{"id":24665,"date":"2026-03-20T07:35:54","date_gmt":"2026-03-20T07:35:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/series-issues\/collaborators-patriots-and-resistance-wolaita-womens-struggle-against-exclusion-under-repressive-policies-1941-1974\/"},"modified":"2026-04-20T12:47:42","modified_gmt":"2026-04-20T12:47:42","slug":"collaborators-patriots-and-resistance-wolaita-womens-struggle-against-exclusion-under-repressive-policies-1941-1974","status":"publish","type":"series-issues","link":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-13\/collaborators-patriots-and-resistance-wolaita-womens-struggle-against-exclusion-under-repressive-policies-1941-1974\/","title":{"rendered":"Collaboratrices, patriotes et r\u00e9sistantes : la lutte des femmes wolaita contre l\u2019exclusion sous des politiques r\u00e9pressives (1941\u20131974)"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Introduction<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tude porte sur l\u2019histoire de la lutte des femmes wolaita entre 1941 et 1974. L\u2019ann\u00e9e 1941 est retenue comme un tournant dans l\u2019analyse de la lutte des femmes wolaita (1941-1974) en raison de sa co\u00efncidence avec les nouvelles politiques de l\u2019empereur Ha\u00efl\u00e9 S\u00e9lassi\u00e9, lesquelles ont profond\u00e9ment affect\u00e9 la vie socio-\u00e9conomique et politique des femmes (Proclamation, 1942 ; Proclamation, 1944). Ensuite, elle est \u00e9galement associ\u00e9e \u00e0 la consolidation du pouvoir imp\u00e9rial dans le Wolaita, une r\u00e9gion qui n\u2019\u00e9tait pas effectivement contr\u00f4l\u00e9e par le gouvernement \u00e9thiopien avant l\u2019occupation italienne (1936-1941) (Hodson, 1927, pp. 26-30 ; Stingand, 1910, pp.\u00a0297-298). Le principal \u00e9v\u00e9nement historique ayant conduit au choix de 1974 comme point de r\u00e9f\u00e9rence pour cette \u00e9tude est sa co\u00efncidence avec la chute du syst\u00e8me imp\u00e9rial. \u00c0 la suite de la lib\u00e9ration de l\u2019\u00c9thiopie de la domination coloniale italienne en 1941, l\u2019empereur Ha\u00efl\u00e9 S\u00e9lassi\u00e9 a initi\u00e9 diverses r\u00e9formes socio-\u00e9conomiques et politiques visant \u00e0 moderniser le pays en fonction des r\u00e9alit\u00e9s nationales et internationales de l\u2019\u00e9poque (Zewde, 2002, pp. 189-209).<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, la situation post-lib\u00e9ration dans le Wolaita, l\u2019une des r\u00e9gions p\u00e9riph\u00e9riques du sud de l\u2019\u00c9thiopie, \u00e9tait nettement diff\u00e9rente de la p\u00e9riode d\u2019avant 1936, notamment en termes de stabilit\u00e9 politique, d\u2019interactions culturelles et de transitions \u00e9conomiques. L\u2019anarchie qui a \u00e9merg\u00e9 apr\u00e8s la d\u00e9faite des forces fascistes italiennes a cr\u00e9\u00e9 un vide n\u00e9cessitant une r\u00e9organisation administrative rapide afin de prot\u00e9ger \u00e0 la fois les expatri\u00e9s et les populations locales contre la mont\u00e9e des menaces criminelles (ASZWAO, 1951 E.C. ; Pankhurst, 1968, p. 102). Durant l\u2019occupation italienne (1936-1941), le Wolaita avait \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9 comme l\u2019une des huit principales zones de production agricole commerciale ayant attir\u00e9 des agro-entrepreneurs italiens, conduisant \u00e0 l\u2019introduction initiale de l\u2019agriculture m\u00e9canis\u00e9e. Bien que l\u2019agriculture de subsistance soit rest\u00e9e dominante, les bases de l\u2019agriculture commerciale et de la marchandisation des terres avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 pos\u00e9es (ASZWAO, 1963 E.C. ; Larebo, 1990, p. 318 ; Marcus, 1994, pp. 150-151 ; WMMAC, 1950 E.C.).<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 ces transformations \u00e9conomiques, la soci\u00e9t\u00e9 wolaita est rest\u00e9e largement d\u00e9favoris\u00e9e dans tous les aspects de la vie \u00e9conomique, politique et sociale. N\u00e9anmoins, l\u2019exposition \u00e0 des acteurs \u00e9trangers, des missionnaires, des combattants antifascistes, des administrateurs coloniaux et des commer\u00e7ants a introduit de nouvelles id\u00e9es sociales et des perspectives globales dans la r\u00e9gion. Les alli\u00e9s internationaux de l\u2019\u00c9thiopie, en particulier la Grande-Bretagne, ont exerc\u00e9 une pression sur l\u2019empereur afin de prot\u00e9ger les droits religieux protestants, mais les droits des femmes \u00e9taient remarquablement absents de l\u2019agenda diplomatique (Banque mondiale, 1948, pp. 57-58 ; Donham, 1986, p. 45 ; Pankhurst, 1968, p.&nbsp;96 ; Proclamation, 1942&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; ). Les r\u00e9formes d\u2019apr\u00e8s-guerre de Ha\u00efl\u00e9 S\u00e9lassi\u00e9 ont largement n\u00e9glig\u00e9 les besoins socio-\u00e9conomiques sp\u00e9cifiques des femmes wolaita ordinaires, malgr\u00e9 leur participation active \u00e0 la r\u00e9sistance contre l\u2019occupation italienne. Les r\u00e9formes fonci\u00e8res imp\u00e9riales des ann\u00e9es 1940 et 1950 n\u2019ont gu\u00e8re permis de remettre en cause ou de corriger les profondes in\u00e9galit\u00e9s de genre (Babanto, 1979, pp. 44-46 ; Crummey, 1999, pp. 240-242 ; Guidi, 2013, p. 3). Face \u00e0 ces injustices, les femmes wolaita ont engag\u00e9 diverses formes de r\u00e9sistance, telles que la fuite vers les basses terres pour \u00e9chapper au servage, l\u2019organisation de manifestations protestataires et, occasionnellement, la participation \u00e0 des actes de d\u00e9fiance ouverte. Les raisons de ces luttes \u00e9taient multiples, influenc\u00e9es par les lois coutumi\u00e8res, l\u2019\u00e9volution des politiques \u00e9tatiques et les transformations des attentes sociales. Les revendications li\u00e9es \u00e0 la terre, en particulier celles excluant les femmes de la propri\u00e9t\u00e9 et de l\u2019h\u00e9ritage, constituaient un \u00e9l\u00e9ment central du mouvement des femmes \u00e0 l\u2019\u00e9poque imp\u00e9riale (Berhane-Selassie, 1999, p. 222).<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, les interpr\u00e9tations historiographiques des strat\u00e9gies de r\u00e9sistance des femmes wolaita demeurent divis\u00e9es. Certains chercheurs, comme Chema, soutiennent que les femmes wolaita s\u2019opposaient uniform\u00e9ment aux r\u00e9formes imp\u00e9riales (Chema, 2012, p. 435), tandis que d\u2019autres, comme Bisrat Lema, avancent que des formes de collaboration avec les acteurs \u00e9tatiques et les missionnaires \u00e9taient \u00e9galement pr\u00e9sentes (Lema, 2011, p. 32). Une telle divergence historiographique souligne la n\u00e9cessit\u00e9 de reconstruire l\u2019agentivit\u00e9 historique des femmes en int\u00e9grant \u00e0 la fois les dynamiques de r\u00e9sistance et les alliances strat\u00e9giques (Philps, 2005, p. 25).<\/p>\n\n\n\n<p>En cons\u00e9quence, cette \u00e9tude remet en question les r\u00e9cits dominants qui d\u00e9peignent les femmes wolaita uniquement comme des victimes ou des adversaires. Elle vise plut\u00f4t \u00e0 explorer les dynamiques nuanc\u00e9es de leur r\u00e9sistance et de leur coop\u00e9ration avec le gouvernement, les institutions religieuses et les groupes politiques entre 1941 et 1974. Elle examine des questions essentielles concernant la participation politique des femmes wolaita, leur r\u00e9action aux syst\u00e8mes fonciers discriminatoires fond\u00e9s sur le genre, l\u2019impact socioculturel de l\u2019\u00e9ducation moderne, ainsi que les motivations ayant conduit \u00e0 relier les r\u00e9sistances locales aux mouvements de lib\u00e9ration nationale \u00e0 partir des ann\u00e9es 1960.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>M\u00e9thodologie de recherche<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9tude a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e dans la zone de Wolaita, au sud de l\u2019\u00c9thiopie. Elle compte plus de 2&nbsp;030&nbsp;366 habitants, incluant des femmes et des hommes (Abbink, 2010, p. 1092 ; Central Statistics Authority, 2016 ; Dana et al., 2020, p. 7). Sur le plan g\u00e9ographique, la zone de Wolaita, terre d\u2019origine du peuple wolaita, est situ\u00e9e entre les latitudes 06\u00b051\u2032 et 07\u00b035\u2032 nord, et les longitudes 37\u00b051\u2032 et 38\u00b051\u2032 est (Haile, 2018, p. 4).<\/p>\n\n\n\n<p>Le terme Wolaita d\u00e9signe les personnes qui parlent la langue wolaita, appartenant au groupe des langues omotiques, lui-m\u00eame rattach\u00e9 \u00e0 la famille afro-asiatique (Abesha &amp; Mohapatra, 2019, p. 554). Dans une autre acception, le terme renvoie \u00e9galement au territoire o\u00f9 vit le peuple wolaita. La position du Wolaita sur la carte de la Corne de l\u2019Afrique a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment identifi\u00e9e par Alessandro Zorzi et d\u2019autres d\u00e8s 1525 (Borelli, 1890, p. 361 ; Chrowford, 1955, p. 95 ; Krapf, 1860, p. 47). Le peuple wolaita a \u00e9t\u00e9 gouvern\u00e9 par les dynasties Aruja, Wolaiyta Malla et Tigre Malla depuis l\u2019Antiquit\u00e9 (Amado, 2010, pp.\u00a0104-109). Enfin, le royaume de Wolaita a \u00e9t\u00e9 transform\u00e9 en royaume vassal en 1894 sous le r\u00e8gne du roi Tona (Bureau, 1990, pp. 51-53).<\/p>\n\n\n\n<p>Comme dans la plupart des soci\u00e9t\u00e9s africaines, la soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle wolaita \u00e9tait structur\u00e9e par le patriarcat, dans lequel les int\u00e9r\u00eats sociaux, \u00e9conomiques et politiques des hommes \u00e9taient privil\u00e9gi\u00e9s (Chiatti, 1984, p. 108). La soci\u00e9t\u00e9 valorisait la naissance des gar\u00e7ons en raison de leur r\u00f4le dans la d\u00e9fense de la communaut\u00e9 contre les ennemis traditionnels. Il \u00e9tait admis que la pr\u00e9dominance croissante des guerriers (h\u00e9ros) conduisait les hommes \u00e0 consid\u00e9rer les femmes comme des \u00eatres inf\u00e9rieurs (Babanto, 1979, pp. 44\u201346 ; Chiatti, 1984, p. 108 ; Crummey, 1999, pp. 240\u2013242 ; Guidi, 2013, p. 3).<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, la soci\u00e9t\u00e9 wolaita pr\u00e9coloniale est parvenue \u00e0 r\u00e9duire la discrimination \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes gr\u00e2ce \u00e0 des institutions de genre parall\u00e8les. Celles-ci comprenaient Ayyatetta (valorisation de la maternit\u00e9), Gimuwwa (droits de propri\u00e9t\u00e9 des femmes) et \u00c7imatta (union de socialisation f\u00e9minine), qui correspondaient respectivement aux institutions masculines telles qu\u2019&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Awatetta (valorisation de la paternit\u00e9), Dala (droits de propri\u00e9t\u00e9) et \u00c7a\u00e7\u00e7a (unions d\u2019amiti\u00e9) (Abbink, 2010, p. 1091 ; Hidoto, 2009, p. 168).<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s l\u2019int\u00e9gration du Wolaita \u00e0 l\u2019\u00c9thiopie en 1894, l\u2019importance de ces institutions parall\u00e8les li\u00e9es au genre a d\u00e9clin\u00e9 en raison du manque de soutien structurel de l\u2019\u00c9tat. N\u00e9anmoins, les femmes wolaita ont continu\u00e9 \u00e0 pratiquer ces institutions de mani\u00e8re informelle, en raison du contr\u00f4le administratif limit\u00e9 sur la r\u00e9gion et du d\u00e9sordre colonial qui en a r\u00e9sult\u00e9, jusqu\u2019en 1941.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s cette p\u00e9riode, Ha\u00efl\u00e9 S\u00e9lassi\u00e9 a initi\u00e9 des r\u00e9formes interdisant les institutions indig\u00e8nes, ce qui a marqu\u00e9 une transition vers un syst\u00e8me patriarcal plus restrictif (ASZWAO, 1935a E.C. ; ASZWAO, 1935b E.C.). Dans ce nouveau cadre politique, les femmes wolaita ont \u00e9t\u00e9 soumises non seulement au patriarcat traditionnel, mais \u00e9galement aux structures oppressives de l\u2019\u00c9tat imp\u00e9rial. La th\u00e9orie f\u00e9ministe d\u00e9coloniale soutient que les sch\u00e9mas coloniaux de marginalisation fond\u00e9e sur le genre n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9mantel\u00e9s apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance ; ils ont plut\u00f4t \u00e9t\u00e9 reproduits et renforc\u00e9s par les structures \u00e9tatiques patriarcales postind\u00e9pendance (Musingafi &amp; Musingafi, 2024, p. 2).<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"977\" height=\"647\" src=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/EN-IMAGE-1-YIman-ISSUE-13.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-24667\" style=\"aspect-ratio:1.5100572170117383;width:592px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/EN-IMAGE-1-YIman-ISSUE-13.png 977w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/EN-IMAGE-1-YIman-ISSUE-13-300x199.png 300w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/EN-IMAGE-1-YIman-ISSUE-13-768x509.png 768w\" sizes=\"(max-width: 977px) 100vw, 977px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Carte 1 : Carte officielle de la zone de Wolaita dans l\u2019\u00c9tat r\u00e9gional du sud de l\u2019\u00c9thiopie<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Source : &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.researchgate.net\/figure\/Map-of-Wolayta-zone_fig1_331631333\">https:\/\/www.researchgate.net\/figure\/Map-of-Wolayta-zone_fig1_331631333<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Une m\u00e9thodologie de recherche historique a \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9e, combinant des approches analytiques et narratives afin de comprendre et d\u2019interpr\u00e9ter les exp\u00e9riences v\u00e9cues des femmes wolaita (Ali, 1991, p. 93 ; Borg &amp; Gall, 1967, p. 188 ; Sandhiya, 2016, p. 36). Compte tenu de la large dispersion de la population \u00e0 travers douze districts, un \u00e9chantillonnage raisonn\u00e9 a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 pour s\u00e9lectionner quatre informatrices et quatre informateurs, issus de divers groupes : paysans ruraux, enseignants urbains, agents de d\u00e9veloppement, commer\u00e7ants et v\u00e9t\u00e9rans (Kothari, 2004, p. 59 ; McDowell, 2002, p. 91).<\/p>\n\n\n\n<p>Les donn\u00e9es qualitatives ont \u00e9t\u00e9 collect\u00e9es \u00e0 travers des entretiens approfondis, des t\u00e9moignages oraux et l\u2019analyse d\u2019archives (McDowell, 2002, pp. 114-115 ; Tosh, 2010, pp.\u00a0120-121). La m\u00e9thode analytique a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e pour interpr\u00e9ter les relations causales, telles que l\u2019ali\u00e9nation fonci\u00e8re, le travail forc\u00e9 et la domination culturelle, qui ont contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de la r\u00e9sistance men\u00e9e par les femmes. Parall\u00e8lement, la m\u00e9thode narrative a permis de reconstituer les trajectoires de vie, les \u00e9v\u00e9nements significatifs et l\u2019\u00e9volution globale du r\u00f4le des femmes durant l\u2019\u00e8re imp\u00e9riale. Cette approche combin\u00e9e a permis une compr\u00e9hension plus nuanc\u00e9e tant des influences structurelles que de l\u2019action individuelle dans la lutte historique des femmes de Wolaita (Tosh, 2010, pp. 157-158).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Principaux r\u00e9sultats et discussion<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>R\u00e9formes post-lib\u00e9ration et marginalisation des femmes<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>La d\u00e9faite du fascisme italien en \u00c9thiopie a r\u00e9sult\u00e9 d\u2019une large coalition antifasciste compos\u00e9e de patriotes \u00e9thiopiens, des forces militaires britanniques et de volontaires africains. Cette victoire a consid\u00e9rablement renforc\u00e9 l\u2019autorit\u00e9 politique de l\u2019empereur Ha\u00efl\u00e9 S\u00e9lassi\u00e9, pr\u00e9sentant son pouvoir comme souverain et incontestable dans l\u2019\u00c9thiopie nouvellement lib\u00e9r\u00e9e, y compris dans la r\u00e9gion du Wolaita. Apr\u00e8s le d\u00e9mant\u00e8lement du syst\u00e8me administratif italien, largement per\u00e7u comme un symbole de domination coloniale, Ha\u00efl\u00e9 S\u00e9lassi\u00e9 chercha \u00e0 reconstruire un \u00c9tat bureaucratique centralis\u00e9 et moderne, une vision qu\u2019il nourrissait depuis les ann\u00e9es 1930. Sa conception de la gouvernance allait au-del\u00e0 de la restauration de la paix et de la stabilit\u00e9 ; elle visait \u00e0 d\u00e9manteler le pouvoir enracin\u00e9 des seigneurs r\u00e9gionaux et \u00e0 le remplacer par une autorit\u00e9 imp\u00e9riale directe (Zewde, 2002, p.\u00a0203).<\/p>\n\n\n\n<p>Au lendemain de la lib\u00e9ration, Ha\u00efl\u00e9 S\u00e9lassi\u00e9 r\u00e9organisa l\u2019administration locale en \u00e9tablissant le Wolaita <em>w\u00e4r\u00e4da<\/em> (district) au sein du sidamo <em>awuraja<\/em> (sous-province) plus large (ASZWAO, 1935b E.C.). Toutefois, reconnaissant l\u2019impraticabilit\u00e9 de g\u00e9rer une population croissante et diversifi\u00e9e \u00e0 partir d\u2019un seul centre administratif, l\u2019empereur \u00e9leva le Wolaita au rang d\u2019<em>awuraja<\/em> \u00e0 part enti\u00e8re en 1946 (Haile, 2018, p. 67 ; WMMAC, 1950 E.C.). Ce changement traduisait la volont\u00e9 du gouvernement central d\u2019une p\u00e9n\u00e9tration plus profonde des r\u00e9gions p\u00e9riph\u00e9riques. Plusieurs d\u00e9partements minist\u00e9riels, notamment ceux de la police, des finances et de la justice, furent \u00e9tablis \u00e0 Soddo, qui avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9e comme centre administratif de l\u2019<em>awuraja<\/em> (Abbink, 2010, p. 1092 ; Guidi, 2024, p. 289 ; WMMAC, 1938 E.C.). Par ailleurs, de nombreux postes de police furent construits le long des zones frontali\u00e8res instables entre Wolaita, Sidama et Gamo afin de contenir les tensions ethniques et le banditisme (ASZWAO, 1963 E.C.).<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 ces changements structurels, l\u2019administration imp\u00e9riale privil\u00e9gia la consolidation politique au d\u00e9triment d\u2019une construction nationale inclusive. Bien que de nombreux \u00c9thiopiens aient contribu\u00e9 \u00e0 la r\u00e9sistance antifasciste, y compris de nombreuses femmes, les nominations d\u2019apr\u00e8s-guerre furent exclusivement masculines. Ha\u00efl\u00e9 S\u00e9lassi\u00e9 nomma uniquement des patriotes masculins, principalement issus du nord de l\u2019\u00c9thiopie, aux postes administratifs cl\u00e9s aux niveaux de l\u2019<em>awuraja<\/em> et du <em>w\u00e4r\u00e4da<\/em>. Ce monopole masculin du pouvoir institutionnalisa l\u2019in\u00e9galit\u00e9 de genre, excluant les femmes de la gouvernance formelle. La contribution des femmes du Wolaita durant la lutte de lib\u00e9ration fut d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment ignor\u00e9e, alors que la m\u00eame contribution fut reconnue ailleurs. De fait, les femmes rest\u00e8rent absentes des principales institutions politiques telles que le Parlement et les minist\u00e8res (Chema, 2012, p. 144 ; Guidi, 2013, p. 3 ; WMMAC, 1945 E.C. ; Zewde, 2002, p. 195). Cette exclusion ne r\u00e9sultait pas uniquement du patriarcat syst\u00e9mique, mais \u00e9galement de repr\u00e9sentations culturelles dominantes consid\u00e9rant les femmes comme intrins\u00e8quement inf\u00e9rieures aux hommes (Fargher, 1996, p. 162 ; Levine, 1974, p. 52). Yonas (2012) d\u00e9crit la marginalisation fond\u00e9e sur le genre qui pr\u00e9valait \u00e0 l\u2019\u00e9poque, en observant qu\u2019\u00ab elles (les filles et \u00e9pouses) \u00e9taient d\u00e9valoris\u00e9es et donn\u00e9es en dot aux h\u00e9ros\u2026 \u00bb (p. 396).<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que Ha\u00efl\u00e9 S\u00e9lassi\u00e9 ait th\u00e9oriquement pris en compte le patriotisme plut\u00f4t que le genre dans les nominations administratives \u00e0 travers l\u2019\u00c9thiopie, la pratique devint ethniquement biais\u00e9e dans le Wolaita en raison de l\u2019id\u00e9ologie imp\u00e9riale, qui classait les r\u00e9gions p\u00e9riph\u00e9riques comme \u00ab primitives, sans culture et sans gouvernement efficace \u00bb (Donham, 1986, p. 40). Par exemple, alors que des femmes patriotes <em>areb\u00e4\u00f1o\u010d\u010d <\/em>du centre de l\u2019\u00c9thiopie, telles que Likelesh Beyan, Shewanesh Abera, Qalamawork Tiruneh et Shewareged Gedle, furent r\u00e9compens\u00e9es pour leur contribution durant les cinq ann\u00e9es de r\u00e9sistance arm\u00e9e, les femmes patriotes du Wolaita, comme W\/ro Desta et d\u2019autres, furent marginalis\u00e9es apr\u00e8s la guerre (Gabre Egziabher, 1968, p. 91).<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9formes fonci\u00e8res de Ha\u00efl\u00e9 S\u00e9lassi\u00e9 furent profond\u00e9ment pr\u00e9judiciables aux communaut\u00e9s rurales, en particulier aux femmes. Con\u00e7ues pour remplacer le syst\u00e8me foncier <em>n\u00e4ft\u00e4gna-gabare<\/em> d\u2019avant 1936, ces r\u00e9formes visaient \u00e0 privatiser la terre \u00e0 travers une s\u00e9rie de proclamations et d\u2019impositions fiscales, notamment des taxes fonci\u00e8res, \u00e9ducatives et sanitaires introduites dans les ann\u00e9es 1940 et 1950 (Zewde, 2002, p. 192). Au lieu d\u2019assurer une r\u00e9partition \u00e9quitable des terres, ces r\u00e9formes renforc\u00e8rent le contr\u00f4le des autorit\u00e9s imp\u00e9riales. Les terres furent fr\u00e9quemment redistribu\u00e9es aux colons du nord, \u00e0 l\u2019\u00c9glise orthodoxe et aux \u00e9lites locales loyales \u00e0 l\u2019empereur, d\u00e9pla\u00e7ant ainsi les paysanneries autochtones (WMMAC, 1950 E.C.). Les femmes support\u00e8rent les cons\u00e9quences les plus lourdes, les normes juridiques et culturelles les excluant de la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re. Alors que certaines femmes avaient auparavant acc\u00e8s \u00e0 la terre indirectement via des liens de parent\u00e9 dans des syst\u00e8mes communautaires, ces m\u00e9canismes furent rompus par la privatisation impos\u00e9e par l\u2019\u00c9tat (ASZWAO, 1935a E.C. ; Bekele, 2021, p. 93). En cons\u00e9quence, de nombreuses femmes furent confront\u00e9es au travail forc\u00e9, \u00e0 une fiscalit\u00e9 lourde et \u00e0 la perte de leurs biens. Des lettres adress\u00e9es aux tribunaux ont mis en \u00e9vidence comment les r\u00e9formes fiscales imp\u00e9riales ont entra\u00een\u00e9 des expulsions massives et aggrav\u00e9 la pauvret\u00e9 rurale (ASZWAO, 1951 E.C. ; Banque mondiale, 1977, p. 3 ; Hizkel, 2023, p. 60 ; Rahmato, 2007, p. 8&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; ).<\/p>\n\n\n\n<p>Au Wolaita, des protestations paysannes r\u00e9p\u00e9t\u00e9es \u00e9clat\u00e8rent contre les campagnes de mesure des terres dans les ann\u00e9es 1940 et 1950, refl\u00e9tant une frustration croissante face \u00e0 l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et \u00e0 la marginalisation \u00e9conomique (WMMAC, 1938a E.C. ; WMMAC, 1938b E.C. ; WMMAC, 1939 E.C.). Plut\u00f4t que d\u2019autonomiser les femmes rurales, les politiques fonci\u00e8res de Ha\u00efl\u00e9 S\u00e9lassi\u00e9 visaient principalement \u00e0 r\u00e9compenser ses soutiens politiques et \u00e0 renforcer l\u2019influence symbolique de l\u2019empereur (WMMAC, 1944 E.C. ; WMMAC, 1950 E.C.).<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan culturel, les efforts imp\u00e9riaux d\u2019homog\u00e9n\u00e9isation de l\u2019identit\u00e9 \u00e9thiopienne \u00e0 travers les politiques d\u2019amh\u00e1risation et d\u2019assimilation ont davantage marginalis\u00e9 le peuple wolaita. L\u2019imposition de l\u2019amharique comme seule langue de l\u2019administration, de l\u2019\u00e9ducation et m\u00eame de l\u2019instruction religieuse a effac\u00e9 l\u2019identit\u00e9 culturelle des groupes non amhara (Donham, 1986, p. 11 ; Guidi, 2013, p. 16). Au Wolaita, cette domination linguistique a affaibli les traditions locales et d\u00e9l\u00e9gitim\u00e9 les syst\u00e8mes de savoirs indig\u00e8nes, en particulier ceux transmis par les femmes. Comme le soutient Zebdiwos Chama, l\u2019amh\u00e1risation d\u00e9passait une simple politique linguistique ; elle constituait une forme d\u2019effacement culturel qui niait et d\u00e9valorisait les exp\u00e9riences v\u00e9cues des femmes du Wolaita (Chema, 2012, p. 435 ; Yonas, 2022, p. 402). Cette marginalisation culturelle s\u2019\u00e9tendit aux institutions religieuses, o\u00f9 des directives imp\u00e9riales impos\u00e8rent l\u2019usage de l\u2019amharique m\u00eame dans les contextes missionnaires (Fargher, 1990, pp. 36, 243). Les syst\u00e8mes \u00e9ducatif et juridique marginalis\u00e8rent \u00e9galement ceux qui ne parlaient pas l\u2019amharique, pla\u00e7ant les femmes du Wolaita, d\u00e9j\u00e0 confront\u00e9es \u00e0 des difficult\u00e9s sociales et \u00e9conomiques, dans une situation de d\u00e9savantage significatif (Guidi, 2024, p. 291). \u00c0 partir de 1941, l\u2019usage constant du droit, de l\u2019\u00e9ducation et des m\u00e9dias \u00e9tatiques pour r\u00e9primer les identit\u00e9s locales a ali\u00e9n\u00e9 les communaut\u00e9s p\u00e9riph\u00e9riques et aggrav\u00e9 les in\u00e9galit\u00e9s de genre (Zewde, 2005, p. 140).<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, les r\u00e9formes mises en \u0153uvre apr\u00e8s la lib\u00e9ration sous l\u2019empereur Ha\u00efl\u00e9 S\u00e9lassi\u00e9, bien que pr\u00e9sent\u00e9es comme modernisatrices, n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 inclusives ni \u00e9mancipatrices pour les communaut\u00e9s marginalis\u00e9es, en particulier les femmes du Wolaita. Elles ont plut\u00f4t renforc\u00e9 le contr\u00f4le de l\u2019\u00c9tat, consolid\u00e9 l\u2019autorit\u00e9 patriarcale et accentu\u00e9 les in\u00e9galit\u00e9s sociales et de genre existantes. Malgr\u00e9 leurs sacrifices dans la lutte de r\u00e9sistance, les femmes du Wolaita furent syst\u00e9matiquement exclues de la gouvernance, priv\u00e9es de droits fonciers et soumises \u00e0 un effacement culturel. L\u2019h\u00e9ritage de ces politiques r\u00e9v\u00e8le la profonde contradiction au c\u0153ur de la rh\u00e9torique modernisatrice de l\u2019empereur : une vision de l\u2019unit\u00e9 nationale qui a r\u00e9duit au silence les voix et effac\u00e9 les identit\u00e9s des populations marginalis\u00e9es (Guidi, 2024, p. 73).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Formes de r\u00e9sistance et de collaboration<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Coop\u00e9ration des femmes de l\u2019\u00e9lite avec le gouvernement imp\u00e9rial<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Les femmes de Wolaita r\u00e9agirent aux politiques de l\u2019empereur Ha\u00efl\u00e9 S\u00e9lassi\u00e9 de diverses mani\u00e8res, allant de la coop\u00e9ration \u00e0 la r\u00e9sistance ouverte (Lema, 2011, p. 32). Ces r\u00e9ponses furent fa\u00e7onn\u00e9es par des facteurs tels que la classe sociale et la localisation g\u00e9ographique. Les femmes issues des \u00e9lites qui soutenaient le r\u00e9gime imp\u00e9rial parvinrent \u00e0 obtenir des fonctions administratives et \u00e0 acqu\u00e9rir des droits d\u2019h\u00e9ritage foncier. Ces collaboratrices \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement des filles de notables locaux, de propri\u00e9taires terriens du nord et de familles du clerg\u00e9 orthodoxe ayant adopt\u00e9 la culture amhara et vivant en milieu urbain<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> (Guidi, 2013, p.&nbsp;3). Afin d\u2019int\u00e9grer les \u00e9lites locales dans le syst\u00e8me imp\u00e9rial, le gouvernement cr\u00e9a un nouveau poste administratif appel\u00e9 <em>Ab\u00e4gaze<\/em> (gouverneur de district), occup\u00e9 par des notables choisis, y compris les filles de dignitaires autochtones (ASZWAO, 1935a E.C. ; ASZWAO, 1935b E.C.). Bien que Bisrat Lema note que les descendants de la noblesse h\u00e9r\u00e9ditaire de Wolaita, connus sous le nom de <em>Balabat<\/em>, furent nomm\u00e9s \u00e0 des postes de rang inf\u00e9rieur au sein de l\u2019administration imp\u00e9riale sous ce titre. Parmi eux figuraient des femmes notables telles que Meaza Woldesenbet et Minalush Tantu, qui furent d\u00e9sign\u00e9es comme administratrices locales (Lema, 2011, p. 32).<\/p>\n\n\n\n<p>Un informateur rapporte que ces femmes issues de l\u2019\u00e9lite ne furent pas seulement nomm\u00e9es \u00e0 des postes administratifs, mais obtinrent \u00e9galement le droit d\u2019h\u00e9riter des terres ancestrales, privil\u00e8ges g\u00e9n\u00e9ralement refus\u00e9s \u00e0 la majorit\u00e9 des femmes<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>. Une lettre dat\u00e9e du 1<sup>er<\/sup> <em>Miyazia <\/em>1944 E.C. confirme que Bezunesh Wolde Amanuel informa <em>Fitawurari<\/em> Desta Fiseha qu\u2019elle avait h\u00e9rit\u00e9 des terres de son p\u00e8re, <em>Fitawurari <\/em>(commandant de l\u2019avant-garde) Wolde Amanuel. De m\u00eame, un document de l\u2019\u00c9glise orthodoxe \u00e9thiopienne, dat\u00e9 du 5 <em>Tahisas<\/em> 1964 E.C., adress\u00e9 \u00e0 Girazmach (commandant de l\u2019aile gauche) Tadese Woldeyes, gouverneur du district de Boloso, indique que des femmes comme <em>W\/ro<\/em> Asegedech Frewu d\u00e9tenaient des avantages politiques et \u00e9conomiques consid\u00e9rables malgr\u00e9 les normes de genre dominantes (ASZWAO, 1944 E.C. ; ASZWAO, 1964 E.C.).<\/p>\n\n\n\n<p>Certains chercheurs soutiennent qu\u2019il existait une division nette entre collaborateurs et r\u00e9sistants ruraux, et que les avantages socio-\u00e9conomiques et politiques des collaboratrices \u00e9taient souvent obtenus au d\u00e9triment des int\u00e9r\u00eats communautaires (Balcha, 2016, p. 78). Toutefois, cette interpr\u00e9tation n\u2019est pas enti\u00e8rement pertinente dans le cas de Wolaita. Les femmes de l\u2019\u00e9lite traditionnelle jouaient plut\u00f4t un r\u00f4le d\u2019interm\u00e9diaires entre l\u2019\u00c9tat imp\u00e9rial et les femmes paysannes rurales, plut\u00f4t que d\u2019agents de r\u00e9pression.<\/p>\n\n\n\n<p>Les fonctions occup\u00e9es par ces dignitaires f\u00e9minines, largement per\u00e7ues comme des symboles du statut politique semi-autonome de Wolaita au sein de l\u2019\u00c9tat \u00e9thiopien \u00e9largi, furent \u00e9galement instrumentalis\u00e9es par le gouvernement imp\u00e9rial pour g\u00e9rer et neutraliser l\u2019opposition locale. Dans la mesure o\u00f9 ces femmes \u00e9taient r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es principalement pour les services administratifs, juridiques et s\u00e9curitaires qu\u2019elles assuraient, leur collaboration relevait davantage de la survie sociale et de la m\u00e9diation politique que d\u2019une volont\u00e9 de nuire \u00e0 la r\u00e9sistance rurale ou aux int\u00e9r\u00eats communautaires<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> (Lema, 2011, p. 99).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><em>Confrontation des femmes rurales wolaita face aux r\u00e9formes imp\u00e9riales<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019inverse, les femmes rurales de Wolaita, qui subirent le plus durement les politiques imp\u00e9riales, opt\u00e8rent pour la r\u00e9sistance plut\u00f4t que pour la collaboration. Elles r\u00e9sist\u00e8rent par la migration, la conversion au protestantisme, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation et le soutien aux mouvements nationalistes (Donham, 1986, p. 45 ; Guidi, 2024, p. 89 ; WMMAC, 1941 E.C.). Ces formes de contestation b\u00e9n\u00e9fici\u00e8rent parfois du soutien de certains fonctionnaires imp\u00e9riaux favorables aux r\u00e9formes, tels que Germame Neway, qui occupa le poste de gouverneur de Wolaita en 1958. Conscient que l\u2019in\u00e9galit\u00e9 fonci\u00e8re constituait une source majeure d\u2019exploitation, Neway organisa la distribution de terres publiques gratuites \u00e0 des fermiers locataires cherchant \u00e0 \u00e9chapper au servage f\u00e9odal (Babanto, 1979, p. 41 ; Chema, 2012, pp. 320-321). Cette politique de r\u00e9installation d\u00e9clencha une migration massive des hautes terres vers les zones autour du lac Abaya et de la vall\u00e9e de l\u2019Omo. Un informateur d\u00e9crit comment sa m\u00e8re, <em>W\/ro <\/em>(Mme) Ukune Halala, migra du village de Buge dans le district de Damot Gale vers Abala Faracho dans le district de Humbo en 1959<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> (Haile, 2018, p. 80). De m\u00eame, <em>W\/ro<\/em> Mataf\u00e4 Abota, une veuve originaire de Duguna Fango, s\u2019installa \u00e0 Abala Faracho pour \u00e9chapper \u00e0 l\u2019exploitation des propri\u00e9taires fonciers. Malgr\u00e9 les difficult\u00e9s, notamment la faible productivit\u00e9 des sols de plaine cultiv\u00e9s avec des outils traditionnels, ces femmes ont su s\u2019adapter, en adoptant souvent des techniques de labour \u00e0 traction bovine et&nbsp; en transmettant ces pratiques \u00e0 leurs filles. <em>W\/ro<\/em> Landame Abuye constitue un autre exemple de femme ayant d\u00e9fi\u00e9 \u00e0 la fois les normes f\u00e9odales et les attentes de genre<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que la politique \u00e9ducative de l\u2019empereur, influenc\u00e9e par l\u2019\u00c9glise orthodoxe, ait officiellement soutenu la scolarisation des filles, l\u2019acc\u00e8s en milieu rural demeurait fortement limit\u00e9. Les \u00e9coles \u00e9taient principalement situ\u00e9es dans les centres urbains et servaient surtout les enfants des \u00e9lites ais\u00e9es (ASZWAO, 1949 E.C. ; Banque mondiale, 1948, p. 31 ; Guidi, 2024, p. 81). Selon un rapport gouvernemental de 1961, dans la province de Sidamo (incluant Wolaita), le ratio de scolarisation \u00e9tait de 7 199 gar\u00e7ons pour 1 035 filles dans les \u00e9coles primaires, et de 65 gar\u00e7ons pour 0 fille dans le secondaire (Pankhurst, 1961, p. 67). L\u2019exclusion des femmes rurales, tant par l\u2019\u00c9tat que par l\u2019\u00c9glise, poussa nombre d\u2019entre elles \u00e0 se tourner vers les missions protestantes, qui offraient des alternatives \u00e9ducatives et des opportunit\u00e9s d\u2019\u00e9mancipation (Guidi, 2024, pp. 326-328). Lorsque le syst\u00e8me imp\u00e9rial fut renvers\u00e9 en 1974, un nombre important de femmes rurales protestantes avaient acquis des comp\u00e9tences en alphab\u00e9tisation (Masa, 2023, pp. 139-143). Les missionnaires leur fournirent non seulement une alphab\u00e9tisation de base et une formation professionnelle, mais encourag\u00e8rent \u00e9galement une prise de conscience critique des in\u00e9galit\u00e9s sociales. Comme le souligne Donald Donham, cette \u00e9ducation \u00e0 base communautaire permit aux femmes de contester l\u2019exploitation f\u00e9odale et de transformer leur conscience sociale et politique (Donham, 1986, p. 45).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Figure 1 : Nombre de gar\u00e7ons et de filles inscrits dans les \u00e9coles de Wolaita en 1961<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img decoding=\"async\" width=\"512\" height=\"452\" data-id=\"24669\" src=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/FIG1-a-wondu-Issue-13.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-24669\" srcset=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/FIG1-a-wondu-Issue-13.png 512w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/FIG1-a-wondu-Issue-13-300x265.png 300w\" sizes=\"(max-width: 512px) 100vw, 512px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img decoding=\"async\" width=\"439\" height=\"456\" data-id=\"24668\" src=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Fig-1b-Wondu-Issue-13.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-24668\" srcset=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Fig-1b-Wondu-Issue-13.png 439w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Fig-1b-Wondu-Issue-13-289x300.png 289w\" sizes=\"(max-width: 439px) 100vw, 439px\" \/><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<p>Source : Pankhurst, 1961, p. 67.<\/p>\n\n\n\n<p>La nature complexe de la lutte des femmes wolaita se refl\u00e8te clairement dans le r\u00f4le qu\u2019elle joue dans la facilitation de la mobilit\u00e9 sociale ascendante des femmes paysannes. Un nombre consid\u00e9rable de femmes rurales ayant re\u00e7u une \u00e9ducation dans les \u00e9coles missionnaires, telles que <em>W\/ro<\/em> Lili Galore, <em>W\/ro<\/em> Hewan Bunaro, <em>W\/ro<\/em> Birtane Hidoto, et d\u2019autres, acc\u00e9d\u00e8rent progressivement \u00e0 des niveaux d\u2019instruction plus \u00e9lev\u00e9s (Masa, 2023, pp. 139-143). Apr\u00e8s l\u2019obtention de leurs dipl\u00f4mes, nombre de ces femmes n\u2019adh\u00e9r\u00e8rent plus aux positions de radicalisme rural qu\u2019elles d\u00e9fendaient durant leurs premi\u00e8res ann\u00e9es. Au contraire, au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie du r\u00e9gime imp\u00e9rial, ces anciennes \u00e9l\u00e8ves des missions se transform\u00e8rent en professionnelles de la classe moyenne, occupant des postes dans les institutions publiques et les organisations non gouvernementales en tant qu\u2019administratrices, enseignantes, professionnelles de sant\u00e9 et agents de d\u00e9veloppement<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Wolaita fut l\u2019une des r\u00e9gions du sud de l\u2019\u00c9thiopie o\u00f9 le protestantisme connut une expansion rapide. Le nombre d\u2019\u00e9glises protestantes \u00e0 Wolaita passa de 150 en 1945 \u00e0 493 en 1970, tandis que le nombre de fid\u00e8les augmenta d\u2019environ 15 000 \u00e0 81 000 durant la m\u00eame p\u00e9riode (Cotterell, 1973, p. 171). L\u2019expansion du protestantisme \u00e0 Wolaita ne fut pas uniquement le r\u00e9sultat des activit\u00e9s des missionnaires \u00e9trangers et locaux ; les femmes wolaita y contribu\u00e8rent \u00e9galement de mani\u00e8re significative. Elles s\u2019impos\u00e8rent comme des actrices cl\u00e9s dans l\u2019extension du message protestant, faisant preuve d\u2019un courage et d\u2019un engagement remarquables malgr\u00e9 les risques de pers\u00e9cution de la part des autorit\u00e9s de l\u2019\u00c9glise orthodoxe (Davis, 1966, p. 247).<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"756\" height=\"456\" src=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Fig2-Wondu-Issue-13.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-24670\" style=\"width:614px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Fig2-Wondu-Issue-13.png 756w, https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Fig2-Wondu-Issue-13-300x181.png 300w\" sizes=\"(max-width: 756px) 100vw, 756px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Figure 2 : Croissance de l\u2019appartenance religieuse et du nombre d\u2019\u00e9glises \u00e0 Wolaita (1945-1970)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Source : Cotterell, 1973, p. 171.<\/p>\n\n\n\n<p>Les femmes wolaita furent attir\u00e9es par le protestantisme non seulement comme moyen de r\u00e9sistance aux politiques imp\u00e9riales et royales impos\u00e9es, mais aussi comme strat\u00e9gie visant \u00e0 contester certaines pratiques traditionnelles jug\u00e9es n\u00e9fastes et impos\u00e9es au sein de leurs propres communaut\u00e9s au nom de la culture. Sous le r\u00e8gne de Ha\u00efl\u00e9 S\u00e9lassi\u00e9, les femmes wolaita furent soumises \u00e0 diverses pratiques traditionnelles n\u00e9fastes, notamment la <em>Laataa<\/em> (mariage l\u00e9viratique apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s d\u2019un fr\u00e8re a\u00een\u00e9), la <em>Mishechuwaa<\/em> (mariage avec la s\u0153ur cadette d\u2019une \u00e9pouse d\u00e9c\u00e9d\u00e9e), la <em>Qatara<\/em> (mutilations g\u00e9nitales f\u00e9minines), la <em>Dafaa<\/em> (enl\u00e8vement) et la <em>Dawutta <\/em>(polygamie), entre autres. Ces pratiques, perp\u00e9tu\u00e9es en partie par des fonctionnaires imp\u00e9riaux de niveau local, furent ouvertement condamn\u00e9es par les missionnaires protestants (Amare, 2021, pp. 48-80 ; Masa, 2023, p. 117 ; Yonas, 2022, pp.&nbsp;399-401).<\/p>\n\n\n\n<p>En cons\u00e9quence, un grand nombre de femmes wolaita cherch\u00e8rent \u00e0 \u00e9chapper \u00e0 ces pratiques en rejoignant le protestantisme. L\u2019\u00c9glise protestante de Wolaita encouragea activement l\u2019interdiction des traditions consid\u00e9r\u00e9es comme n\u00e9fastes, en particulier la polygamie, et mit l\u2019accent sur une plus grande autonomie des femmes au sein du foyer. Par exemple, en 1945, deux femmes wolaita converties au protestantisme et oppos\u00e9es \u00e0 la polygamie furent emprisonn\u00e9es \u00e0 Soddo \u00e0 la demande de leurs maris et de responsables locaux d\u2019origine amhara et de confession orthodoxe. Lorsque les missionnaires furent inform\u00e9s de leur emprisonnement, ils intervinrent aupr\u00e8s de la cour de Ha\u00efl\u00e9 S\u00e9lassi\u00e9, ce qui aboutit \u00e0 leur lib\u00e9ration sous caution (Davis, 1966, p. 145).<\/p>\n\n\n\n<p>Cet \u00e9v\u00e9nement renfor\u00e7a non seulement la confiance des femmes, mais consolida \u00e9galement leur r\u00f4le dans l\u2019expansion des activit\u00e9s \u00e9vang\u00e9liques au sein de Wolaita et des communaut\u00e9s voisines du sud de l\u2019\u00c9thiopie. Durant les ann\u00e9es 1950 et 1960, des \u00e9vang\u00e9lisatrices wolaita telles que Balote Aymalo, Faranje Buriya, Lareba Kanka et Dorane Gambera diffus\u00e8rent le protestantisme respectivement parmi les communaut\u00e9s Goffa, Silte, Sidama et Bale Goba. D\u2019autres \u00e9vang\u00e9lisatrices, dont Durete et Bazite, se d\u00e9plac\u00e8rent vers Qucha, Boroda et Dawuro. Malgr\u00e9 leur ind\u00e9pendance religieuse croissante et leur autonomisation, les femmes wolaita continu\u00e8rent toutefois \u00e0 faire face \u00e0 diverses formes de violence domestique, souvent li\u00e9es au ressentiment et \u00e0 la frustration de leurs maris (Balisky, 2009, p. 198 ; Lema, 2011, pp.&nbsp;95-96).<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Contribution des \u00e9tudiantes aux mouvements anti-f\u00e9odaux \u00e0 Wolaita dans les ann\u00e9es 1970<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Les femmes repr\u00e9sentaient pr\u00e8s de 15&nbsp;% de la population paysanne en \u00c9thiopie, y compris dans la r\u00e9gion m\u00e9ridionale de Wolaita. Sous le r\u00e9gime imp\u00e9rial de Ha\u00efl\u00e9 S\u00e9lassi\u00e9, la grande majorit\u00e9 des paysans \u00e9tait soumise \u00e0 une oppression et une exploitation syst\u00e9miques, dont les femmes supportaient une part disproportionn\u00e9e. Malgr\u00e9 leur r\u00f4le central dans la vie agraire, les femmes rurales, en raison d\u2019un analphab\u00e9tisme g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 et d\u2019une marginalisation sociopolitique persistante, ne parvenaient pas \u00e0 organiser une r\u00e9sistance formelle (Yonas, 2022, pp. 405-413). Dans ce contexte, les \u00e9tudiantes \u00e9merg\u00e8rent comme des porte-parole engag\u00e9es de la justice, anim\u00e9es par une profonde empathie envers les fermiers exploit\u00e9s, les groupes ethniques marginalis\u00e9s et les femmes soumises \u00e0 des discriminations \u00e0 la fois de genre et de classe<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a> (Zewde, 2024, p. 110).<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que le mouvement \u00e9tudiant \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale vis\u00e2t principalement \u00e0 mettre fin au syst\u00e8me foncier f\u00e9odal, l\u2019activisme \u00e9tudiant \u00e0 Wolaita s\u2019orienta vers des probl\u00e9matiques locales plus urgentes. Les \u00e9tudiantes de la r\u00e9gion accord\u00e8rent une priorit\u00e9 \u00e0 la lutte contre les bandes criminelles, la marginalisation ethnique et les violences fond\u00e9es sur le genre. Cette sp\u00e9cificit\u00e9 r\u00e9gionale mit en lumi\u00e8re une intersectionnalit\u00e9 plus profonde, o\u00f9 les oppressions de classe, d\u2019ethnicit\u00e9 et de genre se recoupaient. Loin d\u2019\u00eatre de simples victimes passives, les femmes de Wolaita devinrent des actrices essentielles d\u2019un mouvement de r\u00e9sistance plus large visant \u00e0 d\u00e9manteler les structures locales de la r\u00e9pression imp\u00e9riale<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> (Guidi, 2024, p.&nbsp;168).<\/p>\n\n\n\n<p>Les ann\u00e9es 1970 marqu\u00e8rent un tournant d\u00e9cisif dans cette dynamique de r\u00e9sistance, les \u00e9tudiantes acc\u00e9dant \u00e0 des r\u00f4les de leadership. Aux c\u00f4t\u00e9s de leurs homologues masculins, elles organis\u00e8rent des actions coordonn\u00e9es pour contester les r\u00e9seaux criminels locaux et la complicit\u00e9 de fonctionnaires corrompus. Dans les districts de Humbo, Sodo Zuria et Damot Woide, des bandes se livraient au vol de b\u00e9tail, \u00e0 des incendies criminels et \u00e0 des agressions brutales contre des paysans innocents. Ces groupes, souvent prot\u00e9g\u00e9s par les <em>Chiqa Shum<\/em>, repr\u00e9sentants du plus bas niveau de l\u2019autorit\u00e9 imp\u00e9riale, agissaient en toute impunit\u00e9 : viols, enl\u00e8vements de jeunes filles et climat de terreur g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. Initialement, les femmes mari\u00e9es constituaient les principales cibles, mais les \u00e9coli\u00e8res furent rapidement \u00e9galement vis\u00e9es. Dans les villages comme dans les centres urbains, les \u00e9tudiantes \u00e9taient harcel\u00e9es et agress\u00e9es sur les routes menant \u00e0 l\u2019\u00e9cole ou aux march\u00e9s (Berehanu, 2006, p. 28 ; Guidi, 2023, pp.10-11). Malgr\u00e9 l\u2019ampleur de ces crimes, la collusion entre chefs de bandes et autorit\u00e9s locales emp\u00eachait toute justice : les plaintes atteignaient rarement les tribunaux et, lorsqu\u2019elles y parvenaient, elles \u00e9taient souvent class\u00e9es sans suite en raison de la corruption et des ing\u00e9rences politiques. Face \u00e0 la paralysie du syst\u00e8me judiciaire, les communaut\u00e9s recoururent de plus en plus \u00e0 l\u2019autod\u00e9fense (Guidi, 2023, p. 18).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce contexte, des \u00e9tudiantes et \u00e9tudiants lanc\u00e8rent une initiative audacieuse connue sous le nom de \u00ab campagne d\u2019\u00e9radication des voleurs \u00bb, men\u00e9e de janvier \u00e0 avril 1970. Conscients de la menace que repr\u00e9sentait l\u2019alliance entre les bandits et les <em>Chiqa Shum<\/em>, plus d\u2019une centaine d\u2019\u00e9l\u00e8ves et plusieurs enseignants issus de sept districts se r\u00e9unirent dans le village rural de Borkoshe. Le 22 <em>Megabit<\/em> 1963 E.C. (1970), ils proclam\u00e8rent la D\u00e9claration de <em>Borkoshe,<\/em> une r\u00e9solution appelant symboliquement et concr\u00e8tement \u00e0 des ch\u00e2timents physiques contre les voleurs, con\u00e7us comme une forme de justice populaire<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a> (Chema, 2012, p.\u00a0198). Cette d\u00e9claration d\u00e9clencha une mobilisation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Des paysans, parfois sans connaissance directe de cette r\u00e9solution, commenc\u00e8rent \u00e0 frapper, voire \u00e0 transpercer de lances des individus soup\u00e7onn\u00e9s de vol lors de march\u00e9s locaux tels que Hobicha Beda (lundi) et Dalbo (jeudi). Le mouvement transforma ainsi une protestation \u00e9tudiante localis\u00e9e en une campagne de masse contre l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et la n\u00e9gligence imp\u00e9riale (Berehanu, 2006, p. 28 ; Guidi, 2013, pp. 10-11). Les femmes de Wolaita ne furent pas seulement victimes des abus des criminels et des autorit\u00e9s corrompues, mais aussi de violences syst\u00e9matiques exerc\u00e9es par le <em>Fetno Derash<\/em> de Ha\u00efl\u00e9\u00a0S\u00e9lassi\u00e9, la pr\u00e9tendue force sp\u00e9ciale d\u2019intervention rapide (Chema, 2012, p. 199 ; Guidi, 2024, p. 160). Bien que cette r\u00e9volte ait finalement \u00e9t\u00e9 r\u00e9prim\u00e9e au prix de nombreuses vies, elle laissa une empreinte durable, marquant un moment cl\u00e9 de la r\u00e9sistance rurale et r\u00e9v\u00e9lant la puissance d\u2019une mobilisation populaire coordonn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Les racines de cet activisme furent en partie nourries par les efforts d\u2019\u00e9ducateurs visionnaires tels que Bogale Walelu, qui consid\u00e9rait l\u2019\u00e9ducation comme un moyen de lib\u00e9ration, non seulement de l\u2019ignorance, mais aussi de la domination. Dans les ann\u00e9es 1950 et 1960, il parvint \u00e0 mobiliser un grand nombre d\u2019enfants wolaita vers la scolarisation, dont beaucoup devinrent par la suite des figures majeures de l\u2019activisme \u00e9tudiant, notamment des femmes engag\u00e9es contre les injustices ethniques et de genre (Chema, 2012, p. 188 ; Guidi, 2024, pp.&nbsp;68, 326). L\u2019augmentation du nombre d\u2019\u00e9l\u00e8ves wolaita dans les ann\u00e9es 1970 suscita l\u2019inqui\u00e9tude des propri\u00e9taires fonciers locaux, dont la puissance \u00e9conomique reposait largement sur le travail non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 des enfants paysans. Leur m\u00e9contentement trouva un \u00e9cho chez leurs propres enfants, souvent scolaris\u00e9s \u00e0 Soddo, principal centre \u00e9ducatif urbain de la r\u00e9gion. Sous couvert de d\u00e9fendre le christianisme orthodoxe et la langue amharique, ces \u00e9l\u00e8ves issus des \u00e9lites commenc\u00e8rent \u00e0 harceler et \u00e0 insulter ouvertement les \u00e9l\u00e8ves wolaita, r\u00e9v\u00e9lant de profondes tensions de classe et d\u2019ethnicit\u00e9 (Chema, 2012, pp. 191-192).<\/p>\n\n\n\n<p>Le lyc\u00e9e de Soddo devint l\u2019\u00e9picentre de l\u2019activisme \u00e9tudiant men\u00e9 par les femmes. Si le mouvement \u00e9tudiant s\u2019\u00e9tait initialement structur\u00e9 autour de la r\u00e9forme agraire et du principe \u00ab la terre \u00e0 ceux qui la cultivent \u00bb, il \u00e9volua rapidement vers une lutte plus large marqu\u00e9e par un nationalisme ethnique affirm\u00e9. Dans le contexte local, les distinctions de classe \u00e9taient \u00e9troitement li\u00e9es \u00e0 l\u2019identit\u00e9 ethnique : les nouveaux arrivants et les \u00e9lites du nord soutenaient g\u00e9n\u00e9ralement les int\u00e9r\u00eats des propri\u00e9taires fonciers, tandis que les Wolaita autochtones \u00e9taient majoritairement des m\u00e9tayers (Guidi, 2023, p. 7). Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, le d\u00e9clencheur imm\u00e9diat des protestations \u00e9tudiantes fut la domination culturelle et la d\u00e9valorisation syst\u00e9matique de l\u2019identit\u00e9 wolaita. Les enfants des <em>N\u00e4fet\u00e4\u00f1\u00f1a<\/em> (colons du nord) insultaient fr\u00e9quemment les \u00e9l\u00e8ves wolaita, les pr\u00e9sentant comme des menaces pour la langue, la religion et l\u2019unit\u00e9 imp\u00e9riale (Chema, 2012, pp. 191-192 ; Guidi, 2024, p. 330).<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9ponse, les femmes wolaita commenc\u00e8rent \u00e0 formuler une identit\u00e9 politique articulant oppression de genre, domination ethnique et exploitation de classe. \u00c0 la suite de la premi\u00e8re vague de r\u00e9sistance, de nombreuses femmes rurales adopt\u00e8rent des positions politiques traditionalistes, promouvant l\u2019autonomie r\u00e9gionale \u00e0 travers le slogan : \u00ab&nbsp;Wolaita aux Wolaita&nbsp;!&nbsp;\u00bb (Haile, 2018, p. 76). Elles soutinrent des figures locales influentes telles que <em>Sanga Dana <\/em>Gebremedhin Bunare et <em>Fitawurari<\/em> Desta Feseha, farouchement oppos\u00e9es \u00e0 la pr\u00e9sence continue des propri\u00e9taires fonciers du nord. Toutefois, ces premi\u00e8res r\u00e9voltes furent r\u00e9prim\u00e9es, faute de coordination unifi\u00e9e et de soutien des r\u00e9seaux politiques nationaux (Haile, 2018, p. 76 ; WMMAC, 1939 E.C.).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 ce moment charni\u00e8re, des femmes influentes de Wolaita cherch\u00e8rent \u00e0 \u00e9tablir des alliances plus larges. L\u2019une des \u00e9pouses de <em>Fitawurari<\/em> Desta, d\u2019origine somalienne, \u00e9tablit clandestinement des liens avec la Macha-Tulama Oromo Self-help Association (Haile, 2018, p.&nbsp;76&nbsp;; Wagesho, 2004, p. 100). Ce geste ne fut pas isol\u00e9. En 1963, les forces oromo du g\u00e9n\u00e9ral Jagama Kello atteignirent Soddo, mobilis\u00e9es autour du slogan \u00ab <em>Manne Manenne Yaserale ?<\/em> \u00bb (\u00ab Qui emprisonne qui ? \u00bb), afin de prot\u00e9ger les dignitaires wolaita contre l\u2019humiliation imp\u00e9riale<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>. Ces alliances avec les mouvements nationalistes oromo et somali refl\u00e8tent une strat\u00e9gie plus large adopt\u00e9e par les femmes wolaita : inscrire leur r\u00e9sistance locale dans le cadre \u00e9largi des luttes de lib\u00e9ration nationale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Discussion<\/h2>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9sultats pr\u00e9sent\u00e9s ci-dessus indiquent que les femmes wolaita ont men\u00e9 une r\u00e9sistance multidimensionnelle contre les politiques oppressives de l\u2019empereur Ha\u00efl\u00e9\u00a0S\u00e9lassi\u00e9. Le principal moteur de cette r\u00e9sistance \u00e9tait la volont\u00e9 de mettre fin \u00e0 l\u2019exploitation fond\u00e9e sur le genre dans tous les aspects de la vie, avec un accent particulier sur le droit \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re, la repr\u00e9sentation \u00e9quitable et l\u2019\u00e9limination d\u2019une forme de g\u00e9nocide culturel (Chema, 2012, p. 198). Toutefois, ces objectifs ne furent pas pleinement atteints en raison de limites strat\u00e9giques, malgr\u00e9 certains succ\u00e8s, tels que l\u2019\u00e9limination de r\u00e9seaux de fonctionnaires corrompus, l\u2019am\u00e9lioration du niveau d\u2019\u00e9ducation et l\u2019\u00e9veil croissant de la conscience des femmes.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant 1894, lorsque les femmes wolaita \u00e9taient confront\u00e9es \u00e0 des in\u00e9galit\u00e9s de genre, elles s\u2019appuyaient sur leurs propres syst\u00e8mes culturels pour y faire face et faire entendre leur voix (Abbink, 2010, p. 1092). Cela reposait sur une forte confiance dans les valeurs culturelles wolaita, per\u00e7ues comme des m\u00e9canismes efficaces de r\u00e9solution des in\u00e9galit\u00e9s de genre. Apr\u00e8s la lib\u00e9ration, cependant, la volont\u00e9 des femmes d\u2019utiliser la culture comme outil de d\u00e9fense de leurs droits d\u00e9clina, en raison des h\u00e9ritages probl\u00e9matiques de la domination imp\u00e9riale et coloniale, ainsi que d\u2019une m\u00e9fiance croissante envers les institutions indig\u00e8nes (Lema, 2011, p. 96).<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que les femmes wolaita aient lutt\u00e9 tout au long de la p\u00e9riode imp\u00e9riale, elles ne parvinrent pas \u00e0 atteindre l\u2019\u00e9galit\u00e9 de genre (Donham, 1986, p. 45 ; Guidi, 2024, p. 89 ; WMMAC, 1941 E.C.). Cela s\u2019explique en grande partie par l\u2019inad\u00e9quation des strat\u00e9gies adopt\u00e9es, inspir\u00e9es de valeurs culturelles occidentales privil\u00e9giant la collaboration plut\u00f4t que l\u2019int\u00e9gration, et la r\u00e9volution radicale plut\u00f4t que l\u2019harmonie sociale. Ces approches se r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent peu adapt\u00e9es pour traiter des questions telles que la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re, la d\u00e9tention des richesses et l\u2019h\u00e9ritage dans une soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur les structures claniques. Par ailleurs, les alliances des femmes wolaita avec l\u2019\u00c9tat et les mouvements r\u00e9volutionnaires rel\u00e9gu\u00e8rent souvent les questions de genre et le f\u00e9minisme au second plan.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque les femmes wolaita s\u2019appuyaient sur leurs valeurs culturelles pour r\u00e9pondre \u00e0 leurs pr\u00e9occupations \u00e9conomiques et sociales, elles b\u00e9n\u00e9ficiaient d\u2019un statut plus \u00e9lev\u00e9 au sein de la soci\u00e9t\u00e9. Avant 1894, lorsque leurs activit\u00e9s \u00e9conomiques reposaient sur la culture indig\u00e8ne de l\u2019ensete et l\u2019\u00e9levage, elles jouissaient d\u2019une relative abondance de ressources. \u00c0 cette \u00e9poque, une femme dont le cheptel atteignait 1 000 t\u00eates de b\u00e9tail acc\u00e9dait \u00e0 un statut prestigieux \u00e0 travers le rituel du Gimuwwa (Hidoto, 2005, pp. 68\u201378). Elle pouvait \u00e9galement \u00eatre invit\u00e9e au palais royal et honor\u00e9e par le roi avec un ornement appel\u00e9 \u00c7i\u00e7ora Mogga, en reconnaissance de sa r\u00e9ussite \u00e9conomique (Chema, 2010, p. 344). En revanche, lorsque les femmes s\u2019orient\u00e8rent vers la production de cultures commerciales sous l\u2019impulsion imp\u00e9riale, les r\u00e9sultats ne furent pas une prosp\u00e9rit\u00e9 accrue, mais plut\u00f4t une vuln\u00e9rabilit\u00e9 renforc\u00e9e face aux s\u00e9cheresses r\u00e9currentes et une d\u00e9pendance \u00e9conomique accrue envers leurs maris.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan culturel, les alliances avec les missionnaires occidentaux produisirent des b\u00e9n\u00e9fices limit\u00e9s par rapport aux objectifs initiaux de la lutte des femmes. Si de nombreuses femmes wolaita acc\u00e9d\u00e8rent \u00e0 l\u2019alphab\u00e9tisation, cela se fit au prix de l\u2019abandon des syst\u00e8mes de savoirs indig\u00e8nes, que les missionnaires qualifiaient souvent de \u00ab pratiques sataniques \u00bb, entra\u00eenant une crise identitaire significative. De m\u00eame, les alliances avec les \u00e9tudiants radicaux masculins conduisirent les femmes \u00e0 privil\u00e9gier la lutte de classe au d\u00e9triment des questions de genre (Guidi, 2024, p. 168).<\/p>\n\n\n\n<p>De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019affaiblissement du recours des femmes wolaita aux valeurs culturelles comme outil de lutte contre les in\u00e9galit\u00e9s de genre prolongea leur combat et les exposa \u00e0 une forme de double colonialisme postcolonial, caract\u00e9ris\u00e9 davantage par la persistance de l\u2019exploitation que par une transformation institutionnelle significative orient\u00e9e vers une construction nationale inclusive (Esawa &amp; Mazrui, 1993, p. 454\u00a0; Reta, 2012, p. 523). \u00c0 Wolaita, le r\u00e9gime de Haile Selassie adopta certains \u00e9l\u00e9ments du mod\u00e8le administratif colonial italien, maintenant les dignitaires locaux principalement comme interm\u00e9diaires charg\u00e9s de contr\u00f4ler les populations locales (Donham, 1986, p. 37). Ce syst\u00e8me excluait largement les femmes, refl\u00e9tant des conceptions coloniales du genre et du pouvoir similaires \u00e0 celles de l\u2019occupation italienne (Chiatti, 1986, pp. 66\u201367\u00a0; Reta, 2012, p.523).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019exp\u00e9rience des femmes wolaita sous les r\u00e9formes imp\u00e9riales de Ha\u00efl\u00e9\u00a0S\u00e9lassi\u00e9\u00a0montre que la modernisation, lorsqu\u2019elle ne s\u2019accompagne pas de l\u2019inclusion des valeurs indig\u00e8nes, engendre des formes de r\u00e9sistance. Les politiques imp\u00e9riales \u00e0 Wolaita, bien que pr\u00e9sent\u00e9es comme des efforts de construction \u00e9tatique, s\u2019enracinent dans une double logique d\u2019oppression h\u00e9rit\u00e9e du colonialisme, caract\u00e9ris\u00e9e par des hi\u00e9rarchies patriarcales, ethniques et sociales. En excluant les femmes du pouvoir et en leur refusant syst\u00e9matiquement l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la terre, \u00e0 la repr\u00e9sentation politique et \u00e0 la reconnaissance culturelle, le r\u00e9gime imp\u00e9rial a suscit\u00e9 une lutte complexe et multiforme, combinant collaboration strat\u00e9gique des \u00e9lites, r\u00e9sistance populaire, transformations religieuses et activisme \u00e9tudiant.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9sistance des femmes wolaita fut fa\u00e7onn\u00e9e par l\u2019entrelacement des rapports de genre, de classe et d\u2019ethnicit\u00e9, \u00e9troitement li\u00e9s aux luttes pour la terre, l\u2019identit\u00e9 culturelle et l\u2019autod\u00e9termination nationale. Elle se caract\u00e9risa par sa complexit\u00e9 et sa capacit\u00e9 d\u2019adaptation. Tandis que certaines femmes cherch\u00e8rent le changement en s\u2019engageant dans les institutions \u00e9tatiques, d\u2019autres privil\u00e9gi\u00e8rent des voies religieuses, \u00e9ducatives ou r\u00e9volutionnaires. Le recours \u00e0 ces formes d\u2019organisation s\u2019explique notamment par l\u2019interdiction d\u2019institutions indig\u00e8nes parall\u00e8les favorables aux femmes. Leurs r\u00f4les, allant de l\u2019organisation sur le terrain \u00e0 la direction id\u00e9ologique, furent essentiels dans l\u2019histoire plus large des r\u00e9sistances en \u00c9thiopie m\u00e9ridionale. Les luttes men\u00e9es par les femmes wolaita, notamment \u00e0 travers les mouvements \u00e9tudiants et les r\u00e9voltes rurales, jou\u00e8rent ainsi un r\u00f4le d\u00e9terminant, bien que souvent sous-estim\u00e9, dans la formation de l\u2019histoire politique et culturelle moderne de la r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019activisme des \u00e9tudiantes durant cette p\u00e9riode se distingua par son caract\u00e8re \u00e0 la fois discret, strat\u00e9gique et profond\u00e9ment influent. Il contribua de mani\u00e8re d\u00e9cisive \u00e0 fa\u00e7onner la conscience politique r\u00e9gionale et pr\u00e9para le terrain aux transformations r\u00e9volutionnaires de l\u2019\u00e8re post-imp\u00e9riale. Leur r\u00e9sistance ne fut pas seulement une r\u00e9action aux contraintes : elle s\u2019inscrivit dans une vision, fond\u00e9e sur une compr\u00e9hension fine des syst\u00e8mes d\u2019oppression imbriqu\u00e9s auxquels elles faisaient face. L\u2019h\u00e9ritage de cette lutte souligne la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019appr\u00e9hender les r\u00e9sistances genr\u00e9es comme une composante fondamentale de l\u2019histoire politique \u00e9thiopienne. En ce sens, cette \u00e9tude remet en question une historiographie traditionnelle qui tend \u00e0 marginaliser ou \u00e0 simplifier la contribution des femmes, et plaide pour une relecture plus inclusive du pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La majorit\u00e9 des travaux existants ont privil\u00e9gi\u00e9 les dimensions id\u00e9ologiques du protestantisme, en n\u00e9gligeant largement son r\u00f4le dans la lib\u00e9ration des femmes face aux violences de genre exerc\u00e9es au sein m\u00eame de leurs communaut\u00e9s. En particulier, la contribution des valeurs chr\u00e9tiennes au combat des femmes wolaita contre la polygamie demeure insuffisamment \u00e9tudi\u00e9e, alors m\u00eame que la pens\u00e9e religieuse a jou\u00e9 un r\u00f4le multidimensionnel dans la promotion de l\u2019autonomisation des femmes, le renforcement de la paix r\u00e9gionale et la remise en cause de pratiques traditionnelles n\u00e9fastes dans les soci\u00e9t\u00e9s culturellement apparent\u00e9es du sud de l\u2019\u00c9thiopie. Ainsi, cet article pr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat notable pour les recherches futures, notamment celles visant \u00e0 mener des analyses comparatives sur l\u2019activisme \u00e9vang\u00e9lique des femmes wolaita et sur l\u2019expansion rapide du protestantisme dans le sud de l\u2019\u00c9thiopie, en comparaison avec d\u2019autres r\u00e9gions du pays.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":24664,"template":"","meta":[],"series-categories":[1007],"cat-articles":[1015],"keywords":[1063,1061,1059,1057,1055,1060,1053,1058,1062,1045,1054,1056],"ppma_author":[1049,1048],"class_list":{"0":"post-24665","1":"series-issues","2":"type-series-issues","3":"status-publish","4":"has-post-thumbnail","5":"hentry","6":"series-categories-numero-13","7":"cat-articles-analyses-critiques","8":"keywords-changements-socio-economiques","9":"keywords-discrimination-de-genre","10":"keywords-ethiopie-imperiale","11":"keywords-femmes-wolaita","12":"keywords-gender-discrimination","13":"keywords-marginalisation-politique","14":"keywords-political-marginalization","15":"keywords-reforme-agraire","16":"keywords-resistance-2","17":"keywords-resistance","19":"keywords-socio-economic-changes","20":"author-mohammed-hassan","21":"author-wondu-argaw-yimam"},"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Collaboratrices, patriotes et r\u00e9sistantes : la lutte des femmes wolaita contre l\u2019exclusion sous des politiques r\u00e9pressives (1941\u20131974) | Global Africa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-13\/collaborators-patriots-and-resistance-wolaita-womens-struggle-against-exclusion-under-repressive-policies-1941-1974\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Collaboratrices, patriotes et r\u00e9sistantes : la lutte des femmes wolaita contre l\u2019exclusion sous des politiques r\u00e9pressives (1941\u20131974) | Global Africa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Introduction L\u2019\u00e9tude porte sur l\u2019histoire de la lutte des femmes wolaita entre 1941 et 1974. L\u2019ann\u00e9e 1941 est retenue comme un tournant dans l\u2019analyse de la lutte des femmes wolaita (1941-1974) en raison de sa co\u00efncidence avec les nouvelles politiques de l\u2019empereur Ha\u00efl\u00e9 S\u00e9lassi\u00e9, lesquelles ont profond\u00e9ment affect\u00e9 la vie socio-\u00e9conomique et politique des femmes (Proclamation, 1942 ; Proclamation, 1944). Ensuite, elle est \u00e9galement associ\u00e9e \u00e0 la consolidation du pouvoir imp\u00e9rial dans le Wolaita, une r\u00e9gion qui n\u2019\u00e9tait pas effectivement contr\u00f4l\u00e9e par le gouvernement \u00e9thiopien avant l\u2019occupation italienne (1936-1941) (Hodson, 1927, pp. 26-30 ; Stingand, 1910, pp.\u00a0297-298). Le principal \u00e9v\u00e9nement historique ayant conduit au choix de 1974 comme point de r\u00e9f\u00e9rence pour cette \u00e9tude est sa co\u00efncidence avec la chute du syst\u00e8me imp\u00e9rial. \u00c0 la suite de la lib\u00e9ration de l\u2019\u00c9thiopie de la domination coloniale italienne en 1941, l\u2019empereur Ha\u00efl\u00e9 S\u00e9lassi\u00e9 a initi\u00e9 diverses r\u00e9formes socio-\u00e9conomiques et politiques visant \u00e0 moderniser le pays en fonction des r\u00e9alit\u00e9s nationales et internationales de l\u2019\u00e9poque (Zewde, 2002, pp. 189-209). Cependant, la situation post-lib\u00e9ration dans le Wolaita, l\u2019une des r\u00e9gions p\u00e9riph\u00e9riques du sud de l\u2019\u00c9thiopie, \u00e9tait nettement diff\u00e9rente de la p\u00e9riode d\u2019avant 1936, notamment en termes de stabilit\u00e9 politique, d\u2019interactions culturelles et de transitions \u00e9conomiques. L\u2019anarchie qui a \u00e9merg\u00e9 apr\u00e8s la d\u00e9faite des forces fascistes italiennes a cr\u00e9\u00e9 un vide n\u00e9cessitant une r\u00e9organisation administrative rapide afin de prot\u00e9ger \u00e0 la fois les expatri\u00e9s et les populations locales contre la mont\u00e9e des menaces criminelles (ASZWAO, 1951 E.C. ; Pankhurst, 1968, p. 102). Durant l\u2019occupation italienne (1936-1941), le Wolaita avait \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9 comme l\u2019une des huit principales zones de production agricole commerciale ayant attir\u00e9 des agro-entrepreneurs italiens, conduisant \u00e0 l\u2019introduction initiale de l\u2019agriculture m\u00e9canis\u00e9e. Bien que l\u2019agriculture de subsistance soit rest\u00e9e dominante, les bases de l\u2019agriculture commerciale et de la marchandisation des terres avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 pos\u00e9es (ASZWAO, 1963 E.C. ; Larebo, 1990, p. 318 ; Marcus, 1994, pp. 150-151 ; WMMAC, 1950 E.C.). Malgr\u00e9 ces transformations \u00e9conomiques, la soci\u00e9t\u00e9 wolaita est rest\u00e9e largement d\u00e9favoris\u00e9e dans tous les aspects de la vie \u00e9conomique, politique et sociale. N\u00e9anmoins, l\u2019exposition \u00e0 des acteurs \u00e9trangers, des missionnaires, des combattants antifascistes, des administrateurs coloniaux et des commer\u00e7ants a introduit de nouvelles id\u00e9es sociales et des perspectives globales dans la r\u00e9gion. Les alli\u00e9s internationaux de l\u2019\u00c9thiopie, en particulier la Grande-Bretagne, ont exerc\u00e9 une pression sur l\u2019empereur afin de prot\u00e9ger les droits religieux protestants, mais les droits des femmes \u00e9taient remarquablement absents de l\u2019agenda diplomatique (Banque mondiale, 1948, pp. 57-58 ; Donham, 1986, p. 45 ; Pankhurst, 1968, p.&nbsp;96 ; Proclamation, 1942&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; ). Les r\u00e9formes d\u2019apr\u00e8s-guerre de Ha\u00efl\u00e9 S\u00e9lassi\u00e9 ont largement n\u00e9glig\u00e9 les besoins socio-\u00e9conomiques sp\u00e9cifiques des femmes wolaita ordinaires, malgr\u00e9 leur participation active \u00e0 la r\u00e9sistance contre l\u2019occupation italienne. Les r\u00e9formes fonci\u00e8res imp\u00e9riales des ann\u00e9es 1940 et 1950 n\u2019ont gu\u00e8re permis de remettre en cause ou de corriger les profondes in\u00e9galit\u00e9s de genre (Babanto, 1979, pp. 44-46 ; Crummey, 1999, pp. 240-242 ; Guidi, 2013, p. 3). Face \u00e0 ces injustices, les femmes wolaita ont engag\u00e9 diverses formes de r\u00e9sistance, telles que la fuite vers les basses terres pour \u00e9chapper au servage, l\u2019organisation de manifestations protestataires et, occasionnellement, la participation \u00e0 des actes de d\u00e9fiance ouverte. Les raisons de ces luttes \u00e9taient multiples, influenc\u00e9es par les lois coutumi\u00e8res, l\u2019\u00e9volution des politiques \u00e9tatiques et les transformations des attentes sociales. Les revendications li\u00e9es \u00e0 la terre, en particulier celles excluant les femmes de la propri\u00e9t\u00e9 et de l\u2019h\u00e9ritage, constituaient un \u00e9l\u00e9ment central du mouvement des femmes \u00e0 l\u2019\u00e9poque imp\u00e9riale (Berhane-Selassie, 1999, p. 222). Cependant, les interpr\u00e9tations historiographiques des strat\u00e9gies de r\u00e9sistance des femmes wolaita demeurent divis\u00e9es. Certains chercheurs, comme Chema, soutiennent que les femmes wolaita s\u2019opposaient uniform\u00e9ment aux r\u00e9formes imp\u00e9riales (Chema, 2012, p. 435), tandis que d\u2019autres, comme Bisrat Lema, avancent que des formes de collaboration avec les acteurs \u00e9tatiques et les missionnaires \u00e9taient \u00e9galement pr\u00e9sentes (Lema, 2011, p. 32). Une telle divergence historiographique souligne la n\u00e9cessit\u00e9 de reconstruire l\u2019agentivit\u00e9 historique des femmes en int\u00e9grant \u00e0 la fois les dynamiques de r\u00e9sistance et les alliances strat\u00e9giques (Philps, 2005, p. 25). En cons\u00e9quence, cette \u00e9tude remet en question les r\u00e9cits dominants qui d\u00e9peignent les femmes wolaita uniquement comme des victimes ou des adversaires. Elle vise plut\u00f4t \u00e0 explorer les dynamiques nuanc\u00e9es de leur r\u00e9sistance et de leur coop\u00e9ration avec le gouvernement, les institutions religieuses et les groupes politiques entre 1941 et 1974. Elle examine des questions essentielles concernant la participation politique des femmes wolaita, leur r\u00e9action aux syst\u00e8mes fonciers discriminatoires fond\u00e9s sur le genre, l\u2019impact socioculturel de l\u2019\u00e9ducation moderne, ainsi que les motivations ayant conduit \u00e0 relier les r\u00e9sistances locales aux mouvements de lib\u00e9ration nationale \u00e0 partir des ann\u00e9es 1960. M\u00e9thodologie de recherche Cette \u00e9tude a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e dans la zone de Wolaita, au sud de l\u2019\u00c9thiopie. Elle compte plus de 2&nbsp;030&nbsp;366 habitants, incluant des femmes et des hommes (Abbink, 2010, p. 1092 ; Central Statistics Authority, 2016 ; Dana et al., 2020, p. 7). Sur le plan g\u00e9ographique, la zone de Wolaita, terre d\u2019origine du peuple wolaita, est situ\u00e9e entre les latitudes 06\u00b051\u2032 et 07\u00b035\u2032 nord, et les longitudes 37\u00b051\u2032 et 38\u00b051\u2032 est (Haile, 2018, p. 4). Le terme Wolaita d\u00e9signe les personnes qui parlent la langue wolaita, appartenant au groupe des langues omotiques, lui-m\u00eame rattach\u00e9 \u00e0 la famille afro-asiatique (Abesha &amp; Mohapatra, 2019, p. 554). Dans une autre acception, le terme renvoie \u00e9galement au territoire o\u00f9 vit le peuple wolaita. La position du Wolaita sur la carte de la Corne de l\u2019Afrique a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment identifi\u00e9e par Alessandro Zorzi et d\u2019autres d\u00e8s 1525 (Borelli, 1890, p. 361 ; Chrowford, 1955, p. 95 ; Krapf, 1860, p. 47). Le peuple wolaita a \u00e9t\u00e9 gouvern\u00e9 par les dynasties Aruja, Wolaiyta Malla et Tigre Malla depuis l\u2019Antiquit\u00e9 (Amado, 2010, pp.\u00a0104-109). Enfin, le royaume de Wolaita a \u00e9t\u00e9 transform\u00e9 en royaume vassal en 1894 sous le r\u00e8gne du roi Tona (Bureau, 1990, pp. 51-53). Comme dans la plupart des soci\u00e9t\u00e9s africaines, la soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle wolaita \u00e9tait structur\u00e9e par le patriarcat, dans lequel les int\u00e9r\u00eats sociaux, \u00e9conomiques et politiques des hommes \u00e9taient privil\u00e9gi\u00e9s (Chiatti, 1984, p.\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-13\/collaborators-patriots-and-resistance-wolaita-womens-struggle-against-exclusion-under-repressive-policies-1941-1974\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Global Africa\" \/>\n<meta property=\"article:publisher\" content=\"https:\/\/www.facebook.com\/globalafricasciences\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2026-04-20T12:47:42+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" 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L\u2019ann\u00e9e 1941 est retenue comme un tournant dans l\u2019analyse de la lutte des femmes wolaita (1941-1974) en raison de sa co\u00efncidence avec les nouvelles politiques de l\u2019empereur Ha\u00efl\u00e9 S\u00e9lassi\u00e9, lesquelles ont profond\u00e9ment affect\u00e9 la vie socio-\u00e9conomique et politique des femmes (Proclamation, 1942 ; Proclamation, 1944). Ensuite, elle est \u00e9galement associ\u00e9e \u00e0 la consolidation du pouvoir imp\u00e9rial dans le Wolaita, une r\u00e9gion qui n\u2019\u00e9tait pas effectivement contr\u00f4l\u00e9e par le gouvernement \u00e9thiopien avant l\u2019occupation italienne (1936-1941) (Hodson, 1927, pp. 26-30 ; Stingand, 1910, pp.\u00a0297-298). Le principal \u00e9v\u00e9nement historique ayant conduit au choix de 1974 comme point de r\u00e9f\u00e9rence pour cette \u00e9tude est sa co\u00efncidence avec la chute du syst\u00e8me imp\u00e9rial. \u00c0 la suite de la lib\u00e9ration de l\u2019\u00c9thiopie de la domination coloniale italienne en 1941, l\u2019empereur Ha\u00efl\u00e9 S\u00e9lassi\u00e9 a initi\u00e9 diverses r\u00e9formes socio-\u00e9conomiques et politiques visant \u00e0 moderniser le pays en fonction des r\u00e9alit\u00e9s nationales et internationales de l\u2019\u00e9poque (Zewde, 2002, pp. 189-209). Cependant, la situation post-lib\u00e9ration dans le Wolaita, l\u2019une des r\u00e9gions p\u00e9riph\u00e9riques du sud de l\u2019\u00c9thiopie, \u00e9tait nettement diff\u00e9rente de la p\u00e9riode d\u2019avant 1936, notamment en termes de stabilit\u00e9 politique, d\u2019interactions culturelles et de transitions \u00e9conomiques. L\u2019anarchie qui a \u00e9merg\u00e9 apr\u00e8s la d\u00e9faite des forces fascistes italiennes a cr\u00e9\u00e9 un vide n\u00e9cessitant une r\u00e9organisation administrative rapide afin de prot\u00e9ger \u00e0 la fois les expatri\u00e9s et les populations locales contre la mont\u00e9e des menaces criminelles (ASZWAO, 1951 E.C. ; Pankhurst, 1968, p. 102). Durant l\u2019occupation italienne (1936-1941), le Wolaita avait \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9 comme l\u2019une des huit principales zones de production agricole commerciale ayant attir\u00e9 des agro-entrepreneurs italiens, conduisant \u00e0 l\u2019introduction initiale de l\u2019agriculture m\u00e9canis\u00e9e. Bien que l\u2019agriculture de subsistance soit rest\u00e9e dominante, les bases de l\u2019agriculture commerciale et de la marchandisation des terres avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 pos\u00e9es (ASZWAO, 1963 E.C. ; Larebo, 1990, p. 318 ; Marcus, 1994, pp. 150-151 ; WMMAC, 1950 E.C.). Malgr\u00e9 ces transformations \u00e9conomiques, la soci\u00e9t\u00e9 wolaita est rest\u00e9e largement d\u00e9favoris\u00e9e dans tous les aspects de la vie \u00e9conomique, politique et sociale. N\u00e9anmoins, l\u2019exposition \u00e0 des acteurs \u00e9trangers, des missionnaires, des combattants antifascistes, des administrateurs coloniaux et des commer\u00e7ants a introduit de nouvelles id\u00e9es sociales et des perspectives globales dans la r\u00e9gion. Les alli\u00e9s internationaux de l\u2019\u00c9thiopie, en particulier la Grande-Bretagne, ont exerc\u00e9 une pression sur l\u2019empereur afin de prot\u00e9ger les droits religieux protestants, mais les droits des femmes \u00e9taient remarquablement absents de l\u2019agenda diplomatique (Banque mondiale, 1948, pp. 57-58 ; Donham, 1986, p. 45 ; Pankhurst, 1968, p.&nbsp;96 ; Proclamation, 1942&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; ). Les r\u00e9formes d\u2019apr\u00e8s-guerre de Ha\u00efl\u00e9 S\u00e9lassi\u00e9 ont largement n\u00e9glig\u00e9 les besoins socio-\u00e9conomiques sp\u00e9cifiques des femmes wolaita ordinaires, malgr\u00e9 leur participation active \u00e0 la r\u00e9sistance contre l\u2019occupation italienne. Les r\u00e9formes fonci\u00e8res imp\u00e9riales des ann\u00e9es 1940 et 1950 n\u2019ont gu\u00e8re permis de remettre en cause ou de corriger les profondes in\u00e9galit\u00e9s de genre (Babanto, 1979, pp. 44-46 ; Crummey, 1999, pp. 240-242 ; Guidi, 2013, p. 3). Face \u00e0 ces injustices, les femmes wolaita ont engag\u00e9 diverses formes de r\u00e9sistance, telles que la fuite vers les basses terres pour \u00e9chapper au servage, l\u2019organisation de manifestations protestataires et, occasionnellement, la participation \u00e0 des actes de d\u00e9fiance ouverte. Les raisons de ces luttes \u00e9taient multiples, influenc\u00e9es par les lois coutumi\u00e8res, l\u2019\u00e9volution des politiques \u00e9tatiques et les transformations des attentes sociales. Les revendications li\u00e9es \u00e0 la terre, en particulier celles excluant les femmes de la propri\u00e9t\u00e9 et de l\u2019h\u00e9ritage, constituaient un \u00e9l\u00e9ment central du mouvement des femmes \u00e0 l\u2019\u00e9poque imp\u00e9riale (Berhane-Selassie, 1999, p. 222). Cependant, les interpr\u00e9tations historiographiques des strat\u00e9gies de r\u00e9sistance des femmes wolaita demeurent divis\u00e9es. Certains chercheurs, comme Chema, soutiennent que les femmes wolaita s\u2019opposaient uniform\u00e9ment aux r\u00e9formes imp\u00e9riales (Chema, 2012, p. 435), tandis que d\u2019autres, comme Bisrat Lema, avancent que des formes de collaboration avec les acteurs \u00e9tatiques et les missionnaires \u00e9taient \u00e9galement pr\u00e9sentes (Lema, 2011, p. 32). Une telle divergence historiographique souligne la n\u00e9cessit\u00e9 de reconstruire l\u2019agentivit\u00e9 historique des femmes en int\u00e9grant \u00e0 la fois les dynamiques de r\u00e9sistance et les alliances strat\u00e9giques (Philps, 2005, p. 25). En cons\u00e9quence, cette \u00e9tude remet en question les r\u00e9cits dominants qui d\u00e9peignent les femmes wolaita uniquement comme des victimes ou des adversaires. Elle vise plut\u00f4t \u00e0 explorer les dynamiques nuanc\u00e9es de leur r\u00e9sistance et de leur coop\u00e9ration avec le gouvernement, les institutions religieuses et les groupes politiques entre 1941 et 1974. Elle examine des questions essentielles concernant la participation politique des femmes wolaita, leur r\u00e9action aux syst\u00e8mes fonciers discriminatoires fond\u00e9s sur le genre, l\u2019impact socioculturel de l\u2019\u00e9ducation moderne, ainsi que les motivations ayant conduit \u00e0 relier les r\u00e9sistances locales aux mouvements de lib\u00e9ration nationale \u00e0 partir des ann\u00e9es 1960. M\u00e9thodologie de recherche Cette \u00e9tude a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e dans la zone de Wolaita, au sud de l\u2019\u00c9thiopie. Elle compte plus de 2&nbsp;030&nbsp;366 habitants, incluant des femmes et des hommes (Abbink, 2010, p. 1092 ; Central Statistics Authority, 2016 ; Dana et al., 2020, p. 7). Sur le plan g\u00e9ographique, la zone de Wolaita, terre d\u2019origine du peuple wolaita, est situ\u00e9e entre les latitudes 06\u00b051\u2032 et 07\u00b035\u2032 nord, et les longitudes 37\u00b051\u2032 et 38\u00b051\u2032 est (Haile, 2018, p. 4). Le terme Wolaita d\u00e9signe les personnes qui parlent la langue wolaita, appartenant au groupe des langues omotiques, lui-m\u00eame rattach\u00e9 \u00e0 la famille afro-asiatique (Abesha &amp; Mohapatra, 2019, p. 554). Dans une autre acception, le terme renvoie \u00e9galement au territoire o\u00f9 vit le peuple wolaita. La position du Wolaita sur la carte de la Corne de l\u2019Afrique a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment identifi\u00e9e par Alessandro Zorzi et d\u2019autres d\u00e8s 1525 (Borelli, 1890, p. 361 ; Chrowford, 1955, p. 95 ; Krapf, 1860, p. 47). Le peuple wolaita a \u00e9t\u00e9 gouvern\u00e9 par les dynasties Aruja, Wolaiyta Malla et Tigre Malla depuis l\u2019Antiquit\u00e9 (Amado, 2010, pp.\u00a0104-109). Enfin, le royaume de Wolaita a \u00e9t\u00e9 transform\u00e9 en royaume vassal en 1894 sous le r\u00e8gne du roi Tona (Bureau, 1990, pp. 51-53). Comme dans la plupart des soci\u00e9t\u00e9s africaines, la soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle wolaita \u00e9tait structur\u00e9e par le patriarcat, dans lequel les int\u00e9r\u00eats sociaux, \u00e9conomiques et politiques des hommes \u00e9taient privil\u00e9gi\u00e9s (Chiatti, 1984, p.","og_url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-13\/collaborators-patriots-and-resistance-wolaita-womens-struggle-against-exclusion-under-repressive-policies-1941-1974\/","og_site_name":"Global 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