{"id":24712,"date":"2025-12-20T10:04:58","date_gmt":"2025-12-20T10:04:58","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/endogenizing-humanitarian-aid-knowledge-practices-and-aldepas-mobilization-in-support-of-victims-of-boko-haram-in-cameroons-far-north-region\/"},"modified":"2026-04-21T22:14:15","modified_gmt":"2026-04-21T22:14:15","slug":"endogenizing-humanitarian-aid-knowledge-practices-and-aldepas-mobilization-in-support-of-victims-of-boko-haram-in-cameroons-far-north-region","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-12\/endogenizing-humanitarian-aid-knowledge-practices-and-aldepas-mobilization-in-support-of-victims-of-boko-haram-in-cameroons-far-north-region\/","title":{"rendered":"L\u2019endog\u00e9n\u00e9isation de l\u2019aide humanitaire\u00a0: savoirs, pratiques et mobilisation de l\u2019ONG Aldepa en soutien aux victimes de Boko Haram \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p>La r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun vit une situation humanitaire in\u00e9dite. Depuis la fin de l\u2019ann\u00e9e&nbsp;2012, elle constitue un espace de repli pour les combattants de la secte Boko Haram (BH)<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>. Les attaques r\u00e9p\u00e9titives des islamistes et la riposte des forces de s\u00e9curit\u00e9 nationale et internationale (la force multinationale mixte [FMM]) ne cessent d\u2019occasionner d\u2019importants d\u00e9placements de population. Les d\u00e9partements du Diamar\u00e9, du Mayo-Tsanaga, du Logone-et-Chari, du Mayo-Sava, du Mayo-Danay et du Mayo-Kani (dans une moindre mesure), accueillent de nombreux r\u00e9fugi\u00e9s nig\u00e9rians et personnes d\u00e9plac\u00e9es internes (PDI), selon diverses modalit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, les r\u00e9fugi\u00e9s sont des personnes ayant franchi une fronti\u00e8re internationale, tandis que les d\u00e9plac\u00e9s internes sont rest\u00e9s dans leur propre pays. Les modalit\u00e9s d\u2019accueil de ces cat\u00e9gories de personnes d\u00e9plac\u00e9es sont distinctes. Alors que les r\u00e9fugi\u00e9s peuvent \u00eatre accueillis dans des camps ou int\u00e9gr\u00e9s dans des communaut\u00e9s h\u00f4tes, souvent avec l\u2019aide d\u2019organisations internationales, les PDI quant \u00e0 elles, sont accueillies principalement au sein des familles d\u2019accueil ou dans des abris spontan\u00e9s comme observ\u00e9s dans les r\u00e9gions de l\u2019Est et de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun (Mahamat, 2021\u2009; Lefort-Rieu, 2024b, chapitre&nbsp;3).<\/p>\n\n\n\n<p>Selon la matrice de suivi des d\u00e9placements (DTM) relative \u00e0 la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun, en ao\u00fbt 2023, le nombre de PDI \u00e9tait estim\u00e9 \u00e0 453\u2009661, tandis que le nombre de r\u00e9fugi\u00e9s hors du camp de Minawao \u00e9tait de 48\u2009165 (OIM, 2023). Cette situation a entra\u00een\u00e9 une pr\u00e9sence continue d\u2019acteurs nationaux et internationaux, engag\u00e9s dans des initiatives repens\u00e9es, \u00e0 partir de 2016, \u00e0 l\u2019aune de l\u2019impl\u00e9mentation de l\u2019approche nexus humanitaire-d\u00e9veloppement-paix.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, avec la croissance des besoins humanitaires, l\u2019action des organisations non gouvernementales internationales et des agences du syst\u00e8me des Nations unies a montr\u00e9 des limites dans sa capacit\u00e9 \u00e0 satisfaire les besoins d\u2019une population de d\u00e9plac\u00e9s de plus en plus nombreuse. La m\u00e9connaissance des r\u00e9alit\u00e9s des contextes d\u2019intervention a souvent constitu\u00e9 l\u2019une des pesanteurs \u00e0 l\u2019ancrage harmonieux de ces initiatives \u00e9trang\u00e8res aux r\u00e9alit\u00e9s locales (Olivier de&nbsp;Sardan, 2021). Cette situation a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 le retour des dynamiques endog\u00e8nes d\u2019assistance<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>, structur\u00e9es autour des discours, des pratiques et des dispositifs li\u00e9s aux contextes d\u2019intervention.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre int\u00e9r\u00eat s\u2019est port\u00e9 sur l\u2019Association locale pour un d\u00e9veloppement participatif et autog\u00e9r\u00e9 (Aldepa), une ONG<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> active au moment de cette \u00e9tude dans l\u2019assistance aux victimes des attaques de Boko Haram. Du fait de son anciennet\u00e9 (cr\u00e9\u00e9e en 1998), de son exp\u00e9rience et de son ancrage local, cette organisation constitue, ici, un cas exemplaire parmi les ONG locales \u0153uvrant dans le champ de l\u2019humanitaire \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun. Aldepa est d\u2019ailleurs l\u2019une des premi\u00e8res ONG locales \u00e0 s\u2019\u00eatre engag\u00e9e dans la prise en charge des victimes de la crise s\u00e9curitaire li\u00e9e \u00e0 Boko Haram. Toutefois l\u2019\u00e9tude, \u00e9labor\u00e9e \u00e0 partir du cas d\u2019Aldepa, n\u2019entend nullement d\u00e9fendre la conception de l\u2019humanitaire au sens de cette organisation. Il s\u2019agit, \u00e0 partir d\u2019une r\u00e9flexion autour du concept d\u2019endog\u00e9n\u00e9isation, de contribuer au d\u00e9bat relatif aux enjeux, aux limites et aux dilemmes de la d\u00e9colonisation de l\u2019aide.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019approche empirique a repos\u00e9 sur une m\u00e9thodologie qualitative et inductive. La phase de pr\u00e9enqu\u00eate, men\u00e9e en ao\u00fbt 2022, a permis d\u2019observer la nature des strat\u00e9gies d\u2019assistance mise en place par Aldepa. Durant la seconde phase de l\u2019enqu\u00eate, r\u00e9alis\u00e9e entre ao\u00fbt et septembre 2024, les acteurs ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9s sur la base de leur implication dans les processus humanitaires<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>. Au total, 41&nbsp;entretiens ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s&nbsp;: six responsables du minist\u00e8re de l\u2019Administration territoriale, cinq&nbsp;travailleurs sociaux, sept&nbsp;animateurs endog\u00e8nes, quatre&nbsp;leaders communautaires, neuf&nbsp;agents d\u2019ONG (locales et internationales), cinq&nbsp;r\u00e9fugi\u00e9s et cinq personnes d\u00e9plac\u00e9es internes. Cependant, l\u2019orientation choisie dans cette r\u00e9flexion nous a conduit \u00e0 donner plus de voix \u00e0 certains acteurs. Les cat\u00e9gories d\u2019analyse portaient sur les savoirs et pratiques endog\u00e8nes d\u2019aide humanitaire, la perception des initiatives d\u2019aide internationale\/locale et les relations entre les acteurs du champ humanitaire \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord. Compte tenu de la sensibilit\u00e9 du contexte, nous avons \u00e9tabli des contacts avec des personnes install\u00e9es dans les zones marqu\u00e9es par les affrontements arm\u00e9s. L\u2019exploitation de la documentation scientifique (ouvrages, articles, th\u00e8ses) et de la litt\u00e9rature grise (rapports des agences de l\u2019ONU et des ONG) a permis de disposer de donn\u00e9es suppl\u00e9mentaires n\u00e9cessaires pour la triangularisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Un constat demeure, l\u2019aide humanitaire<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> \u00e9volue de fa\u00e7on remarquable depuis l\u2019entame des ann\u00e9es&nbsp;1990. Le triomphe du capitalisme, l\u2019\u00e9mergence des r\u00e9seaux criminels, la mont\u00e9e des extr\u00e9mismes et le retour des guerres inter\u00e9tatiques ont r\u00e9introduit dans les champs politique et scientifique, les d\u00e9bats sur la compassion (Nouwen, 2004\u2009; Hours, 2010 ; Lain\u00e9, 2013\u2009; Savidan, 2018). Mais l\u2019essor des&nbsp;\u00ab\u2009politiques de la piti\u00e9\u2009\u00bb (Boltanski, 1993) \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019Afrique a une histoire plus complexe. Elles entretiennent un lien \u00e9troit avec la mission civilisatrice coloniale, \u00e0 laquelle ont succ\u00e9d\u00e9 les vis\u00e9es d\u00e9veloppementalistes, puis l\u2019aide dite d\u2019urgence (Matasci &amp; Desgrandchamps, 2020). L\u2019aide humanitaire internationale a ainsi \u00e9merg\u00e9 comme instrument d\u2019affinement et de prolongement des rapports de domination des pays et des agences \u00e9manant du Nord (Atlani-Duault &amp; Dozon, 2011). D\u00e8s lors, l\u2019assistance d\u00e9ploy\u00e9e par les pays desNords \u00e0 destination des pays desSuds s\u2019est vue assujettie \u00e0 diverses conditionnalit\u00e9s et, de ce fait, assimil\u00e9e \u00e0 une forme de n\u00e9ocolonialisme (Micheletti, 2011).<\/p>\n\n\n\n<p>La question de la d\u00e9colonisation de l\u2019aide<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a> en Afrique reste d\u2019actualit\u00e9. D\u2019ailleurs, elle est au centre des attentions, comme en t\u00e9moignent moult rencontres scientifiques organis\u00e9es ces derni\u00e8res ann\u00e9es<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>. Cette d\u00e9colonisation, dont l\u2019un des pendants institutionnels majeurs est la \u00ab\u2009localisation\u2009\u00bb<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> de l\u2019aide internationale, peine \u00e0 se mettre en place au Cameroun. Des raisons \u00e0 la fois structurelles et conjoncturelles expliquent cette situation&nbsp;: d\u2019une part, le manque de ressources financi\u00e8res et la faible structuration des ONG locales, cantonn\u00e9es au statut de sous-traitantes par les ONG internationales (Wade, 2023, p.&nbsp;86)\u2009; d\u2019autre part, la d\u00e9pendance excessive des associations nationales\/locales \u00e0 l\u2019aide ext\u00e9rieure et contraintes sp\u00e9cifiques pos\u00e9es par le contexte postautoritaire et extraverti au Cameroun (Pommerolle, 2008\u2009; Cazabat, 2016).<\/p>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9sente \u00e9tude se veut une contribution \u00e0 la recherche sur les transformations de l\u2019aide humanitaire au prisme du d\u00e9colonial. En resserrant le propos sur l\u2019endog\u00e9n\u00e9isation, l\u2019objectif est de voir comment celle-ci informe sur la d\u00e9colonisation de l\u2019aide et les relations de pouvoir Nord\/Sud dans le domaine de l\u2019humanitaire. L\u2019endog\u00e9n\u00e9isation r\u00e9f\u00e8re, ici, \u00e0 un processus d\u2019appropriation, d\u2019int\u00e9gration et d\u2019adaptation endog\u00e8ne des savoirs et pratiques humanitaires exog\u00e8nes. Ce processus concerne aussi bien les acteurs institutionnels locaux, que les ONG et communaut\u00e9s locales. Cette conception de l\u2019endog\u00e9n\u00e9isation, invite \u00e0 consid\u00e9rer qu\u2019au Cameroun (comme ailleurs), des initiatives relevant de ce qu\u2019on pourrait qualifier d\u2019humanitaire local et\/ou d\u2019\u00c9tat existent d\u00e9j\u00e0 (Molo Zogo, 2023\u2009; Minfegue, 2023). Appr\u00e9cier l\u2019humanitaire \u00e0 l\u2019aune de cette r\u00e9alit\u00e9 suppose de situer le propos dans les conversations globales relatives aussi bien aux implications \u00e9thiques de l\u2019action humanitaire (Mattei, 2014\u2009; Gr\u00fcnewald, 2007\u2009; Richey, 2018\u2009; Theodossopoulos, 2016) qu\u2019aux relations entre acteurs humanitaires et populations affect\u00e9es (De Torrent\u00e9, 2013\u2009; Rahmani, 2012).<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9flexion insiste sur les\u2009savoirs et les\u2009pratiques endog\u00e8nes, par opposition aux savoirs et pratiques exog\u00e8nes per\u00e7us comme faisant partie d\u2019un autre syst\u00e8me de valeurs (Hountondji, 2019, p.&nbsp;15). \u00c9voquer les savoirs et pratiques endog\u00e8nes, c\u2019est faire r\u00e9f\u00e9rence aux connaissances intrins\u00e8ques d\u2019un peuple, li\u00e9es \u00e0 son histoire, \u00e0 sa culture et \u00e0 son environnement (Tourneux, 2019\u2009; Kane et al., 2025\u2009; Akaffou, 2023). Toutefois, ces savoirs et pratiques ne sont pas immuables. Elles ont une histoire et peuvent faire l\u2019objet de d\u00e9bats, de tensions et de n\u00e9gociations. Appliqu\u00e9s au terrain de l\u2019humanitaire, les savoirs endog\u00e8nes renvoient aux connaissances, comp\u00e9tences et m\u00e9thodes d\u2019assistance d\u00e9velopp\u00e9es localement par une communaut\u00e9, profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans son contexte culturel, social et environnemental.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux principales lectures polarisent le d\u00e9bat sur l\u2019humanitaire en Afrique. La premi\u00e8re, plut\u00f4t optimiste, l\u2019appr\u00e9hende comme une dynamique favorable \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration des conditions et du milieu de vie des individus (Manga Kalniga &amp; Ambe, 2021\u2009; Obah et al., 2021). La seconde perspective pose un regard critique sur le caract\u00e8re tr\u00e8s nordique ou unilat\u00e9ral de l\u2019action humanitaire (P\u00e9rouse de Montclos, 2009\u2009; Olivier de&nbsp;Sardan, 2011\u2009; Micheletti <em>et al<\/em>., 2010). Ses tenants constatent que les interventions humanitaires en Afrique, notamment, sont pens\u00e9es et impl\u00e9ment\u00e9es \u00e0 partir des Nords. Elles tendent ainsi \u00e0 reproduire la colonisation sous une forme plus ou moins douce, emp\u00eachant les destinataires africains de \u00ab\u2009sortir de la grande nuit\u2009\u00bb (Murithi, 2009\u2009; Atlani-Duault &amp; Dozon, 2011\u2009; Matasci &amp; Desgrandchamps, 2020\u2009; Lynch, 2022).<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a>La question \u00e0 laquelle je tenterai de r\u00e9pondre s\u2019\u00e9nonce comme suit&nbsp;: quels changements induisent la mobilisation des savoirs et pratiques endog\u00e8nes d\u2019assistance humanitaire au sein de l\u2019ONG Aldepa \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun\u2009? L\u2019hypoth\u00e8se consiste \u00e0 dire qu\u2019une telle mobilisation introduit un changement (progressif) de paradigme en rompant avec la logique universaliste de l\u2019action humanitaire. L\u2019endog\u00e9n\u00e9isation de l\u2019aide au sein de cette structure se d\u00e9ploie \u00e0 travers une ing\u00e9nierie faite de savoirs, de discours et de pratiques dans lesquels les b\u00e9n\u00e9ficiaires se reconnaissent. Ces savoirs endog\u00e8nes rencontrent les savoirs exog\u00e8nes, produisant une action humanitaire locale hybride.<\/p>\n\n\n\n<p>Les analyses effectu\u00e9es dans ce travail s\u2019adossent sur la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9conomie morale de l\u2019humanitarisme. Nourrie par les r\u00e9flexions de Fassin (2009\u2009; 2012) et enrichie par les travaux Tr\u00e9mon (2024), cette th\u00e9orie postule que les actions humanitaires sont structur\u00e9es par des valeurs, des \u00e9motions et des jugements moraux, en interaction avec des logiques politiques, \u00e9conomiques et sociales. Elle interroge la mani\u00e8re dont les choix d\u2019aide, la distribution des ressources et la d\u00e9finition des b\u00e9n\u00e9ficiaires sont guid\u00e9s \u00e0 la fois par des imp\u00e9ratifs techniques ou \u00e9conomiques et des conceptions du bien, du juste et du devoir moral. L\u2019\u00e9tude se focalise pr\u00e9cis\u00e9ment sur les ressorts de cette \u00e9conomie morale \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun et sur la mani\u00e8re dont y participent les humanitaires locaux<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux moments forment l\u2019ossature de cette r\u00e9flexion. Le premier situe l\u2019av\u00e8nement de l\u2019action humanitaire \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord en \u00e9voquant les conditions historiques qui l\u2019ont rendue possible (I). Le second moment s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019appropriation locale de la pratique humanitaire moderne avec un accent sur l\u2019ONG Aldepa (II).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De l\u2019aide sociale \u00e0 l\u2019action humanitaire<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans cette partie, quatre points rendent compte des ressorts de l\u2019endog\u00e9n\u00e9isation de l\u2019action humanitaire et du changement de paradigme qu\u2019elle induit. Il s\u2019agit du contexte d\u2019\u00e9mergence des associations et des ONG (1), de la survenue de l\u2019insurrection Boko Haram (2), du basculement des ONG locales dans le champ humanitaire (3) et des significations qui fondent le d\u00e9sir d\u2019assister (4).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Des ONG locales, filles de la d\u00e9mocratisation<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019analyse des conditions d\u2019\u00e9mergence des ONG au Cameroun, notamment dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord, r\u00e9v\u00e8le une dynamique issue de la convergence de trois facteurs&nbsp;: i) la crise \u00e9conomique de la fin des ann\u00e9es&nbsp;80 et le retrait de l\u2019\u00c9tat\u2009; ii) la d\u00e9mocratisation des ann\u00e9es&nbsp;90 et l\u2019introduction d\u2019une recomposition de la trame institutionnelle des relations entre l\u2019\u00c9tat et les organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile\u2009; iii) l\u2019\u00e9veil de la soci\u00e9t\u00e9 civile manifest\u00e9 par une prolif\u00e9ration des ONG et des associations engag\u00e9es dans le secteur du d\u00e9veloppement.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, la multiplication des ONG \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun co\u00efncide avec le moment de l\u2019\u00e9veil et du renforcement de la soci\u00e9t\u00e9 civile dans un contexte d\u2019accroissement de la pauvret\u00e9 et des in\u00e9galit\u00e9s (Abega, 1999). Certains l\u2019associent encore \u00e0 une p\u00e9riode marqu\u00e9e par le d\u00e9sengagement de l\u2019\u00c9tat (Mercoiret, 1990). Elle remonte aux ann\u00e9es&nbsp;1980-1990, p\u00e9riode caract\u00e9ris\u00e9e par une crise des \u00c9tats africains, souvent en parall\u00e8le avec la mise en \u0153uvre de politiques n\u00e9olib\u00e9rales (Eboko, 2015). Inades-Formation<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a> est la premi\u00e8re ONG \u00e0 avoir initi\u00e9 des interventions dans cette r\u00e9gion en 1973. \u00c0 cette p\u00e9riode, le mouvement associatif ne disposait d\u2019aucune reconnaissance l\u00e9gale ou formelle au Cameroun. Seules existent quelques mobilisations de femmes via les groupements et associations non formels (Ndengue, 2016).<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a>\u00c0 l\u2019aube des ann\u00e9es&nbsp;90, le Cameroun, \u00e0 la faveur du processus de d\u00e9mocratisation, am\u00e9nage un cadre institutionnel r\u00e9gissant les relations entre l\u2019\u00c9tat et la soci\u00e9t\u00e9 civile. Ainsi, avec l\u2019adoption de la loi n\u00b0&nbsp;90\/53 du 19&nbsp;d\u00e9cembre 1990 portant sur la libert\u00e9 d\u2019association, le mouvement associatif conna\u00eet une inflation sans pr\u00e9c\u00e9dent aux niveaux local et national. \u00c0 cette \u00e9poque, les ONG locales n\u2019existaient pas encore\u2009; seules \u00e9taient pr\u00e9sentes les associations \u00e0 caract\u00e8re religieux, et celles actives dans le domaine du d\u00e9veloppement. \u00c0 cette m\u00eame p\u00e9riode, la loi n\u00b0&nbsp;90\/056 du 19&nbsp;d\u00e9cembre 1990 relative \u00e0 l\u2019activit\u00e9 des partis politiques fut adopt\u00e9e. Les associations apolitiques offrent alors des services aux populations vuln\u00e9rables. Elles sont toutes \u00e0 but non lucratif, et le demeurent, du reste, dans l\u2019immense majorit\u00e9 des cas.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9cession \u00e9conomique, dans laquelle le pays se plonge \u00e0 la fin des ann\u00e9es&nbsp;1980, a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminante pour au moins deux raisons. En premier lieu, elle incite de nombreux acteurs locaux (les associations notamment) \u00e0 se pencher sur les questions de d\u00e9veloppement. En second lieu, elle conduit \u00e0 un changement significatif dans l\u2019octroi des aides de toute nature aux pays africains \u00e0 travers l\u2019introduction officielle des conditionnalit\u00e9s politique et d\u00e9mocratique (Robinson, 1995\u2009; Gibson et al., 2015). L\u2019aide internationale \u00e0 destination des pays du Sud devient ainsi conditionn\u00e9e par l\u2019arrimage \u00e0 certains principes \u00e9tablis par les pays du Nord.<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u00e9cembre 1999, la loi n\u00b0&nbsp;99\/014 du 24&nbsp;d\u00e9cembre 1999 r\u00e9gissant les organisations non gouvernementales entre en vigueur. Elle donne la possibilit\u00e9 aux associations ayant fonctionn\u00e9 pendant au moins trois ans, en r\u00e8gle avec la fiscalit\u00e9, disposant des rapports d\u2019activit\u00e9s, des rapports financiers certifi\u00e9s, d\u2019\u00e9voluer en ONG. Comme l\u2019indique la responsable d\u2019Aldepa&nbsp;: \u00ab\u2009\u00c0 cette p\u00e9riode, seules les agences internationales m\u00e8nent des actions avec une approche humanitaire assum\u00e9e \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun. Ces actions sont davantage orient\u00e9es vers les op\u00e9rations d\u2019urgence (inondations, s\u00e9cheresse, \u00e9pid\u00e9mies, etc.)\u2009\u00bb (Entretien du 28&nbsp;ao\u00fbt 2024 \u00e0 Maroua).<\/p>\n\n\n\n<p>Les quelques ONG locales existantes (Aldepa notamment) interviennent principalement dans le sens de l\u2019aide sociale destin\u00e9e aux populations d\u00e9favoris\u00e9es et aux cat\u00e9gories vuln\u00e9rables. Comme le note un responsable d\u2019Aldepa&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Les questions de violences bas\u00e9es sur le genre (VBG)<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>, la protection des enfants, la lutte contre les mariages pr\u00e9coces, la lutte contre la faim, la sant\u00e9, l\u2019alimentation et bien d\u2019autres font l\u2019objet d\u2019une attention singuli\u00e8re \u00e0 cette p\u00e9riode. (Entretien du 4&nbsp;septembre 2024 \u00e0 Maroua).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cette aide sociale est d\u00e9j\u00e0 investie des valeurs d\u2019entraide, de charit\u00e9, de partage et de bienfaisance puisqu\u2019il s\u2019agit \u00e0 ce moment de venir en aide aux personnes dans le besoin. L\u2019av\u00e8nement de Boko Haram va constituer un moment d\u00e9terminant.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>La \u00ab\u2009crise Boko Haram\u2009\u00bb et le basculement officiel dans le terrain humanitaire<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>L\u2019effervescence de l\u2019action humanitaire dans plusieurs localit\u00e9s \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun s\u2019enracine dans \u00ab\u2009la crise Boko Haram\u2009\u00bb. Depuis la fin de l\u2019ann\u00e9e&nbsp;2013, cette r\u00e9gion est la cible d\u2019agressions de bandes arm\u00e9es se revendiquant de la mouvance djihadiste. Les attaques r\u00e9currentes ont fait de nombreux morts et des bless\u00e9s graves. Elles ont \u00e9galement occasionn\u00e9 d\u2019importantes mobilit\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale et internationale, d\u00e9bouchant sur une crise humanitaire complexe.<\/p>\n\n\n\n<p>En outre, les vuln\u00e9rabilit\u00e9s engendr\u00e9es par la violence des affrontements entre les forces de s\u00e9curit\u00e9 et les miliciens de Boko Haram ont entra\u00een\u00e9 une massification des ONG \u00e9trang\u00e8res vers la r\u00e9gion. Elles ont \u00e9galement fait na\u00eetre diverses associations et ONG locales engag\u00e9es dans l\u2019assistance des victimes (Wade, 2023, p.&nbsp;85). On d\u00e9nombre \u00e0 ce jour peu d\u2019ONG humanitaires locales \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord&nbsp;: les associations \u00e9tablies par des groupes socioprofessionnels (\u00e9tudiants, universitaires, travailleurs divers) y sont majoritaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9part, les ONG locales intervenaient pour l\u2019essentiel dans le champ du d\u00e9veloppement (Zelao, 2023, p.&nbsp;98). Elles ne sont donc pas n\u00e9es en tant qu\u2019ONG humanitaires, du moins pour la plupart. \u00c0 l\u2019Extr\u00eame-Nord, le ph\u00e9nom\u00e8ne Boko Haram a \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine de l\u2019entr\u00e9e officielle des ONG locales dans le secteur humanitaire. L\u2019exemple d\u2019Aldepa<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a> en est r\u00e9v\u00e9lateur.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Le basculement des ONG locales dans le champ humanitaire\u00a0: un accent sur Aldepa<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p><a><\/a>Cr\u00e9\u00e9e en 1998 et l\u00e9galis\u00e9e en 2002 \u00e0 Maroua (chef-lieu de la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord) sous le statut d\u2019association, Aldepa n\u2019avait \u00e0 ce moment \u00ab\u2009rien \u00e0 voir avec les situations de crise ou de conflit\u2009\u00bb (entretien du 28&nbsp;ao\u00fbt 2024 avec la responsable de l\u2019ONG Aldepa \u00e0 Maroua). Ses actions \u00e9taient principalement orient\u00e9es vers le soutien aux populations d\u00e9favoris\u00e9es et aux cat\u00e9gories vuln\u00e9rables. L\u2019association menait \u00e9galement des activit\u00e9s de participation au d\u00e9veloppement de la localit\u00e9, selon des orientations sp\u00e9cifiques (lutte contre la pauvret\u00e9, prise en compte du genre, etc.). Par la suite, Aldepa a sollicit\u00e9 le statut d\u2019ONG \u00e0 la faveur de la loi n\u00b0&nbsp;99\/014 du 24&nbsp;d\u00e9cembre 1999 r\u00e9gissant les organisations non gouvernementales. Elle est ainsi devenue en 2017 (ann\u00e9e de l\u2019obtention de l\u2019agr\u00e9ment) l\u2019une des premi\u00e8res ONG locales dans l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir de 2013, l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun a sombr\u00e9 dans un climat d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 en raison des enl\u00e8vements d\u2019\u00e9trangers et des attaques causant la mort de centaines de personnes (Crisis Group, 2016). Face \u00e0 l\u2019accroissement des besoins humanitaires dans les localit\u00e9s en crise (Kolofata, Mora, Dabanga, Amchid\u00e9, Kerawa, Limani, etc.), les ONG locales, autrefois cantonn\u00e9es \u00e0 leurs objectifs de d\u00e9veloppement, vont adapter, voire r\u00e9orienter leurs actions comme l\u2019indique la responsable d\u2019Aldepa&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><a><\/a>En 2013 les r\u00e9fugi\u00e9s arrivent, en 2014, les attaques sont enregistr\u00e9es au Cameroun. Cette situation a fait que les ONG et les associations d\u00e9j\u00e0 op\u00e9rationnelles dans le champ du d\u00e9veloppement ne pouvaient pas rester les bras crois\u00e9s. Elles ont commenc\u00e9 \u00e0 apporter de l\u2019aide aux personnes affect\u00e9es, soit les femmes et les filles victimes de VBG, soit les enfants dont les parents ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s, ou disparu, les enfants qui sont bless\u00e9s, ceux qui sont interpell\u00e9s dans le cadre du terrorisme. Donc c\u2019est \u00e7a qui a engendr\u00e9 une mutation qui fait qu\u2019aujourd\u2019hui, ces ONG ou associations sont rest\u00e9es avec leurs volets d\u2019activit\u00e9s, c\u2019est-\u00e0-dire continuent leurs activit\u00e9s de d\u00e9veloppement, mais ont intensifi\u00e9 leurs services dans le domaine de l\u2019humanitaire. (Entretien du 28&nbsp;ao\u00fbt 2024 avec la responsable d\u2019Aldepa \u00e0 Maroua).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le choix desdites cibles \u00e9tait influenc\u00e9 par l\u2019orientation de l\u2019organisation dont l\u2019objectif initial est, comme le mentionne la responsable d\u2019Aldepa, de \u00ab\u2009venir en aide aux cat\u00e9gories vuln\u00e9rables\u2009\u00bb (Entretien du 28&nbsp;ao\u00fbt 2024 \u00e0 Maroua). Toutefois, cette m\u00e9tamorphose de l\u2019aide sociale en action\u2009humanitaire (Collovald, 2001) ne s\u2019est pas op\u00e9r\u00e9e de mani\u00e8re radicale. Aldepa, comme d\u2019autres organisations (ALVF<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>, ACEEN<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>, etc.), a maintenu ses volets d\u2019activit\u00e9 initiaux. Elle n\u2019a fait qu\u2019intensifier les interventions dans le secteur humanitaire en fournissant divers services aux personnes dont la vuln\u00e9rabilit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 aggrav\u00e9e par la crise.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a>Par ailleurs, pour mieux r\u00e9pondre aux besoins humanitaires, mais surtout afin de s\u2019arrimer aux exigences des partenaires internationaux, Aldepa s\u2019est progressivement dot\u00e9e d\u2019une expertise en recrutant des professionnels aux profils diversifi\u00e9s,&nbsp;comme le souligne la responsable&nbsp;: \u00ab\u2009Les ressources humaines constituent le bras fort de l\u2019organisation. Nous recrutons des professionnels de diff\u00e9rents profils&nbsp;: des sociologues, des juristes, des travailleurs sociaux, des psychologues, des \u00e9conomistes, on recrute aussi des sp\u00e9cialistes des questions de d\u00e9veloppement en sciences sociales pour le d\u00e9veloppement\u2009\u00bb (entretien du 28&nbsp;ao\u00fbt 2024 \u00e0 Maroua)<em>. <\/em>Or, lors de sa cr\u00e9ation, la qualification des profils ne constituait pas un crit\u00e8re majeur dans le recrutement, comme l\u2019indique la responsable d\u2019Aldepa&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><a><\/a>Le minimum, lorsque nous faisons le recrutement aujourd\u2019hui, est \u00e0 partir de la licence. Ce recrutement est comp\u00e9titif et se fait sur appel \u00e0 candidatures. Nous recherchons les meilleurs profils. \u00c0 la base, quand nous avons cr\u00e9\u00e9 la structure, ce n\u2019\u00e9tait pas le cas parce qu\u2019il y a des gens qui sont ici \u00e0 Aldepa, ils avaient soit un BEPC<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\"><sup>[15]<\/sup><\/a>, soit form\u00e9s \u00e0 l\u2019ENIEG<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\"><sup>[16]<\/sup><\/a>, \u00e0 l\u2019\u00e9cole v\u00e9t\u00e9rinaire ou \u00e0 l\u2019\u00e9cole d\u2019agriculture, mais ils avaient une formation et, au d\u00e9part, nous n\u2019avions pas assez de ressources et nous n\u2019\u00e9tions pas tellement exigeants sur les profils. Nous n\u2019avions pas encore des partenaires internationaux (ONG occidentales et agences du syst\u00e8me des Nations unies) qui nous imposaient des profils et un mod\u00e8le d\u2019organisation pr\u00e9cis. Ces personnes-l\u00e0 ont aussi \u00e9volu\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et avec le temps sont devenues des professionnels. (Entretien du 28&nbsp;ao\u00fbt 2024 \u00e0 Maroua)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ces propos donnent \u00e0 voir qu\u2019Aldepa a suivi un processus structurel d\u2019ONG-isation en partie marqu\u00e9 par une qu\u00eate de professionnalisation. Les traits caract\u00e9ristiques de ce processus sont,&nbsp;entre autres&nbsp;: une individualisation accrue du pouvoir et de l\u2019autorit\u00e9, une instrumentalisation croissante des relations, l\u2019adoption d\u2019une approche plus comp\u00e9titive en mati\u00e8re de recrutement et la mise en place d\u2019une hi\u00e9rarchie et d\u2019une division du travail (Lang, 2012, p.&nbsp;67). Ainsi, une part importante du d\u00e9veloppement d\u2019Aldepa en tant qu\u2019ONG, r\u00e9sulte des influences ext\u00e9rieures. L\u2019un des paradoxes de la d\u00e9colonisation r\u00e9side \u00e0 ce niveau. Malgr\u00e9 des intentions souvent louables, les ONG des Suds \u00ab\u2009souvent inspir\u00e9s des mod\u00e8les cr\u00e9\u00e9s par l\u2019Occident, centr\u00e9s sur les bailleurs de fonds externes et faisant recours \u00e0 un discours mis\u00e9rabiliste\u2009\u00bb, reproduisent parfois des dynamiques coloniales, cr\u00e9ant une d\u00e9pendance et une \u00ab\u2009mise en sc\u00e8ne\u2009\u00bb de l\u2019aide (Gwana Passa, 2024).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Le fondement de l\u2019action humanitaire \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p><a><\/a>Dans la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord, de nombreuses ONG humanitaires \u00e9trang\u00e8res partagent la croyance selon laquelle l\u2019humanitaire repose sur les principes d\u2019humanit\u00e9, d\u2019impartialit\u00e9, de neutralit\u00e9 et d\u2019ind\u00e9pendance, comme l\u2019indiquent deux responsables de l\u2019ONG Public Concern&nbsp;en ces termes&nbsp;: \u00ab\u2009Le travail humanitaire exige un amour pour l\u2019humain, l\u2019\u00e9galit\u00e9 et l\u2019\u00e9quit\u00e9 dans le choix des personnes assist\u00e9es et la libert\u00e9 d\u2019exercer sans contrainte. Ces exigences constituent l\u2019essence m\u00eame de l\u2019humanitaire\u2009\u00bb. (Entretiens du 10&nbsp;septembre 2024 \u00e0 Minawao). Ces principes, consacr\u00e9s par Henri Dunant en 1859, sont aujourd\u2019hui universalis\u00e9s dans le secteur humanitaire. Toutefois, la vari\u00e9t\u00e9 des niveaux d\u2019appr\u00e9hension qui en r\u00e9sulte est en partie li\u00e9e \u00e0 la place accord\u00e9e aux b\u00e9n\u00e9ficiaires dans la pens\u00e9e et l\u2019impl\u00e9mentation de l\u2019aide (Mattei, 2014).<\/p>\n\n\n\n<p>Historiquement, les b\u00e9n\u00e9ficiaires \u00e9taient souvent per\u00e7us comme des victimes passives, recevant une aide d\u00e9cid\u00e9e et organis\u00e9e par des acteurs ext\u00e9rieurs (Kov\u00e1cs et al., 2010). L\u2019\u00e9mergence du paradigme de r\u00e9silience, qui \u00e9rige les populations et les structures locales comme premi\u00e8res intervenantes en cas de crise, a introduit des changements en termes de prise en compte de la capacit\u00e9 d\u2019agir (<em>agency<\/em>) des b\u00e9n\u00e9ficiaires (Malkin, 2015). Seulement, ces changements sont demeur\u00e9s minimes, avec des effets n\u00e9gligeables dans la structuration des interventions d\u2019aide internationale (Hilhorst, 2018).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 une \u00e9chelle plus locale, en revanche, l\u2019action humanitaire des ONG locales s\u2019ancre dans des mobilisations fond\u00e9es sur les valeurs, les normes et les obligations socioculturelles des communaut\u00e9s, structur\u00e9es autour de la compassion, la solidarit\u00e9 et la relation humaine. La dimension morale y occupe une place centrale. \u00c0 l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun, le geste d\u2019humanit\u00e9 conserve un r\u00f4le de premier plan, se refl\u00e9tant \u00e0 travers des petites choses offertes par les communaut\u00e9s locales, aussi bien au fr\u00e8re\/\u00e0 la s\u0153ur en d\u00e9tresse d\u2019ici et d\u2019ailleurs&nbsp;: un verre de th\u00e9 ou de boisson locale (<em>chai <\/em>ou<em> arki<\/em>), un objet artisanal, un mets traditionnel, des contes (<em>taalol<\/em><a href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\"><sup>[17]<\/sup><\/a>), des moments partag\u00e9s et de reconnaissance mutuelle. Cette\u2009\u00e9thique de la compassion participe de la reconnaissance de la d\u00e9tresse d\u2019autrui et du d\u00e9sir de la soulager (Martinez, 1998). Elle s\u2019enracine dans des m\u0153urs et des valeurs anthropologiques anciennes. Exprim\u00e9es localement dans le dialecte peul (fulfulde), la charit\u00e9 (<em>sadaka<\/em>), l\u2019entraide (<em>walliteego<\/em>), le partage (<em>sennduguo<\/em>), l\u2019assistance (<em>ballal<\/em>), l\u2019aide (<em>walliinde<\/em>), la bienfaisance (<em>moyyere<\/em>) et l\u2019hospitalit\u00e9<a href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\"><sup>[18]<\/sup><\/a> sont des principes ou valeurs que l\u2019on peut trouver dans l\u2019ADN relationnel des communaut\u00e9s \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun (Ali Emat, 2017\u2009; Avalaye, 2022\u2009; Avodo Avodo, 2024).<\/p>\n\n\n\n<p>Les mani\u00e8res de faire \u0153uvre d\u2019humanit\u00e9 au sein d\u2019Aldepa sont ancr\u00e9es dans le <em>Pulaaku<\/em> (code d\u2019honneur peul), o\u00f9 le partage et l\u2019hospitalit\u00e9 occupent une place centrale, mais elles sont aussi li\u00e9es aux \u00e9changes symboliques, \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre social et \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique, avec des aspects traditionnels et religieux influen\u00e7ant les pratiques (Dupire, 1970, p.&nbsp;189\u2009; Seignobos, 2011, p.&nbsp;15). Comme l\u2019a montr\u00e9 Fassin (2012), ces registres moraux d\u00e9terminent les qualit\u00e9s et les logiques qui orientent les jugements des individus, leur \u00e9valuation de ce qui est bon et de ce qui est juste et sur les lesquels ils s\u2019appuient pour agir. Comme l\u2019explique une membre d\u2019Aldepa&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><a><\/a>Je prends le cas de l\u2019appui \u00e9conomique, dans certaines communaut\u00e9s, on ne peut pas, par exemple, donner l\u2019appui \u00e9conomique pour l\u2019\u00e9levage de porc parce que ces gens peut-\u00eatre ne mangent pas le porc. C\u2019est pareil pour l\u2019appui vestimentaire, on ne peut pas dire qu\u2019on habille les filles en pantalon, \u00e7a ne passera pas. Donc, m\u00eame dans nos appuis, nous nous mettons \u00e0 la place de ces communaut\u00e9s-l\u00e0, et nous leur donnons ce qu\u2019ils ont l\u2019habitude d\u2019avoir. (Entretien du 4&nbsp;septembre 2024 avec une agente de l\u2019ONG Aldepa \u00e0 Maroua)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ces propos mettent en lumi\u00e8re deux r\u00e9alit\u00e9s. D\u2019une part, ils t\u00e9moignent de la prise en compte, par Aldepa, des savoirs, des savoir-faire, des pratiques endog\u00e8nes et des us et coutumes des populations dites b\u00e9n\u00e9ficiaires. Une telle posture permet d\u2019\u00e9viter que l\u2019assistance propos\u00e9e par les humanitaires locaux ne soit rejet\u00e9e par les populations concern\u00e9es. D\u2019autre part, et de mani\u00e8re beaucoup plus saisissante, la prise en compte de ces savoirs et pratiques participe \u00e0 cr\u00e9er un environnement plus ou moins familier pour\/avec les b\u00e9n\u00e9ficiaires. En outre, ces savoirs et pratiques s\u2019inscrivent dans des logiques de partage et reconnaissance mutuelle. On per\u00e7oit ici une dimension essentielle de l\u2019\u00e9conomie morale, o\u00f9 le syst\u00e8me de valeurs et de principes structur\u00e9 autour du respect des cat\u00e9gories de pens\u00e9e des autres (Tr\u00e9mon, 2024) oriente les jugements et les actes des agents d\u2019Aldepa.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, cette consid\u00e9ration est subordonn\u00e9e \u00e0 certaines conditions&nbsp;pouvant constituer des contraintes op\u00e9rationnelles, budg\u00e9taires et institutionnelles&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Nous intervenons en fonction des moyens disponibles&nbsp;: l\u2019assistance n\u00e9cessite toujours des moyens financiers, qui peuvent \u00eatre limit\u00e9s si le nombre de personnes \u00e0 assister&nbsp;est trop \u00e9lev\u00e9\u2009; du climat s\u00e9curitaire dans les zones d\u2019intervention&nbsp;: nos interventions ciblent davantage les zones d\u00e9j\u00e0 \u00e9pargn\u00e9es des affrontements arm\u00e9s\u2009; et de l\u2019aval du minist\u00e8re de tutelle. (Entretien du 4&nbsp;septembre 2024 avec une agente de l\u2019ONG Aldepa \u00e0 Maroua)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cette section a permis de montrer comment la gen\u00e8se et les \u00e9volutions de l\u2019action humanitaire \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun informent les logiques qui gouvernent les pratiques, les discours et les repr\u00e9sentations du d\u00e9sir d\u2019assister des acteurs locaux. La souffrance v\u00e9cue par les victimes des attaques et des affrontements arm\u00e9s a engendr\u00e9 une recomposition des initiatives associatives locales, nourrie par un devoir moral et social de solidarit\u00e9. Ces cat\u00e9gories tant \u00e9motives que politiques sont moul\u00e9es aux cosmologies, aux langues et aux pratiques ancr\u00e9es dans le quotidien des communaut\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des pratiques et des discours ench\u00e2ss\u00e9s dans les r\u00e9alit\u00e9s endog\u00e8nes<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019endog\u00e9n\u00e9isation de l\u2019aide humanitaire \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun est perceptible \u00e0 travers le recours des ONG locales aux pratiques linguistiques et culturelles&nbsp;1), la mobilisation des pratiques endog\u00e8nes de gu\u00e9rison&nbsp;2), l\u2019usage des techniques endog\u00e8nes dans le divertissement des jeunes dits b\u00e9n\u00e9ficiaires&nbsp;3), la flexibilit\u00e9 dans les proc\u00e9dures et dans le rapport aux terrains d\u2019intervention&nbsp;4). Toutefois, l\u2019endog\u00e9n\u00e9isation de l\u2019aide n\u2019introduit pas une rupture radicale avec les mani\u00e8res de faire des ONG internationales, \u00e9tant donn\u00e9 la nature des rapports que ces derni\u00e8res entretiennent avec les ONG locales&nbsp;5).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Des pratiques linguistiques et culturelles incorpor\u00e9es dans les approches d\u2019assistance et de justice r\u00e9paratrice<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>Les interventions humanitaires des ONG locales dans l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun portent l\u2019empreinte des zones dans lesquelles elles se d\u00e9ploient. Le recours aux langues vernaculaires et le respect des coutumes locales occupent une place capitale. La mobilisation syst\u00e9matique de r\u00e9pertoires linguistiques distincts cadre avec la diversit\u00e9 des groupes sociologiques pr\u00e9sents dans la r\u00e9gion, tels que les Peuls, les Mafa, les Toupouri et les Mousgoum. Ces \u00ab\u2009technologies endog\u00e8nes\u2009\u00bb<a href=\"#_ftn19\" id=\"_ftnref19\"><sup>[19]<\/sup><\/a> (Hountondji, 2019\u2009; Aguessy, 1989) permettent d\u2019ancrer l\u2019assistance dans les r\u00e9alit\u00e9s des terrains d\u2019intervention, de l\u2019inscrire dans le quotidien des b\u00e9n\u00e9ficiaires. Elles s\u2019inscrivent \u00e9galement \u2014 de mani\u00e8re consciente ou non \u2014 dans une dynamique de d\u00e9colonisation de la pens\u00e9e ou de l\u2019esprit (Ng\u0169g\u0129 Wa Thiong\u2019o, 2011) en (re)connectant les b\u00e9n\u00e9ficiaires aux significations endog\u00e8nes de l\u2019humanitarisme. \u00c0 l\u2019observation, cette d\u00e9marche induit une transformation progressive des repr\u00e9sentations que les b\u00e9n\u00e9ficiaires se font d\u2019eux-m\u00eames, de la condition dans laquelle ils se trouvent et de ceux qui leur viennent en aide. Des t\u00e9moignages recueillis dans le cadre d\u2019entretiens collectifs avec des PDI dans la localit\u00e9 de Zamay en attestent&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>On est arriv\u00e9 ici \u00e0 Zamay, c\u2019\u00e9tait dur parce qu\u2019on ne connaissait personne. Les ONG locales nous ont beaucoup aid\u00e9s. Ils nous ont aid\u00e9s avec les AGR, la nourriture, m\u00eame la sant\u00e9. Quand ils arrivent, ils nous parlent en langues. Ils te parlent le kapsiki ou le moundang ou m\u00eame kanuri. Ils te disent que tu vas t\u2019en sortir, que c\u2019est aussi chez toi ici. Cela nous aide, m\u00eame si c\u2019est dur. Nous, on voit que ce sont nos fr\u00e8res qui nous parlent, on se sent un peu&nbsp;comme chez nous quand ils viennent nous voir. [\u2026] Parfois ils nous donnent des livrets, qui sont traduits en fulfulde ou en arabe, ils nous rappellent les principes partag\u00e9s dans nos communaut\u00e9s, comme le respect, la dignit\u00e9, l\u2019amour et le partage. Cela nous aide \u00e0 mieux comprendre leurs messages et revoir certaines pratiques n\u00e9gatives. Avec les livrets, les messages passent mieux. (Entretien du 2&nbsp;septembre 2024 avec un groupe de PDI dans le site de PDI de Zamay).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ce t\u00e9moignage confirme l\u2019influence du recours aux langues locales dans la perception que les b\u00e9n\u00e9ficiaires ont des ONG locales. \u00c0 la diff\u00e9rence de certaines ONG internationales qui recrutent un personnel local parfois cantonn\u00e9 au statut de traducteur lors des descentes sur le terrain, les agents d\u2019Aldepa tiennent le lead en pr\u00e9sence des b\u00e9n\u00e9ficiaires et s\u2019expriment syst\u00e9matiquement dans les langues locales, chacun ayant une parfaite maitrise du dialecte propre \u00e0 sa zone d\u2019intervention&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Il y\u2019a une grande diff\u00e9rence entre quelqu\u2019un qui va sur le terrain avec sa hi\u00e9rarchie qui lui demande de traduire pour lui ce qu\u2019il adresse comme message aux b\u00e9n\u00e9ficiaires et un agent d\u2019Aldepa qui tient le lead durant les descentes sans avoir \u00e0 m\u2019expliquer quoi que ce soit parce que je ne comprends pas la langue locale. (Entretien du 28&nbsp;ao\u00fbt 2024 avec la responsable d\u2019Aldepa \u00e0 Maroua).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le recours \u00e0 ces pratiques (traduction \u00e9crite des messages, r\u00e9cits contextualis\u00e9s et rappel des principes li\u00e9s \u00e0 chaque communaut\u00e9) engendre des formes d\u2019attachements (Paugam, 2023) entre les b\u00e9n\u00e9ficiaires et les humanitaires locaux.<\/p>\n\n\n\n<p>La mobilisation des pratiques culturelles locales par Aldepa est \u00e9galement visible dans la gestion des litiges relatifs aux mariages pr\u00e9coces ou encore dans les strat\u00e9gies de r\u00e9int\u00e9gration des ex-combattants\/ex-associ\u00e9s de Boko Haram au sein des communaut\u00e9s. Dans le premier cas, la m\u00e9connaissance des textes juridiques par les personnes assist\u00e9es<a href=\"#_ftn20\" id=\"_ftnref20\"><sup>[20]<\/sup><\/a> pousse les ONG locales \u00e0 avoir recours aux modalit\u00e9s endog\u00e8nes de r\u00e8glement des litiges. L\u2019implication des autorit\u00e9s traditionnelles et religieuses y est d\u00e9terminante&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><a><\/a>Du point de vue juridique, le mariage pr\u00e9coce est une infraction qui peut engager non seulement l\u2019auteur, mais aussi les parents de la fille ou du gar\u00e7on victime. Au lieu d\u2019exposer tous les parents qui sont souvent ignorants de ce que dit la loi, nous privil\u00e9gions une d\u00e9marche plus amiable en f\u00e9d\u00e9rant toutes ces parties-l\u00e0 autour des autorit\u00e9s traditionnelles. Si au d\u00e9part le mariage avait \u00e9t\u00e9 c\u00e9l\u00e9br\u00e9 devant l\u2019autorit\u00e9 traditionnelle, c\u2019est \u00e0 elle de le d\u00e9faire. (Entretien du 3&nbsp;septembre 2024 avec un agent de l\u2019ONG Aldepa \u00e0 Maroua)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Bien que le mariage pr\u00e9coce soit une pratique proscrite par les ONG, les organisations internationales et l\u2019\u00c9tat du Cameroun, des r\u00e9sistances demeurent \u00e0 l\u2019\u00e9chelle des communaut\u00e9s \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord. L\u2019attachement aux normes socioculturelles conduit certaines familles \u00e0 r\u00e9sister aux discours sur l\u2019interdiction du mariage pr\u00e9coce (Ngatansou Doumara &amp; Bille, 2008). Ces r\u00e9sistances se manifestent par des r\u00e9ticences de certaines familles \u00e0 assister aux ateliers de formations et aux campagnes de sensibilisation, comme nous avons pu l\u2019observer lors des descentes de terrain avec l\u2019ONG Aldepa.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019agissant des strat\u00e9gies de r\u00e9int\u00e9gration des ex-combattants ou ex-associ\u00e9s de Boko Haram, les humanitaires locaux privil\u00e9gient les m\u00e9canismes endog\u00e8nes. Ce sont des rites sous forme de \u00ab\u2009gimol rituel<a href=\"#_ftn21\" id=\"_ftnref21\"><sup>[21]<\/sup><\/a>\u2009\u00bb (Mohamadou, 1963) effectu\u00e9 par des anciens ainsi que des c\u00e9r\u00e9monies auxquelles les ex-combattants ou ex-associ\u00e9s de Boko Haram souscrivent. Des pratiques similaires ont exist\u00e9 dans le nord du Cameroun dans le cadre de la r\u00e9int\u00e9gration des personnes impliqu\u00e9es dans le ph\u00e9nom\u00e8ne des coupeurs de route (Seignobos, 2011) ou encore au Rwanda avec les tribunaux <em>Gacaca<\/em> \u00e9quivalent des bureaux communautaires de justice et r\u00e9paration apr\u00e8s le g\u00e9nocide de 1994 (Allinne, 2022). Ces formes d\u2019engagement facilitent la r\u00e9insertion des ex-combattants\/ex associ\u00e9s et sacralisent le pardon accord\u00e9 par les communaut\u00e9s, comme l\u2019explique une agente d\u2019Aldepa&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>[\u2026] On a \u00e9galement des initiatives de r\u00e9conciliation, parce que lorsque ces personnes [les ex-combattants et ex-associ\u00e9s de Boko Haram] sont arriv\u00e9es, elles devaient normalement passer par un centre de DDR<a href=\"#_ftn22\" id=\"_ftnref22\"><sup>[22]<\/sup><\/a>, ce qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 le cas. On a identifi\u00e9 toutes les pratiques culturelles existantes dans les communaut\u00e9s pour aider ces personnes \u00e0 renouer le contact avec les membres de leurs familles. Parfois ton voisin t\u2019a vu \u00e9gorger son parent, mais comment faire pour que vous puissiez vivre dans la m\u00eame communaut\u00e9\u2009? Il faut qu\u2019il y ait des rites pour pouvoir faire en sorte que vous puissiez vivre ensemble. [\u2026] Des rites ont \u00e9t\u00e9 faits, par exemple, dans le Mayo Moskota et \u00e0 Mora. On a regroup\u00e9 les personnes ayant \u00e9t\u00e9 associ\u00e9es \u00e0 Boko Haram et celles qui sont rest\u00e9es dans la communaut\u00e9. Il y a eu une c\u00e9l\u00e9bration et on a pr\u00e9par\u00e9 un mets traditionnel, les ex-Boko Haram ont mang\u00e9 et \u00e9galement les gens de la communaut\u00e9. Et lorsqu\u2019on a fait le sacrifice de l\u2019agneau, des personnes ont bu le sang en signe d\u2019alliance pour ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 et apr\u00e8s, les ex-Boko Haram devaient faire des travaux pour montrer qu\u2019ils reconnaissent les torts commis (Entretien du 3&nbsp;septembre 2024 avec une agente d\u2019Aldepa, Maroua).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ces propos soulignent la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019accorder une place aux approches endog\u00e8nes dans les pratiques de justice r\u00e9paratrice. L\u2019enjeu est d\u2019impliquer les communaut\u00e9s afin qu\u2019elles soient actrices du processus de r\u00e9conciliation. Bien qu\u2019il nous ait \u00e9t\u00e9 difficile de rencontrer des personnes ayant pris part \u00e0 ces c\u00e9r\u00e9monies (en raison du climat s\u00e9curitaire pr\u00e9valant les zones o\u00f9 ces c\u00e9r\u00e9monies sont r\u00e9alis\u00e9es), quelques tensions subsistent entre les ex-combattants et les communaut\u00e9s, comme l\u2019indique un responsable des services de la sous-pr\u00e9fecture de Mora&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Ce n\u2019est pas toujours l\u2019harmonie entre les communaut\u00e9s et les ex-BH. Vous savez, quand quelqu\u2019un qui a perdu sa famille ou un proche, ou qui a subi une violence quelconque, voit son bourreau, la premi\u00e8re chose qui passe dans sa t\u00eate, c\u2019est de r\u00e9gler les comptes, se venger. Et, c\u2019est humain. Des tensions entre certains ex-BH reconvertis dans l\u2019agriculture et certains agriculteurs nous sont parfois rapport\u00e9es. Mais elles se limitent g\u00e9n\u00e9ralement aux simples discours et injures stigmatisant, sans aller au-del\u00e0, jusqu\u2019ici en tout cas (Entretien du 22&nbsp;ao\u00fbt 2024, \u00e0 Mora).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>En d\u00e9pit des quelques tensions mentionn\u00e9es dans cet extrait, les rites de justice r\u00e9paratrice semblent favoriser la r\u00e9int\u00e9gration des ex-combattants ou ex-associ\u00e9s en communaut\u00e9. Le recours aux pratiques sacrificielles \u00e0 des fins de r\u00e9conciliation des communaut\u00e9s existe depuis longtemps. L\u2019anthropologue Ren\u00e9 Girard (1982) a, par exemple, montr\u00e9 que dans les soci\u00e9t\u00e9s antiques, l\u2019immolation d\u2019un bouc \u00e9missaire (un animal ou un \u00eatre humain) \u00e9tait un moyen pour ramener le calme dans des contextes marqu\u00e9s par d\u2019intenses rivalit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Mobilisation des entrepreneurs endog\u00e8nes de la sant\u00e9 et gestion des femmes ex-otages de Boko Haram<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>Les entrepreneurs endog\u00e8nes de la sant\u00e9 ou experts contextuels de la sant\u00e9 (Olivier de&nbsp;Sardan, 2022) d\u00e9veloppent des solutions innovantes et adapt\u00e9es aux r\u00e9alit\u00e9s locales. Dans la prise en charge des traumatismes subis par les victimes de la guerre, il arrive que les humanitaires locaux fassent appel \u00e0 des gu\u00e9risseurs ou tradipraticiens (<em>m\u0203alam<\/em>) pour administrer des rites th\u00e9rapeutiques. La priorit\u00e9 accord\u00e9e \u00e0 ces gu\u00e9risseurs, pasteurs et tradipraticiens se justifie par la volont\u00e9 de mettre en avant les usages quotidiens des b\u00e9n\u00e9ficiaires<em>.<\/em> Lorsque ces pratiques culturelles ne sont pas mobilis\u00e9es, le processus de gu\u00e9rison peut prendre du temps, comme l\u2019indique un relai communautaire \u00e0 Zamay&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>On a certaines pratiques, on peut dire que, quand la personne d\u00e9lire, voil\u00e0 \u00e0 qui on peut la r\u00e9f\u00e9rer. Par exemple, chez un pasteur ou un tradipraticien. Et cela enclenche le processus de gu\u00e9rison, cela facilite la gu\u00e9rison de la personne parce qu\u2019elle sait que voil\u00e0 les m\u00e9canismes locaux qui existent. Quand il y a une situation, on am\u00e8ne d\u2019abord la personne chez un pasteur ou chez le gu\u00e9risseur traditionnel qui fait une incantation, on va peut-\u00eatre dans une source d\u2019eau pour dialoguer avec les anc\u00eatres, etc. Et quand ces rites ne sont pas faits, alors la personne peut gu\u00e9rir, mais si, psychologiquement elle n\u2019est pas pass\u00e9e par ces \u00e9tapes, cela pose probl\u00e8me. (Entretien du 10&nbsp;septembre 2024 avec un relais communautaire \u00e0 Zamay)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Ces propos traduisent l\u2019attachement des b\u00e9n\u00e9ficiaires aux pratiques m\u00e9dicales issues de leur contexte imm\u00e9diat. Ils invitent, ce faisant, \u00e0 questionner les liens entre la m\u00e9decine dite \u00ab\u2009occidentale\u2009\u00bb et \u00ab\u2009traditionnelle\u2009\u00bb en contexte d\u2019assistance humanitaire. Face aux normes et mod\u00e8les internationaux de sant\u00e9, les humanitaires locaux semblent r\u00e9sister (\u00e0 demi-mot)<a href=\"#_ftn23\" id=\"_ftnref23\"><sup>[23]<\/sup><\/a>, (re)n\u00e9gocier et adapter leurs pratiques de sant\u00e9 (Lefort-Rieu, et al., 2023). Ces r\u00e9sistances (re)n\u00e9gociations et adaptations ne sont pas radicales au sein d\u2019Aldepa. La crainte de perdre la confiance des bailleurs de fonds explique cette attitude, comme l\u2019affirme une agente d\u2019Aldepa&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Bon nombre des projets sur lesquels nous travaillons sont financ\u00e9s par les bailleurs de fonds et nous sommes tenus de respecter certaines de leurs exigences au risque de se voir perdre des partenariats qui nous rapporte quand m\u00eame financi\u00e8rement et en termes d\u2019exp\u00e9rience. (Entretien du 2&nbsp;septembre 2024, \u00e0 Maroua).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cette crainte amoindrit les efforts consentis pour ramener \u00e0 la surface les pratiques d\u2019assistance et d\u2019aide sp\u00e9cifiques aux r\u00e9gions septentrionales du Cameroun. Ce constat renseigne sur la complexit\u00e9 du projet de d\u00e9colonisation de l\u2019aide, pr\u00e9cis\u00e9ment sur ses conditions de possibilit\u00e9 r\u00e9elles au regard des relations asym\u00e9triques.<\/p>\n\n\n\n<p>La gestion des femmes ex-otages de Boko Haram par les humanitaires locaux est tout aussi r\u00e9v\u00e9latrice de la place accord\u00e9e aux pratiques endog\u00e8nes dans les processus d\u2019assistance. Certaines femmes, retenues captives par Boko Haram avec leurs maris, ont r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019\u00e9chapper de la for\u00eat, laissant ces derniers derri\u00e8re elles. Plusieurs ann\u00e9es plus tard, celles-ci ne parviennent pas \u00e0 refaire leur vie, en raison de l\u2019incertitude autour de la situation de leurs maris dont elles ne savent s\u2019ils sont morts ou s\u2019ils sont encore en captivit\u00e9. Pour pallier \u00e0 cette situation, les ONG locales sollicitent l\u2019intervention des leaders traditionnels afin d\u2019examiner les possibilit\u00e9s permettant \u00e0 ces femmes de reprendre leur vie et se remarier. Les propos d\u2019une agente d\u2019Aldepa l\u2019attestent&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><a><\/a>Nous avons aussi le cas des femmes ex-otages de Boko Haram, qui ont \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9es avec leurs maris dans les champs, par exemple. Lorsqu\u2019elles reviennent en communaut\u00e9 sans leurs maris, elles n\u2019arrivent pas \u00e0 faire le deuil parce qu\u2019elles ne connaissent pas la situation de leurs maris, rest\u00e9s dans la for\u00eat en captivit\u00e9. Pour r\u00e9gler cette situation, on se rapproche des leaders traditionnels. Les femmes concern\u00e9es sont appel\u00e9es \u00e0 faire des rites, comme marcher pieds nus, se laver dans un cours d\u2019eau ou distribuer des noix de cola au march\u00e9. L\u2019objectif de ces rites est de les purifier et leur permettre de se remarier pour celles qui le d\u00e9sirent. (Entretien du 2&nbsp;septembre 2024, \u00e0 Maroua)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Images\u00a01\u00a0et 2\u00a0: Rencontre des agent(e)s d\u2019Aldepa \u00e0 Mora et Koza, pour le recensement des femmes ex-otages de Boko Haram sans nouvelles de leurs maris<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"401\" height=\"254\" data-id=\"24716\" src=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/image-2.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-24716\" srcset=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/image-2.jpeg 401w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/image-2-300x190.jpeg 300w\" sizes=\"(max-width: 401px) 100vw, 401px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" width=\"417\" height=\"250\" data-id=\"24714\" src=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/image.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-24714\" srcset=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/image.jpeg 417w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/image-300x180.jpeg 300w\" sizes=\"(max-width: 417px) 100vw, 417px\" \/><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong><em>Source<\/em><\/strong>&nbsp;: Enqu\u00eate de terrain, 2024.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a>Cette r\u00e9alit\u00e9 met en lumi\u00e8re le r\u00f4le central que jouent les structures endog\u00e8nes dans la r\u00e9paration des injustices cr\u00e9\u00e9es par la guerre. Le recours \u00e0 des rites sp\u00e9cifiques (marcher pieds nus, utiliser des objets sales, se baigner dans un cours d\u2019eau [marigot] pour se purifier des esprits du d\u00e9funt, partager la noix de cola au march\u00e9 pour signaler son nouveau statut) donne la possibilit\u00e9 aux femmes sans nouvelles de leurs maris de refaire leur vie si elles le souhaitent. Toutefois, une agente d\u2019Aldepa souligne que&nbsp;: \u00ab\u2009[\u2026] m\u00eame si, parfois, certaines femmes trouvent ces pratiques p\u00e9nibles et parfois humiliantes, beaucoup y adh\u00e8rent pour avoir la possibilit\u00e9 de se remarier\u2009\u00bb. (Entretien du 2&nbsp;septembre 2024, \u00e0 Maroua). Ces pratiques font partie de l\u2019h\u00e9ritage culturel des communaut\u00e9s de la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord, comme le montre une \u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e par le Centre international pour la promotion de la cr\u00e9ation (CIPCRE, 2006).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Usage de la mati\u00e8re locale pour fabriquer les objets n\u00e9cessaires au divertissement des jeunes dits b\u00e9n\u00e9ficiaires<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>Dans le cadre de la prise en charge des jeunes b\u00e9n\u00e9ficiaires des projets d\u2019assistance, les objets utilis\u00e9s pour leurs loisirs au sein des \u00ab\u2009espaces amis des enfants\u2009\u00bb \u00e9pousent la philosophie des r\u00e9alit\u00e9s endog\u00e8nes. Les p\u00e2tes \u00e0 modeler, les poup\u00e9es Barbie et les gadgets \u00e9lectroniques (tels que les voitures) sont souvent privil\u00e9gi\u00e9s par les agences du syst\u00e8me des Nations unies (Unicef, Unesco, etc.) et par les ONG \u00e9trang\u00e8res. Or, les enfants issus des localit\u00e9s en crise \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord peinent \u00e0 s\u2019en accommoder ou \u00e0 s\u2019en servir. Ils sont davantage familiers aux objets faits \u00e0 base de mat\u00e9riaux locaux. Les ONG locales s\u2019en servent donc pour les substituer aux objets fournis par les humanitaires \u00e9trangers, comme l\u2019explique un agent d\u2019Aldepa \u00e0 Maroua&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Nous avons b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 des p\u00e2tes \u00e0 modeler qui viennent de l\u2019ext\u00e9rieur sous forme de chewing-gum avec lesquelles les enfants peuvent fabriquer les \u00e9l\u00e9phants, les lions, etc. Mais c\u2019\u00e9tait difficile\u2009! Les enfants \u00e9taient habitu\u00e9s \u00e0 utiliser la boue, nous-m\u00eames on avait jou\u00e9 avec la boue, c\u2019est avec la boue qu\u2019on fabriquait certains animaux, mais la p\u00e2te \u00e0 modeler certains pensaient que c\u2019\u00e9tait des chewing-gums, qu\u2019il fallait avaler ou manger. Donc, les poup\u00e9es qui venaient, on les rempla\u00e7ait par les tiges de ma\u00efs pour les jeunes filles qui jouaient avec les tiges de ma\u00efs sous forme de poup\u00e9es. Tout cela montre que les savoirs locaux essayent de pousser les b\u00e9n\u00e9ficiaires \u00e0 se sentir \u00e0 l\u2019aise comme dans leur milieu. (Entretien du 2&nbsp;septembre 2024 avec un agent d\u2019Aldepa, Maroua)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cette situation met en lumi\u00e8re un enjeu crucial de la r\u00e9flexion, \u00e0 savoir la tension entre standardisation globalis\u00e9e des dispositifs humanitaires et adaptation aux pratiques locales. Si la conception des \u00ab\u2009espaces amis des enfants\u2009\u00bb ob\u00e9it aux normes globales de protection (Unicef), leur fonctionnement r\u00e9el d\u00e9pend de nombreux facteurs (des mat\u00e9riaux disponibles, des comp\u00e9tences locales, des repr\u00e9sentations culturelles du jeu, etc.). La conception globalis\u00e9e de l\u2019enfance v\u00e9hicul\u00e9e par certaines agences du syst\u00e8me des Nations unies et par des ONG occidentales ne correspond pas aux modes locaux de socialisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Les ONG locales ne se contentent pas d\u2019adapter, elles vernacularisent les dispositifs humanitaires import\u00e9s en des pratiques localement intelligibles (Levitt &amp; Merry, 2009\u2009; 2011). Ces pratiques participent d\u2019une hybridation des normes globales (Comaroff &amp; Comaroff, 2012), o\u00f9 l\u2019endog\u00e9n\u00e9isation appara\u00eet comme une traduction culturelle. Le rapport des humanitaires locaux aux populations dites b\u00e9n\u00e9ficiaires et aux terrains d\u2019intervention est tout aussi parlant.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Une approche plus flexible dans le rapport aux b\u00e9n\u00e9ficiaires et aux terrains d\u2019intervention<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>\u00c0 la diff\u00e9rence des agences \u00e9trang\u00e8res, les ONG locales font preuve d\u2019une plus grande flexibilit\u00e9 proc\u00e9durale. Pendant les activit\u00e9s, le renseignement des formulaires et des fiches administratives est souvent post\u00e9rieur \u00e0 l\u2019assistance, en particulier lorsque l\u2019urgence des situations l\u2019impose.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la m\u00eame perspective, les humanitaires locaux se montrent plus proches des terrains d\u2019intervention dont ils n\u2019ont pas toujours la parfaite ma\u00eetrise logistique. L\u2019usage des motos et des pirogues (pour traverser la Maga ou le Mayo) traduit la logique d\u2019auto-sacrifice et de don de soi qui pr\u00e9vaut au sein des ONG locales. Une posture qui contraste avec l\u2019attitude distante et parfois d\u00e9sinvolte des agences \u00e9trang\u00e8res vis-\u00e0-vis des terrains d\u2019intervention et m\u00eame des b\u00e9n\u00e9ficiaires<a href=\"#_ftn24\" id=\"_ftnref24\"><sup>[24]<\/sup><\/a>. Un agent d\u2019Aldepa souligne cet \u00e9tat de fait&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><a><\/a>Je veux prendre un exemple, quand j\u2019\u00e9tais \u00e0 Mokolo et que je partais travailler dans les zones comme Koza et autres, nous avions nos motos et c\u2019\u00e9tait tr\u00e8s pratique. Mais quand les ONG internationales vont sur le terrain, ils sont en voiture, et quand il arrive que la zone ne soit plus accessible, elles rentrent. Ils tournent l\u00e0 et ils peuvent croire qu\u2019ils sont mieux que les autres parce que peut-\u00eatre ils peuvent arriver dans les communaut\u00e9s, leur seul souci c\u2019est de distribuer les choses, parce que nous, on a une approche qui vise \u00e0 apprendre aux b\u00e9n\u00e9ficiaires \u00e0 \u00eatre ind\u00e9pendants demain. On a beau apporter les vivres, on a beau apporter l\u2019argent, mais si on ne leur montre pas que leur localit\u00e9 est une ressource inestimable o\u00f9 ils peuvent cultiver en saison de pluie et en saison s\u00e8che, faire la culture mara\u00eech\u00e8re et que l\u2019\u00e9levage peut aussi aboutir-l\u00e0, cela veut dire qu\u2019on n\u2019a rien compris (Entretien du 6&nbsp;septembre 2024 avec un agent d\u2019Aldepa, Maroua).<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Comme on peut le voir dans ce t\u00e9moignage, la flexibilit\u00e9 des humanitaires locaux permet de fournir une assistance dans des zones jug\u00e9es difficiles d\u2019acc\u00e8s par les humanitaires \u00e9trangers. Cependant, loin de traduire une simple improvisation, cette flexibilit\u00e9 informe sur la capacit\u00e9 d\u2019agir (<em>agency<\/em>) des ONG locales. Elle peut ainsi \u00eatre analys\u00e9e comme une modalit\u00e9 situ\u00e9e de l\u2019action humanitaire&nbsp;: i) elle permet aux ONG locales d\u2019agir dans l\u2019urgence, sans attendre la validation de protocoles lourds\u2009; ii) elle constitue une r\u00e9ponse rationnelle \u00e0 des environnements marqu\u00e9s par l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, l\u2019inaccessibilit\u00e9 des routes et la volatilit\u00e9 des besoins\u2009; iii) elle peut \u00eatre per\u00e7ue comme une forme de r\u00e9silience organisationnelle (Hilhorst, 2018) acquise par l\u2019exp\u00e9rience. Cette flexibilit\u00e9 est donc structurelle plut\u00f4t que contingente&nbsp;: elle se pr\u00e9sente comme une comp\u00e9tence propre aux acteurs locaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Les rapports de pouvoir dans le champ humanitaire, qui ressortent de ces propos de cet agent d\u2019Aldepa, sont tout aussi saisissants. Le contraste moto\/voiture traduit des in\u00e9galit\u00e9s mat\u00e9rielles et symboliques&nbsp;: les voitures climatis\u00e9es, souvent per\u00e7ues comme des espaces de retrait ou de protection, deviennent des symboles de distance, voire de sup\u00e9riorit\u00e9 sociale\u2009; les motos signalent, \u00e0 l\u2019inverse, l\u2019inscription dans les r\u00e9alit\u00e9s locales, l\u2019endurance, la capacit\u00e9 \u00e0 rejoindre r\u00e9ellement les populations b\u00e9n\u00e9ficiaires. Ces pratiques dessinent une hi\u00e9rarchie interne au champ humanitaire, o\u00f9 les ONG internationales contr\u00f4lent les ressources, tandis que les ONG locales contr\u00f4lent l\u2019acc\u00e8s et la connaissance du terrain.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, l\u2019auto-sacrifice mentionn\u00e9 par cet agent (\u00ab\u2009se mouiller\u2009\u00bb, traverser le Mayo, emprunter des motos, etc.) n\u2019est pas qu\u2019un geste logistique&nbsp;: il produit du capital moral, nourrit la confiance des personnes dites b\u00e9n\u00e9ficiaires, constitue un marqueur identitaire du travail humanitaire local. Pour les acteurs locaux, \u00eatre humanitaire impliquerait d\u2019incarner des valeurs sociales localement reconnues (courage, proximit\u00e9, pr\u00e9sence) comme l\u2019atteste cet extrait&nbsp;et les images qui l\u2019accompagnent&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Les organisations internationales mettent en avant les appuis&nbsp;: on a donn\u00e9 ceci l\u00e0-bas, etc. L\u2019important n\u2019est pas de distribuer des choses, faire des dons et partir, sans apprendre aux b\u00e9n\u00e9ficiaires comment \u00eatre autonomes, sans m\u00eame partager des moments avec eux. \u00c7a donne l\u2019impression de vouloir se d\u00e9barrasser d\u2019eux, comme si vous remplissiez une formalit\u00e9. Il faut \u00eatre proche des b\u00e9n\u00e9ficiaires, il faut \u00eatre avec eux tout le temps. (Entretien du 6&nbsp;septembre 2024 avec un agent d\u2019Aldepa, Maroua)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Images&nbsp;3 et 4&nbsp;: visite des agents d\u2019Aldepa dans les villages des localit\u00e9s de Koza et Mogod\u00e9 dont l\u2019acc\u00e8s (en saison pluvieuse) est conditionn\u00e9 par la travers\u00e9e des cours d\u2019eau<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-2 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" width=\"409\" height=\"270\" data-id=\"24715\" src=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/image-1.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-24715\" srcset=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/image-1.jpeg 409w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/image-1-300x198.jpeg 300w\" sizes=\"(max-width: 409px) 100vw, 409px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"442\" height=\"268\" data-id=\"24717\" src=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/image-3.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-24717\" style=\"width:411px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/image-3.jpeg 442w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/image-3-300x182.jpeg 300w\" sizes=\"(max-width: 442px) 100vw, 442px\" \/><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong><em>Source&nbsp;:<\/em><\/strong> Enqu\u00eate de terrain, 2024.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces propos et ces images t\u00e9moignent d\u2019une certaine dimension morale du don de soi ou de\u2009l\u2019auto-sacrifice qui pr\u00e9vaudrait dans les pratiques d\u2019assistance humanitaire de l\u2019ONG Aldepa. Ces \u00ab\u2009arts de faire\u2009\u00bb (Certeau, 1990) et de penser pr\u00e9sentent un caract\u00e8re performatif, dans la mesure o\u00f9 ils structurent la perception que les b\u00e9n\u00e9ficiaires ont des ONG locales, en comparaison avec les ONG \u00e9trang\u00e8res, comme le confirment ces propos d\u2019un animateur endog\u00e8ne<a href=\"#_ftn25\" id=\"_ftnref25\"><sup>[25]<\/sup><\/a>, \u00e0 la fois b\u00e9n\u00e9ficiaire, rencontr\u00e9 \u00e0 Mora&nbsp;: &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>On se comprend bien avec Aldepa, parce qu\u2019ils sont toujours ici. Ce n\u2019est pas la m\u00eame chose avec les ONG \u00e9trang\u00e8res qui n\u2019arrivent que quelque deux fois comme \u00e7a par an, ils nous donnent les kits et ils rentrent. On attend encore longtemps avant de les revoir. Mais les Aldepa, les ALVF, il y a m\u00eame aussi Cesoquar<a href=\"#_ftn26\" id=\"_ftnref26\"><sup>[26]<\/sup><\/a>, ils sont avec nous tout le temps et on est beaucoup amis avec eux pour \u00e7a. (Entretien du 22&nbsp;ao\u00fbt 2024 avec un animateur endog\u00e8ne \u00e0 Mora)<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le recours aux modalit\u00e9s endog\u00e8nes d\u2019aide s\u2019inscrit dans une logique d\u2019adaptation de la pratique humanitaire aux r\u00e9alit\u00e9s des contextes d\u2019intervention. On y per\u00e7oit une logique de d\u00e9connexion au sens d\u2019Amin (1986), qui ne parle pas d\u2019isolement, mais d\u2019une soustraction \u00e0 la logique dominante du syst\u00e8me global, afin de construire des mod\u00e8les qui prennent en compte les contextes locaux. D\u2019ailleurs, les relations entre les ONG locales et les ONG internationales, structur\u00e9es autour des formes sp\u00e9cifiques d\u2019interd\u00e9pendances (Zelao, 2023), convergent vers cette articulation, en d\u00e9pit des logiques de pouvoir qui les sous-tendent.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019endog\u00e9n\u00e9isation de l\u2019aide humanitaire se r\u00e9v\u00e8le dans des pratiques, des discours et des dispositifs concrets. Cette \u00e9tude visait \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 la question de savoir quels changements induisent la mobilisation des savoirs et pratiques endog\u00e8nes d\u2019assistance humanitaire au sein l\u2019ONG Aldepa \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun. L\u2019argument central consistait \u00e0 montrer que cette mobilisation introduit un changement (progressif) de paradigme en rompant avec la logique universaliste de l\u2019action humanitaire. L\u2019aide fournie par cette structure se d\u00e9ploie \u00e0 travers une ing\u00e9nieure faite de savoirs, de discours et de pratiques dans lesquels les b\u00e9n\u00e9ficiaires se reconnaissent. L\u2019entr\u00e9e par le concept d\u2019endog\u00e9n\u00e9isation nous a permis d\u2019adresser nouvellement la probl\u00e9matique de l\u2019articulation entre savoirs endog\u00e8nes et dispositifs humanitaires globaux, et de mettre en \u00e9vidence la mani\u00e8re dont les ONG locales n\u00e9gocient leur place dans un champ humanitaire asym\u00e9trique.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ressort de l\u2019analyse que l\u2019endog\u00e9n\u00e9isation de l\u2019assistance humanitaire \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun se traduit par des pratiques localis\u00e9es de prise en charge psychosociale, de justice r\u00e9paratrice, de lev\u00e9e du veuvage pour les femmes ayant \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 Boko Haram en laissant leurs maris en captivit\u00e9 et de prise en charge des enfants dans le cadre des \u00ab\u2009espaces-amis\u2009\u00bb. Ces pratiques visent \u00e0 adapter la r\u00e9ponse aux r\u00e9alit\u00e9s des b\u00e9n\u00e9ficiaires. L\u2019assistance fournie par Aldepa \u00e9pouse ainsi les contours des valeurs (hospitalit\u00e9, partage, humanit\u00e9) propres aux communaut\u00e9s de cette r\u00e9gion. Toutefois, l\u2019\u00e9tude r\u00e9v\u00e8le des tensions lourdes entre dynamiques globales et locales, en \u00e9clairant les relations de pouvoir Nord\/Sud \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le champ humanitaire. Entre ONG locales et ONG internationales, des \u00e9carts apparaissent dans la mani\u00e8re de penser et impl\u00e9menter l\u2019aide. La d\u00e9pendance financi\u00e8re des ONG locales vis-\u00e0-vis des ONG internationales et des agences du syst\u00e8me des Nations unies les contraint \u00e0 invisibiliser certaines pratiques endog\u00e8nes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce constat am\u00e8ne \u00e0 interroger le projet de d\u00e9colonisation de l\u2019aide tant \u00e9voqu\u00e9 dans les discours politiques, comme illustr\u00e9 par le Sommet humanitaire mondial de 2016 ayant consacr\u00e9 le Grand Bargain. Mais les transformations souhait\u00e9es au sortir de cet \u00e9v\u00e9nement tardent \u00e0 se concr\u00e9tiser. Les d\u00e9fis restent nombreux. D\u2019une part, une reconnaissance et une valorisation des savoirs et des capacit\u00e9s endog\u00e8nes permettraient \u00e0 terme d\u2019am\u00e9liorer la compl\u00e9mentarit\u00e9 entre ONG locales et ONG \u00e9trang\u00e8res. D\u2019autre part, l\u2019acc\u00e8s aux financements et le renforcement des capacit\u00e9s des acteurs locaux s\u2019av\u00e8rent capitaux pour arrimer v\u00e9ritablement la pratique humanitaire aux exigences de d\u00e9colonisation de l\u2019aide. Par ailleurs, autant le recours aux savoirs endog\u00e8nes se pose comme alternative pour (re)penser l\u2019assistance humanitaire, autant il faut \u00e9viter d\u2019essentialiser ces savoirs. Ceci revient \u00e0 ne pas les consid\u00e9rer comme un bloc monolithique, fig\u00e9 et \u00ab\u2009authentique\u2009\u00bb, mais plut\u00f4t comme des connaissances dynamiques, historiques et en constante interaction avec d\u2019autres savoirs. L\u2019enjeu est donc de les situer dans une perspective d\u2019\u00e9cologie des savoirs, c\u2019est-\u00e0-dire cr\u00e9er des passerelles entre savoirs locaux et globaux, pour une aide plus pertinente et respectueuse, par le dialogue et la co-construction.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":24711,"template":"","meta":[],"series-categories":[1023],"cat-articles":[1015],"keywords":[1099,1096,1092,1100,1098,1095,1093,1094,1097],"ppma_author":[1091],"class_list":["post-24712","series-issues","type-series-issues","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","series-categories-numero-12","cat-articles-analyses-critiques","keywords-aide-humanitaire","keywords-boko-haram","keywords-cameroon","keywords-cameroun","keywords-economie-morale","keywords-endogenous-knowledge-and-practices","keywords-humanitarian-aid","keywords-moral-economy","keywords-savoirs-et-pratiques-endogenes","author-yvan-hyannick-obah"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>L\u2019endog\u00e9n\u00e9isation de l\u2019aide humanitaire\u00a0: savoirs, pratiques et mobilisation de l\u2019ONG Aldepa en soutien aux victimes de Boko Haram \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-12\/endogenizing-humanitarian-aid-knowledge-practices-and-aldepas-mobilization-in-support-of-victims-of-boko-haram-in-cameroons-far-north-region\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"L\u2019endog\u00e9n\u00e9isation de l\u2019aide humanitaire\u00a0: savoirs, pratiques et mobilisation de l\u2019ONG Aldepa en soutien aux victimes de Boko Haram \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun | Global Africa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Introduction La r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun vit une situation humanitaire in\u00e9dite. Depuis la fin de l\u2019ann\u00e9e&nbsp;2012, elle constitue un espace de repli pour les combattants de la secte Boko Haram (BH)[1]. Les attaques r\u00e9p\u00e9titives des islamistes et la riposte des forces de s\u00e9curit\u00e9 nationale et internationale (la force multinationale mixte [FMM]) ne cessent d\u2019occasionner d\u2019importants d\u00e9placements de population. Les d\u00e9partements du Diamar\u00e9, du Mayo-Tsanaga, du Logone-et-Chari, du Mayo-Sava, du Mayo-Danay et du Mayo-Kani (dans une moindre mesure), accueillent de nombreux r\u00e9fugi\u00e9s nig\u00e9rians et personnes d\u00e9plac\u00e9es internes (PDI), selon diverses modalit\u00e9s. En effet, les r\u00e9fugi\u00e9s sont des personnes ayant franchi une fronti\u00e8re internationale, tandis que les d\u00e9plac\u00e9s internes sont rest\u00e9s dans leur propre pays. Les modalit\u00e9s d\u2019accueil de ces cat\u00e9gories de personnes d\u00e9plac\u00e9es sont distinctes. Alors que les r\u00e9fugi\u00e9s peuvent \u00eatre accueillis dans des camps ou int\u00e9gr\u00e9s dans des communaut\u00e9s h\u00f4tes, souvent avec l\u2019aide d\u2019organisations internationales, les PDI quant \u00e0 elles, sont accueillies principalement au sein des familles d\u2019accueil ou dans des abris spontan\u00e9s comme observ\u00e9s dans les r\u00e9gions de l\u2019Est et de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun (Mahamat, 2021\u2009; Lefort-Rieu, 2024b, chapitre&nbsp;3). Selon la matrice de suivi des d\u00e9placements (DTM) relative \u00e0 la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun, en ao\u00fbt 2023, le nombre de PDI \u00e9tait estim\u00e9 \u00e0 453\u2009661, tandis que le nombre de r\u00e9fugi\u00e9s hors du camp de Minawao \u00e9tait de 48\u2009165 (OIM, 2023). Cette situation a entra\u00een\u00e9 une pr\u00e9sence continue d\u2019acteurs nationaux et internationaux, engag\u00e9s dans des initiatives repens\u00e9es, \u00e0 partir de 2016, \u00e0 l\u2019aune de l\u2019impl\u00e9mentation de l\u2019approche nexus humanitaire-d\u00e9veloppement-paix. Cependant, avec la croissance des besoins humanitaires, l\u2019action des organisations non gouvernementales internationales et des agences du syst\u00e8me des Nations unies a montr\u00e9 des limites dans sa capacit\u00e9 \u00e0 satisfaire les besoins d\u2019une population de d\u00e9plac\u00e9s de plus en plus nombreuse. La m\u00e9connaissance des r\u00e9alit\u00e9s des contextes d\u2019intervention a souvent constitu\u00e9 l\u2019une des pesanteurs \u00e0 l\u2019ancrage harmonieux de ces initiatives \u00e9trang\u00e8res aux r\u00e9alit\u00e9s locales (Olivier de&nbsp;Sardan, 2021). Cette situation a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 le retour des dynamiques endog\u00e8nes d\u2019assistance[2], structur\u00e9es autour des discours, des pratiques et des dispositifs li\u00e9s aux contextes d\u2019intervention. Notre int\u00e9r\u00eat s\u2019est port\u00e9 sur l\u2019Association locale pour un d\u00e9veloppement participatif et autog\u00e9r\u00e9 (Aldepa), une ONG[3] active au moment de cette \u00e9tude dans l\u2019assistance aux victimes des attaques de Boko Haram. Du fait de son anciennet\u00e9 (cr\u00e9\u00e9e en 1998), de son exp\u00e9rience et de son ancrage local, cette organisation constitue, ici, un cas exemplaire parmi les ONG locales \u0153uvrant dans le champ de l\u2019humanitaire \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun. Aldepa est d\u2019ailleurs l\u2019une des premi\u00e8res ONG locales \u00e0 s\u2019\u00eatre engag\u00e9e dans la prise en charge des victimes de la crise s\u00e9curitaire li\u00e9e \u00e0 Boko Haram. Toutefois l\u2019\u00e9tude, \u00e9labor\u00e9e \u00e0 partir du cas d\u2019Aldepa, n\u2019entend nullement d\u00e9fendre la conception de l\u2019humanitaire au sens de cette organisation. Il s\u2019agit, \u00e0 partir d\u2019une r\u00e9flexion autour du concept d\u2019endog\u00e9n\u00e9isation, de contribuer au d\u00e9bat relatif aux enjeux, aux limites et aux dilemmes de la d\u00e9colonisation de l\u2019aide. L\u2019approche empirique a repos\u00e9 sur une m\u00e9thodologie qualitative et inductive. La phase de pr\u00e9enqu\u00eate, men\u00e9e en ao\u00fbt 2022, a permis d\u2019observer la nature des strat\u00e9gies d\u2019assistance mise en place par Aldepa. Durant la seconde phase de l\u2019enqu\u00eate, r\u00e9alis\u00e9e entre ao\u00fbt et septembre 2024, les acteurs ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9s sur la base de leur implication dans les processus humanitaires[4]. Au total, 41&nbsp;entretiens ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s&nbsp;: six responsables du minist\u00e8re de l\u2019Administration territoriale, cinq&nbsp;travailleurs sociaux, sept&nbsp;animateurs endog\u00e8nes, quatre&nbsp;leaders communautaires, neuf&nbsp;agents d\u2019ONG (locales et internationales), cinq&nbsp;r\u00e9fugi\u00e9s et cinq personnes d\u00e9plac\u00e9es internes. Cependant, l\u2019orientation choisie dans cette r\u00e9flexion nous a conduit \u00e0 donner plus de voix \u00e0 certains acteurs. Les cat\u00e9gories d\u2019analyse portaient sur les savoirs et pratiques endog\u00e8nes d\u2019aide humanitaire, la perception des initiatives d\u2019aide internationale\/locale et les relations entre les acteurs du champ humanitaire \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord. Compte tenu de la sensibilit\u00e9 du contexte, nous avons \u00e9tabli des contacts avec des personnes install\u00e9es dans les zones marqu\u00e9es par les affrontements arm\u00e9s. L\u2019exploitation de la documentation scientifique (ouvrages, articles, th\u00e8ses) et de la litt\u00e9rature grise (rapports des agences de l\u2019ONU et des ONG) a permis de disposer de donn\u00e9es suppl\u00e9mentaires n\u00e9cessaires pour la triangularisation. Un constat demeure, l\u2019aide humanitaire[5] \u00e9volue de fa\u00e7on remarquable depuis l\u2019entame des ann\u00e9es&nbsp;1990. Le triomphe du capitalisme, l\u2019\u00e9mergence des r\u00e9seaux criminels, la mont\u00e9e des extr\u00e9mismes et le retour des guerres inter\u00e9tatiques ont r\u00e9introduit dans les champs politique et scientifique, les d\u00e9bats sur la compassion (Nouwen, 2004\u2009; Hours, 2010 ; Lain\u00e9, 2013\u2009; Savidan, 2018). Mais l\u2019essor des&nbsp;\u00ab\u2009politiques de la piti\u00e9\u2009\u00bb (Boltanski, 1993) \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019Afrique a une histoire plus complexe. Elles entretiennent un lien \u00e9troit avec la mission civilisatrice coloniale, \u00e0 laquelle ont succ\u00e9d\u00e9 les vis\u00e9es d\u00e9veloppementalistes, puis l\u2019aide dite d\u2019urgence (Matasci &amp; Desgrandchamps, 2020). L\u2019aide humanitaire internationale a ainsi \u00e9merg\u00e9 comme instrument d\u2019affinement et de prolongement des rapports de domination des pays et des agences \u00e9manant du Nord (Atlani-Duault &amp; Dozon, 2011). D\u00e8s lors, l\u2019assistance d\u00e9ploy\u00e9e par les pays desNords \u00e0 destination des pays desSuds s\u2019est vue assujettie \u00e0 diverses conditionnalit\u00e9s et, de ce fait, assimil\u00e9e \u00e0 une forme de n\u00e9ocolonialisme (Micheletti, 2011). La question de la d\u00e9colonisation de l\u2019aide[6] en Afrique reste d\u2019actualit\u00e9. D\u2019ailleurs, elle est au centre des attentions, comme en t\u00e9moignent moult rencontres scientifiques organis\u00e9es ces derni\u00e8res ann\u00e9es[7]. Cette d\u00e9colonisation, dont l\u2019un des pendants institutionnels majeurs est la \u00ab\u2009localisation\u2009\u00bb[8] de l\u2019aide internationale, peine \u00e0 se mettre en place au Cameroun. Des raisons \u00e0 la fois structurelles et conjoncturelles expliquent cette situation&nbsp;: d\u2019une part, le manque de ressources financi\u00e8res et la faible structuration des ONG locales, cantonn\u00e9es au statut de sous-traitantes par les ONG internationales (Wade, 2023, p.&nbsp;86)\u2009; d\u2019autre part, la d\u00e9pendance excessive des associations nationales\/locales \u00e0 l\u2019aide ext\u00e9rieure et contraintes sp\u00e9cifiques pos\u00e9es par le contexte postautoritaire et extraverti au Cameroun (Pommerolle, 2008\u2009; Cazabat, 2016). La pr\u00e9sente \u00e9tude se veut une contribution \u00e0 la recherche sur les transformations de l\u2019aide humanitaire au prisme du d\u00e9colonial. En resserrant le propos sur l\u2019endog\u00e9n\u00e9isation, l\u2019objectif est de voir comment celle-ci informe sur la d\u00e9colonisation de l\u2019aide et les relations de pouvoir Nord\/Sud dans le domaine de l\u2019humanitaire. L\u2019endog\u00e9n\u00e9isation r\u00e9f\u00e8re, ici, \u00e0 un processus d\u2019appropriation, d\u2019int\u00e9gration et\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-12\/endogenizing-humanitarian-aid-knowledge-practices-and-aldepas-mobilization-in-support-of-victims-of-boko-haram-in-cameroons-far-north-region\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Global Africa\" \/>\n<meta property=\"article:publisher\" content=\"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2026-04-21T22:14:15+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/batch_ehdFDtttcolor_splashv_2024-01-23_17-57-29-20240123-Grande.jpeg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"1000\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"1000\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" 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Depuis la fin de l\u2019ann\u00e9e&nbsp;2012, elle constitue un espace de repli pour les combattants de la secte Boko Haram (BH)[1]. Les attaques r\u00e9p\u00e9titives des islamistes et la riposte des forces de s\u00e9curit\u00e9 nationale et internationale (la force multinationale mixte [FMM]) ne cessent d\u2019occasionner d\u2019importants d\u00e9placements de population. Les d\u00e9partements du Diamar\u00e9, du Mayo-Tsanaga, du Logone-et-Chari, du Mayo-Sava, du Mayo-Danay et du Mayo-Kani (dans une moindre mesure), accueillent de nombreux r\u00e9fugi\u00e9s nig\u00e9rians et personnes d\u00e9plac\u00e9es internes (PDI), selon diverses modalit\u00e9s. En effet, les r\u00e9fugi\u00e9s sont des personnes ayant franchi une fronti\u00e8re internationale, tandis que les d\u00e9plac\u00e9s internes sont rest\u00e9s dans leur propre pays. Les modalit\u00e9s d\u2019accueil de ces cat\u00e9gories de personnes d\u00e9plac\u00e9es sont distinctes. Alors que les r\u00e9fugi\u00e9s peuvent \u00eatre accueillis dans des camps ou int\u00e9gr\u00e9s dans des communaut\u00e9s h\u00f4tes, souvent avec l\u2019aide d\u2019organisations internationales, les PDI quant \u00e0 elles, sont accueillies principalement au sein des familles d\u2019accueil ou dans des abris spontan\u00e9s comme observ\u00e9s dans les r\u00e9gions de l\u2019Est et de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun (Mahamat, 2021\u2009; Lefort-Rieu, 2024b, chapitre&nbsp;3). Selon la matrice de suivi des d\u00e9placements (DTM) relative \u00e0 la r\u00e9gion de l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun, en ao\u00fbt 2023, le nombre de PDI \u00e9tait estim\u00e9 \u00e0 453\u2009661, tandis que le nombre de r\u00e9fugi\u00e9s hors du camp de Minawao \u00e9tait de 48\u2009165 (OIM, 2023). Cette situation a entra\u00een\u00e9 une pr\u00e9sence continue d\u2019acteurs nationaux et internationaux, engag\u00e9s dans des initiatives repens\u00e9es, \u00e0 partir de 2016, \u00e0 l\u2019aune de l\u2019impl\u00e9mentation de l\u2019approche nexus humanitaire-d\u00e9veloppement-paix. Cependant, avec la croissance des besoins humanitaires, l\u2019action des organisations non gouvernementales internationales et des agences du syst\u00e8me des Nations unies a montr\u00e9 des limites dans sa capacit\u00e9 \u00e0 satisfaire les besoins d\u2019une population de d\u00e9plac\u00e9s de plus en plus nombreuse. La m\u00e9connaissance des r\u00e9alit\u00e9s des contextes d\u2019intervention a souvent constitu\u00e9 l\u2019une des pesanteurs \u00e0 l\u2019ancrage harmonieux de ces initiatives \u00e9trang\u00e8res aux r\u00e9alit\u00e9s locales (Olivier de&nbsp;Sardan, 2021). Cette situation a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 le retour des dynamiques endog\u00e8nes d\u2019assistance[2], structur\u00e9es autour des discours, des pratiques et des dispositifs li\u00e9s aux contextes d\u2019intervention. Notre int\u00e9r\u00eat s\u2019est port\u00e9 sur l\u2019Association locale pour un d\u00e9veloppement participatif et autog\u00e9r\u00e9 (Aldepa), une ONG[3] active au moment de cette \u00e9tude dans l\u2019assistance aux victimes des attaques de Boko Haram. Du fait de son anciennet\u00e9 (cr\u00e9\u00e9e en 1998), de son exp\u00e9rience et de son ancrage local, cette organisation constitue, ici, un cas exemplaire parmi les ONG locales \u0153uvrant dans le champ de l\u2019humanitaire \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord du Cameroun. Aldepa est d\u2019ailleurs l\u2019une des premi\u00e8res ONG locales \u00e0 s\u2019\u00eatre engag\u00e9e dans la prise en charge des victimes de la crise s\u00e9curitaire li\u00e9e \u00e0 Boko Haram. Toutefois l\u2019\u00e9tude, \u00e9labor\u00e9e \u00e0 partir du cas d\u2019Aldepa, n\u2019entend nullement d\u00e9fendre la conception de l\u2019humanitaire au sens de cette organisation. Il s\u2019agit, \u00e0 partir d\u2019une r\u00e9flexion autour du concept d\u2019endog\u00e9n\u00e9isation, de contribuer au d\u00e9bat relatif aux enjeux, aux limites et aux dilemmes de la d\u00e9colonisation de l\u2019aide. L\u2019approche empirique a repos\u00e9 sur une m\u00e9thodologie qualitative et inductive. La phase de pr\u00e9enqu\u00eate, men\u00e9e en ao\u00fbt 2022, a permis d\u2019observer la nature des strat\u00e9gies d\u2019assistance mise en place par Aldepa. Durant la seconde phase de l\u2019enqu\u00eate, r\u00e9alis\u00e9e entre ao\u00fbt et septembre 2024, les acteurs ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9s sur la base de leur implication dans les processus humanitaires[4]. Au total, 41&nbsp;entretiens ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s&nbsp;: six responsables du minist\u00e8re de l\u2019Administration territoriale, cinq&nbsp;travailleurs sociaux, sept&nbsp;animateurs endog\u00e8nes, quatre&nbsp;leaders communautaires, neuf&nbsp;agents d\u2019ONG (locales et internationales), cinq&nbsp;r\u00e9fugi\u00e9s et cinq personnes d\u00e9plac\u00e9es internes. Cependant, l\u2019orientation choisie dans cette r\u00e9flexion nous a conduit \u00e0 donner plus de voix \u00e0 certains acteurs. Les cat\u00e9gories d\u2019analyse portaient sur les savoirs et pratiques endog\u00e8nes d\u2019aide humanitaire, la perception des initiatives d\u2019aide internationale\/locale et les relations entre les acteurs du champ humanitaire \u00e0 l\u2019Extr\u00eame-Nord. Compte tenu de la sensibilit\u00e9 du contexte, nous avons \u00e9tabli des contacts avec des personnes install\u00e9es dans les zones marqu\u00e9es par les affrontements arm\u00e9s. L\u2019exploitation de la documentation scientifique (ouvrages, articles, th\u00e8ses) et de la litt\u00e9rature grise (rapports des agences de l\u2019ONU et des ONG) a permis de disposer de donn\u00e9es suppl\u00e9mentaires n\u00e9cessaires pour la triangularisation. Un constat demeure, l\u2019aide humanitaire[5] \u00e9volue de fa\u00e7on remarquable depuis l\u2019entame des ann\u00e9es&nbsp;1990. Le triomphe du capitalisme, l\u2019\u00e9mergence des r\u00e9seaux criminels, la mont\u00e9e des extr\u00e9mismes et le retour des guerres inter\u00e9tatiques ont r\u00e9introduit dans les champs politique et scientifique, les d\u00e9bats sur la compassion (Nouwen, 2004\u2009; Hours, 2010 ; Lain\u00e9, 2013\u2009; Savidan, 2018). Mais l\u2019essor des&nbsp;\u00ab\u2009politiques de la piti\u00e9\u2009\u00bb (Boltanski, 1993) \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019Afrique a une histoire plus complexe. Elles entretiennent un lien \u00e9troit avec la mission civilisatrice coloniale, \u00e0 laquelle ont succ\u00e9d\u00e9 les vis\u00e9es d\u00e9veloppementalistes, puis l\u2019aide dite d\u2019urgence (Matasci &amp; Desgrandchamps, 2020). L\u2019aide humanitaire internationale a ainsi \u00e9merg\u00e9 comme instrument d\u2019affinement et de prolongement des rapports de domination des pays et des agences \u00e9manant du Nord (Atlani-Duault &amp; Dozon, 2011). D\u00e8s lors, l\u2019assistance d\u00e9ploy\u00e9e par les pays desNords \u00e0 destination des pays desSuds s\u2019est vue assujettie \u00e0 diverses conditionnalit\u00e9s et, de ce fait, assimil\u00e9e \u00e0 une forme de n\u00e9ocolonialisme (Micheletti, 2011). La question de la d\u00e9colonisation de l\u2019aide[6] en Afrique reste d\u2019actualit\u00e9. D\u2019ailleurs, elle est au centre des attentions, comme en t\u00e9moignent moult rencontres scientifiques organis\u00e9es ces derni\u00e8res ann\u00e9es[7]. Cette d\u00e9colonisation, dont l\u2019un des pendants institutionnels majeurs est la \u00ab\u2009localisation\u2009\u00bb[8] de l\u2019aide internationale, peine \u00e0 se mettre en place au Cameroun. Des raisons \u00e0 la fois structurelles et conjoncturelles expliquent cette situation&nbsp;: d\u2019une part, le manque de ressources financi\u00e8res et la faible structuration des ONG locales, cantonn\u00e9es au statut de sous-traitantes par les ONG internationales (Wade, 2023, p.&nbsp;86)\u2009; d\u2019autre part, la d\u00e9pendance excessive des associations nationales\/locales \u00e0 l\u2019aide ext\u00e9rieure et contraintes sp\u00e9cifiques pos\u00e9es par le contexte postautoritaire et extraverti au Cameroun (Pommerolle, 2008\u2009; Cazabat, 2016). La pr\u00e9sente \u00e9tude se veut une contribution \u00e0 la recherche sur les transformations de l\u2019aide humanitaire au prisme du d\u00e9colonial. En resserrant le propos sur l\u2019endog\u00e9n\u00e9isation, l\u2019objectif est de voir comment celle-ci informe sur la d\u00e9colonisation de l\u2019aide et les relations de pouvoir Nord\/Sud dans le domaine de l\u2019humanitaire. L\u2019endog\u00e9n\u00e9isation r\u00e9f\u00e8re, ici, \u00e0 un processus d\u2019appropriation, d\u2019int\u00e9gration et","og_url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-12\/endogenizing-humanitarian-aid-knowledge-practices-and-aldepas-mobilization-in-support-of-victims-of-boko-haram-in-cameroons-far-north-region\/","og_site_name":"Global Africa","article_publisher":"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences","article_modified_time":"2026-04-21T22:14:15+00:00","og_image":[{"width":1000,"height":1000,"url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/batch_ehdFDtttcolor_splashv_2024-01-23_17-57-29-20240123-Grande.jpeg","type":"image\/jpeg"}],"twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"30 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