{"version":"1.0","provider_name":"Global Africa","provider_url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/","author_name":"Mame-Penda Ba","author_url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/author\/prmamependaba-2\/","title":"Colonialit\u00e9\u00a0: de l\u2019Am\u00e9rique latine \u00e0 l\u2019Afrique\u00a0? | Global Africa","type":"rich","width":600,"height":338,"html":"<blockquote class=\"wp-embedded-content\" data-secret=\"IZoaYLzFXq\"><a href=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-9\/coloniality-from-latin-america-to-africa\/\">Colonialit\u00e9\u00a0: de l\u2019Am\u00e9rique latine \u00e0 l\u2019Afrique\u00a0?<\/a><\/blockquote><iframe sandbox=\"allow-scripts\" security=\"restricted\" src=\"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/fr\/issues\/numero-9\/coloniality-from-latin-america-to-africa\/embed\/#?secret=IZoaYLzFXq\" width=\"600\" height=\"338\" title=\"\u00ab\u00a0Colonialit\u00e9\u00a0: de l\u2019Am\u00e9rique latine \u00e0 l\u2019Afrique\u00a0?\u00a0\u00bb &#8212; Global Africa\" data-secret=\"IZoaYLzFXq\" frameborder=\"0\" marginwidth=\"0\" marginheight=\"0\" scrolling=\"no\" class=\"wp-embedded-content\"><\/iframe><script>\n\/*! This file is auto-generated *\/\n!function(d,l){\"use strict\";l.querySelector&&d.addEventListener&&\"undefined\"!=typeof URL&&(d.wp=d.wp||{},d.wp.receiveEmbedMessage||(d.wp.receiveEmbedMessage=function(e){var t=e.data;if((t||t.secret||t.message||t.value)&&!\/[^a-zA-Z0-9]\/.test(t.secret)){for(var s,r,n,a=l.querySelectorAll('iframe[data-secret=\"'+t.secret+'\"]'),o=l.querySelectorAll('blockquote[data-secret=\"'+t.secret+'\"]'),c=new RegExp(\"^https?:$\",\"i\"),i=0;i<o.length;i++)o[i].style.display=\"none\";for(i=0;i<a.length;i++)s=a[i],e.source===s.contentWindow&&(s.removeAttribute(\"style\"),\"height\"===t.message?(1e3<(r=parseInt(t.value,10))?r=1e3:~~r<200&&(r=200),s.height=r):\"link\"===t.message&&(r=new URL(s.getAttribute(\"src\")),n=new URL(t.value),c.test(n.protocol))&&n.host===r.host&&l.activeElement===s&&(d.top.location.href=t.value))}},d.addEventListener(\"message\",d.wp.receiveEmbedMessage,!1),l.addEventListener(\"DOMContentLoaded\",function(){for(var e,t,s=l.querySelectorAll(\"iframe.wp-embedded-content\"),r=0;r<s.length;r++)(t=(e=s[r]).getAttribute(\"data-secret\"))||(t=Math.random().toString(36).substring(2,12),e.src+=\"#?secret=\"+t,e.setAttribute(\"data-secret\",t)),e.contentWindow.postMessage({message:\"ready\",secret:t},\"*\")},!1)))}(window,document);\n\/\/# sourceURL=https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-includes\/js\/wp-embed.min.js\n<\/script>\n","thumbnail_url":"https:\/\/www.globalafricasciences.org\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/DOUBLE-I-05-Moyenne.jpeg","thumbnail_width":451,"thumbnail_height":640,"description":"Historien de la colonisation portugaise, Michel Cahen s\u2019int\u00e9resse depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es au th\u00e8me de la colonialit\u00e9. Il a r\u00e9cemment publi\u00e9 Colonialit\u00e9. Plaidoyer pour la pr\u00e9cision d\u2019un concept aux \u00e9ditions Karthala (Paris, mai 2024), qui propose une lecture du concept et de ses enjeux, en dialogue critique avec les auteurs, principalement sud-am\u00e9ricains, th\u00e9oriciens du d\u00e9colonial. Il souligne en particulier la diversit\u00e9 des \u00ab&nbsp;r\u00e9gimes de colonialit\u00e9&nbsp;\u00bb, li\u00e9e \u00e0 des exp\u00e9riences historiques coloniales et post-coloniales diff\u00e9rentes, qu\u2019il convient, selon lui, de diff\u00e9rencier. Mame-Penda Ba et Philippe Lavigne Delville l\u2019ont interrog\u00e9. Philippe Lavigne Delville &amp; Mame-Penda Ba Vous expliquez dans le prologue de votre livre que vous \u00e9tiez initialement r\u00e9ticent devant le concept de colonialit\u00e9, avant d\u2019\u00eatre progressivement convaincu \u00ab&nbsp;qu\u2019il \u00e9tait indispensable \u00e0 la compr\u00e9hension de l\u2019expansion du syst\u00e8me-monde capitaliste sur la longue dur\u00e9e tout en respectant les innombrables nuances n\u00e9cessaires&nbsp;\u00bb (p.&nbsp;13). Pouvez-vous nous expliquer comment ces lectures s\u2019int\u00e8grent dans une histoire de la pens\u00e9e critique du capitalisme et ce qu\u2019elles apportent par rapport aux approches postcoloniales et subalternes, par exemple ? Michel Cahen Il y a deux questions dans votre question&nbsp;! Premi\u00e8rement, oui, je suis rest\u00e9 longtemps tr\u00e8s r\u00e9ticent face aux \u00e9tudes postcoloniales (on ne parlait pas encore vraiment de d\u00e9colonial). Je suis un historien de formation marxiste \u2013&nbsp;un partisan du mat\u00e9rialisme historique&nbsp;\u2013 et j\u2019\u00e9tais donc d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s familier des concepts d\u2019exploitation, d\u2019oppression, d\u2019ali\u00e9nation, d\u2019imp\u00e9rialisme, de d\u00e9pendance, de syst\u00e8me-monde capitaliste, etc. J\u2019avais du mal \u00e0 voir ce que le postcolonial apportait de vraiment nouveau et j\u2019avais une bonne raison pour cela&nbsp;: je ne voyais pas les cons\u00e9quences politiques de l\u2019approche postcoloniale. En tant que marxiste, j\u2019\u00e9tais \u00e9videmment tr\u00e8s critique face aux r\u00e9gimes de paternalisme autoritaire en Afrique (et ailleurs), face au n\u00e9ocolonialisme, y compris pour les pays que j\u2019\u00e9tudiais, les anciennes colonies portugaises d\u2019Afrique. M\u00eame si les cinq pays africains de langue officielle portugaise (Palop) usaient d\u2019un discours radical, voire \u00ab&nbsp;marxiste-l\u00e9niniste&nbsp;\u00bb, je voyais bien qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un discours de pouvoir et non d\u2019\u00e9mancipation du peuple, de la part d\u2019\u00e9lites politico-bureaucratiques qui n\u2019\u00e9taient pas de vraies bourgeoisies et, pour cela m\u00eame, avaient absolument besoin de la propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00c9tat pour leur reproduction sociale. Du reste, \u00e0 peine dix ans apr\u00e8s leur arriv\u00e9e au pouvoir, ces \u00e9lites \u00ab&nbsp;r\u00e9volutionnaires&nbsp;\u00bb ont engag\u00e9 le tournant n\u00e9olib\u00e9ral. Les textes postcoloniaux n\u2019\u00e9taient pas sp\u00e9cialement critiques envers cette situation d\u2019int\u00e9gration subalterne au syst\u00e8me-monde capitaliste. Ce qui les int\u00e9ressait davantage, c\u2019\u00e9tait l\u2019analyse textuelle, la critique \u00e9pist\u00e9mologique, la colonialit\u00e9 du savoir avant la colonialit\u00e9 du pouvoir. Attention, je ne dis pas que la question \u00e9pist\u00e9mique est secondaire&nbsp;! Je dis qu\u2019elle ne peut pas \u00eatre trait\u00e9e s\u00e9par\u00e9ment de la question du pouvoir et de la nature de classe (voire de race, dans certains contextes) des \u00c9tats et des soci\u00e9t\u00e9s. Mais \u2013&nbsp;pour r\u00e9pondre \u00e0 la seconde partie de votre question&nbsp;\u2013, j\u2019\u00e9tais tout de m\u00eame attentif \u00e0 ces nouvelles productions (et aux Subaltern Studies du Bengale dans les ann\u00e9es 1980) pour deux raisons&nbsp;: je voyais chez nombre de marxistes une sorte d\u2019\u00e9conomicisme et d\u2019hyper-classisme. En derni\u00e8re analyse, l\u2019\u00e9conomie aurait \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminante et seule la conscience de classe ne serait pas une fausse conscience. Je force le trait ici, mais il y a de cela. Or, \u00ab&nbsp;en derni\u00e8re analyse&nbsp;\u00bb ne veut pas dire \u00ab&nbsp;\u00e0 la fin&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;en fin de compte dans la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;: cela veut dire que, dans l\u2019analyse que l\u2019on fait d\u2019une soci\u00e9t\u00e9, la question mat\u00e9rielle est d\u00e9terminante. Mais dans la vie quotidienne des gens et leurs consciences, c\u2019est loin d\u2019\u00eatre toujours le cas. Si tous les prol\u00e9taires avaient une conscience de classe correspondant exactement \u00e0 leur situation sociale, il y a longtemps que la r\u00e9volution socialiste mondiale serait faite&nbsp;! Pour la m\u00eame raison, m\u00eame si cela semble r\u00e9gl\u00e9 maintenant, certains marxistes ont eu du mal \u00e0 int\u00e9grer la question f\u00e9ministe parce qu\u2019elle n&rsquo;\u00e9tait pas r\u00e9ductible \u00e0 l\u2019oppression capitaliste et parce que le mouvement des femmes devait \u00eatre autonome (pourtant, comme vous le savez bien, le f\u00e9minisme intersectionnel ne nie pas du tout la lutte des classes&nbsp;!). Par ailleurs, en tant qu\u2019historien, comment analyser l\u2019expansion coloniale \u00e0 partir du XVe si\u00e8cle&nbsp;? N\u2019\u00e9tait-ce pas d\u00e9j\u00e0 du capitalisme, esclavagiste et mercantiliste, mais capitaliste&nbsp;? Oui, ce l\u2019\u00e9tait, mais ce n\u2019\u00e9tait pas le mode de production capitaliste (MPC), soit parce qu\u2019il n\u2019existait pas encore (avant la fin du XVIIIe si\u00e8cle), soit parce que le capitalisme moderne n\u2019avait pas int\u00e9r\u00eat \u00e0 l\u2019implanter. Mes \u00e9tudes sur le Mozambique colonial et la lecture d\u2019Immanuel Wallerstein m\u2019ont aid\u00e9 \u00e0 comprendre cela&nbsp;: exporter le MPC \u00e0 l\u2019\u00e8re imp\u00e9rialiste aurait signifi\u00e9 prol\u00e9tariser des soci\u00e9t\u00e9s enti\u00e8res. Or un prol\u00e9taire vit (ou vit tr\u00e8s principalement) de la vente de sa force de travail. Si un patron le paie en dessous du co\u00fbt de sa reproduction sociale, il meurt ou s\u2019enfuit. C\u2019est pourquoi il est plus rentable de ne pas prol\u00e9tariser, mais de maintenir des soci\u00e9t\u00e9s indig\u00e8nes subalternis\u00e9es et soumises au travail forc\u00e9, dans lesquelles le travail des femmes produit encore l\u2019essentiel des biens de subsistance. Les hommes partent en travail forc\u00e9 pour le colon, les femmes restent au village pour produire la nourriture et assurer la survie des enfants. Cet espace social produit par l\u2019expansion capitaliste sans implantation du MPC, c\u2019est l\u2019espace de la colonialit\u00e9, une formation sociale o\u00f9 le prol\u00e9tariat (au sens de Marx) est faible et n\u2019est pas forc\u00e9ment la classe la plus exploit\u00e9e, un espace o\u00f9 des soci\u00e9t\u00e9s indig\u00e8nes ont pu survivre avec une partie de leurs \u00e9pist\u00e9m\u00eas et modes de production domestique. Il y avait des \u00e9tudes marxistes l\u00e0-dessus, bien s\u00fbr, notamment avec le concept d\u2019articulation des modes de production, tr\u00e8s utile. Mais, \u00e0 part le concept juste (mais purement \u00e9conomique) de capitalisme p\u00e9riph\u00e9rique, il me semble qu\u2019on avait du mal \u00e0 conceptualiser ces soci\u00e9t\u00e9s enti\u00e8res fa\u00e7onn\u00e9es par une int\u00e9gration non capitaliste (au sens de \u00ab&nbsp;sans MPC&nbsp;\u00bb) au syst\u00e8me-monde capitaliste. En ce sens, une partie de la r\u00e9flexion postcoloniale et, surtout, d\u00e9coloniale, peut \u00eatre utile pour enrichir le marxisme. Certains marxistes (je pense aujourd\u2019hui notamment \u00e0 l\u2019ouvrage collectif Critique de la raison d\u00e9coloniale. Sur une contre-r\u00e9volution intellectuelle, L\u2019\u00c9chapp\u00e9e, Paris, novembre 2024), sans tomber dans l\u2019hyper-classisme ou l\u2019\u00e9conomicisme que je viens de"}