{"id":24685,"date":"2026-03-20T09:19:00","date_gmt":"2026-03-20T09:19:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/between-jihad-territory-and-criminal-economy-rethinking-conflicts-in-the-sahel\/"},"modified":"2026-04-23T15:13:03","modified_gmt":"2026-04-23T15:13:03","slug":"between-jihad-territory-and-criminal-economy-rethinking-conflicts-in-the-sahel","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-13\/between-jihad-territory-and-criminal-economy-rethinking-conflicts-in-the-sahel\/","title":{"rendered":"Entre jihad, territoires et \u00e9conomie criminelle\u00a0: repenser les conflits sah\u00e9liens"},"content":{"rendered":"\n<p>Recension de&nbsp;: Mesa, B. (2024). <em>Le Sahel&nbsp;: tribus, jihad et trafics<\/em>. La Crois\u00e9e des Chemins.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Les mutations des conflits arm\u00e9s au Sahel, conjugu\u00e9es \u00e0 l\u2019incapacit\u00e9 des arm\u00e9es nationales et internationales \u00e0 les r\u00e9gler, ont suscit\u00e9, depuis quelques ann\u00e9es, un int\u00e9r\u00eat croissant dans la litt\u00e9rature acad\u00e9mique. La prolif\u00e9ration des groupes arm\u00e9s, l\u2019amplification des violences et la fragilisation des institutions \u00e9tatiques ont pouss\u00e9 de nombreux chercheurs \u00e0 analyser les causes et l\u2019\u00e9volution de l\u2019instabilit\u00e9 dans la r\u00e9gion (Olivier de Sardan, 2023\u2009; Sambou, 2021). L\u2019essai de Beatriz Mesa, <em>Le Sahel&nbsp;: tribus, jihad et trafics<\/em>, contribue \u00e0 renouveler l\u2019\u00e9tude des dynamiques conflictuelles dans le nord du Mali en mettant en exergue le r\u00f4le structurant de l\u2019\u00e9conomie criminelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Beatriz Mesa est une chercheure sp\u00e9cialis\u00e9e dans les questions de s\u00e9curit\u00e9 internationale, de violence, de conflits et de s\u00e9curit\u00e9 en Afrique de l\u2019Ouest et au Sahel. Elle est actuellement professeure associ\u00e9e au Coll\u00e8ge des sciences sociales de l\u2019Universit\u00e9 internationale de Rabat (UIR) et rattach\u00e9e au Center for Global Studies, ainsi qu\u2019au Laboratoire d\u2019analyse des soci\u00e9t\u00e9s et pouvoirs\/Afrique-Diasporas (Laspad), au S\u00e9n\u00e9gal.<\/p>\n\n\n\n<p>Publi\u00e9 en 2024, <em>Le Sahel<\/em> est une monographie consacr\u00e9e aux mutations des groupes arm\u00e9s au Mali et dans la r\u00e9gion sah\u00e9lienne. L\u2019ouvrage se fonde sur une analyse politique et strat\u00e9gique du conflit et propose une lecture multidimensionnelle des dynamiques de violence. Il s\u2019inscrit dans une litt\u00e9rature croissante qui \u00e9tudie les conflits africains \u00e0 partir des interactions entre \u00e9conomie politique, gouvernance et s\u00e9curit\u00e9 (Diariso, 2019\u2009; Kohnert, 2022).<\/p>\n\n\n\n<p>Mesa d\u00e9passe les approches traditionnelles qui analysent les violences sah\u00e9liennes exclusivement \u00e0 travers l\u2019id\u00e9ologie jihadiste ou les revendications identitaires (Centre pour le dialogue humanitaire, 2016\u2009; Amselle, 2022). Elle d\u00e9montre que l\u2019expansion des groupes arm\u00e9s au Sahel proc\u00e8de de la d\u00e9stabilisation des \u00e9conomies locales, de la marginalisation des populations et de l\u2019extension des trafics illicites transnationaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout en inscrivant ses travaux dans le sillage de Paul Collier, Mesa apporte une nuance fondamentale quant \u00e0 l\u2019application de sa th\u00e9orie de l\u2019\u00ab\u2009avidit\u00e9\u2009\u00bb (greed) des combattants dans le contexte sah\u00e9lien. Bien qu\u2019elle s\u2019accorde avec Collier sur la dimension \u00e9conomique pr\u00e9pond\u00e9rante des conflits, Mesa conteste l\u2019id\u00e9e que ce facteur soit la cause premi\u00e8re de la crise au Mali. Contrairement aux th\u00e8ses \u00e9conomicistes strictes qui placent l\u2019app\u00e2t du gain \u00e0 l\u2019origine de la r\u00e9bellion, Mesa affirme que le param\u00e8tre \u00e9conomique n\u2019appara\u00eet qu\u2019\u00e0 un stade plus avanc\u00e9. Elle souligne que les racines de l\u2019insurrection au Mali, qu\u2019elles soient s\u00e9cessionnistes ou jihadistes, puisent d\u2019abord dans des\u00a0griefs\u00a0(grievances) tels que l\u2019injustice, la marginalisation ou l\u2019exclusion politique. Toutefois, le recentrage de l\u2019analyse sur la dimension \u00e9conomique n&rsquo;est pas arbitraire. Il repose sur des observations empiriques, qui soulignent que les griefs n\u2019expliquent ni la structuration, ni la durabilit\u00e9 du conflit. Ces recherches montrent que l\u2019id\u00e9ologie religieuse n\u2019est pas la pierre angulaire du conflit, mais une variable qui s\u2019adapte \u00e0 une \u00ab \u00e9conomie de la terreur \u00bb (p. 115) extr\u00eamement lucrative. Derri\u00e8re le drapeau noir, l\u2019enjeu r\u00e9el est le contr\u00f4le territorial des routes de transit (drogues, armes, otages).\u00a0<br><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ouvrage s\u2019int\u00e8gre aussi dans les \u00e9tudes contemporaines sur les transformations des espaces africains sous l\u2019effet de la mondialisation (Howard, 2021). En mettant en exergue les interactions entre conflits locaux et r\u00e9seaux criminels transnationaux, Beatriz Mesa montre comment les transformations sah\u00e9liennes s\u2019inscrivent dans des logiques globales. La zone sah\u00e9lienne appara\u00eet d\u00e8s lors comme un espace o\u00f9 se croisent des acteurs multiples (groupes arm\u00e9s, \u00c9tats, organisations internationales et r\u00e9seaux criminels), dont les connexions red\u00e9finissent les rapports de pouvoir \u00e0 l\u2019\u00e9chelle r\u00e9gionale et mondiale.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mat\u00e9riau empirique de l\u2019\u00e9tude men\u00e9e par Beatriz Mesa repose sur une enqu\u00eate de terrain de longue dur\u00e9e, men\u00e9e entre 2009 et 2020, au Maroc, en Mauritanie et au Mali. Cette enqu\u00eate est structur\u00e9e autour d\u2019entretiens avec une grande diversit\u00e9 d\u2019acteurs impliqu\u00e9s dans le conflit malien : autorit\u00e9s traditionnelles et coutumi\u00e8res, combattants issus de mouvements s\u00e9cessionnistes et de groupes djihadistes, responsables politiques et s\u00e9curitaires, victimes directes du conflit.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019essai est organis\u00e9 en six chapitres, regroup\u00e9s en deux parties traitant des origines, des transformations et des logiques de fonctionnement des groupes arm\u00e9s dans la r\u00e9gion sah\u00e9lienne. Pour Mesa, les motivations politiques initiales des groupes insurg\u00e9s ont graduellement laiss\u00e9 place \u00e0 des logiques d\u2019accumulation \u00e9conomique&nbsp;: \u00ab\u2009l\u2019objectif des groupes arm\u00e9s est le contr\u00f4le d\u2019un territoire qui permet l\u2019accumulation du pouvoir \u00e9conomique, en laissant derri\u00e8re eux la lutte pour la mise en \u0153uvre d\u2019un projet d\u00e9fendant des causes politiques ou religieuses\u2009\u00bb (p.&nbsp;33). La guerre devient alors un instrument de contr\u00f4le des ressources et des routes commerciales.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette d\u00e9marche s\u2019inscrit dans une r\u00e9flexion plus large sur les nouvelles formes de conflictualit\u00e9. Mesa affirme notamment que \u00ab\u2009la guerre peut aussi se comprendre comme un moyen de production \u00e9conomique\u2009\u00bb (p.&nbsp;35). Cette th\u00e8se fait r\u00e9f\u00e9rence aux travaux sur les \u00e9conomies de guerre et sur les conflits prolong\u00e9s dans les \u00c9tats fragiles (Amou, 2021\u2009; G<ins>afi<\/ins><del>AFI<\/del>, 2023\u2009; Gaye, 2017).<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re partie de l\u2019ouvrage explore les racines historiques des conflits au nord du Mali. Elle met en \u00e9vidence l\u2019importance des conflits intertribaux, des h\u00e9ritages coloniaux et des mutations politiques r\u00e9gionales dans la structuration des violences. Mesa insiste sur le fait que \u00ab\u2009l\u2019\u00e9quation tribu, pouvoir et contr\u00f4le \u00e9conomique et territorial est fondamentale pour comprendre la dynamique de la violence dans le nord du Mali\u2009\u00bb (p.&nbsp;66).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la lumi\u00e8re de cette premi\u00e8re analyse, il appara\u00eet que les conflits au nord du Mali ne peuvent \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9s uniquement \u00e0 travers des grilles de lecture exclusivement id\u00e9ologiques, identitaires ou strat\u00e9giques. Mesa met en \u00e9vidence l\u2019imbrication progressive de logiques politiques, \u00e9conomiques et criminelles qui transforment la nature de la violence arm\u00e9e. Si les revendications initiales des r\u00e9bellions touar\u00e8gues s\u2019ancrent dans des frustrations historiques et politiques, leur \u00e9volution r\u00e9v\u00e8le une centralit\u00e9 croissante des dynamiques \u00e9conomiques li\u00e9es au contr\u00f4le des territoires et des routes de trafic. Parall\u00e8lement, l\u2019implantation du jihadisme dans la r\u00e9gion proc\u00e8de de ces m\u00eames logiques d\u2019opportunit\u00e9, o\u00f9 les alliances locales, les rivalit\u00e9s internes et la qu\u00eate de ressources jouent un r\u00f4le d\u00e9terminant. Ainsi, loin d\u2019\u00eatre exclusivement id\u00e9ologiques, les conflits sah\u00e9liens apparaissent comme des configurations hybrides o\u00f9 s\u2019entrem\u00ealent revendications politiques, strat\u00e9gies de pouvoir et \u00e9conomies criminelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la seconde partie, Mesa \u00e9tudie le \u00ab\u2009d\u00e9but de l\u2019incursion du crime organis\u00e9 en Afrique de l\u2019Ouest et l\u2019expansion de ce ph\u00e9nom\u00e8ne [\u2026] au nord du Mali\u2009\u00bb (p.&nbsp;114). Elle explique comment les r\u00e9seaux criminels ont progressivement coopt\u00e9 des acteurs arm\u00e9s non \u00e9tatiques ainsi que certains acteurs \u00e9tatiques, dans un contexte marqu\u00e9 par la transnationalisation de la criminalit\u00e9 organis\u00e9e. Cette dynamique s\u2019est notamment traduite par \u00ab\u2009l\u2019accord verbal de non-agression entre les groupes arm\u00e9s et les forces \u00e9tatiques [qui] permettait aux GANOL (Groupes Arm\u00e9s Non L\u00e9gitimes)<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> de circuler librement [\u2026] \u00e0 condition qu\u2019ils ne constituent pas une menace pour leur stabilit\u00e9\u2009\u00bb (p.&nbsp;116).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteure souligne \u00e9galement les effets sociaux et s\u00e9curitaires de cette \u00e9conomie criminelle&nbsp;: \u00ab\u2009dans le nord du Mali, l\u2019impact social [\u2026] a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement fort avec des niveaux de violence sans pr\u00e9c\u00e9dent [\u2026] li\u00e9s au trafic de haschich et de coca\u00efne ainsi qu\u2019aux enl\u00e8vements d\u2019Occidentaux\u2009\u00bb (p.&nbsp;199), dans un contexte de militarisation croissante des individus favoris\u00e9e par la circulation effr\u00e9n\u00e9e d\u2019armes. Enfin, en s\u2019appuyant sur des entretiens qualitatifs r\u00e9alis\u00e9s <em>in situ<\/em> avec diff\u00e9rents acteurs impliqu\u00e9s dans les conflits, Mesa rappelle que l\u2019engagement dans les groupes arm\u00e9s r\u00e9pond largement \u00e0 des logiques utilitaristes. En effet, le marqueur de l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique l\u2019emporte syst\u00e9matiquement dans l\u2019enr\u00f4lement des combattants, au d\u00e9triment des consid\u00e9rations identitaires, nationalistes ou religieuses.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019expansion de l\u2019\u00e9conomie illicite a profond\u00e9ment boulevers\u00e9 les \u00e9quilibres sociaux traditionnels. L\u2019enrichissement rapide de groupes autrefois marginalis\u00e9s a remis en cause les hi\u00e9rarchies \u00e9tablies et a intensifi\u00e9 les rivalit\u00e9s pour le contr\u00f4le des ressources et des routes de trafic. Dans ce contexte, l\u2019engagement dans les groupes arm\u00e9s appara\u00eet pour de nombreux individus comme une strat\u00e9gie d\u2019ascension sociale ou de survie\u2009; la violence arm\u00e9e au nord du Mali s\u2019inscrit dans un syst\u00e8me complexe o\u00f9 se m\u00ealent logiques politiques, transformations sociales et opportunit\u00e9s \u00e9conomiques.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019un des principaux apports de l\u2019ouvrage r\u00e9side dans la centralit\u00e9 accord\u00e9e \u00e0 la dimension \u00e9conomique des conflits dans la zone sah\u00e9lienne. Par la mise en \u00e9vidence des liens entre criminalit\u00e9 organis\u00e9e et violence politique, Mesa propose une lecture renouvel\u00e9e et document\u00e9e de la crise malienne. Elle explique la long\u00e9vit\u00e9 des conflits sah\u00e9liens en d\u00e9pit des interventions internationales et des processus de paix engag\u00e9s. L\u2019auteure affirme ainsi que \u00ab\u2009les causes du conflit et leur perp\u00e9tuation sont n\u00e9es de la revendication politique pour glisser plus tard vers le facteur \u00e9conomique comme force motrice\u2009\u00bb (p.&nbsp;38).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, il convient de ne pas perdre de vue les facteurs id\u00e9ologiques et religieux dans la mobilisation des combattants, y compris dans la prolongation du conflit (l\u00e0 o\u00f9, selon Mesa, le facteur \u00e9conomique devient pr\u00e9pond\u00e9rant). Les discours jihadistes jouent, en effet, un r\u00f4le d\u00e9terminant dans la l\u00e9gitimation de la violence et dans la construction des identit\u00e9s militantes. De plus, l\u2019ouvrage accorde une attention relativement limit\u00e9e aux strat\u00e9gies des populations civiles face \u00e0 la violence et aux transformations locales de la gouvernance, \u00e0 l\u2019instar des initiatives port\u00e9es par des organisations telles que le groupe de r\u00e9flexion Think Peace Sahel au Mali. Ces dimensions pourraient enrichir l\u2019appr\u00e9hension des m\u00e9canismes de r\u00e9silience sociale dans les zones de conflit.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le Sahel&nbsp;: Tribus, Jihad et Trafics <\/em>\u00e9claire le r\u00f4le structurant de l\u2019\u00e9conomie criminelle dans la dynamique des groupes arm\u00e9s. L\u2019essai propose des perspectives analytiques originales pour comprendre les dynamiques de violence dans la zone sah\u00e9lienne et ouvre des pistes de r\u00e9flexion pour les recherches sur les conflits arm\u00e9s, la gouvernance s\u00e9curitaire et les restructurations g\u00e9opolitiques africaines, au-del\u00e0 du seul cas sah\u00e9lien.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":24684,"template":"","meta":[],"series-categories":[1007],"cat-articles":[1077],"keywords":[],"ppma_author":[1073],"class_list":["post-24685","series-issues","type-series-issues","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","series-categories-numero-13","cat-articles-recensions","author-ndeye-khady-diop"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Entre jihad, territoires et \u00e9conomie criminelle\u00a0: repenser les conflits sah\u00e9liens | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-13\/between-jihad-territory-and-criminal-economy-rethinking-conflicts-in-the-sahel\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Entre jihad, territoires et \u00e9conomie criminelle\u00a0: repenser les conflits sah\u00e9liens | Global Africa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Recension de&nbsp;: Mesa, B. (2024). Le Sahel&nbsp;: tribus, jihad et trafics. La Crois\u00e9e des Chemins. Introduction Les mutations des conflits arm\u00e9s au Sahel, conjugu\u00e9es \u00e0 l\u2019incapacit\u00e9 des arm\u00e9es nationales et internationales \u00e0 les r\u00e9gler, ont suscit\u00e9, depuis quelques ann\u00e9es, un int\u00e9r\u00eat croissant dans la litt\u00e9rature acad\u00e9mique. La prolif\u00e9ration des groupes arm\u00e9s, l\u2019amplification des violences et la fragilisation des institutions \u00e9tatiques ont pouss\u00e9 de nombreux chercheurs \u00e0 analyser les causes et l\u2019\u00e9volution de l\u2019instabilit\u00e9 dans la r\u00e9gion (Olivier de Sardan, 2023\u2009; Sambou, 2021). L\u2019essai de Beatriz Mesa, Le Sahel&nbsp;: tribus, jihad et trafics, contribue \u00e0 renouveler l\u2019\u00e9tude des dynamiques conflictuelles dans le nord du Mali en mettant en exergue le r\u00f4le structurant de l\u2019\u00e9conomie criminelle. Beatriz Mesa est une chercheure sp\u00e9cialis\u00e9e dans les questions de s\u00e9curit\u00e9 internationale, de violence, de conflits et de s\u00e9curit\u00e9 en Afrique de l\u2019Ouest et au Sahel. Elle est actuellement professeure associ\u00e9e au Coll\u00e8ge des sciences sociales de l\u2019Universit\u00e9 internationale de Rabat (UIR) et rattach\u00e9e au Center for Global Studies, ainsi qu\u2019au Laboratoire d\u2019analyse des soci\u00e9t\u00e9s et pouvoirs\/Afrique-Diasporas (Laspad), au S\u00e9n\u00e9gal. Publi\u00e9 en 2024, Le Sahel est une monographie consacr\u00e9e aux mutations des groupes arm\u00e9s au Mali et dans la r\u00e9gion sah\u00e9lienne. L\u2019ouvrage se fonde sur une analyse politique et strat\u00e9gique du conflit et propose une lecture multidimensionnelle des dynamiques de violence. Il s\u2019inscrit dans une litt\u00e9rature croissante qui \u00e9tudie les conflits africains \u00e0 partir des interactions entre \u00e9conomie politique, gouvernance et s\u00e9curit\u00e9 (Diariso, 2019\u2009; Kohnert, 2022). Mesa d\u00e9passe les approches traditionnelles qui analysent les violences sah\u00e9liennes exclusivement \u00e0 travers l\u2019id\u00e9ologie jihadiste ou les revendications identitaires (Centre pour le dialogue humanitaire, 2016\u2009; Amselle, 2022). Elle d\u00e9montre que l\u2019expansion des groupes arm\u00e9s au Sahel proc\u00e8de de la d\u00e9stabilisation des \u00e9conomies locales, de la marginalisation des populations et de l\u2019extension des trafics illicites transnationaux. Tout en inscrivant ses travaux dans le sillage de Paul Collier, Mesa apporte une nuance fondamentale quant \u00e0 l\u2019application de sa th\u00e9orie de l\u2019\u00ab\u2009avidit\u00e9\u2009\u00bb (greed) des combattants dans le contexte sah\u00e9lien. Bien qu\u2019elle s\u2019accorde avec Collier sur la dimension \u00e9conomique pr\u00e9pond\u00e9rante des conflits, Mesa conteste l\u2019id\u00e9e que ce facteur soit la cause premi\u00e8re de la crise au Mali. Contrairement aux th\u00e8ses \u00e9conomicistes strictes qui placent l\u2019app\u00e2t du gain \u00e0 l\u2019origine de la r\u00e9bellion, Mesa affirme que le param\u00e8tre \u00e9conomique n\u2019appara\u00eet qu\u2019\u00e0 un stade plus avanc\u00e9. Elle souligne que les racines de l\u2019insurrection au Mali, qu\u2019elles soient s\u00e9cessionnistes ou jihadistes, puisent d\u2019abord dans des\u00a0griefs\u00a0(grievances) tels que l\u2019injustice, la marginalisation ou l\u2019exclusion politique. Toutefois, le recentrage de l\u2019analyse sur la dimension \u00e9conomique n&rsquo;est pas arbitraire. Il repose sur des observations empiriques, qui soulignent que les griefs n\u2019expliquent ni la structuration, ni la durabilit\u00e9 du conflit. Ces recherches montrent que l\u2019id\u00e9ologie religieuse n\u2019est pas la pierre angulaire du conflit, mais une variable qui s\u2019adapte \u00e0 une \u00ab \u00e9conomie de la terreur \u00bb (p. 115) extr\u00eamement lucrative. Derri\u00e8re le drapeau noir, l\u2019enjeu r\u00e9el est le contr\u00f4le territorial des routes de transit (drogues, armes, otages).\u00a0 L\u2019ouvrage s\u2019int\u00e8gre aussi dans les \u00e9tudes contemporaines sur les transformations des espaces africains sous l\u2019effet de la mondialisation (Howard, 2021). En mettant en exergue les interactions entre conflits locaux et r\u00e9seaux criminels transnationaux, Beatriz Mesa montre comment les transformations sah\u00e9liennes s\u2019inscrivent dans des logiques globales. 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Mesa affirme notamment que \u00ab\u2009la guerre peut aussi se comprendre comme un moyen de production \u00e9conomique\u2009\u00bb (p.&nbsp;35). Cette th\u00e8se fait r\u00e9f\u00e9rence aux travaux sur les \u00e9conomies de guerre et sur les conflits prolong\u00e9s dans les \u00c9tats fragiles (Amou, 2021\u2009; GafiAFI, 2023\u2009; Gaye, 2017). La premi\u00e8re partie de l\u2019ouvrage explore les racines historiques des conflits au nord du Mali. Elle met en \u00e9vidence l\u2019importance des conflits intertribaux, des h\u00e9ritages coloniaux et des mutations politiques r\u00e9gionales dans la structuration des violences. Mesa insiste sur le fait que \u00ab\u2009l\u2019\u00e9quation tribu, pouvoir et contr\u00f4le \u00e9conomique et territorial est fondamentale pour comprendre la dynamique de la violence dans le nord du Mali\u2009\u00bb (p.&nbsp;66). \u00c0 la lumi\u00e8re de cette premi\u00e8re analyse, il appara\u00eet que les conflits au nord du Mali ne peuvent \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9s uniquement \u00e0 travers des grilles de lecture exclusivement id\u00e9ologiques, identitaires ou strat\u00e9giques. Mesa met en \u00e9vidence l\u2019imbrication progressive de logiques politiques, \u00e9conomiques et criminelles qui transforment la nature de la violence arm\u00e9e. Si les revendications initiales des r\u00e9bellions touar\u00e8gues s\u2019ancrent dans des frustrations historiques et politiques, leur \u00e9volution r\u00e9v\u00e8le une centralit\u00e9 croissante des dynamiques \u00e9conomiques li\u00e9es au contr\u00f4le des territoires et des routes de trafic. Parall\u00e8lement, l\u2019implantation du jihadisme dans la r\u00e9gion proc\u00e8de de ces m\u00eames logiques d\u2019opportunit\u00e9, o\u00f9 les alliances locales, les rivalit\u00e9s internes et la qu\u00eate de ressources jouent un r\u00f4le d\u00e9terminant. Ainsi, loin d\u2019\u00eatre exclusivement id\u00e9ologiques, les conflits sah\u00e9liens apparaissent comme des configurations hybrides o\u00f9 s\u2019entrem\u00ealent revendications politiques, strat\u00e9gies de pouvoir et \u00e9conomies criminelles. 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(2024). Le Sahel&nbsp;: tribus, jihad et trafics. La Crois\u00e9e des Chemins. Introduction Les mutations des conflits arm\u00e9s au Sahel, conjugu\u00e9es \u00e0 l\u2019incapacit\u00e9 des arm\u00e9es nationales et internationales \u00e0 les r\u00e9gler, ont suscit\u00e9, depuis quelques ann\u00e9es, un int\u00e9r\u00eat croissant dans la litt\u00e9rature acad\u00e9mique. La prolif\u00e9ration des groupes arm\u00e9s, l\u2019amplification des violences et la fragilisation des institutions \u00e9tatiques ont pouss\u00e9 de nombreux chercheurs \u00e0 analyser les causes et l\u2019\u00e9volution de l\u2019instabilit\u00e9 dans la r\u00e9gion (Olivier de Sardan, 2023\u2009; Sambou, 2021). L\u2019essai de Beatriz Mesa, Le Sahel&nbsp;: tribus, jihad et trafics, contribue \u00e0 renouveler l\u2019\u00e9tude des dynamiques conflictuelles dans le nord du Mali en mettant en exergue le r\u00f4le structurant de l\u2019\u00e9conomie criminelle. Beatriz Mesa est une chercheure sp\u00e9cialis\u00e9e dans les questions de s\u00e9curit\u00e9 internationale, de violence, de conflits et de s\u00e9curit\u00e9 en Afrique de l\u2019Ouest et au Sahel. Elle est actuellement professeure associ\u00e9e au Coll\u00e8ge des sciences sociales de l\u2019Universit\u00e9 internationale de Rabat (UIR) et rattach\u00e9e au Center for Global Studies, ainsi qu\u2019au Laboratoire d\u2019analyse des soci\u00e9t\u00e9s et pouvoirs\/Afrique-Diasporas (Laspad), au S\u00e9n\u00e9gal. Publi\u00e9 en 2024, Le Sahel est une monographie consacr\u00e9e aux mutations des groupes arm\u00e9s au Mali et dans la r\u00e9gion sah\u00e9lienne. L\u2019ouvrage se fonde sur une analyse politique et strat\u00e9gique du conflit et propose une lecture multidimensionnelle des dynamiques de violence. Il s\u2019inscrit dans une litt\u00e9rature croissante qui \u00e9tudie les conflits africains \u00e0 partir des interactions entre \u00e9conomie politique, gouvernance et s\u00e9curit\u00e9 (Diariso, 2019\u2009; Kohnert, 2022). Mesa d\u00e9passe les approches traditionnelles qui analysent les violences sah\u00e9liennes exclusivement \u00e0 travers l\u2019id\u00e9ologie jihadiste ou les revendications identitaires (Centre pour le dialogue humanitaire, 2016\u2009; Amselle, 2022). Elle d\u00e9montre que l\u2019expansion des groupes arm\u00e9s au Sahel proc\u00e8de de la d\u00e9stabilisation des \u00e9conomies locales, de la marginalisation des populations et de l\u2019extension des trafics illicites transnationaux. Tout en inscrivant ses travaux dans le sillage de Paul Collier, Mesa apporte une nuance fondamentale quant \u00e0 l\u2019application de sa th\u00e9orie de l\u2019\u00ab\u2009avidit\u00e9\u2009\u00bb (greed) des combattants dans le contexte sah\u00e9lien. Bien qu\u2019elle s\u2019accorde avec Collier sur la dimension \u00e9conomique pr\u00e9pond\u00e9rante des conflits, Mesa conteste l\u2019id\u00e9e que ce facteur soit la cause premi\u00e8re de la crise au Mali. Contrairement aux th\u00e8ses \u00e9conomicistes strictes qui placent l\u2019app\u00e2t du gain \u00e0 l\u2019origine de la r\u00e9bellion, Mesa affirme que le param\u00e8tre \u00e9conomique n\u2019appara\u00eet qu\u2019\u00e0 un stade plus avanc\u00e9. Elle souligne que les racines de l\u2019insurrection au Mali, qu\u2019elles soient s\u00e9cessionnistes ou jihadistes, puisent d\u2019abord dans des\u00a0griefs\u00a0(grievances) tels que l\u2019injustice, la marginalisation ou l\u2019exclusion politique. Toutefois, le recentrage de l\u2019analyse sur la dimension \u00e9conomique n&rsquo;est pas arbitraire. Il repose sur des observations empiriques, qui soulignent que les griefs n\u2019expliquent ni la structuration, ni la durabilit\u00e9 du conflit. 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La zone sah\u00e9lienne appara\u00eet d\u00e8s lors comme un espace o\u00f9 se croisent des acteurs multiples (groupes arm\u00e9s, \u00c9tats, organisations internationales et r\u00e9seaux criminels), dont les connexions red\u00e9finissent les rapports de pouvoir \u00e0 l\u2019\u00e9chelle r\u00e9gionale et mondiale. Le mat\u00e9riau empirique de l\u2019\u00e9tude men\u00e9e par Beatriz Mesa repose sur une enqu\u00eate de terrain de longue dur\u00e9e, men\u00e9e entre 2009 et 2020, au Maroc, en Mauritanie et au Mali. Cette enqu\u00eate est structur\u00e9e autour d\u2019entretiens avec une grande diversit\u00e9 d\u2019acteurs impliqu\u00e9s dans le conflit malien : autorit\u00e9s traditionnelles et coutumi\u00e8res, combattants issus de mouvements s\u00e9cessionnistes et de groupes djihadistes, responsables politiques et s\u00e9curitaires, victimes directes du conflit. 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Mesa insiste sur le fait que \u00ab\u2009l\u2019\u00e9quation tribu, pouvoir et contr\u00f4le \u00e9conomique et territorial est fondamentale pour comprendre la dynamique de la violence dans le nord du Mali\u2009\u00bb (p.&nbsp;66). \u00c0 la lumi\u00e8re de cette premi\u00e8re analyse, il appara\u00eet que les conflits au nord du Mali ne peuvent \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9s uniquement \u00e0 travers des grilles de lecture exclusivement id\u00e9ologiques, identitaires ou strat\u00e9giques. Mesa met en \u00e9vidence l\u2019imbrication progressive de logiques politiques, \u00e9conomiques et criminelles qui transforment la nature de la violence arm\u00e9e. Si les revendications initiales des r\u00e9bellions touar\u00e8gues s\u2019ancrent dans des frustrations historiques et politiques, leur \u00e9volution r\u00e9v\u00e8le une centralit\u00e9 croissante des dynamiques \u00e9conomiques li\u00e9es au contr\u00f4le des territoires et des routes de trafic. Parall\u00e8lement, l\u2019implantation du jihadisme dans la r\u00e9gion proc\u00e8de de ces m\u00eames logiques d\u2019opportunit\u00e9, o\u00f9 les alliances locales, les rivalit\u00e9s internes et la qu\u00eate de ressources jouent un r\u00f4le d\u00e9terminant. Ainsi, loin d\u2019\u00eatre exclusivement id\u00e9ologiques, les conflits sah\u00e9liens apparaissent comme des configurations hybrides o\u00f9 s\u2019entrem\u00ealent revendications politiques, strat\u00e9gies de pouvoir et \u00e9conomies criminelles. 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