e8le des formes de d\u00e9colonisation de l\u2019aide alimentaire qui m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre mises en exergue, en ce qu\u2019elles esquissent des voies possibles vers un d\u00e9veloppement socio-\u00e9conomique plus endog\u00e8ne des communaut\u00e9s b\u00e9n\u00e9ficiaires. L\u2019\u00e9tat des connaissances sur l\u2019aide alimentaire au Burkina Faso et sur les m\u00e9canismes d\u2019intervention des partenaires au d\u00e9veloppement s\u2019appuie sur une historiographie constitu\u00e9e principalement d\u2019articles scientifiques, de documents sp\u00e9cifiques li\u00e9s \u00e0 des projets et \u00e0 quelques ouvrages g\u00e9n\u00e9raux. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019aide alimentaire peut constituer un levier pour le d\u00e9veloppement (Ingram,&nbsp;1983). Le programme \u00ab\u2009vivres contre travail\u2009\u00bb du Programme alimentaire mondial (PAM), soutenu par la coop\u00e9ration am\u00e9ricaine, fait figure de pionnier dans cette forme de d\u00e9colonisation de l\u2019aide alimentaire dans les d\u00e9cennies&nbsp;1970 et 1980. Dans cette optique, les contraintes et les opportunit\u00e9s peuvent s\u2019analyser dans le contexte de la coop\u00e9ration (FAO, 2006) en faisant ressortir son r\u00f4le dans le d\u00e9veloppement agricole et la strat\u00e9gie de s\u00e9curit\u00e9 alimentaire. Garrido et Sanchez (2015) posent la probl\u00e9matique de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire au Burkina Faso \u00e0 travers les cantines scolaires. Dans son volet alimentation, les impacts de la cantine scolaire laissent appara\u00eetre une efficacit\u00e9 plausible sur la nutrition des apprenants. En s\u2019int\u00e9ressant \u00e0 la cantine endog\u00e8ne et au maintien scolaire dans la circonscription d\u2019\u00e9ducation de base de Kongoussi&nbsp;1, Niya (2022) souligne que la cantine scolaire constitue, pour de nombreux enfants issus de familles modestes, une source d\u2019alimentation non n\u00e9gligeable pendant l\u2019ann\u00e9e scolaire. Elle repr\u00e9sente \u00e9galement une source de motivation pour leur pr\u00e9sence \u00e0 l\u2019\u00e9cole, d\u2019o\u00f9 une hausse des taux de fr\u00e9quentation et des r\u00e9sultats scolaires (Niya, 2022, p.&nbsp;194). Cependant, un certain nombre de dysfonctionnements existent, d\u2019o\u00f9 le changement de paradigme avec le projet Beoog Biiga. Dans cette \u00e9tude, il s\u2019agira de mettre en exergue les pratiques de terrain du projet qui r\u00e9volutionnent le nexus aide alimentaire-d\u00e9veloppement et s\u2019inscrivent dans la politique nationale de s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et nutritionnelle (Burkina Faso, 2013\u2009; MAAH, 2017). Selon la FAO, l\u2019aide alimentaire est \u00ab\u2009l\u2019ensemble des vivres re\u00e7us \u00e0 des fins de d\u00e9veloppement, y compris des financements destin\u00e9s \u00e0 leur achat\u2009\u00bb (Burkina Faso-PNUD, 2016). Les d\u00e9penses connexes (transport, stockage, distribution, etc.) figurent aussi dans cette rubrique, ainsi que les articles apparent\u00e9s fournis par les donateurs, les intrants agricoles pour les cultures vivri\u00e8res lorsque ces apports font partie d\u2019un programme d\u2019aide alimentaire (MEF, 2010). L\u2019aide alimentaire des \u00c9tats-Unis au Burkina Faso est contemporaine \u00e0 l\u2019accession du pays \u00e0 la souverainet\u00e9 internationale en 1960. Initialement r\u00e9guli\u00e8re, elle est devenue intermittente \u00e0 partir de 2008, suite \u00e0 un engagement accru du gouvernement dans le domaine. La pratique de d\u00e9colonisation de l\u2019aide est \u00e0 saisir en filigrane de l\u2019analyse dite \u00ab\u2009marxiste\u2009\u00bb des relations internationales, qui renvoie \u00e0 un monde in\u00e9galitaire, divis\u00e9 entre ceux qui font l\u2019histoire et ceux qui la subissent. Elle s\u2019inscrit \u00e9galement dans la substance de la \u00ab\u2009d\u00e9colonialit\u00e9\u2009\u00bb, telle que th\u00e9oris\u00e9e par Mignolo (2011), qui pr\u00e9conise une d\u00e9connexion de la matrice coloniale du pouvoir occidental pour construire un monde dans lequel les \u00eatres humains ne sont plus exploit\u00e9s dans la qu\u00eate incessante d\u2019accumulation de richesses. Cette approche privil\u00e9gie donc les ph\u00e9nom\u00e8nes de domination et de d\u00e9pendance, les classes sociales, les rapports de production et les luttes r\u00e9volutionnaires (Balima, 2022). En effet, plus de soixante&nbsp;ans apr\u00e8s son ind\u00e9pendance, le Burkina Faso peine toujours \u00e0 trouver ses marques en mati\u00e8re de d\u00e9veloppement. Comme le souligne Joseph Ki-Zerbo, \u00ab\u2009la mayonnaise du d\u00e9veloppement n\u2019a pas encore pris\u2009\u00bb(Yonli, 2016, p.&nbsp;365). Pourtant, le sous-d\u00e9veloppement du pays n\u2019est pas d\u00fb \u00e0 un manque de strat\u00e9gies, mais, au contraire, \u00e0 leur surabondance. En effet, les responsables politiques ont, tour \u00e0 tour, exp\u00e9riment\u00e9 plusieurs plans de d\u00e9veloppement (Ouattara, 2023). Dans cette perspective, il importe de rappeler que le Burkina Faso demeure fragilis\u00e9 dans son processus de d\u00e9veloppement. \u00c0 l\u2019exception de l\u2019exp\u00e9rience du Conseil national de la r\u00e9volution (1983-1987), tous les mod\u00e8les de d\u00e9veloppement adopt\u00e9s sont align\u00e9s sur le mod\u00e8le lib\u00e9ral, privil\u00e9giant \u00ab\u2009l\u2019\u00e9conomisme, le productivisme et le technicisme, au d\u00e9triment des v\u00e9ritables besoins humains et sociaux et des aspirations des populations\u2009\u00bb (Yonli, 2016, p.&nbsp;368). Cependant, le d\u00e9veloppement, le vrai, doit passer par un retour","og_url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-12\/decolonial-food-aid-practices-in-burkina-faso-an-analysis-of-catholic-relief-services-interventions-through-the-endogenous-school-feeding-program-2011-2024\/","og_site_name":"Global Africa","article_publisher":"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences","article_modified_time":"2026-04-21T22:03:16+00:00","og_image":[{"width":1280,"height":853,"url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/DSCF0587-Grande.jpeg","type":"image\/jpeg"}],"twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"29 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