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Editorial Miscellaneous  ·  Issue 13, 2026

États africains, souveraineté et solidarité à l’ère d’un nouvel impérialisme culturel

Auteur Faisal Garba
Publié mars 20, 2026
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Au cours de la dernière décennie, l’Afrique est devenue une cible majeure des forces d’extrême droite aux États-Unis, ainsi que de certaines élites africaines et de dirigeants religieux réactionnaires, qui cherchent à prolonger une guerre culturelle initiée par des groupes d’extrême droite dans le Nord global. À l’instar de l’ère de l’impérialisme classique, ces forces considèrent l’Afrique comme un espace par procuration à travers lequel elles peuvent étendre leur domination et leurs idées hégémoniques de supériorité, de discrimination et de déshumanisation. Cette fois, l’objectif est de revenir sur les acquis obtenus par les populations noires contre la discrimination raciale, par les femmes contre le sexisme systémique, et de criminaliser l’existence de personnes et de groupes sociaux qui ont toujours fait partie des sociétés africaines.

Pour les élites africaines, l’extension d’une guerre culturelle vers l’Afrique constitue une diversion commode face à la réalité d’un continent confronté à des crises multiples : la pénurie chronique de services essentiels, tels que l’eau potable, l’électricité, les transports publics, les soins de santé et la préservation de la biodiversité, constitue une menace pour la survie des individus, des communautés et des États, ainsi que pour celle du continent dans son ensemble, alors même que les classes les plus riches voient leur fortune s’accroître. L’Afrique est actuellement l’une des régions les plus inégalitaires au monde. Selon un rapport d’Oxfam (2025), les gouvernements du continent sont les moins engagés dans la lutte contre cette crise d’inégalités[1] qui ne cesse de s’aggraver. L’État et les couches les plus influentes de la société, qui profitent directement de l’appauvrissement du continent, n’apportent aucune réponse à la réalité préoccupante d’une population jeune en forte croissance, à la fois sans emploi et profondément désabusée.

Une partie de l’agenda de cette guerre culturelle consiste à réaffirmer le pouvoir des groupes dominants : les populations noires devraient être renvoyées à une position de servitude ; les femmes devraient être exclues de la sphère publique, et les personnes dont les orientations et les modes de vie diffèrent des normes dominantes devraient être criminalisées. Cet agenda repose sur une vision primordialiste d’un passé africain « pur » et « intact », qui est non seulement historiquement inexacte, mais également fondée sur des présupposés racistes selon lesquels les sociétés africaines étaient stagnantes avant leur contact avec des influences extérieures supposément corruptrices.

La tentative de remodeler les sociétés africaines à l’image des idéaux de l’extrême droite américaine et de ses alliés africains est étroitement liée à une vision cataclysmique du monde fondée sur des rapports de domination. Elle relève de la même logique qui sous-tend les politiques de domination de Donald Trump visant à prendre le contrôle de territoires et de ressources. Ce nouvel impérialisme s’accompagne d’une logique transactionnelle et extractiviste assumée, qui s’empare des ressources tout en réduisant le financement d’initiatives sanitaires essentielles permettant de sauver la vie de millions de personnes.

Comme l’impérialisme traditionnel, ce nouvel impérialisme cherche à remodeler les cultures et les sociétés africaines pour les conformer à des fantasmes conservateurs occidentaux qui présentent l’Afrique comme le passé supposé des sociétés occidentales. Ce qui apparaît comme une campagne de renouveau culturel est en réalité une tentative sinistre d’affirmer et de consolider le contrôle social sur les femmes, les personnes non conformes aux normes de genre et d’autres groupes marginalisés, à travers la manipulation de l’histoire et des coutumes. Ainsi, des pratiques et des relations sociales anciennes sont désormais requalifiées en formes de corruption ou de métissage. Une part du danger réside dans la création de divisions selon des lignes religieuses et ethniques. La logique sous-jacente est que les populations doivent retourner à un passé mythique qui n’a jamais existé. La poursuite de cet objectif conduit à l’intensification des hostilités entre groupes sur un continent qui continue de faire face à des explosions de violence issues de tentatives d’adhérer à des idées infondées de pureté.

Face aux tentatives visant à instrumentaliser les familles africaines au nom d’un prétendu retour à une époque marquée par la domination exercée sur les femmes et d’autres minorités sociales, l’Afrique doit, plus que jamais, mettre au premier plan la solidarité, le soin et la compassion. L’intolérance, la discrimination et la violence menacent l’existence même d’une société. Les forces d’extrême droite déterminées à étendre leurs guerres culturelles en Afrique ont contribué à l’émergence de sociétés violentes et intolérantes, dans lesquelles des personnes sont tuées pour avoir exprimé des opinions divergentes. Ces dynamiques sont indissociables de la destruction de l’environnement, qui accentue les inégalités en sapant les moyens de subsistance, les systèmes alimentaires et l’accès à la terre et à l’eau. L’avenir africain doit être différent. Il doit s’ancrer dans les conditions de vie, les aspirations et les attentes des groupes les plus opprimés et exploités de la société africaine. Les femmes de la classe ouvrière et des milieux défavorisés font partie de ces groupes. Nous avons donc besoin d’États capables de voir le monde à travers les yeux d’une femme sans emploi, responsable de ses enfants et contrainte de subvenir aux besoins de tout un foyer. Un tel État n’est possible que si les communautés, les individus et les activistes à travers l’Afrique construisent et promeuvent des sociétés tolérantes fondées sur la solidarité, afin de résister à la haine et à l’intolérance que les impérialistes culturels contemporains et leurs alliés locaux cherchent à imposer au continent.

Entre autres choses, cet État doit être fondé sur des conceptions de la souveraineté portées par les populations ordinaires à travers leurs luttes, leurs idées et leurs aspirations, en particulier celles des groupes marginalisés de la société.

Un tel État sera ancré dans des principes de souveraineté fondés sur le bien-être collectif de l’humanité, l’égalité, la justice et les droits. La base d’une telle formation sociale doit être celle où les identités sont comprises comme des processus historiques, plutôt que comme une perception réifiée de la culture comme donnée, intemporelle et immuable.

Étant donné qu’un tel État doit être orienté vers le panafricanisme et l’humanisme, il lui reviendrait d’amplifier les luttes des peuples dans chaque région du monde. Ce faisant, il contribuera à promouvoir une culture du soin, de la solidarité et des alternatives, en opposition à la normalisation progressive des divisions, de l’injustice et des inégalités.

Ce qui précède nécessite une mobilisation consciente de ressources humaines, financières et intellectuelles. Le financement public a toujours été le principal moteur des innovations d’envergure en Afrique. Une source importante de ce financement public réside dans les ressources communes, telles que les fonds de pension. Ces ressources sont déjà mobilisées au service de l’accumulation du capital privé, au bénéfice d’intérêts à la fois internes et externes. Un autre modèle consisterait à utiliser des actifs communs dans lesquels les terres seraient mises en commun pour des entreprises au niveau des villages et des villes, au-delà des frontières, non pas de manière fragmentée et sectorielle, mais sur une base inclusive.

Cette approche prend au sérieux les dimensions matérielles de ce que le philosophe ghanéen Kwasi Wiredu appelle la « démocratie consensuelle ». J’y associe ici l’idée de développement délibératif. Il s’agit donc de s’éloigner d’un développement par le rattrapage pour aller vers un épanouissement humain, tel que défini par les communautés à travers la recherche d’un consensus. La question du leadership est centrale dans ce processus, en particulier en ce qui concerne l’allocation des ressources au niveau local. Le néolibéralisme corrompt la marge de manœuvre de « l’organisation sociale traditionnelle ». Un nombre non négligeable de chefs traditionnels sont ainsi impliqués dans des activités d’exploitation minière destructrices, dans des fonds d’investissement et les nouveaux vecteurs et fronts de pénétration capitaliste en Afrique. En raison des besoins de transfert des ressources naturelles, la chefferie détient des parts dans des capitaux privés et divers types d’obligations.

Il est impossible d’envisager une démocratie citoyenne significative lorsque certaines personnes restent des sujets dotés de droits différenciés, selon une échelle variable d’appartenance. Ce qu’il faut, c’est une profonde transformation sociale et une véritable égalité sociale. Cela ne signifie pas que l’on ne puisse pas posséder des terres parce que l’on vient d’un certain endroit. Cela signifie plutôt que l’accès à la terre ne repose que sur la résidence et l’attachement historique, et non sur une quelconque appartenance ethnique.

Dans cette perspective, la propriété nationale, discréditée par le néolibéralisme, doit être considérée comme légitime et nécessaire. Dans un contexte de forte inégalité, nous avons besoin d’institutions publiques de coordination qui ne puissent pas être réduites à la concurrence du marché. Sur cette base, toute action menée dans le contexte multipolaire actuel — caractérisé par des rivalités inter-impérialistes et des ambitions sous-impériales émergentes — doit être ancrée dans la redistribution. Le fonctionnement normal de l’économie politique mondiale, même involontaire, est inégalitaire. Cette inégalité est profondément ancrée à la fois dans l’écologie politique et dans l’économie politique.

APA

Garba, F. (2026). États africains, souveraineté et solidarité à l'ère d'un nouvel impérialisme culturel. Global Africa, 13, pp. 6-8. https://doi.org/10.57832/qekp-xx07

MLA

Garba, F. "États africains, souveraineté et solidarité à l'ère d'un nouvel impérialisme culturel". Global Africa, no. 13, 2026, pp. 6-8. doi.org/10.57832/qekp-xx07

DOI

https://doi.org/10.57832/qekp-xx07

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